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jeudi 28 mars 2019

Quand tu es par terre, relève-toi (Marc Aurèle, suite)



Marc Aurèle dialogue avec lui-même (ou comment être droit et faire son travail d’Empereur).
Sujet du jour :
"Comment rester droit quand tout s’effondre."

(A réécouter : Les Chemins de la Philosophie).
« Il faut s’habituer à ne penser des choses telles que si l’on te demandait : que penses-tu maintenant, tu puisses répondre sur le champ : ceci et cela, avec franchise. De sorte qu’il sera évident, à partir de tes réponses, que tout en toi est simple, bienveillant, pensé par un vivant sociable qui ne se soucie pas des plaisirs ni, en un mot, de toutes les images érotiques, ni de la gloire, ni de la calomnie, ni des soupçons, ni de tout ce qui te ferait rougir si tu devais dire que c’est à cela que tu penses.
Ne sois pas dégoûté de toi, ne renonce pas, ne t’énerve pas si tu ne fais pas toujours chaque chose à partir des décisions droites. Au contraire quand tu es par terre, relève-toi et reviens, et réjouis-toi si, dans l’ensemble tes actions sont plus dignes de celles d’un homme. Aime ce vers quoi tu retournes et ne reviens pas à la philosophie comme vers une maîtresse d’école ; mais comme ceux qui souffrent des yeux, demande une éponge et un œuf et d’autres, un cataplasme ou une compresse. Souviens-toi aussi que la philosophie est seule à vouloir ce que veut ta nature, et toi tu voulais autre chose qui n’est pas selon la nature.
Ainsi, loin de faire étalage de ton obéissance au logos, tu trouveras en lui le repos.
Mais qu’y a-t-il de plus séduisant que ces choses. N’est-ce pas par là que le plaisir nous fait tomber ? Oui. Mais regarde si la grandeur d’âme, la liberté, la simplicité, la clémence, la piété ne sont pas plus séduisantes. »

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, extraits. Traduction Pierre Vespérini
(Texte retranscrit d'après l'écoute vocale, ponctuation approximative).




"La mélancolie est une maladie de héros." 
Aulu-Gelle

Vivre chaque instant comme si c'était le dernier





Portrait de Marc Aurèle adolescent, type dit « de l'adoption ». 
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, musée du Louvre.
(Crédit photo : Pierre Selim pour Wikipédia)


« Jette tout, ne garde que peu de choses, et encore souviens-toi que chacun ne vit que dans l’instant présent, dans le moment, le reste c’est le passé ou un obscur avenir. Petite est donc l’étendue de la vie, petit le coin de terre où l’on vit, petite la plus longue renommée dans la postérité, elle dépend de la succession de petits hommes qui vont mourir très vite et qui ne connaissent ni eux-mêmes ni ceux qui sont morts il y a longtemps.

De même que, si un Dieu te disait : tu mourras demain ou tout au plus après-demain, tu n’attacheras pas grande importance à ce que ce soit après-demain plutôt que demain, si du moins tu as quelque noblesse, car qu’est-ce que cet intervalle ? De même ne pense pas qu’il soit important de mourir dans plusieurs années plutôt que demain. Secours vulgaire mais pourtant efficace pour mépriser la mort.

Rappeler à sa mémoire tout ceux qui s’opiniâtrent à rester en vie ; qu’ont-ils de plus que ceux qui sont morts prématurément. De toute manière, les voici gisant quelque part : Cadicianus, Fabius, Julien, Lepidus et pareilles gens qui, après avoir fait partir tant d’hommes sont partis à leur tour.

Au total, c’est une courte durée. A travers combien d’événements, avec quels gens, dans quels corps s’épuise-t-elle ? N’en fais donc pas une affaire.

Regarde en arrière le gouffre du temps et en avant un autre infini. En lui, quelle différence entre trois jours de vie et le triple de la durée de vie de Nestor * ? »

[...]
 
« La durée de la vie humaine ? Un point. Sa substance ? Fuyante. La sensation ? Obscure. Le composé corporelle dans son ensemble ? Prompt à pourrir. L’âme ? Un tourbillon. Le sort ? Difficile à deviner. La réputation ? Incertaine.

Pour résumer, au total, les choses du corps s’écoulent comme un fleuve, les choses de l’âme ne sont que songes et fumées. La vie est une guerre et un séjour étranger, la renommée qu’on laisse, un oubli. Qu’est-ce qui peut la faire supporter ? Une seule chose : la philosophie. Elle consiste à garder son démon intérieur à l’abri des outrages, innocent, supérieur aux plaisirs et aux peines, ne laissant rien au hasard, acceptant les événements et le sort et surtout, attendant une mort propice à la pensée puisqu’elle n’est rien que la dissolution des éléments dont tout être vivant se compose. Mais s’il n’y a rien de redoutable, pourquoi craindrait-on le changement et la dissolution totale, car c’est conforme à la nature. Or nul mal n’est conforme à la nature. »

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même.


A écouter sur France Culture, une semaine avec Marc Aurèle dans Les Chemins de la Philosophie.



* (Nestor est un être légendaire qui aurait vécu trois générations).

mardi 26 mars 2019

Dandy ou Excentrique






Salvador Dali avec son ocelot en 1965




"Denis Grozdanovitch opère une distinction entre les deux. D’un côté, il y a les dandys, narcissiques dédaigneux libertaires prêts à tout pour rompre le corset de l’uniformisation et se faire remarquer. De l’autre, les excentriques, qui [...] la suite sur Le Temps.ch

"Les plus grands excentriques ne cherchent pas à apparaître, comme les dandys, mais plutôt à disparaître, cultivant les vertus de l’effacement. C’est la classe infinie d’un Pierre Bonnard. Lorsque Malraux, alors ministre de la Culture, dressait son éloge à l’occasion d’une exposition, le peintre préféra regarder par la fenêtre. «Ce qu’il y a de plus beau dans les musées, ce sont les fenêtres»commenta l’artiste. Une phrase doucement ironique, qui démonte à elle seule tous les discours."

"Trop souvent, au moment même où nous pensons afficher notre originalité, nous cédons à l’uniforme. Et Grozdanovitch de rappeler le mot de l’intellectuel Christopher Lasch: «L’ère actuelle, dite de «l’individualisme», ne marque pas le triomphe, mais l’effondrement de l’individu.»"

*  j'entrais dans la Salle Julia et regardais par les fenêtres (j'aime beaucoup regarder par les fenêtres dans les musées, les châteaux, les bâtiments historiques); en fait, dès lors que je suis enfermée quelque part, je m'évade par la fenêtre. J'ai sans cesse le regard tourné vers l'extérieur; c'est étrange - ou pas - pour une solitaire. Parfois, ce que j'aperçois dehors est en accord avec le lieu où je suis; on pourrait dire : il n'y a pas de fausse note!


Essai

Denis Grozdanovitch, Dandys et excentriques. Les vertiges de la singularité.
Grasset, 383 p.

mardi 2 octobre 2018

Je ne crois pas comme ils croient, je ne vis pas comme ils vivent, je n'aime pas comme ils aiment... Je mourrai comme ils meurent" (Marguerite Yourcenar, Feux)

"Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas  demeurer en repos, dans une chambre."
Blaise Pascal (cité par Marguerite Yourcenar)

Marguerite Yourcenar  1903-1987,
née Marguerite Antoinette Jeanne Marie Ghislaine Cleenewerck de Crayencour







Écouter  cette voix, seulement quelques minutes : une voix profonde, une tonalité d'aristocrate, un verbe brillant, UNE FEMME DE LETTRES.
"Il est difficile de ne pas se croire supérieur lorsqu'on souffre davantage [...] et la vue des gens heureux donne la nausée du bonheur."
Marguerite Yourcenar, in Alexis ou le Traité du Vain Combat.



"L'amour est un châtiment, nous sommes punis de n'avoir pas pu rester seul."
Marguerite Yourcenar, in Feux.


Et pour ceux qui - comme moi - l'écouteraient pendant des heures, cette vidéo complète :


 

mardi 5 juin 2018

"Ce qui me grisa lorsque je rentrai à Paris, en septembre 1929, ce fut d'abord ma liberté." (Simone de Beauvoir)

Samedi 26 mai 2018 

Je venais de sortir de ma bibliothèque, pour une re-relecture, un livre que j'avais aimé et que je t'avais offert, maman, pour une Fête des mères. C'est ton exemplaire que j'ai dans ma bibliothèque; je l'ouvre parfois et je lis quelques pages, au hasard; cette fois je décide de refaire une lecture complète, enthousiasmée par les premières pages. Et quelle surprise de trouver à l'intérieur une petite carte qui devait te servir de marque-page, où était écrit : Avec toi aujourd'hui. J'aurais pu rajouter : et éternellement. Ce petit carton m'a émue; il devait accompagner un bouquet de pivoines que je te faisais livrer.Tu aurais été émue, sûrement, de me voir nettoyer ta (votre) tombe ce samedi (avec une jambe raide, pfff!), - veille de la Fête des mères et jour anniversaire de ta disparition, mon aimé - et y déposer une plante.
Il est probable que tu fus moins captivée que moi en lisant cet ouvrage, mais je sais que tu l'as lu, qu'il t'avait intéressée, on en avait parlé longuement. Moi, j'étais déjà imprégnée de l'auteur, de sa vie, avec les Mémoires d'une jeune fille rangée. Je vivais à Paris et je connaissais le Quartier Latin comme ma poche. Je le fréquentais, je me reconnaissais en elle, je l'aimais. J'étais une jeune fille rangée qui aspirait à la liberté, à une vie libre.


La Force de l’âge, publié en 1960, est le deuxième tome de l’œuvre autobiographique écrite par Simone de Beauvoir, précédé des Mémoires d'une jeune fille rangée (1958) et suivi de La Force des choses (1963) et de Tout compte fait (1972). On peut aussi inclure dans cette œuvre autobiographique le récit de 1964 : Une mort très douce.
Ce tome traite de la période de sa vie s'étendant de 1929, de sa réussite à l'agrégation préparée avec Jean-Paul Sartre, à la Libération de Paris en août 1944.
(Source Wikipédia)



" Nous ignorions sur tous les plans le poids de la réalité. Nous nous targuions d'une radicale liberté. Ce mot, nous y avons cru si longtemps et avec tant de ténacité qu'il me faut regarder de près ce que nous mettions dessus.
[...] Le donné nous est apparu comme la matière de nos efforts et non comme leur conditionnement : nous pensions ne dépendre de rien. De même que notre aveuglement politique, cet orgueil spiritualiste s'explique d'abord par la violence de nos projets. Écrire, créer : on n'oserait guère risquer cette aventure si l'on n'imaginait pas être maître absolu de soi, de ses fins de ses moyens. Notre audace était inséparable des illusions qui la soutenaient [...].
Nous allions notre chemin sans contrainte, sans entrave, sans gêne, sans peur; mais comment n'achoppions-nous pas du moins à des barrières? Car enfin, nous avions les poches très plates; je gagnais chichement ma vie, Sartre écornait un petit héritage qu'il tenait de sa grand-mère paternelle : les magasins regorgeaient d'objets défendus; les endroits de luxe nous étaient fermés. [...] Nous n'étions pas des ascètes, loin de là; mais aujourd'hui, comme autrefois - et Sartre me ressemblait - seules les choses qui m'étaient accessibles, et celles surtout que je touchais, pesaient leur poids de réalité; je me donnais si entièrement à mes désirs, à mes plaisirs, qu'il ne me restait rien de moi à gaspiller en vaines envies. Pourquoi aurions-nous regretté de ne pas rouler en auto alors que le long du canal Saint-Martin ou sur les quais de Bercy nous faisions à pied tant de découvertes? Quand nous mangions dans ma chambre du foie gras Marie, quand nous dînions à la brasserie Demory dont Sartre aimait la lourde odeur de bière et de choucroute, nous ne nous sentions privés de rien. Le soir au Falstaff, au College Inn, nous buvions avec éclectisme des bronx, des side-car, des baccardi, des alexandra, des martini; j'avais un faible pour les cocktails à l'hydromel des Vikings, pour les cocktails à l'abricot qui étaient la spécialité du Bec de Gaz, rue Montparnasse : qu'est-ce que le bar du Ritz; aurait pu nous offrir de plus? Nous avions nos fêtes. Un soir aux Vikings, je mangeai une poule aux airelles tandis que dans une tribune un orchestre jouait l'air à la mode : Pagan love song. Je savais que ce festin ne m'aurait pas éblouie s'il n'eût été exceptionnel. La modestie même de nos ressources servait mon bonheur.
Aussi bien n'est-ce pas une immédiate jouissance qu'on cherche dans les objets de prix : ils servent de médiation avec autrui; leur prestige est conféré par des tiers prestigieux. [...] les habitués des palaces, les hommes à Hispano, les femmes à vison, les ducs, les millionnaires ne nous en imposaient pas; [...] J'éprouvais à leur égard une ironique pitié; coupés de la masse, confinés dans leur luxe et dans leurs snobismes, je me disais, quand je passais devant les portes infranchissables du Fouquet's ou du Maxim's, que les exclus c'étaient eux.  En général, ils n'existaient pas pour moi; leurs privilèges, leurs raffinements ne me manquaient pas plus qu'aux Grecs du Ve siècle le cinéma et la radio. Évidemment, le mur d'argent faisait échec à notre curiosité; mais nous ne nous en irritions pas parce que nous pensions que les gens huppés n'avaient rien à nous apprendre; leurs cérémonieuses dissipations ne couvraient que du vide.
Rien donc ne nous limitait, rien ne nous définissait, rien ne nous assujettissait; nos liens avec le monde, c'est nous qui les créions; la liberté était notre substance même."
Pages 19 - 20 - 21 - 22.


Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir
Coll. part. Archives Éditions Gallimard

Lundi 4 juin 2018 

Et me voilà donc replongée depuis dix jours dans La Force de l'âge, une lecture qui me passionne à nouveau tant elle ravive de souvenirs de ma jeunesse estudiantine parisienne, même si "Ce tome traite de la période de sa vie s'étendant de 1929 à 1944", je revis la mienne à l'époque où je lisais ce livre (deux ou trois ans avant mai 68), avec un peu de nostalgie mais avec une méga jubilation. C'est bien plus tard (trop tard) que je t'ai rencontré mon Amour, j'étais un peu assagie mais toujours rebelle et libre. Tu m'as légèrement embourgeoisée - avec tes goûts de luxe -, le comble pour un artiste-peintre fauché. En fait, la bohème c'était moi !

Et, 300 pages plus loin...
 

"Nous en avions fini avec la province; voilà qu'enfin nous vivions tous deux à Paris : plus de voyages en train, plus d'attente dans les gares. Nous nous installâmes dans un hôtel, beaucoup plus plaisant que le Royal Bretagne, que Sartre avait découvert pendant ma convalescence en Provence.




Hôtel Royal Bretagne
Photo, Le Paris de Beauvoir de Barbara Klaw, éditions Syllepse.


Il était situé entre l'avenue du Maine et le cimetière Montparnasse : j'avais un divan, des rayonnages et un bureau très commode pour travailler.



Hôtel Mistral
(Cliquer sur les images puis sur afficher pour lire)




Je pris de nouvelles habitudes; le matin, je buvais un café, je mangeais des croissants sur le zinc d'une brasserie bruyante et rougeoyante, Les Trois Mousquetaires. Je travaillais souvent chez moi. Sartre habitait à l'étage au-dessus. Nous avions ainsi tous les avantages d'une vie commune, et aucun des inconvénients.

Qu'allais-je écrire, maintenant que j'avais achevé mes nouvelles? Certains thèmes rôdaient dans ma tête depuis longtemps mais je ne savais pas comment les aborder. Un soir, peu après la rentrée, j'étais assise avec Sartre au fond du Dôme; nous parlâmes de mon travail, et il me reprocha ma timidité. [...] "Enfin ! pourquoi ne vous mettez-vous pas en personne dans ce que vous écrivez ? me dit-il avec une soudaine véhémence. Vous êtes plus intéressante que toutes ces Renée, ces Lisa..." Le sang me monta aux joues; il faisait chaud, il y avait comme d'habitude beaucoup de fumée et de bruit autour de nous, et j'eus l'impression de recevoir un grand coup sur la tête. "Je n'oserai jamais !" dis-je. me jeter toute crue dans un livre, ne plus prendre de distance, me compromettre : non, cette idée m'effrayait. "Osez", me disait Sartre. Il me pressait : j'avais mes manières à moi de sentir, de réagir, et c'était tout ça que je devais exprimer. Comme chaque fois qu'il se donnait à un projet, ses mots faisaient lever en foule des possibilités, des espoirs; mais j'avais peur. De quoi au juste?  Il me semblait que du jour où je la nourrirais de ma propre substance la littérature deviendrait quelque chose d'aussi grave que le bonheur et la mort."

Pages 323 -324.

Simone de Beauvoir, in La force de l'âge, éditions Gallimard, 1960.

Nota Bene : Simone de Beauvoir entre, enfin, à la Pléiade.

Mardi 5 juin

Tenir le coup, vivre avec ses douleurs physiques, ne pas rester assise trop longtemps, prendre des antalgiques, des anti inflammatoires pour pouvoir marcher, continuer de se révolter, contre tout ! ça donne de l'énergie. Mourir cela n'est rien mais vieillir...Je me disais tout cela ce matin en prenant mon petit déjeuner. Mon genou me jouait un sale tour et avait doublé de volume il y a dix jours; épanchement m'a-t-elle dit, rien d'autre, pas de prescription spéciale à part les antalgiques "je ne vous donne pas d'anti inflammatoires, si dans trois semaines vous avez toujours mal, je vous prescrirais de la cortisone. Ben voyons. Démerde-toi (pardon maman chérie de dire des gros mots) toute seule avec tes douleurs. De toute façon, ce sera ça ton avenir : après les coudes, les genoux, et sans doute plus tard l'épaule, les pieds. Ce matin, je n'ai pas lésiné pour avaler antalgique et anti inflammatoire (ils sont en vente libre) et allons-y gaiement... au golf. Je décidais de faire un test : 3? 6? 9? trous. Je mis ma genouillère et déjà en descendant les escaliers je savais que ce serait plutôt 6 que 9, voire 3. Elle me compressait trop derrière le genou, là où l'enflure me faisait mal. Zut, j'avais du mal à marcher... jusqu'au parking. Shit ! Je "verrouillais" pourtant la jambe mais la douleur était là.  J'arrivais au golf, sortais mon matériel, me dirigeais vers le départ. J'avais trop mal. Je m'arrêtais à l'accueil et j'allais aux toilettes pour retirer ma genouillère. Soulagement. Je marchais mieux. Youpi ! Quelques mouvements, étirements des bras et hop ! c'est parti. Au 3 je ne sentais plus de douleur, les médicaments faisaient de l'effet. Je savais que ça n'était pas la solution, je savais, je le savais, je m'en fichais, je n'avais plus mal et je jouais pas mal. L'herbe était mouillée, les fairways n'étaient pas tondus, les greens étaient lents, je m'en fo fichais, j'étais là, je pouvais donc encore marcher un peu, je pouvais jouer au golf, je n'étais pas foutue. Je n'avais pas les idées roses mais, elles étaient déjà un peu moins noires que ces derniers jours. Et j'ai fait 9 trous +3 ! (Mais c'est un très petit parcours de golf). Je ne pense pas que ma nuit sera calme...

"J'ai envie de bouger et je crois aux vertus de la mobilité. Quand on est immobile on devient très fragile. C'est fatigant, mais c'est passionnant. [...] Je ne serai jamais un adulte. J'aime bien les hommes qui disent des bêtises. Un adulte c'est un homme qui marche et un jour il se pose le cul et il croit qu'il continue de marcher. [...] Dès qu'on est assis on commence à s'occuper beaucoup de son fauteuil. "
Jacques Brel (la suite dans la vidéo, c'est épatant).
 

mardi 10 octobre 2017

***

Ce matin, dans Boomerang :

Quel est le geste le plus érotique pour vous Charles Dantzig ?
- C'est une main qui caresse une joue.

(Le grand frisson le merveilleux frisson...)

Charles Dantzig, Traité des gestes.

mercredi 17 mai 2017

Pour le maintien du sensible dans le coeur des femmes



André Devambez (1867-1944)
Le seul oiseau qui vole au-dessus des nuages, 
 1910, huile sur toile (Musée d'Orsay)


A la page 193 de L'Illustration du 17 septembre 1910, un article anonyme intitulé "Par les trous des nuages", évoquait l'activité récente de la base de Mourmelon, où le peintre s'était rendu, et décrivait le spectacle qui s'était offert à ses yeux : "Le grand oiseau de chrome inondé de lumière et projetant sur le duvet moutonnant des cumulus une ombre pâle, à peine plus dense que celle qui court à la surface d'une eau calme, au-devant de la libellule "

(Ce tableau n'a rien à voir avec le texte ci-dessous. Je cherchais une image en concordance avec "le sensible" et je voyais dans ce tableau une représentation poétique du sensible)


"Vos pensées ne peuvent s'appliquer qu'aux femmes de votre entourage, des citadines dont les actions vous paraissent dictées par l'efficacité, l'indépendance, des courageuses, vous en convenez pour certaines, qui ont bataillé pour bouter, de conquêtes en succès, la résignation hors de leurs neurones. Vous ne sauriez les condamner. Il y en a d'admirables. Vous les plaignez, voilà tout. Toujours à courir. Toujours à bout de souffle. Comme sous la menace constante d'un retour de l'ordre ancien. Se démenant comme des usurpatrices d'un pouvoir légitimement acquis, dont elles paraissent douter pourtant, alors qu'elles l'ont bien en main. Débordées. S'agitant en tout sens. Enchaînant les cocktails, les vernissages, les "Nuits"  diverses  (la dernière en date, sur un carton rouge et noir, à l'occasion du roman et du film d'amour, vous prie de revêtir vos "habits d'émotion et de valentinage"). Pour vous, forums des vacuités, pour elles, incontournables arènes des ambitions. Sentent-elles qu'elles s'y usent? L'effroi saisissant par instants leurs prunelles, le décèlent-elles? Réalisent-elles que leurs mondanités, toutes bénéfiques soient-elles pour leur carrière, attaquent ce qu'il y a de plus singulier en elles? - Leur féminité? Non. Elle leur est acquise, elles osent la transgresser, elles savent la décaler, elles en tirent profit. Ce qui vous paraît menacé va plus profond, c'est leur part sensible, cette part qui embrasse le monde, s'y fond et en jouit.
" Devant la fenêtre ouverte de ma chambre, j'ai respiré profondément les rayons du soleil, les perce-neige, les crocus, les primevères, le roucoulement des pigeons, les trilles des oiseaux, la douceur des vents et la fraîcheur des parfums, la fragilité des couleurs et le ciel doux comme un pétale, le gris-brun des vieux arbres noueux, les lances verticales des jeunes branches, la terre sombre et humide, les racines tordues. Tout cela a tant de saveurs que ma bouche s'ouvre toute seule, et c'est la langue de Henry que je goûte, je sens l'odeur de sa respiration quand il dort dans le creux de mes bras. "
L'auteur de ces lignes s'appellent Anaïs Nin, célébrée hier comme la plus féminine des muses féministes, reléguée aujourd'hui au fond des librairies.  Vous avez écrit une biographie assez caustique à son sujet, ça ne vous empêche pas de saluer en elle, comme en Colette, un écrivain qui posait le ressenti au cœur de sa pensée. Une grande vivante. De cet extrait des Carnets secrets vous aimeriez faire un tract. Vous iriez le distribuer à l'entrée des magasins tout en criant : "Femmes on vous ment et vous vous mentez !" [...]"
 (Pages 34 - 35 - 36)

"Pour vous les choses sont plus complexes. S'abriter derrière une immuable nature féminine, comme Platon derrière ses concepts, c'est aller un peu vite en besogne, et c'est surtout ne pas voir les contradictions où s'empêtrent les femmes, à qui l'on reconnaît désormais la possibilité d'être à la fois une fleur bleue, une bombe, une battante, une néo-bourge, une baby doll, une femme fatale, une mère parfaite. Le plus triste c'est qu'elles s'efforcent d'être tout cela, comme si ce droit était un devoir, comme si la féminité n'était acquise qu'au prix de simulacres successifs, avec, à l'horizon, une sorte de schizophrénie telle qu'elle s'incarne déjà dans les invasions parallèles du porno chic et du bisou.
L'insupportable bisou. Votre ennemi personnel en ce moment.
Quand l'aimé avait eu l'étourderie de vous en adresser un, par jeu, le premier entre vous, par SMS, vous aviez réagi au quart de tour. Au second, ce serait la rupture !
Vous n'entendez pas placer votre cœur sur le rayon du copain-copine. Vos sentiments n'ont pas les vertus d'une couverture chauffante.
L'aimé est un peu secoué. Quelle femme susceptible ! [...], mais il comprend votre mise en garde. Dire bisou, plutôt que baiser, c'est transformer la chambre du désir en garderie, neutraliser la puissance d'un acte dont on aurait beau jeu d'ignorer l'abîme. [...]"
(Pages 38 - 39, chapitre Femmes on vous ment !). [Les caractères gras sont de mon fait].

"On n'efface jamais l'anorexie de son corps, on peut la tenir à distance, on peut, au mieux, la surmonter. L'empreinte demeure, bien enkystée, pas forcément pour le pire, car si la méfiance devant toute nourriture habite certaines anciennes anorexiques, pour d'autres, c'est la dévotion sensuelle aux saveurs..."
(Page 93, chapitre Dévotion sensuelle)

Élisabeth Barillé, in Petit éloge du sensible, éditions Gallimard, 2008, collection Folio.
J'avais noté le nom de cet auteur sur un petit bout de papier, après l'avoir entendue parler de son dernier livre : L'oreille d'or. Il n'était pas dans les rayons de la médiathèque mais j'ai emprunté deux autres ouvrages de Élisabeth Barillé (dont je n'avais jamais rien lu) : ce Petit éloge du sensible (en  20 chapitres et 106 pages),  et : Un amour à l'aube, Amedeo Modigliani - Anna Akhmatova (en cours de lecture). 
Qu'en dire de ce Petit éloge du sensible ? Ça, c'est peut-être un peu court...Il rentre dans une poche, un petit sac, on peut le lire entre deux rendez-vous. Beaucoup de poncifs dans cet essai, néanmoins savoureux. Le je est parfois remplacé par le vous ! Étrange... mais c'est elle qui écrit.

Journal.
Vu cet après-midi le dernier Desplechin : Les fantômes d'Ismaël. J'apprends qu'il fait l'ouverture du Festival de Cannes ce soir et est projeté "hors compétition". Fan de la première heure de ce cinéaste-réalisateur et de son acteur fétiche Mathieu Amalric dont j'ai vu presque tous les films, j'étais perplexe en sortant de la salle,  et... déçue. Le scénario est compliqué, voire confus, un film dans le film, même Amalric QUE J'ADORE ne m'a pas transportée. 
A sa décharge, le film a été amputé de 20 minutes (serait-il plus explicite dans sa version originale?). Bon, c'est un avis de béotienne, les critiques sont majoritairement bonnes.
En revanche, vu la semaine dernière (en DVD) de Arnaud Desplechin : Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle) avec Mathieu Amalric (sensass), Emmanuel Salinger, Emmanuelle Devos (je fais aussi une cure de E. Devos en ce moment), Marianne Denicourt. Du Desplechin magnifique.
Mathieu Amalric (à propos de Comment je me suis disputé...) :


Pendant que je tournais, ce qui me touchait beaucoup était cette histoire de retrouver un ancien ami avec qui on a eu des rapports “fusionnels”, de retrouver ce type par hasard six ans plus tard comme un supérieur hiérarchique et de se dire “Comment ai-je pu être ami avec lui ? Alors, ça veut dire que j’étais comme lui… qui j’étais, qu’est-ce que je suis devenu, pourquoi je ne me reconnais pas ? Plus on vieillit, plus on s’éloigne de qui on est…” 
Ce que j’aime dans ce film, c’est qu’il dure trois heures, qu’il est aussi touffu que la vie, qu’on ne peut pas régler un problème à la fois et que tout tombe en même temps. Le plaisir de spectateur, c’est la profusion, les différentes couches ­ quelque chose que je ressens énormément dans la vie quotidienne. Dans le film, il y a un mélange de vie quotidienne et d’épopée, de feuilleton, de roman. C’est très réussi, le côté feuilleton, il y a des personnages qui disparaissent, qu’on revoit plus tard, comme Esther… Ce sont des choses de la vie, quand on revoit quelqu’un, tout change : recroiser Sylvia, ça le change complètement. 
Pendant toute la première partie du film, Paul n’arrête pas de dire “Je vais bien, je vais bien.” En fait, il va de plus en plus mal. Après, il dit “Je ne vais pas bien, je ne vais pas bien”, alors qu’il est en train de se guérir. C’est ce magma qui me touche, cette espèce d’échanges de sens, ces choix de femmes comme des choix de philosophie. Ce sont évidemment des histoires d’amour et de désir mais surtout de quelqu’un qui se cherche, qui veut savoir qui il a été et qui il est. Finalement, Valérie est la première fille qui passe et lui dit “Tu me plais”, et il se laisse faire. Ce n’est pas du tout un Don Juan.

jeudi 27 avril 2017

"Même voter pour ce qui est juste, ce n’est rien faire pour la justice. "



Justice représentée avec le glaive, la balance et le bandeau. 
Sculpture de 1543 par Hans Gieng sur la fontaine de la justice à Berne (Suisse)


A quelle condition serait-il légitime de ne pas voter?
Si le vote est un devoir, dans quelles circonstances faillir à son devoir?
Sujet d'actualité !

Quelques réponses (suggestions) dans l'essai de Henry David Thoreau et dans un entretien passionnant avec Manuel Cervera-Marzal, invité de Adèle Van Reeth (Les Chemins de la Philosophie).




« De grand cœur, j’accepte la devise : « Le gouvernement le meilleur est celui qui gouverne le moins » et j’aimerais la voir suivie de manière plus rapide et plus systématique. Poussée à fond, elle se ramène à ceci auquel je crois également : « que le gouvernement le meilleur est celui qui ne gouverne pas du tout » et lorsque les hommes y seront préparés, ce sera le genre de gouvernement qu’ils auront. Tout gouvernement n’est au mieux qu’une « utilité » mais la plupart des gouvernements, d’habitude, et tous les gouvernements, parfois, ne se montrent guère utiles. […]

Quel est le cours d’un honnête homme et d’un patriote aujourd’hui ? On tergiverse, on déplore et quelquefois on pétitionne, mais on n’entreprend rien de sérieux ni d’effectif. On attend, avec bienveillance, que d’autres remédient au mal afin de n’avoir plus à le déplorer. Tout au plus, offre-t-on un vote bon marché, un maigre encouragement, un « Dieu vous assiste » à la justice quand elle passe. Il y a 999 défenseurs de la vertu pour un seul homme vertueux. Mais il est plus facile de traiter avec le légitime possesseur d’une chose qu’avec son gardien provisoire.

Tout vote est une sorte de jeu, comme les échecs ou le trictrac, avec en plus une légère nuance morale où le bien et le mal sont l’enjeu ; les problèmes moraux et les paris, naturellement l’accompagnent. Le caractère des votants est hors-jeu. Je donne mon vote, c’est possible, à ce que j’estime juste ; mais il ne m’est pas d’une importance vitale que ce juste l’emporte. Je veux bien l’abandonner à la majorité. Son urgence s’impose toujours en raison de son opportunité. Même voter pour ce qui est juste, ce n’est rien faire pour la justice. Cela revient à exprimer mollement votre désir qu’elle l’emporte. Un sage n’abandonne pas la justice aux caprices du hasard ; il ne souhaite pas non plus qu’elle l’emporte par le pouvoir d’une majorité. Il y a bien peu de vertu dans l’action des masses humaines. Lorsqu’à la longue la majorité votera pour l’abolition de l’esclavage, ce sera soit par indifférence à l’égard de l’esclavage, soit pour la raison qu’il ne restera plus d’esclavage à abolir par le vote. Ce seront eux, alors, les véritables esclaves.  
Seul peut hâter l’abolition de l’esclavage celui qui, par son vote, affirme sa propre liberté. »

Henry David Thoreau, in La désobéissance civile, 1849.




Claude Nougaro. Au piano Maurice Vander.

(Ce n'est pas le même topo taureau ! H D Thoreau se prononce à l'anglaise)

 

vendredi 14 avril 2017

"Lisez d'abord les meilleurs livres, de peur de ne les lire jamais." H.D. Thoreau





LETTRE X

Concord, 21 juillet 1852

M. Blake,
Je vais trop stupidement bien ces jours-ci pour vous écrire. Ma vie est presque totalement extérieure, toute de coquille, sans tendre amande, si bien que je crains fort que le récit que je pourrais vous en faire ne soit pour vous qu'une noix à croquer, sans la moindre chair à vous mettre sous la dent. Qui plus est, vous ne m'accaparez pas du tout, et je goûte une telle liberté en vous écrivant que je me sens aussi impalpable que l'air. Je me réjouis toutefois d'apprendre que vous avez patiemment accordé votre attention à tout ce que j'ai dit jusqu'à aujourd'hui, et que vous avez décelé quelques vérités. Cela m'encourage à vous en dire davantage - pas dans cette lettre, je le crains, mais dans un livre que je pourrais bien écrire un jour. Je suis heureux d'apprendre que je suis aussi important pour un mortel que l'est un épouvantail opiniâtre pour un fermier - de fait, je suis une gerbe de paille dans des habits d'homme, agrémenté de quelques morceaux d'étain étincelants au soleil. Comme si je travaillais dur dans ce champ ! Mais si ce genre de vie suffit à préserver le maïs d'un homme, eh bien, celui-ci à tout à y gagner. Je ne redouterai pas vos éloges tant que vous saurez bien ce que je suis, d'une part, et ce que je pense ou entends être, d'autre part. Et surtout tant que vous ferez la distinction entre les deux, car il arrive immanquablement qu'en louant le second, vous condamniez le premier.
[...]

H.D.T.


LETTRE XI

 [Concord, septembre 1852]

M. Blake,
Voici les considérations que je vous ai promises. Vous pouvez les garder, si cela vous intéresse, et les tenir pour des fragments épars de ce que je finirai peut-être par considérer comme un essai plus complet lorsque je me replongerai dans mon journal.
Je vous envoie ces pensées sur la chasteté et sur la sensualité non sans une certaine défiance et une certaine honte, ne sachant si je m'adresse à la condition humaine en général ou si je trahis mes défauts particuliers. Je vous prie de m'éclairer sur ce point si cela vous est possible.

Henry D. Thoreau

DE L'AMOUR

Personne n'a jamais répondu de façon satisfaisante à la question de la nature de cette différence essentielle entre l'homme et la femme qui fait qu'ils sont attirés l'un vers l'autre. Nous devons sans doute reconnaître la justesse du distinguo qui assigne à l'homme la sphère de la sagesse et à la femme celle de l'amour, mais il n'en demeure pas moins qu'aucun des deux n'appartient de façon exclusive à l'une ou l'autre. L'homme dit sans cesse à la femme : Pourquoi ne te montres-tu pas plus sage? La femme demande sans cesse à l'homme : Pourquoi ne te montres-tu pas plus aimant? Il ne leur appartient pas de décider d'être sage ou aimant, car à moins d'être à la fois sage et aimant, il ne peut y avoir ni sagesse ni amour.
La bonté transcendante est une, bien qu'appréhendée de différentes façons, ou par des sens différents. Nous la voyons dans la beauté, nous l'entendons dans la musique, nous la sentons dans le parfum, un palais fin la goûte dans la saveur, et le corps tout entier la ressent dans cette chose rare qu'est la santé.
[...]
[...]

DE LA CHASTETÉ ET DE LA SENSUALITÉ

Le sexe est un sujet remarquable car, bien que nous soyons très concernés par ses manifestations, tant directement qu'indirectement et que, tôt ou tard, il occupe les pensées de chacun, l'humanité tout entière, pour ainsi dire, s'entend à garder le silence à son sujet. C'est, du moins, le plus souvent le cas entre les deux sexes. L'une des caractéristiques humaines les plus intéressantes se trouve plus occultée qu'aucun autre mystère. Elle est traitée avec un goût du secret et une crainte respectueuse qui, de toute évidence, ne conviendraient pas même à une religion, quelle qu'elle soit. Je crois qu'il est inhabituel, même pour les amis les plus intimes, de parler des plaisirs et des angoisses qui vont de pair avec la sensualité, autant que d'ébruiter l'aspect physique de l'amour, ses tenants et ses aboutissants. Les Shakers n'exagèrent pas plus dans leur façon d'en parler que le reste de l'humanité dans sa façon de le passer sous silence. Non pas que les hommes devraient en parler, pas plus que de n'importe quel autre sujet d'ailleurs, sans rien avoir de valable à dire, mais il est manifeste que l'éducation de l'homme vient à peine de commencer - il y a si peu de communication réciproque digne de ce nom.
Dans une société pure, on n'éviterait pas aussi souvent d'aborder le sujet de l'acte sexuel. On l'occulte plus ou moins, davantage par honte que par respect, ou on se contente de l'effleurer. Mais si on le traitait naturellement et simplement, peut-être éviterait-on d'en parler comme d'une chose mystérieuse. Si la honte nous empêche de l'évoquer comment peut-on passer à l'acte? Malgré les apparences, il y entre sans aucun doute bien plus de pureté que d'impureté.
[...]
[...]
Quand il y a impureté, c'est que sans le savoir, nous nous sommes "abaissés pour nous rencontrer".
[...]

Henry David Thoreau, in "Je suis simplement ce que je suis" Lettres à Harrison G.O. Blake, éditions finitude, 2007.


"Plus que jamais, je trouve qu'il n'y a rien à gagner à entretenir un commerce régulier avec les hommes. Cela revient à semer le vent, sans même récolter la tempête, rien qu'un calme et une inertie dépourvus d'intérêt. Nos conversations ne sont qu'interminables spéculations creuses et polies. [...) Tout cela serait plus respectable si, comme on l'a déjà dit, les hommes étaient des Géants du Désespoir, et non des Pygmées désespérés."
4e de couverture.

"Correspondance philosophique? Traité épistolaire? Un peu de tout cela. A la manière des sages de l'Antiquité s'adressant à leur disciple. Ces lettre qui s'échelonnent sur treize ans, constituent un prolongement précieux et inédit à Walden et à La Désobéissance civile, puisque c'est une pensée in progress qui s'y exprime en toute liberté. Elles sont aussi le pendant dynamique de l'immense Journal que Henry David Thoreau (1817-1862) rédigea tout au long de sa vie, sur les conseils d'Emerson. [...]"
Thierry Gillyboeuf (traducteur de l'ouvrage).
 
"Depuis l’adolescence, je suis fermement convaincu que Thoreau est mon allié, mon garde-frontières qui me défend contre les bêtises dont je suis capable, contre l’intempérance absurde de mon caractère qui me pousse à enfourcher le cheval de la vie sans selle ni bride. La leçon essentielle que nous apprend Thoreau consiste à simplifier notre vie, à dire non d’une voix de stentor, et à ignorer les mille âneries qu’on tente de nous imposer."
Jim Harrison : Thoreau, mon allié, mon garde-frontières.


Citation commémorative de Thoreau à Library Way de New York