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samedi 18 février 2017

***

Je ne fais que des bêtises en ce moment. Tout va mal. J'écris des billets, je les publie, je les retire puis je les laisse en brouillon, je les relis et me dis : tu ne vas tout de même pas oser poster ça! :
Anecdote, aujourd'hui, dans un magasin : J'achète un truc (un gros truc) et je règle par chèque. Je repars avec le truc et la facture. Je m'installe au volant de ma voiture. Je pense à l'addition et je décide de vérifier vite fait le montant, après les deux remises. Je cherche "le" ticket de paiement par carte bancaire. Je ne le trouve pas. Je ressors de ma voiture et retourne dans le magasin (ma voiture était garée devant la vitrine). Je "lui" dis : vous ne m'avez pas donné le ticket de paiement de ma carte bancaire (0_0). Il me répond en riant : mais vous avez fait un chèque! Ouille, p'tain, merde, ch..., je déc... là. Prémices Alzheimer, je le parierai! Pour donner le change, j'éclate de rire... pour ne pas éclater en sanglots. Bon, OK, je ne règle pratiquement jamais par chèque, mais tout de même... 
Maman chérie (pardon pour les gros mots), dis-moi que je ne vais pas finir comme toi.

vendredi 12 septembre 2014

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Ce soir dans le miroir je voyais ton visage maman.
Et je pensais tout haut : je te ressemble, je vieillis comme toi, mais je ne mourrai pas comme toi; je prendrai les devants.

jeudi 5 septembre 2013

J'ai osé...

Aujourd'hui je me suis fait traiter - par un ami - d'Annaïck Labornez. Hum! C'était de bonne guerre...
Aujourd'hui on m'a dit  que j'avais un mental de vingt ans de moins que mon âge. Non mais! Erreur fatale : j'ai un mental de cinquante ans de moins que mon âge! Ah ah! Tsss! Enfin, je triche un peu : il ne parlait pas nommément de mental mais de personnalité.
Aujourd'hui j'ai fait plein de projets dans ma tête, que je ne mettrai pas à exécution. Ça devient une habitude.
Aujourd'hui je n'ai presque rien fait, je n'ai même pas écouté France Culture, je n'ai pas lu, j'ai enfin eu le temps de m'ennuyer. C'était chouette.
Aujourd'hui fut une journée futile mais pas inutile.
Aujourd'hui ma personnalité est carrément débile.
Et si j'ose publier ce billet... Mmm! Je cherche un mot qui serait pire que débile?
Et si c'était le début de la démence sénile. Ah voilà! C'est ça le mot : sénile!

Synonymes de sénile : affaibli, gâteux, ramolli.

Et ne pas confondre démence sénile avec maladie d'Alzheimer. Même si l'une ne vaut pas mieux que l'autre et sont parfois difficiles à différencier.

"La démence est une affection cérébrale caractérisée par l'affaiblissement de la sensibilité, de l'intelligence, de la volonté.."

"LES DIFFÉRENTES DÉMENCES
La démence n'est qu'une définition syndromique et non un diagnostic. Les causes sont multiples même si certaines sont exceptionnelles.
Quatre étiologies se partagent la majorité des étiologies de démences : la maladie d'Alzheimer, la démence frontotemporale, la démence à corps de Lewy, la démence vasculaire."

Bon j'arrête, je ne vais pas me prendre la tête à 19 heures après une journée de totale futilité. Chassez le naturel, il... 


jeudi 15 août 2013

***

15 août. Sainte Marie : Bonne fête maman chérie.
Maman maman maman...

En lisant le Journal de deuil de R.B. j'ai le sentiment de n'avoir jamais fait le deuil de ta disparition, mais celui du chagrin, oui. Le chagrin est remplacé par des pensées vives, parfois joyeuses, toujours tendres, souvent angoissantes : peur de finir comme toi... Je te ressemble tellement.

Je viens de relire mes 15 août. Je sens que je n'ai plus cette énergie ou cette envie de bouger, de faire toujours quelque chose. Je me demande d'ailleurs si je ne le fais(ais) pas pour avoir quelque chose à écrire ici plus que pour combler un vide? Je me sens lasse soudain.  
Note optimiste, futile : hier j'ai joué 3 à l'aller 5 au retour. Mon coach là-haut était fier de moi. Dans le ciel j'ai vu son étonnement : 

!


Ce matin : pas un nuage dans le ciel.
Peut-être aurai-je le courage cet après-midi de brosser le mur qui est derrière mon banc sur la terrasse. J'avais commencé...

L'autre jour j'écoutais une émission sur les Journaux intimes*.
Et plus particulièrement sur les Journaux intimes d'anonymes. En fait, je ne devrais pas faire de rubrique "journal intime" dans mon blog, puisque je suis lue et que, par conséquent, ce que je raconte parfois de, censément intime, ne peut l'être vraiment. On ne peut écrire l'intime véritable, sans tricherie, que si  la pensée d'être lu ne nous effleure pas; ce que je faisais dans mes cahiers. D'où l'ambiguïté des Journaux intimes d'écrivains. Cependant, certains écrivains devenus célèbres ont commencé leur Journal intime très jeune, avant de savoir qu'ils allaient devenir un jour écrivain, comme Stendhal qui, à 17 ans écrit son Journal, donc authentique... Le Journal des écrivains leur sert souvent de "laboratoire" pour une partie de leur œuvre, ce qui n'est pas le cas des personnes "ordinaires"...
"Il n'y a qu'en France qu'on associe le mot intime à un journal. Un journal n'est pas forcément intime..."
"Qu'est-ce qui définit un journal?
C'est une inscription datée et au-delà de ça, on ne peut pas en dire grand chose."

 *(A écouter, à partir de la 8e minute, pour savoir ce qu'on peut en dire de plus...)


lundi 26 mars 2012

Quand l'amour s'en mêle

Vu un beau film sur la maladie d'Alzheimer qui me donne envie sur le champ de*******************
Pourquoi est-ce que je continue de regarder ces films? Celui-ci avait ceci de particulier d'aller au devant de la déchéance. Honnête. Julie Christie était belle et le mari (Gordon Pins), aimant, jusqu'au bout. On nous a épargné la fin indigne de tout être atteint de cette maladie qui me ramène, comme toujours, à l'euthanasie.
Le titre du film : Loin d'elle.




L'amour sublimait la douleur de celui qui n'était plus reconnu par l'être le plus cher à son coeur.

* Censure.

samedi 30 juillet 2011

Quand vient la fin...

Je croyais avoir oublié tout ça, avoir enfoui dans ma mémoire les derniers instants de ta vie, si profondément, que ça ne reviendrait jamais. Je ne pensais plus à toi qu'avec les bons moments et voilà que ressurgit ces images, ces photos que j'avais déchirées pour ne plus jamais y penser.

Au téléphone ce matin elle me parlait tout bas, pour qu'il n'entende pas. Ils avaient vu l'oncologue hier. Je ne retenais que quelques bribes de phrases, de mots, comme ceux-ci : morphine, soins palliatifs. Je les trouvais pour ma part rassurants. Ne dit-on pas qu'on est choyé, qu'on ne souffre pas et même que les malades n'ont pas envie de mourir dans ces endroits-là? Mais non, lui ne veut pas, il veut rester chez lui, même s'il n'a plus la force de regarder son jardin qu'il aime tant, à travers la baie vitrée. Il lui a dit : je veux mourir chez moi. Mais cela veut dire aussi toute une organisation médicale à mettre en place; une épouse n'est pas une infirmière, jamais de la vie. Et puis il faut qu'elle garde toutes ses forces pour les durs moments à venir.

Alors, oui, je pense à tout ça, à tes derniers mois dans ce centre magnifique où tu as été accompagné merveilleusement quand je n'avais plus la force de t'aider à te relever quand tu perdais l'équilibre. Tu ne pouvais plus rester dans ton atelier.

Tout cela est si loin et la mémoire garde tout. Au moins je n'ai pas (encore) la maladie d'Alzheimer.

mercredi 24 novembre 2010

Où est la vraie vie


Et pourquoi ne serait-elle pas ici la mienne? C'est ici que je me sens moi. C'est pour cela qu'il va m'être difficile d'arrêter, mais tout n'est que question de volonté! Et puis, il faut que je dépasse le stade de l'adolescence, ça urge maintenant.
Chienne de solitude.
Hier soir, Annie Girardot, beau reportage dans Une vie un destin. Claudia Cardinale dit d'elle : "elle était normale, ce n'était pas une diva, sa beauté était intérieure". Non merde! Sa beauté était partout, pas seulement intérieure, sur son visage, dans ses gestes, dans sa voix. Elle s'est perdue d'amour pour Renato, un affreux macho. Elle était belle, point.
Claude Lelouch fut plus juste : "c'est une femme normale. Il n'y a rien de plus sexy qu'une femme normale". Très joli.

Je ne sais pas si j'ai bien fait de regarder ce documentaire, j'ai encore rêvé de toi maman et de la maladie d'Alzheimer. Je t'apercevais de dos, avec ton imperméable Burberry's (of course) et tu étais avec ta soeur (ma tante), de dos aussi, ton opposée dans le look et dans tout d'ailleurs; je suis venue vers vous, entre vous deux et je vous ai prises par la taille. Tu m'as encore dit : tu es qui toi? Mon rêve s'est éteint là.

Ce matin, toujours Proust. Raphaël Enthoven, on le déteste ou on l'aime. Si les NCC me passionnent autant c'est aussi grâce à lui.

Premier gel de la saison. Enième matin mélancolique... très grande mélancolie, je m'y vautre. Et j'écoute Cécilia Bartoli qui chante Rossini, Fellon, la peina avrai, Elisabetta, Regina d'Inghilterra :

Elisabetta
La douce satisfaction de tous
plaît à mon âme;
voici enfin venu l'heureux instant
où nous pouvons respirer librement.

Choeur
Après tant de vicissitudes, notre reine,
vous pourrez recommencer à respirer,
la paix dans l'âme.

Elisabetta
Quel bonheur!
Mon coeur le comprend bien,
palpitant de joie;
je reverrai mon bien-aimé,
qui m'emplit d'amour.

Allez, foin de mélancolie, il me faut toute mon énergie pour exposer clairement d'autres douleurs cette après-midi... ailleurs.

vendredi 19 novembre 2010

Futile apparence


Quelle femme vieillissante ne se sera postée devant son miroir, n’aura posé ses mains sur son visage et tiré ses joues vers ses oreilles pour tenter de supprimer ses rides, lisser sa peau flétrie.
Même toi maman, je m’en souviens, pourtant tu n’étais pas une femme qui semblait préoccupée par son vieillissement et tu n’avais pas à l’être, tu étais belle, avec tes rides.

Je n’oublierais jamais ce jour – c’était peu de temps, un an peut-être, avant que l’Alzheimer ne s’abatte sur toi - nous étions toutes les deux dans la salle-de-bains à nous démaquiller ; je devais avoir 37 ou 38 ans et tu fis ce geste qu’aujourd’hui il m’arrive de faire devant mon miroir en riant toute seule, me souvenant de notre éclat de rire quand tu lissas ton visage en tirant sur ta peau. On ne parlait pas encore à l’époque de lifting, de botox, de laser, de collagène, d’acide hyaluronique ! Ton seul soin de beauté c’était la crème que tu mettais matin et soir, le matin tu rajoutais un voile de poudre avec ta houppette. C’était pour l’époque une crème de luxe, que tu trouvais chère – Harriet Hubbard Ayer –, tu l'achetais chez mon parrain, il avait une parfumerie dans le centre ville ; le pingre, il aurait pu t’en faire cadeau ou une bonne réduction ! Je revois ce gros pot blanc et je sens encore son odeur. Cette marque existe toujours (merci Google).

Ce fut un moment joyeux bien plus que cette autre fois, deux ans plus tard, j’en suis sûre maintenant, deux ans plus tard. Mon Amour était mort entre temps. Je vivais toujours à Paris et je t’appelais tous les jours! J’avais trouvé que tu me répondais parfois bizarrement et j’étais inquiète. J’avais pu me libérer deux jours plus le week-end et j’étais venue te voir en Bretagne. Nous étions à nouveau avant de nous coucher dans la salle-de-bains à nous démaquiller. Je te revois comme si c’était hier, nous nous regardions dans la glace, ton regard était moins pétillant, plus perdu, tu me dis : et comment va ton mari ? Non seulement tu avais oublié son prénom mais oublié qu’il était mort quelques mois plus tôt. Inutile d’espérer que tu te souvins du tien, mon père, mort vingt ans plus tôt.

J’ai cru que j’allais pleurer mais je tins bon. Je compris que le pire venait d’arriver. Le lendemain soir tu me posas cette question : tu t’appelles comment ?

Alors l’apparence, les rides, n’est-ce pas, comme tout cela est futile.

Maman, tu étais drôlement belle. (Vous étiez drôlement beaux).

12 mai 1936

Ma petite maman… j’ai rêvé de toi cette nuit et c’était un beau rêve.

Tu étais gênée par le soleil, gênée aussi d'être prise en photo et pourtant heureuse, cela se voit. Je te tenais par la taille, je ne regardais pas l'objectif, je te regardais.
C'est mon Amour qui nous prenait. Nous étions à Jersey.

mercredi 20 octobre 2010

Il y a en moi une absence terrible de creux de la main

Réveil ce matin avec ce rêve étrange, certainement lié à la dernière image vue avant de me coucher. Les lieux où se passaient ce rêve étaient vraiment dans mon imaginaire, un château ? un palace ? avec piscine. Je cherchais fébrilement un peignoir pour retrouver un chat, mon chat ? qui s’était enfui. Puis je l’avais retrouvé. C’était un chat sauvage, roux, le dos un peu pelé que j’avais adopté (ou qui m’avait adoptée) depuis seulement la veille. Une fois retrouvé, plus de château ni de palace, j’étais chez moi, dans une maison à la campagne.
Je partis faire des courses et je revins. Je m’aperçus que j’avais oublié d’acheter des « boîtes » pour le chat et je le voyais dans le jardin planqué derrière une taupinière. Aussitôt je ressortis pour aller acheter des boîtes de canigou ou autre whiskas !!! et, chose étrange, j’étais à Paris. Je cherchai vainement un épicier dans les rues puis je rentrai dans un bureau tabac (j’ai arrêté de fumer en 89). Le buraliste me regardai attendant ma demande, je ne savais pas quelles cigarettes acheter (je fumais à l’époque, avant 89, des Dunhill) je lui dis : je voudrais des cigarettes légères. Il me sort un paquet de Camel (ma tante fumait des Camel), je lui dis : non c’est trop fort, j’ai arrêté de fumer mais je suis très stressée il faut absolument que je refume. Il me sort je ne sais plus quoi et m’annonce le prix. Je lui dis alors : ce n’est pas possible, c’est beaucoup trop cher, donnez-moi les cigarettes les moins chères et, je suis repartie avec mon paquet. Et là, mon rêve s’est transformé en cauchemar. J’avais repris des petites rues à la recherche d’une épicerie – pour mon chat – je me suis retrouvée rue de la Pompe (mais pourquoi rue de la Pompe) puis avenue Kléber et j’avais l’air d’une folle dans la rue, en pyjama, ne retrouvant plus mon chemin. Je ne voulais pas pleurer, pas crier, pas me faire remarquer. Alzheimer était en marche… dans mon cauchemar. Voilà, me suis réveillée là-dessus, épuisée.

Je m’en suis remise ce matin en écoutant avec délice Les Nouveaux Chemins qui nous offrent une semaine avec Romain Gary. Cadeau.

"Je considère que le bonheur est incompatible avec une multiplicité de vies, une dispersion de vie quelles que soient l’intensité de ces vies multiples que vous avez, le bonheur est incompatible avec cette expansion de vies. Il faut savoir réduire sa sphère d’intérêt, ses goûts et ses passions à quelque chose de beaucoup plus limité, si on veut être heureux".
Romain Gary.

J’y reviendrai, trop de choses à dire, tellement enrichissant d’écouter, de lire Romain Gary.

Là je reviens de la bibliothèque et, évidemment folle envie de relire Gros-Câlin après avoir écouté l’émission de ce matin. Emprunté aussi (que je n’ai pas lu) La nuit sera calme, puis, pour me divertir, ah ah : Asiles de fous de Régis Jauffret.

"Lorsqu’on a besoin d’étreinte pour être comblé dans ses lacunes, autour des épaules surtout, et dans le creux des reins, et que vous prenez trop conscience des deux bras qui vous manquent, un python de deux mètres vingt fait merveille. Gros-Câlin est capable de m’étreindre ainsi pendant des heures et des heures".
En parlant de ce python il dit :
"Le creux de ma main lui suffit. Il y a en moi une absence terrible de creux de la main".

Pour conclure ce journal du jour puisque je n’en finirai jamais avec ce sujet :

Romain Gary et la mort.

En 1978, lors d'un entretien avec la journaliste Caroline Monney, lorsque celle-ci lui pose la question :
"Vieillir ?" Romain Gary répond "Catastrophe. Mais ça ne m'arrivera pas. Jamais. J'imagine que ce doit être une chose atroce, mais comme moi, je suis incapable de vieillir, j'ai fait un pacte avec ce monsieur là-haut, vous connaissez ? J'ai fait un pacte avec lui aux termes duquel je ne vieillirai jamais."
Romain Gary se suicida le 2 décembre 1980 en se tirant une balle dans la bouche. Il laissa une lettre dans laquelle était notamment écrit : « Aucun rapport avec Jean Seberg » (l'actrice s'étant elle-même suicidée en septembre 1979).

Il fait un temps superbe, en prenant mon café face à la cathédrale ce matin, je ne savais plus si c'était son bon arôme ou la douceur du soleil sur mon visage qui me faisait trouver la vie belle.

lundi 31 mai 2010

Il suffit d'y croire

Elle me l'a dit : arrêtez de penser au futur, vivez au présent!
- Oui, mais tout de même, la maladie d'Alzheimer?
- Tout le monde ne vieillit pas avec cette maladie!
- Oui, c'est vrai, mais tout de même... y en a qui l'ont hein! Je suis pour l'euthanasie.
Et là elle commence à rire...
- Ici, en France ce n'est pas légal me dit-elle.
- Je sais, j'irai en Suisse.
- En Suisse oui, ça l'est; ce n'est pas de l'euthanasie mais du suicide assisté.
- Formidable, je signe tout de suite.
- Maintenant ils demandent de plus en plus cher.
- OK, j'arrête de faire des implants dentaires et je fais des économies pour le suicide assisté.
Je ris mais elle ne sait pas que je suis sérieuse; enfin si, elle a l'air de me prendre enfin au sérieux, je le vois bien et ça me fait plaisir.
Elle rit, je la fais rire. Bon, tout va bien donc, je suis en pleine forme, c'est elle qui me l'a dit, et bien trop jeune pour penser à cela, c'est encore elle qui l'a dit.
Elle prend ma tension : 11/7. Excellent.
- Mais ce n'est pas beaucoup çà?
- C'est très bien, un peu faible peut-être, vous n'êtes pas fatiguée?
- Euh... je me suis couchée à 2 heures et réveillée à 5 h 30! Pas vraiment rendormie!
- Je vous prescris un somnifère léger?
- Non mais ho ça va pas? (je n'ai pas dis ça), en revanche, je n'ai peut-être plus besoin d'anti-hypertenseur?
- Si si, justement votre tension est bien comme ça.
Pfff!
Je sors de la consultation plus fatiguée du tout du tout malgré mes trois heures trente de sommeil. La petite place des Halles et les terrasses remplies me tentent. Si je m'arrête pour prendre un thé blanc dans mon petit café je ne vais pas avoir le temps de donner la dernière couche de peinture sur ma marche et, j'en ai marre de voir tout le fouillis des pinceaux, pot de peinture traîner dans la pièce. Hop hop, je regarde l'heure, je rentre.
Mais c'est fou ce que je me sens en forme. Le dire c'est aussi s'en convaincre.
Dans un tiroir de ma mémoire j'enferme ce projet...Suisse.
Another day, another thinks in my mind!

lundi 17 mai 2010

J'ai fait le Tour du Monde aujourd'hui

Sur la route pour aller à Brest ce matin je vois sur mon compteur 22222 kms ! Amusant que mon regard se soit posé sur le compteur juste à ce moment-là.
Je suis passée au cimetière comme je le fais chaque année au mois de mai. Le ciel était clément et il y avait un petit zef breton. La corvée de nettoyage faite, je leur ai dit salut à mes chers disparus et à l’année prochaine ! C’est tout, je ne leur parle pas sur la tombe, je préfère leur parler ailleurs dans des endroits plus accueillants.

Enfin je suis attablée sur cette terrasse du Tour du Monde (propriétaire : Olivier de Kersauson) d’où l’on surplombe toute la rade, le port de plaisance, le pont de Plougastel et le nouveau pont d’Iroise. Magnifique.




Mes moules arrivent avec le petit (vraiment petit euh…) verre de Bandol rosé. Que je suis bien ! J’ai faim. C’est le petit plaisir que je m’offre pour agrémenter ce passage au cimetière et là j’ai vraiment de la chance avec le temps.


Puis je vais prendre un café en m’installant dans les fauteuils relax.


Il fait trop beau pour que je reprenne la route tout de suite, je vais aller prendre quelques photos au Moulin Blanc, pour retrouver quelques souvenirs d’enfance. Soudain j’aperçois une vieille femme au loin qui va vers la mer qui est très basse et qui s’enfonce de plus en plus dans la vase et là j’arrête de la prendre en photo, je me dis qu’elle a besoin d’aide. Au loin sur un bateau un homme lui fait des signes de ne plus avancer ; à côté de moi des touristes imperturbables la regardent, comme à un spectacle.




C’est là que mes pas m’ont mené vers elle. J’étais portée par les circonstances, sans me poser de questions : j’étais là au moment où cette femme allait peut-être être engloutie par la vase. J’ai fait le tour et me suis précipitée pour la rejoindre sur la plage. Personne ne s’en inquiétait, les touristes étaient repartis. Elle avait réussi à sortir de la vase, elle remontait vers moi, les jambes entièrement recouvertes de vase jusqu’en haut des cuisses et les bras jusqu’aux coudes, elle tremblait. Il y avait quelques personnes sur la jetée qui nous regardaient, personne n’a moufté. Belle et odieuse indifférence. Elle portait un gilet dont elle avait remonté les manches avec ses mains pleines de vase.
Je lui ai demandé si elle avait des vêtements, elle avait un maillot de bain sous son gilet et elle m’a montré un caddy avec une parka dessus. Elle était un peu hébétée mais me répondait correctement. Je lui ai dit de m’attendre près de son caddy, elle s’est assise (j’étais assez bouleversée) et je suis allée à la recherche d’un point d’eau et j’ai trouvé des toilettes avec un lavabo. Je suis retournée la chercher, je tirais son caddy, portais ses vêtements et ses bottes en caoutchouc. Nous marchions doucement, je lui demandais si elle n’avait pas trop mal aux pieds, elle ne se plaignait de rien et me regardait avec douceur. Je lui posais quelques questions, pensant qu’elle avait l’Alzheimer mais pas du tout. Elle venait d’avoir 90 ans me dit-elle et le soleil lui avait donné envie d’aller se baigner. 90 ans! j'étais surprise. Je lui ai demandé où elle habitait : « à la maison de retraite de XX ». C’était dans le quartier de mon enfance.
Arrivées au lavabo je l’ai trouvé très vive pour son grand âge ; elle nettoyait toute seule ses mains et ses bras vigoureusement sous le robinet mais la couche était épaisse. Il y avait un gant de toilette blanc et propre dans son caddy. J’ai commencé à lui nettoyer les jambes. Il aurait fallu un jet d’eau pour enlever cette couche épaisse. Je la regardais et je lui dis qu’elle ressemblait à ma mère, il aurait été plus juste de dire qu’elle me faisait penser à ma mère. Maman est morte à 73 ans (Alzheimer) et physiquement elle était moins bien que cette femme de 90 ans. La couche de vase sur les jambes et les pieds avait durcie et au gant ce n’était pas pratique. Je lui demandais si je ne lui faisais pas mal. Elle me dit que non. Elle voulait mettre un pied dans le lavabo mais il était trop haut. Elle insistait, alors je l’ai soutenue en la soulevant par derrière comme je pouvais et elle a réussi à mettre un pied dans le lavabo. Je n’avais pas assez de force pour la porter

J’ai eu pour elle des gestes que j’aurais pu avoir pour ma mère, ou ma tante. En la soutenant, sans pouvoir la soulever malgré son poids léger, je ne savais plus si c’était ma mère que je soulevais, ou moi que l’on soulevait, dans un avenir encore – je l’espère – lointain. Je me demandais si je ne rêvais pas, mais non, et ce n’était pas un cauchemar, c’était beau d’être là, ma vie avait enfin un sens aujourd’hui.
C’est étrange, je ne vais jamais sur la plage du Moulin Blanc les autres années, je reste sur le port de plaisance et fais la balade plutôt dans l’autre sens mais je pensais à quelqu’un qui m’en avait parlé récemment.
Après avoir nettoyé le plus gros pour qu’elle puisse se rhabiller – elle avait des sous-vêtements, un chemisier et un pantalon propre dans son caddy – je l’ai ramenée en voiture dans sa maison de retraite ; elle était venue en bus. Je lui ai dit que ce n’était pas prudent de venir seule à la plage et qu’il ne fallait plus qu’elle vienne se baigner à marée basse et seule. Elle m’a regardé avec une douceur inouïe en me disant : comment j’aurai fait sans vous.
Elle voulait m’offrir un café dans sa chambre mais je n’ai pas voulu y aller ; je l’ai laissé avec un jeune homme employé de la résidence. Elle m’a embrassé et je lui ai caressé les cheveux.

Je suis heureuse d’avoir pu faire cela aujourd’hui, tout le reste est vraiment sans importance.

Sur la route du retour j’étais en dehors du monde. Et le restaurant où j’ai déjeuné s’appelle Le Tour du Monde.



J’ai fait un grand voyage aujourd’hui… et j’ai vu le Yin et le Yang !



Cliquer sur les images pour agrandir.

jeudi 10 septembre 2009

***

Je me souviens de son regard intense quand elle m'a dit : promets-moi de m'aider à mourir. Promets-moi de ne jamais me laisser vivre indignement si je ne suis plus qu'un corps sans chair, qu'un regard dans le vide, qu'un cerveau déboussolé.
Je l'ai embrassé en riant, je lui ai dit de se taire.
Elle ne riait pas, elle a répété : promets-moi ma chérie.
Je l'ai serré dans mes bras et je lui ai promis.

Nous rentrions du Village Suisse, elle était venue m'aider à porter le lourd tapis d'Iran que je venais d'acheter; une petite folie. Le matin nous étions allées voir sa soeur, ma mère, en fin de vie, atteinte de la maladie d'Alzheimer. En repartant, nous étions toutes les deux atteintes dans nos coeurs, nous nous sentions impuissantes. Une révolte sourdait en nous.

Je me souviens du jour où nous avons pris le train toutes les deux, en catastrophe. Nous allions à l'enterrement de mon père. Nous sommes allées prendre un café au wagon-bar. Voyant mon désarroi elle m'a raconté une histoire, et j'ai éclaté de rire. J'avais honte. Elle m'a dit : mais non ma chérie, tu as encore le droit de rire.

Bientôt je vais te libérer, je te promets.