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dimanche 14 juillet 2019

Est-on en France voué à mourir seul

Journal

Juin

Récapitulatif.
Semaines remplies de rendez-vous médicaux, divers spécialistes : urgentiste, généraliste, dentiste, kinésithérapistepeute.
Les journées sans rendez-vous : migraine. 
Les journées avec et sans rendez-vous : douleurs. Assommée d'antalgiques. 
Une oreille bouchée avec hyperacousie, allez comprendre, l'autre oreille baisse brutale d'audition.
Le golf, oublié !

Juillet

Rendez-vous urgent avec l'ORL, l'associé de mon ORL adoré, ce dernier décédé en décembre, à 63 ans (sale crabe), pas pu en parler, trop touchée. Associé, épatant aussi.
Migraines migraines.
Dentiste, ophtalmologiste (il s'est écrié : MAGNIFIQUE, quand il a vu que ma pression oculaire était passée en trois mois de 27 à 16 avec son traitement), kiné.
Chirurgien orthopédiste, radiologues... (je fais aussi une cure des Radioscopies de Jacques Chancel et ça, c'est un régal).
C'est pas une vie de passer son temps dans les salles d'attente. J'en ai assez. Plus envie de me faire soigner. Je veux pouvoir marcher sans douleurs. Hyperacousie : le bruit me fait mal, peux plus aller au cinéma, son trop fort.

Lors de ma dernière visite, récente évidemment (tsss !), chez ma généraliste, en fin de consultation elle me demande si j'ai lu le Journal d'Irlande de Benoîte Groult qu'elle était en train de lire. - Oui, formidable, quelle femme ! lui dis-je. Et comme elle connaît mon sujet de prédilection, je lui en parle souvent, sans tabou, je lui demande si elle a lu La touche étoile. - Non me dit-elle. Mais elle connaissait le sujet et je lui dis : elle a attendu trop tard, mais moi, je n'attendrai pas.
En rentrant chez moi, je l'ai sorti de ma bibliothèque, pour le relire. Il n'a pas pris une ride - si j'ose dire, ce n'est pas comme moi - en douze ans, et malheureusement rien n'a changé concernant cette ultime liberté.

"Je veux m'en aller, ma hotte lourde de souvenirs et les yeux pleins de la fierté d'avoir vécu vivante jusqu'au bout. M'en aller à mon heure à moi, qui ne sera pas forcément celle des médecins, ni celle autorisée par le pape, encore moins la mort au ralenti proposée par Marie de Henezel, avec son plateau de soins palliatifs en devanture et son sourire crémeux.
[...]
[...]
Ne pouvant me satisfaire des baisers des autres et des trop rares couvreurs qui se donnent en spectacle, ayant perdu presque tous mes plaisirs et presque tous les amis de mon âge, ayant écrit mon dernier livre, je ne vois pas pourquoi j'attendrais passivement le dernier coup du sort. Mais comment abréger mes jours, au cas où j'aurais la chance d'entendre grincer à temps la charrette de l'Ankou [qui annonce la mort chez les Bretons, N.D.L.R], conduite par son charretier funèbre qui a toujours pour moi le visage de Jouvet ?
En Suisse, en Belgique, en Hollande, on admet "l'aide à mourir". J'avais vu Exit à la télévision et suivi la mort douce et choisie d'un homme malade, dans les bras de sa femme. Et l'admirable Mar adentro, un film sur la joie de vivre et le courage de mourir.
La France n'est plus le pays des libertés. Nos députés viennent d'inventer l'hypocrite "laisser-mourir", formule affreuse bien dans la lignée du "laissez-les vivre", les deux slogans ayant en commun le même mépris de la volonté des intéressés.
[...]
Comment accéder à l'euthanasie, ce beau mot grec qui signifie tout simplement ce que tout le monde souhaite : "une belle mort" ?
Quand un philosophe est contraint de se défenestrer pour échapper à sa maladie incurable [Gilles Deleuze, N.D.L.R.], quand une femme âgée en est réduite à s'avancer dans l'eau glacée d'un étang jusqu'à s'y engloutir, afin d'échapper à ses poursuivants qui l'avaient déjà réanimée de force à deux reprises, qu'est-ce d'autre qu'un refus d'assistance? que le non-respect d'une personne ? Qu'est-ce d'autre qu'une mort dans la cruauté, sans l'aide d'une main secourable ? Pour ne pas laisser condamner le médecin qui vous aide, ou le proche qui vous tend la main, est-on voué en France à mourir seul ?
[...]
J'ai besoin de conseils éclairés et j'ai cru devoir consulter les spécialistes de la vie, donc de la mort. [...] Tous ont fait resurgir du fond de ma mémoire des impressions enfouies depuis plus de cinquante ans ! L'humiliation, l'impression d'être coupable, le ton paternaliste masquant mal une totale indifférence, le même blindage idéologique que pour l'avortement avant la Loi Veil. Et pour couronner le tout, l'alibi de la foi chrétienne chez des gens qui ne vont même pas à la messe.
Or quand un être n'a plus d'Espérance, c'est de Charité qu'il a besoin, non de Foi.
Réclamant le droit de choisir ma mort comme j'avais réclamé autrefois celui de donner ou non la vie, voilà que je me retrouvais dans la même position de quémandeuse devant la même nomenklatura ! Voilà qu'on me parlait comme à une petite fille alors que j'avais le double de l'âge de tous ces médecins et n'étais coupable que d'avoir trop vieilli à mon goût ! Ma vie n'était donc plus à moi ?

Pages  276 - 278 - 279 - 280 - 281

Benoîte Groult, in La touche étoile, éditions Grasset & Fasquelle, 2006.

vendredi 28 juin 2019

"Une des ces minutes de profonde félicité"




Samedi 22 juin.

J'ai joint l'utile à l'agréable. Je ne peux plus marcher depuis trois semaines, disons que je  peux me déplacer, faire quelques pas, jambe raide avec l'arthrose du genou et une entorse pour "agrémenter" la douleur. Fonte rapide des muscles de la jambe en trois semaines. J'avais déniché sur Internet un Mini vélo d'occasion, peu encombrant. État neuf.
Rendez-vous fut pris pour que j'aille le chercher l'après-midi, à Douarnenez.
Faire de la route uniquement pour ça, c'était dommage. Je ne pouvais pas marcher mais je pouvais conduire, manger et mettre les pieds sous la table.
Le ciel était dégagé, j'allais déjeuner dans ce vieux cabanon au bord de la mer. Heure de pointe, salle pleine, des clients debout attendent, un environnement très bruyant. Personne sur la terrasse, enfin si, un homme seul le nez dans son journal, attendant d'être servi.
Bravant les clients qui attendaient, je m'approche du serveur et lui demande si je peux déjeuner dehors. Réponse du Chef cuisinier, un peu bourru : on n'ouvre pas les parasols il y a trop de vent. Ça ne me dérange pas lui dis-je. Intérieurement je me suis dit : le vent me rafraîchira les méninges, ça m'évitera la migraine.
Hop ! Bonheur, petit vent délicieux, mer calme, silence, laissons les clients qui aiment le bruit et ont peur du vent dans le tintamarre, à l'intérieur. L'homme seul (un habitué je l'ai su plus tard) avait bien raison d'être là, je lui tournais le dos.
Les plats proposés sont simples mais produits frais, en voyant le cabanon on ne s'attend pas à de la cuisine gastronomique.
Je profitais de l'attente pour contempler l'horizon, observer les courageux  dans une eau claire mais qui devait être bien fraîche (la température n'était pas encore caniculaire comme ces jours-ci) et prendre quelques photos.
J'étais bien,  seule,  assise dos au soleil, l'air du large, divin, le temps d'un déjeuner impression d'être sur un bateau. " Jambes allongées, je m'apprête à vivre une de ces minutes de profonde félicité corporelle" (Louis Calaferte, Septentrion).
Le serveur fort aimable, lui, m'apporte mes sardines grillées servies avec une grosse pomme-de-terre au four coupée en deux accompagnée d'une crème ciboulette et d'une salade verte, le tout dans la même assiette. Oups ! La salade dans une coupelle eût été plus agréable, mais je me sentais si bien que j'aurai trouvé délicieuse n'importe quelle tambouille, et les sardines avec la grosse patate 😄 étaient trop bonnes.
En allant régler la note, à l'intérieur suffoquant et bruyant, je ne regrettais pas d'être restée "sur le pont".
.../...
Retour en claudiquant un peu jusqu'à ma voiture garée devant l'Île Tristan. Je note l'adresse pour le Mini vélo sur mon GPS. Il n'en veut pas ! Je vais devoir me débrouiller sans lui. Faisable. Arrivée sur les lieux, la "vendeuse" m'attendait, j'étais à l'heure.
J'essaie le petit engin, tout neuf et rutilant, parfait pour pédaler bien installée dans un fauteuil, plus confortable qu'une selle de vélo.












Île Tristan



Le Mini vélo d'appartement
(Mon kiné m'autorise à en faire à partir d'aujourd'hui !)




mardi 11 juin 2019

***

Je reviendrai sur le documentaire LSD : Artistes à l’œuvre, face à la mort, avec Hartung.

Parce que j'ai le temps... entorse du genou déjà très arthrosé. Les mois de galère continuent depuis décembre 2018. Ah ah !





Et pour pimenter, j'ai la migraine.

vendredi 29 mars 2019

***

A 18h58, je le photographiais à travers la vitre, je me demandais ce qu'il butinait là ce bourdon.
J'ai ouvert la porte pour le prendre de plus près, il s'est envolé.



A 22h58, j'ai de la fièvre - enfin je crois -, j'ai les joues en feu mais c'est peut-être la cortisone - premier jour - qui commence à faire des flush et j'ai la migraine. Mais je peux marcher - un peu - à nouveau. Miracle de la cortisone. Vu trois fois ma toubib en  dix jours. J'en ai assez. Assez des examens, assez des radios, assez de la kiné. Je ne veux pas vieillir comme ça.
- Les problèmes s'accumulent en ce moment, me dit-elle.
- Oui, je trouve aussi. J'espère ne pas vous revoir top vite, lui dis-je, même si je vous aime beaucoup (et c'est vrai, elle est merveilleuse).
- Moi aussi je vous aime bien, m'a-t-elle répondu.
En plus, il fait un temps magnifique et je ne peux rien faire. Je contemple le ciel et le bourdon.
J'ai le bourdon.

dimanche 24 mars 2019

Souffrance ou Douleur




"Je connaissais mal les femmes, à cette époque. Je les connais toujours mal d'ailleurs. Les hommes aussi. Les animaux aussi. Ce que je connais le moins mal, ce sont mes douleurs."

Samuel Beckett, Premier amour.


Masque tragique sur la façade du héâtre dramatique royal à Stockholm


Bienheureux ceux qui ne connaissent pas la douleur. Existent-ils ?


"La souffrance, ou la douleur au sens large, est une expérience de désagrément et d'aversion liée à un dommage ou à une menace de dommage chez l'individu. La souffrance est l'élément fondamental qui constitue la valence négative des phénomènes affectifs.
La souffrance peut être physique ou mentale, selon qu'elle se rattache principalement à un processus somatique ou psychique dans un organisme. La douleur (comme sensation), la nausée, la détresse respiratoire, et la démangeaison sont des exemples de souffrance physique. L'anxiété, le deuil, la haine, l'ennui sont des exemples de souffrance mentale. L'intensité de la souffrance peut présenter tous les degrés, depuis l’anodin négligeable jusqu’à l’atroce insupportable. En même temps que l’intensité, deux autres facteurs sont souvent pris en considération, la durée et la fréquence d’occurrence. L'attitude des individus envers la souffrance peut varier énormément, selon la mesure où, estiment-ils, elle est légère ou sévère, évitable ou inévitable, utile ou inutile, méritée ou imméritée, choisie ou non voulue, acceptable ou inacceptable, de conséquences mineures ou graves. 

Les mots douleur et souffrance peuvent prêter à confusion et demander une attention particulière."
 
(Wikipédia, lire la suite)

vendredi 15 mars 2019

Ce n'est pas demain que je vais avoir une antenne implantée dans le crâne et...

... que je vais pouvoir jouer au golf; même sans fracture ! Hein tonton ?



Grip overlapping
(C'est mon grip pour tenir mon club.
Pas étonnant que mon auriculaire soit complètement déformé)

Maintenant, quand vous allez faire une radio, on vous remet le compte-rendu mais pas question de voir le radiologue. On se demande d'ailleurs si c'est bien lui qui a fait ce compte-rendu quand, en bas de celui-ci est indiqué sous le nom du radiologue :"Document signé électroniquement". Pfff ! Donc, vous n'avez pas de fracture (tant mieux, pas de plâtre) mais vous restez avec votre douleur, qui vous handicape pas mal. Il faudrait revoir le toubib pour savoir pourquoi la douleur perdure. Plus je vieillis et moins j'ai envie d'aller voir les médecins. Une invitation, avec cette nouvelle médecine, à l'automédication. Prendre des antalgiques pour soulager la douleur, passer chez le pharmacien qui m'a proposé des emplâtres imbibés d'antiinflammatoire (j'ai acheté),  jeter un coup d’œil sur Internet pour se renseigner.  Marre. Marre de tout. Marre aussi du ciel gris, du vent, du crachin.

Et mes mains, tu les aimes mes mains ? Sans chair ni vieille peau, elles font leur petit effet non? Tsss!




Et là, je me marre ! Autre sujet :  ma toubib me prescrit une IRM de contrôle pour "bilan de vertiges et migraines" (migraines quotidiennes dès le réveil). Pas de rendez-vous possible avant le mois d'août. Je dis : merci à la secrétaire en précisant que je rappellerai plus tard. Non mais ! J'ai le temps de mourir d'ici-là d'un AVC ou d'autre chose de cérébral, ou de devenir un légume et, si rien ne se passe d'ici le mois d'août, c'est que ça va bien, alors pourquoi aller subir en août (nous sommes en mars) ces marteaux-piqueurs dans mes oreilles déjà lésées. Basta ! Marre de la médecine. Je ne suis plus patiente

.../...
Il est temps que je me remette à lire. A lire des choses que j'aime : Journaux intimes, Correspondances. En ce moment, lecture de textes sur Beyrouth de Richard Millet, un petit livre acheté d'occasion. Un joli tirage sur du beau papier aux Éditions du Champ Vallon, collection "des villes", 1987.

"C'est à peine si je reconnais la ville. j'ai sous les yeux deux photographies nocturnes de Beyrouth. [...]  
Je ne la retrouve qu'en songe, ou dans les paroles des Beyrouthins exilés - dans le grain de voix qui savent mêler la douceur à une extrême décence, façon de signifier le désespoir."
Pourquoi ce livre a retenu mon attention? Par son auteur (souvent mal aimé), dont j'aime l'écriture et par son titre, Beyrouth. L'été dernier, j'ai vu une exposition d'un artiste-peintre, Paul Bloas dont quelques œuvres m'ont intéressée, et particulièrement celle représentant un homme, géant (titan), un vautour au-dessus de la tête, elle figura sur un mur du centre ville à Beyrouth en 1992. J'aimais le mouvement de l'homme et la vision du vautour, une figuration à la limite de l’abstraction, dans des couleurs ocres rouges. Elle ressemblait à celles ci-dessous mais c'en était une autre :


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Et voilà comment, par association d'idées, des livres entrent dans ma bibliothèque.

.../...

Autre sujet : aujourd'hui, j'ai bien aimé les slogans de la jeunesse qui se mobilise pour le climat et la planète ! Vu dans le quotidien suisse Le Temps  :



(J'ai balancé mon Nutella cet été. Hop ! à la poubelle, après qu'un ami m'a dit : laisse-le fondre au soleil et tu verras le liquide gras au-dessus de la pâte à tartiner. Je l'ai fait, je l'ai vu, ça m'a suffi).

(Cliquer puis afficher pour agrandir)

Cet après-midi, dans Quimper, de nombreux lycéens, étudiants manifestaient et, je fus très surprise de voir des groupes munis de grands sacs plastiques ramasser les mégots et autres détritus sur les trottoirs. Bigre ! Que voilà une belle manifestation, pacifique, qui joint le geste aux idées. Bravo les jeunes !


Photo Ouest-France


Hier, vu un reportage incroyable, une "truc de ouf". Un homme, jeune, s'est fait implanté une antenne dans le crâne, Neil Harbisson. Ça ne lui pose pas de problème, sauf pour passer la douane quand il voyage.  Lire l'article, ça sera plus clair. Là, il me faudrait une antenne quelque part pour tenir le coup, je suis dépassée mais fascinée. Dis papa, tu n'en reviendrais pas de tout ce qui se passe en 2019, toi qui nous disais déjà dans les années 60 en voyant à la télévision le premier homme sur la lune (Amstrong en 1966) : vous, vous verrez des chose EXTRAORDINAIRES EN L'AN 2000. Tu n'en reviendrais pas. Et ce n'est que le début. Heureusement que je vais mourir bientôt, je n'arrive plus à suivre.

vendredi 8 mars 2019

La chute

8 février - 8 mars.
Un mois. Rien.
Angoisse, anxiété, stress, vertiges. Puis...

Chute, renversée par un jeune cycliste, je courais sous la pluie pour aller au cinéma voir Celle que vous croyez, j'étais en retard; il arrivait rapidement, il tournait la tête sans me voir, il ne m'a pas vue, il m'a entendu crier,  sa roue avant sur moi, je tombais violemment sur le dos, il dérapa, tomba à son tour, attrapa ma grande écharpe pour retenir ma tête.  La place de la fontaine était vide. Il était bouleversé il m'avait renversée. J'étais choquée, mon dos semblait intact et ma tête aussi. Il répétait sans cesse : ça va ? Ça va ? Il m'aida à me relever, je lui dis ça va. Je tremblais, en tombant j'avais pensé au pire : fractures épaule, hanche, colonne vertébrale et je me suis mise à pleurer, j'avais du mal à me relever. Ma fesse était douloureuse. Il m'a fait asseoir sur le bord d'une vitrine, nous étions dans le centre ville piétonnier. La commerçante est sortie du magasin et m'a demandé si je voulais aller à l'hôpital.  Surtout pas lui ai-je dit. J'avais seulement très mal à la main droite, la pluie s'était arrêtée.  Je dis : non merci, ça ira. Le jeune homme était vraiment contrarié, j'avais le sentiment que c'était plus de ma faute que de la sienne... Il voulait me raccompagner, je le remerciai mais lui dis de ne pas s'inquiéter  que c'était aussi de ma faute et qu'il avait bien fait d'attraper mon écharpe pour protéger ma tête du choc.
Je suis rentrée chez moi en bus et là j'ai senti la douleur vive de ma main en serrant le pouce pour me tenir dans ce fichu bus qui freinait brutalement (souvenir) mais là je n'avais pas envie de rigoler. J'avais la tête lourde, encore envie de pleurer et comme une idiote je pensais que je n'allais pas pouvoir jouer au golf si mon pouce était cassé.  Je tâtais la poche arrière de mon pantalon, ma médaille de l'ADMD" ne pas réanimer" était toujours là.
Je me demande encore pourquoi je n'avais pas pu l'éviter,  il tenait son guidon et moi j'avais la tête dans le guidon ! 
Radio prévue lundi, une semaine après la chute. Depuis, je fais tout ce que je peux au cas où il y aurait fracture et plâtre. Pour le moment je peux conduire,  passer les  vitesses avec la paume de la main ça va, sauf la première et la seconde me font mal, je m'aide avec la main gauche. Il y a trois ans je  voulais changer de voiture justement pour avoir les vitesses automatiques, au cas où ce genre de truc m'arriverait.  Et puis je ne l'ai pas fait et maintenant je vais la garder jusqu'à... la fin. Amen !

Aujourd'hui, cinéma, cette fois  j'étais en avance sur l'heure de la séance, hum!. vu Grâce à Dieu. Effrayant, excellent film de François Ozon.


"S'attendre au pire, à quelque chose de pis que la chute, tout en chutant, c'était un peu la conception que j'avais de la vie."  
Christian Oster, Mon grand appartement.

vendredi 27 juillet 2018

Contempler, s'émerveiller

Quand on vieillit, il faut - paraît-il - profiter  des moments qui vous procurent un sentiment de bien-être. Ce moment d'émerveillement et presque d'abandon de soi - s'oublier, ne plus se voir mais porter son regard  sur ce qui est tout près de vous, sur la beauté, qui vous imprègne même si vous pensez être transparente - d'ailleurs vous l'êtes pour les autres et vous aimeriez tant, surtout, l'être pour vous, ne plus vous regarder, ne plus vous voir, pour essayer non pas de vous aimer - ça c'est fichu - mais de vous supporter. C'est bien la preuve que je parle d'une autre que moi; je ne suis plus moi. Bonjour vieillesse, je ne me reconnais plus; j'arrive pourtant, parfois, à me faire rire. La seule chose que vous supportez en vous, par obligation, ce sont vos douleurs. Ce n'est pas une mince affaire.

Bref, malgré ces propos, ces lamentations lamentables, eh bien oui, je peux encore savourer ces moments d'émerveillement, de contemplation. Ces petits riens, tout simples, comme ce 13 juillet, à Concarneau, après une séance de Kiné Vestibulaire, dans un état semi vertigineux mais j'allais mieux qu'à la première séance dix jours plus tôt - nouvelle crise de vertiges après une année de rémission -, je rentrais sans complexe dans le parking de la thalasso où je n'avais rien à faire, sinon, trouver une place tout de suite quand elles étaient introuvables en bord de mer; je passais tout de même à la réception demander une brochure, histoire d'avoir un argument pour occuper le parking; puis je traversais la route et d'un pas soudain vaillant - toujours sans complexe puisque j'étais transparente - j'entrais dans cet hôtel où j'ai été fort bien accueillie au bar. Je commandais un café, un mini croissant (le garçon me demanda si je n'en voulais pas deux : ils sont très petits me dit-il; je lui dis : non merci, un seul me suffira) et un jus d'orange s'il vous plaît, il était 11 heures et mon rendez-vous kiné ne m'avait pas laissé le temps de m'attarder sur mon petit déjeuner. Mon Dieu, que j'étais bien sur cette terrasse, à l'ombre, à observer les gens sur la plage. Pas envie de lire mon magazine; il était sur la table pour faire décoration. Mmm ! Et l'addition ne fut même pas salée : le café 1,70 euros, le mini croissant 0,70. Incroyable, hôtel 4****. J'ai toujours aimé tu m'as fait aimer les bars d'hôtels : calme, service affable et volupté.







"Il me semble que désormais mes seuls rapports heureux avec moi-même, en dehors des autres êtres et des quelques moments d'exaltation ou de bien-être physique que la nature me procure, ne pourront être que littéraires." 
Françoise Sagan


mardi 5 juin 2018

"Ce qui me grisa lorsque je rentrai à Paris, en septembre 1929, ce fut d'abord ma liberté." (Simone de Beauvoir)

Samedi 26 mai 2018 

Je venais de sortir de ma bibliothèque, pour une re-relecture, un livre que j'avais aimé et que je t'avais offert, maman, pour une Fête des mères. C'est ton exemplaire que j'ai dans ma bibliothèque; je l'ouvre parfois et je lis quelques pages, au hasard; cette fois je décide de refaire une lecture complète, enthousiasmée par les premières pages. Et quelle surprise de trouver à l'intérieur une petite carte qui devait te servir de marque-page, où était écrit : Avec toi aujourd'hui. J'aurais pu rajouter : et éternellement. Ce petit carton m'a émue; il devait accompagner un bouquet de pivoines que je te faisais livrer.Tu aurais été émue, sûrement, de me voir nettoyer ta (votre) tombe ce samedi (avec une jambe raide, pfff!), - veille de la Fête des mères et jour anniversaire de ta disparition, mon aimé - et y déposer une plante.
Il est probable que tu fus moins captivée que moi en lisant cet ouvrage, mais je sais que tu l'as lu, qu'il t'avait intéressée, on en avait parlé longuement. Moi, j'étais déjà imprégnée de l'auteur, de sa vie, avec les Mémoires d'une jeune fille rangée. Je vivais à Paris et je connaissais le Quartier Latin comme ma poche. Je le fréquentais, je me reconnaissais en elle, je l'aimais. J'étais une jeune fille rangée qui aspirait à la liberté, à une vie libre.


La Force de l’âge, publié en 1960, est le deuxième tome de l’œuvre autobiographique écrite par Simone de Beauvoir, précédé des Mémoires d'une jeune fille rangée (1958) et suivi de La Force des choses (1963) et de Tout compte fait (1972). On peut aussi inclure dans cette œuvre autobiographique le récit de 1964 : Une mort très douce.
Ce tome traite de la période de sa vie s'étendant de 1929, de sa réussite à l'agrégation préparée avec Jean-Paul Sartre, à la Libération de Paris en août 1944.
(Source Wikipédia)



" Nous ignorions sur tous les plans le poids de la réalité. Nous nous targuions d'une radicale liberté. Ce mot, nous y avons cru si longtemps et avec tant de ténacité qu'il me faut regarder de près ce que nous mettions dessus.
[...] Le donné nous est apparu comme la matière de nos efforts et non comme leur conditionnement : nous pensions ne dépendre de rien. De même que notre aveuglement politique, cet orgueil spiritualiste s'explique d'abord par la violence de nos projets. Écrire, créer : on n'oserait guère risquer cette aventure si l'on n'imaginait pas être maître absolu de soi, de ses fins de ses moyens. Notre audace était inséparable des illusions qui la soutenaient [...].
Nous allions notre chemin sans contrainte, sans entrave, sans gêne, sans peur; mais comment n'achoppions-nous pas du moins à des barrières? Car enfin, nous avions les poches très plates; je gagnais chichement ma vie, Sartre écornait un petit héritage qu'il tenait de sa grand-mère paternelle : les magasins regorgeaient d'objets défendus; les endroits de luxe nous étaient fermés. [...] Nous n'étions pas des ascètes, loin de là; mais aujourd'hui, comme autrefois - et Sartre me ressemblait - seules les choses qui m'étaient accessibles, et celles surtout que je touchais, pesaient leur poids de réalité; je me donnais si entièrement à mes désirs, à mes plaisirs, qu'il ne me restait rien de moi à gaspiller en vaines envies. Pourquoi aurions-nous regretté de ne pas rouler en auto alors que le long du canal Saint-Martin ou sur les quais de Bercy nous faisions à pied tant de découvertes? Quand nous mangions dans ma chambre du foie gras Marie, quand nous dînions à la brasserie Demory dont Sartre aimait la lourde odeur de bière et de choucroute, nous ne nous sentions privés de rien. Le soir au Falstaff, au College Inn, nous buvions avec éclectisme des bronx, des side-car, des baccardi, des alexandra, des martini; j'avais un faible pour les cocktails à l'hydromel des Vikings, pour les cocktails à l'abricot qui étaient la spécialité du Bec de Gaz, rue Montparnasse : qu'est-ce que le bar du Ritz; aurait pu nous offrir de plus? Nous avions nos fêtes. Un soir aux Vikings, je mangeai une poule aux airelles tandis que dans une tribune un orchestre jouait l'air à la mode : Pagan love song. Je savais que ce festin ne m'aurait pas éblouie s'il n'eût été exceptionnel. La modestie même de nos ressources servait mon bonheur.
Aussi bien n'est-ce pas une immédiate jouissance qu'on cherche dans les objets de prix : ils servent de médiation avec autrui; leur prestige est conféré par des tiers prestigieux. [...] les habitués des palaces, les hommes à Hispano, les femmes à vison, les ducs, les millionnaires ne nous en imposaient pas; [...] J'éprouvais à leur égard une ironique pitié; coupés de la masse, confinés dans leur luxe et dans leurs snobismes, je me disais, quand je passais devant les portes infranchissables du Fouquet's ou du Maxim's, que les exclus c'étaient eux.  En général, ils n'existaient pas pour moi; leurs privilèges, leurs raffinements ne me manquaient pas plus qu'aux Grecs du Ve siècle le cinéma et la radio. Évidemment, le mur d'argent faisait échec à notre curiosité; mais nous ne nous en irritions pas parce que nous pensions que les gens huppés n'avaient rien à nous apprendre; leurs cérémonieuses dissipations ne couvraient que du vide.
Rien donc ne nous limitait, rien ne nous définissait, rien ne nous assujettissait; nos liens avec le monde, c'est nous qui les créions; la liberté était notre substance même."
Pages 19 - 20 - 21 - 22.


Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir
Coll. part. Archives Éditions Gallimard

Lundi 4 juin 2018 

Et me voilà donc replongée depuis dix jours dans La Force de l'âge, une lecture qui me passionne à nouveau tant elle ravive de souvenirs de ma jeunesse estudiantine parisienne, même si "Ce tome traite de la période de sa vie s'étendant de 1929 à 1944", je revis la mienne à l'époque où je lisais ce livre (deux ou trois ans avant mai 68), avec un peu de nostalgie mais avec une méga jubilation. C'est bien plus tard (trop tard) que je t'ai rencontré mon Amour, j'étais un peu assagie mais toujours rebelle et libre. Tu m'as légèrement embourgeoisée - avec tes goûts de luxe -, le comble pour un artiste-peintre fauché. En fait, la bohème c'était moi !

Et, 300 pages plus loin...
 

"Nous en avions fini avec la province; voilà qu'enfin nous vivions tous deux à Paris : plus de voyages en train, plus d'attente dans les gares. Nous nous installâmes dans un hôtel, beaucoup plus plaisant que le Royal Bretagne, que Sartre avait découvert pendant ma convalescence en Provence.




Hôtel Royal Bretagne
Photo, Le Paris de Beauvoir de Barbara Klaw, éditions Syllepse.


Il était situé entre l'avenue du Maine et le cimetière Montparnasse : j'avais un divan, des rayonnages et un bureau très commode pour travailler.



Hôtel Mistral
(Cliquer sur les images puis sur afficher pour lire)




Je pris de nouvelles habitudes; le matin, je buvais un café, je mangeais des croissants sur le zinc d'une brasserie bruyante et rougeoyante, Les Trois Mousquetaires. Je travaillais souvent chez moi. Sartre habitait à l'étage au-dessus. Nous avions ainsi tous les avantages d'une vie commune, et aucun des inconvénients.

Qu'allais-je écrire, maintenant que j'avais achevé mes nouvelles? Certains thèmes rôdaient dans ma tête depuis longtemps mais je ne savais pas comment les aborder. Un soir, peu après la rentrée, j'étais assise avec Sartre au fond du Dôme; nous parlâmes de mon travail, et il me reprocha ma timidité. [...] "Enfin ! pourquoi ne vous mettez-vous pas en personne dans ce que vous écrivez ? me dit-il avec une soudaine véhémence. Vous êtes plus intéressante que toutes ces Renée, ces Lisa..." Le sang me monta aux joues; il faisait chaud, il y avait comme d'habitude beaucoup de fumée et de bruit autour de nous, et j'eus l'impression de recevoir un grand coup sur la tête. "Je n'oserai jamais !" dis-je. me jeter toute crue dans un livre, ne plus prendre de distance, me compromettre : non, cette idée m'effrayait. "Osez", me disait Sartre. Il me pressait : j'avais mes manières à moi de sentir, de réagir, et c'était tout ça que je devais exprimer. Comme chaque fois qu'il se donnait à un projet, ses mots faisaient lever en foule des possibilités, des espoirs; mais j'avais peur. De quoi au juste?  Il me semblait que du jour où je la nourrirais de ma propre substance la littérature deviendrait quelque chose d'aussi grave que le bonheur et la mort."

Pages 323 -324.

Simone de Beauvoir, in La force de l'âge, éditions Gallimard, 1960.

Nota Bene : Simone de Beauvoir entre, enfin, à la Pléiade.

Mardi 5 juin

Tenir le coup, vivre avec ses douleurs physiques, ne pas rester assise trop longtemps, prendre des antalgiques, des anti inflammatoires pour pouvoir marcher, continuer de se révolter, contre tout ! ça donne de l'énergie. Mourir cela n'est rien mais vieillir...Je me disais tout cela ce matin en prenant mon petit déjeuner. Mon genou me jouait un sale tour et avait doublé de volume il y a dix jours; épanchement m'a-t-elle dit, rien d'autre, pas de prescription spéciale à part les antalgiques "je ne vous donne pas d'anti inflammatoires, si dans trois semaines vous avez toujours mal, je vous prescrirais de la cortisone. Ben voyons. Démerde-toi (pardon maman chérie de dire des gros mots) toute seule avec tes douleurs. De toute façon, ce sera ça ton avenir : après les coudes, les genoux, et sans doute plus tard l'épaule, les pieds. Ce matin, je n'ai pas lésiné pour avaler antalgique et anti inflammatoire (ils sont en vente libre) et allons-y gaiement... au golf. Je décidais de faire un test : 3? 6? 9? trous. Je mis ma genouillère et déjà en descendant les escaliers je savais que ce serait plutôt 6 que 9, voire 3. Elle me compressait trop derrière le genou, là où l'enflure me faisait mal. Zut, j'avais du mal à marcher... jusqu'au parking. Shit ! Je "verrouillais" pourtant la jambe mais la douleur était là.  J'arrivais au golf, sortais mon matériel, me dirigeais vers le départ. J'avais trop mal. Je m'arrêtais à l'accueil et j'allais aux toilettes pour retirer ma genouillère. Soulagement. Je marchais mieux. Youpi ! Quelques mouvements, étirements des bras et hop ! c'est parti. Au 3 je ne sentais plus de douleur, les médicaments faisaient de l'effet. Je savais que ça n'était pas la solution, je savais, je le savais, je m'en fichais, je n'avais plus mal et je jouais pas mal. L'herbe était mouillée, les fairways n'étaient pas tondus, les greens étaient lents, je m'en fo fichais, j'étais là, je pouvais donc encore marcher un peu, je pouvais jouer au golf, je n'étais pas foutue. Je n'avais pas les idées roses mais, elles étaient déjà un peu moins noires que ces derniers jours. Et j'ai fait 9 trous +3 ! (Mais c'est un très petit parcours de golf). Je ne pense pas que ma nuit sera calme...

"J'ai envie de bouger et je crois aux vertus de la mobilité. Quand on est immobile on devient très fragile. C'est fatigant, mais c'est passionnant. [...] Je ne serai jamais un adulte. J'aime bien les hommes qui disent des bêtises. Un adulte c'est un homme qui marche et un jour il se pose le cul et il croit qu'il continue de marcher. [...] Dès qu'on est assis on commence à s'occuper beaucoup de son fauteuil. "
Jacques Brel (la suite dans la vidéo, c'est épatant).
 

vendredi 12 mai 2017

***

Son corps était devenu une source inépuisable de douleurs.
Chaque jour avait son lot de réjouissance malédiction. 
Elle  apprenait de nouveaux mots (maux) et allait devenir une experte en matière de squelette.
De nouvelles douleurs dans des endroits improbables.
En écrivant ces mots des souvenirs ressurgissaient. Elle se souvint d'un squelette... qu'elle avait beaucoup aimé, il était empreint de mélancolie, comme son auteur :

"Avec l’habitude, j’ai remarqué qu’il attendait que surgisse quelque chose comme un événement, une animation du monde. Qu’il attendait que quelque chose lui fasse signe d’en bas dans la rue. Que quelque chose en bas dans la rue fasse preuve de vie. Lui donne une preuve de vie. Comme s’il se posait intérieurement ces questions : est-ce que ça vit? et comment? et pourquoi? Je lui prête, peut-être à tort, une âme de philosophe. 
[...]
[...] moi aussi il m’arrive certains matins de rester à ma fenêtre sans parvenir à me décider. Sans parvenir à franchir le pas."
Dominique Chaussois, in Depluloin joue à la poupée... et casse l'ambiance, blog Jamais de la vie, 27 décembre 2009.
Lire aussi ici

lundi 20 mars 2017

Elle, est une autre

Ce matin-là, elle prit le sachet posé sur sa table de chevet depuis quatre semaines et le remisa. Rempli de divers médicaments qu'elle avait ingurgités plusieurs fois par jour : anti-vomitif, anti-vertigineux acétylleucine et autres bétahistine, anti-migraineux, anti-maux d'estomac etc, etc., en supportant - mal - les effets secondaires; toutes ces molécules censées améliorer son état ne fonctionnaient plus, ou alors si modestement, qu'elle décida de ne plus rien prendre, comptant sur la énième manœuvre libératoire prévue trois jours plus tard pour remédier  à son état d'ébriété vertigineuse; mais ce geste, pourtant violent, qui s'avérait efficace lors des précédentes crises n'y remédiait plus. Pire Mieux encore, elle décida, ce matin-là - premier jour du printemps sous une pluie fine et un ciel gris - elle décida, elle décida... pfff! elle ne savait plus que décider. L'ORL non plus d'ailleurs! Il levait les bras au ciel avec un sourire compatissant pour parer à sa désespérance lorsqu'il l'accueillait dans son cabinet; elle lui répondait, en levant les bras au ciel. Ce n'était plus son magicien comme elle l'appelait intérieurement, jusque-là. A chaque manœuvre le grand vertige était toujours là, la nausée imminente (mais elle parvenait à la contrôler); il avait beau lui dire à chaque fois : vous n'êtes pas venue pour rien, elle, n'y croyait plus. Il était perplexe, son cas était difficile, il lui prescrivait de nouvelles molécules et même du calcium (0_0), et un médicament qui se terminait en... ium pour ses migraines, qu'elle ne prit pas après avoir lu les effets secondaires de la catégorie " Très fréquemment" (oui, il existe des échelles. Très fréquent = plus d'1 patient sur 10. Fréquent = 10 patients sur 100. Peu fréquent = 10 patients sur 1000. Fréquence inconnue, ceux-là, ces effets secondaires, sont horribles, inconnus quant à la fréquence mais donc pas impossibles; les "très fréquents" suffisaient à la dissuader de prendre cette molécule...ium). Elle préférait poursuivre ses remèdes parfois efficaces pour ses maux de tête, encore un anti.... et poser sur son front brûlant les masques de gel réfrigérés qui ne restaient froids que quelques minutes, absorbant la chaleur de son front en un clin d'oeil, mais elle en possédait plusieurs dans son frigo; durant son petit-dèj elle avait le temps d'en mettre cinq et, oui, parfois, c'était miraculeux.

jeudi 26 janvier 2017

EVIDEMMENT

On a beau faire ce qui est préconisé à coups de marteau par la pub, on peut la choper quand même cette sale grippe.
On dit qu'elle peut être mortelle. J'en rêvais, la nuit, je le désirais, je crois que la fièvre m'a fait délirer dans ma putain de solitude. (Pardon maman chérie pour le gros mot).
Aujourd'hui, j'ai pu mettre le nez dehors, enfin, le temps d'aller jusqu'à ma voiture. Il fallait bien que j'aille acheter un peu de nourriture et autre course...

Je remonte dans ma voiture, j'allume la radio, j'entends France Gall; je l'adore et je chante avec elle. J'ai donc encore une voix. Sourire aux lèvres je pensais : il y a deux jours tu voulais (pour la énième fois) mourir et là, tu chantes, tu tapotes ton volant en rythme.
Ben, rien de contradictoire là-dedans. 
N'attends pas trop longtemps...


Y A ...
COMME UN GOUT DE POUSSIERE DANS TOUT
[...]
Y A DES SILENCES QUI DISENT BEAUCOUP
[...]
ET TOUTES CES QUESTIONS QUI TIENNENT PAS DEBOUT
EVIDEMMENT 
EVIDEMMENT
ON RIT ENCORE
POUR LES BETISES
COMME DES ENFANTS
MAIS PAS COMME AVANT 

EVIDEMMENT
EVIDEMMENT




J'allais oublier... et c'est important, pour mesurer la futilité de mes propos : cette grippe, ces lamentations sont-elles justifiées ou plutôt justifiables, au regard de ce jeune homme, hémiplégique,  qui traversait la rue avec beaucoup de difficultés?

"Laissons les autres se lamenter sur ces temps mauvais ; je me plains de leur misère, car ils sont dénués de passion. Les pensées des hommes sont ténues et fragiles comme des dentelles ; ils sont eux-mêmes pitoyables comme des dentellières. Les pensées de leur cœur sont trop misérables pour être coupables." 
Soren Kierkegaard