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vendredi 18 octobre 2019

À la manière de... (2)

... Nicolas de Staël ?  (*_~)

(Photos du jour)




Les Mouettes, Kerity-Penmarc'h



Nicolas de Staël, Les Mouettes





Archipel des Étocs, vu de Kérity-Penmarc'h



 
Nicolas de Staël,  Marine au Cap





Crottes de chien sur la digue, Kérity



Nicolas de Staël , Paysage du Vaucluse n°2, 1953

 
Romain Gary écrit à Staël, rue Gauguet : « Vous êtes le seul peintre moderne qui donne du génie au spectateur»

mardi 17 septembre 2019

À la manière de...

... Edward Hopper ?  (*_~)

(Photos du jour)


Lesconil,  Fisherman and woman by the sea



Edward Hopper,  Rooms by the sea, 1951
(Chambre au bord de la mer)



LESCONIL,  Phare  Men Ar Groas



Edward Hopper, Lighthouse Hill, 1927
(Le Phare sur la  colline)

jeudi 15 août 2019

***

Je passe le plus horrible été  dont j'ai le souvenir et je ne parle pas de ce fichu genou qui me fait souffrir, mais de cette marée humaine de touristes qui envahissent ma ville, mon quartier historique (quelle plaie de vivre dans un quartier historique), les restaurants, les terrasses bondées sur la côte. 
Vague humaine, bruit, cris, pleurs de pauvres enfants que l'on traîne avec soi dans cette cohue et qui n'en peuvent plus, musique dite d'ambiance dans les bistrots en tout genre.

Je voudrai être riche et forte (mes forces s'amenuisent de mois en mois) pour pouvoir m'enfuir (m'enfouir) sur une île, sauvage, grise, qui n'aurait pas d'histoire à raconter.
La Bretagne attire de plus en plus de touristes en été, alors qu'elle n'est merveilleuse qu'en hiver.

vendredi 28 juin 2019

"Une des ces minutes de profonde félicité"




Samedi 22 juin.

J'ai joint l'utile à l'agréable. Je ne peux plus marcher depuis trois semaines, disons que je  peux me déplacer, faire quelques pas, jambe raide avec l'arthrose du genou et une entorse pour "agrémenter" la douleur. Fonte rapide des muscles de la jambe en trois semaines. J'avais déniché sur Internet un Mini vélo d'occasion, peu encombrant. État neuf.
Rendez-vous fut pris pour que j'aille le chercher l'après-midi, à Douarnenez.
Faire de la route uniquement pour ça, c'était dommage. Je ne pouvais pas marcher mais je pouvais conduire, manger et mettre les pieds sous la table.
Le ciel était dégagé, j'allais déjeuner dans ce vieux cabanon au bord de la mer. Heure de pointe, salle pleine, des clients debout attendent, un environnement très bruyant. Personne sur la terrasse, enfin si, un homme seul le nez dans son journal, attendant d'être servi.
Bravant les clients qui attendaient, je m'approche du serveur et lui demande si je peux déjeuner dehors. Réponse du Chef cuisinier, un peu bourru : on n'ouvre pas les parasols il y a trop de vent. Ça ne me dérange pas lui dis-je. Intérieurement je me suis dit : le vent me rafraîchira les méninges, ça m'évitera la migraine.
Hop ! Bonheur, petit vent délicieux, mer calme, silence, laissons les clients qui aiment le bruit et ont peur du vent dans le tintamarre, à l'intérieur. L'homme seul (un habitué je l'ai su plus tard) avait bien raison d'être là, je lui tournais le dos.
Les plats proposés sont simples mais produits frais, en voyant le cabanon on ne s'attend pas à de la cuisine gastronomique.
Je profitais de l'attente pour contempler l'horizon, observer les courageux  dans une eau claire mais qui devait être bien fraîche (la température n'était pas encore caniculaire comme ces jours-ci) et prendre quelques photos.
J'étais bien,  seule,  assise dos au soleil, l'air du large, divin, le temps d'un déjeuner impression d'être sur un bateau. " Jambes allongées, je m'apprête à vivre une de ces minutes de profonde félicité corporelle" (Louis Calaferte, Septentrion).
Le serveur fort aimable, lui, m'apporte mes sardines grillées servies avec une grosse pomme-de-terre au four coupée en deux accompagnée d'une crème ciboulette et d'une salade verte, le tout dans la même assiette. Oups ! La salade dans une coupelle eût été plus agréable, mais je me sentais si bien que j'aurai trouvé délicieuse n'importe quelle tambouille, et les sardines avec la grosse patate 😄 étaient trop bonnes.
En allant régler la note, à l'intérieur suffoquant et bruyant, je ne regrettais pas d'être restée "sur le pont".
.../...
Retour en claudiquant un peu jusqu'à ma voiture garée devant l'Île Tristan. Je note l'adresse pour le Mini vélo sur mon GPS. Il n'en veut pas ! Je vais devoir me débrouiller sans lui. Faisable. Arrivée sur les lieux, la "vendeuse" m'attendait, j'étais à l'heure.
J'essaie le petit engin, tout neuf et rutilant, parfait pour pédaler bien installée dans un fauteuil, plus confortable qu'une selle de vélo.












Île Tristan



Le Mini vélo d'appartement
(Mon kiné m'autorise à en faire à partir d'aujourd'hui !)




lundi 24 juin 2019

***

Hier, dimanche, "jour de merde par excellence" comme le rappelait Louis Calaferte, j'envoyais à un ami quelques photos de ma halte de la veille en bord de mer, à Douarnenez.

A peine cinq minutes plus tard, il m'accusait  réception avec ce poème. J'ai remplacé mon prénom par "très chère" (rien que ça ! Mais je suis aussi parfois sa "très chère";-)) dans nos échanges épistolaires. Ce qui me plaît c'est la rapidité  de l'envoi, donc un premier jet sans retouche. Il est probable que s'il avait su que je souhaitais le publier, il l'eût retravaillé. Je le trouve épatant et beau, tel quel ! J'y sens un peu de spleen. J'ai son accord pour le mettre ici, sans retouche, sa spontanéité m'enchante ! 
Ce dimanche n'était plus du tout en phase avec Calaferte ! 
Merci David.


Ah,très chère,
que votre Bretagne est enchanteresse
et nul doute que si j'avais des cheveux
D'extase elle me ferait des tresses!!

Moi, je me perds dans la ville
pour y puiser bien autre chose
que du connu et du servile
qu'un besoin de culture à haute dose!

Sous la crasse de l'ennui
de l'asphalte, des visages gris,
j'entrevois, c'est à peine si j'écris,
la lueur profonde de mes nuits.

Je lui préfère de beaucoup la mer
les horizons larges, le grand air,
mais dans mon désir infini 
d'infini, je me désole et reste assis.

Poétiquement vôtre,

D.


dimanche 24 mars 2019

Printemps du cinéma

Mardi 19 mars. 

Vers 18 heures, sous un ciel couvert mais lumineux, une mer calme, transparente, avec sa palette de couleurs pastel, l'harmonie était parfaite. Le silence était si intense que le doux bruit du flux et du reflux ne le troublait pas, il l'accompagnait. Je m'imprégnais de cet instant de paix avant ma séance de cinéma à 18 h 30 : Celle que vous croyez avec Juliette Binoche et François Civil (que j'avais vu la veille dans Le chant du loup, il était épatant, je le découvrais); et, Nicole Garcia. Je profitais de ces deux jours du Printemps du Cinéma avec la séance à 4 euros ! Deux films de genres différents : j'ai adoré Le chant du loup (je ne m'y attendais pas) et j'ai aimé Celle que vous croyez (je m'y attendais).


Photos de 18 heures








Photos de 20h30, en sortant du cinéma




Devant ce paysage je restais immobile, de longues minutes. Après tant d'années je ne m'en lassais pas, sous n'importe quel temps, à n'importe quelle heure si, j'avais le privilège d'y être seule...

 Bénodet

Je vous aime ce soir où monte la marée
Bateaux de Bénodet à la voile azurée
Pêcheurs de Loctudy dont les filets d’azur
Se confondent avec la mer et le ciel pur
Cependant que l’Odet bleu comme une prière
Pâlit et que là-bas chaque phare s’éclaire

 
                      L’Odet
Est la plus bleue et la plus claire Rivière
Loin de la guerre atroce et des coups de canon
Bénodet ne sait pas celle-là qu’il préfère
La mer aux mille écueils ou sa tendre rivière
L’Odet plus douce encore que ne sonne son nom

Mais le temps passe il faudra bien que tu t’en ailles
Laissant Quimper et le Comté de Cornouailles


Guillaume Apollinaire – Le Guetteur mélancolique 
(Apollinaire fit quelques séjours en Bretagne en 1916-1917) 

... seule donc... ce ne fut pas le cas ce samedi, ayant dû y revenir pour récupérer mes lunettes oubliées au cinéma ! Mais bon, tout le monde a le droit de venir s'y détendre, s'y promener, quand le printemps est enfin là et avec le soleil.


Photos de samedi 23 mars



Le charme est un tantinet rompu, non ?
(J'exagère ? Pas sûr)

Coïncidence, un ami m'envoyait un texto ce mercredi 20 mars à 19h30 : "Bons baisers face à la mer, depuis la longue plage de La Baule, ma très chère M. Je poursuis ma dernière relecture, bercé par le ressac de souvenirs  d'enfance... Je vous embrasse."  Son ressenti face à la mer, à 19h30, devait être proche du mien, la veille, à 18h30.

Dimanche 24 mars.

Impossible de marcher, douleur vive dans la fesse depuis plusieurs jours. Je pensais que c'était une réaction tardive de ma chute mais non, c'est une sciatique. J'hésitais mais je n'avais que quelques pas à faire pour aller voir cette exposition BOL D'ART :





Eddie Morelle, Artémis

"Artémis, déesse de la chasse et de la nature, 
revient pour protéger le dernier arbre sur terre, 
en ces temps modernes contre la folie des hommes"

J'ai aimé cette sculpture...
"Toutes mes sculptures sont réalisées à partir de déchets. Une bouteille de gaz se métamorphose en masque africain ou hibou , le pot d'échappement en branche d'arbre..."

... et les créations de Emmanuel Pajot ne m'ont pas laissé indifférente :




mardi 11 septembre 2018

Ô douceur d'un soir de septembre





  
11 septembre 2018
Soleils couchants

Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.

La mélancolie
Berce de doux chants
Mon cœur qui s'oublie
Aux soleils couchants.

Et d'étranges rêves,
Comme des soleils
Couchants, sur les grèves,
Fantômes vermeils,

Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
A de grands soleils
Couchants sur les grèves.


Paul Verlaine


vendredi 27 juillet 2018

Contempler, s'émerveiller

Quand on vieillit, il faut - paraît-il - profiter  des moments qui vous procurent un sentiment de bien-être. Ce moment d'émerveillement et presque d'abandon de soi - s'oublier, ne plus se voir mais porter son regard  sur ce qui est tout près de vous, sur la beauté, qui vous imprègne même si vous pensez être transparente - d'ailleurs vous l'êtes pour les autres et vous aimeriez tant, surtout, l'être pour vous, ne plus vous regarder, ne plus vous voir, pour essayer non pas de vous aimer - ça c'est fichu - mais de vous supporter. C'est bien la preuve que je parle d'une autre que moi; je ne suis plus moi. Bonjour vieillesse, je ne me reconnais plus; j'arrive pourtant, parfois, à me faire rire. La seule chose que vous supportez en vous, par obligation, ce sont vos douleurs. Ce n'est pas une mince affaire.

Bref, malgré ces propos, ces lamentations lamentables, eh bien oui, je peux encore savourer ces moments d'émerveillement, de contemplation. Ces petits riens, tout simples, comme ce 13 juillet, à Concarneau, après une séance de Kiné Vestibulaire, dans un état semi vertigineux mais j'allais mieux qu'à la première séance dix jours plus tôt - nouvelle crise de vertiges après une année de rémission -, je rentrais sans complexe dans le parking de la thalasso où je n'avais rien à faire, sinon, trouver une place tout de suite quand elles étaient introuvables en bord de mer; je passais tout de même à la réception demander une brochure, histoire d'avoir un argument pour occuper le parking; puis je traversais la route et d'un pas soudain vaillant - toujours sans complexe puisque j'étais transparente - j'entrais dans cet hôtel où j'ai été fort bien accueillie au bar. Je commandais un café, un mini croissant (le garçon me demanda si je n'en voulais pas deux : ils sont très petits me dit-il; je lui dis : non merci, un seul me suffira) et un jus d'orange s'il vous plaît, il était 11 heures et mon rendez-vous kiné ne m'avait pas laissé le temps de m'attarder sur mon petit déjeuner. Mon Dieu, que j'étais bien sur cette terrasse, à l'ombre, à observer les gens sur la plage. Pas envie de lire mon magazine; il était sur la table pour faire décoration. Mmm ! Et l'addition ne fut même pas salée : le café 1,70 euros, le mini croissant 0,70. Incroyable, hôtel 4****. J'ai toujours aimé tu m'as fait aimer les bars d'hôtels : calme, service affable et volupté.







"Il me semble que désormais mes seuls rapports heureux avec moi-même, en dehors des autres êtres et des quelques moments d'exaltation ou de bien-être physique que la nature me procure, ne pourront être que littéraires." 
Françoise Sagan


lundi 22 janvier 2018

Georges Perros, Une vie (pas si) ordinaire

Journal.
31 décembre 2017.

Je relisais depuis deux jours Poèmes Bleus de Georges Perros.

KEN AVO

J'avais quitté la Seine-et-Oise de bon matin
Ma mansarde là-haut, sur la colline
Où l'on observe les astres et les fusées
Mon poêle à pétrole, mes pipes
Mes livres, mes poussières, ma fenêtre
D'où je pouvais ne pas regarder la Tour Eiffel
Qui tourne de l’œil tous les soirs
Le Panthéon, le Sacré-Coeur, ce fromage blanc
D'autres choses encore, indicibles
Pour le moment,
Les toits de Paris.
J'allais une fois encore vers cette Bretagne
Qui m'a très jeune fasciné
Qui m'est aimant quand je suis loin
Qui m'est douleur quand de trop près
J'en subis la loi inflexible
De pierres de ciels d'horizons.
[...]





Georges Perros (1923-1978)



Photos capturées lors de l'exposition (2016)  à Douarnenez
A hauteur d'homme
qui rendait hommage au  photographe Michel Thersiquel



Michel Thersiquel (1944-2007), Autoportrait 

"Avant d'entamer une carrière d'écrivain, Georges Perros étudie d'abord le piano puis l'art dramatique au Centre du Spectacle de la Rue Blanche avant d'être reçu à la Comédie-Française. Ce qui lui permettra de rencontrer Jean Grenier lors d'une tournée de la compagnie au Caire. Puis, aux côtés de son ami Gérard Philipe, il est au festival d'Avignon avec Jean Vilar, Maria Casares, Maurice Jarre le musicien, la photographe-cinéaste Agnès Varda, Jeanne Moreau et beaucoup d'autres jeunes artistes dont beaucoup deviendront célèbres. Il devient lecteur pour Jean Vilar au TNP du théâtre de Chaillot. S'ennuyant à la figuration théâtrale, il décide de quitter la scène pour se consacrer à la littérature, publiant dès 1953 ses premières notes dans La Nouvelle Revue Française de Paulhan, et traduisant des pièces de Tchekhov et Strindberg." (La suite sur Wikipédia).
C'était la première fois que j'entendais la voix, grave, de Perros, grâce à cette épatante vidéo. Je ne connaissais de lui que ses livres, sa poésie et des photos, figées. J'étais un peu émue par sa simplicité, sa pudeur, son humour et son sourire indicibles.

"Tout m'émeut comme si j'allais disparaître dans le moment ce n'est pas toujours amusant." (Georges Perros)




En rédigeant ce billet, je découvrais qu'il existait une carte postale sonore (un CD de 28 minutes) réalisée en 1983 par un admirateur de Georges Perros : Yann Parenthoën "immense producteur de Radio France, qui reçu en 1984 le prix des Gens de Lettre pour cette pièce". 
Pour écouter le court extrait de ce documentaire Georges au Sporting, c'est ici. Et pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas ses Papiers mâchés (sic) *sourire*, se référer à ses Papiers collés et à cette biographie sur le site Esprits nomades.
Pour poursuivre mon immersion, je cédais, ce 31 décembre, à l'envie de découvrir ce café Le Sporting "où Georges Perros avait ses habitudes". Je partais en voiture en milieu d'après-midi, je tenais le volant fermement, je n'étais pas vraiment rassurée dans ma petite automobile; j'avais l'impression qu'elle allait s'envoler, le vent soufflait en tempête depuis deux jours. On avait eu Bruno, Carmen (0_0) suivait... en attendant Eleanor (quelle fin d'année!). Le 1er janvier à 8 heures, un orage magnifique me laissa dans le noir une bonne heure avec un grille-pain, une bouilloire et un téléphone détériorés par la foudre; je n'avais rien débranché, ça m'apprendra! J'avais eu le temps de chauffer de l'eau dans la bouilloire pour mon thé, de griller mes toasts, j'allumais des bougies et je commençais l'année 2018 ainsi, c'était bonnard! Bizarrement, je jubilais. Donc, le 31 décembre - j'y reviens  à Georges Perros - je roulais dans la tempête; tant pis, je fonçais. Je n'avais rien trouvé sur Internet, pas de café Le Sporting à Douarnenez; j'espérais tout de même le trouver, j'avais le nom de la rue.
Je me garais dans cette rue en arrivant. En ouvrant la portière, celle-ci m'échappa des mains brutalement par la puissance du vent. Bon, va falloir s'accrocher! Sûr que Bécassine, ce jour, aurait pu faire sa maline Marilyn !



La rue n'était guère avenante, le temps n'arrangeait rien. Chercher ce bistrot à l'aveuglette n'était pas une bonne idée. Je décidais d'aller sur la petite place devant les Halles et de demander le renseignement dans un des cafés - qui me rappelait de bons souvenirs : un ami parisien, artiste, originaire de Douarnenez m'y avait emmenée, il connaissait tout le monde et ce jour-là, la terrasse était pleine. Mais aujourd'hui le café était fermé. Une affiche indiquait : 31 décembre, ouvert de 17 h à 22 h. Il était 15 h 29 minutes 14 secondes (hi!) horaire exact de ma prise de vue. Je n'allais pas poireauter dans ce vent fou et, glacial. Je collais mon objectif contre la vitre et photographiais l'intérieur (Miss Marple a toujours besoin de justificatifs de recherches. Non mais! A vrai dire, je n'ai rien d'une Miss Marple, moi j'ai la bougeotte et je serais plus proche du grain de folie de ... ).




J’aperçus alors un petit café à cinq mètres de celui-ci, avec de la lumière, Le Malamock j'entrais pour demander où - s'il existait toujours - se trouvait le bar Le Sporting? Une femme était derrière le zinc, seule, pas un client, "accompagnée" d'une musique tonitruante. Je la saluais avec le sourire et lui posais ma question. - Il n'existe plus depuis longtemps me dit-elle. Je lui parlais de Perros pour expliquer ma démarche mais j'ai eu l'impression que ce nom n'évoquait pas grand chose pour elle : - je ne suis ici que depuis cinq ans dit-elle en s'excusant de ne pouvoir m'aider. Je la remerciais - elle était aimable - et ne prenais pas le temps d'y prendre un café, la musique agressait mes oreilles. Je n'osais pas photographier la devanture en partant. Je trouvais celle-ci sur Internet (avec un ciel bleu qui n'était pas du tout celui du jour).



Donc, pas de bar Le Sporting où Perros allait prendre son café thé le matin, il n'existait plus. Mais non, je n'avais pas fait ce trajet pour rien, je n'étais pas restée à regarder mollement le vent souffler sur ma terrasse, j'avais pris un bol une soupière d'air, je remontais vers ma voiture, avec mes lunettes de soleil pour empêcher mes yeux de couler et le vent de les fouetter. Même pas envie de traîner ni d'aller prendre un thé pour me réchauffer; c'est glauque d'entrer, seule, dans un café un 31 décembre. Vite, à la maison, in my sweet home. J'allais passer un bon réveillon, j'avais emprunté à la médiathèque un film de 3 h 30!!! de Manoel de Oliviera : Val Abraham, d'après l’œuvre originale de Agustina Bessa-Luis, roman d'après Madame Bovary de Flaubert. Mmm! Je devais avoir envie de me "prendre la tête" (j'adore les films de Oliviera), mais là j'ai dû voir le film en deux soirées. Pour un 31 décembre c'était sacrément intellectuel. Bouh!  Les plans étaient tellement lents, j'avais l'impression de vivre un temps réel, impressionnant. Intéressant mais, trop long. Vu il y a quelques semaines, toujours de Manoel de Oliviera, Film parlé, que j'ai beaucoup aimé, et en bonus une interview du réalisateur. Comment font-ils ces nonagénaires (cf. Jean d'Ormesson) pour être si brillants, pour avoir l’œil aussi vif et le verbe aussi facile à cet âge. Oliviera est mort en 2015, à 106 ans. Le 24 décembre j'avais regardé un film-documentaire sur Roy Lichtenstein, plus reposant (quoique avec une longue séquence où la journaliste-galeriste visite l'atelier de l'artiste dans un bruit de perceuse, de ponceuse épouvantable qui ne semble pas gêner Lichtenstein puisqu'il n'intervient pas pour faire cesser ce bruit, auquel se rajoute un téléphone (fixe) qui ne cesse de sonner).

Journal
Du 2 au 19 janvier 2018.

Je tentais d'en finir avec ce billet, je n'y arrivais pas, passant d'un sujet (personnage) à l'autre, mes recherches n'en finissaient pas; du coup, je procrastinais, non ce n'est pas vrai, la vérité : j'avais trop mal aux bras pour continuer de taper sur mon clavier.. J'avais terminé de relire Poèmes Bleus depuis longtemps, je les aimais. Coïncidence, le 5 janvier, France Culture diffusait une émission, Poésie et ainsi de suite : Dans les pas de Georges Perros, que j'écoutais. Décidément, mon immersion perrossienne était totale et j'apprenais par ailleurs que, dans quelques jours, le 24 janvier cela fera 40 ans que le poète a disparu. Sans le savoir ni préméditation, je lui rendais hommage. Je revisionnais les photos que j'avais faites à l'exposition Michel Thersiquel et cela m'amenait vers d'autres poètes bretons...

Xavier Grall, (1930-1981) dont j'ai souvent parlé 
et dont la culture va bien au-delà de la Bretagne 



Photos Michel Thersiquel



Glenmor, que je connais moins
et qui est pourtant une figure importante
de la culture bretonne


Glenmor, le barde dit Milig (1931-1996)
Photo Michel Thersiquel 

 (Cliquer puis afficher pour lire)

Et voilà, je ne devais parler que de Georges Perros, mon je a repris le dessus. Durant cette longue et pénible période de fêêêêttttes, vu quelques films au cinéma: : Santa & Cie (mais qu'est-ce qui m'a pris d'aller voir ce film mortel destiné aux enfants, tsss! me suis ennuyée), Un homme intègre, film iranien de Mohammad Rasoulof, magnifique, révoltant, désespérant (à voir absolument)  et Vers la lumière film japonais de Naomi Kawase, les critiques ne sont pas enthousiastes mais j'ai aimé ce film; peut-être parce que c'est un artiste (photographe) qui perd la vue et qu'un artiste qui ne peut plus créer ni s'adonner à sa passion me touche, particulièrement. La relation qui se noue entre les deux personnages du film (la jeune fille qui fait de l'audiodescription de film pour des aveugles et, le photographe qui peu à peu perd la vue) était bouleversante, sans tomber dans le pathos (prétendu par certains critiques en France, en Suisse on aime). Cet appareil de photo, superbe, le "cœur" de l'artiste (un Rolleiflex), c'est bien son cœur qu'il tient dans sa main quand il le manipule... bon je ne raconte pas la fin (et je raconte si mal) mais je t'ai revu mon Amour quand tu ne pouvais plus tenir ton pinceau, ta brosse, ni soulever une toile pour la poser sur ton chevalet. Je comprenais d'autant mieux pourquoi le photographe refusait l'aide de la jeune Misako. Alors, oui, j'ai eu de la glycérine aux mirettes durant une bonne partie du film. J'avais regardé la bande-annonce avant d'aller le voir et j'avais prévu des kleenex. Mmm ! De plus, je crois que j'avais envie de pleurer, depuis... longtemps et que le film n'était peut-être qu'un prétexte pour laisser couler ces larmes. En sortant de la salle obscure, il tombait des cordes, une aubaine, je me cachais sous mon parapluie.

Journal.
Dimanche 21 janvier 2018.

C'était donc il y a 41 ans...


Lundi 22 janvier.

Aujourd'hui, ça fait exactement 85 jours que je n'ai pas joué au golf, et je ne constate guère d'amélioration pour mes (oui, mes, les deux bras sont atteints) tendinites. Enfin, j'exagère un peu, il y a une amélioration, les douleurs diminuent. Mes séances chez le kiné tous les deux jours me remontent le moral - je n'y vais pas à reculons - et le temps pourri me console.

=0=0=0=0= 

L'amour qu'on éprouve pour un pays
Cela tient à rien
A un bout de ciel détaché
Qui vous prend le cœur en écharpe
Les hommes s'éloignent un peu
L'homme que l'on se sent parfois être
On se hait plutôt que l'on s'aime
Entre nous, entre soi et soi
C'est grand dommage
Mais comment faire pour s'aimer
Plus qu'il n'est permis entre humains?
[...]
[...]

=0=0=0=0=

[...]
Je t'invite à te recueillir
A t'introduire
A l'intérieur de cette région en toi
Restée vierge
Cette région de confidence indicible
Que le rêve habite
Où il revient faire son lit
Ou son nid car il est oiseau
Au rythme de la pulsation horizontale
Quand le sablier se retourne du bon côté
Quand cesse le bruit
De ce langage de politesse et d'ennui
Qui nous va si mal et si bien
Cela dépend des circonstances
[...]
Ce langage inoffensif et roucoulant
Que l'on connaît :
" J'ai vraiment été très heureux de vous connaître...
Vous avez le téléphone?
Il faudra que vous veniez avec votre femme un soir.
Vous jouez au bridge?
Vous travaillez en ce moment?
On devrait vivre six mois à Paris et six mois à la campagne.
Je me demande s'il a vraiment quelque chose à dire...
On ne se voit pas assez, mais Paris...
Il faut absolument que je vous le fasse connaître, un type délicieux.
Et ce prochain livre, il avance?
On vit vraiment comme des fous...
Téléphonez-moi, téléphonez-moi..."

Et ce langage chuchoté 
Dans la chambre à côté
Qu'on entend sans le faire exprès
Ce langage des couples chez eux...
"Tu n'aurais pas dû lui raconter ça, il a fait une drôle de tête.
Elle est plus sympathique que lui, tu ne trouves pas?
Dans le fond, on ne devrait recevoir personne...
Le gigot était un peu trop cuit...
Je me demande s'ils s'aiment toujours...
Qu'est-ce qu'elle te racontait dans la cuisine?
Il a pris un coup de vieux, tu ne trouves pas?"

La vie est longue ainsi parlée
O le froissement des mots
Et des vêtements que l'on retire
Avec difficulté
Les bruits de chaussures qui tombent
Sur le parquet
Le bruit que font les ressorts du lit
Quand les corps s'y couchent ensemble
Et qu'un grand soupir salutaire
Vient sonner le carillonnement
De la journée enfin finie
O le sommeil tonitruant

Des deux corps comme deux semelles
Sous les draps de la nuit tombée
O les corps que nous transportons...

[...]

Poèmes bleus (extraits)
Georges Perros (23 août 1923, Paris - 24 janvier 1978, Douarnenez)