Affichage des articles dont le libellé est Ozu. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ozu. Afficher tous les articles

mercredi 5 mars 2014

"Depuis mon enfance, j'ai toujours rêvé de vivre avec mon père..."

Il était un père de Yasujirö Ozu 
  Chishū Ryū : Shuhei Horikawa, le père 
Shuji Sano : Ryohei, le fils 
Haruhiko Tsuda : Ryohei enfant




Depuis la mort de sa mère, le petit Ryohei est élevé par son père, le professeur Horikawa. Leur existence s'écoule paisiblement, ponctuée par les joies du quotidien qui viennent renforcer leurs liens. Mais un drame vient bouleverser cette quiétude : échappant à la surveillance de Horikawa lors d'un voyage scolaire, l'un de ses élèves se noie. L'instituteur, qui s'estime coupable de cet accident, donne sa démission. Il reste pourtant déterminé à inculquer à son fils le sens du devoir qui lui fait défaut. Pour lui imposer un cadre plus sévère, il l'envoie dans une pension. Après plusieurs années de complicité vient le moment de la séparation... 

" Est-il ou non un père sans talent, le héros du film d'Ozu ? La question n'est pas tranchée, et c'est cela aussi qui fait la richesse du film. Ce père-là assume d'abord ses responsabilités. Professeur consciencieux, il voit mourir par accident l'un de ses élèves lors d'une sortie scolaire. Il en tire une conclusion extrême : quitter l'enseignement, se donner tout entier à l'éducation de son fils, qu'il élève seul depuis son veuvage. L'éducation en question prend des airs de sacrifice : envoyer le petit Ryohei en pension, travailler à la ville pour payer ses études, le voir grandir de loin.
Ryohei pousse vite, d'ailleurs - jamais, à notre connaissance, Ozu n'a utilisé l'ellipse temporelle avec une telle évidence décontractée -, jusqu'à devenir un grand jeune homme, professeur comme papa, mais en manque cruel de ce père qu'il a peu vu, tant celui-ci s'est effacé pour lui. Il est beaucoup question de devoir. Devoirs scolaires, plus généralement ascèse comme choix de vie. Ozu a toujours décrit (et implicitement condamné) la dislocation du lien familial. Ici, celle-ci est un choix, comme une méfiance absolue vis-à-vis des sentiments. Par opposition, les moments de dialogue entre père et fils, partie de pêche, escale au restaurant, n'en sont que plus bouleversants, traits d'intimité éphémères et maladroits. Jamais le cinéaste ne donne la clé : l'amour familial, brûlant mais tu, est-il condamné par la fatalité du temps qui passe et sépare les êtres - ce que le père, en quelque sorte, prévient ? Ou nos personnages font-ils fausse route, se condamnant à tort à une vie de sacrifice ?" 
(Source Télérama)

"Ozu est un continent. Cette place, immense et singulière, du cinéaste japonais sur la carte mondiale du cinéma est une des rares qui soient de nature à induire des réflexes dont on assume fièrement le conditionnement. Considérer par exemple ­ - sur le fil d'une œuvre où les films miroitent selon les variations d'un collier de perles fines ­ - que la sortie en salle d'un de ses films inédits, Il était un père, équivaut, pour donner un ordre d'idées, à la publication d'un chapitre inconnu de A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust." 
(Source Le Monde) 

J'ai pour ma part aimé la lenteur, les silences emplis de pudeur, de douceur parfois cruelle. Les choix du père sont terriblement durs pour l'enfant, il pense que cette séparation c'est pour son bien, pour le préparer à un bel avenir tandis que s'il le gardait auprès de lui, il ne pourrait lui apporter qu'une vie de sacrifices. C'est ce que croit le père, et pourtant... le fils n'aurait-il pas été plus heureux en vivant avec son père? Aurait-il accepté, compris, les privations qu'il aurait subies en vivant auprès de lui? Les interrogations ne manquent pas mais l'amour de l'un pour l'autre était bel et bien là, dans le non-dit. Je les ai trouvé bouleversants ce père et ce fils. Qu'est-ce qu'être un père, qu'est-ce qu'être un fils?

Ce film de Ozu a été réalisé en 1937, sorti en 1942. Il a été inédit en France jusqu'en 2005. Ozu n'a adhéré au film parlant qu'en 1936. Dans le bonus du DVD son acteur fétiche Chishû Ryû (le père dans ce film) raconte qu'il se trouvait meilleur dans les films muets et qu'il a éprouvé quelques difficultés d'interprétation dans les films parlants. Il se disait alors un piètre acteur, mais les cinéastes avec lesquels il tournait n'étaient pas du tout cet avis. Et dans ce film, il est magnifique.

"Roger Grenier avait intitulé un livre sur Tchekhov : "Regardez la neige qui tombe. Impressions de Tchekhov". (Tchekhov et Ozu : deux arts "à voix basse"). L'expression "cinéma à voix basse" est employée par Ozu pour qualifier son cinéma ainsi que celui de Naruse, 成瀬 巳喜男 (qu'il oppose au cinéma "à voix haute" de Kurosawa 黒澤 明)." 

"Sur la tombe d'Ozu (1903-1963)
est inscrit le caractère mu, qui signifie :
inconstance, impermanence, vacuité."


Quelques images en vidéo, montées dans le désordre.
Et sans le son. On ne peut être plus épuré*. 

Pour un ami...
 
 
* En parlant d'épure, j'ai vu un film magnifique : IDA de  Pawel Pawlikowski. Une belle scène - entre autre - avec un morceau de Naima de John Coltrane.

"Cette musique  me permettait de montrer qu’en parallèle du côté dur et gris de la Pologne des années 60 coexistait une ambiance étonnamment cool." (Pauwel Pawlikowski)

vendredi 26 juillet 2013

Lady gaga

Une semaine avec Eric Rohmer dans les NCC, un délice! C'étaient des rediffusions mais philosopher avec Rohmer est un plaisir dont je ne me lasse pas.
Je crois que je pourrais tomber amoureuse sur le champ d'un homme qui me dirait : j'adore les films de Rohmer. Bon, tomber amoureuse n'est plus d'actualité depuis longtemps.
Je vais en ré-emprunter à la médiathèque cet été.
Hier j'ai emprunté deux DVD de Ozu :
Le goût du Saké (dernier film du cinéaste) et Dernier Caprice (avant dernier film du cinéaste).

Une semaine également avec "mon papillon de nuit". Hier soir en fermant mes rideaux et ma porte-fenêtre je le vois se cogner contre ma lampe et s'affoler. Je reste zen! Pas question de le laisser à l'intérieur pendant la nuit. J'ai réussi à le faire sortir par la fenêtre avec mon balai tête de loup, sans l'écraser. A la campagne je poussais des cris quand j'en voyais un rentrer dans ma chambre mais ils étaient énormes et plutôt dégoûtant avec leur gros corps. Celui-ci est vraiment trop mignon. Je me demande si c'est vraiment un papillon de nuit, il commence à prendre ses aises chez moi. Avoir des chauves-souris dans son grenier c'est bon signe, parce que la maison est bonne dit-on; c'est peut-être pareil pour les papillons de nuit?
Mon nouveau papillon - je dis nouveau parce qu'il me semble plus petit que celui-là - aime aussi mes fleurs. Hier, il dormait dans celle-ci où perlait une goutte, non pas de rosée, mais de sécrétion de la fleur. N'est-ce pas sensuel?



Une heure plus tard, il a changé de fleur, celle-ci plus ombragée.



Et aujourd'hui - je crois que je deviens gaga avec les insectes - il rentre carrément dans la pièce. Il sent que je ne le chasse pas, alors il en profite le coquin (oui je suis lady gaga).



Maintenant il est sur le rideau. Sans doute en avait-il assez que je fasse des allées et venues sur la terrasse et que je l'enjambe.



Je vais finir par croire que mon appartement a de bonnes ondes. Il m'a apprivoisée, d'habitude c'est l'inverse avec les animaux et donc - je suppose - avec les insectes.

Il est resté scotché toute l'après-midi sur le rideau puis il a disparu. Vais-je le voir s'échapper du rideau ce soir en le fermant?

 "Le papillon de nuit est un pollinisateur, il se nourrit également de nectar, de fruits en décomposition, de cadavres, de fumier, de sécrétions végétales etc.
Il absorbe dans l'ensemble des éléments plutôt liquides par l'intermédiaire de sa trompe."
(Source Wikipédia)