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mercredi 28 août 2019

Liberté


Pierre Davy
La vende 2017


LIBERTÉ

Je veux, pour une fois, avoir mon libre arbitre;
Disposer de moi-même ainsi que je l'entends.
Ce qui, jusqu'à ce jour, m'a été contesté.
Lorsque l'on m'a conçu, moi, je n'étais pas là.
Un spermatozoïde, un peu aventureux,
S'est permis d'agresser un ovule accueillant.
Je plaide non coupable;
Ma carte génétique ne dépend pas de moi.
Depuis, s'est écoulé le ruisseau de ma vie.
Ne croyez surtout pas les dires bucoliques.
Un ruisseau est stupide, il s'adapte à la pente.
Il se heurte aux rochers, il stagne dans les mares.
Quand il trace des boucles, c'est qu'il y est contraint,
Et dans les droites lignes, il est canalisé.
Ainsi va de ma vie. J'ai cru en disposer,
Elle m'a été dictée, et je l'ai acceptée.
Je suis né, j'ai vécu, un peu à mon insu.
C'est pourquoi j'aimerais, esclave libéré,
Décider de ma mort, plutôt que de l'attendre.
Pouvoir dire, un beau soir, à l'issue d'un festin,
Merci, messieurs, mesdames, c'était vraiment très bien,
Pourtant il se fait tard, il faut que je m'en aille.
L'idée me séduit bien, mais deux questions se posent:
Celle de l'échéance et celle des moyens.
Quand donc sera-t-il temps? Là, j'ai mon opinion.
Si je ne peux plus voir un coucher de soleil,
Ou bien ne plus entendre les pleurs d'un adagio,
Si je n'ai plus la force de ma propre survie,
Irrémédiablement...
Alors, je veux mourir, en toute indépendance,
Et de ma propre main.
Si ma conscience fuit, si ma tête s'égare,
Si j'oublie qui je suis et qui sont ceux que j'aime,
Je veux qu'ils aient le droit de décider ma mort,
Et d'être mes bourreaux en toute impunité.
Mais, quand on veut se tuer, reste à savoir comment.
Les moyens sont multiples, souvent inélégants,
Douloureux, lamentables, parfois aléatoires.
Je rêve de chimie qui guérit de la vie.
Petit médicament, sous un dernier whisky;
Comme un modeste outil fait juste à ma mesure,
Que je conserverais tel un bijou précieux.
Marqué de la mention: servir à qui de droit;
Et qui m'évitera l'agonie des mouroirs.
J'espère une justice, voire une religion,
Et une société qui enfin le proclament:
Ta mort t'appartient, ta liberté est là!




Date de création : 31/05/2019 @ 17:29
Dernière modification : 31/05/2019 @ 17:29

dimanche 14 juillet 2019

Est-on en France voué à mourir seul

Journal

Juin

Récapitulatif.
Semaines remplies de rendez-vous médicaux, divers spécialistes : urgentiste, généraliste, dentiste, kinésithérapistepeute.
Les journées sans rendez-vous : migraine. 
Les journées avec et sans rendez-vous : douleurs. Assommée d'antalgiques. 
Une oreille bouchée avec hyperacousie, allez comprendre, l'autre oreille baisse brutale d'audition.
Le golf, oublié !

Juillet

Rendez-vous urgent avec l'ORL, l'associé de mon ORL adoré, ce dernier décédé en décembre, à 63 ans (sale crabe), pas pu en parler, trop touchée. Associé, épatant aussi.
Migraines migraines.
Dentiste, ophtalmologiste (il s'est écrié : MAGNIFIQUE, quand il a vu que ma pression oculaire était passée en trois mois de 27 à 16 avec son traitement), kiné.
Chirurgien orthopédiste, radiologues... (je fais aussi une cure des Radioscopies de Jacques Chancel et ça, c'est un régal).
C'est pas une vie de passer son temps dans les salles d'attente. J'en ai assez. Plus envie de me faire soigner. Je veux pouvoir marcher sans douleurs. Hyperacousie : le bruit me fait mal, peux plus aller au cinéma, son trop fort.

Lors de ma dernière visite, récente évidemment (tsss !), chez ma généraliste, en fin de consultation elle me demande si j'ai lu le Journal d'Irlande de Benoîte Groult qu'elle était en train de lire. - Oui, formidable, quelle femme ! lui dis-je. Et comme elle connaît mon sujet de prédilection, je lui en parle souvent, sans tabou, je lui demande si elle a lu La touche étoile. - Non me dit-elle. Mais elle connaissait le sujet et je lui dis : elle a attendu trop tard, mais moi, je n'attendrai pas.
En rentrant chez moi, je l'ai sorti de ma bibliothèque, pour le relire. Il n'a pas pris une ride - si j'ose dire, ce n'est pas comme moi - en douze ans, et malheureusement rien n'a changé concernant cette ultime liberté.

"Je veux m'en aller, ma hotte lourde de souvenirs et les yeux pleins de la fierté d'avoir vécu vivante jusqu'au bout. M'en aller à mon heure à moi, qui ne sera pas forcément celle des médecins, ni celle autorisée par le pape, encore moins la mort au ralenti proposée par Marie de Henezel, avec son plateau de soins palliatifs en devanture et son sourire crémeux.
[...]
[...]
Ne pouvant me satisfaire des baisers des autres et des trop rares couvreurs qui se donnent en spectacle, ayant perdu presque tous mes plaisirs et presque tous les amis de mon âge, ayant écrit mon dernier livre, je ne vois pas pourquoi j'attendrais passivement le dernier coup du sort. Mais comment abréger mes jours, au cas où j'aurais la chance d'entendre grincer à temps la charrette de l'Ankou [qui annonce la mort chez les Bretons, N.D.L.R], conduite par son charretier funèbre qui a toujours pour moi le visage de Jouvet ?
En Suisse, en Belgique, en Hollande, on admet "l'aide à mourir". J'avais vu Exit à la télévision et suivi la mort douce et choisie d'un homme malade, dans les bras de sa femme. Et l'admirable Mar adentro, un film sur la joie de vivre et le courage de mourir.
La France n'est plus le pays des libertés. Nos députés viennent d'inventer l'hypocrite "laisser-mourir", formule affreuse bien dans la lignée du "laissez-les vivre", les deux slogans ayant en commun le même mépris de la volonté des intéressés.
[...]
Comment accéder à l'euthanasie, ce beau mot grec qui signifie tout simplement ce que tout le monde souhaite : "une belle mort" ?
Quand un philosophe est contraint de se défenestrer pour échapper à sa maladie incurable [Gilles Deleuze, N.D.L.R.], quand une femme âgée en est réduite à s'avancer dans l'eau glacée d'un étang jusqu'à s'y engloutir, afin d'échapper à ses poursuivants qui l'avaient déjà réanimée de force à deux reprises, qu'est-ce d'autre qu'un refus d'assistance? que le non-respect d'une personne ? Qu'est-ce d'autre qu'une mort dans la cruauté, sans l'aide d'une main secourable ? Pour ne pas laisser condamner le médecin qui vous aide, ou le proche qui vous tend la main, est-on voué en France à mourir seul ?
[...]
J'ai besoin de conseils éclairés et j'ai cru devoir consulter les spécialistes de la vie, donc de la mort. [...] Tous ont fait resurgir du fond de ma mémoire des impressions enfouies depuis plus de cinquante ans ! L'humiliation, l'impression d'être coupable, le ton paternaliste masquant mal une totale indifférence, le même blindage idéologique que pour l'avortement avant la Loi Veil. Et pour couronner le tout, l'alibi de la foi chrétienne chez des gens qui ne vont même pas à la messe.
Or quand un être n'a plus d'Espérance, c'est de Charité qu'il a besoin, non de Foi.
Réclamant le droit de choisir ma mort comme j'avais réclamé autrefois celui de donner ou non la vie, voilà que je me retrouvais dans la même position de quémandeuse devant la même nomenklatura ! Voilà qu'on me parlait comme à une petite fille alors que j'avais le double de l'âge de tous ces médecins et n'étais coupable que d'avoir trop vieilli à mon goût ! Ma vie n'était donc plus à moi ?

Pages  276 - 278 - 279 - 280 - 281

Benoîte Groult, in La touche étoile, éditions Grasset & Fasquelle, 2006.

lundi 20 mai 2019

Ultime liberté

La missionnaire de la mort libre accusée...

Archives 2013 :

Témoignage et prise de position du Dr Erika Preisig,
médecin suisse et présidente d'une des associations suisses, Lifecircle, pour le droit de vivre et de mourir dans la dignité :


Les conséquences des promesses non tenues par le Président Hollande...
Rapport d' un médecin suisse.

"  Je suis la présidente d' une association que je viens de créer : Lifecircle.ch et ma lettre est l' expression de mon désespoir..Voilà pourquoi je voudrais la publier et l' envoyer aux médias ainsi qu' au Président de la République Française. Je l' écris pour les 3 patients en fin de vie auxquels j' ai rendu visite le week-end dernier et dont le destin ne doit pas rester dans l' ombre.

   François Hollande a fait une promesse pour se faire élire et un grand nombre de personnes lui ont donné leurs voix car il avait promis de libéraliser la loi sur l' euthanasie et le suicide assisté.
    Maintenant il vient de tenir sa promesse envers les homosexuels mais le grand nombre de personnes qui souffrent sans espoir de guérison et qui comptaient sur lui continuent à souffrir sans espoir de pouvoir sortir de leur souffrance. Ils n' ont pas le droit de recevoir une aide au suicide dans leur pays, la France. S' ils veulent se libérer de leur souffrance, il ne leur reste que la possibilité d' aller en Suisse . Pour aider ces 3 personnes, j' ai parcouru 1537 kilomètres en voiture et je ne m' en plains pas car je suis heureuse d' avoir consacré mon temps à aider ces personnes..

   Mon premier patient est un homme de 66 ans, atteint de la maladie de Charcot. Il vit dans une jolie petite maison à la campagne. Il est entouré par sa femme et ses enfants..Une famille unie qui serait heureuse si cette maladie inexorable et sans issue n' avait pas atteinte le père de famille. C' est toute la famille qui me reçoit : le fils, la fille, l' épouse et le père de famille. La maladie a progressé au point que cet homme totalement conscient et lucide ne peut plus bouger que la tête et les avant-bras et que dans peu de temps il perdra même ce peu de mobilité qui lui reste, car la maladie est en train de détruire inexorablement tout son système nerveux. Il pourrait , le pauvre, rester vivant dans un état végétatif. Il ressent maintenant déjà que sa qualité de vie est inacceptable. Il voudrait terminer sa vie tant qu' il lui reste un peu d' autonomie. Ses enfants et sa femme comprennent le souhait de ce père de famille qui avait toute sa vie été très actif. Ils parlent souvent et ouvertement de cette possibilité d' aller en Suisse pour avoir droit à une mort médicalement assistée. Ils regrettent tous les quatre que leur mari et père ne puisse pas avoir le droit de mourir chez lui. La loi française ne le permet pas. Il va devoir faire ce long voyage en Suisse.

   Le deuxième patient habitait à trois heures de là. Il pleuvait à torrents et la visibilité était nulle. Malgré tout on voyait la beauté du paysage..Une dernière petite vallée, un petit village perché tout en haut et voilà le domicile d' un homme de 58 ans. Il y a quatre ans, on lui a trouvé un cancer du colon, ensuite des métastases au foie et enfin des métastases dans le cerveau...Il a subi trois opérations très lourdes et en plus une quantité de chimios et de rayons...Maintenant on vient de découvrir une nouvelle et grande métastase au cerveau...la maison est pleine de charme..Le couple n' a pas d' enfants et a consacré beaucoup de temps à rénover cette maison, pièce par pièce...Ils se réjouissaient à l' idée de pouvoir en profiter et de vieillir ensemble...Maintenant l' homme espère pouvoir tenir le coup pendant les quelques mois d' été. Il ne veut plus aucune thérapie car les dernières ont réduit sa qualité de vie à un minimum inacceptable pour lui. Ce qu' il aimerait le plus au monde , c' est pouvoir s' endormir paisiblement chez lui , pendant qu' il est encore lui-même et avant de sombrer dans une déchéance totale. Il ne veut pas attendre d' être complètement rongé par le cancer. Il veut terminer sa vie pendant qu' il est encore lucide..Il ne veut pas imposer à sa femme le spectacle d' une mort violente. Il demande une aide au suicide. Chez lui. La loi française ne l' autorise pas. Il va devoir faire le long voyage en Suisse.

  Je retourne vers la Suisse avec une dernière étape dans une grande ville française, il pleut encore à torrents. Je suis allée voir un homme de 88 ans. Sa fille m' a conduite dans la maison de retraite médicalisée dans laquelle il se trouve après avoir eu un AVC à la Saint Silvestre. Jusqu' à ce moment, il a passé 10 ans à s' occuper de sa femme atteinte de démence.
  En entrant dans la maison de retraite, j' entends les cris de désespoir de deux vieillards. Nous montons un escalier glauque et nous entrons dans une chambre. Deux lits de métal, deux boîtes en bois ..La chambre était petite et étouffante. L' homme dans le lit demandait à boire : »de l' eau, de l' eau ! » Il a bu 3 verres d' eau, il avait l' air d' avoir très soif. Il n' en peut plus. Il est adhérent de l' ADMD et puis aussi de mon association Lifecircle. Il veut en finir. Il ne veut pas rester dans ce lit métallique , dépendant de la bonne volonté d' un personnel soignant débordé et indifférent, en attendant la mort. Il me raconte que l' année dernière il a conduit sa femme au bord d' une falaise et qu' il avait l'intention d'aller jusqu' au bout pour mourir avec elle. Maintenant il regrette de ne pas l' avoir fait. Il n' aurait pas eu à subir tout ce qui lui est arrivé par la suite. Il n' est plus en mesure de se suicider tout seul à présent. Il dépend de mon organisation pour lui procurer une mort paisible et douce. Pourquoi faut-il qu' il continue de souffrir dans une maison de retraite ? Pourquoi ne peut-il pas avoir accès chez lui à un suicide assisté ? La loi française ne le lui permet pas. Il va devoir faire le long voyage en Suisse.

   Ceci est un appel à tous ceux qui souffrent dans les pays, où l' avortement est autorisé mais pas l' aide médicalisée au suicide. Parlez, faites savoir votre opinion. Il faut que le jour arrive enfin, quand les personnes gravement malades ne devront plus s' exiler pour mourir. Le jour où on leur permettra de mourir chez eux , au moment où ils le décideront eux-mêmes. Le suicide assisté est légal depuis trente ans en Suisse avec des normes et des contrôles stricts, il pourrait l' être de la même manière dans d' autres pays. Ce qu' on appelle le tourisme de la mort est le fruit du totalitarisme qui sévit dans les pays qui réduisent à ce point la liberté de leurs citoyens. "

Dr Erika Preisig, Présidente de l' Association pour le droit de vivre et de mourir dans la dignité : Lifecircle.ch

Source : Ultime Liberté

jeudi 28 mars 2019

Vivre chaque instant comme si c'était le dernier





Portrait de Marc Aurèle adolescent, type dit « de l'adoption ». 
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, musée du Louvre.
(Crédit photo : Pierre Selim pour Wikipédia)


« Jette tout, ne garde que peu de choses, et encore souviens-toi que chacun ne vit que dans l’instant présent, dans le moment, le reste c’est le passé ou un obscur avenir. Petite est donc l’étendue de la vie, petit le coin de terre où l’on vit, petite la plus longue renommée dans la postérité, elle dépend de la succession de petits hommes qui vont mourir très vite et qui ne connaissent ni eux-mêmes ni ceux qui sont morts il y a longtemps.

De même que, si un Dieu te disait : tu mourras demain ou tout au plus après-demain, tu n’attacheras pas grande importance à ce que ce soit après-demain plutôt que demain, si du moins tu as quelque noblesse, car qu’est-ce que cet intervalle ? De même ne pense pas qu’il soit important de mourir dans plusieurs années plutôt que demain. Secours vulgaire mais pourtant efficace pour mépriser la mort.

Rappeler à sa mémoire tout ceux qui s’opiniâtrent à rester en vie ; qu’ont-ils de plus que ceux qui sont morts prématurément. De toute manière, les voici gisant quelque part : Cadicianus, Fabius, Julien, Lepidus et pareilles gens qui, après avoir fait partir tant d’hommes sont partis à leur tour.

Au total, c’est une courte durée. A travers combien d’événements, avec quels gens, dans quels corps s’épuise-t-elle ? N’en fais donc pas une affaire.

Regarde en arrière le gouffre du temps et en avant un autre infini. En lui, quelle différence entre trois jours de vie et le triple de la durée de vie de Nestor * ? »

[...]
 
« La durée de la vie humaine ? Un point. Sa substance ? Fuyante. La sensation ? Obscure. Le composé corporelle dans son ensemble ? Prompt à pourrir. L’âme ? Un tourbillon. Le sort ? Difficile à deviner. La réputation ? Incertaine.

Pour résumer, au total, les choses du corps s’écoulent comme un fleuve, les choses de l’âme ne sont que songes et fumées. La vie est une guerre et un séjour étranger, la renommée qu’on laisse, un oubli. Qu’est-ce qui peut la faire supporter ? Une seule chose : la philosophie. Elle consiste à garder son démon intérieur à l’abri des outrages, innocent, supérieur aux plaisirs et aux peines, ne laissant rien au hasard, acceptant les événements et le sort et surtout, attendant une mort propice à la pensée puisqu’elle n’est rien que la dissolution des éléments dont tout être vivant se compose. Mais s’il n’y a rien de redoutable, pourquoi craindrait-on le changement et la dissolution totale, car c’est conforme à la nature. Or nul mal n’est conforme à la nature. »

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même.


A écouter sur France Culture, une semaine avec Marc Aurèle dans Les Chemins de la Philosophie.



* (Nestor est un être légendaire qui aurait vécu trois générations).

mercredi 30 janvier 2019

L'autodérision du mélancolique



Il revient souvent dans mes pensées, bientôt 6 ans qu'il est mort a mis fin à ses jours. Parfois je retourne lire quelques-uns de ses billets dans son blog

C'était un admirateur, lecteur, de Robert Pinget. C'est grâce à lui que j'ai découvert Pinget. C'est lui qui m'a donné l'envie de le lire. En lisant les ouvrages de Pinget, je comprends pourquoi il aimait tant cet écrivain. Robert Pinget, c'était lui, enfin presque, car lui, c'était Dominique Chaussois, Depluloin ou Jamais de la vie pour son blog. Aujourd'hui, quand je relis le blog de Dominique Chaussois, et simultanément un Monsieur Songe de Robert Pinget,  je ressens pour Dominique Chaussois cette admiration que lui-même ressentait pour Pinget. Je le considère comme un écrivain, de talent, de l'absurde, comme Pinget, comme Beckett. Des écrivains qui me font jubiler.
En écoutant en podcast, il y a longtemps, Clément Rosset (que je pourrais écouter des heures sans m'ennuyer) dans une émission de Laure Adler,  ce dernier recommandait chaudement la lecture de QUELQU'UN de Robert Pinget.
Le lendemain, je faisais remonter du sous-sol de la médiathèque Monsieur Songe et je réservais Quelqu'un qui n'était pas disponible (il y a donc des lecteurs de Robert Pinget). Mon exemplaire (emprunté) de Monsieur Songe n'était pas dans les rayons de la médiathèque, c'est bien dommage, peut-être n'est-il plus assez présentable (édition 1992) ? Une Édition de Minuit qui a bien jaunie, des lettres floues comme dans un rêve songe. Quel plaisir de le lire dans son jus.



« Il me semble que lorsqu'on est attiré par un écrivain, ce n'est pas sa biographie qui intéresse. Je m'étonne toujours qu'on aborde un écrivain avec des questions qui n'ont rien à voir, ou peu à voir, avec son œuvre. Je n'ai pas de vie autre que celle d'écrire. Mon existence est dans mes livres… »
Robert Pinget
Entretien avec Louis-Albert Zbinden, Gazette de Lausanne, 4 décembre 1965

"Debout au petit matin ce jour-là, j'étais jeune alors, dans un état, et dehors, ma mère pendue à la fenêtre en chemise de nuit pleurant et gesticulant. Beau matin frais, clair trop tôt comme si souvent, mais alors dans un état, très violent."
 
Samuel Beckett. Têtes-Mortes. Éditions de Minuit

"J’ai soixante ans passés. Je n’ai pas d’œuvre. Malgré tout je suis satisfait car peu auront eu ce rêve, ni l’auront vécu encore moins."
Depluloin (Dominique Chaussois), le 11 juillet 2012.

 "Ecrire.
  (A porter au crédit d’une de ces décisions hâtives tombées des rêveries de l’enfance, de celles qui toutes l’ont laissé pieds et poings liés dans le fossé.
  Et voilà qu’à présent il s’en mord les doigts, ceux de sa main gauche puisque la droite est toute occupée à rater.)
  Ecrire encore."

Dominique Chaussois, 24 juillet 2012. 

"Le mélancolique vit dans un monde peuplé d'ombres. Il est lui-même l'enfant de l'ombre, même s'il l'illumine de ses réactions créatives. La lumière de la lune l'éclaire. Il est à la fois spectateur et protagoniste du film de sa vie quotidienne. Il pratique l'autoconcentration et l'autodissolution, l'autosarcasme et l'autodérision." (Source)

mardi 15 janvier 2019

Parenthèse mortelle morbide


En France, on interdit l'Euthanasie.
En France, on refuse la Mort Volontaire Assistée ou Suicide Assisté.
Mais en France - il arrive que - on laisse mourir aux Urgences sur un brancard !

En France, à l'hôpital, si vous ne répondez pas à l'appel de votre nom QUAND VOUS ÊTES DANS LE COMA (ET QUE VOUS ÊTES SEUL.E.) IL EST POSSIBLE QU'ON VOUS CONSIDÈRE COMME "SORTI.E.".

"Le décès inexpliqué d'une femme [55ans], retrouvée morte 12 heures après son admission aux urgences de l'hôpital parisien Lariboisière le 18 décembre dernier...
"Installée sur un brancard, la patiente  est vue par une infirmière, à 19 heures et avant 21 heures, mais aucune réévaluation de son état n'est effectuée entre 21 heures et minuit. C'est à cette heure qu'elle est appelée (sic) pour la première fois, plus de cinq heures après son inscription, afin d'être examinée.
Appelée à quatre reprises au total, dont deux fois dans la salle d'attente "surchargée", la patiente ne répond pas, peut-être en raison du nom erroné avec lequel elle a été enregistrée. Elle est alors considérée comme sortie, "sans vérification des bracelets des malades en attente"."

jeudi 11 octobre 2018

Plus jamais... mon Amour...


"Je ne crois pas que je la reverrai jamais. Plus jamais je ne la verrai, l'entendrai, la toucherai, l'étreindrai, l'écouterai, ni ne rirai avec elle; plus jamais je n'attendrai le bruit de ses pas, ne sourirai en entendant une porte s'ouvrir, ne joindrai étroitement son corps au mien, le mien au sien. Je ne crois pas non plus que nous nous retrouverons sous quelque forme dématérialisée. Je crois que ce qui est mort est bien mort. Certains pensent que le chagrin est une sorte de violent, quoique justifiable, apitoiement sur soi; d'autres disent que c'est le survivant qu'ils plaignent, parce que c'est lui qui a tout le tourment, alors que l'être aimé perdu ne peut plus souffrir. De telles approches tentent de gérer le chagrin en le minimisant - et en faisant de même avec la mort. Il est vrai qu'une partie de mon chagrin est centré sur moi - voyez ce que j'ai perdu, voyez combien ma vie en a été diminuée -, mais il s'agit davantage, bien davantage, et depuis le début, d'elle : voyez ce qu'elle a perdu, maintenant qu'elle a perdu la vie. Son corps, son esprit; sa radieuse curiosité de la vie. J'ai parfois le sentiment que la plus grande perdante dans le deuil, est la vie elle-même, parce qu'elle n'est plus exposée à cette radieuse curiosité.

Pages 88-89

Tous les couples, même les plus bohèmes, élaborent des structures au cours de leur vie commune, et ces structures ont un cycle annuel. De sorte que la Première Année est comme une image négative de l'année dont vous aviez l'habitude. Au lieu d'être émaillée d'événements, elle est maintenant ponctuée de non-événements : Noël, votre anniversaire, son anniversaire, celui du jour où vous vous êtes rencontrés, anniversaire de mariage. Et à ceux-ci se superposent de nouveaux anniversaires : celui du jour où la peur a surgi, du jour où elle est tombée pour la première fois, du jour où elle a été hospitalisée, du jour où elle est sortie de l'hôpital, du jour où elle est morte, du jour où elle a été enterrée.
Vous pensez que la Deuxième Année ne peut pas être pire que la Première, et croyez y être préparé. Vous pensez avoir connu toutes les différentes sortes de souffrance que vous aurez à endurer, et qu'après cela il n'y aura que des répétitions. Mais pourquoi une répétition devrait-elle impliquer moins de souffrance? Ces premières répétitions vous invitent à contempler toutes les répétitions à venir dans les années futures. Le chagrin est l'image négative de l'amour; et, s'il peut y avoir une accumulation d'amour au fil des ans pourquoi pas aussi de chagrin?
[...]
Cela a pris un certain temps, mais je me souviens du moment - ou plutôt, de l'argument arrivant soudainement - qui a rendu moins probable que je me tuerais. J'ai compris que, dans la mesure où elle vivait encore quelque part, elle vivait dans mon souvenir. Bien sûr, elle restait aussi puissamment dans l'esprit d'autres personnes; mais j'étais celui qui se souvenait le mieux d'elle. Si elle était quelque part, elle était en moi, intériorisée. C'était normal. Et il était également normal - et irréfutable - que je ne pouvais pas me tuer car alors je la tuerais aussi. Elle mourrait une seconde fois, mes chatoyants souvenirs d'elle s'estompant tandis que l'eau du bain se teinterait de rouge. Cela fut donc, finalement (ou, du moins, pour le moment), simplement décidé. Comme fut résolue la question plus large, mais apparentée : comment dois-je vivre? Je dois vivre comme elle aurait voulu que je vive."

Pages 99-100-101.

Julian Barnes, in Quand tout est déjà arrivé (récit La perte de profondeur), éditions Mercure de France, 2014.

"Dans ce troisième récit, Julian Barnes "nous parle - droit au cœur de ce qui se passe quand "tout est déjà arrivé", en l’occurrence, la mort de l'être qui vous était le plus proche et "qu'on est tombé de la plus grande hauteur". Disons simplement que Julian Barnes est sans doute là au sommet de son art."

4e de couverture.

jeudi 9 août 2018

"Agnostique tendance mystique"...

Ce n'est pas  la seule formule qui me rapproche de cet homme. 
Une heure avec lui, c'est trop court.
Ce midi, j'ai déjeuné avec lui. (Avec eux).
Jubilation.



mardi 5 juin 2018

"Ce qui me grisa lorsque je rentrai à Paris, en septembre 1929, ce fut d'abord ma liberté." (Simone de Beauvoir)

Samedi 26 mai 2018 

Je venais de sortir de ma bibliothèque, pour une re-relecture, un livre que j'avais aimé et que je t'avais offert, maman, pour une Fête des mères. C'est ton exemplaire que j'ai dans ma bibliothèque; je l'ouvre parfois et je lis quelques pages, au hasard; cette fois je décide de refaire une lecture complète, enthousiasmée par les premières pages. Et quelle surprise de trouver à l'intérieur une petite carte qui devait te servir de marque-page, où était écrit : Avec toi aujourd'hui. J'aurais pu rajouter : et éternellement. Ce petit carton m'a émue; il devait accompagner un bouquet de pivoines que je te faisais livrer.Tu aurais été émue, sûrement, de me voir nettoyer ta (votre) tombe ce samedi (avec une jambe raide, pfff!), - veille de la Fête des mères et jour anniversaire de ta disparition, mon aimé - et y déposer une plante.
Il est probable que tu fus moins captivée que moi en lisant cet ouvrage, mais je sais que tu l'as lu, qu'il t'avait intéressée, on en avait parlé longuement. Moi, j'étais déjà imprégnée de l'auteur, de sa vie, avec les Mémoires d'une jeune fille rangée. Je vivais à Paris et je connaissais le Quartier Latin comme ma poche. Je le fréquentais, je me reconnaissais en elle, je l'aimais. J'étais une jeune fille rangée qui aspirait à la liberté, à une vie libre.


La Force de l’âge, publié en 1960, est le deuxième tome de l’œuvre autobiographique écrite par Simone de Beauvoir, précédé des Mémoires d'une jeune fille rangée (1958) et suivi de La Force des choses (1963) et de Tout compte fait (1972). On peut aussi inclure dans cette œuvre autobiographique le récit de 1964 : Une mort très douce.
Ce tome traite de la période de sa vie s'étendant de 1929, de sa réussite à l'agrégation préparée avec Jean-Paul Sartre, à la Libération de Paris en août 1944.
(Source Wikipédia)



" Nous ignorions sur tous les plans le poids de la réalité. Nous nous targuions d'une radicale liberté. Ce mot, nous y avons cru si longtemps et avec tant de ténacité qu'il me faut regarder de près ce que nous mettions dessus.
[...] Le donné nous est apparu comme la matière de nos efforts et non comme leur conditionnement : nous pensions ne dépendre de rien. De même que notre aveuglement politique, cet orgueil spiritualiste s'explique d'abord par la violence de nos projets. Écrire, créer : on n'oserait guère risquer cette aventure si l'on n'imaginait pas être maître absolu de soi, de ses fins de ses moyens. Notre audace était inséparable des illusions qui la soutenaient [...].
Nous allions notre chemin sans contrainte, sans entrave, sans gêne, sans peur; mais comment n'achoppions-nous pas du moins à des barrières? Car enfin, nous avions les poches très plates; je gagnais chichement ma vie, Sartre écornait un petit héritage qu'il tenait de sa grand-mère paternelle : les magasins regorgeaient d'objets défendus; les endroits de luxe nous étaient fermés. [...] Nous n'étions pas des ascètes, loin de là; mais aujourd'hui, comme autrefois - et Sartre me ressemblait - seules les choses qui m'étaient accessibles, et celles surtout que je touchais, pesaient leur poids de réalité; je me donnais si entièrement à mes désirs, à mes plaisirs, qu'il ne me restait rien de moi à gaspiller en vaines envies. Pourquoi aurions-nous regretté de ne pas rouler en auto alors que le long du canal Saint-Martin ou sur les quais de Bercy nous faisions à pied tant de découvertes? Quand nous mangions dans ma chambre du foie gras Marie, quand nous dînions à la brasserie Demory dont Sartre aimait la lourde odeur de bière et de choucroute, nous ne nous sentions privés de rien. Le soir au Falstaff, au College Inn, nous buvions avec éclectisme des bronx, des side-car, des baccardi, des alexandra, des martini; j'avais un faible pour les cocktails à l'hydromel des Vikings, pour les cocktails à l'abricot qui étaient la spécialité du Bec de Gaz, rue Montparnasse : qu'est-ce que le bar du Ritz; aurait pu nous offrir de plus? Nous avions nos fêtes. Un soir aux Vikings, je mangeai une poule aux airelles tandis que dans une tribune un orchestre jouait l'air à la mode : Pagan love song. Je savais que ce festin ne m'aurait pas éblouie s'il n'eût été exceptionnel. La modestie même de nos ressources servait mon bonheur.
Aussi bien n'est-ce pas une immédiate jouissance qu'on cherche dans les objets de prix : ils servent de médiation avec autrui; leur prestige est conféré par des tiers prestigieux. [...] les habitués des palaces, les hommes à Hispano, les femmes à vison, les ducs, les millionnaires ne nous en imposaient pas; [...] J'éprouvais à leur égard une ironique pitié; coupés de la masse, confinés dans leur luxe et dans leurs snobismes, je me disais, quand je passais devant les portes infranchissables du Fouquet's ou du Maxim's, que les exclus c'étaient eux.  En général, ils n'existaient pas pour moi; leurs privilèges, leurs raffinements ne me manquaient pas plus qu'aux Grecs du Ve siècle le cinéma et la radio. Évidemment, le mur d'argent faisait échec à notre curiosité; mais nous ne nous en irritions pas parce que nous pensions que les gens huppés n'avaient rien à nous apprendre; leurs cérémonieuses dissipations ne couvraient que du vide.
Rien donc ne nous limitait, rien ne nous définissait, rien ne nous assujettissait; nos liens avec le monde, c'est nous qui les créions; la liberté était notre substance même."
Pages 19 - 20 - 21 - 22.


Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir
Coll. part. Archives Éditions Gallimard

Lundi 4 juin 2018 

Et me voilà donc replongée depuis dix jours dans La Force de l'âge, une lecture qui me passionne à nouveau tant elle ravive de souvenirs de ma jeunesse estudiantine parisienne, même si "Ce tome traite de la période de sa vie s'étendant de 1929 à 1944", je revis la mienne à l'époque où je lisais ce livre (deux ou trois ans avant mai 68), avec un peu de nostalgie mais avec une méga jubilation. C'est bien plus tard (trop tard) que je t'ai rencontré mon Amour, j'étais un peu assagie mais toujours rebelle et libre. Tu m'as légèrement embourgeoisée - avec tes goûts de luxe -, le comble pour un artiste-peintre fauché. En fait, la bohème c'était moi !

Et, 300 pages plus loin...
 

"Nous en avions fini avec la province; voilà qu'enfin nous vivions tous deux à Paris : plus de voyages en train, plus d'attente dans les gares. Nous nous installâmes dans un hôtel, beaucoup plus plaisant que le Royal Bretagne, que Sartre avait découvert pendant ma convalescence en Provence.




Hôtel Royal Bretagne
Photo, Le Paris de Beauvoir de Barbara Klaw, éditions Syllepse.


Il était situé entre l'avenue du Maine et le cimetière Montparnasse : j'avais un divan, des rayonnages et un bureau très commode pour travailler.



Hôtel Mistral
(Cliquer sur les images puis sur afficher pour lire)




Je pris de nouvelles habitudes; le matin, je buvais un café, je mangeais des croissants sur le zinc d'une brasserie bruyante et rougeoyante, Les Trois Mousquetaires. Je travaillais souvent chez moi. Sartre habitait à l'étage au-dessus. Nous avions ainsi tous les avantages d'une vie commune, et aucun des inconvénients.

Qu'allais-je écrire, maintenant que j'avais achevé mes nouvelles? Certains thèmes rôdaient dans ma tête depuis longtemps mais je ne savais pas comment les aborder. Un soir, peu après la rentrée, j'étais assise avec Sartre au fond du Dôme; nous parlâmes de mon travail, et il me reprocha ma timidité. [...] "Enfin ! pourquoi ne vous mettez-vous pas en personne dans ce que vous écrivez ? me dit-il avec une soudaine véhémence. Vous êtes plus intéressante que toutes ces Renée, ces Lisa..." Le sang me monta aux joues; il faisait chaud, il y avait comme d'habitude beaucoup de fumée et de bruit autour de nous, et j'eus l'impression de recevoir un grand coup sur la tête. "Je n'oserai jamais !" dis-je. me jeter toute crue dans un livre, ne plus prendre de distance, me compromettre : non, cette idée m'effrayait. "Osez", me disait Sartre. Il me pressait : j'avais mes manières à moi de sentir, de réagir, et c'était tout ça que je devais exprimer. Comme chaque fois qu'il se donnait à un projet, ses mots faisaient lever en foule des possibilités, des espoirs; mais j'avais peur. De quoi au juste?  Il me semblait que du jour où je la nourrirais de ma propre substance la littérature deviendrait quelque chose d'aussi grave que le bonheur et la mort."

Pages 323 -324.

Simone de Beauvoir, in La force de l'âge, éditions Gallimard, 1960.

Nota Bene : Simone de Beauvoir entre, enfin, à la Pléiade.

Mardi 5 juin

Tenir le coup, vivre avec ses douleurs physiques, ne pas rester assise trop longtemps, prendre des antalgiques, des anti inflammatoires pour pouvoir marcher, continuer de se révolter, contre tout ! ça donne de l'énergie. Mourir cela n'est rien mais vieillir...Je me disais tout cela ce matin en prenant mon petit déjeuner. Mon genou me jouait un sale tour et avait doublé de volume il y a dix jours; épanchement m'a-t-elle dit, rien d'autre, pas de prescription spéciale à part les antalgiques "je ne vous donne pas d'anti inflammatoires, si dans trois semaines vous avez toujours mal, je vous prescrirais de la cortisone. Ben voyons. Démerde-toi (pardon maman chérie de dire des gros mots) toute seule avec tes douleurs. De toute façon, ce sera ça ton avenir : après les coudes, les genoux, et sans doute plus tard l'épaule, les pieds. Ce matin, je n'ai pas lésiné pour avaler antalgique et anti inflammatoire (ils sont en vente libre) et allons-y gaiement... au golf. Je décidais de faire un test : 3? 6? 9? trous. Je mis ma genouillère et déjà en descendant les escaliers je savais que ce serait plutôt 6 que 9, voire 3. Elle me compressait trop derrière le genou, là où l'enflure me faisait mal. Zut, j'avais du mal à marcher... jusqu'au parking. Shit ! Je "verrouillais" pourtant la jambe mais la douleur était là.  J'arrivais au golf, sortais mon matériel, me dirigeais vers le départ. J'avais trop mal. Je m'arrêtais à l'accueil et j'allais aux toilettes pour retirer ma genouillère. Soulagement. Je marchais mieux. Youpi ! Quelques mouvements, étirements des bras et hop ! c'est parti. Au 3 je ne sentais plus de douleur, les médicaments faisaient de l'effet. Je savais que ça n'était pas la solution, je savais, je le savais, je m'en fichais, je n'avais plus mal et je jouais pas mal. L'herbe était mouillée, les fairways n'étaient pas tondus, les greens étaient lents, je m'en fo fichais, j'étais là, je pouvais donc encore marcher un peu, je pouvais jouer au golf, je n'étais pas foutue. Je n'avais pas les idées roses mais, elles étaient déjà un peu moins noires que ces derniers jours. Et j'ai fait 9 trous +3 ! (Mais c'est un très petit parcours de golf). Je ne pense pas que ma nuit sera calme...

"J'ai envie de bouger et je crois aux vertus de la mobilité. Quand on est immobile on devient très fragile. C'est fatigant, mais c'est passionnant. [...] Je ne serai jamais un adulte. J'aime bien les hommes qui disent des bêtises. Un adulte c'est un homme qui marche et un jour il se pose le cul et il croit qu'il continue de marcher. [...] Dès qu'on est assis on commence à s'occuper beaucoup de son fauteuil. "
Jacques Brel (la suite dans la vidéo, c'est épatant).
 

dimanche 6 mai 2018

***

"Au fond, si la mort n'existait pas, la vie perdrait son caractère comique."

mercredi 31 janvier 2018

Faire semblant de mourir avant de mourir. Tsss !

Hier, journée de manifestations du personnel soignant-aidant dans les Ehpad (et autres mouroirs résidences médicales pour vieillard(e)s en fin de vie).


"On a l'impression d'être dans la maltraitance parce qu'on doit aller vite. On ne couche pas les résidents, on les jette au lit. On ne leur donne pas à manger, on les gave" témoigne Sylvie, aide-soignante dans l'Ehpad Saint-François à Rennes."


 Hum !  Chut(e)


Joseph Ducreux, Le Discret, 1790


Au secours ! Fuyons la terre et songeons à passer dans l'autre monde à temps pour échapper à cette étape. Non mais !

Quant à celle proposée ci-dessous, je la laisse aux marchands de soupe qui vendent le parfum de leurs chers disparus aux familles éplorées... L'argent n'a pas d'odeur...




Organiser des obsèques simulées : comment en profiter pour mieux préparer ses proches à son départ prochain ?

Simuler ses obsèques et observer leur déroulement de son vivant est un bon moyen pour combler les failles et éviter les erreurs d’organisation quand l’inéluctable survient ; c’est aussi l’occasion de préparer son entourage afin de mieux accepter un décès. En quelque sorte, une personne commence à travailler le deuil et aide les autres à gérer sa disparition.
Ce genre d’obsèques simulées à l’avance est bénéfique quand la famille compte des personnes psychologiquement fragiles ou de jeunes enfants. Ces derniers peuvent ainsi assimiler le sens d’un décès et le vivre sans éprouver de malaise persistant.
Les coûts d’une simulation d’obsèques sont raisonnables, il suffit de payer :
  • La location d’un cercueil vide
  • L’achat de quelques bouquets de fleurs
  • Les services d’un maître de cérémonie.
Il est aussi inutile de réserver un funérarium vu la possibilité de tout organiser à domicile ou au jardin et d’inviter les personnes les plus intimes. Au final, les funérailles simulées se terminent généralement dans la bonne humeur et l’organisateur est sûr dès son vivant du bon déroulement de sa cérémonie d’adieu.

Organiser des obsèques factices : comment observer les réactions de ses proches et réagir en conséquence ?

La mode d’organiser des enterrements factices vient de la Corée du Sud et elle sert surtout pour redonner goût à la vie ou prendre de nouvelles résolutions. Il est aussi possible de s’en inspirer pour découvrir les pensées et les réactions des membres de la famille et de l’entourage pour réagir en conséquence de son vivant ou leur préparer des surprises après son décès ; pour cela, il est nécessaire de :
  • Demander les services d’une véritable entreprise de pompes funèbres :
Le recours à une agence spécialisée permet de donner un aspect réaliste aux obsèques factices. De plus, il est plus facile de convaincre les gens d’un décès quand il est annoncé par des professionnels.
Les moindres détails sont revus pour qu’une cérémonie d’adieu soit organisée et qu’un cercueil scellé soit présenté à la vue de tous.
  • Choisir scrupuleusement ses complices et les mettre au secret :
Deux ou trois personnes de confiance sont à choisir pour permettre une meilleure organisation du faux enterrement et convaincre les autres personnes qu’un décès a bien eu lieu. Elles sont menées à bien coordonner leur scénario pour éviter de se contre dire en cas de questionnement.
  • Recourir aux nouvelles technologies pour espionner les personnes présentes à distance :
L’installation de mini-caméras et de micros dissimulés est nécessaire pour observer et entendre ce qui se passe. Les déclarations des présents révèlent parfois des surprises intéressantes. De plus, l’absence de certains sans raison est le signe d’indifférence.
  • Savoir apparaître au bon moment avec de bonnes explications après le simulacre :
Les complices ont à préparer les personnes en deuil pour la résurrection du « pseudo-défunt » ; ils leur déclarent qu’il s’agit d’une cérémonie funéraire factice. Par la suite, le « faux-décédé » présente ses remerciements et des explications convaincantes sans annoncer ses résolutions et ses impressions envers qui que ce soit.
Il est aussi possible de prévoir une réception et de sabrer le champagne pour fêter l’évènement et faire oublier l’amertume d’un décès.
L’organisation de fausses funérailles du genre permet à une personne vivante de savoir à qui faire confiance ou les personnes les plus méritantes pour leur léguer son héritage. Néanmoins, une question est à se poser : « Est-il bon de découvrir ce que pensent les autres de moi, au risque de découvrir leurs sentiments les moins affectueux ? »
(Source : Blog Zen-Obsèques)