Affichage des articles dont le libellé est Blaise Cendrars. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Blaise Cendrars. Afficher tous les articles

samedi 22 février 2014

"Il était né pour écrire..."


Ernest Hemingway en 1923
(Photo de son passeport)
Engagé en novembre 1921 comme correspondant étranger du Toronto Star, il déménage à Paris, où il habite, avec sa femme Hadley, au troisième étage du 74 rue du Cardinal-Lemoine, dans le Quartier latin de Paris, de à .


La Closerie des Lilas en 1909.


Aujourd'hui, la terrasse est clôturée et
la clientèle hétéroclite est à l'abri du regard des badauds.

"Je m'assis dans un coin, dans la lumière de l'après-midi qui filtrait par-dessus mon épaule, et je me mis à noircir mon cahier. Le garçon m'apporta un café crème et j'en bus la moitié quand il fut un peu refroidi et laissai l'autre moitié dans la tasse pendant que j'écrivais.
[...]

[...]

Il n'était pas de bon café plus proche de chez nous que La Closerie des Lilas, quand nous vivions dans l'appartement situé au-dessus de la scierie, 113, rue Notre-Dame-des-Champs, et c'était l'un des meilleurs cafés de Paris. Il y faisait chaud, l'hiver; au printemps et en automne, la terrasse était très agréable, à l'ombre des arbres, du côté du jardin et de la statue du maréchal Ney, et il y avait aussi de bonnes tables sous la grande tente, le long du boulevard. Deux des garçons étaient devenus nos amis. Les habitués du Dôme ou de La Rotonde ne venaient jamais à la Closerie. Ils n'y trouvaient aucun visage de connaissance et nul n'aurait levé les yeux sur eux s'ils étaient venus. En ce temps-là beaucoup de gens fréquentaient les cafés du carrefour Montparnasse-Raspail pour y être vus et, dans un certain sens, ces endroits jouaient le rôle dévolu aujourd'hui aux "commères" des journaux chargées de distribuer des succédanés quotidiens de l'immortalité.
La Closerie des Lilas était, jadis, un café où se réunissaient plus ou moins régulièrement des poètes, dont le dernier, parmi les importants, avait été Paul Fort, que je n'avais jamais lu. Mais le seul poète que j'y rencontrai jamais fut Blaise Cendrars, avec son visage écrasé de boxeur et sa manche vide retenue par une épingle, roulant une cigarette avec la main qui lui restait. C'était un bon compagnon, tant qu'il ne buvait pas trop et, à cette époque, il était plus intéressant de l'entendre débiter des mensonges que d'écouter les histoires vraies racontées par d'autres. Mais il était le seul poète qui fréquentait La Closerie des Lilas en ce temps-là, et je ne l'y rencontrai qu'une seule fois. La plupart des consommateurs étaient de vieux barbus aux habits râpés, qui venaient avec leurs femmes ou leurs maîtresses, et arboraient ou non le fin ruban rouge de la Légion d'honneur au revers de leur veston. [...]
La présence de tous ces gens rendait le café accueillant, car chacun s’intéressait aux autres et aux apéritifs, cafés ou infusions qu'ils consommaient, et aux journaux et magazines fixés à des baguettes pour que leur lecture en fût facilitée, et nul ne songeait à se donner en spectacle.
On y rencontrait aussi d'autres consommateurs, des habitants du quartier fréquentaient la Closerie, certains d'entre eux décorés de la croix de guerre et d'autres avec le ruban jaune et vert de la médaille militaire, et j'observais avec quelle habileté ils remédiaient à la perte d'un de leurs membres, et évaluais la qualité de leurs yeux de verre et l'adresse avec laquelle leurs visages avaient été remodelés. [...]
En ce temps-là, nous n'avions aucune confiance en quiconque n'avait pas fait la guerre, mais nous ne faisons non plus entièrement confiance à personne, et pensions souvent que Cendrars aurait pu se montrer un peu plus discret sur la perte de son bras. J'étais heureux qu'il fût venu à la Closerie tôt dans l'après-midi, avant l'arrivé des habitués.
Ce soir-là, j'étais attablé à la terrasse, observant la lumière changeante sur les arbres et les maisons, et le passage des grands chevaux lents sur le boulevard. La porte du café s'ouvrit derrière moi, à ma droite, et un homme en sortit, qui se dirigea vers ma table.
"Ah! vous voilà", dit-il.
C'était Ford Madox Ford, comme il s'appelait lui-même alors, [...]."

Pages 104 - 105 - 106 - 107.

Ernest Hemingway, in Paris est une fête (A moveable feast), édition revue et augmentée, Gallimard, 1964 et 2011 pour la traduction française. (Avant propos de Patrick Hemingway).

"Cet ouvrage contient des matériaux tirés des remises de ma mémoire et de mon cœur. Même si l'on a trafiqué la première, et si le second n'est plus." (Ernest Hemingway).

(Mots en italiques, en français dans le texte).

4e de couverture :

"Édition revue en augmentée : Au cours de l’été 1957, Hemingway commença à travailler sur les «Vignettes parisiennes», comme il appelait alors Paris est une fête. Il y travailla à Cuba et à Ketchum, et emporta même le manuscrit avec lui en Espagne pendant l’été 59, puis à Paris, à l’automne de cette même année. Le livre, qui resta inachevé, fut publié de manière posthume en 1964. Pendant les trois années, ou presque, qui s’écoulent entre la mort de l’auteur et la première publication, le manuscrit subit d’importants amendements de la main des éditeurs. Se trouve aujourd’hui restitué et présenté pour la première fois le texte manuscrit original tel qu’il était au moment de la mort de l’écrivain en 1961. Ainsi, «Le poisson-pilote et les riches», l’un des textes les plus personnels et intéressants, retrouve ici ces passages, supprimés par les premiers éditeurs, dans lesquels Hemingway assume la responsabilité d'une rupture amoureuse, exprime ses remords ou encore parle de «l’incroyable bonheur» qu’il connut avec Pauline, sa deuxième épouse. Quant à «Nada y pues nada», autre texte inédit et capital, écrit en trois jours en 1961, il est le reflet de l’état d’esprit de l’écrivain au moment de la rédaction, trois semaines seulement avant une tentative de suicide. Hemingway y déclare qu’il était né pour écrire, qu’il «avait écrit et qu’il écrirait encore »...

Ernest Hemingway est né en 1899 à Oak Park, près de Chicago. Il passa tous les étés de sa jeunesse en plein bois, au bord du lac Michigan. En 1917, il entre au Kansas City Star comme reporter. Il s'engage en 1918 comme ambulancier de la Croix-Rouge sur le front italien. Après la guerre, Hemingway reprend en Europe son métier de journaliste. En 1936, il devient correspondant auprès de l'armée républicaine en Espagne. Il fait la guerre de 1939 à 1945, participe à la Libération de Paris avec la division Leclerc, puis continue à voyager : Cuba, l'Italie, l'Espagne. En 1954, Hemingway reçoit le prix Nobel de littérature. En 1961, il met fin à ses jours."

Mes derniers souvenirs de la Closerie, l'endroit est beau mais il ne m'a guère enchantée, on est loin de sentir la présence des artistes qui l'ont fréquentée; aujourd'hui c'est devenu un "monument" à découvrir pour les touristes (j'en fus) et une clientèle parisienne "bobo" plus que bohême. Cependant mon plaisir est toujours aussi vif quand je retourne sur ces lieux mythiques de ma jeunesse estudiantine, lors de mes escapades parisiennes. Il serait d'ailleurs temps que j'y songe... je me sens si vieille, j'ai besoin d'un bain de jouvence.
 
C'est en écoutant l'émission de Charles Sigel consacrée à Ernest Hemingway que j'ai eu envie de lire Paris est une fête

dimanche 24 février 2013

Quand tu aimes il faut partir

Matinée avec... L'humeur vagabonde 

(Freddy Sauser)

Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir

Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises

II y a l'air il y a le vent
Les montagnes l'eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre

Apprends à vendre à acheter à revendre
Donne prends donne prends

Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler

Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t'en

Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe l'œil
Je prends mon bain et je regarde

Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t'aime

Blaise Cendrars, Feuilles de route, 1924




Blaise CENDRARS sur les traces d'Amédéo MODIGLIANI à Montmartre
- 17/12/1953 - 10min12s

"Blaise CENDRARS part à la recherche du souvenir de MODIGLIANI dans le quartier de Montmartre. Visite du Bateau Lavoir. Atelier d'Edmond HEUZE, ancien atelier de UTTER où a vécu MODIGLIANI. HEUZE et CENDRARS évoquant leurs souvenirs. Les deux hommes se promenant rue Cortot. Atelier de Suzanne VALADON (EXT) / Jardin en friche. Jean VERTEX se joint aux deux hommes pour parler de Modigliani et d'autres souvenirs. Façades restaurant de "La mère Catherine", "Le chalet de la Butte, "L'abreuvoir" et autres bistrots."

J. Vertex :
- Et quand on pense que des hommes comme Modigliani, comme Chaudois* surtout, se sont suicidés... car Chaudois s'est suicidé dit-on.
B. Cendrars :
- Suicidé? Il s'est peut-être suicidé.
J. Vertex :
- On l'a retrouvé au Barrage de Puteaux un jour, quant à son malheureux ami Modigliani, il s'est suicidé lui aussi, pas de la même manière**; on ne l'a pas retrouvé dans la Seine, mais...
B. Cendrars :
- Dans tous les bistrots des quais*,... (je n'ai pas réussi à comprendre les derniers mots de Cendrars dans la vidéo).
* 26.02 : un lecteur bienveillant vient de me préciser la fin de la phrase de Cendrars :
"Dans tous les bistrots des quais, et dans les flots d'alcool." (Il a l'ouïe plus fine que moi:)) et, je le crois).

* "Grièvement blessé en 1914 et atrocement défiguré, Chaudois fut une légende de Montmartre chez qui Leprin se réfugia en 1923. Leprin avait une absolue confiance en cet ancien chimiste doté d'une intelligence et de vivacité d'esprit."[...] Chaudois fut également protecteur de Maurice Utrillo".

** "D’une santé fragile dès sa jeunesse, Modigliani meurt de la tuberculose après avoir mené une vie tourmentée. En effet, le peintre était aussi connu pour ses tableaux que pour ses excès d’alcool et de drogue, qui l’ont fragilisé et conduit à cette fin prématurée. Il avait 35 ans."

"On dit que j'ai 30 ans, mais si j'ai vécu trois minutes en une, n'ai-je pas quatre vingt dix ans...?"
Amédéo Modigliani.
 


Portrait de Blaise Cendrars par Modigliani, 1917.