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vendredi 9 août 2019

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Vous est-il arrivé un matin de pleurer au réveil en ouvrant les yeux ?
Existe-t-il de plus grand désarroi ?

mardi 11 juin 2019

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Je reviendrai sur le documentaire LSD : Artistes à l’œuvre, face à la mort, avec Hartung.

Parce que j'ai le temps... entorse du genou déjà très arthrosé. Les mois de galère continuent depuis décembre 2018. Ah ah !





Et pour pimenter, j'ai la migraine.

dimanche 13 janvier 2019

Un beau dimanche (enième)

Dimanche 13 janvier 2019.

Après un réveil difficile (je m'étais décidée hier soir à prendre ce somnifère que l'on trouve en vente libre à la pharmacie, après deux nuits d'insomnie, d'angoisse et d'idées noires) avec la tête lourde, je prenais un petit dèj. salvateur, en alternant les masques gel réfrigérés sur mon front pour atténuer le mal de tête, quotidien. 
Le ciel était gris. Qu'allais-je faire de cette journée ? Je n'avais pas envie d'aller au cinéma. 
En tartinant mes toasts, je repensais à cette émission que j'avais regardée à la télévision la veille : Le French Bashing je l'avais trouvée excellente et elle m'avait souvent fait sourire, rire (j'en avais besoin). On peut revoir l'émission en cliquant sur le lien et voir également les prochaines rediffusions :

"Lâches, fainéants, efféminés, infidèles et grévistes de père en fils : les clichés sur les Français ont la vie douce. Les Anglo-Saxons, qui affectionnent tout particulièrement ces idées préconçues, se font un plaisir de les faire circuler de par le monde. [...]"
Perdue dans mes pensées, je tapais dans Google : Vieillesse !  Ben oui, quand tout va mal dans ma tête, j'enfonce le clou. Quelle bonne idée ! Je tombais sur un site de France-Culture (ma radio adorée) et mon choix était vite fait : écouter l'émission sur Simone de Beauvoir. En voyant la première émission proposée dans cette série sur la vieillesse et la tête de Jeanne Calment, j'ai vite zappé, faut pas exagérer. J'avais  déjà écouté il y a quelques semaines les émissions : La vieillesse ce joyeux naufrage (éclat de rire), je pouvais passer mon chemin.
Je finissais mon petit dèj rapidement, avalais un Doliprane pour mes genoux qui se déglinguent (quelle misère de vieillir) et j'emmenais ma tablette (quel pied ces tablettes) dans ma salle de bains pour commencer à écouter cette émission.



Simone de Beauvoir en 1967 Crédits : Ozkok chez SIPA - Sipa

Et là, en voyant ce beau visage, en écoutant mon Castor, j'oubliais tout le reste - ma vie, le futur angoissant - en me disant tout de même que l'Internet c'était merveilleux, que je ne pourrais plus m'en passer et que nous avions une chance inouïe de pouvoir ainsi, entendre, voir, des reportages, des documentaires que nous choisissons. Cette émission des Nuits Magiques Magnétiques (Tsss! me suis trompée, mais sont magiques aussi) date de 1979. J'étais exaltée et ça, c'est épatant : être exaltée à ... ans. On n'y parle pas que de vieillesse dans ce documentaire. A un moment Simone de Beauvoir dit, à peu près ceci : je me suis rebellée bien sûr sur cette vieillesse à laquelle je n'échappais pas, mais j'ai compris qu'il ne fallait pas en faire une obsession, sinon la vie devenait insupportable (c'est pas du tout comme ça qu'elle l'a dit, tant pis, écoutez-la). Et là, je me suis dit : moi je n'y arrive pas. C'est une obsession ! Je n’accepte pas de ne plus me reconnaître et de vivre avec ces douleurs, ces acouphènes et j'en passe et, je sais que je n'y arriverai jamais, à l'accepter. Cela ne m'empêche pas de vivre des moments que je trouve intenses et parfois délicieux. Ce qu'elle dit sur sa propre vieillesse :
"Il n'y a plus comme avant la pleine lumière ou l’obscurité. Ça serait un peu plus dans les gris, dans des gris teintés de rose, mais ce n'est plus cette chose tranchée entre, précisément, le bonheur et le désespoir [...] inquiet. On pourrait dire que je suis un peu éteinte. Je suis vivante certainement dans la mesure où j'ai encore des projets auxquels je tiens assez fort. J'ai des grandes joies et des grands plaisirs et je déteste toujours l'ennui [...] Mais il n'y a plus vraiment cette espèce de dédoublement de ma vie en des espoirs quasi-fous et des joies débordantes et puis les angoisses.




Je remettais à demain l'écoute de la seconde partie. Mais je continuais mes recherches; j'espérais trouver à la médiathèque le film-documentaire qu'avait réalisé Josée Dayan, mais non, ils ne l'ont pas, je me contenterai des vidéos extraites de ce film.




13h30.




Le ciel était de plus en plus gris, il crachinait. J'avais fait mon programme :
- médiathèque pour rendre mes emprunts, La Jalousie et Un été brûlant, deux films de Philippe Garrel, avec Louis Garrel. Je fais une cure de Louis Garrel ! J'ai sous le coude, à voir en DVD Le Redoutable.
J'ai emprunté deux films : un de Claire Denis, Beau travail et un coffret de 8 films (0_0) de Jean-Paul Civeyrac, pioché au hasard, je ne connais pas ce cinéaste, suis pas sûre d'en comprendre le fonctionnement : Réalisation multimédia.
- acheter (les magasins sont ouverts aujourd'hui, premier dimanche de soldes) une bougie parfumée pour ma sœur qui n'arrête pas de me dire que celle que je lui ai offerte à Noël "sentait trop bon et elle a duré longtemps" en rajoutant "tu crois qu'il y en a toujours des comme ça" ? Traduction : j'ai compris, tu voudrais que je t'en offre une autre. (La Bigoudène a la flemme de venir jusqu'à Quimper).
- aller voir l'exposition Doisneau au Musée des Beaux-Arts (c'est gratuit le dimanche après-midi) pour voir si elle est aussi intéressante que celle vue à Dinard en juin.

Je vais pas mal piétiner, je prends ma voiture et j'y vais. Des places pour se garer sans problèmes.

Alignement de mouettes près du Pont Pissette !



 A suivre demain...



mardi 1 janvier 2019

"Il est temps d'instaurer la religion de l'amour" (Louis Aragon)

Lundi 31 décembre 2018.

Faire de cette journée une journée ordinaire.
Lever, petit dèj., ne pas allumer la radio pour ne pas entendre le blabla sur la bouffe, les achats de dernière minute, les derniers conseils pour un réveillon et patati et patata. 
Ne pas trop regarder le ciel, gris, bas, plombé.
Inutile de prendre un livre, jour de non concentration.
Se préparer tranquillement en écoutant en podcast Le Grand Atelier de Vincent Josse, j'opte pour celui sur Rohmer.
Déjeuner sur le pouce mais avant, cuisiner mes courgettes tomates poivrons pour ce soir.
Tout cela est fait.
Cinéma à 14 heures, nous étions quatre dans la salle, c'est normal, on se prépare pour le réveillon. Film : Wildlife Une saison ardente. Déconnexion assurée, je suis hors du monde, c'est merveilleux.
Le cinéma, ma passion. Cinéma, golf, cinéma, golf, cinéma, golf, cinéma, golf ! L'un me détend, l'autre me crève. Ça se complète bien. Les deux me passionnent, me font oublier la vraie vie. Pourtant ce que je vais voir au cinéma c'est souvent la vraie vie, mais sur le Grand Ecran, le pire, les malheurs ont une beauté, une aura, une expression que je ne distingue pas dans la moche vraie vie. 
Après la séance je rentre à pied, le ciel est sombre, les illuminations commencent à clignoter. De l'autre côté de la rivière, je photographie cette phrase qui m'avait interpellée en allant au cinéma mais je n'avais pas le temps de m'arrêter.



J'ouvre les fenêtres en grand en arrivant, j'ai chaud alors que ça caille; ça sent la cuisine dans ma pièce je déteste ça. Souvenirs affreux quand j'étais jeune d'entrer dans des maisons de vieux jamais aérées. Sentir le renfermé, la soupe, le poireau, le chou, pas de ça chez moi. 
Attention, ne pas confondre mon ça avec ça (0_0) :
 
"Voici comment Freud décrit le ça:

C’est la partie la plus obscure, la plus impénétrable de notre personnalité. [Lieu de] Chaos, marmite pleine d’émotions bouillonnantes. Il s’emplit d’énergie, à partir des pulsions, mais sans témoigner d’aucune organisation, d’aucune volonté générale; il tend seulement à satisfaire les besoins pulsionnels, en se conformant au principe de plaisir. Le ça ne connaît et ne supporte pas la contradiction. On y trouve aucun signe d’écoulement du temps” (phrases de Freud)


Le ça désigne la part la plus inconsciente de l’homme, c’est le réservoir des instincts humains, le réceptacle des désirs inavoués et refoulés au plus profond. Ces besoins pulsionnels ont besoin d’être canalisés, notamment via la sublimation (qui consiste à réaliser de manière détournée un désir pulsionnel). L’exemple donné par Freud est l’artiste sublimant ses pulsions via l’art."
Remarquez, mon ça ne supporte pas non plus la contradiction. Bon, où en étais-je? Oui, retour at home. Cuire du riz . Mon repas de réveillon sera frugal. Dîner de bonne heure en écoutant ça, divin. Encore des souvenirs - je ne vis que de souvenirs, la plupart exquis - quand il parle de Jorge Donn, un Dieu ! Et comment, quel Dieu ! J'ai eu le PRIVILÈGE de le voir au Théâtre de Champs Elysées, avec Béjart, en REPETITION, avec toi mon amour. Notre voisine d'atelier, artiste-peintre, était une amie de Maurice (pour les intimes) et nous a fait ce cadeau ÉNORME, d'aller voir Donn en répétition. Quel souvenir, j'en ai encore des frissons. Ce devait être entre 1979 et 1980.
C'était tout de même mieux d'écouter Gil Roman parler de Maurice et de Jorge que d'écouter le Président Macron présenter ses vœux aux Français.
Mon but aujourd'hui et demain, occulter ces deux jours.
Ai regardé le film sur Arte, Full monty. Bof! même pas en V.O.
Hop ! Ouf ! Dernière journée de l'année passée.

Mardi 1er janvier 2019.

Alors là, c'est pour moi la pire journée de l'année. Les SMS qui arrivent auxquels il faut ou faudrait répondre sur le champ. Le téléphone qui sonne qu'il faut ou faudrait décrocher pour remercier des pensées, des vœux, dire merci, c'est gentil, moi aussi, voui voui voui, moi aussi je vous souhaite ÉVIDEMMENT une belle douce sereine gaie sans douleurs sans soucis dans du velours ou de la soie quoi. Bien sûr que je les aime mes sœurs, mes nièces, mes neveux, mes ami(e)s. Mais pourquoi faut-il faire cela le 1er janvier. Nous avons tout le mois pour le faire et puis quoi, quel radotage. Mais non, lecteurs, je ne suis pas tatie Danièle, ho ho ho ! mais que tout ça me plombe (comme le ciel) le 1er janvier et... depuis toujours !
Donc, réveil mortel comme tous les matins, petit dèj. petit moment de répit de calme. Traîner un peu c'est de mise aujourd'hui puis pendant une bonne demi heure, se demander : mais qu'est-ce que je vais faire aujourd'hui. Rester plantée devant la télé non merci. Aller me promener sur la côte non merci. Aller faire 9 trous ou 18 dans mon golf qui n'a pas été tondu depuis dix jours qu'il faudrait mettre des bottes pour jouer, non merci. Lumière ! Et si j'allais jouer dans mon ancien golf, il est fermé le 1er janvier mais porte ouverte, donc gratuit. Hé hé la bonne idée.
Vite, toilette. J'écoute ça, bouh, les pauvres étudiants en médecine, y a de l'abus ! 
J'avale une crêpe avec un café, je pars au golf, j'arrive au Tee de départ, il est 13h15. J'aperçois trois pékins au loin. What a lovely day ! J'ai fait 2x9 trous. J'ai faim.



Près de ma voiture sur le parking, une marguerite ! La marguerite du 1er janvier.





Je ne la coupe pas mais je me souviens... quand on effeuillait les marguerites qu'on était jeune et qu'on pensait fort à son amoureux. (C'est un peu gnangnan ce que j'écris non? Il faudrait le remanier, le réécrire, pas envie.)




La journée n'est pas finie, mais le plus dur est fait. 
Bonne année 2019 à mes lecteurs amis et inconnus !

Pour commencer l'année de bonne humeur et rire avec Spirou (et parce qu'il y a des marguerites !). Je crois que je préfère le dessin de Boule (et Bill) mais il n'y avait pas de marguerites (cliquer sur crédit photo pour le voir).





jeudi 11 octobre 2018

Plus jamais... mon Amour...


"Je ne crois pas que je la reverrai jamais. Plus jamais je ne la verrai, l'entendrai, la toucherai, l'étreindrai, l'écouterai, ni ne rirai avec elle; plus jamais je n'attendrai le bruit de ses pas, ne sourirai en entendant une porte s'ouvrir, ne joindrai étroitement son corps au mien, le mien au sien. Je ne crois pas non plus que nous nous retrouverons sous quelque forme dématérialisée. Je crois que ce qui est mort est bien mort. Certains pensent que le chagrin est une sorte de violent, quoique justifiable, apitoiement sur soi; d'autres disent que c'est le survivant qu'ils plaignent, parce que c'est lui qui a tout le tourment, alors que l'être aimé perdu ne peut plus souffrir. De telles approches tentent de gérer le chagrin en le minimisant - et en faisant de même avec la mort. Il est vrai qu'une partie de mon chagrin est centré sur moi - voyez ce que j'ai perdu, voyez combien ma vie en a été diminuée -, mais il s'agit davantage, bien davantage, et depuis le début, d'elle : voyez ce qu'elle a perdu, maintenant qu'elle a perdu la vie. Son corps, son esprit; sa radieuse curiosité de la vie. J'ai parfois le sentiment que la plus grande perdante dans le deuil, est la vie elle-même, parce qu'elle n'est plus exposée à cette radieuse curiosité.

Pages 88-89

Tous les couples, même les plus bohèmes, élaborent des structures au cours de leur vie commune, et ces structures ont un cycle annuel. De sorte que la Première Année est comme une image négative de l'année dont vous aviez l'habitude. Au lieu d'être émaillée d'événements, elle est maintenant ponctuée de non-événements : Noël, votre anniversaire, son anniversaire, celui du jour où vous vous êtes rencontrés, anniversaire de mariage. Et à ceux-ci se superposent de nouveaux anniversaires : celui du jour où la peur a surgi, du jour où elle est tombée pour la première fois, du jour où elle a été hospitalisée, du jour où elle est sortie de l'hôpital, du jour où elle est morte, du jour où elle a été enterrée.
Vous pensez que la Deuxième Année ne peut pas être pire que la Première, et croyez y être préparé. Vous pensez avoir connu toutes les différentes sortes de souffrance que vous aurez à endurer, et qu'après cela il n'y aura que des répétitions. Mais pourquoi une répétition devrait-elle impliquer moins de souffrance? Ces premières répétitions vous invitent à contempler toutes les répétitions à venir dans les années futures. Le chagrin est l'image négative de l'amour; et, s'il peut y avoir une accumulation d'amour au fil des ans pourquoi pas aussi de chagrin?
[...]
Cela a pris un certain temps, mais je me souviens du moment - ou plutôt, de l'argument arrivant soudainement - qui a rendu moins probable que je me tuerais. J'ai compris que, dans la mesure où elle vivait encore quelque part, elle vivait dans mon souvenir. Bien sûr, elle restait aussi puissamment dans l'esprit d'autres personnes; mais j'étais celui qui se souvenait le mieux d'elle. Si elle était quelque part, elle était en moi, intériorisée. C'était normal. Et il était également normal - et irréfutable - que je ne pouvais pas me tuer car alors je la tuerais aussi. Elle mourrait une seconde fois, mes chatoyants souvenirs d'elle s'estompant tandis que l'eau du bain se teinterait de rouge. Cela fut donc, finalement (ou, du moins, pour le moment), simplement décidé. Comme fut résolue la question plus large, mais apparentée : comment dois-je vivre? Je dois vivre comme elle aurait voulu que je vive."

Pages 99-100-101.

Julian Barnes, in Quand tout est déjà arrivé (récit La perte de profondeur), éditions Mercure de France, 2014.

"Dans ce troisième récit, Julian Barnes "nous parle - droit au cœur de ce qui se passe quand "tout est déjà arrivé", en l’occurrence, la mort de l'être qui vous était le plus proche et "qu'on est tombé de la plus grande hauteur". Disons simplement que Julian Barnes est sans doute là au sommet de son art."

4e de couverture.

mardi 12 juin 2018

Tout art doit avoir un certain mystère






Figure étendue à deux pièces no 5, Bronze (1963-64), 
titre original : Two Piece Reclining Figure No. 5

« Tout art doit avoir un certain mystère et doit interroger le spectateur. Donner à une sculpture ou à un dessin un titre trop explicite enlève une part de ce mystère, et ainsi le spectateur se déplace vers l'objet suivant, sans faire l'effort de mesurer le sens de ce qu'il vient de voir. Tout le monde pense avoir compris, mais en fait pas vraiment, tu sais. »
(A suivre... après visite de l'exposition).






Dublin, Trinity College, myself april 1978
(Hum! photos avec appareil jetable)
devant la sculpture de Henry Moore 

 

(J'y faisais un stage d'anglais de deux semaines, c'était notre première séparation, un an après notre rencontre, tu m'appelais tous les soirs et chaque soir on se jurait que jamais plus on ne se quitteraient).

 

mardi 5 juin 2018

"Ce qui me grisa lorsque je rentrai à Paris, en septembre 1929, ce fut d'abord ma liberté." (Simone de Beauvoir)

Samedi 26 mai 2018 

Je venais de sortir de ma bibliothèque, pour une re-relecture, un livre que j'avais aimé et que je t'avais offert, maman, pour une Fête des mères. C'est ton exemplaire que j'ai dans ma bibliothèque; je l'ouvre parfois et je lis quelques pages, au hasard; cette fois je décide de refaire une lecture complète, enthousiasmée par les premières pages. Et quelle surprise de trouver à l'intérieur une petite carte qui devait te servir de marque-page, où était écrit : Avec toi aujourd'hui. J'aurais pu rajouter : et éternellement. Ce petit carton m'a émue; il devait accompagner un bouquet de pivoines que je te faisais livrer.Tu aurais été émue, sûrement, de me voir nettoyer ta (votre) tombe ce samedi (avec une jambe raide, pfff!), - veille de la Fête des mères et jour anniversaire de ta disparition, mon aimé - et y déposer une plante.
Il est probable que tu fus moins captivée que moi en lisant cet ouvrage, mais je sais que tu l'as lu, qu'il t'avait intéressée, on en avait parlé longuement. Moi, j'étais déjà imprégnée de l'auteur, de sa vie, avec les Mémoires d'une jeune fille rangée. Je vivais à Paris et je connaissais le Quartier Latin comme ma poche. Je le fréquentais, je me reconnaissais en elle, je l'aimais. J'étais une jeune fille rangée qui aspirait à la liberté, à une vie libre.


La Force de l’âge, publié en 1960, est le deuxième tome de l’œuvre autobiographique écrite par Simone de Beauvoir, précédé des Mémoires d'une jeune fille rangée (1958) et suivi de La Force des choses (1963) et de Tout compte fait (1972). On peut aussi inclure dans cette œuvre autobiographique le récit de 1964 : Une mort très douce.
Ce tome traite de la période de sa vie s'étendant de 1929, de sa réussite à l'agrégation préparée avec Jean-Paul Sartre, à la Libération de Paris en août 1944.
(Source Wikipédia)



" Nous ignorions sur tous les plans le poids de la réalité. Nous nous targuions d'une radicale liberté. Ce mot, nous y avons cru si longtemps et avec tant de ténacité qu'il me faut regarder de près ce que nous mettions dessus.
[...] Le donné nous est apparu comme la matière de nos efforts et non comme leur conditionnement : nous pensions ne dépendre de rien. De même que notre aveuglement politique, cet orgueil spiritualiste s'explique d'abord par la violence de nos projets. Écrire, créer : on n'oserait guère risquer cette aventure si l'on n'imaginait pas être maître absolu de soi, de ses fins de ses moyens. Notre audace était inséparable des illusions qui la soutenaient [...].
Nous allions notre chemin sans contrainte, sans entrave, sans gêne, sans peur; mais comment n'achoppions-nous pas du moins à des barrières? Car enfin, nous avions les poches très plates; je gagnais chichement ma vie, Sartre écornait un petit héritage qu'il tenait de sa grand-mère paternelle : les magasins regorgeaient d'objets défendus; les endroits de luxe nous étaient fermés. [...] Nous n'étions pas des ascètes, loin de là; mais aujourd'hui, comme autrefois - et Sartre me ressemblait - seules les choses qui m'étaient accessibles, et celles surtout que je touchais, pesaient leur poids de réalité; je me donnais si entièrement à mes désirs, à mes plaisirs, qu'il ne me restait rien de moi à gaspiller en vaines envies. Pourquoi aurions-nous regretté de ne pas rouler en auto alors que le long du canal Saint-Martin ou sur les quais de Bercy nous faisions à pied tant de découvertes? Quand nous mangions dans ma chambre du foie gras Marie, quand nous dînions à la brasserie Demory dont Sartre aimait la lourde odeur de bière et de choucroute, nous ne nous sentions privés de rien. Le soir au Falstaff, au College Inn, nous buvions avec éclectisme des bronx, des side-car, des baccardi, des alexandra, des martini; j'avais un faible pour les cocktails à l'hydromel des Vikings, pour les cocktails à l'abricot qui étaient la spécialité du Bec de Gaz, rue Montparnasse : qu'est-ce que le bar du Ritz; aurait pu nous offrir de plus? Nous avions nos fêtes. Un soir aux Vikings, je mangeai une poule aux airelles tandis que dans une tribune un orchestre jouait l'air à la mode : Pagan love song. Je savais que ce festin ne m'aurait pas éblouie s'il n'eût été exceptionnel. La modestie même de nos ressources servait mon bonheur.
Aussi bien n'est-ce pas une immédiate jouissance qu'on cherche dans les objets de prix : ils servent de médiation avec autrui; leur prestige est conféré par des tiers prestigieux. [...] les habitués des palaces, les hommes à Hispano, les femmes à vison, les ducs, les millionnaires ne nous en imposaient pas; [...] J'éprouvais à leur égard une ironique pitié; coupés de la masse, confinés dans leur luxe et dans leurs snobismes, je me disais, quand je passais devant les portes infranchissables du Fouquet's ou du Maxim's, que les exclus c'étaient eux.  En général, ils n'existaient pas pour moi; leurs privilèges, leurs raffinements ne me manquaient pas plus qu'aux Grecs du Ve siècle le cinéma et la radio. Évidemment, le mur d'argent faisait échec à notre curiosité; mais nous ne nous en irritions pas parce que nous pensions que les gens huppés n'avaient rien à nous apprendre; leurs cérémonieuses dissipations ne couvraient que du vide.
Rien donc ne nous limitait, rien ne nous définissait, rien ne nous assujettissait; nos liens avec le monde, c'est nous qui les créions; la liberté était notre substance même."
Pages 19 - 20 - 21 - 22.


Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir
Coll. part. Archives Éditions Gallimard

Lundi 4 juin 2018 

Et me voilà donc replongée depuis dix jours dans La Force de l'âge, une lecture qui me passionne à nouveau tant elle ravive de souvenirs de ma jeunesse estudiantine parisienne, même si "Ce tome traite de la période de sa vie s'étendant de 1929 à 1944", je revis la mienne à l'époque où je lisais ce livre (deux ou trois ans avant mai 68), avec un peu de nostalgie mais avec une méga jubilation. C'est bien plus tard (trop tard) que je t'ai rencontré mon Amour, j'étais un peu assagie mais toujours rebelle et libre. Tu m'as légèrement embourgeoisée - avec tes goûts de luxe -, le comble pour un artiste-peintre fauché. En fait, la bohème c'était moi !

Et, 300 pages plus loin...
 

"Nous en avions fini avec la province; voilà qu'enfin nous vivions tous deux à Paris : plus de voyages en train, plus d'attente dans les gares. Nous nous installâmes dans un hôtel, beaucoup plus plaisant que le Royal Bretagne, que Sartre avait découvert pendant ma convalescence en Provence.




Hôtel Royal Bretagne
Photo, Le Paris de Beauvoir de Barbara Klaw, éditions Syllepse.


Il était situé entre l'avenue du Maine et le cimetière Montparnasse : j'avais un divan, des rayonnages et un bureau très commode pour travailler.



Hôtel Mistral
(Cliquer sur les images puis sur afficher pour lire)




Je pris de nouvelles habitudes; le matin, je buvais un café, je mangeais des croissants sur le zinc d'une brasserie bruyante et rougeoyante, Les Trois Mousquetaires. Je travaillais souvent chez moi. Sartre habitait à l'étage au-dessus. Nous avions ainsi tous les avantages d'une vie commune, et aucun des inconvénients.

Qu'allais-je écrire, maintenant que j'avais achevé mes nouvelles? Certains thèmes rôdaient dans ma tête depuis longtemps mais je ne savais pas comment les aborder. Un soir, peu après la rentrée, j'étais assise avec Sartre au fond du Dôme; nous parlâmes de mon travail, et il me reprocha ma timidité. [...] "Enfin ! pourquoi ne vous mettez-vous pas en personne dans ce que vous écrivez ? me dit-il avec une soudaine véhémence. Vous êtes plus intéressante que toutes ces Renée, ces Lisa..." Le sang me monta aux joues; il faisait chaud, il y avait comme d'habitude beaucoup de fumée et de bruit autour de nous, et j'eus l'impression de recevoir un grand coup sur la tête. "Je n'oserai jamais !" dis-je. me jeter toute crue dans un livre, ne plus prendre de distance, me compromettre : non, cette idée m'effrayait. "Osez", me disait Sartre. Il me pressait : j'avais mes manières à moi de sentir, de réagir, et c'était tout ça que je devais exprimer. Comme chaque fois qu'il se donnait à un projet, ses mots faisaient lever en foule des possibilités, des espoirs; mais j'avais peur. De quoi au juste?  Il me semblait que du jour où je la nourrirais de ma propre substance la littérature deviendrait quelque chose d'aussi grave que le bonheur et la mort."

Pages 323 -324.

Simone de Beauvoir, in La force de l'âge, éditions Gallimard, 1960.

Nota Bene : Simone de Beauvoir entre, enfin, à la Pléiade.

Mardi 5 juin

Tenir le coup, vivre avec ses douleurs physiques, ne pas rester assise trop longtemps, prendre des antalgiques, des anti inflammatoires pour pouvoir marcher, continuer de se révolter, contre tout ! ça donne de l'énergie. Mourir cela n'est rien mais vieillir...Je me disais tout cela ce matin en prenant mon petit déjeuner. Mon genou me jouait un sale tour et avait doublé de volume il y a dix jours; épanchement m'a-t-elle dit, rien d'autre, pas de prescription spéciale à part les antalgiques "je ne vous donne pas d'anti inflammatoires, si dans trois semaines vous avez toujours mal, je vous prescrirais de la cortisone. Ben voyons. Démerde-toi (pardon maman chérie de dire des gros mots) toute seule avec tes douleurs. De toute façon, ce sera ça ton avenir : après les coudes, les genoux, et sans doute plus tard l'épaule, les pieds. Ce matin, je n'ai pas lésiné pour avaler antalgique et anti inflammatoire (ils sont en vente libre) et allons-y gaiement... au golf. Je décidais de faire un test : 3? 6? 9? trous. Je mis ma genouillère et déjà en descendant les escaliers je savais que ce serait plutôt 6 que 9, voire 3. Elle me compressait trop derrière le genou, là où l'enflure me faisait mal. Zut, j'avais du mal à marcher... jusqu'au parking. Shit ! Je "verrouillais" pourtant la jambe mais la douleur était là.  J'arrivais au golf, sortais mon matériel, me dirigeais vers le départ. J'avais trop mal. Je m'arrêtais à l'accueil et j'allais aux toilettes pour retirer ma genouillère. Soulagement. Je marchais mieux. Youpi ! Quelques mouvements, étirements des bras et hop ! c'est parti. Au 3 je ne sentais plus de douleur, les médicaments faisaient de l'effet. Je savais que ça n'était pas la solution, je savais, je le savais, je m'en fichais, je n'avais plus mal et je jouais pas mal. L'herbe était mouillée, les fairways n'étaient pas tondus, les greens étaient lents, je m'en fo fichais, j'étais là, je pouvais donc encore marcher un peu, je pouvais jouer au golf, je n'étais pas foutue. Je n'avais pas les idées roses mais, elles étaient déjà un peu moins noires que ces derniers jours. Et j'ai fait 9 trous +3 ! (Mais c'est un très petit parcours de golf). Je ne pense pas que ma nuit sera calme...

"J'ai envie de bouger et je crois aux vertus de la mobilité. Quand on est immobile on devient très fragile. C'est fatigant, mais c'est passionnant. [...] Je ne serai jamais un adulte. J'aime bien les hommes qui disent des bêtises. Un adulte c'est un homme qui marche et un jour il se pose le cul et il croit qu'il continue de marcher. [...] Dès qu'on est assis on commence à s'occuper beaucoup de son fauteuil. "
Jacques Brel (la suite dans la vidéo, c'est épatant).
 

jeudi 22 février 2018

Rencontre fortuite ?

Rencontré par hasard aujourd'hui sur le parking... 
Déjà deux ans depuis..
Mon cœur ne bat plus la chamade; mais ce fut une vraie joie de prendre un café avec lui.

" Je ne crois pas aux rencontres fortuites (je ne parle évidemment que de celles qui comptent). "
Nathalie Sarraute


Katharine Hepburn 

et Sam Snead


(Ben oui, faut pas rêver!)



lundi 22 janvier 2018

Georges Perros, Une vie (pas si) ordinaire

Journal.
31 décembre 2017.

Je relisais depuis deux jours Poèmes Bleus de Georges Perros.

KEN AVO

J'avais quitté la Seine-et-Oise de bon matin
Ma mansarde là-haut, sur la colline
Où l'on observe les astres et les fusées
Mon poêle à pétrole, mes pipes
Mes livres, mes poussières, ma fenêtre
D'où je pouvais ne pas regarder la Tour Eiffel
Qui tourne de l’œil tous les soirs
Le Panthéon, le Sacré-Coeur, ce fromage blanc
D'autres choses encore, indicibles
Pour le moment,
Les toits de Paris.
J'allais une fois encore vers cette Bretagne
Qui m'a très jeune fasciné
Qui m'est aimant quand je suis loin
Qui m'est douleur quand de trop près
J'en subis la loi inflexible
De pierres de ciels d'horizons.
[...]





Georges Perros (1923-1978)



Photos capturées lors de l'exposition (2016)  à Douarnenez
A hauteur d'homme
qui rendait hommage au  photographe Michel Thersiquel



Michel Thersiquel (1944-2007), Autoportrait 

"Avant d'entamer une carrière d'écrivain, Georges Perros étudie d'abord le piano puis l'art dramatique au Centre du Spectacle de la Rue Blanche avant d'être reçu à la Comédie-Française. Ce qui lui permettra de rencontrer Jean Grenier lors d'une tournée de la compagnie au Caire. Puis, aux côtés de son ami Gérard Philipe, il est au festival d'Avignon avec Jean Vilar, Maria Casares, Maurice Jarre le musicien, la photographe-cinéaste Agnès Varda, Jeanne Moreau et beaucoup d'autres jeunes artistes dont beaucoup deviendront célèbres. Il devient lecteur pour Jean Vilar au TNP du théâtre de Chaillot. S'ennuyant à la figuration théâtrale, il décide de quitter la scène pour se consacrer à la littérature, publiant dès 1953 ses premières notes dans La Nouvelle Revue Française de Paulhan, et traduisant des pièces de Tchekhov et Strindberg." (La suite sur Wikipédia).
C'était la première fois que j'entendais la voix, grave, de Perros, grâce à cette épatante vidéo. Je ne connaissais de lui que ses livres, sa poésie et des photos, figées. J'étais un peu émue par sa simplicité, sa pudeur, son humour et son sourire indicibles.

"Tout m'émeut comme si j'allais disparaître dans le moment ce n'est pas toujours amusant." (Georges Perros)




En rédigeant ce billet, je découvrais qu'il existait une carte postale sonore (un CD de 28 minutes) réalisée en 1983 par un admirateur de Georges Perros : Yann Parenthoën "immense producteur de Radio France, qui reçu en 1984 le prix des Gens de Lettre pour cette pièce". 
Pour écouter le court extrait de ce documentaire Georges au Sporting, c'est ici. Et pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas ses Papiers mâchés (sic) *sourire*, se référer à ses Papiers collés et à cette biographie sur le site Esprits nomades.
Pour poursuivre mon immersion, je cédais, ce 31 décembre, à l'envie de découvrir ce café Le Sporting "où Georges Perros avait ses habitudes". Je partais en voiture en milieu d'après-midi, je tenais le volant fermement, je n'étais pas vraiment rassurée dans ma petite automobile; j'avais l'impression qu'elle allait s'envoler, le vent soufflait en tempête depuis deux jours. On avait eu Bruno, Carmen (0_0) suivait... en attendant Eleanor (quelle fin d'année!). Le 1er janvier à 8 heures, un orage magnifique me laissa dans le noir une bonne heure avec un grille-pain, une bouilloire et un téléphone détériorés par la foudre; je n'avais rien débranché, ça m'apprendra! J'avais eu le temps de chauffer de l'eau dans la bouilloire pour mon thé, de griller mes toasts, j'allumais des bougies et je commençais l'année 2018 ainsi, c'était bonnard! Bizarrement, je jubilais. Donc, le 31 décembre - j'y reviens  à Georges Perros - je roulais dans la tempête; tant pis, je fonçais. Je n'avais rien trouvé sur Internet, pas de café Le Sporting à Douarnenez; j'espérais tout de même le trouver, j'avais le nom de la rue.
Je me garais dans cette rue en arrivant. En ouvrant la portière, celle-ci m'échappa des mains brutalement par la puissance du vent. Bon, va falloir s'accrocher! Sûr que Bécassine, ce jour, aurait pu faire sa maline Marilyn !



La rue n'était guère avenante, le temps n'arrangeait rien. Chercher ce bistrot à l'aveuglette n'était pas une bonne idée. Je décidais d'aller sur la petite place devant les Halles et de demander le renseignement dans un des cafés - qui me rappelait de bons souvenirs : un ami parisien, artiste, originaire de Douarnenez m'y avait emmenée, il connaissait tout le monde et ce jour-là, la terrasse était pleine. Mais aujourd'hui le café était fermé. Une affiche indiquait : 31 décembre, ouvert de 17 h à 22 h. Il était 15 h 29 minutes 14 secondes (hi!) horaire exact de ma prise de vue. Je n'allais pas poireauter dans ce vent fou et, glacial. Je collais mon objectif contre la vitre et photographiais l'intérieur (Miss Marple a toujours besoin de justificatifs de recherches. Non mais! A vrai dire, je n'ai rien d'une Miss Marple, moi j'ai la bougeotte et je serais plus proche du grain de folie de ... ).




J’aperçus alors un petit café à cinq mètres de celui-ci, avec de la lumière, Le Malamock j'entrais pour demander où - s'il existait toujours - se trouvait le bar Le Sporting? Une femme était derrière le zinc, seule, pas un client, "accompagnée" d'une musique tonitruante. Je la saluais avec le sourire et lui posais ma question. - Il n'existe plus depuis longtemps me dit-elle. Je lui parlais de Perros pour expliquer ma démarche mais j'ai eu l'impression que ce nom n'évoquait pas grand chose pour elle : - je ne suis ici que depuis cinq ans dit-elle en s'excusant de ne pouvoir m'aider. Je la remerciais - elle était aimable - et ne prenais pas le temps d'y prendre un café, la musique agressait mes oreilles. Je n'osais pas photographier la devanture en partant. Je trouvais celle-ci sur Internet (avec un ciel bleu qui n'était pas du tout celui du jour).



Donc, pas de bar Le Sporting où Perros allait prendre son café thé le matin, il n'existait plus. Mais non, je n'avais pas fait ce trajet pour rien, je n'étais pas restée à regarder mollement le vent souffler sur ma terrasse, j'avais pris un bol une soupière d'air, je remontais vers ma voiture, avec mes lunettes de soleil pour empêcher mes yeux de couler et le vent de les fouetter. Même pas envie de traîner ni d'aller prendre un thé pour me réchauffer; c'est glauque d'entrer, seule, dans un café un 31 décembre. Vite, à la maison, in my sweet home. J'allais passer un bon réveillon, j'avais emprunté à la médiathèque un film de 3 h 30!!! de Manoel de Oliviera : Val Abraham, d'après l’œuvre originale de Agustina Bessa-Luis, roman d'après Madame Bovary de Flaubert. Mmm! Je devais avoir envie de me "prendre la tête" (j'adore les films de Oliviera), mais là j'ai dû voir le film en deux soirées. Pour un 31 décembre c'était sacrément intellectuel. Bouh!  Les plans étaient tellement lents, j'avais l'impression de vivre un temps réel, impressionnant. Intéressant mais, trop long. Vu il y a quelques semaines, toujours de Manoel de Oliviera, Film parlé, que j'ai beaucoup aimé, et en bonus une interview du réalisateur. Comment font-ils ces nonagénaires (cf. Jean d'Ormesson) pour être si brillants, pour avoir l’œil aussi vif et le verbe aussi facile à cet âge. Oliviera est mort en 2015, à 106 ans. Le 24 décembre j'avais regardé un film-documentaire sur Roy Lichtenstein, plus reposant (quoique avec une longue séquence où la journaliste-galeriste visite l'atelier de l'artiste dans un bruit de perceuse, de ponceuse épouvantable qui ne semble pas gêner Lichtenstein puisqu'il n'intervient pas pour faire cesser ce bruit, auquel se rajoute un téléphone (fixe) qui ne cesse de sonner).

Journal
Du 2 au 19 janvier 2018.

Je tentais d'en finir avec ce billet, je n'y arrivais pas, passant d'un sujet (personnage) à l'autre, mes recherches n'en finissaient pas; du coup, je procrastinais, non ce n'est pas vrai, la vérité : j'avais trop mal aux bras pour continuer de taper sur mon clavier.. J'avais terminé de relire Poèmes Bleus depuis longtemps, je les aimais. Coïncidence, le 5 janvier, France Culture diffusait une émission, Poésie et ainsi de suite : Dans les pas de Georges Perros, que j'écoutais. Décidément, mon immersion perrossienne était totale et j'apprenais par ailleurs que, dans quelques jours, le 24 janvier cela fera 40 ans que le poète a disparu. Sans le savoir ni préméditation, je lui rendais hommage. Je revisionnais les photos que j'avais faites à l'exposition Michel Thersiquel et cela m'amenait vers d'autres poètes bretons...

Xavier Grall, (1930-1981) dont j'ai souvent parlé 
et dont la culture va bien au-delà de la Bretagne 



Photos Michel Thersiquel



Glenmor, que je connais moins
et qui est pourtant une figure importante
de la culture bretonne


Glenmor, le barde dit Milig (1931-1996)
Photo Michel Thersiquel 

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Et voilà, je ne devais parler que de Georges Perros, mon je a repris le dessus. Durant cette longue et pénible période de fêêêêttttes, vu quelques films au cinéma: : Santa & Cie (mais qu'est-ce qui m'a pris d'aller voir ce film mortel destiné aux enfants, tsss! me suis ennuyée), Un homme intègre, film iranien de Mohammad Rasoulof, magnifique, révoltant, désespérant (à voir absolument)  et Vers la lumière film japonais de Naomi Kawase, les critiques ne sont pas enthousiastes mais j'ai aimé ce film; peut-être parce que c'est un artiste (photographe) qui perd la vue et qu'un artiste qui ne peut plus créer ni s'adonner à sa passion me touche, particulièrement. La relation qui se noue entre les deux personnages du film (la jeune fille qui fait de l'audiodescription de film pour des aveugles et, le photographe qui peu à peu perd la vue) était bouleversante, sans tomber dans le pathos (prétendu par certains critiques en France, en Suisse on aime). Cet appareil de photo, superbe, le "cœur" de l'artiste (un Rolleiflex), c'est bien son cœur qu'il tient dans sa main quand il le manipule... bon je ne raconte pas la fin (et je raconte si mal) mais je t'ai revu mon Amour quand tu ne pouvais plus tenir ton pinceau, ta brosse, ni soulever une toile pour la poser sur ton chevalet. Je comprenais d'autant mieux pourquoi le photographe refusait l'aide de la jeune Misako. Alors, oui, j'ai eu de la glycérine aux mirettes durant une bonne partie du film. J'avais regardé la bande-annonce avant d'aller le voir et j'avais prévu des kleenex. Mmm ! De plus, je crois que j'avais envie de pleurer, depuis... longtemps et que le film n'était peut-être qu'un prétexte pour laisser couler ces larmes. En sortant de la salle obscure, il tombait des cordes, une aubaine, je me cachais sous mon parapluie.

Journal.
Dimanche 21 janvier 2018.

C'était donc il y a 41 ans...


Lundi 22 janvier.

Aujourd'hui, ça fait exactement 85 jours que je n'ai pas joué au golf, et je ne constate guère d'amélioration pour mes (oui, mes, les deux bras sont atteints) tendinites. Enfin, j'exagère un peu, il y a une amélioration, les douleurs diminuent. Mes séances chez le kiné tous les deux jours me remontent le moral - je n'y vais pas à reculons - et le temps pourri me console.

=0=0=0=0= 

L'amour qu'on éprouve pour un pays
Cela tient à rien
A un bout de ciel détaché
Qui vous prend le cœur en écharpe
Les hommes s'éloignent un peu
L'homme que l'on se sent parfois être
On se hait plutôt que l'on s'aime
Entre nous, entre soi et soi
C'est grand dommage
Mais comment faire pour s'aimer
Plus qu'il n'est permis entre humains?
[...]
[...]

=0=0=0=0=

[...]
Je t'invite à te recueillir
A t'introduire
A l'intérieur de cette région en toi
Restée vierge
Cette région de confidence indicible
Que le rêve habite
Où il revient faire son lit
Ou son nid car il est oiseau
Au rythme de la pulsation horizontale
Quand le sablier se retourne du bon côté
Quand cesse le bruit
De ce langage de politesse et d'ennui
Qui nous va si mal et si bien
Cela dépend des circonstances
[...]
Ce langage inoffensif et roucoulant
Que l'on connaît :
" J'ai vraiment été très heureux de vous connaître...
Vous avez le téléphone?
Il faudra que vous veniez avec votre femme un soir.
Vous jouez au bridge?
Vous travaillez en ce moment?
On devrait vivre six mois à Paris et six mois à la campagne.
Je me demande s'il a vraiment quelque chose à dire...
On ne se voit pas assez, mais Paris...
Il faut absolument que je vous le fasse connaître, un type délicieux.
Et ce prochain livre, il avance?
On vit vraiment comme des fous...
Téléphonez-moi, téléphonez-moi..."

Et ce langage chuchoté 
Dans la chambre à côté
Qu'on entend sans le faire exprès
Ce langage des couples chez eux...
"Tu n'aurais pas dû lui raconter ça, il a fait une drôle de tête.
Elle est plus sympathique que lui, tu ne trouves pas?
Dans le fond, on ne devrait recevoir personne...
Le gigot était un peu trop cuit...
Je me demande s'ils s'aiment toujours...
Qu'est-ce qu'elle te racontait dans la cuisine?
Il a pris un coup de vieux, tu ne trouves pas?"

La vie est longue ainsi parlée
O le froissement des mots
Et des vêtements que l'on retire
Avec difficulté
Les bruits de chaussures qui tombent
Sur le parquet
Le bruit que font les ressorts du lit
Quand les corps s'y couchent ensemble
Et qu'un grand soupir salutaire
Vient sonner le carillonnement
De la journée enfin finie
O le sommeil tonitruant

Des deux corps comme deux semelles
Sous les draps de la nuit tombée
O les corps que nous transportons...

[...]

Poèmes bleus (extraits)
Georges Perros (23 août 1923, Paris - 24 janvier 1978, Douarnenez)