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lundi 29 mai 2017

Ô douleur ! Ô douleur ! Le Temps mange la vie

Dimanche 28 mai.

A 18 heures, accablée par la chaleur et mon oisiveté, je décidais d'aller faire une promenade sur le chemin de halage. A cette heure, les promeneurs du dimanche se faisaient moins nombreux. Le temps était lourd, quelques coups de tonnerre annonçaient un orage.  J'espérais finir ma balade avant la pluie. Je n'étais là que pour me dégourdir les jambes, changer d'air, néanmoins j'éprouvais, sous ce ciel gris, plombé, une douce langueur et un calme salvateur.
Vous m'accompagniez dans ce vagabondage mes chers disparus : maman, chérie, c'est ta fête aujourd'hui; toi, mon aimé, c'était le 31e anniversaire de ta mort il y a trois jours; papa, c'est ton sourire que j'avais dans les yeux (tu aurais aimé cet arbre...); quant à toi mon cher frangin, ce qui me vient à l'esprit quand je pense à toi, c'était ton amour de la vie... jusqu'au bout du bout et, ta peur de mourir.

A l'aller je prenais le chemin par la rive gauche, champêtre...





... Au retour, après le calme, je traversais le pont assourdissant, mais je n'avais pas d'autre solution pour passer sur la rive droite.



Chemin de bavardage


"Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher."


Je préférais l'atmosphère de la rive gauche, que je photographiais pour la énième fois (vue de la rive droite).


L'ennemi


Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

- Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

dimanche 1 janvier 2017

***

J'avais beau me dire que c'était un week-end comme les autres, ça ne l'était pas même si j'ai tout fait (j'étouffais) pour faire comme si.
Quoique, déjà, vendredi, avec quelqu'un de ma famille (en vacances dans le coin) je passais l'après-midi (à Sainte-Marine) à faire part (comme un faire-part) de mes intentions (pour l'avenir). Nous étions bien, au chaud près de la cheminée au Café de la Cale, cela rendait l'atmosphère légère. Je n'aurais pu lui parler de ces choses-là chez moi; il fallait être ailleurs, dans le brouhaha des consommateurs, le va et vient des serveurs. Elle trouvait que c'était courageux d'en parler et approuvait... ma démarche. Je la rassurai tout de même sur mes intentions qui n'étaient pas encore à l'ordre du jour et que j'en parlerais également, rapidement, aux autres, concernés. Cet endroit dégageait une ambiance de Pub, intime, joyeux qui donnait envie de jouer aux fléchettes mais il n'y en avait pas! (Nous jouions aux fléchettes avec mon aimé dans le long couloir qui menait de l'atelier à la chambre. Cette lubie nous était venue après notre séjour en Irlande où ce jeu se pratiquait dans tous les Pubs).

Samedi j'allais au golf en fin de matinée : quelques joueurs. Pas de gel mais bien frisquet. A 13 heures j'avais un peu faim, tant pis j'attendrai, je m'arrêterai avant de rentrer, pour acheter du pain puis nouvel arrêt pour prendre quelques amuses-bouches apéritif pour mon réveillon (hum!)! At home à 14 h 15. Trop faim pour avaler un potage, je réchauffe le plat que j'avais prévu pour mon réveillon-con, mitonné par un traiteur et je me tape ma canette à l'orange à 15 heures. Trop bon! Tant pis, sans boire de vin, me suis régalée avec de l'eau pétillante.
Dans l'après-midi, je sentais le stress s'installer. Je cogitais. Allais-je lui déposer aujourd'hui ou demain matin mes cadeaux. Son anniversaire c'était demain, le 1er janvier. Il ne fallait pas qu'elle me voie. Je décidais que ce serait aujourd'hui, quand il ferait nuit. Tuer le temps en attendant : faire du repassage, tea-time at five o'clock. Je jetais un coup d’œil sur la météo sur ma tablette pour savoir à quelle heure se couchait le soleil. Je n'avais pas non plus envie d'y aller trop tard et rouler dans la nuit noire (j'aime de moins en moins). J'avais déjà le cœur battant, avec un peu d'angoisse voire un léger mal de cœur. Cela faisait maintenant sept mois qu'avait eu lieu la rupture (ma déchirure). Ce que j'allais faire je m'étais jurée de ne jamais le faire, c'était à elle de faire un premier pas, je savais qu'elle ne le ferait jamais. Les deux fois précédentes je l'avais fait, cette fois je ne pouvais pas, je ne pouvais plus, et  je ne voulais plus revivre un tel traumatisme. J'ai réussi à m'en relever.  Mais je n'arrive pas et je ne veux pas faire le deuil d'un être cher qui est vivant. Le deuil c'est pour les morts. Je décide donc de déposer mes petits cadeaux à la nuit tombée. Pas de blablabla dans mes mots sur les cartes d'accompagnement; superflus, le geste devrait suffire. Elle, a laissé passer mon anniversaire sans se manifester; c'était la première fois en trente, quarante, cinquante ans? Ce n'était souvent rien, seulement un coup de téléphone mais c'était. Elle est née le 1er janvier, cette date la déprime car on lui souhaite une bonne année et on oublie de lui souhaiter son anniversaire et l'important pour elle c'est son anniversaire. Je n'ai jamais oublié de le faire
J'étais de plus en plus stressée, j'avais presque la nausée, je me sentais même un peu vertigineuse en montant dans ma voiture. Sur la voie express peu de circulation à 18 heures. Je n'allais pas sonner à la porte, c'était impossible "elle ne voulait plus de contact avec moi, elle m'avait fermé sa porte". J'arrivais devant chez elle, il faisait nuit, la voiture de son compagnon était là devant la porte du garage, ils étaient là. J'allais me garer un peu plus haut pour qu'ils ne m'entendent pas. Mon paquet était bien enveloppé (il y avait aussi un petit cadeau pour lui) et pouvait rester dehors. Il y avait de la lumière dans le salon. Je marchais sans bruit, évitant le gravier, et je déposais le sac près du pignon, derrière les poubelles. J'étais dans un état second. Je repensais à cette phrase de son amie il y a sept mois après que la rupture ait eu lieue, me disant : "vas la voir, sans la prévenir et ne te gare pas devant chez elle, si elle te voit elle ne t'ouvrira pas". Ce jour-là j'ai pleuré comme jamais, je crois. J'ai acheté un gâteau et l'après-midi j'ai sonné à la porte. Élaguons élaguons élaguons. Son compagnon m'a ouvert, je lui ai dit : je veux la voir, lui parler. Il m'a fait entrer. Elle était dans son fauteuil relax en train de prendre sa tension (la mienne devait être aussi au summum); j'avais les yeux rougis ( élaguons élaguons). Elle ne voulait ni parler ni m'entendre, me voir faisait monter sa tension, j'ai entendu son "va dehors". Je tenais debout, j'ai pris la porte. J'ai pleuré jour et nuit pendant dix jours. Puis, les idées noires sont revenues, prégnantes. Etc. etc. Aujourd'hui, je tiens le coup... c'est un coup à prendre (0_0).
A 22h30 je leur ai envoyé un texto pour les prévenir de ce dépôt, je pensais qu'ils devaient réveillonner à l'extérieur. Mais non, ils étaient restés chez eux. Il m'a répondu, en me remerciant. Elle, rien, silence assourdissant. Je ne peux pas faire plus. Je n'ai plus envie de pleurer ni sur moi ni sur elle. J'avais écrit sur la carte d'anniversaire : je pense à toi et sur une autre carte d'un livre que je lui offrais :
"En page de garde de l'ouvrage, cette phrase de André Breton me parle de toi, me parle de nous : "Rien de ce qui nous entoure ne nous est objet, tout nous est sujet." Je pense à toi tout le temps. (J'avais d'abord écrit "tout le temps" puis j'ai réécrit une carte en le supprimant. Mais c'était bien la première carte la vraie). Tout le temps, tu me manques, je t'aime auraient été de trop et, c'était tellement évident.

Ce 1er janvier, je me disais qu'elle allait peut-être m'envoyer un texto (un coup de téléphone je n'y croyais pas) mais non, rien. Le trait était donc tiré. Solitude, mon amour.

jeudi 14 juillet 2016

***

14 juillet 2016.

Au réveil, le ciel était bleu agrémenté de quelques nuages; le vent était frisquet. Allions-nous pouvoir déjeuner en terrasse pour notre second rendez-vous? Avec un gros pull, peut-être. Je m'étais motivée pour être plus décontractée, moins stressée qu'à notre premier déjeuner - elle aussi était tendue à ce premier rendez-vous, bien qu'elle prétendit le contraire ; cette fois, je savais qu'elle savait, donc, plus d'interrogations.
J'arrivais avec un peu d'avance pour passer la prendre en voiture devant la maison - sans y entrer - et je dépassais le rond-point m'apprêtant à profiter de cette avance pour m'arrêter près de la rivière. Mais, je l'aperçus alors me faisant des grands signes. A ma grande surprise, elle était là, également en avance, au rond-point, évitant ainsi que je me gare devant la maison. Je lui ai fait de grands sourires en m'arrêtant aussitôt sur le bas-côté, j'étais soudain emplie de tristesse, le cœur serré. J'avais espéré - mais sans y croire - qu'en arrivant chez elle (enfin chez sa mère), ses jeunes enfants  auraient peut-être eu envie de me voir. Non, elle avait préférée (ou était-ce sa mère?) venir jusqu'au rond-point, en avance, pour m'éloigner de la maison. Je respirais un grand coup avant qu'elle ne monte dans ma voiture, je riais; elle me dit un tantinet gênée : j'étais prête alors je suis venue jusqu'au rond-point. C'est très bien lui dis-je, il vaut mieux que nous soyons de bonne heure au port pour avoir une table en terrasse, quoi qu’avec ce petit vent frais il y aura sûrement de la place. - Tu as pris une veste chaude, tu as eu raison. C'est sûr que ça lui change des températures de son île mais elle ne s'en plaint pas.
Je redémarre, nous prenons mutuellement des nouvelles, elle répond évasivement à mes questions, j'ai compris rapidement que - de son côté - le déjeuner serait à peu près comme le précédent. Je lui parlais des enfants, évidemment, et je ne pus m'empêcher de lui dire que j'avais envie de les voir, que ça me ferait plaisir qu'elle vienne avec eux chez moi puisque je ne pouvais pas les voir chez sa mère. - Tu veux vraiment les voir? me dit-elle d'un air étrange. - Ben, évidemment lui dis-je. Je les ai vu il y a deux ans (heureusement que j'ai mes photos et mes vidéos) et c'est normal que je veuille les voir grandir non? - Tu sais, ils sont bruyants et agités. Je sentais qu'elle n'y tenait pas; mes larmes étaient enfermées dans mon cœur, je les tenais bien verrouillées. - Bon, on verra me dit-elle.  - Tu sais bien que je ne peux pas les voir chez ta mère, si elle est là. En riant je rajoute : à moins qu'elle ne s'enferme à l'étage pour ne pas me voir. Elle éclate d'un fou faux rire....
On arrive près du port, les places sont chères. Elle regarde la mer, nous sommes là (photo prise en septembre 2013) :


Nous enfilons nos vestes, il fait froid, c'est le 14 juillet!
Sur les terrasses du port, de nombreuses tables sont libres. Pour une fois, je ne crains pas d'être au soleil, s'il se pointe entre les nuages. J'ai fait quelques tentatives pour savoir si les enfants allaient bien, si sa mère allait mieux; sujets qu'elle voulait éviter et je n'avais aucune envie d'insister, je n'en avais pas la force. Nous avons alors parlé de son stage à l'hôpital, de l'ambiance par rapport aux autres stages qu'elle avait effectués dans "ses îles". - L'ambiance est plutôt froide me dit-elle, ça ne rigole pas, bon d'accord on n'est pas là pour rigoler quand on est au bloc mais après on pourrait se détendre; aux [...] on se détend! - Ben oui, ici ça caille, lui dis-je et le patron de ton service c'est pas un marrant non plus. (J'en savais quelque chose).

Les moules étaient délicieuses...


Et les desserts aussi.
C'est elle qui avait souhaité ce second déjeuner avec moi; ça m'avait fait plaisir, j'y avais pensé avec joie. Il fut tristounet, il y avait un malaise. Il n'y aura pas de troisième. Je n'osais même pas lui demander si mes petits cadeaux aux enfants leur avaient fait plaisir et puis, ce n'était pas à moi de poser cette question.
.../...
Elle devait rentrer, le grand-père devait venir les chercher, elle et ses enfants, pour aller à la plage. Elle ne voulait pas de café, j'en ai pris un, j'en avais besoin et j'aurais encore plus eu besoin d'un pousse-café (je n'en prends jamais mais là, j'aurais voulu être ivre et morte).
Je suis allée régler la note, je la rejoignais, elle était déjà sur le chemin qui mène à  la voiture. Elle me dit qu'elle aimait la Bretagne mais qu'elle ne pourrait plus vivre ailleurs qu'au soleil. En ouvrant la porte de la voiture elle me dit sur un ton qui se voulait désinvolte : - Je ne viendrai pas chez toi avec les enfants, c'est trop compliqué. C'était le coup de massue. Elle avait dû y penser pendant tout le repas, se demandant comment elle allait me le dire. Ben voilà, c'était dit. - Comme tu voudras lui dis-je. Et elle a rajouté : - On verra, on se tient au courant. Je n'ai rien dit, pourquoi en rajouter, c'est tout vu. Je ne comprenais pas ce qui se passait, il ne fallait plus que j'essaie de comprendre, quoi, ni qui que ce soit. No stress, no vertigo!
Je la déposais cette fois devant la maison, mais je redémarrais très rapidement. Elle me fit un petit signe en souriant, elle était soulagée et j'étais, laminée.

En rentrant chez moi, je m'installais dans ma chaise longue sur la terrasse avec quelques journaux, il y avait du soleil. Je regardais mon petit coin de ciel et les oiseaux qui y dansaient, je les trouvais d'une infinie beauté. Je n'étais bien que seule, dans mon monde.
Puis, je lisais quelques articles, je trouvais le monde encore plus fou...



samedi 15 août 2015

Samedi 15 août 2015

"Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même."
Jean-Jacques Rousseau, Les rêveries du promeneur solitaire.

Cette après-midi de 15 août (Sainte Marie), je croisais sur le chemin de halage 
quelques solitaires. Ils ne gênaient pas ma rêverie, ils l'animaient.
Je pensais à toi, maman.







Au retour,  le jeune homme que j'avais croisé à l'aller avec sa guitare,
faisait ses gammes, très discrètement, sur ce banc.
Je le photographiais, discrètement.


"Le contentement se lit dans les yeux, dans le maintien, dans l'accent, dans la démarche, et semble se communiquer à celui qui l'aperçoit."
Jean-Jacques Rousseau, Rêveries du Promeneur solitaire.
 

vendredi 12 septembre 2014

***

Ce soir dans le miroir je voyais ton visage maman.
Et je pensais tout haut : je te ressemble, je vieillis comme toi, mais je ne mourrai pas comme toi; je prendrai les devants.

mardi 17 juin 2014

Journal

Vendredi 13 juin.

Je rumine, pire je broie du noir. Il fait très chaud dans l'appartement. La terrasse : un four. A  15 heures je prends ma voiture direction Sainte-Marine. Les places à l'ombre sont recherchées au Café de la cale, j'en trouve une; une table inoccupée mais accolée à deux autres, occupées. Je demande si je peux m'asseoir là : avec plaisir (et un grand sourire) me dit le client qui, avec deux amis, semble sorti tout droit de son yacht!
La serveuse arrive, je lui demande un chose; elle me demande de répéter : vous ne faites pas de chose? lui dis-je (sans rire).  Elle ne sait pas ce que c'est. Le yachtman à côté de moi, en riant dit : bien sûr qu'elle sait faire des choses et lui donne la recette : jus de pamplemousse et Schweppes. La serveuse sourit, s'en va puis revient avec mon chose. Elle avait compris, au bar on avait dû lui expliquer puisqu'elle me dit : voilà, avec de gros glaçons mais pas de balles de golf!
Vu mon spleen, j'aurais dû commander un Truc, jamais essayé!
Ce petit port est un havre de paix. Mon cocktail bu je pars faire une petite marche le long de la côte près du Fort. Je fais une pause, je m'assois sur un muret de pierres, je regarde l'eau claire gîter sur les roches, je pense à mes escapades avec nostalgie, avec le sentiment que je n'en ferai plus. Désir annihilé par l'angoisse de la solitude. Je reprends ma promenade, je ne vois que beauté du paysage, je me console, qu'irais-je voir ailleurs? Oui, bien sûr... mais cet ailleurs-là je ne le retrouve que là et là, je n'ai même plus cette impression de solitude.

Samedi 14 juin.

Rien fait. Lecture qui m'enthousiasme, en parler une autre fois, longuement : Sylvia de Emmanuel Berl. Une belle découverte. Merci à l'ami qui me l'a conseillé.

Dimanche 15 juin.

Une journée entière à rêver du Léman. Ça devient une obsession. J'attendrai les résultats de... mardi et selon, me déciderai à partir ou pas, là ou ailleurs.

A 18 heures, je lis sur la terrasse, un avion commence sa descente vers l'aéroport, j'envoie un texto à ma soeur : ça y est, ta fille arrive! C'était bien son vol; elle devait être épuisée de ce long voyage avec sa petite fille et cette fois, il y a en plus un petit frère... et les bagages!

Lundi 16 juin.

Après un week-end épuisant à rien faire : se bouger, penser à rien, jouer au golf. Pratiquement personne sur le parcours après les compétions du week-end. Génial. Je parle à mon coach, je lui dis : t'as vu, j'ai acheté des nouveaux clubs! M'a pas répondu, j'ai inventé une réponse : ma ti... j'espère que t'as acheté les meilleurs. Tsss! Ils sont plus légers, moins rudes pour mon dos mais pour le moment je ne les maîtrise pas parfaitement. Là, je l'ai entendu, il m'a dit : concentre-toi, bouge pas la tête! J'ai ri, là je le voyais vraiment, à côté de mon chariot, sa clope roulée scotchée sur sa lèvre.

Le soir, pris des nouvelles des enfants voyageurs. Il était 20h30, ma sœur me dit :  ils sont déjà couchés et leur mère aussi. Ben oui, jet lag (0_0)

http://blog.poussinvoyageur.com/wp-content/uploads/2013/09/enfant-decalage-horaire.jpg


Mardi 17 juin.

Réveillée tôt, pas de stress, se dire que le temps passe vite et qu'à deux heures ce sera fini. A dix heures moins cool, mal au ventre, je vais quand même en prendre un quart. A midi, salle d'attente puis perfusion. Je lui demande si je peux mettre des boules Quiès pour atténuer le bruit de marteau-piqueur (la dernière fois - il y a dix ans - je ne l'avais pas supporté), elle me dit : ça risque d'être pire avec la pression mais faites comme vous voulez. Et oui, je veux! Direction le tunnel, j'enfonce les boules bien ramollies dans mes doigts, à fond dans mes oreilles. Elle me met le casque, je lui dis que je ne veux pas de musique, la dernière fois c'était pire avec la musique puis me met une poire dans la main pour prévenir si j'avais un problème.
Tout s'est bien passé, super les boules Quiès, beaucoup plus supportable le marteau-piqueur!
Résultats avec la radiologue (glaciale, c'est un nouveau genre les médecins réfrigérants) : rien d'anormal = on ne peut rien faire contre vos vertiges. CQFD!
Jankélévitch a donc raison :

"Lorsque l’homme veut conjurer l’angoisse, il tombe bien souvent dans le vertige, car qu’est-ce que le vertige sinon une sorte de précipitation de l’homme impatient qui, pour lever l’hypothèque de l’angoisse, se jette tête baissée au devant de l’instant qui vient, afin de l’exorciser et de lever l’hypothèque de l’instant en instance."

Alors, je projette une escapade ou pas? La nuit porte conseil, attendons.


jeudi 29 mai 2014

J'irai là-bas... où vous n'êtes pas

Dimanche 25 mai.

Cette année la Fête des mères coïncide avec la date de la mort de mon bien-aimé.
J'aurais dû aller sur votre tombe aujourd'hui, y déposer quelques fleurs.
Mais hier il faisait encore froid et les averses se succédaient au rythme des nuages noirs qui traversaient le ciel.
Et, aller sur votre tombe, c'est un peu une expédition : plus d'une heure de route, éventuellement sous la pluie, prendre seau, éponge, balai-brosse et chiffons pour la nettoyer; acheter les plantes.
Qu'importe le jour pour faire tout cela n'est-ce pas? 
Je pense à vous... tout le temps.
S'il fait beau cette semaine, j'irai là-bas... où vous n'êtes pas, mais aussi sur les vôtres (ma tata-titi parisienne et celle de la petite Claire, douce colombe, morte tragiquement en 2007, à 15 ans).
Mais pour moi c'est partout ailleurs - là où je suis, là où je regarde - que vous êtes.


Mercredi 28 mai.

J'y suis allée... là-bas et j'ai fait de ce pèlerinage éprouvant une journée magnifique.
"Il ne pleuvait pas sur Brest ce jour-là"... et chaque année, lorsque je m'y rends, je trouve la Rade et le Pont de Plougastel (cette fois vu du bon côté) toujours aussi beaux. Et ne parlons pas des "merveilleux nuages"...


Pour Claire, qui n'aura pas eu le temps de faire Le Tour du Monde.
 Je la voyais dans ces images.
(Ciel! Une vidéo de 9 minutes, mais pour un Tour du Monde, c'est vite vu).





Jeudi 29 mai.

Ça y est, je me suis décidée. Je vais repeindre les murs de ma terrasse. Je n'augure pas du résultat, je vais peindre par-dessus la vieille peinture, sans rien reboucher. Commencé à gratter ce qui s'écaille, ce sera la seule préparation, faite à-la-va-comme-je -te-pousse.
Mardi, emprunté nuancier de couleurs chez Casto; peux pas faire n'importe quoi, quartier historique! Rendu ce matin. Couleur préparée sur le champ. Y a plus qu'à... Ah ah! C'est pas gagné, tendinite assurée. Tant pis. L'idée d'avoir un professionnel pour le faire : faudra décaper, faudra karchériser, faudra reboucher les trous, faudra consolider cette partie là et gnagnagna, faudra faudra faudra que je vienne à 8 heures le matin... Ah non merci! Je dors le matin!
Et puis, de toute façon, les escargots viendront boulotter la peinture après; alors pourquoi s'appliquer!
"Donque" je vais le faire.

lundi 31 mars 2014

The winner is : Miaou!

Dimanche 30 mars 2013.

Nuit d'angoisse, peur de me réveiller avec des vertiges. Couchée tôt, grosse erreur, pensant récupérer l'heure perdue (d'été) au réveil. 
Réveil : j'allume la lumière, je vérifie que la pièce ne tourne pas, me lève lentement, sans mouvement brusque de la tête, je me sens patraque. Mais non, méthode Coué : se dire que tout va bien! « Si étant malade, nous nous imaginons que la guérison va se produire, celle-ci se produira si elle est possible. Si elle ne l'est pas, nous obtiendrons le maximum d'améliorations qu'il est possible d'obtenir ». Je ne vais tout de même annuler la journée prévue  dans le Morbihan. Allons, secoue-toi!

10 h 30 : je prends la route. Toujours cette sensation de liberté dans ma voiture, mêlée  d'inquiétude de plus en plus prégnante de vieillir dans la solitude. J'allume la radio pour essayer de ne pas penser, de ne plus penser, de penser à rien; difficile. Aucune station ne m'intéresse (second tour des élections municipales). J'insère un CD. Je regarde mon compteur de vitesse pour ne pas dépasser celle autorisée, ça m'énerve, personne sur la voie express. Liberté, solitude, lassitude, vie, mort..., derrière une caravane je m'imagine appuyer à fond sur le champignon et rentrer dedans mais non, pas envie d'attenter à d'autres vies que la mienne. Je la double, tranquillement.

11 h 45 : arrivée. Mêmes rites que d'habitude avec la chienne. Elle, la maîtresse, est en forme et a bonne mine; elle a retrouvé enfin un visage apaisé. Visite des dernières nouveautés et travaux dans la maison et le jardin. Nous prenons l'apéritif puis nous partons à Saint Goustan déjeuner sur le port. Ça sent le printemps les terrasses sont noires de monde; au soleil il fait bon mais à l'ombre un petit vent encore frisquet nous fait décider de déjeuner à l'intérieur, les places au soleil ayant été prises d'assaut. Une bonne table avec vue sur le port... à marée basse. Elle me donne des nouvelles de tout le monde, ses enfants, petits enfants grands maintenant puisque une de ses petites filles a un amoureux... Les mères, grand-mères ont toujours des choses à raconter, toujours à peu près les mêmes, des histoires auxquelles j'ai du mal à m'intéresser. Que pourrais-je lui raconter de ma vie?  Mon quotidien? Banal : dormir, manger, ménage, golf, médiathèque, lectures, promenades solitaires. Je lui parle des films que j'aie vus, des livres que je lis (c'est une lectrice aussi, notre point commun avec - pour elle aussi maintenant - la solitude).

Déjeuner terminé nous allons prendre le café sur la terrasse, au soleil, quelques places s'étant libérées. Puis, longue promenade sur le port et un sentier menant jusqu'au Bono (assez gadouilleux). Nous passons devant une belle bâtisse : le Manoir de Kerplouz, une chapelle attenante, dans un parc somptueux. La chienne vit sa vie, sans laisse, liberté retrouvée! Après la balade - j'étais crevée - nous remontons la rude rue qui grimpe du port vers le centre ville. J'aperçois un minou, que je photographie... évidemment!






20 heures : de retour "at home".  Résultats des élections.
Tiens, je n'ai pas les résultats du parti des chats. Miaou!

mardi 15 octobre 2013

Valises

Les trois sœurs s'étaient réunies cette après-midi pour laisser l'une d'entre elles se décharger de toutes les valises qu'elle traînait derrière elle. J'avais l'impression que c'étaient les miennes qui se remplissaient.

Sur la route je ne parvenais pas à écouter de la musique ni la radio. Le crachin, le brouillard, les feux de croisement, les balais d'essuie-glace comme un métronome : nous étions bien en automne et bientôt à l'heure d'hiver. Rien de réjouissant en fait.

De retour à la maison, je mettais un CD de Alberta Hunter puis je grimpais sur mon escabeau pour ranger les estampes et lithographies que j'avais sorties du carton à dessin ce matin, comme ça, juste pour les regarder. 
Dans le foutoir de ce coin sombre je regardais mes valises et je pensais qu'il était temps que je parte en voyage : les remplir de vêtements pour vider le trop plein qui commence à devenir trop lourd.

Partir... fuir... remplir une valise pour vider ma tête. Le temps et la saison ne s'y prêtent pas mais, le soleil n'est-il pas toujours là où on n'est pas?


jeudi 10 octobre 2013

Journal

 Photo, 2010

Hier ils sont venus me voir en sortant de la consultation. Elle avait souhaité qu'il l'accompagne. Je leur avais proposé de venir prendre un café. Je voulais savoir comment s'était passé l'entretien. J'espérais qu'elle allait mieux que dans les mails et les textos qu'elle m'envoyait.
Il la précédait dans l'escalier et il m'a fait une grimace pour que je comprenne que ça n'allait pas. J'ai immédiatement eu une douleur à l'estomac (au plexus?). Elle avait les yeux et les joues rouges. Je ne pouvais pas lui dire : comment ça va? Je n'ai rien dit. Elle s'est mise à pleurer - elle qui ne pleure jamais -, il m'a regardé en me disant : on passe à la phase 2. Je l'ai serrée dans mes bras, je lui ai dit que tout allait bien se passer, que les médicaments allaient l'aider à "lâcher prise" (je n'aime pas cette expression qu'elle utilise souvent).
Elle a tenté l'impossible : sortir la tête de l'eau toute seule. Il lui fallait une bouée de sauvetage depuis déjà longtemps.
Puis nous avons pris le café avec un gâteau breton. C'était très dur, très lourd, j'essayai de détendre l'atmosphère. Elle a parlé un peu, très peu : "tout le monde me dit que je ris plus. Je peux pas." Qui te dit ça mon Bézo? - XXX me dit-elle. Et XXX me regarde en riant, mais son regard est désarmé. Alors nous rions tous les deux, lui non plus ne sait plus que faire, que dire pour faire baisser la tension. Pour le moment elle éprouve encore le besoin de parler, heureusement, l'écoute doit être attentive, patiente, ce n'est pas facile. Il est doux avec elle, c'est un ange. Burn-out! Oui, c'est ce dont elle est victime. Burn-out burn-out burn-out. J'ai la tête qui tourne après leur départ. Il m'envoie un texto pour me remercier pour le café. Me remercier? C'est moi qui le remercie d'être là; je lui réponds et lui dis que je suis là, aussi, pour lui, pour quand ça deviendrait trop difficile. Il ne faudrait pas qu'il craque, ça ne va pas fort pour lui non plus dans son job, de plus en plus de pression.

Hier soir il y avait un téléfilm sur ce sujet. Je ne l'ai pas regardé mais j'ai suivi le débat sur le burn-out avec les témoignages. Puis j'ai éteint la télévision. Puis j'ai lu pour me détendre. Puis j'ai envoyé un mail. Puis je me suis couchée. J'ai éteint.

BURN-OUT BURN-OUT BURN-OUT BURN-OUT BURN-OUT BURN-OUT BURN-OUT...
Je ne parvenais pas à m'endormir. J'entendais un bruit sourd, comme un moteur qui continue de tourner. Je me lève, il est 1 h 15. Dans le séjour pas un bruit, pas de frigo qui vibre, rien. Je me recouche, je suis très éveillée. J'entends toujours le bourdonnement, d'habitude mes acouphènes sifflent, ne bourdonnent pas.
BURN-OUT BURN-OUT BURN-OUT BURN-OUT BURN-OUT BURN-OUT BURN-OUT... Je mets des boules Quiès que j'enfonce au maximum. Ça bourdonne toujours.... Je ne dors pas. 2 h : je me lève, je prends un Doliprane (je refuse de prendre des somnifères, je les garde... en réserve...).  Je repense à ce que disait la DRH ou la psychologue - je ne sais plus, je cafouille moi aussi - dans ce débat : "quand ils viennent me voir certains pensent au suicide parce que les somnifères ne suffisent plus pour qu'ils retrouvent le sommeil, alors ils pensent au sommeil définitif." Ce n'était pas dit comme cela mais le sens y est. J'ai peur. Je suis inquiète.
J'ai dû m'endormir une demi-heure plus tard. Réveillée à 7 h 58 avec les marteaux-piqueurs. Ces ouvriers exposés durant des heures à ce bruit infernal ne font pas de burn-out mais souffrent sûrement d'autres maux?

Le travail est de plus en plus aliénant.

9 heures.
Je lis un mail reçu ce matin. Magnifique. Je souris.
Je termine mon petit déj. Le soleil caresse les pierres de l’abbatiale. J'ouvre la fenêtre, l'air est vif.  Je me sens un peu moins triste. Très peu.





jeudi 15 août 2013

***

15 août. Sainte Marie : Bonne fête maman chérie.
Maman maman maman...

En lisant le Journal de deuil de R.B. j'ai le sentiment de n'avoir jamais fait le deuil de ta disparition, mais celui du chagrin, oui. Le chagrin est remplacé par des pensées vives, parfois joyeuses, toujours tendres, souvent angoissantes : peur de finir comme toi... Je te ressemble tellement.

Je viens de relire mes 15 août. Je sens que je n'ai plus cette énergie ou cette envie de bouger, de faire toujours quelque chose. Je me demande d'ailleurs si je ne le fais(ais) pas pour avoir quelque chose à écrire ici plus que pour combler un vide? Je me sens lasse soudain.  
Note optimiste, futile : hier j'ai joué 3 à l'aller 5 au retour. Mon coach là-haut était fier de moi. Dans le ciel j'ai vu son étonnement

!


Ce matin : pas un nuage dans le ciel.
Peut-être aurai-je le courage cet après-midi de brosser le mur qui est derrière mon banc sur la terrasse. J'avais commencé...

L'autre jour j'écoutais une émission sur les Journaux intimes*.
Et plus particulièrement sur les Journaux intimes d'anonymes. En fait, je ne devrais pas faire de rubrique "journal intime" dans mon blog, puisque je suis lue et que, par conséquent, ce que je raconte parfois de, censément intime, ne peut l'être vraiment. On ne peut écrire l'intime véritable, sans tricherie, que si  la pensée d'être lu ne nous effleure pas; ce que je faisais dans mes cahiers. D'où l'ambiguïté des Journaux intimes d'écrivains. Cependant, certains écrivains devenus célèbres ont commencé leur Journal intime très jeune, avant de savoir qu'ils allaient devenir un jour écrivain, comme Stendhal qui, à 17 ans écrit son Journal, donc authentique... Le Journal des écrivains leur sert souvent de "laboratoire" pour une partie de leur œuvre, ce qui n'est pas le cas des personnes "ordinaires"...
"Il n'y a qu'en France qu'on associe le mot intime à un journal. Un journal n'est pas forcément intime..."
"Qu'est-ce qui définit un journal?
C'est une inscription datée et au-delà de ça, on ne peut pas en dire grand chose."

 *(A écouter, à partir de la 8e minute, pour savoir ce qu'on peut en dire de plus...)


mardi 13 août 2013

Famille je vous "haime"

Vendredi 9 août.

Je voulais dîner en regardant la mer. Il y avait du vent et faisait un peu frais mais le ciel était dégagé. Je me disais que je pourrais aller leur dire bonjour après.
J'étais bien, seule, devant ce paysage. Le restaurant était plein, à l'intérieur; sur la terrasse, peu de monde. Un jeune couple s'est attablé; ils avaient des plaids avec eux. C'était une bonne idée et pourrait devenir une spécialité bigoudène? Aux autres tables, les hommes avaient des pulls (pas marins du tout) et les femmes en tenues plus légères, enfilaient leur veste au cours du repas. Moi, j'avais prévu que le petit zef serait de la partie et je m'étais bien couverte. Comme d'habitude, j'étais la seule personne seule. A côté de moi, deux garçons d'environ huit et onze ans (quelle précision) avec leurs parents. Le plus jeune n'arrêtait pas de me regarder, je prenais des photos, il devait trouver bizarre qu'une femme de mon âge vienne au restaurant toute seule; sa grand-mère devait regarder la télévision! Mais, me prenait-il pour une grand-mère? Il se débrouillait bien à décortiquer son crabe et ses langoustines. Je lui ai fait un sourire et comme il insistait à me regarder, l'air très sérieux, je lui ai fait un clin d'oeil. Là, il m'a souri!
J'étais bien, je m'en fichais un peu de ce que j'avais dans mon assiette, j'avais pris le menu; j'étais  venue là pour voir ça.






Au dessert, je leur envoie un texto pour savoir si je peux passer les voir et prendre une tisane avec eux. Je leur dis que je peux y être dans un quart d'heure, que j'étais tout près. Je reçois un : OK, on est tous au penty. Je me demandais si j'allais leur dire que j'avais dîné au P.A. Et puis oui, j'en ai assez d'inventer des histoires. Ils ne m'invitent jamais à les accompagner au restaurant avec eux quand ils sont là; alors j'estime avoir le droit d'y aller seule sans obligation de les prévenir.
Bien mal m'en a pris.
- Non, c'est pas vrai! C'est bien toi ça! me dit P. d'un ton peu agréable. Ce serait long de retranscrire la suite... Son "c'est bien toi ça" m'a fait frémir et penser à celui de M. (mais avec lui, mon frère, nous nous pardonnions toujours nos mauvaises humeurs), un jour au téléphone "Oh! toi on te connaît" qui avait la même sonorité. Vraiment? Me connaissent-ils vraiment? Ils me croient forte parce que je suis indépendante, que je ne leur parle jamais de ma solitude, mais ils ne savent pas ma fragilité et combien ces mots me font mal.
En fait j'étais allée leur dire bonsoir surtout pour voir une de mes nièces que je ne voie qu'une fois par an. Elle est drôle, rieuse; et j'ai ri avec elle. Sa soeur était là aussi avec son mari. Elle me dit : on est allé à Quimper mercredi après-midi avec les filles, quel mal pour trouver une place pour la voiture, finalement on s'est garé en bas de chez toi. Comment n'ai-je pas eu la réplique de dire à son père : tu vois, ta fille fait comme moi et elle a bien raison. Se garer en bas de chez moi sans frapper à ma porte! Mais je n'ai rien dit. C'est quoi toutes ces obligations familiales qui em...dent tout le monde! Le père n'a pas moufté.
Je ne me suis pas attardée, au prétexte que je voulais rentrer avant qu'il fasse nuit; je n'aime plus conduire la nuit.
Conclusion : je vais recommencer à inventer des histoires, des faux rendez-vous, des dîners avec une amie, des (vraies) migraines.
Je sais que je deviens de plus en plus sauvage, de plus en plus solitaire mais je m'ennuie de plus en plus avec les autres.

Samedi 10 août.

J'ai fini La Barette rouge de André de Richaud. J'ai vraiment du mal à lire des romans. "Un livre éblouissant de force et de cruauté qui fait parfois penser à Lumière d'août de Faulkner" (4e de couverture). Oui, sans doute, sûrement même. Écriture au couteau qui m'a déchirée. Cependant je me suis dépêchée de finir la première partie, trop cruelle pour moi. Deviendrais-je en vieillissant une mauviette? Je disais précédemment que ce livre allait me secouer. C'était bien plus que cela, il m'a déchiquetée. Oui, c'est très puissant mais aujourd'hui je ne veux plus être secouée que par cet autre genre de texte, je ne veux être que, déchirée par la douceur :

 "Au lendemain de la mort de sa mère, le 25 octobre 1977, Roland Barthes commence un "Journal de deuil". Il écrit à l'encre, parfois au crayon, sur les fiches qu'il prépare lui-même à partir de feuilles de papier standard coupées en quatre, et dont il conserve toujours une réserve sur sa table de travail." Extraits :

11 novembre 1977

Solitude = n'avoir personne chez soi à qui pouvoir dire : je rentrerai à telle heure ou à qui pouvoir téléphoner (dire) : voilà, je suis rentré.

21 novembre
soir

"Je m'ennuie partout"

28 novembre

A qui pourrais-je poser cette question (avec espoir de réponse)?*
Pouvoir vivre sans quelqu'un qu'on aimait signifie-t-il qu'on l'aimait moins qu'on ne croyait...?

Froid, nuit, hiver. Je suis au chaud et cependant seul. Et je comprends qu'il faudra que je m'habitue à être naturellement dans cette solitude, y agir, y travailler, accompagné, collé par la "présence de l'absence".

1er mai 1978

Penser, savoir que mam. est morte à jamais, complètement ("complètement" qui ne peut se penser que par violence et sans qu'on puisse se tenir longtemps à cette pensée), c'est penser, lettre pour lettre (littéralement, et simultanément), que moi aussi je mourrai à jamais et complètement.
Il y a donc dans le deuil (celui de cette sorte, le mien), un apprivoisement radical et nouveau de la mort; car, avant, ce n'était que savoir emprunté (gauche, venu des arts, de la philosophie, etc.), mais maintenant, c'est mon savoir. Il ne peut me faire guère plus de mal que mon deuil.

Roland Barthes, in Journal de deuil, éditions Seuil/Imec, 2009.

 * Je réponds : Survivre à l'être cher n'est-ce pas aussi une grande preuve d'amour? Mon aimé, je crois que je n'ai survécu que pour toi, pour être digne de toi.

Le 18 juin 1977, lorsque le cœur battant je faisais dédicacer mes Fragments d'un discours amoureux, Roland Barthes était sans doute déjà éprouvé par la maladie de sa mère. Je ne me souviens que de son doux regard et de son sourire quand je lui ai indiqué mon prénom. J'étais avec toi mon aimé, la foudre était tombée sur nous cinq mois plus tôt et je venais de m'installer définitivement, chez toi, dans l'atelier.
L'automne 1977 "serait" aussi celui de sa rencontre avec H

samedi 15 juin 2013

Dialogues de sourds

Hier soir, tard, échange de textos :

Elle - Je ne suis pas déprimée, parce que je ne pleure pas! C'est juste que j'en ai marre de tous mes maux. Et toi, tu pleures?

Moi - Oui, je pleure, mais je ne suis pas déprimée. Je pleure sur ma vie, pas sur mes maux. Toi, tu ne pleures pas facilement, moi si. On dit que ça soulage. Je ne sais pas.

Je n'allais pas lui dire la vérité. J'ai envie de la protéger, ma petite soeur. En ce moment, je n'ai plus d'énergie, je n'allume plus mon ordinateur, sauf là, j'écris, pour dire que j'ai écouté deux émissions sur France Culture, qui valent vraiment le coup d'être réécoutées :

- L'homophobie : Généalogie d'une haine, sujet de l'émission Le Gai savoir de Raphaël Enthoven.

"De tous les racismes, l’homophobie est avec la misogynie celui qui s’exprime le plus volontiers, car il s’abrite derrière des considérations érudites. Les délires de Gobineau sur l’inégalité des races n’ont pas résisté à l’arrivée du XX siècle et le constat qu’il n’y a pas de race, mais les considérations oiseuses sur l’homosexualité comme un vice sont plus difficiles à abattre, à quoi tient cette résistance de la connerie ?
Il faut prendre au sérieux les arguments des homophobes. Il faut entendre et écouter les sophismes d’une haine qui se donne tantôt la science, tantôt le bon sens, pour alibi. Il faut plonger dans le marais de ces discours pestilentiels et parfumés pour en extraire la substantifique boue. Car combattre les choses n’est pas les comprendre, mais comprendre les choses, c’est les combattre. "

et, celle-ci :

- Penser la fin de vie, sujet du jour de Répliques, l'émission de Alain Finkielkraut qui a posé des questions essentielles. 

J'ai cependant toujours le même sentiment, bien qu'on nous fasse croire le contraire, que le sujet n'avance pas. On en revient à cette Loi Léonetti, insuffisante.. et le rapport Sicard où est-il?

Ah oui! Cette émission aussi, écoutée jeudi, toujours sur France Culture (que serais-je sans toi...) dans les NCC sur les éventuels sujets du Bac Philo :

J'ai pris plein de notes mais je n'ai pas la force (en ce moment) de les retranscrire).
"Quand je me regarde dans la glace je ne vois que la moitié de l'humanité. Il me manque l'homme ou la femme..." ou disons, l'autre moitié. "Bien qu'unique nous ne faisons pas un."
"C'est parce que nous savons qu'il nous manque quelque chose, que nous désirons. La solitude est le moteur du désir."
"Il faut parvenir à penser la solitude sans l'esquiver."
Solitude voulue, solitude subie etc.

Vraiment, à réécouter, seul, pour se sentir moins seul car "la solitude prend toute sa puissance quand on est entouré".

Je ne relis pas ce que je viens d'écrire... la tête me tourne.


mercredi 1 mai 2013

De, la réflexion

Mardi 30 avril.

Vacances scolaires obligent. Le parcours était encombré. Je la rejoins au 2 et lui propose que nous jouions ensembles même si je sais qu'elle préfère jouer seule. Elle accepte, l'attente sera plus agréable à deux me dit-elle, se défendant ensuite de mal jouer. Je rêverais de jouer comme elle si je vivais jusqu'à 93 ans. Je lui dis que je suis contente de la revoir. Je ne joue pas l'hiver me dit-elle. C'est plus raisonnable lui dis-je. Mais alors que faites-vous, vous ne vous ennuyez pas? Je ne m'ennuie jamais réplique-t-elle avec un sourire malicieux : "j'écris des poèmes, je joue du piano, je fais des aquarelles." Je n'en reviens pas. Quelle délicieuse femme! Et elle rajoute : "et puis, il y a des animations au Jardin d'.", la résidence de retraite (qui n'est pas un mouroir) où elle séjourne depuis ses 80 ans. A cinq minutes du golf en voiture, et en plus, elle conduit. Et comme je prenais des nouvelles de sa santé, elle me dit : "bien sûr ce n'est plus comme avant, mais je n'ai aucunes douleurs, je n'en ai jamais eues! Dans le ton de sa voix il y a une fermeté, une autorité, une assurance qui me laisse à penser qu'elle va vivre encore longtemps.
Je pensais alors que c'était un témoignage merveilleux et me demandais pourquoi moi, bien plus jeune tout en ne l'étant déjà plus, j'ai de l'arthrose et des douleurs récurrentes. Peut-être parce que je n'ai pas envie de vivre jusqu'à 93 ans. Il faut avoir envie de vivre pour vivre longtemps, je le crois, j'en suis sûre. L'envie de vivre occulte sans doute les douleurs.

Soirée :

Je regarde ma terrasse au crépuscule à travers les vitres (propres, nettoyées dimanche). Amusant la lampe du salon près des plantes, magie de la réflexion (j'avais écrit réflection; je pensais à la lumière se réfléchissant dans la vitre).
Spleen du soir...



Mercredi 1er mai.

J'ai sorti quelques livres de ma bibliothèque ce matin et lu ce qu'écrivaient dans leur Journal Stendhal, Katherine Mansfield, Georges Bataille, Paul Nizon, un premier mai.
Un seul extrait :

Bloc-notes, mai 1917.
Dans ces notes - aide-moi, Seigneur, je jouerai cartes sur table...

"Quand on vit seule...
Même si, par un hasard épouvantable, je venais à trouver un cheveu sur ma tartine de miel.. au moins, ce serait un cheveu à moi.
[...]
"L'amour et les champignons.
Si on pouvait seulement distinguer l'amour vrai du faux, comme on distingue les bons champignons des mauvais. Pour eux, c'est si simple - on les saupoudre bien de sel, on les met de côté et on prend patience. Mais quant à l'amour, dès qu'on a découvert quelque chose qui lui ressemble, même de la façon la plus lointaine, on est absolument certain, non seulement que c'est un spécimen authentique, mais encore que c'est peut-être le seul et unique champignon véritable qui restât à cueillir. Et il faut un nombre effroyable de champignons vénéneux pour vous convaincre que la vie n'est pas tout entière un cèpe interminable."
Katherine Mansfield, in Journal."

Après-midi : 

Reçu visite impromptue  de ma filleule, son mari, et les deux enfants, mes nièces et neveux, avec la chienne. Ce fut durant deux heures une tornade? un ouragan? dans mon salon avec les enfants et la chienne, mais j'étais heureuse de les voir. Eclats de rire assurés et complices avec ma filleule. Je leur proposais d'aller à la crêperie le soir avec les enfants mais ils ont préféré reprendre la route pour la Normandie, de bonne heure.
Après les aboiements stridents (à crever mes tympans qui sont déjà mal-en-point) du caniche, le calme fut tout de même assez jouissif.