Deux femmes d'un certain âge (le mien) dans la salle vide, séance de 14 heures. Deux femmes d'un certain âge, seules, elles ne se connaissent pas et pourtant, se reconnaissent. Seules dans cette salle, elles échangent un regard, complice. Sans doute attirées par le titre du film qu'elles sont venues voir : Une belle fin (Still Life).
Elle et moi sommes venues, c'est une évidence, appréhender ce qui nous attend, peut-être; nous conforter dans notre solitude, de ce que pourrait être notre fin... si nous n'avions pas de famille. En a-t-elle? Je ne sais pas, j'en ai. Ce qui fait toute la différence avec le sujet du film. Cependant, il ne suffit pas d'avoir une famille pour mourir seul(e).
Un film poignant de bout en bout, sur la solitude humaine. Une fin inattendue. Un hymne à la vie avec des séquences de chaleur humaine, émouvantes et généreuses. L'acteur Eddie Marsan pourrait jouer dans un film muet tant il est expressif. Je dirais : expressif-minimaliste.
Eddie Marsan, bouleversant
"Modeste fonctionnaire dans une banlieue de Londres, John May se
passionne pour son travail. Quand une personne décède sans famille
connue, c’est à lui de retrouver des proches. Malgré sa bonne volonté,
il est toujours seul aux funérailles, à rédiger méticuleusement les
éloges des disparus… Jusqu’au jour où atterrit sur son bureau un dossier
qui va bouleverser sa vie : celui de Billy Stoke, son propre voisin."
Réalisé par Uberto Pasolini (sans lien de parenté avec Pier Paolo Pasolini mais avec Luchino Visconti dont il est le neveu).
Interview, extrait :
A y repenser, tous vos films ont un petit air de famille!
Parce que je reviens toujours au même genre d’histoire: des gens modestes
confrontés à l’écart entre un rêve et la réalité. Les destins
exceptionnels ne me parlent pas du tout. Ce qui m’intéresse, c’est
trouver l’extraordinaire dans le quotidien. C’est trop facile de faire
des films en poussant le volume à fond, l’action, le drame et la
musique. Le spectateur sera secoué sur le moment mais n’en gardera pas
grand-chose. En revanche, si vous baissez le volume, vous en perdrez
bien sûr un bon nombre, mais vous aurez une chance de toucher vraiment
certains. Le maître absolu dans ce style, c’est le Japonais Yasujiro
Ozu. Sa grammaire est très simple. Résumés, ses films n’ont pas l’air
très excitant. Et pourtant, il est difficile de trouver plus émouvant et
universel. En toute modestie, Still Life lui doit beaucoup.
Comment avez-vous pensé à Eddie Marsan, qui est extraordinaire dans ce film?
Je ne voulais surtout pas d’une star, pour qu’on
puisse vraiment croire à la réalité de ce personnage, à son job, à sa
générosité, à son inconscience de sa propre solitude. Eddie a joué dans
beaucoup de films, mais en général des seconds rôles plutôt outrés, y
compris chez Mike Leigh. Je l’avais repéré en valet de Napoléon dans The Emperor’s New Clothes, mais
il a dépassé toutes mes attentes. C’est un comédien fabuleux qui ne
donne même pas l’impression de travailler. La vérité du personnage lui
doit énormément.
(Uberto Pasolini dans un entretien à lire : Le Temps.ch)
Mostra de Venise 2013 : Prix Horizons du meilleur réalisateur (sélection « Orizzonti ») pour Une belle fin (Still Life)