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lundi 24 juin 2019

***

Hier, dimanche, "jour de merde par excellence" comme le rappelait Louis Calaferte, j'envoyais à un ami quelques photos de ma halte de la veille en bord de mer, à Douarnenez.

A peine cinq minutes plus tard, il m'accusait  réception avec ce poème. J'ai remplacé mon prénom par "très chère" (rien que ça ! Mais je suis aussi parfois sa "très chère";-)) dans nos échanges épistolaires. Ce qui me plaît c'est la rapidité  de l'envoi, donc un premier jet sans retouche. Il est probable que s'il avait su que je souhaitais le publier, il l'eût retravaillé. Je le trouve épatant et beau, tel quel ! J'y sens un peu de spleen. J'ai son accord pour le mettre ici, sans retouche, sa spontanéité m'enchante ! 
Ce dimanche n'était plus du tout en phase avec Calaferte ! 
Merci David.


Ah,très chère,
que votre Bretagne est enchanteresse
et nul doute que si j'avais des cheveux
D'extase elle me ferait des tresses!!

Moi, je me perds dans la ville
pour y puiser bien autre chose
que du connu et du servile
qu'un besoin de culture à haute dose!

Sous la crasse de l'ennui
de l'asphalte, des visages gris,
j'entrevois, c'est à peine si j'écris,
la lueur profonde de mes nuits.

Je lui préfère de beaucoup la mer
les horizons larges, le grand air,
mais dans mon désir infini 
d'infini, je me désole et reste assis.

Poétiquement vôtre,

D.


lundi 5 août 2013

Déranger, inquiéter, éveiller

Samedi 3 août.

J'ai raccompagné l'ami à la gare. Nous avons passé trois jours délicieux; retrouvailles après trois ans...
Ne pas en parler, pour garder ces moments comme un trésor caché et y puiser plus tard les heures joyeuses passées ensemble, quand poindront des jours plus sombres.

Dimanche 4 août.

Matin.
Que j'aime l'idée d'être là, à écouter en cet instant Charles Sigel parler de Stendhal, à toute vitesse, tandis que la foule des vacanciers se presse sur les autoroutes encombrées!
“Une seule règle, laquelle est sans exception: il faut être soi-même.” (Stendhal).
Et le plaisir d'écouter les choix musicaux qui jalonnent l'émission, comme ce Maometto de Rossini, ici par Cécilia Bartoli (ce n'est pas Philippe Sollers qui me contredira!) :


 


Après-midi.
Farniente sur mon canapé (le temps est gris et venteux), je termine Le complexe de Caliban. Parler des auteurs que l'on aime - comme le fait Linda Lê -  c'est aussi parler de soi. 
Je vais pouvoir commencer l'ouvrage offert par mon ami : La Barette rouge de André de Richaud, un auteur méconnu, en tout cas, de moi. Mon ami a le don de me faire découvrir des trésors littéraires. Si je m'en tiens à ce que je lis ici, ce livre va me "secouer". J'aime que la littérature ait ce pouvoir de déranger, d'inquiéter, d'éveiller.

samedi 12 janvier 2013

Papier glacé

Photos d'une journée inutile, on ne peut plus futile.

Direction la médiathèque


Chemin faisant cette façade attire mon regard...


... et la porte. J'aime qu'un support retienne ces lianes épaisses
 qui s'enchevêtrent sur les pierres. Combien d'années ont-elles?
Il faudra que je repasse par là au printemps pour voir le feuillage.


J'arrive à la médiathèque. Je m'installe dans un fauteuil pour feuilleter un magazine consultable uniquement sur place. Je lève les yeux, j'aperçois la flèche de l'église Saint Matthieu au-dessus de la verrière; j'aime ce mélange d'architectures.



Je ne suis pas à l'aise dans ce fauteuil pour feuilleter le magazine, je change de place et vais m'asseoir près de deux étudiants à une grande table, au fond de la pièce. Le silence y est encore plus prégnant. Oui, je suis mieux ainsi, le magazine posé sur la table plutôt que sur mes genoux. J'ai toujours aimé le côté luxueux, futile de ce magazine. Je me souviens que ma mère achetait parfois Vogue; elle s'en inspirait pour confectionner nos vêtements. Je feuillette celui-ci, du même style, luxueux, sur papier glacé; oui, futile et... sensuel :



Je tourne les pages, passe sur les nombreuses publicités, sur les bijoux des grands joailliers; je m'attarde un peu sur les accessoires, les sacs, j'ai toujours aimé les sacs; je zappe le reportage sur Carole Bouquet, puis je m'arrête sur cette page; ce numéro  du magazine est consacré à la "famille" :




puis sur celle-ci, et je pense au beau film émouvant que j'ai découvert cette semaine à la télévision, avec Tom Hanks (Oscar du meilleur acteur en 1994) : Philadelphia.



Je refermais le magazine, je quittais la médiathèque et je rentrais sous la pluie.

Je savais que rien n'aurait changé en rentrant chez moi, de mon vide intérieur.

Plus tard, pendant que je dînais, je recevais un texto d'un très cher ami qui m'apprenait la mort d'Ourasi. Je comprenais son chagrin, il aimait tant ce cheval. C'est étrange, parce que cet ami venait de rompre ma solitude et donner un sens à ma journée. Il me demandait si j'allais bien : oui, j'allais bien puisqu'il était venu "partager" mon dîner.

jeudi 13 décembre 2012

Ne rien savoir. Tout ressentir.

Intuitions

A chaque mot livré,
c'est un peu d'ignorance
qui se révèle
très loin dans la nuit qui nous sert à aimer.

Le savoir n'est en somme
que peu de chose.
Il suffit d'un doute
pour le détruire,
d'un silence pour le remettre en question.

Le savoir agit en bruit de fond
Inlassable, il épuise
- c'est un trop de lumière
qui aveugle et affole.

Ne rien savoir. Tout ressentir.

Comme une flamme, j'ai essayé tous les vents...

David Mazhari

jeudi 15 décembre 2011

Le vase aux glaïeuls


Un ami m'a envoyé cette carte postale :
Vincent Van Gogh, Vase mit Gladiolen, 1886.

Les verts, les marrons, les rouges sont exactement ceux de ta dernière toile, inachevée, sans titre; je l'appelle : Tempête dans ton cerveau. C'est étrange, cette toile a des tonalités de vert et de marron à la lumière de la lampe alors qu'elle est bleue et grise à la lumière du jour.
Lumière du jour, ciel gris, soleil, lampe. Comme les tableaux peuvent changer sous ces différentes lumières. Ils influencent mes états d'âme.

Ce soir, c'est Joachim qui fouette mes vitres dans une bagarre de pluie et de vent. Je n'ai pas de volets. Dans ma maison j'avais peur des tempêtes; dans mon appartement, je n'ai peur de rien, j'ai peut-être tort. Pour le moment, rien de catastrophique! Attendons cette nuit... Tiens, Joachim va poursuivre sa route vers la Suisse* demain. Le lac Léman va être agité, et peut-être un peu plus qu'ici?

* Ce commentaire en Suisse reflète assez bien ce que je pense du battage médiatique : "La dernière tempête du siècle annoncée l'an dernier avait l'allure d'un pet de grand-mère, donc je pense pas qu'on risque grand-chose."

Hum! Je crois que le courant va être coupé... vite... postons et, serrons les fesses.

mardi 1 novembre 2011

Louis Calaferte

"Mystique, anarchique,
Calaferte se voulut d'abord un homme debout"

Je viens de terminer Choses dites, un livre d’entretiens et de choix de textes de, et avec Louis Calaferte.
Comme beaucoup de lecteurs, j’ai découvert – je devrais dire, un ami** m’a fait découvrir (et bien d’autres auteurs : Marcel Moreau, Joë Bousquet, Pierre Michon, Paul Gadenne, André Velter,  la suite serait trop longue) – cet écrivain avec Septentrion. Couverture de l’ouvrage, collection Folio, dans le bandeau de mon blog, à droite : un visage de femme : une peinture de Louis Calaferte. Et quelle découverte ! Bien sûr, j’ai ensuite poursuivi avec son premier récit : Le requiem des innocents qui m'avait moins emballée, puis d’autres ouvrages, achetés ou empruntés à la médiathèque.
« On n’a jamais, je dis bien jamais, écrit quelque chose d’aussi fort, d’aussi cru et violent. Et drôle. Et horrible. Et peut-être prophétique (…) Ne pas avoir lu ou ne pas lire sur-le-champ Septentrion est foncièrement immoral. »
Philippe Sollers (Le Nouvel Observateur).

Mise en garde : le lire avant de l’offrir, pour ne pas commettre d’impair. On ne ressort pas indemne de sa lecture.

Celui que je viens de terminer donc, Choses dites, ce sont des Entretiens qui avaient été diffusés par France Culture, en 1988.
« Les relisant aujourd’hui, il me semble qu’ils n’ont rien perdu de leur vivacité. Puissent-ils, à l’instar des textes qui complètent ce volume, inciter des lecteurs à aller au plus près d’un monde où même l’amour a « la saveur du terrible ».
« Le franchissement de la ligne. » Louis Calaferte nommait ainsi cet instant où l’homme abdique et entre en agonie. La création fut le barrage qu’il établit face à la maladie. Écrire, peindre, aimer, en une tempête chaque aube éveillée, pour ne pas se laisser surprendre. Telle fut la leçon de vie de ce « mortimiste ».
Pierre Drachline.

Les Entretiens ont été restitués dans l'ouvrage sans la moindre réécriture, tels qu'ils ont été dits sur France Culture. Extraits :

P.D.- Vous avez commencé quand l’écriture de Septentrion ?

L.C.- J’ai mis cinq ans à l’écrire. Je l’ai publié… je ne sais plus… Il y avait déjà un an qu’il était fini.

P.D.- En 1963. C’est un livre qui est mal parti, un livre qui a une légende. Un des rares livres de la littérature contemporaine que les gens se signalent comme en secret. On se le passe un peu, mais on le prête difficilement, de peur de ne pas le voir revenir. Et c’est un livre qui commence par une phrase superbe, « Au commencement était le sexe ». Alors, référence à la Bible ?

L.C.- Bien sûr. Bien sûr. Forcément, oui. Il y a une espèce de dénaturation, là.

[…]

P.D.- Il y a dans Septentrion un passage superbe sur la lecture – qui a d’ailleurs été repris en affiche par les éditions Denoël – sur la nécessité de lire.

L.C.- Sur la nécessité absolue de lire. Parce que… la connaissance c’est la vie. Point. Terminé. C’est tout. Si on n’a pas ça dans la tête, on est foutu. D’une manière comme de l’autre, on est foutu. Et ça c’est une choses que personne n’enseigne… Parce que moins il y a de connaissance, plus on peut vous étouffer. Non, non, la connaissance, c’est la vie. Donc, il faut lire. La connaissance s’acquiert. En fait, qu’on le veuille ou non, jusqu’à maintenant il n’y a quand même qu’un moyen, c’est quand même le livre. Le reste… l’image… moi, je veux bien, mais enfin… l’image, ça passe.

[…]

P.D.- Ce rapport à la femme ? Ce mélange de fascination et de répulsion dans Septentrion

L.C.- Ah ! Nous y voilà.

[…]

P.D.- Il y a quelques très beaux portraits de femmes dans Septentrion.

L.C.- Oui… très beaux ?... enfin… il y a un portrait de femme.

[…]

P.D.- Ça ne vous a pas trop énervé les comparaisons qui ont été faites avec Henry Miller ?

L.C.- Pas du tout. Pas du tout. J’avais une très grande admiration – que j’ai toujours – pour Miller.

P.D.- Vos œuvres respectives n’ont pourtant pas grand-chose à voir.

L.C.- Non. Oh ! mais, moi, on m’a comparé à tout le monde. On m’a comparé à Céline. Un jour, j’avais fait la liste. C’est effrayant. Kafka. Céline. Miller… je ne sais plus. Qui encore ? Enfin, il y en avait des paquets, des tonnes. C’est le besoin de comparaison. Quoi qu’il en soit, l’univers de Miller n’est pas le mien. Cela dit, moi, j’aime beaucoup Miller.

P.D.- Dans Septentrion et ça, on ne l’a pas assez souligné – on a préféré s’arrêter souvent aux anecdotes -, il y a un travail, avant tout, sur la langue, qui est fantastique.

L.C.- Merci de le dire !...

=0=0=0=0=

P.D.- Aujourd’hui, un écrivain qui a quelques milliers de vrais lecteurs, c’est fantastique.

L.C.- Ah ! bon. Alors, c’est fantastique. Alors, j’ai quelques milliers de vrais lecteurs. Je suis content de les avoir. Je ne les connais pas, eux non plus d’ailleurs, ils m’écrivent de temps en temps, je réponds un petit peu et puis après je ne réponds plus, parce que, sinon, ça n’a pas de fin. Ça me fait plaisir, je suis content, mais ce n’est pas mon objet. Vous savez bien que je suis loin de tout ça. Pourtant très longtemps – une fois encore, je ne raconte pas d’histoires – j’ai envisagé de ne pas publier. Vraiment. Ça ne m’aurait pas gêné du tout.

P.D.- Qu’est-ce qui vous a amené à cette position ?

L.C.- Rien, mais…

P.D.- Un dégoût ?

L.C.- Oui… voir toute cette…

P.D.- Une fatigue ?

L.C.- Voir cette vanité… toute cette agitation autour de ça… Je ne sais pas, moi, le menuisier qui fabrique une table, il ne fait pas tant d’histoires. Il fait sa table, elle tient debout, il a mis ses quatre pieds. Moi, je fais des livres et, en général, ils tiennent debout, ils ont leurs quatre pieds. Je suis prêt à l’anonymat, qu’on ne mette pas mon nom sur les couvertures, dans les journaux. Je m’en fous ! Ça ne me gêne pas. Je m’en fous ! Au contraire, même, je souhaiterais que l’art soit complètement anonyme. Ça se faisait, vous savez… les ateliers… Leonardo da Vinci… A cette époque-là… C’est le XIXe qui a amené tout ça… cette personnalisation… Un peu plus tard, la vedette… C’est complètement tordu, ça. Qu’on ne mette plus aucun nom sur les livres ! Vous allez voir, il va se faire un vide dans la littérature ! Putain ! Mais personne ne va plus vouloir écrire. On va être trois à rester, vous allez voir ! Ils ne veulent pas faire de l’art, ils veulent leur nom ! Ils veulent qu’on voie leurs têtes ! C’est ça, la vérité. C’est là où ça pourrit tout ! Bon… et puis, je ne sais pas pourquoi je m’emballe…

P.D.- A défaut d’être quelqu’un, ils veulent être quelque chose.

L.C.- Oui… ils veulent être… Rien… Ils veulent être… mais vous le savez bien, vous essayez de me faire parler. (Rires) Vous la savez bien, ils veulent être à la télévision… pour qu’on les voie. Pauvres mecs ! c’est lamentable. Absolument lamentable. Je vous le dis, qu’on ne mette pas de nom sur les livres ! Anonymes. Anonymes. Vous verrez ! Pivot n’a plus personne. Réglé !

Louis Calaferte, in Choses dites. Entretiens et choix de textes, éditions Le cherche midi, 1997.


** Je viens de retrouver ce que cet ami m’avait écrit au sujet de Septentrion.

"Je pensais que vous n'aviez pas lu Calaferte et qu'en effet ce serait un grand bonheur pour vous, il me semble. Ses textes poétiques sont aussi intéressants, mais à l'instar de Céline avec "Le voyage..." (et "Mort à crédit" que j'aime aussi beaucoup) je dirais qu'il a "tout" mis dans son Septentrion.

Je pense également à un autre auteur, spontanément, que vous avez peut-être lu, et que vous aurez sans nul doute adoré, c'est Marcel Moreau. Il y a un an, environ, il a publié Nous, amants au bonheur ne croyant... (Éditions Denoël), qui est un troublant hymne à l'amour (et à sa perte qui le grandit souvent davantage). Mais ces textes antérieurs étaient tout aussi puissants. Je pense qu'avec cet auteur, d'origine belge, le lecteur touche à la "gangue" du verbe. Et son oeuvre parle de la femme comme peu d'auteurs ont su le faire.
Ainsi de Quintes (publié en 1963), Sacre de la femme, Julie ou la dissolution, Le Chant des paroxysmes....
Si ce n'est déjà fait, je vous laisse aux "Anges" de le découvrir!"

Il va sans dire que j'ai "adoré" Marcel Moreau.

"Tous les livres ne sont pas pour tous les lecteurs indifféremment. Chacun doit trouver les siens. Les trouve-t-il, c'est l'harmonie."
Louis Calaferte.

Vidéo INA et lire aussi ici.

jeudi 8 juillet 2010

Jours heureux

21 h. J'ai dîné seule ce soir sur ma terrasse encore chaude du soleil de la journée et face à moi la chaise était vide. Mon jeune ami nantais est reparti.
Hier nous fîmes le matin une belle promenade dans les rues du vieux Quimper. J'ai même découvert avec lui, un endroit plein de charme que je ne connaissais pas; un instant nous n'étions plus dans le brouhaha de la ville mais dans le calme d'un lieu qui pût être la place d'un village provençal à l'ombre des platanes. Le silence était extraordinaire. Puis nous sommes redescendus sur terre, et dans le monde des humains pour prendre un café. A midi nous dûmes nous boucher les oreilles : les sirènes nous rappelant que nous étions le premier mercredi du mois. Tonitruantes!
Nous rentrâmes tranquillement nous arrêtant aux Halles pour acheter quelques succulents involtini chez l'italien. Encore une découverte pour moi.
Balade l'après-midi sur la baie d'Audierne.


Le soir nous dînâmes sur le petit port de l'Ile Tudy, les meilleures places aux terrasses étaient prises d'assaut. La lumière était belle.


Ce matin nous fîmes un dernier tour dans cette ville que mon ami a aimé avec ses ponts et ses parterres fleuris, ses rues pavées, ses maisons à colombages, sa cathédrale, ses librairies.


Je l'ai emmené dans celle-ci qui m'avait séduite il y a quelques mois : Le piano livre. Le Maître de céans était là; avec un grand sourire je lui ai demandé s'il nous jouerait quelques notes de jazz sur son piano et il ne s'est pas fait prier. Nous l'avons écouté en continuant de butiner dans les rayons. Encore une fois nous étions à mille lieues de l'agitation de la ville, feuilletant de vieux ouvrages, accompagnés d'un libraire-pianiste qui ne jouait que pour nous deux. Grand moment de bonheur. Mon ami m'a offert une vieille édition, 1965, Jean-Jacques Pauvert de L'astragale de Albertine Sarrazin puisque nous en parlions la veille (je lui avais offert à son arrivée Lettres à Fanny de John Keats) et je me suis fait plaisir en achetant Volupté de Sainte-Beuve dans une édition de 1877, sans même savoir si ce livre allait correspondre à l'état de mon âme, le titre à lui seul me faisait rêver.

Il me serait difficile de dire ici avec justesse ce que furent ces deux jours avec mon ami (qui n'est pas mon amoureux je précise). Il me reste maintenant ces petits instants de bonheur qui ressurgiront pour un oui pour un non et ces jolies pivoines avec lesquelles il est revenu ce midi pendant que je préparais hâtivement une salade avant qu'il ne reparte.

mardi 6 juillet 2010

Lettres à Poisson d'Or

"Je ne peux vous aimer sans devenir le coeur de ce qui existe avec. Mon être est par vous tout esprit à force d'être l'intelligence de tout ce qui nous a rapprochés. Une lumière lourde comme de la rosée tombe dans le vent gris d'un jour odorant, aussi doux que la chair. Les oreilles pleines de la rumeur qui, pour vous être transparente, n'a qu'à se traverser de mon amour pour vous, attentif à tous les bruits où tressaille le passage du temps, je jouis délicieusement de ne me sentir réel que dans le berceau d'une pensée toujours la même et si exceptionnelle que la vision ne s'y distingue plus de l'idée. Il est si bon de savoir qu'il existe un être tel que penser à lui ce soit déjà le voir et le toucher; que sa présence réelle, ainsi, soit l'unité de l'esprit et du coeur, qu'il se rende capable et grâce à sa beauté de faire de la lumière la transparence de la vie intérieure."

Joë Bousquet, Lettres à Poisson d'Or, p. 37. L'imaginaire*, Gallimard.

16 h. J'attends un ami cher qui ne saurait tarder. Je regarde dans ma bibliothèque les livres qu'il m'a fait découvrir, je sors celui-ci parce qu'en ce moment je suis comme un poisson qui nagerait dans une eau lourde et tiède, et qui se laisserait engloutir dans cette douceur comme on s'enfonce avec délice dans le sentiment amoureux.
* Le mien est très sollicité ces jours-ci.

jeudi 13 mai 2010

Marcel Moreau


Encore et encore...
Hier donc, à la bibliothèque, je pensais revenir les mains vides puisque j'ai mon Proust mais je n'ai pas pu m'empêcher de fouiner et j'ai trouvé le livre de cet auteur que j'admire et j'aime (pléonasme), Marcel Moreau : Féminaire. Il est beau au toucher et son papier est épais comme ce papier Ingres d'Arches sur lequel on dessine ou on peint, ce qui n'est pas innocent car l'écriture de Marcel Moreau, en dehors d'être un chant, une danse, une chorégraphie est aussi une peinture. Peintre de la Femme dans son adoration. Les pages sont "scellées" (quel privilège, pas un lecteur de la bibliothèque ne l'a pris dans ses mains) et c'est avec délicatesse et fébrilité que je les tranche au coupe-papier.

Féminaire : Un mot qui va, un mot qui vient, dans ma bouche décadente, laquelle eut son âge d'or, et s'en souvient. Un mot qu'on ne ravale, ni ne recrache, qui se grefferait sur la langue jusqu'à la fin de vivre. Un mot que l'on prononcerait avec la force de "bestiaire", alors qu'il a la douceur de "sanctuaire". Un mot qui serait plus séminal que "séminaire", sans les reliques de "reliquaires". Un mot qui chercherait, dans ses profondeurs, ce qu'il lui reste d'inachevé à écrire sur mon amour inachevé de la Femme et des mots.

Mon Féminaire, je pourrais croire l’avoir déjà écrit, de livre en livre. Il y court en haut des passions escarpées, il y coule au fond des passions encaissées. Que ce soit par soubresauts ou par saccades, rien n’y fait : elle n’a jamais cessé, ma louange de la femme. Même quand j’avais dans l’âme plus d’horreurs que d’agréments, elle n’a jamais cessé. Je pourrais croire l’avoir déjà écrit, ce livre, et pourtant je ne l’ai jamais vraiment commencé.
On ne commence pas un mystère, on en est la remorque, essoufflée et brinquebalante. Émerveillée d’abord.

M.M. 4ème de couverture.

Je ne pouvais attendre plus longtemps pour en commencer la lecture qui, je le savais, me transporterait dans cet ailleurs qui nous isole et nous transcende : l'amour. Marcel Moreau vieillissant sait que son "corps charnel" n'est plus qu'une illusion mais que son "corps verbal" lui, est toujours bien vivant, bien vibrant.

"Toi, corps charnel, ta lucidité sait ce qu'il en est de l'illusion de séduire, quand on séduit plus par l'histoire que l'on traîne derrière soi que par celle que l'on pousse devant. Moi, corps verbal, ma déraison sait ce qu'il en est de cette histoire entre la femme et toi, qui ne se terminera qu'avec ta mort. Je suis ton corps verbal, ton corps de possédé du verbe, c'est-à-dire celui en qui, parmi tant de dévorantes passions, s'est fécondée, à jamais, la plus vertigineuse de toutes : l'amour". [...]
Une femme lui écrit. Il écrit à une femme.
[...]
Ainsi commença ton amour de Laba. Quand tu reçus d'elle, étrangère, une lettre recommandée. Ce n'étaient que quelques mots, d'une graphie élégante, sensuelle, qui donnait une peau aux consonnes et un regard aux voyelles, et à la page une respiration calme, de corps entrebâillé. Son langage était tactile et vallonné, un "ailleurs", à la française, dans un pays dont le parler nous est mystère. Tu remarquas que les jambages de ses "M" étaient grands ouverts. Tu en ressentis un vague désir. Elle écrit : "De toute ma chair, je vous lis..." Et ce qui suit, ce ne sont ni compliments ni louanges. C'est, immédiatement, une voix dans ta voix, des yeux dans tes yeux, une façon de dire et, enfin, son corps verbal tourné vers le tien qui se tourne vers lui. Soudain, vous vous rencontrez sans vous être vus, et cela est beau. Cela ne s'explique pas, ce charme d'entre tous les charmes, ce bruissement inaugural de la parole qui fait que soudain deux corps s'orientent l'un vers l'autre, deux âmes, peut-être deux blessures, deux chuchotements confus d'une intuition à nulle autre pareille : "Je vous attendais".

Marcel Moreau, Féminaire suivi de La libération de la parole, Les éditions Lettres Vives, collection Entre 4 yeux. Pages 8 et 10.

A lire ici pour un point de vue plus pro... car je ne fais que commencer ce livre. Je suis une inconditionnelle de Marcel Moreau et je sais que je ne serai pas déçue.

Je remercie encore le jeune ami qui m'a fait découvrir cet écrivain il y a quelques années.

jeudi 24 décembre 2009

Rencontre épistolaire et virtuelle

En 2007 je vagabondais sur un site de rencontres qui se voulait être littéraire donc réservé à ceux et celles qui aimaient la plume, la littérature, les arts. Les rencontres la plupart du temps n'existaient pas, la communication restait virtuelle mais les échanges prenaient parfois une sincérité étonnante et un intérêt véritable. Séduite par son écriture, j'ai ainsi lié une relation amicale très profonde avec un jeune homme. Nous nous sommes rencontrés et sommes devenus de vrais amis. Notre grande différence d'âge permettait cette amitié sans aucune ambiguïté. D. écrit et tente vainement de trouver des éditeurs, je l'encourage à poursuivre.

En juillet 2007, toujours sur ce site (qui n'existe plus) un homme (de mon âge, enfin un;o)) venait de faire son apparition mais ne réapparaissait que très irrégulièrement et s'exprimant très brièvement. Nous avions la possibilité de communiquer "publiquement" ou "en privé". Il m'envoya un message privé en me disant qu'il aimait mon Journal (celui que je tenais sur ce site et d'autres choses sur un ton à l'humour particulier qui me plaisait. Je lui répondis, nous parlâmes de Henry Miller, d'Anaïs Nin, de bien d'autres écrivains qui nous passionnaient et de peinture. Il était (est) cinéaste et faisait (fait) des films documentaires sur quelques artistes-peintres mais pas seulement. Son humour s'est accentué au fil des échanges, j'ai rapidement compris qu'il ne serait pas un homme dont je tomberai amoureuse et que je n'étais pas la femme qui le ferait bander (c'est ce qui me venait à l'esprit quand je lisais ce qu'il me disait sur les femmes) mais j'aimais cette relation épistolaire et amicale, voire intellectuelle. Je vivais alors à la campagne et lui à Paris et à l'étranger;  il me prenait réellement pour une péquenaude ce qui me faisait plus rire encore. Il ne savait pas que j'avais passé trente ans de ma vie à Paris et devait s'imaginer une bourgeoise esseulée dans sa campagne. Mais bien qu'il ne ménagea en rien ses dires moqueurs, il n'arrivait pas à m'agacer. Je devais aller à Paris en septembre et pensais le rencontrer mais il était alors en tournage à ce moment-là. J'avais pu découvrir son parcours professionnel grâce à Google mais je réussis à résister à l'intimidation. Quelle ne fut ma surprise de recevoir en septembre de cette année-là un DVD d"un film qu'il avait réalisé, sur un artiste que j'admirais, Matisse. Ce cadeau m'a touchée au plus haut point, il était empreint de délicatesse et totalement gratuit; nous nous connaissions si peu, malgré les quelques mails. Son film était (est) très beau, en fait il raconte le peintre à travers le poète Aragon, les paysages qui ont inspiré le peintre sont magnifiques et filmés avec un esthétisme irréprochable; le texte est dit par  Jacques Weber. A chaque fois que je revisionne ce film je redécouvre le regard du cinéaste en me disant que son humour mordant est étrange avec moi tandis que son travail est d'une grande sensibilité.
Et puis, nous nous sommes perdus non pas de vue mais d'écriture... C'est un homme qui travaille beaucoup (il ironisait aussi sur mon oisiveté qui lui faisait peur, craignant d'être tombé sur une femme dépendante financièrement, ce qui me faisait éclater de rire).

Enfin, dernièrement, faisant un peu le ménage dans mes mails, je retrouve notre correspondance et je lui envoie un mail (n'étant pas sûre qu'il le reçoive) pour lui dire que la plouc est revenue en ville, sur le ton ironique qui fut constamment celui de nos échanges. Et merveille, deux ans et des poussières plus tard, il me répond avec des mots qui sont exactement les mêmes dans leur teneur et leur moquerie. Dé-li-cieux. En fait c'est un homme qui ne craint pas de dévoiler son côté ours mais avec une telle drôlerie que je ne peux pas lui en vouloir.

mardi 10 novembre 2009

***

Je termine La vérité sur Marie. C'est fracassant de beauté. Les passages sur Zahir (l'étalon rebelle et impérial) sont stupéfiants de réalisme et de poésie.

Je pense à un mon ami D.M., fou de chevaux qui m'écrivit un jour à propos d'un cheval :

"Je lui rends visite de temps à autre en son haras de Gruchy près de Bayeux. Il raffole tout autant des pommes que des nuages et des oiseaux qu'il regarde au loin inlassablement.
Ourasi fut ce trotteur au palmarès éblouissant. Il remporta dans les années 80 quatre prix d'Amérique (le championnat du monde des trotteurs attelé, à Vincennes). Ce record n'a jamais été battu ni égalé. On l'appelait le roi fainéant, parce qu'il courait toujours battu, dernier du peloton et attendait l'ultime ligne droite pour surclasser ses rivaux. C'est, dit-on, un cheval de légende.
Aujourd'hui c'est un cheval toujours aussi paisible, il a vingt-huit ans. Cette masse de cinq cents kilos est d'une tendresse étonnante. J'aime quand il pose sa tête sur ma poitrine, j'aime sentir son souffle chaud, j'aime lui murmurer à l'oreille... Quand je pénètre dans son enclos, il pointe ses oreilles et vient vers moi de son trot nonchalant. C'est un bonheur rare que de connaître la confiance et la tendresse d'un tel animal..."


Et J.P. Toussaint parlant de Zahir (le contexte n'est pas le même!) :

"Alors lentement, apparut la croupe du pur-sang - sa croupe noire, luisante, rebondie -, à reculons, les sabots arrière cherchant leurs appuis sur le pont, battant bruyamment sur le métal et trépignant sur place, très nerveux, faisant un écart sur le côté, et repartant en avant. (...) C'était cinq cents kilos de nervosité, d'irritabilité et de fureur qui venait d'apparaître dans la nuit. (...) Le chef d'escale de la Lufthansa, son talkie-walkie à la main, s'était approché du van et personne ne bougeait plus, ni le cheval, arrêté à mi-pont - immobile, furieux, impérial - ni les spectateurs, fascinés par la force brute de cet étalon immobile, ses muscles, longs et puissants, saillants, tendus, qui contrastaient avec le tracé gracieux des pattes, la finesse des paturons, minces, étroits, délicats comme des poignets de femme".

Je veux TOUT lire de Jean-Philippe Toussaint. Je viens d'acheter La salle de bain et La télévision, le reste est en commande.
Je suis sous l'emprise de son écriture.
Je viens d'entendre Alain Finkielkraut sur France Culture  :
"La littérature c'est l'accès à toutes les nuances de l'amour, à toutes les nuances du désir".

Que de Je... Ouille, mon blog le bien nommé.