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dimanche 24 mars 2019

Souffrance ou Douleur




"Je connaissais mal les femmes, à cette époque. Je les connais toujours mal d'ailleurs. Les hommes aussi. Les animaux aussi. Ce que je connais le moins mal, ce sont mes douleurs."

Samuel Beckett, Premier amour.


Masque tragique sur la façade du héâtre dramatique royal à Stockholm


Bienheureux ceux qui ne connaissent pas la douleur. Existent-ils ?


"La souffrance, ou la douleur au sens large, est une expérience de désagrément et d'aversion liée à un dommage ou à une menace de dommage chez l'individu. La souffrance est l'élément fondamental qui constitue la valence négative des phénomènes affectifs.
La souffrance peut être physique ou mentale, selon qu'elle se rattache principalement à un processus somatique ou psychique dans un organisme. La douleur (comme sensation), la nausée, la détresse respiratoire, et la démangeaison sont des exemples de souffrance physique. L'anxiété, le deuil, la haine, l'ennui sont des exemples de souffrance mentale. L'intensité de la souffrance peut présenter tous les degrés, depuis l’anodin négligeable jusqu’à l’atroce insupportable. En même temps que l’intensité, deux autres facteurs sont souvent pris en considération, la durée et la fréquence d’occurrence. L'attitude des individus envers la souffrance peut varier énormément, selon la mesure où, estiment-ils, elle est légère ou sévère, évitable ou inévitable, utile ou inutile, méritée ou imméritée, choisie ou non voulue, acceptable ou inacceptable, de conséquences mineures ou graves. 

Les mots douleur et souffrance peuvent prêter à confusion et demander une attention particulière."
 
(Wikipédia, lire la suite)

samedi 23 février 2013

QUELQU'UN... d'intransigeant

"J'écris comme je me parle.
Le ton est vital."
Robert Pinget

Robert Pinget présente son livre Quelqu'un
LECTURES POUR TOUS - 01/12/1965 - 08min05s
Samuel Beckett par Robert Pinget
LE CERCLE DE MINUIT - 23/06/1997 - 02min56s

"Robert Pinget parle de Samuel Beckett, avec beaucoup de chaleur, de leur amitié. Beckett, très amical, chaleureux, au coeur magnifique et d'une érudition extraordinaire, Robert Pinget a beaucoup admiré sa conscience professionnelle à trouver chaque mot, très exigeant. Beckett avait horreur du mensonge dans la vie et d'un caractère intransigeant, il est mort tout doucement comme ses personnages... dans cette pension, minable."

Parce qu'il aimait Samuel Beckett et Robert Pinget
parce qu'il les admirait, parce qu'il leur ressemblait,
 ces vidéos pour accompagner... "un coeur magnifique".

samedi 9 juillet 2011

De l'infinie solitude à la chaleur humaine

"Quand on fait une ascension en montagne, il faut partir comme un vieux pour arriver comme un jeune".
Jean-Quentin Châtelain, acteur Suisse, lors d'un entretien hier soir  avec Laure Adler dans l'émission Hors-Champs. Il y fut aussi question de l'infinie solitude de l'homme. Passionnant.
Il joue actuellement dans Fin de partie de Samuel Beckett au Théâtre de la Madeleine.

Hier encore :
J'entre  dans le magasin Harmonia Mundi, à la recherche de quelques CD et DVD. Difficile d'approcher des bacs, l'endroit est minuscule et noir de monde. Il  plane ici quelque chose d'impalpable, une ambiance particulière, agréable. Il y fait cependant un chaleur torride, un pauvre ventilateur brasse de l'air chaud, c'est vite intenable. 5 mn : j'enlève ma veste, 10 mn : j'enlève un pull (oui dehors on supporte le pull)! Ouf! J'ai trouvé ce que je cherchais, deux DVD pour mes petits neveux. A la caisse je dis à la vendeuse au visage lumineux :
- Quelle chaleur ici, c'est dur pour vous.
- Pas du tout, c'est de la chaleur humaine me répond-elle avec le plus beau des sourires.
Oui, vraiment, il y a dans cette boutique quelque chose d'impalpable.
Ce devait être cela : "de la chaleur humaine".

samedi 1 mai 2010

Ô Beckett, L'irlandais magnifique


En empruntant à la bibliothèque ce livre de Beckett je ne m'attendais pas à trouver cet humour incroyable, magnifique, je pourrais même dire cette dérision, pourtant je la connais cette dérision, pour avoir vu ses pièces de théâtre. Malone figé dans une chambre, gisant dans son lit en attendant sa mort prochaine m'avait laissé penser que j'allais devoir m'accrocher. Oh que non, je viens de finir Malone meurt et je vais acheter le suivant de la trilogie, L'innommable puisqu'ils ne l'ont pas à la bibliothèque. Quelle écriture, quelle richesse dans la réflexion, quelle poésie. Ce Macmann est sans doute aussi Malone... Cet extrait est un peu long mais ce n'est pourtant qu'un des passages succulents de ce livre. Tout n'est pas joyeux dans cet ouvrage : la vie, la mort, l'absurdité de la condition humaine mais c'est tellement ce que je ressens, comme sans doute chaque lecteur de Beckett.

"Cette première phase, celle du lit, fut caractérisée par l'évolution des rapports entre Macmann et sa gardienne. Il s'établit lentement entre eux une sorte d'intimité, qui les amena à un moment donné à coucher ensemble et à s'accoupler du mieux qu'ils le purent. Car étant donné leur âge et leur peu d'expérience de l'amour charnel, il était naturel qu'ils ne réussissent pas du premier coup à se donner l'impression d'être faits l'un pour l'autre. On voyait alors Macmann qui s'acharnait à faire rentrer son sexe dans celui de sa partenaire à la manière d'un oreiller dans une taie, en le pliant en deux et en l'y fourrant avec ses doigts. Mais loin de se décourager, se piquant au jeu, ils finirent bien, quoique d'une parfaite impuissance l'un et l'autre, par faire jaillir de leurs sèches et débiles étreintes une sorte de sombre volupté, en faisant appel à toutes les ressources de la peau, des muqueuses et de l'imagination. De sorte que Moll s'écriait, étant la plus expansive des deux (à cette époque), Que ne nous sommes-nous rencontrés il y a soixante ans! Mais avant d'en arriver là que de marivaudages, de frayeurs et de farouches attouchements, dont il importe seulement de retenir ceci, qu'ils firent entrevoir à Macmann ce que signifiait l'expression être deux. Il fit alors d'incontestables progrès dans l'exercice de la parole et apprit en peu de temps à placer aux bons endroits les oui, non, encore et assez qui entretiennent l'amitié. Il pénétra par la même occasion dans le monde enchanté de la lecture, car Moll lui écrivait des lettres enflammées et les lui remettaient en mains propres. [...] Pendant la lecture Moll se tenait un peu à l'écart, les yeux baissés, en se disant, Il en est là... là... là, et gardait cette attitude jusqu'à ce que le bruit de la feuille remise dans l'enveloppe lui annonçât qu'il avait finit. Elle se tournait alors vivement vers lui, à temps pour le voir qui portait la lettre à ses lèvres ou la pressait contre son coeur, autre souvenir de quatrième. Ensuite il la lui rendait et elle la mettait sous l'oreiller avec les autres qui s'y trouvaient déjà, arrangées par ordre chronologique et attachées avec une faveur. Ces lettres ne variaient guère quant à la forme et à la teneur, ce qui pour Macmann facilitait grandement les choses. Exemple. Chéri, il ne se passe pas un jour que je ne remercie Dieu, à genoux, de t'avoir trouvé, avant de mourir. Car nous mourrons bientôt tous les deux, cela tombe sous le sens. Que ce soit au même instant précis, c'est tout ce que je demande. D'ailleurs j'ai la clef de la pharmacie. Mais profitons d'abord de ce superbe couchant, inopiné pour en dire le moins, après la longue journée d'orage! N'es-tu pas de cet avis? Chéri! Que ne nous sommes-nous rencontrés il y a soixante-dix ans! Non, tout est pour le mieux, nous n'aurons pas le temps d'apprendre à nous abominer, de voir notre jeunesse s'en aller, de nous rappeler dans la nausée l'ancienne ivresse, de chercher chez les tiers, chacun pour soi, ce qu'ensemble nous ne pouvons plus, enfin bref de nous habituer l'un à l'autre. Il faut voir les choses comme elles sont, n'est-ce pas mon loulou? Quand tu me tiens dans tes bras, et moi toi dans les miens, ce n'est pas grand chose évidemment, par rapport aux frénésies de la jeunesse, et même de l'âge mur. Mais tout est relatif, c'est ce qu'il faut se dire, aux cerfs et aux biches leurs besoins et à nous les nôtres [...] Et pour n'avoir jamais servi, jamais compris, nous ne sommes pas sans fraîcheur ni innocence, à ce qu'il me semble. Conclusion, c'est pour nous enfin la saison des amours, profitons-en, il y a des poires qui ne mûrissent qu'en décembre. Pour ce qui est de la marche à suivre, remets-t'en à moi, nous ferons encore des choses étonnantes, tu verras. Quant au tête-bêche, je ne suis pas de ton avis, j'estime qu'il faut persévérer. Laisse-toi faire, tu m'en diras des nouvelles. Gros polisson, va! Ce sont tous ces os qui nous gênent, c'est un fait certain. Enfin, prenons-nous tels que nous sommes. Et surtout ne nous frappons pas, ce ne sont là que des amusettes. Pensons aux heures où, enlacés, las, dans le noir, nos coeurs peinant à l'unisson, nous entendons dire au vent ce que c'est que d'être dehors, la nuit, en hiver, et ce que c'est que d'avoir été ce que nous avons été, et sombrons ensemble dans un malheur sans nom, en nous serrant. Voilà ce qu'il faut voir. Courage donc vieux bébé poilu que j'adore, et gros baisers là où tu devines de ta Poupée Pompette."

Samuel Beckett, Malone Meurt, p. 143 à 147, éditions de Minuit, Collection "double".

"Quand tu me tiens dans tes bras, et moi toi dans les miens..."

vendredi 5 mars 2010

En attendant Godot

Samuel Beckett

Vladimir (Gilles Arbona) et Estragon (Thierry Bosc)
En attendant Godot


Je pense que si l'on fait une recherche sur Google on trouvera des dizaines de billets de blogueurs et d'articles sur cette pièce. Alors je m'en tiendrai à ces quelques mots après l'avoir vue il y a deux jours.

Tout d'abord le théâtre était - comme d'habitude ici - archi plein et merveille j'étais entourée de jeunes gens et jeunes filles, des lycéens, des étudiants; évidemment pensai-je, ils étudient Beckett, on leur a dit : vous devez aller voir En attendant Godot, peut-être viennent-ils à contre coeur? Mais il suffisait de sentir leur intérêt et même parfois d'entendre leur rire discret et même plus appuyé, leur émotion, oui leur émotion je la percevais, en même temps que la mienne, pour savoir qu'ils ne regrettaient pas d'être venus. Et çà participait à mon bonheur de partager ce moment avec cette jeunesse.

""1953 : pièce d'avant-garde. 1956 : pièce bourgeoise. 1961 : spectacle officiel" ainsi résumait-on la carrière d'En attendant Godot, il y a près d'un demi siècle. On l'a qualifiée de nihiliste, de poétique, de choquante, d'insolite, de féroce, de révolutionnaire et même de classique. Des images devenues des clichés : deux vagabonds en chapeau melon, un arbre étrange, un homme qui mène au bout d'une corde son esclave aux cheveux blancs. Un pièce métaphysique jouée par des clowns! La condition de l'homme et son immense difficulté à "être"."
Je pense que chacun prend ce qu'il veut de cette pièce, de ce texte, de la désespérance ou de l'espérance, de ces deux amis qui n'arrivent pas à se quitter, et après ces deux heures dix sans entracte on ne peut qu'applaudir, siffler de bonheur d'avoir été ému grâce à Samuel Beckett, à la mise en scène de Bernard Levy et à Vladimir et Estragon (Gilles Arbona, Thierry Bosc). Ce fut pour moi encore une soirée jubilatoire et enrichissante.

Réussir à faire passer tant d'émotions dans une pièce où il ne se passe rien, c'est magnifique.

Beckett précise en janvier 1952 dans une lettre à Michel Polac :
« Je ne sais pas plus sur cette pièce que celui qui arrive à la lire avec attention. [...] Je ne sais pas qui est Godot. Je ne sais même pas, surtout pas, s'il existe. [...] Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé, à emporter après le spectacle, avec le programme et les esquimaux, je suis incapable d'en voir l'intérêt. Mais ce doit être possible. »

mercredi 3 mars 2010

Parle moi d'amour

Ce matin j'avais envie de parler d'amour, je trouvais qu'il y avait longtemps que je n'en avais pas parlé. Je me disais une fois de plus : c'est la seule chose qui aura vraiment compté dans ma vie et tous les mois, années que j'aurai vécus sans amour auront été des mois des années vides de sens. Je n'ai vécu, je ne vis que pour aimer, je crois que je pourrai mourir en me disant que j'ai bien vécu. Combien de mots, de lettres d'amour ai-je pu écrire dans ma vie? Impossible de les compter. Il ne me suffisait pas d'aimer, il fallait que j'écrive ma passion, mon amour. Hier je lisais dans les Chroniques de Philippe Sollers du JDD celle-ci sur les Lettres d'amour :

" Voyons maintenant ce qui se passait dans le sud-ouest de la France, entre 1783 et 1786. On vient de retrouver aux Archives nationales un tas de lettres d'amour adressées à son cousin par une jeune femme de 25 ans, Rose. La plupart sont codées pour échapper à la surveillance locale, et elles dorment là, en vrac, avec une mèche de cheveux blonds tressée à un ruban bleu. Vous lisez bien : "Je t'aime depuis que je respire et pour la vie." Et encore : "Plus l'amour est mystérieux, plus il a de charmes. S'il était su, mon coeur s'affaiblirait." Et encore : "Il suffit que deux coeurs s'entendent, ils ont mille moyens de communiquer sans le secours de la parole." Et encore : "Je n'aime pas les gens mélancoliques, je dois aller te voir demain, prépare-toi dès aujourd'hui à me faire gracieuse mine, je veux te voir un visage riant, je te jugerai en rentrant et si je n'en suis pas contente, je m'en retournerai aussitôt." Casanova dans une lettre à une de ses amies a le même ton décisif : "Sois gaie, la tristesse me tue.""

En lisant cela je me dis que si on trouvait mes lettres d'amour, on me brûlerait vive!

Hier soir, tout à fait par hasard, j'ai cliqué sur un nom et je suis tombé sur un blog que j'ai trouvé absolument terrible. La personne y parle ma foi de choses intéressantes : de ses écrivains favoris, de la musique qui la touche et de bien d'autre chose et puis, je découvre, sa vie, en temps réel, son Amour (malade) qu'elle ne veut pas perdre, lui demandant de ne pas mourir; bref en lisant cela on ne devrait avoir que de la compassion et les commentaires ne s'en privaient pas (et c'était peut-être çà le pire). Et je me suis sentie très mal à l'aise. J'ai trouvé çà gênant, et mon malaise - grandissant en lisant les commentaires - n'avait en fait de raison d'être que parce que je me suis sentie nulle, parce que ici aussi il m'est arrivé, il m'arrive de parler de mon Amour. OK il est mort mais l'autre amour, qui fut si bref, j'en ai parlé aussi. Mais c'est d'un nul. Parce que ici, c'est la toile, ce n'est pas mon Journal intime. Mais le pire, je ne l'ai pas atteint, heureusement, en ouvrant les commentaires. Parce que commenter un Journal intime, non merci. Ce qui est terrible en fait, c'est qu'on ne se rend pas compte quand on écrit qu'on est lu, on se croit seul derrière son écran et on oublie qu'il y a peut-être des tas de gens qui vont vous lire... même si vous n'ouvrez pas les commentaires.

Après avoir parcouru ce blog je me suis dit : il faut que tu arrêtes de parler de toi, de ta vie. Il faudrait donc que j'arrête d'écrire sur la toile, parce que je ne sais pas parler d'autre chose que de moi. Il me reste deux solutions : arrêter d'écrire ici ou fermer l'accès. Mais alors, ma-solitude-mon-amour va passer du virtuel au réel? Pfff!

Bon, En attendant... Godot, je vais y réfléchir! (Ce soir je vais voir la pièce de Samuel Beckett)...

mardi 3 novembre 2009

De l'absurde


Nell et Nagg, les parents de Hamm, ont perdu leurs jambes lors d'un accident de tandem et vivent désormais dans des poubelles.

Fin de partie, Samuel Beckett


Hamm, aveugle paraplégique, occupe le centre de la scène. Il entretient avec son valet et fils adoptif Clov une relation étrange, "sado-masochiste" et pathétique. Celui-ci affirme vouloir le quitter ou le tuer mais n'a le courage de faire aucune de ces deux choses pendant toute la pièce.

Ils bavardent pour tuer le temps et, dans ce dialogue, on décèle à la fois de l'absurdité et la sensation de vide, le tout mis en scène à travers l'humour noir et le registre tragique de Beckett.
De nombreux silences (...) et répétitions comme toujours dans le théâtre de Beckett.

- Clov : J'ai une puce
- Hamm : Une puce? Il y a encore des puces?
- Clov : A moins que ce ne soit un morpion?
- Hamm : Mais, à partir de là, l'humanité pourrait se reconstituer..., attrape-la, pour l'amour du ciel.
- Clov : je vais chercher la poudre
- Hamm : Une puce... c'est épouvantable... quelle journée
- Clov : Je suis de retour... avec l'insecticide
- Hamm : Flanque lui en plein la lampe
- Clov : La vache...
...
- Hamm : Tu l'as eue?
...
- Clov : On dirait...
...
- Clov : ...à moins qu'elle ne se tienne coït(e)? (Il prononce coït)
- Hamm : Coït?... Coite tu veux dire... A moins qu'elle ne se tienne coite!
- Clov : Ah! on dit coite? ... On ne dit pas coït?
- Hamm : Mais voyons... si elle se tenait coït, nous serions baisés.

Evidemment, c'est un texte à écouter, à voir plus qu'à lire, pour en saisir toute la dérision, l'absurdité et, l'humour.

jeudi 29 octobre 2009

Oh les beaux jours

Oh les beaux jours, Samuel Beckett

Salle d'attente, première visite, je la découvre. Buffet style 1920 mais sans style avec des petits rideaux merdiques sur les portes. Chaises style renaissance espagnole mais sans style, genre l'affaire du siècle dénichée dans un vide grenier. Des revues sur une table basse, plateau en céramique, pied en fer forgé! Au mur quelques recommandations concernant la santé de... nos pieds et trois reproductions sous verre de fleurs dans des vases, impression de respirer une eau croupie, ça sent le renfermé. A l'angle de la pièce un grand bouquet de fleurs artificielles. Au plafond, une ampoule protégée par une cloche en papier plié comme un éventail. Le mauvais goût dans toute sa splendeur. Un bon point : la fenêtre est ouverte!

J'évite en général de lire les magazines des salles d'attente, je n'ai pas attendu la phobie de la grippe A pour craindre les microbes chez les toubibs. Je prévois de la lecture, et je lis :

""Rien n'est plus difficile à supporter qu'une suite de beaux jours" . En citant cette phrase de Goethe, Freud rappelle à quel point le bonheur est utopique. Du bonheur, si tant est qu'il existe, on dira donc qu'il est imprévu, discontinu et surtout évanescent. Or qu'est-ce qu'une suite de beaux jours, sinon la négation de la surprise, du contraste, de la fuite qui donnent son sens au bonheur? La répétition climatique engendre la désespérance : elle amenuise chaque jour les chances de surgissement de l'imprévisible. Et c'est finalement l'agonie quotidienne du désir, la disparition progressive du manque qui, paradoxalement, rend la poursuite de la vie insupportable". (Nicolas Tenaillon, Philosophie Magazine).

Ah mais, qu'en termes clairs ces choses-là sont dites! C'est pourquoi j'aime tant le climat breton, le temps ici est si imprévu que c'est tout à fait çà : quand il se met à faire beau cinq jours de suite, le spleen m'envahit. Bon, cinq jours de suite de pluie, çà ne me rend pas plus joyeuse. Il me faut du contraste, de la surprise, du soleil qui joue à cache cache avec les nuages, un arc en ciel dans de l'anthracite. Comme pour un homme : j'ai besoin d'étonnement, d'émerveillement perpétuel.

... Cà bouge dans la pièce à côté, çà va être mon tour... Je ferme le magazine, je range mes lunettes. Vivement demain... qu'il pleuve!