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jeudi 15 novembre 2018

Une journée idéale

Henry Miller et Hoki Tokuda, sa dernière épouse. Il la rencontre en 1966 (elle avait 29 ans et lui 75 ans), l'épouse en 1967, divorce en 1970. Henry Miller meurt en 1980. Hoki Tokuda est toujours en vie, elle a 81 ans.


Roland Jaccard: «Une journée idéale selon Henry Miller»

Sexe, ping-pong et euthanasie

Évidemment, le sexe mène parfois à l’amour, qui nous entraîne, malgré nous, à nous mettre au service de l’espèce en procréant. Terrible déchéance qui fait de nous des épaves de l’amour. Il est toujours bon de se vacciner contre cette pente fatale en observant le dimanche après-midi sur les grands boulevards ces épaves de l’amour traînant derrière elles leur progéniture comme autant de boîtes de conserve. Henry Miller, tout comme moi, préférait jouer au tennis de table au soleil sous le regard attendri d’une jeune Asiatique. Il était très favorable à l’euthanasie, la seule cause qui lui tenait à cœur* – encore un point commun – ne comprenant pas pourquoi on piquait son chien quand il souffrait, alors que l’homme dégoûté par l’existence est réduit à mendier un «suicide assisté»
[...]
Mais revenons à sa journée idéale : elle commence, et c’est plus important à ses yeux que tout le reste, par se mettre au soleil et nager dans sa piscine de Big Sur. Et, en fin d’après-midi, à jouer pendant une heure ou deux au ping-pong. Une forme d’hédonisme que je partage. Ensuite, après un dîner léger, voir un bon film, de préférence japonais (ils sont moins décevants). Baiser? Pourquoi pas? Mais est-ce bien indispensable à mon âge? se demande-t-il. Ce qui est vrai, c’est qu’une présence féminine, surtout si elle a le charme de l’extrême jeunesse – et Miller n’y était pas insensible –, rend la vie plus intéressante. Souvent exténuante, d’ailleurs. Miller ajoute: «Tout ce mystère sur le sexe… et puis tu découvres qu’il n’y a rien… c’est le vide, une illusion… tu t’enflammes pour [...] Lire l'article ici.
* (Point commun avec moi également. Monsieur Macron, on n'avance pas sur le sujet !)
Je me suis un peu perdue dans les multiples recherches que j'ai faites sur Henry Miller (qui m'a toujours passionnée) et Hoki Tokuda. Ce fut une brève relation, sans sexe, sans amour, on s'en douterait, de la part de Hoki pour Henry. Pour Henry Miller, il y eut plus de tristesse que de bonheur avec Hoki.

Résumées ici, les étapes de sa vie, en Français.

Quelques lettres - en Anglais - de Henry Miller à Hoki Tokuda, qui ne les ouvrait pas; il y mettait pourtant, en plus, son talent de peintre. Elle était sans doute trop jeune pour un vieil homme et, surtout, trop jeune pour avoir l'étoffe d'une femme d'artiste, et quel artiste !
Je ne connaissais pas cette étape de sa vie avec Hoki Tokuda. Je la découvre aujourd'hui.
Chaque étape d'une vie a son importance, celle-ci ne me paraît pas essentielle, au regard du reste, de ce qu'il a vécu. Ce qu'elle a d'essentiel, ce sont les mots qu'elle lui a inspirés.




L'extrait ci-dessous, à lire dans son contexte, que je trouve bouleversant (parce que je vieillis sérieusement) et, d'autant plus, que Miller ne cherche pas à bouleverser :

 "But now let me try to explain myself to you, if I can. The older I get the more I struggle not to make plans in advance, not to think of tomorrow, or yesterday, either, for that matter. I try my best to live day to day, as we say in English. This is a result of my philosophical strain rather than of my innate temperament. I have been all my life a most active man, perhaps too much so. All I ever wanted of life was the freedom to write what I had to express and to do so with perfect freedom. It has been a long hard struggle, and I suppose one might say that I won out. But at what a price! As a result of a my achievement, my fame or success, whatever you wish to call it, the word tries to involve me in things which no longer concern me. Every day of my life, for the last ten years or more, I have to struggle to win a couple of hours which I my truly call my own. The consequence of all this is that I do less and less creative work. I am at the mercy of the world. And since my time on Earth is running short you can well understand how desperate I sometimes feel. I have thought of running off to some remote corner of the Earth, where I might live in peace and do only what I wish to do, but where is that place? Years ago, I thought of going to Tibet or to Nepal or some remote corner of India, but today I haven't the heart to pick myself up and go to such outlandish places. I need some comforts and also some medical attention. And I don't want to leave my son here alone should he be drafted into the military service."

Ici, ce que dit Hoki Tokuda, très brièvement, de sa relation avec Miller :

"If Henry had been my grandfather, it would have been perfect. He was funny — I laughed all the time, and he liked my sense of humor."

"All I ever wanted of life was the freedom to write what I had to express and to do so with perfect freedom." Henry Miller

jeudi 10 avril 2014

Un merveilleux dimanche à Paris



Lettre d’Henry Miller à Emil Schnellock

9 mars 1930

Premier dimanche à Paris,

Peut-être le plus merveilleux dimanche de ma vie ! Réveillé très tôt par les cris des marchands ambulants, chacun poussant son air, un air très beau pour mes oreilles d'étranger. Je me suis précipité dans la rue, et me suis demandé  soudain si c'était dimanche, car les boutiques étaient ouvertes, les ménagères furetaient dans les ruelles, chaussées de pantoufles, les bras chargés de victuailles. L'air est léger, le soleil chaud : un ciel bien de Paris, pas éclatant comme dans le Sud, et pourtant aveuglant, à cause, je pense, de la réverbération sur les murs légèrement gris. Je me promène rue Saint-Séverin, ayant décidé d'aller y jeter un coup d'œil avant le petit-déjeuner. Le service de nettoiement s'affaire avec de grands balais fabriqués avec de longues branches de chanvre grossier. De minces filets d'eau coulent le long des trottoirs, entraînant les ordures dans les fameux égouts, que l'on ne peut, hélas, visiter avant l'été.
Saint-Séverin se dresse dans toute sa beauté éprouvée - très abîmée, très ancienne, très belle dans ce superbe dimanche matin. Je suis presque tenté d'y entrer. Mais pour quoi faire ? C'est beaucoup mieux dehors qu'à l'intérieur, dans la fumée des cierges, et les prières des fidèles. Je m'arrête dans un café proche du Pont-Saint-Michel - « Au Départ », c'est son nom - pour prendre un café crème-croissants. Le bar est plein de monde, sans doute parce que c'est dimanche et que tout le monde s'est levé tôt pour profiter de cette journée de congé. J'examine les visages, bien portants, aimables à mon égard - des visages de paysans, d'une grande énergie, vifs, sensibles, naturels. Ils sont heureux comme nous autres, Américains, ne le serons jamais. Ils paraissent jouir du quotidien comme il se présente, prenant leur plaisir avec simplicité et sans façons, ne demandant rien de plus que d'être ensemble, de bavarder les uns avec les autres, de boire de bons vins, de prendre plaisir à leur savoureuse langue, d'aller au marché aux oiseaux peut-être et d'en ramener un canari ou un pigeon qui roucoule. Cet arche aux oiseaux n'est pas loin - il faut seulement traverser le pont de l'Ile-Saint-Louis, à l'ombre de Notre-Dame. Une chose aussi simple qu'un marché aux oiseaux ou un étal de fleuriste, qui sont nombreux ici, nous en dit beaucoup sur les Français. Des violettes à 1 franc le bouquet - et pas pour un événement particulier, comme d'amener ta petite amie au théâtre, ou de te souvenir brusquement que c'est l'anniversaire de ta femme, mais pour tous les jours, et pour tout le monde.
C'est tranquille et beau, le long de la Seine. Et il y a tant de ponts, chacun portant un nom illustre. Ils m'apparaissent ce matin tels que je les ai vus très souvent sur les peintures. L'eau frissonne doucement et l'ombre des arches tremble et palpite. Des pêcheurs sont là, avec de longues cannes, sur les deux bords du fleuve, et tout au long de son cours, aussi loin que l'on puisse voir. Derrière les contreforts du fleuve, les maisons épousent ses courbes paisibles. Elles s'appuient les unes aux autres, avec paresse, et rayonnent d'une douce et riche lumière. On s'émerveille de leur ancienneté, de ce qu'elles se dressent depuis si longtemps dans leur sérénité et leur éclat. A chaque époque, il y eut des écrivains pour déplorer la disparition du vieux Paris, familier à leur jeunesse, ou qu'avaient décrit leurs parents. C'est vrai qu'il est difficile d'envisager un nouveau Paris. Je crois que Paris paraîtra toujours âgé, comme ses vieux peintres à la barbe vénérable, au regard pétillant. Je crois qu'il aura toujours une saveur merveilleuse comme ses breuvages aux couleurs chatoyantes.
Me voici maintenant Rive Droite ; j'ai dépassé l'Hôtel de Ville, et me retrouve soudain dans le misérable, miteux quartier Saint-Antoine. Beaucoup d'enfants, ici, et on est obligé de les remarquer car on peut se promener pendant des kilomètres quelquefois sans jamais en rencontrer un. Ici, les rues sont terriblement tordues, sombres et étroites. Les maisons paraissent converger au-dessus de nos têtes, et les murs, crasseux et décolorés, montrent de terribles cicatrices. Les ordures s'accumulent ici, au cœur même du vieux Paris. C'est ici qu'un jour de juillet les citoyens ont pris les armes, assoiffés de vengeance. A travers ces rues mêmes, ils ont afflué comme des rats qui désertent un navire en détresse. Ce n'est pas loin d'ici à la Bastille. Plus haut, c'est la rue Saint-Antoine, envahie en ce moment par des charrettes à bras. Scène typique de ghetto, et pourtant bien parisienne. On voit des agents, comme dans toute grande ville, houspillant de pauvres vendeurs, leur cherchant querelle, de façon révoltante, avec l'aide de quelques lois minables. Et comme ces misérables créatures du trottoir sont la plupart du temps des Juifs, ça fait plaisir d'entendre leurs réparties, d'observer les grimaces qu'ils font par derrière, comment ils tirent la langue et font des pieds-de-nez. Il est impossible de décrire toutes les marchandises entassées le long de cette ruelle populeuse. Oranges déjà pelées, lapins écorchés, toutes sortes de coquillages, galoches, champignons, bas de soie à 7 francs la paire (!). Par-dessus tout, les vins et les liqueurs : vieux Porto, très âgé, authentique, d'origine, etc. à moins de 50 centimes le quart de litre, Malaga, Bourgogne, vins d'Anjou, Cognac, fine, whisky, Bénédictine, Chartreuse, Curaçao, crème de menthe. J'ai acheté un flacon de Bénédictine pour 2,50 F et je l'ai descendu au déjeuner. La meilleure chose au monde pour réchauffer le gésier et incendier les entrailles. J'en ai laissé un doigt, pour que la serveuse ait son petit verre, car ça ne se fait pas d'apporter ses propres alcools au restaurant.
Arrivé à la Bastille, je sens que j'ai encore assez d'énergie (à la vue de ce monument à la gloire du courage et du défi) pour continuer. Le bus me transporte, pour 3 centimes, jusqu'à la Porte-Saint-Denis, grande relique délabrée du temps de Louis le Fou. Je sais maintenant que je me trouve dans ce qui est considéré comme la plus vieille rue de Paris : la rue du Faubourg-Saint-Denis. Et quelle rue ! Une des plus fabuleuses du monde, sans doute, vraiment plus intéressante que tout ce que j'ai vu à Londres ou à New-York. Ici, encore plus de charrettes à bras, de boutiques, de foule grouillante, piétinant des tas de détritus dans les caniveaux. Et souvent, de temps à autre, des traverses menant aux rues voisines, certaines couvertes, d'autres à ciel ouvert, la lumière du soleil inondant fortement les pavés. Je pénètre dans ces passages et j'en explore les couloirs et les écuries, je frôle les murs humides, j'examine les panneaux suspendus devant les portes. Lieux fétides, où des sages-femmes font leur réclame et des professeurs de danse garantissent qu'ils peuvent transmettre leur science en douze leçons...

Henry Miller

mercredi 1 janvier 2014

Que la fête commence




Flûte! J'ai eu la flemme de recommencer, j'en reste là. D'ailleurs le but de cet exercice est seulement de vérifier si j'ai toujours une voix. Après tout, ces quelques minutes auront suffi pour le vérifier. Ça m'apprendra à ne pas nettoyer mes verres de lunettes régulièrement. Pfff!
Le texte prévu était tiré de la Correspondance passionnée, Anaïs Nin, Henry Miller, éditions Stock.

Sinon quoi d'autre?

Lundi 30 décembre.

Soirée. Regardé un DVD : Nietzsche, miracle français par Philippe Sollers.



 Capture d'écran

On n’apprend rien sur Nietzsche, et j’ai vraiment l’impression d’en savoir plus que lui (on ne m'appelle pas Modeste). C’est inconsistant, creux, et il ne cesse de ramener Nietzsche à lui-même. Pourtant j’aime bien Sollers (ça étonne quelques amis) mais là, je l’ai trouvé vraiment ennuyeux et d'une banalité; trois mots par-ci trois mots par-là. Du vent! D’ailleurs sur la pochette du DVD ce sont ses romans qui sont mentionnés, il se fait sa pub en fait et on y annonce même ainsi : Janvier 2006, sortie d’Une vie divine ! 
Et aussi : "Je n'aurais quant à moi pu écrire Paradis, Femmes, Portrait du Joueur, Le Cœur absolu, Les Folies françaises, Le Lys d'or, La Fête à Venise, Le Secret, si je n'avais senti en permanence planer près de moi la main dégagée, active, cruelle et indulgente de Nietzsche."
Mmm! Clap de pub!
Bref, je me suis fait avoir. GROSSE DÉCEPTION.

Mardi 31 décembre.

Migraine toute la journée.
Léger mieux en soirée. Pas de réveillon, pas de repas gastronomique et même pas de champagne. Snif!
Fini l'autobiographie de James Salter Un cœur (lapsus) à brûler, il s'agit de Une vie à brûler. J'ai eu du mal à le lire, surtout la première partie qui raconte ses années de jeunesse dans l'aviation. Plaisir moins vif que pour le magnifique Un Bonheur parfait. Deuxième partie passionnante cependant. Une vie riche de rencontres : artistes, écrivains.
Que je hais le 31 décembre. On a beau se dire que c'est un jour comme un autre. CE N'EST PAS VRAI!

Lundi 1er janvier.

Mon Bezo a eu 60 ans aujourd'hui. Il a plu des hallebardes et j'ai cru que ma voiture allait s'envoler sur la voie express en allant chez elle. Sur les flaques d'eau j'avais peur de faire de l'aquaplaning. A 14 heures il faisait presque nuit. What a lovely day!
Rien à ajouter.

Ah si! Ouf! C'est terminé, fini, on tire un trait sur ces fêêêêêtes!

Bonne année bonne santé.

QUE LA FÊTE COMMENCE




mercredi 13 février 2013

Il faut se laisser aller!

Hôtel
Cabinets avec vue...
... sur le lac!
Au petit-coin place à la méditation, à la rêverie, à l'introspection.



"Le fait que vous lisiez tel genre de littérature aux cabinets et tel autre ailleurs devrait être lourd de sens pour le psychiatre. Le fait même que vous lisiez ou que vous ne lisiez pas aux cabinets devrait être lourd de sens pour lui. On ne parle malheureusement pas assez de tels problèmes. On estime que ce que chacun fait aux cabinets ne regarde que lui. Il n'en est rien. Cela concerne l'univers tout entier."
4e de couverture.
Henry Miller, in Lire aux cabinets, éditions Allia.



J'ai emprunté ce charmant ouvrage - minuscule, 50 pages - à la bibliothèque. En note à la fin du livre :

"Lire aux cabinets ("Reading in the Toilet") constitue le chapitre 13 des Livres de ma vie (The Books in my life), publié originellement à New York (New Directions) en 1952 et traduit en 1957 aux éditions Gallimard. "Ce livre a été un échec en Amérique, mais je l'aime beaucoup. J'avais même l'intention d'écrire un deuxième tome", confia Miller (Flash-Back, Stock, 1976). Ce second volume, qui aurait rassemblé des textes sur Gilles de Rais, Céline, la pornographie, etc. ne vit jamais le jour."

Extraits :

" Il existe  un aspect de la lecture qui vaut, je crois, qu'on s'y étende un peu, car il s'agit d'une habitude très répandue et dont, à ma connaissance, on a dit bien peu de choses... je veux parler du fait de lire aux cabinets. Quand j'étais jeune garçon, et que je cherchais un endroit où dévorer en paix les classiques interdits, je me réfugiais parfois aux cabinets. Depuis ce temps de ma jeunesse, je n'ai plus jamais lu aux cabinets. Quand je cherche la paix et la tranquillité pour lire, je m'en vais dans les bois. Je ne connais pas de meilleur endroit pour lire un bon livre que dans les profondeurs d'une forêt. De préférence auprès d'un torrent.
[...]
D'après ce que j'ai pu glaner au cours de conversations avec mes amis intimes, ce qu'on lit aux cabinets,  c'est presque toujours de la lecture futile. Ce que les gens emmènent pour lire aux cabinets, ce sont des digests, les magazines illustrés, les feuilletons, les romans policiers ou les romans d'aventure, tout le rebut de la littérature. Il paraît qu'il y a des gens qui ont une étagère avec des livres dans leurs cabinets.
[...]
Je crois que c’est le moment de placer un conseil sûr. Si vos intestins refusent de fonctionner, allez consulter un médecin herboriste chinois ! Ne lisez pas pour distraire votre esprit de l’opération en cours. Ce qu’aime le système autonome, et ce à quoi il répond, c’est à une concentration profonde, que ce soit sur le fait de manger, de dormir, d’évacuer, ou de ce que l’on voudra. Si vous ne pouvez pas manger, ou si vous ne pouvez pas dormir, c’est parce que quelque chose vous préoccupe. Vous avez quelque chose « dans la tête », autrement dit, là où il ne faudrait pas. La même chose vaut pour la selle.  Débarrassez votre esprit de tout ce qui n’est pas l’affaire en cours. Quoi que vous fassiez, abordez-le avec un esprit libre et une conscience nette. C'est un conseil vieux comme le monde, mais sûr. La méthode moderne c'est d'essayer plusieurs choses à la fois, afin "d'utiliser son temps au maximum", comme on dit. C'est une méthode profondément malsaine, contraire à l'hygiène et inefficace. Il faut se laisser aller! "Occupez-vous des petites choses et les grandes se feront d'elles-mêmes."
[...]
Si chaque instant de la vie est tellement précieux à vos yeux, si vous tenez absolument à vous persuader que la portion de sa vie que l'on passe chaque jour aux cabinets n'est pas négligeable - certaines personnes préfèrent "w.-c." ou "Petit Coin" à cabinets - alors demandez-vous au moment où vous vous saisirez de votre lecture favorite : est-ce que j'ai besoin de ça? Pourquoi?
[...]
[...] recouvrir les murs du waterre comme disent les Français, avec des tableaux. Comme c'est agréable, reposant, calmant et instructif, tandis que l'on répond à l'appel de la nature, de laisser son oeil errer sur quelques chefs-d'oeuvre choisis de l'art!"

Un moment délicieux que cette lecture, trop brève et qui me donne envie d'aller lire les autres chapitres de son, Livres de ma vie, mais pas dans mes cabinets!



lundi 27 août 2012

Lectures pour tous, nostalgie...


Henry Miller à propos de "Big Sur et les oranges de Jérôme Bosch"
Lectures pour tous - 06/05/1959 - 09min40s
 
"Pierre DESGRAUPES accueille Henry MILLER pour sa première interview sur une chaine de télévision que celle-ci soit française ou américaine. Henry MILLER, qui s'exprime en français, vient présenter son livre "Big Sur et les oranges de Jérome Bosch". Il parle de sa vie à Big Sur. Il sait maintenant qu'à côté des livres, il y a la nature, Dieu, la bonté... Il apprécie le silence, la paix et aimerait passer son temps à respirer, méditer, vivre simplement, ne plus lutter, ne plus se sentir obligé de faire quelque chose, d'écrire. Il justifie l'obscénité de ses livres comme étant naturelle, la pratique sexuelle entrant naturellement dans sa vie. Il estime avoir déjà beaucoup payé pour cela."

mardi 28 septembre 2010

Fichu journal

Ce matin j'ai relu quelques-uns de mes billets du début. Je me trouvais plus inspirée et je me demandais une fois de plus si je n'allais pas trop me répéter à vouloir poursuivre, surtout quand je parle de moi. Il faudrait que j'arrive à parler d'eux, mes parents, je n'y arrive pas. Tout était trop doux, trop bon avec eux, aucune tourmente. Peut-être y parviendrais-je, un jour, plus tard.

Cet après-midi j'étais à la recherche de deux livres à offrir, l'un pour mon frère, l'autre pour sa femme. Aucun des deux n'ont les mêmes goûts que moi et j'étais confrontée à un dilemme : choisir un livre que je n'aurais pas vraiment envie de lire mais qui leur plaira ou choisir un livre qui leur plaira mais me plairait aussi. Cette dernière option sera la mienne. J'y retournerai vendredi faire ce choix chez le libraire, et je trouverai. Je dois les voir dimanche.

En cherchant quelques idées dans les revues littéraires, je tombe sur Anaïs Nin! Je parcourais justement à la librairie quelques pages de son journal qui, bien entendu, m'intéresse. Je n'ai lu que sa Correspondance passionnée avec Henry Miller.

"J'aimerais une vie avec beaucoup d'aventures"
Anaïs Nin, interviewée par Jean Chalon et Bernard Pivot en 1974, a commencé son journal dès l'âge de 10 ans. "Comme pour le journal d'un bateau, on voit sa direction, on voit si sa vie devient étroite".
Dans cette vidéo de l'INA elle évoque également dans un français parfait ses rapports avec les artistes comme Henry Miller et Antonin Artaud.

Je lis aussi cet article dans le Magazine Littéraire :

Les grands lecteurs
De nos jours ce n’est pas l’absence de Grands Écrivains (dont Dominique Noguez a dressé, jadis, un portrait acide) qui m’inquiète, c’est la disparition recherchée, voulue, je dirais presque planifiée du Grand Lecteur. Qu’est-ce qu’un grand lecteur ? Sans doute une personne pour qui le livre n’est pas un ornement de table basse ou le Goncourt offert pour les fêtes à la belle famille parce que l’on a épuisé toutes les idées de cadeaux. Mais il faut bien dépasser cette définition étriquée. Le grand lecteur ne se limite pas au nombre d’ouvrages ouverts. D’ailleurs,le livre ne se donne pas si on le parcourt. Le grand lecteur est celui qui sait «s’abandonner totalement à lui,esprit comme corps, esprit plongeant dans les pages comme la tête ». J’emprunte cette définition à l’essai de Charles Dantzig, Pourquoi lire* ?, qui soutient, avec talent, que la lecture est «soeur de la littérature».


Bernard Pivot a écrit un article dans le JDD sur le livre de Charles Dantzig et j'aime bien cette phrase : "Lire ne sert à rien". Ça ne sert à rien, mais c'est indispensable, c'est nécessaire, c'est vital.
Un jour j'ai demandé à ma mère pourquoi il ne fallait pas mettre les coudes sur la table. Elle m'a répondu "Parce que". Pourquoi lire? Parce que.

Je tombe aussi sur cet article : Littérature et Internet, mais là il faudra que je revienne dessus pour le lire avec attention, je ne sais pas lire rapidement, je dois prendre mon temps.

Et je dis : pourquoi écrire son journal? Pour voir si ma vie devient étroite! (dixit Anaïs Nin).

Alors aujourd'hui je trouve que ma vie s'élargit, et c'est bien. Un peu fouillis tout de même mon journal.

*Grasset.

22 h 45. Je viens de recevoir son mail, mon Bezo mon petit Bezo chéri, ma petite soeur qui va mal. Je l'appelle aussitôt mais au téléphone on ne peut pas prendre l'autre dans ses bras pour la consoler. Elle pleure. Je lui dis : pleure mon Bezo, tu vas voir ça va te faire du bien, tu vas bien dormir. Et je lui dis : moi quand je pleure beaucoup dans la journée (ça m'arrive souvent ces derniers jours) je dors bien, d'épuisement. Elle me dit, la voix tremblante, en pleurant : mais moi je n'aime pas pleurer et je n'aime pas qu'on m'appelle quand je suis triste parce que je pleure. Ô mon petit coeur, ma petite soeur chérie, mon petit Bezo d'amour, comme je n'aime pas non plus t'entendre pleurer, car je sais que là, tu n'en peux vraiment plus, car je sais que tu ne pleures jamais.
Et voilà qu'elle craque parce qu'elle est fatiguée qu'elle travaille la nuit qu'elle est infirmière qu'elle a accroché le rétroviseur d'un type en voiture et qu'il l'a traité de meurtrière et qu'elle en a assez que tout va mal et que mon beau-frère ne peut même pas la consoler parce que lui il déprime complètement, pour de bon, PARCE QUE CHEZ FRANCE TEL C'EST INVIVABLE!

Je me sentais à peu près bien ce soir, c'est fichu là. Vais pas dormir moi non plus mais je m'en fiche, moi je ne bosse pas, j'ai tout mon temps pour récupérer mais elle à l'hosto, lui chez F.T. il faut qu'ils soient performants, votre santé, ils s'en foutent! Oh comme je trouve futile tout ce que j'ai écrit avant de recevoir ce mail. Tant pis, je le laisse.

jeudi 24 décembre 2009

Rencontre épistolaire et virtuelle

En 2007 je vagabondais sur un site de rencontres qui se voulait être littéraire donc réservé à ceux et celles qui aimaient la plume, la littérature, les arts. Les rencontres la plupart du temps n'existaient pas, la communication restait virtuelle mais les échanges prenaient parfois une sincérité étonnante et un intérêt véritable. Séduite par son écriture, j'ai ainsi lié une relation amicale très profonde avec un jeune homme. Nous nous sommes rencontrés et sommes devenus de vrais amis. Notre grande différence d'âge permettait cette amitié sans aucune ambiguïté. D. écrit et tente vainement de trouver des éditeurs, je l'encourage à poursuivre.

En juillet 2007, toujours sur ce site (qui n'existe plus) un homme (de mon âge, enfin un;o)) venait de faire son apparition mais ne réapparaissait que très irrégulièrement et s'exprimant très brièvement. Nous avions la possibilité de communiquer "publiquement" ou "en privé". Il m'envoya un message privé en me disant qu'il aimait mon Journal (celui que je tenais sur ce site et d'autres choses sur un ton à l'humour particulier qui me plaisait. Je lui répondis, nous parlâmes de Henry Miller, d'Anaïs Nin, de bien d'autres écrivains qui nous passionnaient et de peinture. Il était (est) cinéaste et faisait (fait) des films documentaires sur quelques artistes-peintres mais pas seulement. Son humour s'est accentué au fil des échanges, j'ai rapidement compris qu'il ne serait pas un homme dont je tomberai amoureuse et que je n'étais pas la femme qui le ferait bander (c'est ce qui me venait à l'esprit quand je lisais ce qu'il me disait sur les femmes) mais j'aimais cette relation épistolaire et amicale, voire intellectuelle. Je vivais alors à la campagne et lui à Paris et à l'étranger;  il me prenait réellement pour une péquenaude ce qui me faisait plus rire encore. Il ne savait pas que j'avais passé trente ans de ma vie à Paris et devait s'imaginer une bourgeoise esseulée dans sa campagne. Mais bien qu'il ne ménagea en rien ses dires moqueurs, il n'arrivait pas à m'agacer. Je devais aller à Paris en septembre et pensais le rencontrer mais il était alors en tournage à ce moment-là. J'avais pu découvrir son parcours professionnel grâce à Google mais je réussis à résister à l'intimidation. Quelle ne fut ma surprise de recevoir en septembre de cette année-là un DVD d"un film qu'il avait réalisé, sur un artiste que j'admirais, Matisse. Ce cadeau m'a touchée au plus haut point, il était empreint de délicatesse et totalement gratuit; nous nous connaissions si peu, malgré les quelques mails. Son film était (est) très beau, en fait il raconte le peintre à travers le poète Aragon, les paysages qui ont inspiré le peintre sont magnifiques et filmés avec un esthétisme irréprochable; le texte est dit par  Jacques Weber. A chaque fois que je revisionne ce film je redécouvre le regard du cinéaste en me disant que son humour mordant est étrange avec moi tandis que son travail est d'une grande sensibilité.
Et puis, nous nous sommes perdus non pas de vue mais d'écriture... C'est un homme qui travaille beaucoup (il ironisait aussi sur mon oisiveté qui lui faisait peur, craignant d'être tombé sur une femme dépendante financièrement, ce qui me faisait éclater de rire).

Enfin, dernièrement, faisant un peu le ménage dans mes mails, je retrouve notre correspondance et je lui envoie un mail (n'étant pas sûre qu'il le reçoive) pour lui dire que la plouc est revenue en ville, sur le ton ironique qui fut constamment celui de nos échanges. Et merveille, deux ans et des poussières plus tard, il me répond avec des mots qui sont exactement les mêmes dans leur teneur et leur moquerie. Dé-li-cieux. En fait c'est un homme qui ne craint pas de dévoiler son côté ours mais avec une telle drôlerie que je ne peux pas lui en vouloir.

mardi 15 décembre 2009

Simone de Beauvoir


Parler d'elle pour moi c'est comme entrer dans un lieu sacré, ce serait comme un sacrilège, comme de regarder un biopic de sa vie interprété par Anna Mouglalis. C'est grâce à Simone de Beauvoir que j'ai commencé à aimer la littérature, avec ses Mémoires d'une jeune fille rangée. Aujourd'hui je la lis encore, je la relis parfois. Ses Cahiers de jeunesse (1926-1930) édités en 2008 m'ont transportée. Là, je viens de recevoir son essai, La vieillesse; il est fort probable qu'il me sera plus difficile d'ingurgiter les 600 pages de ce livre publié en 1970. Sujet toujours aussi tabou en 2010!
"Les vieillards sont-ils des hommes? A voir la manière dont notre société les traite, il est permis d'en douter. Quand j'ai dit que j'y consacrerais un livre, on s'est le plus souvent exclamé : "Quelle idée! C'est triste! C'est morbide!""

J'ai dévoré ses Cahiers de jeunesse, j'ai mis du temps à lire Le deuxième sexe, La force de l'âge, je risque de ne pas sortir indemne de La vieillesse... mais je sors toujours enrichie de ces lectures. Entre-temps j'emprunterai à la bibliothèque quelque littérature légère! Faut que j'y arrive moi à la vieillesse, la tête haute, la démarche altière et le cerveau intact. Pour cela je sais ce qu'il me faut : de l'amour. Je vais peut-être relire en même temps, Chéri de Colette et Sexus de Henry Miller (rires) si je ne veux pas trop déprimer!