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dimanche 26 mars 2017

"Les vieilles taupes..."

Écouté ce matin sur la RTS


Le père Guy Gilbert au Vatican en 2015
Photo : Andreas Solero/AFP

"Prêtre-éducateur dans la région parisienne depuis plus de 40 ans, Père Guy Gilbert aide quotidiennement des dizaines de jeunes en perdition, dans les rues, dans les banlieues ou dans la bergerie qu'il a restaurée en Provence.
Il est l'auteur d'une quarantaine de livres, dont "Vie de combat, vie d’amour" (éditions Philippe Rey, 2015) qui, derrière la façade rebelle du prêtre au perfecto, montre une personnalité profonde et attachante."(Source RTS : Entre-nous soit dit).
"Les églises où je prêche sont pleines à craquer". (Ça ne m'étonne pas).
Cette interview est truculente, percutante. Quelques perles du Père (mais pour un collier complet écouter cette émission) :

"Pendant la quête, pas de bruit! (Que des billets que des billets que des billets)."

"Une vieille taupe de 50 ans." (0_0)

"Oui, je dis des gros mots... les jeunes ont des gros mots...
J'essaie pendant que je célèbre l'eucharistie - j'aime célébrer l'eucharistie - de ne pas dire de gros mots; parce que les vieilles ça les choquent profondément. Mais enfin... elles s'habituent... elles s'habitueront."
- Un peu comme vous (dit-il à la journaliste qu'il ne déstabilise pas, épatante Mélanie Croubalian)
- Ben oui (lui répond-elle)
- J'ai pris leur langage."

"Quand on dit que la politique c'est le plus haut sommet de l'amour... Mon c.l !" (*_*)

Une heure pour bien commencer la journée avec le Père "bling bling" (?). Ah ah! Les "vieilles taupes" de 50 ans peuvent passer leur chemin.... ou, tendre l'oreille. Ça décoiffe : une bouffée d'air, pendant que la campagne présidentielle s'envenime, se délite... à un mois des élections!

Père Guy Gilbert, Vie de combat, vie d'amour, éditions Philippe Rey, 2015.




jeudi 22 janvier 2015

Changer de vie et... devenir un pur esprit



"A quoi pensez-vous quand vous voyagez en avion ? Assis à plus de 10 km du sol, quelles sont les pensées qui vous traversent l’esprit ? Sont-elles futiles ? Pas assez de glaçons dans votre jus de tomate, un peu froid aux pieds, quel film choisir, faut-il déranger ce monsieur qui dort à côté de vous pour aller aux toilettes ? Mais cet espace indéterminé qu’est le ciel entre deux destinations est peut-être le théâtre d’interrogations plus profondes. Pourquoi ce voyage ? A quoi rime la vie ? Qu’est ce que je fais ici ?" 

Fouad Laroui, in Les tribulations du dernier Sijilmassi, éditions Julliard.





Je n'ai pas lu ce livre, je ne peux donc rien en dire de personnel, mais j'écoutais hier matin un entretien intéressant avec (la toujours charmante) Mélanie Croubalian et, Fouad Laroui. Au même moment, coïncidence, je regardais le ciel et je voyais ces traînées blanches en me disant : à quoi pensent tous ces voyageurs dans ces autoroutes du ciel ? Aux questions posées plus haut, extraites de son roman, l'auteur répond :

"Quand on est à trente mille pieds du sol, c’est assez extraordinaire, les pensées qu’on a me semble-t-il sont beaucoup plus profondes et remettent réellement en question tout ce qu’on fait. Quand on est dans un avion et qu’on voit des nuages à travers le hublot et qu’on approche d’une ville à l’atterrissage (là en l’occurrence c’était Hong Gong), les pensées sont presque toujours existentielles. En gros : qu’est-ce que je fais là ? Est-ce là vie que je souhaite ? Est-ce que cette vie a un sens ? Est-ce que je contribue à quelque chose ? Assez souvent, ce genre de pensées que j’avais quand j’étais à l’époque ce qu’on appelle un high flyer, qui était tout le temps dans les avions et qui était promis à une très belle carrière. Ces pensées-là nous viennent parce que je crois qu’on devient réellement un pur esprit ? A ce moment-là, on n’a plus aucun contrôle sur son corps, on est assis sur son siège, on est finalement livré à la technique moderne, on est livré pieds et poings liés au commandant de bord et, à ce moment-là le mieux à faire c’est d’oublier que nous sommes des corps, que notre corps nous n’en disposons plus. Et si nous ne sommes plus des corps, que sommes-nous ? Alors nous sommes des esprits, de purs esprits, et ce pur esprit généralement, se met à la hauteur des idées que nous devons avoir à ce moment-là, ce ne sont plus des idées extrêmement pratiques, un pur esprit ne peut avoir que de très pures et de très belles pensées. Je pense que c’est pour ça que dans l’avion on devient un peu philosophe."

Le sujet du roman paraît léger et drôle mais pas seulement si je m'en tiens à ce que nous en dit l'auteur dans cette émission. Quelques sujets plus graves, voire philosophiques, existentiels y sont abordés, tels que : "comment abattre les murs que l'ignorance et l'obscurantisme érigent entre les civilisations?"

A propos de Fouad Laroui, extrait d'un article pour le Magazine Littéraire en 1999 :

"J’écris pour dénoncer des situations qui me choquent. Pour dénicher la bêtise sous toutes ses formes. La méchanceté, la cruauté, le fanatisme, la sottise me révulsent. Je suis en train de compléter une trilogie. Les dents du topographe avait pour thème l’identité. De quel amour blessé parle de tolérance. Le troisième qui vient de paraître sous le titre Méfiez-vous des parachutistes, parle de l’individu. Identité, tolérance, respect de l’individu : voilà trois valeurs qui m’intéressent parce qu’elles sont malmenées ou mal comprises dans nos pays du Maghreb et peut-être aussi ailleurs en Afrique et dans les pays arabes."
Source : Biblio Monde.

Les tribulations du dernier Sijilmassi a obtenu le Prix Jean Giono.


samedi 10 janvier 2015

"Des types qui ne rêvent que d'étendre l'ombre sur le monde"

Comment rendre le sens des mots plus clair?

Il faudrait, à chaque fois, faire abstraction de sa subjectivité personnelle, autant que faire se peut. Tâche éminemment difficile pour beaucoup. En sus de leur définition officielle, les mots ont une connotation particulière à chacun, qui dépend de notre histoire personnelle. Est-ce toujours si souhaitable, d'ailleurs, d'abolir toute subjectivité ?

Réflexion inspirée par un mail reçu ce matin au sujet de mon billet d'hier, dans lequel j'ai  noté quelques réflexions écrites par d'autres que moi mais qui me "parlaient" et avec lesquelles je me sentais aussi en accord. Il est vrai que je cite souvent des textes qui sont le reflet de ce que je pense et que je ne saurais pas toujours si bien dire.
Je dois donc préciser - comme si ce n'était pas une évidence - que je suis aussi profondément atteinte par l'horreur de ce qui vient de se passer cette semaine, que j'ai - aussi - été émue (émotion du cœur et pas celles des tripes comme essaient de faire passer les images, les débats en boucle à la télévision, que je ne regarde pas* mais je le sais par les réactions de ceux qui en parlent autour de moi) par la mort de ces hommes et femmes, artistes, policiers et inconnus, révoltée par la cible visée : Charlie Hebdo et la liberté d'expression. Je me suis aussi sentie Charlie mais je n'éprouvais pas le besoin de le dire. Comme je n'ai pas besoin de dire (c'est déjà fait) que je me sens aussi musulmane, arabe, juive ou rien quand on attente à ces hommes (et pas seulement) ou à leur confession.
Bref, j'en ai assez dit Le mieux dit (sans mots) est ici et ailleurs...

* J'ai tout de même regardé l'hommage sur Arte le soir de l'attentat.

Par le plus grand des hasards* j'écoutais ce matin cette émission
* D'habitude le samedi à cette heure j'écoute Répliques. Mais écouter Eric Zemmour chez Alain Finkelkraut, non merci.

"Le 28 novembre 2008 vit Bombay s’embraser, tombé entre les mains assassines de terroristes décidés à tuer quiconque ne penserait pas comme eux, et quiconque croiserait leur chemin ce soir-là."

" 173 personnes, dont au moins 26 ressortissants étrangers ont été tuées et 312 blessées. L'équipe terroriste était composée de 10 militants islamistes entrainés au Pakistan."
 
"Le 26 novembre 2008, Michèle Fitoussi est à Pondichéry, avant de retrouver Loumia Hiridjee et sa famille à Bombay. Quelques heures plus tard, Bombay est touché par une série dʹattentats qui mettent la ville à feu et à sang.
Le lendemain, Michèle Fitoussi apprend que Loumia et son mari Mourad ont fait partie des premières victimes du massacre qui compte 166 morts et 304 blessés. Loumia aurait dû se trouver à Dubaï, elle a annulé son voyage à la dernière minute."

Michèle Fitoussi s'entretient avec Mélanie Croubalian sur ce sujet, celui de son livre : La nuit de Bombay. Je note ce passage  :

"J'ai raconté l'histoire des terroristes parce que je voulais comprendre comment elle était morte.
Je voulais raconter à quel point cette femme était vivante, à quel point elle était drôle, amusante, créatrice, à quel point c'était injuste qu'elle soit morte.
Je voulais aussi qu'elle revive, je ne voulais pas qu'ils gagnent.
Je ne voulais pas que ces terroristes gagnent.
Je ne voulais pas que la mort gagne sur la vie.
Je ne voulais pas que la liberté, la folie, la féminité, la frivolité soient définitivement balayées par des armes, par des intégristes, par des types qui n'aiment pas la vie mais la mort, par des types qui n'aiment pas les femmes, qui ne rêvent que d'étendre l'ombre sur le monde.
Je crois que c'est un combat qu'il faut mener."