" La vie n'est supportable que si on ne va pas jusqu'au bout "
Mais :
"Se débarrasser de la vie, c'est se priver du bonheur de s'en moquer."
Emil Cioran
"On ne saurait dater avec précision le moment de l’apparition de la légende du rire de Démocrite et du pleurer d’Héraclite. En revanche, on peut suivre leur trajectoire à travers les siècles. Celle-ci est marquée par deux temps forts : l’Antiquité qui voit la naissance de la légende du rire démocritique et du pleurer héraclitéen ainsi que le développement des notions et des problématiques qui leur sont attachées (en particulier, le thème du theatrum mundi où le rire de Démocrite devient le masque de la comédie et le pleurer d’Héraclite, celui de la tragédie ; le rire démocritique comme rire satirique ; le pleurer héraclitéen comme marque de compassion ; la mélancolie des deux personnages ; la question de la folie et de la sagesse) et la Renaissance européenne. Celle-ci les a connues par le biais de deux sources."
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« Les mélancoliques courent les rues, ils se trahissent tout seuls. Ils sont tellement nombreux partout, j’en rencontre chaque fois que je sors. Ils sont incapables de dissimuler leur maladie, leurs plaintes sont bien trop familières et je n’ai pas besoin d’aller bien loin pour les décrire. Les symptômes donc, sont soit universels, soit spécifiques aux individus ou aux espèces. Certains symptômes sont dissimulés, d’autres manifestes, certains appartiennent au corps, d’autres à l’esprit. Et selon Capivacci ils varient selon que leur cause est interne ou externe. Selon Giovanni Pontano, les astres les influencent. Selon Ficin il s’agit à la fois d’influence célestes et de divers proportions des humeurs. Selon que ces dernières sont chaudes, froides, naturelles, non naturelles, qu’elles augmentent ou qu’elles diminuent. Tandis qu’Aetius parle d’une diversité de symptômes de délires mélancoliques. Selon de Lorenz, ils dépendent des tempéraments, des plaisirs, des natures, des tendances, de leur durée, du fait qu’ils soient simples ou qu’ils se combinent à ceux d’autres maladies. Étant donné que les causes sont aussi diverses, la variété des symptômes est donc presque infinie. Et de même que le vin produit des effets différents, de même que l’herbe Tortocolla, dont parle Lorenzini, qui fait parfois rire, parfois pleurer, parfois dormir, danser, chanter, hurler, ou boire etc., de même cette humeur mélancolique qui produit différents symptômes dans différentes parties du corps. Cependant, afin de simplifier, ces symptômes généraux peuvent être réduits à ceux du corps et à ceux de l’esprit. »
Robert Burton, in L'anatomie de la mélancolie.
Yves Hersant : L’un des problèmes de la mélancolie, que mettait en évidence, je crois, l’exposition de Jean Clair au Grand Palais, est de savoir où elle s’arrête. Est-ce que de proche en proche tout ne va pas être gagné par la mélancolie. L’idée de Burton est qu’il n’y a pratiquement pas de barrière à la mélancolie et que, c’est ce que disait le début du texte, et que vous venez de rappeler, les mélancoliques courent les rues, tout le monde risque d’être mélancolique. A ceci près que les sots, définitivement sots ne sont pas et ne seront jamais mélancoliques. Celui qui ne doute pas de soi, celui qui n’est pas travaillé par cette altérité, celui qui se raccroche à des attitudes dogmatiques, celui-là vivra dans l’ignorance de sa mélancolie, si elle existe et celui-là n’atteindra jamais le niveau culturel. On voit bien que le risque est réel d'étendre ad infinitum, presque infini, dit quelque part Burton, tout est dans le presque, la symptomatologie mélancolique. Qu’est-ce qui n’est pas mélancolique ? Le jovial, et encore.
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"Avec l’habitude, j’ai remarqué qu’il attendait que surgisse quelque chose comme un événement, une animation du monde. Qu’il attendait que quelque chose lui fasse signe d’en bas dans la rue. Que quelque chose en bas dans la rue fasse preuve de vie. Lui donne une preuve de vie. Comme s’il se posait intérieurement ces questions : est-ce que ça vit? et comment? et pourquoi? Je lui prête, peut-être à tort, une âme de philosophe.
[...]
[...] moi aussi il m’arrive certains matins de rester à ma fenêtre sans parvenir à me décider. Sans parvenir à franchir le pas."
Dominique Chaussois, in Depluloin joue à la poupée... et casse l'ambiance, blog Jamais de la vie, 27 décembre 2009.Lire aussi ici
"Quelle dose de vérité un esprit sait-il supporter, sait-il risquer? Voilà qui, de plus en plus, devient pour moi le critère de valeurs." (Friedrich Nietzsche, Ecce Homo)
"[...] soit on a été assez aimé dans le passé pour tenir; soit on se retrouve suffisamment aimé pour bâtir. Sinon, chaque jour, on meurt. (Marie-Laure Delorme dans le JDD, à propos du livre de Eric Faye, Éclipses japonaises).
Dans sa version automatisée, c'est comme si les lieux d'aisance étaient équipés d'un moteur d'avion. Mais brasser de l'air est-il si inoffensif?D'abord, il y a le bruit. Alors que la chasse d'eau n'a pas fini de se remplir à nouveau et que les parois exiguës des toilettes tremblent encore de la digue temporairement rompue, alors que le sifflement du robinet s'ajoute aux vibrations persistantes de la cascade, à peine les mains humides croisent-elles le faisceau lumineux de l'appareil que le sèche-mains électrique se met, sans crescendo ni mise en garde, à beugler comme le passage à pleine vitesse d'un train de marchandise dans une gare de province... C'est le tonnerre après le déluge, la tornade après le torrent. (La suite à lire dans le Philomag).
Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L'ampleur du ciel, l'architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l'âme le goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir.Charles Baudelaire, Le port.
"Ce qu'on nomme passion, n'est autre chose qu'un désir irrité par la contradiction?"Beaumarchais."Nos contradictions font la substance de notre activité d'esprit."Paul Valéry.