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vendredi 1 mai 2015

"Un fanatique de l’authenticité immédiate, purulente, démasquante."

Une semaine enivrante avec les NCC : "L'ivresse poétique".
En compagnie de Baudelaire, Rimbaud, Apollinaire, Bukowski.





Comment devenir un grand écrivain
(How to Be a Great Writer)

Vous devez baiser le maximum de femmes
de belles femmes et écrire
le minimum de poèmes d’amour courtois.

 
et ne vous préoccupez pas de leur âge
et/ou des questions de talents.


simplement buvez de la bière
de plus en plus


et allez aux courses au moins une fois
par semaine


et gagnez
si possible.


apprendre à gagner n’est pas à la portée
de tous

n’importe quel plouc
peut devenir un excellent perdant.


et n’oubliez pas ce cher Brahms
et ce cher Bach et cette chère
bière


mais pas de forcing.
dormez jusqu’à midi.

évitez les cartes de crédits
et aussi de payer
cash.


rappelez-vous qu’il n’y a pas un cul
dans ce vaste monde qui ne vaille plus
de 50$ (1977).


et si vous avez envie d’aimer
aimez-vous d’abord


mais en gardant
toujours à l’esprit la possibilité
d’une défaite complète
quelle qu’en soit la raison
fondée ou non
un avant goût de la mort n’est pas
nécessairement une mauvaise chose -


ne mettez pas les pieds dans les églises
les bars et les musées.

et telle l’araignée
soyez patients -

le temps est notre croix à tous
avec
l’exil
la défaite
la trahison


toutes ces saletés.

restez en tête à tête avec la bière.

chaque bière est comme du sang nouveau.

comme une maîtresse éternelle.

prenez une grosse machine à écrire
et comme si vous ne faisiez que
marcher et remarcher


attaquez-la
attaquez-la durement


comme si vous disputiez un combat de
poids lourds


comme le taureau quand il charge

et rappelez-vous les vieux chiens
qui se battirent si bien :
Hemingway, Céline, Dostoïevski, Hamsun.


et si vous croyez qu’ils ne sont pas
devenus fous
dans leur trou


comme vous êtes en train de le devenir

sans femmes
sans nourriture
sans espoir


alors vous n’êtes pas encore mûr.

buvez encore plus de bière.
vous avez le temps.
et si ce n’est pas le cas
ce serait tout aussi
bien.



Charles Bukowski (1920-1994), L’amour est un chien de l’enfer (Love is a Dog from Hell, 1977)
 
Anarchisme absolu
 
« A quoi bon des poètes dans un temps de détresse ? » ; demandait Hölderlin. La réponse est dans Bukowski, dans une prose qui est l’une des plus dénonciatrices-accusatrices de ce temps. Et sans aucune issue proposée : le constat d’enfer nu, organique, brutal. Les « caprices » de Goya, en pleines phrases. J’ai lu quelque part que Bukowski était « rabelaisien ». Mais non, il s’agit de quelque chose de beaucoup plus noir, de beaucoup plus simple et lisible, d’une inspiration beaucoup plus « théologique » sous un air d’anarchisme absolu. La civilisation, ou ce qui en reste, n’est pas du tout en train de « renaître » mais de se tasser, de se décomposer, de se décharger, et Bukowski n’a pas d’autre choix que de lui répondre du tac au tac, avec le maximum de violence, à bout portant. C’est un Burroughs en plus scandaleux, dans la mesure Où il prend de face, et sans aucune précaution, l’affaire « femme », tabou s’il en est aujourd’hui. Et pas du tout de façon virile, sensuelle ou mystagogique ; pas du tout dans le sillage de Hemingway ou de Miller, mais avec une froide obscénité chirurgicale, sur fond de noirceur désespérée.
L’humain se voit comme il est : animal à la dérive, ne pouvant éprouver la vérité qu’en marge, rejeté, au fond de l’abjection vécue les yeux ouverts. On ne quitte pas la périphérie de l’hôpital, de la morgue : lisez, par exemple, une des plus belles nouvelles « Vie et Mort des pauvres à l’hosto ». Lisez « Est-ce un métier d’écrire ? ». Bukowski c’est encore un de ces nouveaux saints bizarres de la littérature du XXe siècle : un fanatique de l’authenticité immédiate, purulente, démasquante. Un voyant coincé dans les poubelles des villes, dans les files- de voitures, derrière les pare-brise du moutonnement barbare civilisé. Un homme traqué par la nouvelle peste « Contrairement à vous, la peste a des heures à perdre en baratin. Vous ne partagez aucune de ses idées, mais elle ne -s’en rend pas compte parce qu’elle ne se tait jamais. La peste ignore toujours le son de votre voix. Elle y voit une sorte d’entracte, et elle poursuit son laïus. »
Oui, la folie est ordinaire. Ce qui serait extraordinaire, c’est que quelqu’un s’éveille et voie soudain son carnaval biologique ; sa ronde spectrale sur place. Ecrire ? « C’est, comme les courses, le monde des écrivains des manoeuvres, des combines, des trucs. » A la limite de l’illusion et de l’envoûtement généralisé, seule, parfois, l’hallucination mène à l’éclair qui révèle. Une couverture, ainsi, se met à vivre (« la Couvertury ») . Voilà, On passe ici même, de l’autre côté. « J’ai senti des larmes, qui roulaient sur mes joues, qui rampaient comme des grosses choses absurde ; et sans jambes. J’étais fou. Je dois vraiment être fou. »

Philippe Sollers, Le Nouvel Observateur du 12 juin 1978.
(Source : PileFace)

dimanche 14 décembre 2014

"J'arrête le Mediator, je reprends du Margaux"

Bordeaux

[...] 

"Reprenons courage : n’est-ce pas le président chinois Hu Jintao qui, dans un toast porté à l’Elysée, a déclaré que la France n’était pas seulement le pays de l’Airbus et du TGV, mais aussi celui de Montesquieu, de Voltaire, de Rousseau, de Hugo, d’Alexandre Dumas ? On a fait boire, ce soir-là, à cet honorable banquier chinois, un bordeaux 1942, date de sa naissance. S’il y avait eu un second toast, nul doute, il aurait fini par citer mon nom. Comme l’a dit le président Mao : « L’avenir est radieux, mais le chemin est tortueux. » Décision : j’arrête le Mediator, et je reprends du margaux."

Philippe Sollers, Journal du mois de novembre 2010.

mercredi 16 avril 2014

***

« Bizarre époque que la nôtre : Hollande ne lit aucun livre, Sarkozy est jaloux de Stendhal, et Jospin se fâche contre Napoléon. » 
 
Philippe Sollers, Stendhal expliqué à Sarkozy.

Jubilatoire, comme souvent avec Sollers (mais ce n'est que mon avis).

 

mercredi 1 janvier 2014

Que la fête commence




Flûte! J'ai eu la flemme de recommencer, j'en reste là. D'ailleurs le but de cet exercice est seulement de vérifier si j'ai toujours une voix. Après tout, ces quelques minutes auront suffi pour le vérifier. Ça m'apprendra à ne pas nettoyer mes verres de lunettes régulièrement. Pfff!
Le texte prévu était tiré de la Correspondance passionnée, Anaïs Nin, Henry Miller, éditions Stock.

Sinon quoi d'autre?

Lundi 30 décembre.

Soirée. Regardé un DVD : Nietzsche, miracle français par Philippe Sollers.



 Capture d'écran

On n’apprend rien sur Nietzsche, et j’ai vraiment l’impression d’en savoir plus que lui (on ne m'appelle pas Modeste). C’est inconsistant, creux, et il ne cesse de ramener Nietzsche à lui-même. Pourtant j’aime bien Sollers (ça étonne quelques amis) mais là, je l’ai trouvé vraiment ennuyeux et d'une banalité; trois mots par-ci trois mots par-là. Du vent! D’ailleurs sur la pochette du DVD ce sont ses romans qui sont mentionnés, il se fait sa pub en fait et on y annonce même ainsi : Janvier 2006, sortie d’Une vie divine ! 
Et aussi : "Je n'aurais quant à moi pu écrire Paradis, Femmes, Portrait du Joueur, Le Cœur absolu, Les Folies françaises, Le Lys d'or, La Fête à Venise, Le Secret, si je n'avais senti en permanence planer près de moi la main dégagée, active, cruelle et indulgente de Nietzsche."
Mmm! Clap de pub!
Bref, je me suis fait avoir. GROSSE DÉCEPTION.

Mardi 31 décembre.

Migraine toute la journée.
Léger mieux en soirée. Pas de réveillon, pas de repas gastronomique et même pas de champagne. Snif!
Fini l'autobiographie de James Salter Un cœur (lapsus) à brûler, il s'agit de Une vie à brûler. J'ai eu du mal à le lire, surtout la première partie qui raconte ses années de jeunesse dans l'aviation. Plaisir moins vif que pour le magnifique Un Bonheur parfait. Deuxième partie passionnante cependant. Une vie riche de rencontres : artistes, écrivains.
Que je hais le 31 décembre. On a beau se dire que c'est un jour comme un autre. CE N'EST PAS VRAI!

Lundi 1er janvier.

Mon Bezo a eu 60 ans aujourd'hui. Il a plu des hallebardes et j'ai cru que ma voiture allait s'envoler sur la voie express en allant chez elle. Sur les flaques d'eau j'avais peur de faire de l'aquaplaning. A 14 heures il faisait presque nuit. What a lovely day!
Rien à ajouter.

Ah si! Ouf! C'est terminé, fini, on tire un trait sur ces fêêêêêtes!

Bonne année bonne santé.

QUE LA FÊTE COMMENCE




dimanche 22 septembre 2013

Divine complicité

Visionné hier soir :
INTERLOCUTION

90 minutes.
Quand la musique s'écoute... à deux : quelques instants hors du commun...

Ecouté ce matin :

Alain Veinstein et Jean-Philippe Toussaint. Pas encore acheté Nue. Je suis dans James Salter pour le moment et j'y reste.  

Malgré tous ces moments de petit bonheur, grande lassitude... de vivre. 

Nonobstant, l'été indien.

 

dimanche 11 août 2013

De l'écriture, au cinéma. L'intime infilmable


Je m'attarde ce matin sur cet interview de Philippe Sollers.  Extraits :

Pollet voulait filmer votre roman « Les Folies françaises ». Ça aurait donné quoi ? Impossible à faire, parce qu’il faut une actrice française, or il n’y en a pas. Ça ne pouvait pas avoir lieu, mais ça touchait beaucoup Pollet…


Il y est question crûment d’un inceste père-fille…
Oui monsieur, mais sans drame… Alors que vous savez que c’est un crime puni par la loi (rires), et que c’est le fondement de toutes les tragédies. Casanova m’a toujours fait rire quand il dit qu’il n’a jamais compris comment l’inceste était devenu un objet tragique. Il y a des passages ahurissants dans Casanova où on assiste très tranquillement à l’inceste avec la fille. Non, le film n’est pas faisable, il faudrait un couple de génie, des corps, ou du moins un corps français, vous avez ça en magasin ? Un corps français, ça n’existe pas au cinéma. Je préfère dix mille fois revoir Glenn Close en train de se démaquiller à la fin des Liaisons dangereuses. Ça, c’est une femme.

[...]

Aujourd’hui, beaucoup d’écrivains importent le cinéma dans la littérature.
Ah pas chez Gallimard, il n’y a que des gens extraordinairement différents ! Le Clézio s’est-il mêlé de cinématographe ? Je ne pense pas. Patrick Modiano s’en est-il mêlé ? On l’a beaucoup adapté, oui. Vous avez certes mon ami le révérend Quignard… Le révérend Quignard, en effet… Il écrit des romans en pensant au cinéma, vous avez des détails, le montage est cinématographique, ça se voit tout de suite. C’est écrit en français, mais quand vous tournez les pages, vous voyez tout le temps Isabelle Huppert traverser la page ! Et vous tournez trois pages, c’est toujours Isabelle Huppert qui est là, perdue dans la campagne, et qui trouve une grange avec une vitre cassée ! (Rires) Se mettre dans la position d’écrire comme si on allait faire un film, eh bien, on n’a qu’à faire un script ! Céline au cinéma, ce n’est pas possible. Qu’est-ce que l’infilmable ? Ah, voilà une bonne question. L’infilmable. C’est tout ce qui relève de l’intime. Mal compris en général, forcé, émotivement mal transcrit. L’intime hein, l’intime radical, l’âme si vous voulez.

Entretien à lire ici.


lundi 5 août 2013

Déranger, inquiéter, éveiller

Samedi 3 août.

J'ai raccompagné l'ami à la gare. Nous avons passé trois jours délicieux; retrouvailles après trois ans...
Ne pas en parler, pour garder ces moments comme un trésor caché et y puiser plus tard les heures joyeuses passées ensemble, quand poindront des jours plus sombres.

Dimanche 4 août.

Matin.
Que j'aime l'idée d'être là, à écouter en cet instant Charles Sigel parler de Stendhal, à toute vitesse, tandis que la foule des vacanciers se presse sur les autoroutes encombrées!
“Une seule règle, laquelle est sans exception: il faut être soi-même.” (Stendhal).
Et le plaisir d'écouter les choix musicaux qui jalonnent l'émission, comme ce Maometto de Rossini, ici par Cécilia Bartoli (ce n'est pas Philippe Sollers qui me contredira!) :


 


Après-midi.
Farniente sur mon canapé (le temps est gris et venteux), je termine Le complexe de Caliban. Parler des auteurs que l'on aime - comme le fait Linda Lê -  c'est aussi parler de soi. 
Je vais pouvoir commencer l'ouvrage offert par mon ami : La Barette rouge de André de Richaud, un auteur méconnu, en tout cas, de moi. Mon ami a le don de me faire découvrir des trésors littéraires. Si je m'en tiens à ce que je lis ici, ce livre va me "secouer". J'aime que la littérature ait ce pouvoir de déranger, d'inquiéter, d'éveiller.

jeudi 9 mai 2013

"Il y a l'amour, l'amour et encore l'amour"

Prétendantes :
Les vrais prétendants font défaut, les prétendantes ne m’enchantent guère. Je n’écoute pas les chansons de Carla Bruni, les critiques littéraires de Valérie Trierweiler, dans Match, me semblent très grises, les chichis bourgeois de NKM me débranchent, Dati me paraît datée, Pécresse rabâche, Duflot me crispe, Batho m’endort, Bachelot ne me fait pas rire, Taubira grossit, Filippetti m’ennuie, Hidalgo m’assoupit. Marine Le Pen est peut-être une bonne cuisinière (son compagnon a l’air bien nourri), mais son commissaire politique aux lèvres minces, Florian Philippot, est blême à faire peur. Pas de doute, c’est un Jacobin, il rétablirait la guillotine. Pourvu que le bon vieux Juppé, le meilleur de tous, soit réélu à Bordeaux ! C’est toujours à Bordeaux qu’il faut aller quand la France dérape.

Amour :
Christiane Taubira parle d’amour comme personne. Elle est transportée, transportante, transvasante. Enfin une femme politique qui ne craint pas de faire sans arrêt des citations poétiques et philosophiques ! Vous me direz que ses références sont disparates, mais ça n’a aucune importance. Il y a l’amour, l’amour, et encore l’amour. Elle annonce le temps des cerises, le retour des gais rossignols et des merles moqueurs. Je la serre dans mes bras reconnaissants, je sens que je pourrais vivre avec elle d’amour et d’eau fraîche.

Philippe Sollers,  Chroniques du Point.

Jeudi de l'Ascension! Où vais-je grimper aujourd'hui? Aux rideaux? Tsss! Sur mon escabeau? Pfff!


L'autre jour je lisais un passage du Journal d’Édouard dans Les Faux-Monnayeurs : quelques réflexions sur le "roman". Passionnant ce livre de André Gide, que je considère plutôt comme un Essai autobiographique que comme un roman.
Zut, on sonne à ma porte...

Bon, pas le temps de transcrire ce passage... A suivre.

vendredi 8 mars 2013

En jupe avec des pataugas : the new man

"Journée de la femme journée de la pouffe?"
Excellent ce titre, légèrement racoleur tout de même.

"A mille lieues du combat pour les droits des femmes, florilège des opérations marketing sexistes organisées pour ce 8 mars." (Suite...)

Laurence Defranoux, Libération.

Journée de ceci journée de cela journée de la jupe... journée sans cigarette journée sans pipe journée sans voiture, toutes ces journées sans faut faire avec ou rester couché avec un masque occultant  et des bouchons d'oreilles.

Entendu ce matin ici par Christine Bard - invitée de l'émission - que l'égalité serait que les hommes aient aussi le droit de porter des jupes*. Jean-Paul Gaultier l'a fait et bien avant lui, les Ecossais. Apparemment ce serait d'actualité. Je rigole! Le moins ridicule - voire acceptable - c'est le créateur, Marc Jacobs sur la première photo. Mais imaginons cette tenue (classique dans son genre) portée par le "gros célibataire"** du caustique (sur ce sujet) Eric Chevillard. Je pouffe-poufferais là.

* Je résume de manière simpliste, mais l'entretien était intéressant et d'un niveau plus élevé que tout ce qu'on peut entendre sur ce sujet tellement rebattu qu'il en devient pénible. Intéressante aussi dans cet entretien, cette idée reçue des machos, que les féministes seraient toutes des lesbiennes et que, du coup, certaines femmes féministes n'osent plus se revendiquer comme telles de crainte de perdre - aux yeux des hommes - cette féminité qu'elles revendiquent tout autant. Seigneur, on n'est pas sorti de l'auberge!

** Pas le temps de chercher sur son blog ses pastiches sur le "gros célibataire".

On l'aura compris j'aborde ici le sujet très superficiellement. Comme une femme? Mmm!

"On ne naît pas homme, on le devient, la plupart du temps à ses dépens." (Suite ici...)
Philippe Sollers, in Portraits de femmes.



vendredi 18 janvier 2013

Journal

Une page par jour, je n'ai jamais réussi à m'y tenir en commençant ou recommençant un Journal. Mon quotidien ne m'apporte pas la semence nécessaire  pour le nourrir.
Il y a des jours sans et des jours avec.
Cette semaine j'ai écouté en podcast les émissions, Hors-champs de Laure Adler avec Philippe Sollers. Chaque jour 45 minutes jouissives : Sollers et ses femmes. J'ai compris beaucoup de choses en les écoutant, lui et L. Adler, parler de son écriture. J'ai compris pourquoi je n'ai jamais vraiment réussi à lire ses romans et ces entretiens m'ont donné l'envie d'une nouvelle tentative avec Portraits de femmes.
Je ris - et même parfois aux éclats, comme ici, à la minute 04, il parle de DSK et il imite un pigeon! - quand j'écoute Philippe Sollers. Un vrai bain de jouvence. Sollers, solaire, c'est du soleil dans mes oreilles.

"Ce que je veux dire est très simple. Une femme est faite ou non pour vous confronter à la vérité physique, à son abîme, à son sillage, à ses éclosions. Le corps libre et antisocial de « Guegna » acceptait le mien, c’est rare. L’une veut vous sortir vous faire voyager, une autre veut vous épouser, une troisième espère un enfant, une quatrième veut vous utiliser dans le marché d’animations culturelles et je ne parle pas de toutes celles qui veulent absolument écrire : trois romans dix recueils de poèmes, idéalisation, préciosité, romantisation. Celle-là au contraire a envie de moins s’ennuyer, aime la poésie vécue, les caresses le repos le sommeil les fleurs l’océan les arbres, les autres s’agitent, elle nage. En tant qu’homme vous avez gagné si, en plus de l’autorité souple qu’elle vous reconnaît, vous la faites rire et si vous devenez son frère, son partenaire de jeu et subrepticement, son enfant. Faites-vous aimer comme un enfant, espèce d’hommes, de là viennent parfois des liens indéfectibles."

Philippe Sollers, in Portraits de femmes, éditions Flammarion.

Des jours et des jours de pluie, pas une éclaircie dans le ciel gris. Trop d'heures devant cet écran, mon dos et mes articulations réclament des vacances. Bouger, je dois bouger pour dérouiller la bête. Repris des séances de piscine à la thalasso; quand je rentre dans l'eau (de mer) chaude mon corps se détend, sur le dos je ferme les yeux... si je pouvais mourir comme ça... en retrouvant la douceur du ventre de ma mère...

Hier après-midi, cinéma. Je n'irai plus au cinéma en semaine l'après-midi! Je voulais tester les nouvelles salles inaugurées à Noël; un complexe de huit salles avec tout ce que ce mot - affreux - "complexe" engendre... de commercial (complexe hôtelier, centre commercial et aujourd'hui des cinévilles) : halls immenses, des boissons et friandises dans des présentoirs, un petit coin salon avec des fauteuils, des tables hautes et tabourets de bar; avec un peu d'imagination je pouvais voir un tableau de Edward Hopper à travers ce décor. Dans la salle, de l'espace, des fauteuils confortables. Peu de monde, quelques retraité(e)s, comme moi. Tsss! Je m'installe et un couple (de retraités) se pointe à côté de moi. Mais bon sang, il y a de la place ailleurs; nous devons être une dizaine dans la salle immense. Après quelques publicités et bandes annonces des prochains films, la lumière s'éteint, le film commence : Alceste à bicyclette. Dès les premières images, la femme - à deux fauteuils du mien - rit, bêtement, elle glousse, même dans des situations où il n'y a pas lieu de rire; puis tous les deux se mettent à commenter, même pas à voix basse. C'est insupportable. Je tiens le coup dix minutes et je change de place, dans le noir. Je descends deux marches, me tords le pied (quelle c...loche) et je m'assois en bout d'une rangée où il n'y a personne. Mais c'est pas vrai! les deux femmes qui sont derrière moi commentent aussi et l'une dit carrément tout haut : "oh là là, le désordre" quand Luchini (Serge) montre sa chambre à Wilson (Gauthier). Je me demande ce qu'elle va comprendre à ce film. Bon, respirons un bon coup, restons zen, terminées les séances de ciné l'après-midi avec les vieux (même si j'en suis). Ô mon Champo tu me manques.
J'ai cependant réussi à me concentrer sur Alceste et Philinte. J'appréhende maintenant d'aller voir Luchini au cinéma, tellement il devient excessif à la télévision; je l'aimais tant et voilà qu'il m'agace. Je crains donc qu'il en fasse des tonnes dans les films. Eh bien non! Dans la maison il était épatant et dans Alceste à bicyclette aussi. Lambert Wilson l'est également. Et puis, il y a cette ravissante Italienne, Maya Sansa (Francesca) ; une voix, un sourire, un regard, une profondeur tout en sensibilité.
Ne lisez pas les mauvaises critiques de Télérama  ni des Inrocks, celle du Monde retranscrit ce que j'ai ressenti :  "Philippe Le Guay a écrit un film qui commence comme un pastiche pour s'épanouir ensuite en une comédie amère d'une discrète virtuosité." D'ailleurs, les critiques ne servent à rien. On va voir si on a envie... ou pas.

mercredi 2 janvier 2013

***



« Sous la moustache, il cachait la bouche méprisante du courage,
et ses yeux libres étaient les feux follets du « Gai savoir ». »
Cocteau 

(Philippe Sollers, Gai savoir de Cocteau)

dimanche 15 juillet 2012

Censuré ou banni c'est kif-kif

C'est la première page que j'ouvrais dans le JDD, la Chronique de Philippe Sollers.
Je jubilais à la lire.

Crédit photo : Bertrand Guay / AFP

J'apprends qu'il est viré! Sa dernière chronique en serait la cause :

"Philippe Sollers n'écrira plus dans le Journal du Dimanche. Selon les informations du magazine Le Point, l'écrivain a été remercié par Denis Olivennes, le patron de la branche média du groupe Lagardère. La cause de son départ ? Sollers paierait l'insolence de sa dernière chronique soumise à la rédaction du JDD, dans laquelle il commente le soutien apporté par Valérie Trierweiler au socialiste Olivier Falorni sur Twitter." 
(Source L'Express). 

Peut-être va-t-il poursuivre ses Chroniques dans son blog? Je croise les doigts!

lundi 11 juin 2012

Livre sacré

Philippe Sollers ici parle de "livres sacrés", il fait référence à Par-delà le bien et le mal de Friedrich Nietzsche et lit l'aphorisme 295 "Le génie du coeur...", qu'était Dyonisos pour Nietzsche.
J'ai vu hier soir le film de Liliana Cavani, Au-delà du Bien et du Mal, j'en reparlerai...

Mon "livre sacré", a été, est, aussi manipulé, trituré que celui de Sollers. Passé entre d'autres mains que les miennes il était déjà coché, souligné. J'en ai remis une couche, corné moult pages parce que je voulais les relire mais en fait il me faudrait les corner toutes!




A la fin de sa vie, dans ses moments de troubles, "à ses propos incohérents, Nietzsche mêlait des chants, des récitations et Overbeck fut soudain bouleversé en l'entendant prononcer avec une splendide douceur cette cantilène que lui avait inspirée la beauté d'une nuit vénitienne" :

A la brume, l'autre soir.
Accoudé sur le pont.
De loin me vint un chant,
Gouttes d'or jaillissantes
Sur l'eau frémissante au loin.
Gondoles, lumières, musique,
Ivresses flottantes au crépuscule.

Mon âme, telle une harpe
Invisiblement touchée,
Pour elle seule entonna un chant,
Le chant secret de la gondole
Frémissant de félicité.
Quelqu'un l'aura-t-il entendu?

Page 576.

jeudi 17 mai 2012

Le piège de la révélation

Photo Gamma/Raphaël Gaillarde, 2000

L'écrivain Dominique Rolin est morte le 15 mai à Paris; Elle aurait eu 99 ans le 22 mai 2012. Je n'ai lu qu'un livre de cet auteur, Journal amoureux; je me souviens qu'invitée par Bernard Pivot* pour en parler ce dernier révéla que Jim n'était autre que Philippe Sollers pour lequel elle voua une éternelle passion amoureuse. Lorsque je le lus je ne savais pas qui était "son" Jim, je voulus alors le relire et lui trouvai une autre saveur, c'était étonnant, j'avais mis un autre visage sur Jim mais la personnalité reflétait bien celle de Sollers amoureux de Mozart, du vin, épicurien toujours.

"A cet amour, elle a consacré de nombreux livres, dont Trente ans d'amour fou, 1988, Le Jardin d'agrément, 1994 (tous deux chez Gallimard). Cet homme apparaît comme un repère essentiel de son univers, auquel il procure constance et force. Mais aucun détail qui trahirait l'intimité des amants. On est dans un autre monde, dans une autre mesure. L'enjeu est ailleurs que dans des confidences anecdotiques : dans un dialogue de l'écrivaine avec des parts lumineuses ou obscures d'elle-même, un véritable combat avec son inconscient, ses rêves, ses désirs."

"Fuyant l'angoisse et la courtisant, Dominique Rolin est allée au plus loin dans la description de la solitude et du bonheur, acquis par les seules armes de l'intelligence, de l'ironie, de la franchise."

René de Ceccatty, Le Monde.



* Pour revoir l'émission de Pivot c'est ici. Philippe Sollers était aussi sur le plateau d'où l'audace de Bernard Pivot de faire cette révélation en leur présence. Avant que Pivot dévoile le "secret" on voit Sollers rire en douce, c'est trop drôle et Dominique Rolin est merveilleuse. Michel Onfray était aussi invité, on l'aperçoit rapidement.
Est-il utile de préciser que Bernard Pivot, comme d'habitude,  excelle dans cette interview!

jeudi 8 mars 2012

Revue de presse

Quelques perles du Journal du mois de Philippe Sollers. Joie!
Culture générale

La suppression de l’examen de culture générale à Sciences-Po a fait couler beaucoup d’encre. Mais enfin, assez d’hypocrisie : lorsque Sarkozy s’est laissé aller à traiter par-dessus la jambe La Princesse de Clèves, j’ai vu beaucoup d’indignés qui n’avaient jamais ouvert ce chef-d’oeuvre de leur vie. On sait que la formation des étudiants doit être avant tout pratique, et leur adaptation aux marchés financiers automatique. Pourquoi les embêter avec la culture ? Ils ont leur culture à eux, et vous n’allez pas leur faire perdre leur temps avec l’histoire, la peinture, la musique, la littérature.

Je propose autre chose aux médias, radios et télévisions : toute personnalité politique sera interrogée pendant cinq minutes en direct sur des oeuvres incontournables. Que Bayrou réponde sur l’Olympia, de Manet, Hollande sur les Mémoires de Casanova. On sera curieux d’entendre Eva Joly sur Les Fleurs du mal, de Baudelaire, avec récitation de deux vers qui vibreront sous son charmant accent. Marine Le Pen sera étonnante à propos de Guernica, de Picasso. On pourra juger de l’ouverture d’esprit du laïcard Mélenchon en lui demandant ce qu’il pense de Sainte Thérèse d’Avila. Le triste François Baroin devra s’exprimer sur André Breton, et la sémillante Valérie Pécresse sur Sade.

Nadine Morano improvisera sur Un bar aux Folies Bergères de Manet, et Sarkozy sur Les Demoiselles d’Avignon de Picasso. On osera demander à Anne Sinclair ce qu’elle éprouve en relisant Les Liaisons dangereuses. Marielle de Sarnez, avec son beau visage de martyre, se confiera sur La Religieuse, de Diderot. On piégera Villepin avec une citation particulièrement tordue de Rimbaud. Christine Boutin fustigera Céline, et Jean- François Copé, Aragon. Le pro-chinois Raffarin devra expliquer rapidement les moments forts de l’érotisme asiatique. François Fillon, enfin, dira en quelques mots ce qu’il pense de Marx, Rachida Dati de Freud, et Carla Bruni de Nietzsche. Alain Juppé confessera, pour finir, son goût pour les vins du Médoc et Jean-Louis Borloo son addiction à l’eau minérale.


Réfractaire

J’ai beaucoup choqué un animateur de télé en me réjouissant que le yuan, la monnaie chinoise, soit devenue une monnaie mondiale, exhibant sur ses billets de banque roses ou bleus le visage d’un jeune Mao. Je disais simplement qu’aucun billet de banque n’était encore à l’effigie de Staline, Hitler, Mussolini, Franco ou Pétain. Dans l’ordre criminel, on a eu successivement une thèse, Staline, une antithèse, Hitler, et une synthèse, Mao. Seul ce dernier a encore son portrait un peu partout. C’est effrayant, mais c’est comme ça.

Philippe Sollers

Mon journal du mois
Le Journal du dimanche n°3489 du dimanche 30 janvier 2012.


Anonymous

Tout se passant de plus en plus sur le Net, ces terroristes d’un nouveau genre m’intriguent, au point que je me demande parfois si je ne suis pas l’un des leurs. Ils peuvent se manifester n’importe où, n’ont aucune structure établie, c’est tout le monde et n’importe qui, jeunes, anciens, hackers professionnels, amateurs. Ils sortent parfois au grand jour, avec des masques reproduisant le visage d’un catholique anglais du début du XVIIe siècle, membre de la Conspiration des poudres, qui voulait faire exploser Westminster. Ils ne sont pas violents, ils ne font pas de politique, leur seule revendication est la libre circulation des données (ce que ne peut que redouter tout pouvoir existant). Ils disent des choses étranges : « Vous êtes. Je suis. Chacun est. » Ou bien : « Nous sommes Anonymous, nous sommes légion, nous ne pardonnons pas, nous n’oublions pas. Unis comme un seul, indivisibles, redoutez-nous. » Ou encore : « Anonymous peut être un monstre horrible, insensible et indifférent. » On comprend que les dictateurs s’énervent, et que toutes les polices soient sur les dents. Moralité : l’anarchisme est toujours vivant, la preuve.


Franc

Cette fois, c’est fini : les billets imprimés en francs ne sont plus échangeables à la Banque de France. Une queue interminable, le dernier jour, se pressait devant les guichets. Les collectionneurs prennent le relais. J’apprends que le Debussy (avec un peu de mer sur la gauche) est très rare et très recherché. Ces billets, on s’en souvient, étaient une impressionnante collection de visages en couleurs, avec une majorité de grands écrivains. Je revois ainsi Victor Hugo, Racine, Corneille, Molière (500 francs), et l’un de mes préférés, Quentin de La Tour (50 francs). Je rêve encore du Delacroix (100 francs) reproduisant un tableau qu’il vaut mieux oublier, La liberté guidant le peuple. J’avoue avoir eu un faible pour Montesquieu (200 francs), et, plus intimement, pour Pascal (500 francs). Le Cézanne, tardif (100 francs), aura été l’avant-dernier billet en peinture (il serait très surpris, Cézanne, de savoir qu’une version de ses Joueurs de cartes a été achetée, à prix d’or, par le Qatar). Avant d’entrer au Panthéon, Marie Curie a été la première femme à valoir 500 francs, et à clore ainsi, de façon atomique et féministe, cette liste fantastique renvoyée au cimetière de l’histoire. Marie Curie, à 500 francs, a pris la place de Pascal (j’en ai gardé trois, leur prix de collection va monter sous peu). Le billet inoubliable est quand même celui de Voltaire (10 francs seulement, mais quelle allure !). Ah, si l’euro coule, rendez-nous Voltaire! L’association Voltaire à Ferney vient de fêter le 250e anniversaire de ce lieu rendu célèbre par la présence de ce dérangeur universel. Je reçois ainsi la plus belle récompense de ma vie : une carte de membre d’honneur. Le 22 juillet 1761, Voltaire écrit à Mme du Deffand cette phrase extraordinaire : « Quand je vous aurai bien répété que la vie est un enfant qu’il faut bercer jusqu’à ce qu’il s’endorme, j’aurai dit tout ce que je sais. »

Philippe Sollers

Mon journal du mois
Le Journal du Dimanche n°3399 du dimanche 4 mars 2012.










samedi 3 décembre 2011

Baisers

Philippe Sollers ne cesse  de me faire jubiler dans ses Chroniques : Mon journal du mois  (JDD du 27 novembre). Je note celle-ci particulièrement mais Leurro et Education me réjouissent tout autant.

Baisers

Je ne comprends pas les réactions frileuses au sujet de la
campagne photographique de Benetton. Elle choque sans doute des cathos arriérés qui, de façon pathétique, manifestent, avec bougies, devant des théâtres ou des cinémas. Mais Benoît XVI n’est pas mal du tout dans son étreinte avec un imam. Après tout, ils ont le même Dieu, à quelques variantes près. Du moment qu’on ne voit pas le pape enlacé avec le dalaï-lama, les Chinois se tiendront tranquilles. Mais je propose d’autres images. Angela Merkel s’embrassant elle-même serait une bonne idée.

Pour une campagne hexagonale, on peut révéler brusquement des affinités électives, des solidarités cachées. Une photo bouche à bouche de Sarkozy et Hollande s’impose. Je vois bien un baiser de paix entre DSK et Nafissatou Diallo. Autres propositions : Eva Joly se jetant sur Marine Le Pen, Montebourg sur Christine Lagarde, Mélenchon sur Cécile Duflot, Manuel Valls sur Jean-François Copé, Bayrou sur Claude Guéant, Moscovici sur Carla Bruni. Plus fort encore : un plan Atlantique avec Juppé, maire de Bordeaux, roulant un patin à Ségolène Royal, future députée de La Rochelle. Ou alors, carrément, un plan western hard : Cohn-Bendit et Nadine Morano.

Bon, ce n'est pas encore la Saint Valentin (*_*)!

mardi 1 novembre 2011

Louis Calaferte

"Mystique, anarchique,
Calaferte se voulut d'abord un homme debout"

Je viens de terminer Choses dites, un livre d’entretiens et de choix de textes de, et avec Louis Calaferte.
Comme beaucoup de lecteurs, j’ai découvert – je devrais dire, un ami** m’a fait découvrir (et bien d’autres auteurs : Marcel Moreau, Joë Bousquet, Pierre Michon, Paul Gadenne, André Velter,  la suite serait trop longue) – cet écrivain avec Septentrion. Couverture de l’ouvrage, collection Folio, dans le bandeau de mon blog, à droite : un visage de femme : une peinture de Louis Calaferte. Et quelle découverte ! Bien sûr, j’ai ensuite poursuivi avec son premier récit : Le requiem des innocents qui m'avait moins emballée, puis d’autres ouvrages, achetés ou empruntés à la médiathèque.
« On n’a jamais, je dis bien jamais, écrit quelque chose d’aussi fort, d’aussi cru et violent. Et drôle. Et horrible. Et peut-être prophétique (…) Ne pas avoir lu ou ne pas lire sur-le-champ Septentrion est foncièrement immoral. »
Philippe Sollers (Le Nouvel Observateur).

Mise en garde : le lire avant de l’offrir, pour ne pas commettre d’impair. On ne ressort pas indemne de sa lecture.

Celui que je viens de terminer donc, Choses dites, ce sont des Entretiens qui avaient été diffusés par France Culture, en 1988.
« Les relisant aujourd’hui, il me semble qu’ils n’ont rien perdu de leur vivacité. Puissent-ils, à l’instar des textes qui complètent ce volume, inciter des lecteurs à aller au plus près d’un monde où même l’amour a « la saveur du terrible ».
« Le franchissement de la ligne. » Louis Calaferte nommait ainsi cet instant où l’homme abdique et entre en agonie. La création fut le barrage qu’il établit face à la maladie. Écrire, peindre, aimer, en une tempête chaque aube éveillée, pour ne pas se laisser surprendre. Telle fut la leçon de vie de ce « mortimiste ».
Pierre Drachline.

Les Entretiens ont été restitués dans l'ouvrage sans la moindre réécriture, tels qu'ils ont été dits sur France Culture. Extraits :

P.D.- Vous avez commencé quand l’écriture de Septentrion ?

L.C.- J’ai mis cinq ans à l’écrire. Je l’ai publié… je ne sais plus… Il y avait déjà un an qu’il était fini.

P.D.- En 1963. C’est un livre qui est mal parti, un livre qui a une légende. Un des rares livres de la littérature contemporaine que les gens se signalent comme en secret. On se le passe un peu, mais on le prête difficilement, de peur de ne pas le voir revenir. Et c’est un livre qui commence par une phrase superbe, « Au commencement était le sexe ». Alors, référence à la Bible ?

L.C.- Bien sûr. Bien sûr. Forcément, oui. Il y a une espèce de dénaturation, là.

[…]

P.D.- Il y a dans Septentrion un passage superbe sur la lecture – qui a d’ailleurs été repris en affiche par les éditions Denoël – sur la nécessité de lire.

L.C.- Sur la nécessité absolue de lire. Parce que… la connaissance c’est la vie. Point. Terminé. C’est tout. Si on n’a pas ça dans la tête, on est foutu. D’une manière comme de l’autre, on est foutu. Et ça c’est une choses que personne n’enseigne… Parce que moins il y a de connaissance, plus on peut vous étouffer. Non, non, la connaissance, c’est la vie. Donc, il faut lire. La connaissance s’acquiert. En fait, qu’on le veuille ou non, jusqu’à maintenant il n’y a quand même qu’un moyen, c’est quand même le livre. Le reste… l’image… moi, je veux bien, mais enfin… l’image, ça passe.

[…]

P.D.- Ce rapport à la femme ? Ce mélange de fascination et de répulsion dans Septentrion…

L.C.- Ah ! Nous y voilà.

[…]

P.D.- Il y a quelques très beaux portraits de femmes dans Septentrion.

L.C.- Oui… très beaux ?... enfin… il y a un portrait de femme.

[…]

P.D.- Ça ne vous a pas trop énervé les comparaisons qui ont été faites avec Henry Miller ?

L.C.- Pas du tout. Pas du tout. J’avais une très grande admiration – que j’ai toujours – pour Miller.

P.D.- Vos œuvres respectives n’ont pourtant pas grand-chose à voir.

L.C.- Non. Oh ! mais, moi, on m’a comparé à tout le monde. On m’a comparé à Céline. Un jour, j’avais fait la liste. C’est effrayant. Kafka. Céline. Miller… je ne sais plus. Qui encore ? Enfin, il y en avait des paquets, des tonnes. C’est le besoin de comparaison. Quoi qu’il en soit, l’univers de Miller n’est pas le mien. Cela dit, moi, j’aime beaucoup Miller.

P.D.- Dans Septentrion et ça, on ne l’a pas assez souligné – on a préféré s’arrêter souvent aux anecdotes -, il y a un travail, avant tout, sur la langue, qui est fantastique.

L.C.- Merci de le dire !...

=0=0=0=0=

P.D.- Aujourd’hui, un écrivain qui a quelques milliers de vrais lecteurs, c’est fantastique.

L.C.- Ah ! bon. Alors, c’est fantastique. Alors, j’ai quelques milliers de vrais lecteurs. Je suis content de les avoir. Je ne les connais pas, eux non plus d’ailleurs, ils m’écrivent de temps en temps, je réponds un petit peu et puis après je ne réponds plus, parce que, sinon, ça n’a pas de fin. Ça me fait plaisir, je suis content, mais ce n’est pas mon objet. Vous savez bien que je suis loin de tout ça. Pourtant très longtemps – une fois encore, je ne raconte pas d’histoires – j’ai envisagé de ne pas publier. Vraiment. Ça ne m’aurait pas gêné du tout.

P.D.- Qu’est-ce qui vous a amené à cette position ?

L.C.- Rien, mais…

P.D.- Un dégoût ?

L.C.- Oui… voir toute cette…

P.D.- Une fatigue ?

L.C.- Voir cette vanité… toute cette agitation autour de ça… Je ne sais pas, moi, le menuisier qui fabrique une table, il ne fait pas tant d’histoires. Il fait sa table, elle tient debout, il a mis ses quatre pieds. Moi, je fais des livres et, en général, ils tiennent debout, ils ont leurs quatre pieds. Je suis prêt à l’anonymat, qu’on ne mette pas mon nom sur les couvertures, dans les journaux. Je m’en fous ! Ça ne me gêne pas. Je m’en fous ! Au contraire, même, je souhaiterais que l’art soit complètement anonyme. Ça se faisait, vous savez… les ateliers… Leonardo da Vinci… A cette époque-là… C’est le XIXe qui a amené tout ça… cette personnalisation… Un peu plus tard, la vedette… C’est complètement tordu, ça. Qu’on ne mette plus aucun nom sur les livres ! Vous allez voir, il va se faire un vide dans la littérature ! Putain ! Mais personne ne va plus vouloir écrire. On va être trois à rester, vous allez voir ! Ils ne veulent pas faire de l’art, ils veulent leur nom ! Ils veulent qu’on voie leurs têtes ! C’est ça, la vérité. C’est là où ça pourrit tout ! Bon… et puis, je ne sais pas pourquoi je m’emballe…

P.D.- A défaut d’être quelqu’un, ils veulent être quelque chose.

L.C.- Oui… ils veulent être… Rien… Ils veulent être… mais vous le savez bien, vous essayez de me faire parler. (Rires) Vous la savez bien, ils veulent être à la télévision… pour qu’on les voie. Pauvres mecs ! c’est lamentable. Absolument lamentable. Je vous le dis, qu’on ne mette pas de nom sur les livres ! Anonymes. Anonymes. Vous verrez ! Pivot n’a plus personne. Réglé !

Louis Calaferte, in Choses dites. Entretiens et choix de textes, éditions Le cherche midi, 1997.


** Je viens de retrouver ce que cet ami m’avait écrit au sujet de Septentrion.

"Je pensais que vous n'aviez pas lu Calaferte et qu'en effet ce serait un grand bonheur pour vous, il me semble. Ses textes poétiques sont aussi intéressants, mais à l'instar de Céline avec "Le voyage..." (et "Mort à crédit" que j'aime aussi beaucoup) je dirais qu'il a "tout" mis dans son Septentrion.

Je pense également à un autre auteur, spontanément, que vous avez peut-être lu, et que vous aurez sans nul doute adoré, c'est Marcel Moreau. Il y a un an, environ, il a publié Nous, amants au bonheur ne croyant... (Éditions Denoël), qui est un troublant hymne à l'amour (et à sa perte qui le grandit souvent davantage). Mais ces textes antérieurs étaient tout aussi puissants. Je pense qu'avec cet auteur, d'origine belge, le lecteur touche à la "gangue" du verbe. Et son oeuvre parle de la femme comme peu d'auteurs ont su le faire.
Ainsi de Quintes (publié en 1963), Sacre de la femme, Julie ou la dissolution, Le Chant des paroxysmes....
Si ce n'est déjà fait, je vous laisse aux "Anges" de le découvrir!"

Il va sans dire que j'ai "adoré" Marcel Moreau.

"Tous les livres ne sont pas pour tous les lecteurs indifféremment. Chacun doit trouver les siens. Les trouve-t-il, c'est l'harmonie."
Louis Calaferte.

Vidéo INA et lire aussi ici.

dimanche 13 mars 2011

Dimanche gréco-romain

Pfff! Mon voisin travaille et ne se préoccupe pas de l'état des murs de l'entrée. Nous sommes deux dans cet immeuble : lui et moi. Différence d'âge entre nous deux 25 ans? Je n'en sais rien. Devinez qui est le (la) plus jeune? Hé hé, c'est bibi! Enfin... on dira que c'est moi.
Ce matin, coup de balai dans notre bel escalier (j'ai eu un coup de foudre pour cet escalier quand j'ai découvert mon appartement il y a deux ans, j'avais l'impression d'être à Rome, je lui trouvais un charme italien avec ce ciment badigeonné de rouge; il est plus rouge que sur la photo).



Mais voilà, en bas de l'escalier, il ne faut pas lever la tête, sinon on voit ce plafond qui s'écaille. Bon, OK, en Italie il y a plein de plafonds qui tombent en ruine mais là, j'en peux plus de voir ces morceaux de peinture qui se décollent. Ni une ni deux, au boulot, je vais me limiter au grattage!




AVANT



PENDANT




APRES
Mmmm! It's not perfect but is better!
Cette semaine je vais acheter une boule en papier chinois pour cacher l'ampoule:)
Cette après-midi je suis allée voir une expo de photos :
La Compagnie Française des Mines du Lautrium 1875-1981.
Images d'un passé industriel, photographies de Yannis IaKovidis
Les mines antiques du Laurion : la richesse d'Athènes.
Très belle exposition et, j'ai retrouvé dans ces photos le rouge de mon (notre) escalier romain:)




Ce soir, moment divin avec Cecilia Bartoli sur Arte dans L'art des castrats. Frissons pour clore un dimanche gréco-romain:). Philippe Sollers - amoureux de Cécilia Bartoli - devait être scotché devant l'écran!