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mercredi 2 octobre 2019

Nous avons essayé

Hier soir, un documentaire sur Arte signé Werner Herzog qui s'entretient avec Mikhaïl Gorbatchev.
...
Pour conclure, Werner Herzog lui demande : Que ferez-vous graver sur votre tombe ? Gorbatchev lui répond : Ce n'est pas de moi, je l'ai lu sur la tombe d'un ami. Et il déclame ce poème, en Russe.

J'avance seul sur la route,
Les pierres du chemin luisent dans la brume.
La nuit est calme, le désert de Dieu à l'écoute 
Et les étoiles parlent entre elles.
Le ciel grandiose émerveille,
La terre dort dans une limbe bleue.
Pourquoi suis-je si mal, si fatigué ?
Quelle est ma quête, quel est mon vœu ?
Moi qui n'attends plus rien de la vie
Et qui ne regrette plus rien du passé,
Je cherche la Paix et la Liberté.
J'aimerai m'endormir et m'oublier
Sans sombrer dans le sommeil de la tombe.
J'aimerai m'endormir à jamais
Tandis qu'en moi sommeillerait la vie
Et que doucement je respirerai.

Mikhaïl Lermontov, poète mort à 26 ans, souvent appelé le "poète du Caucase"... Né le 3 octobre 1814.

Mais Mikhaïl Gorbatchev rajoute, mon épitaphe serait : Nous avons essayé... "Da, da (Oui, oui).

Ce qu'"ils" en disent sur ce documentaire : ) :

ARTE : "Une rencontre poignante entre le cinéaste Werner Herzog et Mikhaïl Gorbatchev, dernier secrétaire général du Parti communiste soviétique et principal artisan de la chute du bloc soviétique. Ce documentaire met en regard sa présente solitude avec les espoirs planétaires qu'il avait suscités"

L'Obs, François Reynaert  : "Un documentaire dégoulinant de complaisance"

L'Humanité, Laurent Etre : "Un portrait de Gorbatchev tout en empathie"

Ce qu'"elle" en dit (*_~) :  Ce documentaire m'a intéressée, mais je n'y connais rien sur la politique de Gorbatchev et j'aime les films de Werner Herzog, donc... j'ai aimé ce documentaire. Lorsqu'il évoquait Raïssa, son épouse décédée en 1999, leur rencontre à l'université de Moscou, leur amour, le vide, le manque, sa solitude depuis sa disparition, il était touchant. 



(Qui n'a pas caressé l'image d'un être cher disparu, ne sait pas...).

mercredi 7 décembre 2016

"Les plus belles histoires commencent toujours par des naufrages" *



(12 janvier 1876 - 22 novembre 1916)

"J'aimerais mieux être un météore superbe, et que chacun de mes atomes brillent d'un magnifique éclat, plutôt qu'une planète endormie.
La fonction propre de l'homme est de vivre, non d'exister.
Je ne perdrais pas mes jours à essayer de prolonger ma vie, je veux brûler tout mon temps."
(Jack London).

Vu samedi soir sur Arte un très beau film-documentaire : Jack London, une aventure américaine.

"Réalisé  à l’occasion du centenaire de sa disparition, ce passionnant documentaire retrace le destin hors normes de Jack London, à travers des archives exceptionnelles, souvent inédites, dont les remarquables photographies que l’écrivain voyageur a prises lui-même. Il mêle les témoignages de spécialistes à des scènes de reconstitution tournées dans le grand Nord canadien, en Polynésie et dans son ranch de la vallée de Sonoma, sur les traces de cet insatiable explorateur de la nature, qu’elle soit sauvage ou humaine."

Jack London a été élevé dans un milieu très pauvre, la classe ouvrière, prolétaire. Il est né dans ce milieu et ne l'a jamais oublié. D'où - peut-être -  ses liens avec le socialisme.
A la fin du 19e siècle, de nouveaux émigrants venus d'Europe affluent vers l'Amérique. La production industrielle explose mais cette formidable expansion plonge aussi dans la pauvreté des Américains menant une existence de misère.

J'ai capturé sur l'écran cette photo, uniquement parce que l'homme moustachu, à droite, avec sa casquette de pêcheur, est le sosie de feu mon grand-père (il était aussi maigre; il avait de magnifiques cheveux blancs et la même moustache ainsi que sa casquette de pêcheur vissée sur La tête toute la journée)!



"Le vagabondage m'avait empoigné et je ne pouvais plus m'en passer. Demain est autre jour... et je débordais de jeunesse."

Jack London, après son divorce en 1905 (marié avec Elizabeth Maddern, "Bessie", en 1900), se remarie avec Charmian Kittredge. (Prononcer Charmiane).

Avec Charmian, Jack a trouvé plus qu'une épouse, celle-ci devient sa première lectrice. Elle tapait ses manuscrits.

Cultivée, sportive, cavalière émérite, elle devient aussi son compagnon d'aventures, celle avec qui tout partager même les paris les plus audacieux.



Jack avait besoin d'une sorte de partenaire et c'est comme ça qu'ils se voyaient. Entre eux, ils s'appelaient : partenaires. Elle était prête à l'accompagner dans toutes ses aventures.

Durant l'été  1916, la découverte de Psychologie de l'inconscient publié par Carl Gustav Jung impressionne Jack fortement. Elle lui permet de porter un regard nouveau sur son parcours, de mieux comprendre les forces qui guidèrent sa vie et motivèrent son travail d'écrivain :

"Je me trouve au bord d'un monde si nouveau, si terrible et tellement merveilleux avoue-t-il à Charmian, que j'ai presque peur de le regarder."

Mais la maladie ne lui laisse maintenant plus de répit. Lorsqu'il repart pour la Californie, à la fin du mois de juillet, il a terriblement grossi. Les reins ne fonctionnent presque plus et occasionnent des douleurs intenses. Le 22 novembre 1916, quelques jours seulement après qu'une équipe de la firme Pathé est venue le filmer sur son ranch, il décède des suites d'une crise d'urémie *. Il venait d'avoir 40 ans.




* sur sa mort, les avis divergent, la thèse du suicide est évoquée (Source Wikipédia ci-dessous) :

"Il meurt le des suites d'un empoisonnement du sang causé par une urémie, maladie dont il souffrait depuis son voyage dans le Pacifique. Au moment de sa mort, il était également atteint de dysenterie, et était rongé par son alcoolisme. Certains ont répandu la rumeur que Jack s'était suicidé, mais un de ses docteurs, Alan Thompson, présent lors de sa mort, confirmera la thèse de l'empoisonnement.
Le sujet du suicide avait déjà été évoqué dans un de ses romans intitulé Martin Eden, où son héros se donne la mort. Dans la biographie réalisée par l'écrivain, poète et chanteur Yves Simon, consacrée à cet auteur et intitulée : Jack London, le vagabond magnifique, la thèse du suicide par une overdose de morphine est retenue :
« Quant à sa mort, il penche plus pour un suicide que pour un accident. L'homme a trop écrit, trop vécu — au sommet de sa gloire, il s'impose de nouveaux défis : tour du monde avec son propre bateau, le Snark, reportages tout-terrains. Son cœur, sa tête sont trop pleins, son corps malade. La machine humaine a tourné au-delà de ses forces et de ses moyens. Le génie fatigué de la vie disparaît avant d'avoir eu l'idée de vieillir : « Je ne perdrais pas mes jours à essayer de prolonger ma vie, je veux brûler tout mon temps. »"
Jack avait été un formidable témoin de son temps, accompagnant tous les bouleversements d'une Amérique en pleine mutation.
Six mois après sa mort, le 6 avril 1917, les États-Unis rejoignent les alliés et déclarent officiellement la guerre à l'Allemagne. Un an plus tard le conflit est terminé, ils sont devenus la première puissance mondiale.
Jack de son côté est l'auteur le plus lu du monde!



(Toutes ces photos sont mes captures d'écran)

Pour revoir sur Arte ce film très documenté (1 h 30) et plus passionnant, plus VIVANT que ces deux ou trois notes volées  :
  • Diffusion :
  • mercredi 28 décembre à 16h55
  • jeudi 12 janvier 2017 à 09h25
  • Disponible en direct : oui
  • En ligne du 26 novembre au 10 décembre 2016
  • Disponible en Europe

mercredi 15 avril 2015

***

Ce soir sur Arte à 23 heures un documentaire  : Günter Grass, un écrivain engagé. Apparemment, il n'y aura pas de rediffusion.



"Ce documentaire suit l'écrivain allemand en 2005 et 2006, jusqu'à la parution de ses mémoires "Beim Häuten der Zwiebel" (Pelures d'oignon). Au-delà de la polémique qu'a déclenchée ce récit et plus encore les révélations de Günter Grass sur son enrôlement dans les Waffen-SS, le documentaire met avant tout l'accent sur l'omniprésence de l'écrivain : conférences, campagne électorale pour les élections au Bundestag, remises de prix… il est partout. Entre deux apparitions, il rencontre ses traducteurs à Gdansk, sa ville natale, et assiste à une représentation théâtrale à Paris avec sa fille Helene, elle-même actrice. Hormis les entretiens avec Grass lui-même, d'autres intervenants nous racontent l'homme : son éditeur Gerhard Steidl, les écrivains Amos Oz et Salman Rushdie, ainsi que l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder. Loin de condamner les erreurs de jeunesse de Grass, les deux documentaristes montrent combien ce comportement coupable motive aujourd'hui son travail artistique et son engagement politique."

A lire dans la Revue des Ressources : Günter Grass : avoir le dernier mot.

lundi 5 janvier 2015

(0_0)



C'est "choli" aussi quand ça déraille ma (vieille) télé. Ja!

dimanche 14 décembre 2014

"Divide et Impera" : Divise et Règne. (Machiavel)

Vu hier soir sur Arte un documentaire : Les Alpes à vol d'oiseau. Paysages grandioses. On remarque sur de nombreux sommets, des croix nues ou avec un Christ. Je ne suis pas croyante mais je trouve ces croix magnifiques dans ce paysage; je les regarde comme des œuvres d'art, spirituelles, qui invitent à la médiation, comme n'importe quelle œuvre d'art dont la beauté atteint des sommets (si j'ose dire). Le silence de cet environnement est propice à la méditation et, sans doute, à la joie des montagnards qui, après d'intenses efforts, atteignent de tels lieux.

Pour voir les images de cette croix dans son contexte cliquer sur ce lien, vous y serez.






(Captures d'écran)

Je pense à cette polémique sur la laïcité et la religion. Doit-on interdire les crèches dans des administrations voire dans des lieux publics? Une crèche dans une mairie, c'est assez spécial. Mmm! Mais bon, comme on entre de moins en moins dans les églises... Il est vrai que lorsque j'étais enfant, nous allions les voir dans les églises. Plaisir des yeux et des enfants. En Provence les crèches sont dans les rues, domaine public, ça ne me choque pas, c'est là que sont fabriqués (créés) les plus beaux santons. Et j'avoue m'attarder devant les crèches, en vitrine.Tout devient prétexte à interdiction : polémiquer pour mieux diviser. Diviser pour mieux régner! Et, je découvre que le sujet a déjà eu cours, concernant les croix au sommet des montagnes!

jeudi 12 juin 2014

"Qu'est-ce qu'ils étaient lourds..."

Bébert le chat m'a fait rebondir sur son maître (bien que ce soient les chats les maîtres de leur propriétaire). Vu hier soir Louis-Ferdinand Céline "Une légende, une vie".
Documentaire de 1976 réalisé par Claude-Jean Philippe et Monique Lefevre. Ils en parlent : le Dr Wuillemin, François Gibault, Eliane Bonabel, Michel Simon, Arletty, Raphaël Sorin, le Pasteur Löchen et Philippe Sollers.

Extrait :


samedi 29 mars 2014

Je vote CHAT

Je suis un peu obsédée par les chats en ce moment et j'ai depuis longtemps (toujours?) pensé que c'est (ce sera) l'erreur de ma vie de n'en avoir pas eu. Manque de courage plus que de motivation. Alors je contemple, j'observe ceux de mes amis et ceux qui croisent mon chemin.

Chat en clair-obscur






Audrey Hepburn par Richard Avedon
(Celui-là n'a malheureusement pas croisé mon chemin)

Après Les chats de Rilke et Mitsou de Balthus voici ceux de Chris Marker : Chats Perchés. Ils ne sont ni de poils ni de peluche mais de graffitis que le cinéaste filme à Paris en les cherchant dans la rue, dans le métro, sur les toits, dans les manifs ou dans l'histoire de l'art.





En cette période d'élections municipales, bien entendu
 je vote pour le parti des chats!
(Captures d'écran)




http://p6.storage.canalblog.com/67/13/254272/61964605.jpg 

Un bonus dans le DVD : un petit bestiaire de Chris Marker et
un conte de François Maspero à lire version papier : Les chats de la liberté.

Début du conte :

"Luc ne pouvait se consoler du départ de Caliban. Comment continuer de vivre sans sa présence attentive, son corps souple et soyeux. ses poses alanguies quand il sentait fixé silencieusement sur lui le regard de ses immenses yeux dorés? Un regard qui était à la fois de sentinelle et de propriétaire : " Rien ne t'arrivera tant que je veillerai sur toi, je ne laisserai rien ni personne te faire du mal. " Comment dormir sans sentir contre lui la chaleur de ce corps abandonné qui semblait dire dans son sommeil : " J'ai confiance en toi, je sais que toi non plus tu ne laisseras rien ni personne me faire du mal "? Luc et Caliban étaient indissolublement l'un à l'autre. Et pourtant.
[...]

Pour ceux qui veulent en savoir plus, cliquer sur le lien ci-dessous :

Guillaume-en-Egypte est le nom d'un chat de Chris Marker, mais c'est aussi celui de son alias, son autre moi, qui tiendra une chronique sur Poptronics jusqu'en 2010.
C'est tout justement dans un numéro spécial de Poptronics du 31 octobre 2009, "Guillaume-en-Egypte au Brésil" que l'on peut prendre connaissance des origines et de la vie de Guillaume-en-Egypte. Les plus curieux cliqueront et liront!

File:Guillaume En-Egypte.png
 Guillaume en Égypte, l'avatar de Chris Marker
 « Chris Marker, c'est un peu le plus célèbre des cinéastes inconnus. »
(Philippe Dubois (dir.), Théorème 6 : Recherches sur Chris Marker, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle,‎ 2006, 196 p.Recueil d'articles sur des aspects du travail de Marker)

samedi 25 janvier 2014

"Nous qui travaillons dur personne ne nous applaudit"

Quand un documentaire remplace avantageusement une fiction, pourquoi s'en priver! Je découvre des pépites au rayon documentaires de la médiathèque. Après Robert Kramer la semaine dernière, vu :

. Place de la République de Louis Malle

et,

. OUARZAZATE MOVIE de Ali Essafi sur lequel je vais m'attarder ici.

 

De nombreux films sont tournés dans cette ville marocaine et ses habitants se bousculent pour les castings. La population tout entière est candidate à la figuration pour des films qu'elle ne verra jamais.
Dans ce documentaire on rentre dans les coulisses des tournages. Les sentiments du peuple marocain sont partagés entre rêve et humiliation.
"Sans quitter l'humour et la dérision, le film dresse le constat grinçant d'un cinéma mondial qui impose ses images et ses façons de voir."

En parlant ici de ce documentaire c'est à moi que je fais plaisir. Pendant que je recadrais les images capturées sur mon écran je retrouvais la chaleur, la générosité de ce Marocain qui semblait sinon le vétéran des figurants du moins le plus expérimenté. Il allait pouvoir consolider le plafond de sa maison grâce à ses rémunérations. Et lorsqu'il évoque les tournages avec  Pasolini  c'est avec tant  d'admiration et de respect. Mais aussi, cet autre figurant qui a réussi à travailler six jours sur le tournage et qui plaisante avec ses amis de son rôle de ministre. C'est un beau documentaire à voir et à entendre, les images que j'ai capturées ne sont que des extraits silencieux; on peut voir les scènes de casting et le film complet ici. Humour et dérision, des regards pétillants, chaleureux, fiers, défiants l'humiliation. Oui, je me fais plaisir en revoyant ces images du  peuple marocain, filmé avec humanité par Ali Essafi.


"Le documentaire représente pour Ali Essafi, le réceptacle de la mémoire. C’est pour cette raison qu’il faudrait le valoriser. C’est un style d’utilité publique puisqu’il met en scène la réalité d’un peuple, d’une société. « Le documentaire c’est le réel », déclare Ali. Mais de ce réel naît une fiction. Ali Essafi est clair. Le travail d’un cinéaste qui fait un documentaire n’a rien à voir avec celui du reporter et du journaliste. « Réalité, ne veut pas dire vérité », explique ce réalisateur. En effet, les faits qui sont filmés, ne sont pas pris au dépourvu. Il y a tout un travail qui est fait en amont. Comme la fiction, le documentaire nécessite entre-autre une écriture du scénario et un repérage. Tout cela pour filmer le réel. Mais qu’est-ce que le réel selon Ali Essafi. «Le réel, ça peut être filmer un bout de dialogue entre ma mère et ma voisine ».
Ali prend au sérieux son travail, il y met du cœur. Ceci étant, il déclare que le cinéma c’est pas sa vie. Cela peut être son dada, mais pas toute sa vie. « La vie est plus importante que le cinéma » Mais cette conception qu’il se fait du cinéma ne l’a pas empêché de produire des documentaires intéressants et qui ont été représentés dans plusieurs festivals, dont celui de Namur en 2001. Son film Ouarzazate movie réalisé en 2001 figure dans la programmation du festival de la 6ème Biennale des cinémas arabes à Paris en 2002. Avant Ouarzazate movie, Ali Essafi a réalisé en 1997 un film sur les anciens combattants et intitulé : « Général, nous voilà » et en 1998, «Le silence de betteraves ». Le dernier en date est celui du «Le blues des chikhates». Mais le documentaire qui est considéré comme le plus important pour Ali Essafi  est celui d’« Al Jazira, des voix arabes». Ali Essafi s’est immiscé dans les coulisses de la télévision quatarie « Al Jazira».
Ce film a eu beaucoup de succès et 2M l’a même acheté. Cependant, le documentaire n’a pas encore été diffusé. Ali Essafi se demande si c’est une question de programmation. En tout cas, le réalisateur continuera à faire du documentaire, le reflet d’une société, d’un quotidien, d’une vie. C’est selon lui le seul moyen de faire du grand cinéma."
(Source : Essafi portrait)

Quelques recherches sur Ali Essafi :

Je n'ai pas la date de l'article ci-dessous mais Ahmed Bouanani est décédé en 2011. Donc il doit dater de 2009.


Six ans après Le Blues des Chikhate, Ali Essafi prépare un portrait de Ahmed Bouanani, artiste culte tombé dans l’oubli.

Il a fallu grimper jusqu’à Aït Oumrar, au-dessus de Demnate, pour le retrouver. “Bouanani s’y est retranché il y a cinq ans, depuis que son appartement à Rabat a brûlé, avec une partie de ses archives”, explique Ali Essafi. Autant dire un pan de l’histoire visuelle et écrite du Maroc

indépendant. Pilier de la première génération de cinéastes formés à la prestigieuse Idhec (actuelle Femis) à Paris, réalisateur de courts-métrages et docus pour le Centre cinématographique marocain, Ahmed Bouanani, aujourd’hui 71 ans, est d’abord “le premier monteur professionnel du pays, doublé d’un écrivain et d’un poète”. Membre du collectif Sigma 3 à l’origine du film culte Wechma (1970), du comité de rédaction de la revue Souffles, scénariste des premiers films de Daoud Aoulad Syad (Cheval de vent et Adieu Forain) avec lequel il a co-publié un livre de poèmes et photographies - Territoires de l'instant (2000) -, l’artiste multiple, mais méconnu, est, trente ans après son long-métrage Mirage (1980), “une mémoire en train de s’éteindre”, s’inquiète Ali Essafi. De Général, nous voilà ! à Ouarzazate Movie, lui filme “les héros oubliés des Marocains”. Produit par Cinemaat, ce documentaire est préparé “en collaboration avec la fille de Bouanani, Touda”, précise Ali Essafi, qui déplore ne pas avoir encore trouvé de coproduction. (Cerise Maréchaud)
 

Un projet documentaire en cours sur «les années de plomb» au Maroc.

mardi 14 janvier 2014

Un cinéaste militant


Robert Kramer (1939 - 1999)

"Robert Kramer est né en 1939 à New York. Auteur de plus de trente films et de nombreuses vidéos, il fonde sa société, Alpha 60, et coproduit avec Blue Van ses premiers films : In the Country en 1966 et The Edge en 1967. Il réalise ensuite, parmi les films les plus connus, Ice en 1969, Milestones en 1975 et Route one USA en 1989. Robert Kramer compte parmi les metteurs en scène les plus originaux du cinéma indépendant américain et français. Robert Kramer est décédé le 10 novembre 1999."

Je suis tombée par hasard sur ce DVD à la médiathèque. Bonne pioche! Je ne savais rien de ce cinéaste pourtant de ma génération. Un beau document avec des entretiens, d'un cinéaste militant, rebelle, utopique (donc) attachant.

"Un jour où l'autre, tous les films que je fais formeront un unique et long film. Une histoire en continuel devenir, le compte rendu détaillé d'une conscience qui se déplace à travers les lieux et les époques, essayant de survivre, de comprendre, de trouver une maison adéquate, et, au long de tout ce chemin vivant avec les images, la forme-film, comme une unique pratique qui unifie ce projet."  Robert Kramer.

 

Robert Kramer, cinéaste qui resta toute sa vie un franc-tireur inclassable : Américain devenu Parisien, documentariste plongé dans la fiction, militant d’extrême gauche indépendant de toute organisation. 
"Empruntant à Robert Kramer l'image de la route et des bornes, le film propose un itinéraire chronologique en quelques chapitres : "Amérique", "Viêt-nam", "Mythologies"... et pour finir, "Le Métier de vivre". Né en 1939 près de New York, Kramer commence à filmer dans les années 1960, années d’insurrection contre l’exploitation, l’État, la famille traditionnelle, la consommation et surtout la guerre du Viêt-nam. Ses films arpentent l’Amérique, "chantier permanent où s’est inventé le XXe siècle", en explorant de nouvelles formes. Il vit alors en communauté, gagne sa vie comme camionneur, exalte toutes les révoltes. Lorsqu’il s’installe en France, sa vie prend un tour plus classique, mais l’utopie ne la quitte pas.  


Ses chemins croisent ceux de Serge Daney et de Guy Debord. En expérimentant la "lettre vidéo", Kramer s’exerce à "parler et filmer en même temps". Son art, sans être autobiographique, abolit les limites entre vie et œuvre, au risque de faire sentir le vide et les trébuchements."

Ci-dessous des extraits vidéos capturés sur mon ordinateur.











Pour en savoir plus sur Robert Kramer
et sur Heiner Müller



dimanche 5 janvier 2014

Rêvons d'"un nid de baisers fous" dans le brouillard

Photo du jour, par la fenêtre,  il est 16 heures.



Rêvé pour l'hiver

L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l’œil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu te sentiras la joue égratignée...
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou...

Et tu me diras : " Cherche ! " en inclinant la tête,
- Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
- Qui voyage beaucoup...

Arthur Rimbaud 

Je venais de voir un documentaire (DVD) sur Jean Eustache quand j'ai regardé par la fenêtre. Ce brouillard était comme la continuation de cette phrase, lue par Michael Lonsdale, à la fin du film.



On peut voir ici ce documentaire.

Allez, chassons les idées noires, en écoutant Alléluia!

mercredi 27 novembre 2013

"Le fou d'absolu, le mangeur d'étoiles"

Vu le film-documentaire que j'avais mis en lien dans le précédent billet sur Romain Gary. On voit pourquoi et comment le pseudo d’Émile Ajar, au lieu de le libérer, fut plutôt une descente aux enfers; pris au piège de ce qui aurait dû être une jubilation tant le succès de ses romans sous ce pseudonyme fut immense, il s'enfonce dans le machiavélisme en confiant à Paul Pavlowitch le rôle d'Emile Ajar. Il est probable que ce fut l'origine de ses dépressions. Romain Gary a toujours été un homme d'honneur, de droiture et révéler l’identité de Emile Ajar était devenu impossible, il était allé trop loin, c'est du moins ce qu'il a cru. Il n'y avait plus d'issue, la seule sera fatale. Un homme dans la tourmente.

«Après avoir signé plusieurs centaines de fois, si bien que la moquette de ma piaule était recouverte de feuilles blanches avec mon pseudo qui rampait partout, je fus pris d'une peur atroce : la signature devenait de plus en plus ferme, de plus en plus elle-même, pareille, identique, telle quelle, de plus en plus fixe. Il était là. Quelqu'un, une identité, un piège à vie, une présence d'absence, une infirmité, une difformité, une mutilation, qui prenait possession, qui devenait moi. Émile Ajar. Je m'étais incarné.»
 Romain Gary, in Pseudo. 

 "Dire le fond de sa pensée sans prendre en considération la difficulté d'être un homme, notre manque de talent, nos luttes, nos illusions, nos insuffisances et nos fragilités, lâcher une vérité cruelle quand rien d'essentiel n'est en jeu relève simplement du fanatisme et de l'intolérance. Après tout, si l'humanité devait savoir toute la vérité sur elle, peut-être se désintègrerait-elle pour mourir d'horreur et de désespoir." 
Romain Gary, in L'affaire homme.
Dire le fond de sa pensée sans prendre en considération la difficulté d'être un homme, notre manque de talent, nos luttes, nos illusions, nos insuffisances et nos fragilités, lâcher une vérité cruelle quand rien d'essentiel n'est en jeu relève simplement du fanatisme et de l'intolérance. Après tout, si l'humanité devait savoir toute la vérité sur elle, peut-être se désintégrerait-elle pour mourir d'horreur et de désespoir.
Read more at http://www.dicocitations.com/citations-auteur-romain_gary-5.php#Kkx232OqXbGMYVMy.99


Dire le fond de sa pensée sans prendre en considération la difficulté d'être un homme, notre manque de talent, nos luttes, nos illusions, nos insuffisances et nos fragilités, lâcher une vérité cruelle quand rien d'essentiel n'est en jeu relève simplement du fanatisme et de l'intolérance. Après tout, si l'humanité devait savoir toute la vérité sur elle, peut-être se désintégrerait-elle pour mourir d'horreur et de désespoir.
Read more at http://www.dicocitations.com/citations-auteur-romain_gary-5.php#Kkx232OqXbGMYVMy.99




Dans cette dernière image, un regard tourmenté. 
Ce jour-là, il a 66 ans, la date est fixée, il se suicidera.

Photos : Captures d’écran du film documentaire (1 h 30)
Romain Gary, le roman du double 
Réalisation : Philippe Kohly
Voix : Anouk Grinberg
Montage : Claudine Dupont
Ethan production, France 2, Arte, Gallimard

Un film, à voir absolument, les images parlent aussi : " Les gens qui me lisent, les critiques, ne parlent que de l'homme qui est derrière mes ouvrages, ils parlent d'un homme que je connais pas. Je ne me reconnais pas du tout dans cet homme." (Citation approximative)
Je regrette que Anouk Grinberg ait cette voix larmoyante, j'aurais aimé une voix moins mélodramatique. Une voix de femme qui soit aussi un homme? Le drame oui, le mélo non.


Dans ce film très documenté, une scène, brève, touchante; il déjeune avec son fils Diego qui a alors 11 ans, et lui 60. Romain Gary se sent vieux et ressent le gouffre générationnel qui le sépare de son fils.

Je rajoute ces quelques mots sur Alexandre Diego Gary :


Tu seras un homme mon fils!

Diego Gary a aujourd'hui 51 ans, il vit à Barcelone, il a écrit un livre publié en 2009 chez Gallimard : S. ou L'espérance de vie.

"Fils de l’écrivain Romain Gary et de l’actrice Jean Seberg, disparus dans des conditions tragiques, Diego Gary s’exprime dans un livre, à 46 ans, après un silence de trente ans.
[...]  il raconte son existence qui «ressemble à une succession de mots rayés jusqu’au sang». Il évoque, sans fin, son rang de «progéniture, de rien du tout», et ces années où il a passé de longues heures prostré dans l’appartement et le bureau de son père.
[...] 
Adolescent, Diego Gary a connu trois deuils dévastateurs. Il a 14 ans quand survient la mort, des suites d’un cancer, d’Eugénie, sa gouvernante, la femme qui s’occupait de lui au quotidien. Il lui dédie le livre. Il a 16 ans lorsque le submerge, en septembre 1979, le décès de sa mère, Jean Seberg, devenue une figure de la Nouvelle Vague après son interprétation dans A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960). Elle est retrouvée plusieurs jours après sa disparition, à l’arrière de sa voiture. 
[...]
Après les décès d’Eugénie et de Jean Seberg, Romain Gary s’est rapproché de son fils. Il le couvait à sa manière. [...] il tremblait d’inquiétude pour lui. «Un jour, alors que Diego, âgé de 13 ans, avait un simple bleu à un genou, il a tout laissé tomber pour le conduire aux urgences.»
Mais Romain Gary restait dans son univers, celui d’un écrivain reconnu, ombrageux et embarqué dans une mystification littéraire sans égale : la création d’une autre œuvre sous le nom d’Émile Ajar. Cela lui vaudra de recevoir deux fois – ce qui est unique – le Prix Goncourt. Il l’a obtenu en 1956 sous son nom avec Les Racines du ciel, et en 1975, avec La Vie devant soi, sous le nom d’Émile Ajar.
[...] 
«Même quand il était présent, mon père n’était pas là. Obsédé par son travail, il me saluait, mais il était ailleurs», se souvient Diego Gary. Diego était en retrait, il n’était plus l’enfant joyeux qu’il avait été. Mais s’il est une chose à laquelle il ne s’attendait pas, c’est le suicide de son père, d’une balle dans la tête, chez lui, en décembre 1980. «A cet instant, la vie m’est tombée sur la gueule.» Il évoque comment, après coup, il a retrouvé des éléments qui auraient dû l’alerter, comment son père le préparait à être un homme sans pour autant comprendre ce qu’il voulait.
[...]
«Je sais que Diego revient de loin, je ne connaissais pas les détails, assure Myriam Anissimov. C’est un très beau livre, d’une grande valeur littéraire. Tout ce qu’il dit n’est pas une recension exacte de ce qui s’est passé, comme pour tout écrivain. Mais c’est sa vérité.» Même ses proches amis, comme Isabelle Sicot, qui le connaît depuis vingt ans, ont été surpris par le désespoir qui émane de son texte. «Diego est quelqu’un de très pudique, de très réservé.»[...] «En lisant le livre, j’ai été tétanisée, j’ai pris la mesure de toute sa douleur. J’ai été triste et j’ai eu un sentiment de culpabilité.»
Aujourd’hui, Diego Gary assure ne plus avoir peur de rien, «pas même d’écrire», parce que l’écriture a toujours été essentielle pour lui, même s’il ne publiait rien. Il n’aurait pas cherché à éditer ce livre si Roger Grenier, conseiller littéraire chez Gallimard, ne lui avait pas donné son imprimatur. «Il a créé quelque chose, le vrai sujet, c’est tout simplement comment exister par soi-même, et il y parvient», explique le journaliste et écrivain, qui était un proche de ­Romain Gary.
Depuis la publication de son ­livre, Diego Gary a reçu de nombreux témoignages de félicitations et d’encouragements. «Moi, je me dis que je n’aurai réussi que le jour où j’écrirai un véritable livre de fiction.»"

Source : Alain Abellard, article Sa vie à lui, enfin, 2009, Le Monde.

dimanche 16 octobre 2011

Max Frisch, citoyen

J’ai réussi à la voir finalement, cette émission, annulée, puis reportée le 3 octobre : Max Frisch citoyen, mais malheureusement sans le film de Volker Schlöndorff, Homo faber.


Max Frisch. «L’écriture fut sa seule expérience de liberté»,
dit Julian Schütt, son biographe. (Keystone)
La Suisse célèbre cette année le 100è anniversaire de sa naissance

"Après des études de langue et de littérature germanique à Zurich, Max Frisch (1911-1991) se lance dans une carrière de journaliste-reporter, avant de reprendre une formation d’architecte, activité qu’il exercera de 1942 à 1954, parallèlement à ses débuts d’écrivain. A la lecture de son premier roman, J’adore ce qui me brûle (1943), le dramaturge du Schauspielhaus de Zurich, l’encourage à écrire une pièce. Ce seront successivement Santa Cruz, La Grande Muraille de Chine, Don Juan ou l’amour de la Géométrie, Biedermann (Monsieur Bonhomme) et les incendiaires, Andorra et Biographie, un jeu théâtral, toutes pièces où l’auteur se mesure à son grand aîné, Bertolt Brecht, sur les questions esthétiques et politiques de l’illusion scénique et de la transformation du monde. Poursuivant parallèlement son activité de romancier (Je ne suis par Stiller, Homo Faber, Montauk…) Max Frisch interroge avec originalité la place de l’individu dans le monde et du sujet dans l’Histoire."


Max Frisch im August 1937 an den Dents du Midi,
fotografiert von Käte Rubensohn. (Bild: Max-Frisch-Archiv)

Ce documentaire, Max Frisch, citoyen, alternant images d'archives et interviews de personnalités, écrivains, comme Peter Bichsel, Günter Grass, Christa Wolf, ou hommes politiques comme Helmut Schmidt et Henry A. Kissinger, évoque la vie de l'écrivain suisse et son rôle d'intellectuel.
J'ai extrait deux moments de ce documentaire : avec Günter Grass puis Helmut Schmidt. Il est encourageant de constater qu'un homme d'état s'intéresse aux intellectuels. Très mauvaise qualité de mes vidéos, comme d'habitude; on peut voir la totalité du documentaire (90 minutes) ici, avec de bonnes images**.