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mardi 1 janvier 2019

"Il est temps d'instaurer la religion de l'amour" (Louis Aragon)

Lundi 31 décembre 2018.

Faire de cette journée une journée ordinaire.
Lever, petit dèj., ne pas allumer la radio pour ne pas entendre le blabla sur la bouffe, les achats de dernière minute, les derniers conseils pour un réveillon et patati et patata. 
Ne pas trop regarder le ciel, gris, bas, plombé.
Inutile de prendre un livre, jour de non concentration.
Se préparer tranquillement en écoutant en podcast Le Grand Atelier de Vincent Josse, j'opte pour celui sur Rohmer.
Déjeuner sur le pouce mais avant, cuisiner mes courgettes tomates poivrons pour ce soir.
Tout cela est fait.
Cinéma à 14 heures, nous étions quatre dans la salle, c'est normal, on se prépare pour le réveillon. Film : Wildlife Une saison ardente. Déconnexion assurée, je suis hors du monde, c'est merveilleux.
Le cinéma, ma passion. Cinéma, golf, cinéma, golf, cinéma, golf, cinéma, golf ! L'un me détend, l'autre me crève. Ça se complète bien. Les deux me passionnent, me font oublier la vraie vie. Pourtant ce que je vais voir au cinéma c'est souvent la vraie vie, mais sur le Grand Ecran, le pire, les malheurs ont une beauté, une aura, une expression que je ne distingue pas dans la moche vraie vie. 
Après la séance je rentre à pied, le ciel est sombre, les illuminations commencent à clignoter. De l'autre côté de la rivière, je photographie cette phrase qui m'avait interpellée en allant au cinéma mais je n'avais pas le temps de m'arrêter.



J'ouvre les fenêtres en grand en arrivant, j'ai chaud alors que ça caille; ça sent la cuisine dans ma pièce je déteste ça. Souvenirs affreux quand j'étais jeune d'entrer dans des maisons de vieux jamais aérées. Sentir le renfermé, la soupe, le poireau, le chou, pas de ça chez moi. 
Attention, ne pas confondre mon ça avec ça (0_0) :
 
"Voici comment Freud décrit le ça:

“C’est la partie la plus obscure, la plus impénétrable de notre personnalité. [Lieu de] Chaos, marmite pleine d’émotions bouillonnantes. Il s’emplit d’énergie, à partir des pulsions, mais sans témoigner d’aucune organisation, d’aucune volonté générale; il tend seulement à satisfaire les besoins pulsionnels, en se conformant au principe de plaisir. Le ça ne connaît et ne supporte pas la contradiction. On y trouve aucun signe d’écoulement du temps” (phrases de Freud)


Le ça désigne la part la plus inconsciente de l’homme, c’est le réservoir des instincts humains, le réceptacle des désirs inavoués et refoulés au plus profond. Ces besoins pulsionnels ont besoin d’être canalisés, notamment via la sublimation (qui consiste à réaliser de manière détournée un désir pulsionnel). L’exemple donné par Freud est l’artiste sublimant ses pulsions via l’art."
Remarquez, mon ça ne supporte pas non plus la contradiction. Bon, où en étais-je? Oui, retour at home. Cuire du riz . Mon repas de réveillon sera frugal. Dîner de bonne heure en écoutant ça, divin. Encore des souvenirs - je ne vis que de souvenirs, la plupart exquis - quand il parle de Jorge Donn, un Dieu ! Et comment, quel Dieu ! J'ai eu le PRIVILÈGE de le voir au Théâtre de Champs Elysées, avec Béjart, en REPETITION, avec toi mon amour. Notre voisine d'atelier, artiste-peintre, était une amie de Maurice (pour les intimes) et nous a fait ce cadeau ÉNORME, d'aller voir Donn en répétition. Quel souvenir, j'en ai encore des frissons. Ce devait être entre 1979 et 1980.
C'était tout de même mieux d'écouter Gil Roman parler de Maurice et de Jorge que d'écouter le Président Macron présenter ses vœux aux Français.
Mon but aujourd'hui et demain, occulter ces deux jours.
Ai regardé le film sur Arte, Full monty. Bof! même pas en V.O.
Hop ! Ouf ! Dernière journée de l'année passée.

Mardi 1er janvier 2019.

Alors là, c'est pour moi la pire journée de l'année. Les SMS qui arrivent auxquels il faut ou faudrait répondre sur le champ. Le téléphone qui sonne qu'il faut ou faudrait décrocher pour remercier des pensées, des vœux, dire merci, c'est gentil, moi aussi, voui voui voui, moi aussi je vous souhaite ÉVIDEMMENT une belle douce sereine gaie sans douleurs sans soucis dans du velours ou de la soie quoi. Bien sûr que je les aime mes sœurs, mes nièces, mes neveux, mes ami(e)s. Mais pourquoi faut-il faire cela le 1er janvier. Nous avons tout le mois pour le faire et puis quoi, quel radotage. Mais non, lecteurs, je ne suis pas tatie Danièle, ho ho ho ! mais que tout ça me plombe (comme le ciel) le 1er janvier et... depuis toujours !
Donc, réveil mortel comme tous les matins, petit dèj. petit moment de répit de calme. Traîner un peu c'est de mise aujourd'hui puis pendant une bonne demi heure, se demander : mais qu'est-ce que je vais faire aujourd'hui. Rester plantée devant la télé non merci. Aller me promener sur la côte non merci. Aller faire 9 trous ou 18 dans mon golf qui n'a pas été tondu depuis dix jours qu'il faudrait mettre des bottes pour jouer, non merci. Lumière ! Et si j'allais jouer dans mon ancien golf, il est fermé le 1er janvier mais porte ouverte, donc gratuit. Hé hé la bonne idée.
Vite, toilette. J'écoute ça, bouh, les pauvres étudiants en médecine, y a de l'abus ! 
J'avale une crêpe avec un café, je pars au golf, j'arrive au Tee de départ, il est 13h15. J'aperçois trois pékins au loin. What a lovely day ! J'ai fait 2x9 trous. J'ai faim.



Près de ma voiture sur le parking, une marguerite ! La marguerite du 1er janvier.





Je ne la coupe pas mais je me souviens... quand on effeuillait les marguerites qu'on était jeune et qu'on pensait fort à son amoureux. (C'est un peu gnangnan ce que j'écris non? Il faudrait le remanier, le réécrire, pas envie.)




La journée n'est pas finie, mais le plus dur est fait. 
Bonne année 2019 à mes lecteurs amis et inconnus !

Pour commencer l'année de bonne humeur et rire avec Spirou (et parce qu'il y a des marguerites !). Je crois que je préfère le dessin de Boule (et Bill) mais il n'y avait pas de marguerites (cliquer sur crédit photo pour le voir).





lundi 1 janvier 2018

"L'année qui vient risque fort de ressembler à celle qui s'achève" *

Bonne année 2018 !
Bloavez mat !
Happy new year !
Bhliain nua sásta  
gutes neues Jahr !
 С Новым годом !
 Buona fine e miglior principio !
¡feliz año nuevo!
 新年好!
  해피 뉴 이어
كل عام وأنتم بخير
 (J'en oublie sûrement...)
 
Ouf ! C'est finiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii...


* Lire ici : Les vœux de Nietzsche
 par Michaël Foessel

(Je retiendrais : "privilégier le beau, dans un quotidien dont il pressent déjà la morosité.")

et le récent ouvrage de Stéphane Floccari
Nietzsche et le nouvel an

lundi 2 janvier 2017

De, la lecture

Et si 2017 c'était ça!


Paul Gauguin, Aimons-nous les uns les autres
 
=0=0=0=0=

 
"Dans la lecture, l'amitié est soudain ramenée à sa pureté première. Avec les livres, pas d'amabilité. Ces amis-là, si nous passons la soirée avec eux, c'est vraiment que nous en avons envie. Eux, du moins, nous ne les quittons qu'à regret. Et quand nous les avons quittés, aucune de ces pensées qui gâtent l'amitié : Qu'ont-ils pensé de nous? - N'avons-nous pas manqué de tact? - Avons-nous plu? - et la peur d'être oublié pour tel autre. Toutes ces agitations de l'amitié expirent au seuil de cette amitié pure et calme qu'est la lecture."
[...]
 "Et c'est là, en effet, un des grands et merveilleux caractères des beaux livres (et qui nous fait comprendre le rôle à la fois essentiel et limité que la lecture peut jouer dans notre vie spirituelle) que pour l'auteur ils pourraient s'appeler "Conclusions" et pour le lecteur "Incitations". Nous sentons très bien que notre sagesse commence où celle de l'auteur finit, et nous voudrions qu'il nous donnât des réponses, quand tout ce qu'il peut faire est de nous donner des désirs."
Marcel Proust, in Journées de lecture, éditions Fata Morgana, 2006.

Je me suis livrée, le jour de la Saint Sylvestre, hier, à mon petit exercice de lecture. Cette année, pas de mise en scène pour cet enregistrement, au pied levé, que j'aurai dû refaire; le trac n'aidant pas, je bafouille d'entrée avec le mot Marcel. Tant pis, je laisse ce premier jet. Extrait de l'ouvrage de Marcel Proust lu ce week-end de Saint-Sylvestre.


(Texte retranscrit ci-dessous)

"Les théories de William Morris, qui ont été si constamment appliquées par Maple et les décorateurs anglais, édictent qu'une chambre n'est belle qu'à la condition de contenir seulement des choses qui nous soient utiles et que toute chose utile, fût-ce un simple clou, soit non pas dissimulée, mais apparente. [...] A la juger d'après les principes de cette  esthétique, ma chambre n'était nullement belle, car elle était pleine de choses qui ne pouvaient servir à rien et qui dissimulaient pudiquement, jusqu'à en rendre l'usage extrêmement difficile, celles qui servaient à quelque chose. Mais c'est justement de ces choses qui n'étaient pas là pour ma commodité, mais semblaient y être venues pour leur plaisir, que ma chambre tirait pour moi sa beauté. [...] [...] [...] Je laisse les gens de goût orner leur demeure avec la reproduction de chefs-d’œuvre qu'ils admirent et décharger leur mémoire du soin de leur conserver une image précieuse en la confiant à un cadre de bois sculpté.  Je laisse les gens de goût faire de leur chambre l'image même de leur goût et la remplir seulement de choses qu'il puisse approuver. Pour moi, je ne me sens vivre et penser que dans une chambre où tout est la création et le langage de vies profondément différentes de la mienne, d'un goût opposé au mien, où je ne retrouve rien de ma pensée consciente, où mon imagination s'exalte en se sentant plongée au sein du non-moi : je ne me sens heureux qu'en mettant le pied - avenue de la Gare, sur le port ou place de l’Église - dans un de ces hôtels de province aux longs corridors froids où le vent du dehors lutte avec succès contre les efforts du calorifère, où la carte de géographie détaillée de l'arrondissement est encore le seul ornement des murs, où chaque bruit ne sert qu'à faire apparaître le silence en le déplaçant, où les chambres gardent un parfum de renfermé que le grand air vient laver, mais n'efface pas, et que les narines aspirent cent fois pour l'apporter à l'imagination, qui s'en enchante, qui le fait poser comme un modèle pour essayer de le recréer en elle avec tout ce qu'il contient de pensées et de souvenirs; où le soir, quand on ouvre la porte de sa chambre, on a le sentiment de violer toute la vie qui y est restée éparse, de la prendre hardiment par la main quand, la porte refermée, on entre plus avant, jusqu'à la table ou jusqu'à la fenêtre; de s'asseoir dans une sorte de libre promiscuité avec elle sur le canapé exécuté par le tapisser du chef-lieu dans ce qu'il croyait le goût de Paris; de toucher partout la nudité de cette vie dans le dessein de se troubler soi-même par sa propre familiarité, en posant ici et là ses affaires, en jouant le maître dans cette chambre pleine qu'aux bords de l'âme des autres et qui garde jusque dans la forme des chenêts et le dessin des rideaux l'empreinte de leur rêve, en marchant pieds nus sur son tapis inconnu; alors, cette vie secrète, on a le sentiment de l'enfermer avec soi quand on va, tout tremblant, tirer le verrou; de la pousser devant soi dans le lit et de coucher enfin avec elle dans les grands draps blancs qui vous montent par-dessus la figure, tandis que, tout près, l'église sonne pour toute la ville les heures d'insomnie des mourants et des amoureux."
 
Impossible de retrouver mes billets d'autres années avec mes lectures à voix haute. Les aurais-je supprimés... un jour de pudeur (*_*) et de lucidité? Pas impossible. 
En m'écoutant, je me dis que la lecture à voix haute est un art et si l'on ne possède pas ce talent, il est préférable de transcrire des extraits de livres plutôt que de les lire à haute voix. Il est probable que dans quelque temps je supprime cette voix, monotone. Je parle de livre délicieux, succulent; que de mièvres mots pour parler de ceux de Proust. C'est vrai, j'ai le trac, j'ai toujours été nulle à l'oral (et ce ne sont pas mes amoureux qui me contrediront!). Je n'allais tout de même pas me droguer pour lire ces quelques pages. Bigre, lisez-le livre et ne vous fiez pas à cette lecture qui ne donne absolument pas à entendre l'exaltation de Marcel Proust pour parler de ses souvenirs : de chambre, d'odeur, d'enfance, de lecture, de grand-tante, de cuisinière...

A propos des notes, auxquelles il faut absolument se reporter en cours de lecture de cet ouvrage, il écrit ceci : 

"J'ai essayé de montrer dans les notes dont j'ai accompagné ce volume que la lecture ne saurait être [ainsi] assimilée à une conversation, fût-ce avec le plus sage des hommes; que ce qui diffère essentiellement entre un livre et un ami, ce n'est pas leur plus ou moins grande sagesse, mais la manière dont on communique avec eux, la lecture, au rebours de la conversation, consistant pour chacun de nous à recevoir communication d'une autre pensée, mais tout en restant, c'est-à-dire en continuant à jouir de la puissance intellectuelle qu'on a dans la solitude et que la conversation dissipe immédiatement, en continuant à pouvoir être inspiré, à rester en plein travail fécond de l'esprit sur lui-même."

Lundi 2 janvier

La trêve des confiseurs est finie, youpi! Que la fête commence!




mercredi 31 décembre 2014

N'attendez pas minuit... Tsss!






Sur le baiser : lire l'ouvrage d'Alexandre Lacroix 

"Les Bons Plaisirs vous proposent une radiographie d’un plaisir qui mobilise une trentaine de muscles faciaux, qui évoque à la fois la morsure réprimée et l’abandon des amants, la dévoration cannibale et le primat de l’oralité chez l’être humain, et qui reste le plus beau geste du désir, le baiser…
Les origines du baiser restent floues.
Il semble que chez l’être humain ce soit un acte culturel et non inné.
Qu’au fil de l’histoire toutes les cultures ne l’aient pas adopté.
Les Romains ont codifiés une typologie des baisers, les premiers Chrétiens s’embrassaient en signe de reconnaissance, et il a fallu attendre des poètes du 16ème siècle pour amorcer une mondialisation du baiser, parachevé par le baiser hollywoodien qui l’a mythifié comme l’acte fondateur des débuts de l’amour.
Le refus du baiser signalant assurément la fin de l’amour."

mercredi 1 janvier 2014

Que la fête commence




Flûte! J'ai eu la flemme de recommencer, j'en reste là. D'ailleurs le but de cet exercice est seulement de vérifier si j'ai toujours une voix. Après tout, ces quelques minutes auront suffi pour le vérifier. Ça m'apprendra à ne pas nettoyer mes verres de lunettes régulièrement. Pfff!
Le texte prévu était tiré de la Correspondance passionnée, Anaïs Nin, Henry Miller, éditions Stock.

Sinon quoi d'autre?

Lundi 30 décembre.

Soirée. Regardé un DVD : Nietzsche, miracle français par Philippe Sollers.



 Capture d'écran

On n’apprend rien sur Nietzsche, et j’ai vraiment l’impression d’en savoir plus que lui (on ne m'appelle pas Modeste). C’est inconsistant, creux, et il ne cesse de ramener Nietzsche à lui-même. Pourtant j’aime bien Sollers (ça étonne quelques amis) mais là, je l’ai trouvé vraiment ennuyeux et d'une banalité; trois mots par-ci trois mots par-là. Du vent! D’ailleurs sur la pochette du DVD ce sont ses romans qui sont mentionnés, il se fait sa pub en fait et on y annonce même ainsi : Janvier 2006, sortie d’Une vie divine ! 
Et aussi : "Je n'aurais quant à moi pu écrire Paradis, Femmes, Portrait du Joueur, Le Cœur absolu, Les Folies françaises, Le Lys d'or, La Fête à Venise, Le Secret, si je n'avais senti en permanence planer près de moi la main dégagée, active, cruelle et indulgente de Nietzsche."
Mmm! Clap de pub!
Bref, je me suis fait avoir. GROSSE DÉCEPTION.

Mardi 31 décembre.

Migraine toute la journée.
Léger mieux en soirée. Pas de réveillon, pas de repas gastronomique et même pas de champagne. Snif!
Fini l'autobiographie de James Salter Un cœur (lapsus) à brûler, il s'agit de Une vie à brûler. J'ai eu du mal à le lire, surtout la première partie qui raconte ses années de jeunesse dans l'aviation. Plaisir moins vif que pour le magnifique Un Bonheur parfait. Deuxième partie passionnante cependant. Une vie riche de rencontres : artistes, écrivains.
Que je hais le 31 décembre. On a beau se dire que c'est un jour comme un autre. CE N'EST PAS VRAI!

Lundi 1er janvier.

Mon Bezo a eu 60 ans aujourd'hui. Il a plu des hallebardes et j'ai cru que ma voiture allait s'envoler sur la voie express en allant chez elle. Sur les flaques d'eau j'avais peur de faire de l'aquaplaning. A 14 heures il faisait presque nuit. What a lovely day!
Rien à ajouter.

Ah si! Ouf! C'est terminé, fini, on tire un trait sur ces fêêêêêtes!

Bonne année bonne santé.

QUE LA FÊTE COMMENCE




mardi 1 janvier 2013

Nouvel an : vouloir ce qui arrive

Il faut rajouter de la vie aux années
et non des années à la vie."
Proverbe chinois

"N'attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites.
Décide de vouloir ce qui arrive... et tu seras heureux...".
Epictète



A Resa von Schirnhofer

le 11 mars 1885
Nice, pension de Genève,
Petite rue Saint-Etienne

Chère Mademoiselle,
Cet hiver, on obtiendra difficilement quelque chose à lire que j'aurais écrit, c'est ce qu'ont décidé mes yeux. Je souhaiterais, à cause de ces yeux imbéciles, me retrouver dans une quelconque obscure Venise, car ce que j'attends de Nice, un air très sec et un ciel constamment très pur, voilà ce qu'on ne peut pas obtenir ici, cet hiver, pas plus qu'ailleurs. C'est un hiver d'exception : nous avons eu un raz-de-marée comme il n'y en a pas eu depuis cinquante ans, deux petits tremblements de terre, deux ou trois fois par jour de longues averses a la tedesca*, et une permanente alternance des caprices du ciel : - ce qui a fort mal convenu à ma santé. Mais depuis quelques jours, je bénéficie dans ma petite pension, de la présence d'un Allemand** qui est venu pour moi et qui m'est tout dévoué - mais j'apprécie fort peu les Allemands, c'est une autre sorte de "nébulosité de traîne" qui m'est tout à fait insupportable...
Est-ce que j'aime les Français? Quelques-uns d'autrefois, Montaigne, surtout. De ce siècle, uniquement Beyle, au fond, et ce qui a pris racine sur son terrain.
Et c'est cela qui dicte aujourd'hui cette lettre que je vous adresse, chère mademoiselle Resa : bien que, comme je l'ai dit, mon moral oculaire s'écrie "Ne lisez ni n'écrivez, monsieur le Professeur".
Il doit y avoir en France une sorte d'enthousiastes stendhaliens, on m'en a parlé, qui s'appellent les "rougistes". Pouvez-vous vous mettre un peu en chasse de ce côté-là : trouver, par ex., une nouvelle édition du Rouge et le Noir, préfacée par un monsieur Chapron, si j'ai bien compris le nom. Où cette fine poule (il est mort) a-t-elle pondu son oeuf? Stendhal n'a pas écrit de plus grand livre que celui-là. Faites la connaissance du plus vivant des disciples de Stendhal, M. Paul Bourget, et racontez-moi quels nouveaux essais il vient d'écrire (je vous avais montré ici, à Nice, son recueil, les Essais de psychologie contemporaine). Il est, me semble-t-il, le vrai disciple de ce génie que les Français ont découvert avec 40 ans de retard (des Allemands, je suis le seul à l'avoir reconnu et sans obéir à une instigation d'origine française). Les autres littérateurs célèbres de ce siècle, Saint-Beuve et Renan, par exemple, sont à mon goût bien trop sucrés et trop ondulants; mais ce qui est ironique, dur, sublimement méchant, à la manière de Mérimée - oh, comme cela convient à mes papilles!
Fin mars, j'irai en Allemagne par la Suisse. Le mariage de ma soeur est annoncé pour cette année : saluez Malwida de ma part et recevez, vous aussi, les salutations

De votre tout dévoué
Nietzsche

* signifie "à l'allemande"
** Il s'agit de Paul Lanzky

La lettre A Resa von Schirnhofer est extraite de l'ouvrage :
Lettres choisies de Nietzsche, Folio classique 2008.

On peut lire ici un document de Guiliano Campioni sur
Une source inédite de Nietzsche : Guy de Maupassant.

Sur Paul Bourget dont parle Nietzsche :
"Faites la connaissance du plus vivant des disciples de Stendhal,
M. Paul Bourget [...] Il est me semble-t-il le vrai disciple de ce génie
que les Français ont découvert avec 40 ans de retard..."

Et voilà une année qui commence bien sérieusement! [Rires].

mardi 3 janvier 2012

Gyotaku


Nakanishi, Grondin volant

L’horrible week-end de la Saint-Sylvestre est enfin terminé. Tout va reprendre son cours normal. Longtemps je m’étais habituée à occulter ces fêtes et à les vivre comme les autres jours mais cette année je n’ai pas réussi. J’avais le cœur gros comme on dit bêtement. Aussi, j’ai tenté de trouver des occupations, comme cette balade samedi 31 à la Ville-Close et une visite au Musée de la Pêche où j’ai pu voir une belle exposition consacrée aux Empreintes de poissons : le Gyotaku. J’étais toute seule dans ce musée, en ce jour où tout le monde devait s’affairer pour le réveillon.





J’ai pris quelques photos. Beaucoup de reflets de lumière, difficile de les prendre à travers le verre. L'artiste à l'honneur : Boshu Nagase.




Comment garder trace des pêches exceptionnelles ? Elément du patrimoine maritime japonais, le Gyotaku, permet aux pêcheurs de garder une empreinte de leur capture.


Technique créée en 1862, afin d’offrir à l’Empereur l’image d’une dorade remarquable, le Gyotaku a été repris par les pêcheurs pour immortaliser leurs plus importantes prises. Boshu Nagase, grand maître de cette tradition artistique, a été accueilli en résidence au Musée Océanographique de Monaco, où il a produit plusieurs centaines d’œuvres.

"Deux méthodes permettent de réaliser un Gyotaku, dont les résultats sont aussi opposés que complémentaires.

La première, à l’encre de chine, a pour support un papier japonais (Washi) sur lequel on obtient un motif inversé. L’encre est appliquée dans le sens des écailles. Puis, le modèle est recouvert de papier et frotté à la main, toujours dans le même sens de la tête à la queue. Enfin, le papier inscrit d’une empreinte est décollé. L’artiste n’a plus qu’à peindre délicatement l’œil au pinceau. C’est ce qu’on appelle des Gyotakus directs.

La seconde méthode (Gyotaku indirect) apparaît en 1948 sous la main de Koyoo Inada. Ce sont les débuts de l’interprétation artistique sur le support noble qu’est la soie. La couleur apporte un relief et une vie nouvelle à cet art encore expérimental. La fibre de soie se révèle idéale grâce à la facilité d’emploi et de manipulation. L’application des couleurs est indirecte, c’est-à-dire qu’elles sont appliquées sur le tissu par transparence avant d’être tamponnées en fonction de l’aspect désiré.

Cette méthode exige une maîtrise bien plus élaborée, chaque œuvre bénéficiant d’un secret transmis du maître à l’élève et traduisant le style de son auteur. La composition est accompagnée d’un texte destiné à transmettre toute sa dimension poétique."

(Source Wikipédia)




Ci-dessous Gyotakus de Boshu Nagase.





Empreinte sur soie de... Koyoo Inada
(sans certitude)


Des artistes occidentaux européens comme Pierre Alechinsky, Jean-Pierre Guilleron ou encore Râmine se sont emparés de cette tradition japonaise pour l’emporter vers d’autres rivages.

Estampages de Pierre Alechinsky.





 Râmine, Rougets.

Râmine, Limandes.

On peut voir cette exposition jusqu'en septembre 2012.

Je me suis attardée ensuite dans ce Musée de la Pêche et qui vaut le détour.

lundi 2 janvier 2012

2012

"NOUVEL AN

Dans mon enfance, on nous réveillait le 31 décembre un peu avant minuit pour que nous participions à la fête familiale de la Saint-Sylvestre. Elle consistait d’abord en un repas constitué de plats traditionnels simples, avec du vin, vin chaud pour les enfants, champagne. La table de fête, solennelle, au milieu de la nuit. Cela seul était déjà inhabituel. Particulièrement excitante était l’attente du moment précis où l’on changeait d’année. Ce moment crucial s’annonçait pour nous par les tintements des cloches d’églises. On ouvrait les fenêtres dès qu’ils s’entendaient. C’était la vieille année dont ils sonnaient la fin. Comme elle file ! Et nous imaginions réellement la vieille année, toute chargée, ratatinée et lasse, en train de filer et de se perdre dans l’écho des derniers sons de cloche. Elle disparaissait. Suivait le bref silence pendant lequel on flottait littéralement dans le néant. Puis sonnaient d’autres cloches, plus fraîches (plus optimistes), à ce qu’il nous semblait, et la nouvelle année arrivait, allègre, jeune, autorisant les plus belles attentes. On se levait, on trinquait, on s’embrassait. Puis on restait ensemble à bavarder, jusqu’à ce que les yeux des enfants se ferment.
Le plus impressionnant, c’était pourtant l’année ressentie dans l’effrayant silence entre ancienne et nouvelle année, lorsqu’on tombait hors du temps, dans le vide, entre crainte et espoir, chacun pour soi.
J’ai connu plus tard les fêtes et situations de Saint-Sylvestre les plus diverses, ici et à l’étranger, dans des stations de sports d’hiver et en ville, en voyage dans un bistrot, au milieu d’amis, ou seul avec moi-même, à travailler. A supposer qu’on le veuille, on ne peut se soustraire au moment fort du changement d’année, à cette césure imposée, même si l’on se persuade que la coupure vécue avec tant d’intensité est arbitraire, une vue de l’esprit, une protection : détail d’un comptage du temps qui, bon an, mal an et à vie, reste égal à lui-même. C’est comme si, le 31 décembre à minuit, on était concrètement projeté dans l’avenir en même temps que l’aiguille du cadran. Cela se sent aux réactions des convives. Les bouchons sautent, les verres qu’on choque, les clameurs, les rires, l’émotion, toute cette fraternisation a un petit parfum d’hystérie. La frénésie du soulagement est toujours aussi une façon de dissimuler sa peur d’une catastrophe.
On a couru toute son année, on a longé de dangereuses falaises et pris toutes sortes de tournants, en s’en tirant à peu près. Pour finir, au prix d’un gros effort, on a versé son écot à la grande affaire de Noël. Maintenant on se trouve dans l’abîme de l’année. L’infime silence qu’impose le rituel de la fête s’enfle soudain et résonne du grondement du temps. On est présent à soi, ce qui n’est presque jamais le cas d’habitude, on est dépouillé de sa fonction, de ses dignités et devoirs, nu. Qui suis-je ? Dans cette confrontation inaccoutumée, on mesure l’ampleur de sa propre fuite, le temps qui se dévide, le temps gaspillé, refoulé, en tout cas mesuré.
Quand les cloches sonnent le début de l’année nouvelle ou que la canonnade des bouchons de champagne salue l’avenir ; quand l’orchestre reprend enfin et que tout le monde se précipite pour s’embrasser et échanger des vœux, l’instant de vérité est derrière nous, Dieu merci. Que fête-t-on ? La victoire sur la panique de la Saint-Sylvestre ? La solidarité des convives est aussi celle de la mauvaise conscience. Comment devrait-on vivre ?

(1973)"

Paul Nizon, in Le Ramassement de soi, Récits et réflexions, éditions Acte Sud, 2008, collection Lettres Allemandes.

Je lisais ce texte le 31 décembre, à minuit, je n’entendais aucun bruit : pas de pétards, pas de cloches, pas de bip sur mon téléphone portable; je ne ressentais rien, ni tristesse ni joie, une indifférence ; je n’avais pas bu une goutte d’alcool et j’étais comme anesthésiée. J’ai regardé les tableaux sur mes murs, la vie était là, en couleurs vives, en encre de chine sépia, en photos… je souriais, j’espérais, rien n’était perdu. J'écoutais Louis Amstrong avant d'aller me coucher : what a wonderful world!

jeudi 31 mars 2011

Paul Nizon, "Je"


1er janvier 1972, Zurich

Réunis à quelques-uns pour fêter la Saint-Sylvestre chez Peter Keckeis, il est question des mafiosi qui font la loi dans le Tessin. Ça ferait un sujet, dit quelqu’un. Pourquoi un écrivain suisse ne s’empare-t-il donc pas de ça ? Pourquoi nos auteurs ne traitent-ils plus les sujets d’actualité ?
Premier argument de défense. C’est du matériau de magazine, tout juste bon pour un roman documentaire ou un reportage. Je ne peux quand même pas prendre n’importe quel sujet, qu’il relève ou non de mon monde poétique. Ai-je seulement le choix ? Mais, avec votre monde poétique, objecte l’autre, vous finirez peut-être enfermé dans une tour d’ivoire. Raffael Ganz, par exemple, a pris une histoire de travailleurs immigrés et en a tiré quelque chose. Et d’une façon générale, m’entends-je dire, tous les livres des grands auteurs, ou en tout cas beaucoup (Tolstoï : Guerre et Paix, Flaubert : Madame Bovary, Zola…), sont pleins de sujets contemporains. Ne pas se borner à "regarder son nombril", comme dirait Farner, qui fait volontiers ce reproche de nombrilisme aux sujets privés, aux mondes privés des poètes, à leurs choses "intérieures". […]
Qu’ai-je donc, dans le principe, contre cette méthode ou cette manière à la Digglemann ? contre l’idée qu’un homme s’empare d’un thème "public" et le soumette, comme on dit, à sa liberté poétique ? Est-ce méfiance pour la littérature à programme, pour la construction, voire pour l’"invention" ? Une objection artistique ? Je voudrais dans mes récits, ne faire dire que "je". Wolfe. Mais pour l’amour de Dieu, pas d’art appliqué, pas de construction. Surtout pas. D’autre part je n’ai rien, dans le fond, contre quelqu’un comme Per Olof Sundman, qui dans tous ses romans, dans L’Enquête, dans L’Expédition, même dans Le voyage de l’ingénieur Andrée, part de ce genre de constructions ou d’inventions. Il y a un peu de ça aussi dans Cœur de lièvre d’Updike, et tout compte fait chez Mailer aussi, dans certains livres. Dieu sait combien j’aimerais conquérir, dans mes récits, le vaste océan de notre quotidien actuel. Mais plutôt à la façon d’un Saul Bellow (que je n’apprécie pas particulièrement, cela dit). J’aime son art d’évoluer avec le plus grand naturel dans un banal aujourd’hui (le même aujourd’hui que diffuse et orchestre en permanence l’encre noire de la presse quotidienne).
Bien sûr, je payerais cher pour pouvoir m’évader hors de la "littérature" et atteindre la "réalité", j’entends la consignation écrite de notre réalité, une consignation qui la suggérerait à l’état encore brut, de manière directe et émotionnellement parlante. Question d’optique. Dans ce quotidien qui est le mien, quelle réalité prendre en compte et mettre sur le papier ?
Telle est la question qui m’occupe en ce moment. Ne pas me retirer dans une province poétique, mais piquer une tête dans la réalité…
M’engager sur un terrain nouveau, donc. Je voudrais en ce moment pouvoir écrire comme Saul Bellow (en mieux). Je pense à une écriture grandiose et rigoureuse de diariste, libre, sauvage, tendre, personnelle mais imprégnée par l’époque. Ce serait donc quand même un récit où je dirais "je", un récit non fictif, dans la famille des Céline, Miller, Wolfe, mais aussi de Svevo et de Robert Walser ? Toujours sans construction.


6 mars 1972, Zurich

Je bute en ce moment sur une certaine difficulté : jusqu’ici, je n’ai jamais utilisé que de l’autobiographique, du vécu. J’ai dédaigné et refusé l’invention. Ce point de vue subjectif sur mon monde privé (que j’ai laissé derrière moi), j’en ai usé et abusé, dans la Maison, en élevant la maison au rang de métaphore de l’escroquerie sur la vie. […]
Je pense à me défaire des matériaux purement personnels (passés) et à m’embarquer (à contre-cœur*) dans l’invention, la fable et la fiction. […]
C’est à cette croisée des chemins que je me trouve en ce moment. […]
[…]
Chez les Allemands de la plus jeune génération, la critique du langage ou de la parodie des lieux communs, qui dénonce les normes linguistiques et la vie stéréotypée qui va avec, sont aussi une manœuvre d’évitement visant à contourner l’invention et la fiction, en particulier l’action. Mais qu’en est-il de Thomas Bernhard ? Chez lui, ce sont de grands monologues qui évoquent certes, accessoirement, quelques bribes d’action, mais l’action en reste quand même au stade de l’encerclement théorique.
Pour sortir de ma fixation sur mon passé, il faudrait donc que je m’arrache bon gré, mal gré au "je" pour passer à des thèmes objectifs, c’est-à-dire inventés, et les "manipuler". Bon sang, mais qu’est-ce qui me gêne à ce point dans cette idée, qu’elle me soit suggérée par d’autres ou par moi-même ? Eh bien, j’ai très clairement peur de m’"appauvrir". Disons : j’ai peur de devoir sacrifier ma seule propriété, mon monde intérieur.
Et que serait donc ce "monde interne", ce "monde intime" ?
C’est bien sûr avant tout le monde beau, le monde terriblement excitant et riche des trésors de l’enfance ; le monde des sensations et des sentiments, ensuite, sentiment de la nature, visions de voyage, lointains, pressentiment, Eros et autres choses du même tonneau. Le peu de SOI-MÊME que l’on porte avec soi comme un coussin.
Ce bien-là, je crains de le perdre ou du moins de devoir y renoncer en sortant de moi-même pour me faire le chroniqueur de thèmes objectifs. Je crains de couper un cordon ombilical. […]
A quoi craignons-nous de renoncer, que craignons-nous de perdre en quittant l’intériorité ? Avons-nous peur de tomber dans la tristesse, dans l’exil ? […]

Paul Nizon, in Les premières éditions des sentiments, Journal 1961-1972.

* En français dans le texte original.

(A suivre... un "je",  autre)

vendredi 1 janvier 2010

2010, passons à autre chose

Self Portrait



Affiche du film
Jean-Michel Basquiat fait partir des pionniers de l'art contemporain. C'est un artiste surdoué, originaire d'Haïti, qui exerce son talent sur les murs de New York. Ami d'Andy Warhol, ses peintures s'arrachent à prix d'or. Et pourtant, malgré ce succès, Basquiat souffre. Souffrance qui le mènera à la mort en 1988, il allait avoir 27ans.
J'ai passé le réveillon avec le DVD du film que Julian Schnabel a réalisé pour lui rendre hommage. Jeffrey Wright est magistral dans son interprétation de l'artiste.
"Pourquoi attachons-nous tant d'importance à l'Art? Les pauvres respectent les peintres parce qu'ils se sortent honnêtement des bas-fonds, se servant d'eux-mêmes comme moyen d'expression. L'argent gagné étant la preuve pure et simple de la valeur de l'artiste. L'oeuvre du taulard au mur, chez sa mère, prouve que le beau est possible, même chez les plus déshérités. Et c'est bien une idée différente de la théorie, très chic, que l'art est une arnaque. Allez expliquer à qui se sert du don de Dieu pour asservir, que vous vous en êtes servi pour être libre." Jean-Michel Basquiat.
Interview de l'artiste dans son atelier.
- Pourriez-vous déchiffrer ceci pour nous lui demande le journaliste en lui montrant un de ses tableaux?
- Déchiffrer? C'est des mots.
- J'entends bien. Des mots de qui? Je veux dire d'où les tenez-vous?
- Vous demanderiez à un musicien, à Miles Davis "d'où tenez-vous cette note?" D'où tenez-vous les mots que vous employez?
- Effectivement. Et ceci? Les trois cercles?
- Là? C'est une puce.
- On dirait une poule.
- Croyez moi c'est une puce.
- Et là? Dans ce cadre noir?
- Ce sont des parasites.
- Puce, parasites. Et 46, 47?
- C'est écrit dessus : des sangsues. Les numéros 46 et 47 de la liste de toutes les sangsues de la planète.
- La différence entre les trois?
- Entre puce, parasite et sangsue? Pratiquement aucune.
- Pourquoi le tracé des gens est si grossier?
- Parce que la plupart des gens sont généralement grossiers. Je connais peu de gens raffinés.
- Vous définiriez-vous comme un expressionniste primal?
(Basquiat regarde le journaliste dans les yeux avec un sourire méprisant)
- Vous voulez dire, un primate? Un singe?
(Le journaliste ne se démonte pas)
- Etes-vous un peintre ou un peintre black?
(Basquiat ironique)
- J'utilise plein d'autres couleurs. Ce serait plutôt créole et par créole j'entends un mélange d'Africain et d'Européen, comme le français qui parle un Africain en Haïti.
- Votre père est Haïtien.
- Yès.
- Que faites-vous quand on vous traite de "négrillon du monde de l'Art?"
- Qui a dit çà?
- The Time Magazine.
(Basquiat de plus en plus ironique)
- Non c'était "l'Eddie Murphy du monde de l'Art".
- Oh, je me suis trompé. Passons à autre chose...
(Et l'interview continue). 


J'ai passé un chouette réveillon. Je ne me sens bien qu'en compagnie des artistes.

Je vais devoir aussi passer à autre chose dans quelques heures : téléphoner à M. J'espère que la nuit va m'inspirer pour trouver les mots de réconfort... Je vais peut-être attendre midi et boire un peu de champagne pour me donner du courage, avant de décrocher le téléphone.

jeudi 31 décembre 2009

Saint Sylvestre

"Je n'aime pas le 31 décembre. Ou plutôt je l'ignore, superbement. Je n'invite pas et décline les invitations. Je préfère la solitude. J'ai horreur de toutes les liesses, surtout les récurrentes. D'ailleurs, c'est simple, mes mots et moi, nous traversons, comme des amnésiques, tous les calendriers. Nos jours de fêtes sont d'une autre espèce. Ce qui les détermine c'est la rencontre d'une écriture ou d'une femme, du corps de l'une dans le corps de l'autre. Il n'y a pas d'almanach pour çà. Le calendrier est aussi la cause, chez mes semblables, de quelque accès de fièvre chronique, tournant autour du pont. Faire ou ne pas faire le pont, c'est la question qui hante tous les esprits, certains en tombent malades. Ils voudraient bien vivre de pont en pont, même quand ils ont le pont triste, désoeuvré. En général, dans nos sociétés, où les riches vies intérieures sont une rareté, les grands ponts s'écroulent sitôt qu'on les jette, ou qu'on les franchit. Ils ne relient à rien, sauf à l'Ennui.
Cela me semble terriblement suspect, une joie à date fixe, après quoi la quotidienneté revenue n'en est que plus pesante, ou misérable, jusqu'à la prochaine fois. (...) Les ponts sont sans cesse coupés entre le désir du corps et celui de l'esprit.
Jusqu'à présent, je ne vois que la puissance du langage qui soit en mesure de promettre à cet homme la "permanence de l'exception", pour peu que son corps soit habité par cette puissance."

Marcel Moreau, Une philosophie à coups de rein.
(De la danse du sens des mots dans la vie organique).