lundi 14 décembre 2009

La criée de Noël


Je hais les dimanches. Hier je me suis mêlée aux badauds pour essayer d'entendre les "crieurs" publics près de la cathédrale. J'ai une totale aversion pour tout ce qui me rappelle que nous sommes en décembre avec son lot d'attractions de Noël. Mais bon, soyons honnête, je fus aussi une enfant qui aima les lumières de la ville, le père Noël et, par-dessus tout, tenir la main de mon père lorsqu'il m'emmenait voir les vitrines animées de la rue de Siam les dimanches de décembre. Et hier, le soleil radieux m'a fait mettre le nez dehors mais ne m'a pas réchauffée; je me suis pelée de froid parmi les badauds et je n'ai pas eu le courage de tendre l'oreille pour tenter de comprendre les messages "postés" par quelques habitants; une vraie cacophonie. J'ai rapidement abandonné mon poste et je suis allée me réfugier dans les fauteuils clubs du bistro de la place avec un bon chocolat chaud, d'où je voyais la foule ratatinée.
Je comptais sur la presse ce matin pour m'en dire un peu plus sur les messages. Certains sont amusants et l'initiative est sympathique. Nonobstant cette remarque du journaliste : "quand huit crieurs parlent en même temps, à moins d'être professeur d'université, on ne peut pas les entendre". C'est bien ce que je disais (eh oui! je ne suis pas professeur d'université).

Pour les oreilles averties on pouvait donc entendre :
« Je t'attendrai près de la patinoire. J'aurai ma robe rouge » ; « Chérie, n'oublie pas la lessive, la farine, le beurre et à manger pour le chat. »
Des messages d'amour : « Chère voisine, je vous aime en secret depuis 20 ans. » « À l'homme de toujours, à ma boussole, à mon rêve. »
Ou touchant : « J'ai 9 ans, quand je serai grand, je veux être docteur pour aider les pauvres. »
Bidonnant : « Souvent, on emprunte mon mari, mais on me le rend tout le temps. PS : samedi dernier, quelqu'un l'a emprunté, si pour une fois vous pouviez le garder. »
Énigmatique : « Il faut s'échapper de la boucle. »
Tordu : « Ce qu'il y a de bien dans l'intelligence, c'est que quand on n'en a pas, on n'en a pas assez pour s'en rendre compte. »
Triste : « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes. »
Politique : « Monsieur le maire, vive les écoles ! »
(Texte de Yann-Armel Huet)

Crieur public, un drôle de métier, comme "une demande liberté". Un souvenir me revient, c'était au Jardin du Luxembourg il y a fort longtemps (c'était dans mon autre vie), j'aimais écouter un jeune homme qui lisait, un jour des poèmes, une autre fois des extraits de textes littéraires à quelques promeneurs qui s'arrêtaient pour l'écouter pieusement. Un moment de bonheur.