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vendredi 27 juillet 2018

Contempler, s'émerveiller

Quand on vieillit, il faut - paraît-il - profiter  des moments qui vous procurent un sentiment de bien-être. Ce moment d'émerveillement et presque d'abandon de soi - s'oublier, ne plus se voir mais porter son regard  sur ce qui est tout près de vous, sur la beauté, qui vous imprègne même si vous pensez être transparente - d'ailleurs vous l'êtes pour les autres et vous aimeriez tant, surtout, l'être pour vous, ne plus vous regarder, ne plus vous voir, pour essayer non pas de vous aimer - ça c'est fichu - mais de vous supporter. C'est bien la preuve que je parle d'une autre que moi; je ne suis plus moi. Bonjour vieillesse, je ne me reconnais plus; j'arrive pourtant, parfois, à me faire rire. La seule chose que vous supportez en vous, par obligation, ce sont vos douleurs. Ce n'est pas une mince affaire.

Bref, malgré ces propos, ces lamentations lamentables, eh bien oui, je peux encore savourer ces moments d'émerveillement, de contemplation. Ces petits riens, tout simples, comme ce 13 juillet, à Concarneau, après une séance de Kiné Vestibulaire, dans un état semi vertigineux mais j'allais mieux qu'à la première séance dix jours plus tôt - nouvelle crise de vertiges après une année de rémission -, je rentrais sans complexe dans le parking de la thalasso où je n'avais rien à faire, sinon, trouver une place tout de suite quand elles étaient introuvables en bord de mer; je passais tout de même à la réception demander une brochure, histoire d'avoir un argument pour occuper le parking; puis je traversais la route et d'un pas soudain vaillant - toujours sans complexe puisque j'étais transparente - j'entrais dans cet hôtel où j'ai été fort bien accueillie au bar. Je commandais un café, un mini croissant (le garçon me demanda si je n'en voulais pas deux : ils sont très petits me dit-il; je lui dis : non merci, un seul me suffira) et un jus d'orange s'il vous plaît, il était 11 heures et mon rendez-vous kiné ne m'avait pas laissé le temps de m'attarder sur mon petit déjeuner. Mon Dieu, que j'étais bien sur cette terrasse, à l'ombre, à observer les gens sur la plage. Pas envie de lire mon magazine; il était sur la table pour faire décoration. Mmm ! Et l'addition ne fut même pas salée : le café 1,70 euros, le mini croissant 0,70. Incroyable, hôtel 4****. J'ai toujours aimé tu m'as fait aimer les bars d'hôtels : calme, service affable et volupté.







"Il me semble que désormais mes seuls rapports heureux avec moi-même, en dehors des autres êtres et des quelques moments d'exaltation ou de bien-être physique que la nature me procure, ne pourront être que littéraires." 
Françoise Sagan


lundi 20 mars 2017

Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir

Paysages urbains sous un ciel triste et beau




Téléphérique, Brest
(Pour voir les cabines de près et le ciel bleu, c'est ici. Hum!)






Rajout personnel (0_0)

 
Photos prises le 9 mars 2017, dans un état vertigineux
après une manœuvre libératoire.
Ce n'était certes pas le jour pour tester le téléphérique!

(Petit rappel : cliquer sur les images pour, 
agrandir la grisaille ambiante) 


Harmonie du soir

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

Charles Baudelaire

Elle, est une autre

Ce matin-là, elle prit le sachet posé sur sa table de chevet depuis quatre semaines et le remisa. Rempli de divers médicaments qu'elle avait ingurgités plusieurs fois par jour : anti-vomitif, anti-vertigineux acétylleucine et autres bétahistine, anti-migraineux, anti-maux d'estomac etc, etc., en supportant - mal - les effets secondaires; toutes ces molécules censées améliorer son état ne fonctionnaient plus, ou alors si modestement, qu'elle décida de ne plus rien prendre, comptant sur la énième manœuvre libératoire prévue trois jours plus tard pour remédier  à son état d'ébriété vertigineuse; mais ce geste, pourtant violent, qui s'avérait efficace lors des précédentes crises n'y remédiait plus. Pire Mieux encore, elle décida, ce matin-là - premier jour du printemps sous une pluie fine et un ciel gris - elle décida, elle décida... pfff! elle ne savait plus que décider. L'ORL non plus d'ailleurs! Il levait les bras au ciel avec un sourire compatissant pour parer à sa désespérance lorsqu'il l'accueillait dans son cabinet; elle lui répondait, en levant les bras au ciel. Ce n'était plus son magicien comme elle l'appelait intérieurement, jusque-là. A chaque manœuvre le grand vertige était toujours là, la nausée imminente (mais elle parvenait à la contrôler); il avait beau lui dire à chaque fois : vous n'êtes pas venue pour rien, elle, n'y croyait plus. Il était perplexe, son cas était difficile, il lui prescrivait de nouvelles molécules et même du calcium (0_0), et un médicament qui se terminait en... ium pour ses migraines, qu'elle ne prit pas après avoir lu les effets secondaires de la catégorie " Très fréquemment" (oui, il existe des échelles. Très fréquent = plus d'1 patient sur 10. Fréquent = 10 patients sur 100. Peu fréquent = 10 patients sur 1000. Fréquence inconnue, ceux-là, ces effets secondaires, sont horribles, inconnus quant à la fréquence mais donc pas impossibles; les "très fréquents" suffisaient à la dissuader de prendre cette molécule...ium). Elle préférait poursuivre ses remèdes parfois efficaces pour ses maux de tête, encore un anti.... et poser sur son front brûlant les masques de gel réfrigérés qui ne restaient froids que quelques minutes, absorbant la chaleur de son front en un clin d'oeil, mais elle en possédait plusieurs dans son frigo; durant son petit-dèj elle avait le temps d'en mettre cinq et, oui, parfois, c'était miraculeux.

lundi 27 février 2017

Plutôt mourir debout que de vivre à genoux

Hier, dimanche.
J'étais là, sous le ciel gris, dans l'air humide, légèrement frissonnante, dans un état fébrile. Il n'y avait personne sur le petit parcours. Le vent faisait larmoyer mes yeux encore plus que d'habitude, au point que parfois -pour ne pas dire à chaque coup - je voyais à peine la balle que j'allais taper. Personne - qui aurait pu me voir ce midi - n'aurait pu imaginer que je tenais tout juste debout et que, ce que j'essayais de surmonter c'était encore ces vertiges qui me tourmentaient depuis samedi matin. Surmonter aussi l'abattement, la solitude. Se révolter, se battre pour ne pas se laisser abattre ("Plutôt mourir debout que de vivre à genoux" L'Homme révolté, A. Camus). J'avais mis mon collier cervical pour conduire et je l'avais gardé pour jouer, m'empêchant ainsi de tourner la tête.  
Tout allait si bien depuis cinq semaines (du moins du côté des vertiges, pour le moral c'était autre chose)  et particulièrement depuis une semaine, mon jeu s'améliorait. Vendredi soir j'étais, sinon heureuse, revigorée. Je fis même ce billet sur "l'âne et le poney", assez tard, sans qu'aucune sensation vertigineuse ne s'installât, si ce n'était celle que m'inspirait Gena Rowlands.  
J'étais là ce matin pour tenter de relever le défi que je m'imposais : ne pas avoir plus de vertiges en jouant au golf que si j'étais restée sans bouger assise sur mon canapé à essayer d'occulter ce tournis, d'alléger cette tête si lourde quand la crise s'installe. Je ne jouais pas très bien, je marchais lentement. J'étais au fond du trou parcours lorsque je vis passer une voiture au loin... allant vers le parking du grand parcours...
Puisqu'il n'y avait personne, je remettais une ou deux balles quand je ratais mes coups mais je ne pouvais pas faire un plein swing, j'avais peur de déclencher un vertige rotatoire, celui qui me donne envie de mourir sur le champ. Je me rappelais soudain que j'avais oublié de mettre ma médaille autour du cou. J'avais des larmes plein les yeux mais je ne pleurai pas - du moins, pas en cet instant. Je terminais le parcours, fatiguée mais avec l'impression d'être moins vertigineuse. Mes chaussures étaient crottées, j'allais les nettoyer près du club house.
Ouf! dans ma voiture le larmoiement s'arrêta, je jetais un coup d’œil dans le miroir, mon rimmel waterproof n'avait pas fait de dégâts, simplement il n'y en avait plus "c'est l'dégel des amants/jolie môme" (pourquoi m'obstinais-je à en mettre pour venir au golf? Encore cette illusion de meilleure mine avec que sans), j'insérais Glenn Gould dans mon lecteur. Je me suis mise à rire : des images amusantes, improbables, me passaient par la tête. Je roulais doucement, sur mon chemin pas trop de croisements m'obligeant à tourner la tête. Tout allait bien. Ma tête était droite, quelques tensions cervicales, l'équilibre était précaire mais cette crise ne me laissait pas clouée, prostrée comme il arrive parfois. Je "positivais" (je déteste ce verbe ridicule), et puis, peut-être que quelqu'un pensait à moi...

Les hivers se suivent et ne se ressemblent pas toujours. Malheureusement et, heureusement. J'avais alors une énergie - mue par un sentiment amoureux - que je n'ai plus. Un an de plus n'arrange rien, l'énergie s'essouffle; les années pèsent de plus en plus lourd, en un an on en prend le double voire le triple; pour certain(e)s les kilos prennent la même ascension, pour d'autres c'est la descente sur la balance. Mmm!

Hier, malgré les vertiges, je postais ce billet, pour faire diversion. Écrire ici - n'importe quoi -, un moyen de ne pas rester fixée sur cet état, déprimant.




"Le sujet de l'inconscient ne touche à l'âme que par le corps" (Lacan)

mardi 29 novembre 2016

JOURNAL

Je me demande aujourd'hui comment j'ai pu poster mes derniers billets (sans intérêt) dans mon état vertigineux. Il est vrai que je m'obligeais, que je m'oblige toujours à faire quelque chose quand mon corps se dérobe comme si cela m'aidait à croire que je ne vais pas si mal; et pourtant... Peut-être est-ce cela La philosophie de l'effort, pensais-je en écoutant cette émission vendredi dernier.
Je pouvais écouter la radio et même lire un peu pendant ces trois dernières semaines éprouvantes. Assise tout allait mieux, mais debout j'étais comme sur un bateau, déséquilibrée, avec le mal de mer.
Je notais des phrases, des réflexions  que j'entendais à la radio, la plupart du temps sur France-Culture, parfois France-Inter, puis j'allais voir sur Internet la suite. Je notais tout ce qui me parlait... au gré de mon écoute, sans que les sujets n'aient aucune concordance :

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l'angoisse,
La honte, les remords, les sanglots, les ennuis,
Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits
Qui compriment le cœur comme un papier qu'on froisse ?
Ange plein de gaieté, connaissez-vous l'angoisse ?

Charles Baudelaire, Réversibilité (extrait)

"L'amitié en tant que telle peut faire battre le cœur.
L'amitié est la relation la plus nécessairement réciproque, ce qui n'est pas toujours le cas de l'amour."

"Je ne parle pas aux cons, ça les instruit." (Michel Audiard). 

Quand je n'écoutais pas la radio, je lisais un peu, pas très longtemps. J'avais emprunté un petit ouvrage dans une belle édition : Le Carnet du chat sauvage de Charles-Albert Cingria avec des dessins de Alechinsky. Reposant, j'en ai fait une bouchée. Commencé un roman d'un autre auteur Suisse : Justice de Friedrich Dürrenmatt, un écrivain et peintre dont j'ai déjà parlé ici.

Et puis, il y a huit jours, je n'en pouvais plus de ne pas bouger, de me confiner dans l'appartement, j'ai fait l'effort d'aller au cinéma. Mauvaise idée, non pas pour le film (quoique j'ai été un peu déçue : confus, mélo, long... ce n'est que mon avis) mais parce que la caméra bougeait sans arrêt et, dans mon état, il n'en fallait pas plus pour me donner la nausée. Bon, j'ai tenu le coup mais je suis sortie chancelante. Le film : Le client, du cinéaste iranien Asghar Farhadi.

Deux jours plus tard, vendredi dernier, déraisonnable, je décidais d'aller faire quelques trous au golf, en portant mon collier cervical!!! Je n'ai pas eu de vertiges, j'ai pu faire sept trous en swinguant comme une vieille, j'avais de plus le dos bloqué. J'avais pris l'air, je n'étais pas plus mal en point après qu'avant.

Le lendemain, samedi, j'allais de nouveau au cinéma mais cette fois pour un film de une heure et quart. Un film dont il faut connaître le sujet avant de s'y aventurer. Un film animé sur la "vieillitude" (=vieillesse/solitude). Un beau film doux, bouleversant, lent, des images comme des tableaux; parfois déchirant si l'on se sent impliqué par le sujet. Deux spectatrices ont quitté la salle (à moitié vide, séance de 14 heures) avant la fin (une âgée et une jeune). Cette vieille femme abandonnée (vivant d'espoir) qui ne baisse jamais les bras est délicieuse (j'ai trouvé cependant que le doublage de sa voix par Catherine Frot était un peu monotone et  manquait de vigueur alors que le personnage en débordait, même dans sa lenteur. (Ce qui n'est pas l'avis de G. Odicino dans le lien ci-dessous).
"Louise en hiver, le cinquième long métrage de Jean-François Laguionie, est le plus beau des voyages immobiles, à la fois invitation à la vie et flirt facétieux avec la mort." 
Synopsis : 
À la fin de l'été, Louise voit le dernier train de la saison qui dessert la petite station balnéaire de Biligen, partir sans elle. La ville est désertée. Le temps rapidement se dégrade, les grandes marées d'équinoxe surviennent condamnant électricité et moyens de communication. Fragile et coquette, bien moins armée que Robinson, Louise ne devrait pas survivre à l'hiver. Mais elle n'a pas peur et considère son abandon comme un pari. Elle va apprivoiser les éléments naturels et la solitude. Ses souvenirs profitent de l'occasion pour s'inviter dans l'aventure.
J'en suis sortie cette fois sans nausée, avec le sourire, l'impression d'être sur un nuage... enveloppée tout de même de mélancolie.
Je rentrais à pieds sous un ciel sombre, par la rive droite, côté Cap-Horn.




Le lendemain, dimanche, j'allais faire quelques trous, sans minerve. Je swinguais toujours comme une vieille, avec les bras, sans pivoter, comptant sur le paracétamol pour m'aider à jouer. Puis au quatrième trou, léger vertige. J'ai dû aller directement au 9 pour terminer, avec mal au cœur. Bien fait pour moi! Je croisais un ami qui était sur le 1. 

Il fallait que je bouge, je dois - je crois - apprendre à vivre dans cet état quasi permanent d'ébriété, me faire à cette idée, continuer de vivre comme si c'était normal.

Hier, lundi, le temps (comme aujourd'hui) était magnifique : sec, ensoleillé, vent d'Est cinglant.  J'allais prendre l'air au bord de la mer.



Ça caillait vraiment. Je pensais qu'un bon thé sur le port allait certainement me dégeler; mais cette fois, c'était bien la fin de saison. Il faudra attendre Noël ... pour se réchauffer, tous les bistrots étaient fermés.




Face au soleil, je "capturais" cette femme sur le banc...


... je retournais à ma voiture. J'avais froid. 
Nous étions le 28 novembre (*_*) et la circulation était fluide!






mercredi 23 novembre 2016

HONTEUX !


"Admise aux urgences, elle se retrouve à la rue..." à 83 ans.

Il ne faut pas pas vieillir à Quimper dans le Finistère! Mais ailleurs, dans les hôpitaux, est-ce mieux?
J'ai vécu une situation à peu près semblable (lien ci-dessus) lors d'une violente crise de Menière, de plus un jour de canicule. Vertiges rotatoires, ne pas tenir debout, nausées, vomissements... solitude... déshydratation. J'appelle les Pompiers à 23h45 après douze heures de vertiges et alitée, ils arrivent parfois plus vite que le SAMU. Enfin, des humains attentifs, attentionnés... Hospitalisation aux urgences de cet hôpital à minuit. Après une heure d'attente avec le machin pour vomir, perfusion pour hydrater. Sur un brancard, dur comme la pierre, sans oreiller, j'y passe la nuit.  A 8 heures passe un interne : vous allez bien, vous pouvez rentrer chez vous. (En survêtement et pantoufles). On ne me propose pas de taxi-ambulance. Personne pour venir me chercher. Je demande à l'infirmière de m'appeler un taxi, s'il vous plaît. Je n'avais aucun numéro de taxis de Quimper sur mon portable (j'en ai de taxis parisiens, un comble). Elle le fait, à contrecœur. J'étais épuisée, déboussolée. Je me dirige vers la sortie, je m'assoie sur un mur de pierres, j'ai peur d'avoir la nausée. Je pleure, j'ai attendu le taxi quarante-cinq minutes, il était dix heures, il n'est jamais arrivé. J'ai abandonné. Je ne raconte pas la suite... et je n'ai pas 83 ans! Et ce que j'ai vécu là n'est rien sans doute à côté de cas plus désespérants, sauf que sur le moment, j'avais juste envie de mourir.

Ce n'est pas le premier fait divers sur le même sujet qui s'est passé à cet hôpital et cela me conforte dans mes décisions. Ne pas attendre d'avoir 83 ans, loin de là, pour ne pas passer ma DERNIÈRE nuit sur un brancard *. Le faire, avant de perdre la tête. Comment ne pas y penser, en lisant ce énième témoignage..., quand on vieillit seul(e).

La conclusion de l'affaire est ahurissante :

"Le Centre hospitalier de Cornouaille signale que « la patiente pourra être reçue à l’hôpital, faire part de ses remarques et s’adresser à la commission des usagers », sans donner plus d’explications sur les causes de la mésaventure."

* "Le malaise de l'hôpital, est un sujet qui touche les gens et vécu par nombre de malades, d'autant qu'un patient de 89 ans est décédé récemment sur un brancard dans ce même hôpital." [Hôpital La Cavale Blanche à Brest].
 

D'autres témoignages ici et ... et il doit en exister de nombreux!

C'est mon coup de gueule du jour.

lundi 21 novembre 2016

Demandez le programme

Premier cours de la rentrée.

"Un élève de terminale demande à son professeur de philosophie  :
- La mort est-elle au programme cette année?
- Non, répond le professeur."

Et pourtant,  la mort est TOUJOURS au programme... de la vie. Je réécoutais  ce soir cette émission, prostrée dans mon  canapé par une crise de vertiges qui ne passe pas depuis plus de dix jours.

jeudi 10 novembre 2016

Des arbres remarquables et un calvaire... transparent

Vertigineuse depuis deux jours, je me décidais tout de même, le pas mal assuré, à prendre l'air en faisant quelques trous sur le Pitch & Putt. Ne pas bouger ni baisser la tête et ça devrait bien se passer. Deux parties de deux venaient de prendre le départ, j'attendais mon tour, avec un autre joueur. Ce dernier proposa de m'accompagner plutôt que d'attendre seul à chaque trou derrière les deux parties. Nous avions déjà joué ensemble une fois; je me souvenais qu'il ne quittait son "vaporetto" que pour taper sa balle; son vapotage ne me dérangeait pas. 
Les 9 trous terminés il était prêt à repartir pour un deuxième tour, mais je déclinais son offre. Sur le parcours mes vertiges n'avaient pas disparus et il valait mieux que j'arrête. Du coup, il ne repartit pas non plus.
En retournant vers le parking, je lui dis que j'avais laissé ma voiture devant le club-house pour pouvoir nettoyer mon chariot et mes chaussures (bien crottés) mais aussi parce que je voulais prendre en photo le calvaire (une croix toute simple que je trouvais belle).
- Ah! il y a un calvaire ici? où ça? me demanda-t-il.
- Mais oui, il est difficile de le rater, lui dis-je. Il est à l'entrée de l'allée qui mène au club-house, juste à l'angle.
- Je ne l'ai jamais remarqué...
Et moi, chaque fois que je prends cette allée, je ne vois que lui. Je ne vois que cette croix, épurée, sans Christ. Et chaque fois, sous n'importe quelle lumière, elle capte mon regard. Aujourd'hui, dans cette ambiance automnale, elle était encore plus belle.
Combien sont-ils (elles) ces golfeurs (golfeuses) à passer devant, - obligatoirement si l'on va au parking du grand parcours (et mon partenaire de ce jour y va deux fois par semaine) - et à l'occulter? La majorité, sans doute. Les golfeurs sont rarement des contemplatifs et pourtant, en ce moment, ça vaut vraiment le coup, quand on n'est pas sur le parcours (et même quand on y est), de prendre le temps de regarder ce bel environnement.


(Cliquer pour agrandir)


"Dans le parc se trouve un intéressant parcours de découverte botanique. Certains arbres sont plus que centenaires,  une dizaine sont classés remarquables par leur âge, leur taille ou leur rareté. Près des bâtiments il y a un fruticetum,  collection de 250 arbustes regroupés en carrés [...]. Dans l’esprit pionnier qui anima le XIXe siècle en termes d’essais botaniques (les espèces arrivées des colonies par Brest),  des plants du Chili, de Chine, de Nouvelle-Zélande, etc., ont été introduits près de l’étang, pour assurer un renouvellement original des arbres.
[...]"





mardi 14 juin 2016

Cet espace est entretenu sans pesticides

Lundi 13 juin.

L'arrivée sur Brest ce matin était bloquée, la pluie n'arrangeait pas l'affaire et la rade était bien grise enveloppée de brouillard.
Malgré ce bouchon - annoncé - d'un bon quart d'heure pour traverser le pont d'Iroise, je n'étais pas en retard pour mon rendez-vous, j'étais même en avance puisque je trouvais une place pour me garer, pile devant la porte du cabinet ORL. Je descendais de ma voiture d'un pied instable et légèrement soûlée par la route; je passe sur les nombreux réveils nocturnes et les angoisses - (allais-je tenir debout en me réveillant et pouvoir conduire?).
Arrivée donc avec un quart d'heure d'avance, je passais une heure dans la salle d'attente, le praticien avait trois quart d'heure de retard. Mathématique!
Consultation, manœuvres libératoires, la routine : mes vertiges n'étaient pas une illusion. Tenez mon bras serré dans vos mains me dit-il, à trois, je vous renverse. Je m'accrochais à ce bras comme à une bouée de sauvetage, la bascule était rapide et violente, mais son bras était doux, je savais qu'il allait sans doute me sauver de la noyade. Bascule à gauche : la mer était plutôt calme mais à droite elle était très agitée le vertige fut intense, il le voyait à mes yeux sur un écran grâce au masque. La rémission aura duré six mois. Recommandations habituelles : porter la minerve durant deux nuits, position semi-assise, ne pas bouger la tête, ne pas lacer ses chaussures en baissant la tête, ne pas aller chez le coiffeur, ne pas aller chez le kiné ni chez le dentiste, ne pas mettre la tête en arrière, ne pas embrasser votre amant (mais non il n'a pas dit ça, tsss!), éviter le stress etc. etc. tout cela pendant une semaine. Mais ces recommandations-là sont mon quotidien, également en dehors des crises. Même quand je sors ma balle du trou au golf, je ne baisse plus la tête!!! et quand je joue seule, je laisse le drapeau dans le trou (chut!) pour ne pas me baisser en le ramassant.

En sortant du cabinet, la pluie bat son plein. Je suis sonnée, encore plus déséquilibrée qu'en arrivant mais c'est normal. Quelle grisaille! Il était midi et quart, je n'avais rien dans le ventre depuis 7 heures du matin, il fallait que je mange un truc avant de refaire une heure de route. Le port de plaisance sous la pluie n'allait pas avoir d'intérêt, sauf celui d'un parking gratuit où il y a toujours de la place. J'y allais donc. J'enlevais ma minerve. Je passais devant Le Tour du Monde mais le ciel était trop plombé pour déjeuner dans ce restaurant qui surplombe la rade, si agréable quand le ciel est dégagé. Je me décidais pour un restaurant au ras de la rade (0_0) où je n'avais jamais mis les pieds. J'étais comme un marin qui arrive au port en quittant son navire, je tanguais vraiment.  L'Admiral's (c'est le nom du restaurant;-)) était complet à l'intérieur et je m'asseyais à une table en terrasse, couverte. C'était l'heure de pointe. Il me fallait quelque nourriture plus consistante que mes habituelles moules/frites et je commandais une pizza Calzone soufflée avec de l'eau... dommage, mais bon, pas question de boire du vin rosé ou blanc pour augmenter le tangage. J'étais au plus près des bateaux, je n'appréciais pas grand chose, je me sentais tristoune. Deux femmes viennent de s'asseoir près de ma table (une dame âgée de mon âge, tsss! avec une jeune fille). Elles ont commandé des moules/frites et la vieille dame les appréciaient vraiment : "elles sont vraiment bonnes" disait-elle toutes les trois minutes. (On radote en vieillissant). Sans tendre l'oreille j'entendais ce qu'elles disaient. La dame était apparemment une grand-tante de la jeune fille; elle vivait dans le coin et la jeune fille à Genève. Elle lui racontait qu'elle était obligée de garer sa voiture en France pour ne pas payer des frais qui m'ont échappés; aux questions de la tante elle répondait qu'elle circulait en vélo dans Genève, que oui il lui arrivait de manger des fruits de mer mais que c'était cher, que tout était cher à Genève. Mais tu as un bon salaire lui dit la "dame".
Bref, je mangeais ma Calzone sans me faire prier et la trouvais aussi bonne que la dame ses moules/frites. La grosse pluie s'était transformée en bruine, le fameux crachin breton et pourtant la lumière devint plus vive au point que je dus mettre mes lunettes de soleil.
Je commandais un café, réglais l'addition et saluais mes voisines en quittant le restaurant. C'était bien du crachin.

Dans ma voiture je remettais ma minerve, décidée à reprendre la route tout de suite sans faire de halte au cimetière.  Arrivée au rond-point, changement de programme, il fallait tout de même que j'aille voir pourquoi la Mairie m'avait appelée au sujet de la plaque en pierre qu'ils devaient retirer (de toutes les concessions) pour la (les) remplacer par du gazon dans l'allée. Ils voulaient savoir si dans la famille quelqu'un souhaitait la récupérer. Personne n'était intéressé, trop lourd à transporter. Je m'étais dit : quelle bonne idée de mettre du gazon, je n'aurai plus cette corvée du brossage de cette pierre qui recevait tous les détritus et boues de cette allée. Je n'avais pas acheté de plante, tant pis.
Je prenais des photos de ce nouveau gazon (il pleuvait toujours).


Sur la pancarte :  Cet espace est entretenu sans pesticides (0_0)
Les vers vont pouvoir boulotter tranquillement. Mmm!




Puis, j'allais mettre à la poubelle le bac piteux de plantes fanées et passais un arrosoir d'eau pour enlever des feuilles agglutinées dans les coins. Promis mes chers disparus, au prochain passage je déposerai des plantes fraîches.
Papa, maman, vous seriez bien tristes si vous saviez que deux de vos filles se déchirent en ce moment. (Je ne leur ai pas dit, je ne voulais pas leur faire de peine. Hum!). Et toi mon aimé, déjà trente ans que les vers te boulottent (*_*)!
Je me demande tout de même si les jardiniers ont une mini-tondeuse spéciale pour faire ces allées très étroites. L'herbe était bien haute.
J'allais ensuite sur la tombe de ma tante parisienne enterrée là avec ses parents : ma grand-mère et mon grand-père maternels, pour voir si là aussi les allées étaient gazonnées; mais non, pas encore...

Cette fois je reprenais la route du retour. J'allumais la radio mais je ne l'écoutais pas. Je regardais souvent mon compteur de vitesse, je levais le pied de temps en temps et parfois j'appuyais à fond sur le champignon pour décrasser le moteur et, me faire plaisir. Il n'y avait personne sur la route, c'était jouissif, elle marche bien ma mimi-cracra, pensais-je. Un moment même je m'imaginais le pied écrasant la pédale, le compte-tours dans le rouge et m'encastrer dans un poids lourd "Long Véhicule" pour que le chauffeur soit indemne. Mais, trop incertain de ne pas me rater! Hé ho! je blague; j'ai encore envie de jouer au golf!

Écrire ici n'est vraiment pas raisonnable : 1) pour ma tendinite 2) pour mes vertiges.
Écrire, pour vivre ou... pour ne pas mourir.

jeudi 9 juin 2016

Toute affirmation est marquée d'un doute

Le paradoxe de la pensée et nos contradictions.
Quand je parviens à ce que je crois raisonnable, je n'ai de cesse ensuite de me contredire et, de chercher alors des raisons  de me dédire,  allant même jusqu’à trouver que le déraisonnable était la seule chose raisonnable.
Et si la légèreté était ce qui me manque...
Vertiges...



"Ce qu'on nomme passion, n'est autre chose qu'un désir irrité par la contradiction?"
Beaumarchais.

"Nos contradictions font la substance de notre activité d'esprit."
Paul Valéry.


mercredi 30 mars 2016

"L'absence favorise l'idéalisation"

 Souviens-toi Barbara, 
Il pleuvait sur Brest ce jour-là.

Photos, hier...

 Le ciel était bien gris...


 Mais j'étais en...


... après le passage de... 

... l'aspirateur dans mon oreille complètement bouchée. Grand ménage... de printemps!
Passons aux choses sérieuses, les vertiges :
Manœuvres avec le masque.
- Il ne se passe rien, tout va bien, pas de vertiges dit-il. Vous ne ressentez rien n'est-ce pas?
Euh! non.
- Je suis content dit-il. (Il paraissait sincère). 
Et moi donc. 
Il faut continuer le traitement pour "votre" Menière.
Trois mois et demi sans vertiges, c'est une première depuis trois ans. Mais alors, pensais-je intérieurement, cette sensation vertigineuse que je ressens depuis trois semaines, si elle ne vient pas de mon oreille interne, d'où vient-elle? Je ne lui posais pas la question.  Si il n'y avait plus (pour le moment) de cristaux qui se déplacent, était-ce un problème de cristallisation? Tsss! 
Comme disait Françoise Hardy, "L'absence favorise l'idéalisation". Vu le documentaire qui lui était consacré avant-hier soir. Je suis complètement fan, une vraie midinette! "Elle sera toujours belle et, elle, n'a pas été refaite, ni par moi ni par la chirurgie" (dixit Jacques Dutronc). Dur de vieillir tout de même, et la maladie ça n'aide pas. Un joli documentaire. J'adorais son look des années 60/70, style Courrèges, que je copiais, ah ah! enfin, on peut rêver. On peut copier les vêtements mais pas ce beau visage (et quand elle rit, elle est encore plus belle) :







 L'amitié, 1965 

mardi 13 octobre 2015

Passion, montagne

J'écris le mot Journal.
Je ne sais que dire.
Trop ou pas assez.
Et puis, toujours la même chose : balades, lectures, ménage, golf, expos, cinéma, écoute radio.
Je pensais mettre le clap de fin sur mon précédent billet et voilà que j'écris à nouveau. Du rien.
De plus en plus énervée par la publicité, France Inter s'y met, pénible et leur propre pub qui passe à la télévision devient aussi agaçante que celles qui passent sur leurs ondes. Je zappe France Inter.

Samedi 10 octobre.
Commencé à nettoyer mes vitres, ai fait l'extérieur des deux porte-fenêtres et de la chambre.
Écouté cette émission. Évasion. Le livre : Cervin absolu de Benoît Aymon. 

Dimanche 11 octobre.
Vitres : fait extérieur et intérieur de deux fenêtres.
Cinéma : vu EVEREST. Pour les amateurs et admirateurs des sommets qui semblent inatteignables.
"Le scénario s'inspire du livre autobiographique Tragédie à l'Everest (Into Thin Air: A Personal Account of the Mt. Everest Disaster) écrit par l'écrivain, journaliste et alpiniste Jon Krakauer et publié en 1997. Il revient sur une catastrophe survenue en mai 1996 sur le mont Everest. Jon Krakauer avait été envoyé par le magazine Outside pour participer à cette expédition."

Lundi 12 octobre.
Vitres : fait intérieur des deux porte-fenêtres et de la chambre. Terminé.
Golf : 9 trous. Pour finir de m'achever physiquement.
Commandé : Escalades dans les Alpes de Edward Whymper.

Je suis une fille de la mer fascinée par la montagne et surtout par les alpinistes. Pourquoi? Je n'ai jamais "fait" de montagne, sauf quelques balades - c'est le mot qui convient - quand je séjournais à Chamonix Puis à Evian. L'Aiguille du Midi, j'y suis allée en téléphérique, solitaire mais je n'étais pas seule, un couple de touristes m'a pris en photo, équipée comme une bourgeoise, avec un foulard H. C'est à pleurer de rire, plus nulle tu meurs. Totale inconscience. Ce qui est étonnant c'est que je n'ai ressenti aucun vertige en montagne mais j'y étais avant que Menière ne se manifeste. Si j'y retournais aujourd'hui, je ne sais pas si j'aurais des vertiges. Peut-être un vertige du bonheur d'y être à nouveau. Je serai mieux équipée, c'est sûr. Depuis, j'ai lu tant d'ouvrages sur la montagne, j'ai appris qu'elle pouvait être très dangereuse.




Mardi 13 octobre.
Corvée annuelle, après celle des vitres (bisannuelle), lessivage des sols (ma vie est passionnante). Ouf! Terminées les corvées. Et dire "qu'il y en a des"... qui font ça tous les mois voire toutes les semaines. Bouh! Pour mon prochaine anniversaire, je prends une femme de ménage. Je ne devrais donc plus en avoir pour longtemps à trimer comme ça.
Puis j'ai tenté - vainement - de faire "l’entretien courant" de mon lave-linge qui a déjà sept ans, qui ne me pose pas de problèmes. Cependant une petite vérification serait peut-être utile me suis-je dit. Instructions :
. Nettoyage du filtre de pompe (0_0)


Figure 13 : ok! Je retire la plinthe.
Je place un chiffon et un récipient plat comme indiqué.
Figure 14 :
J'ai un tuyau de purge (hum!). Je n'arrive pas à sortir le bouchon du tuyau, trop dur. Je laisse tomber, je crains de ne pouvoir le remettre et l'enfoncer à fond vue la difficulté pour l'enlever.
Je passe au bouchon du filtre. Je n'arrive par à le dévisser. Je mets un gant de caoutchouc idem, je n'y arrive pas. Il a dû être vissé par un robot balèze.
J'abanconne j'abandonne. Hop! Je remets la plinthe et vais déposer une plainte chez la mère Denis le fabricant. Non mais!
Pour ce qui est de "l'accès au fond de la cuve" et du "démontage de l'aube du tambour"... ça va pas la tête? Tsss! Il y a des choses que je peux faire et d'autres que je laisse aller à vau-l'eau en attendant la catastrophe qui m'obligera à appeler un pro.

Il est temps que je passe à autre chose de plus agréable. Poursuivre ma lecture en cours : L'angoisse du roi Salomon de Romain Gary (Emile Ajar). La plume d'Emile Ajar n'a rien à voir avec celle de Romain Gary, même si... 
Je suis fan des deux : avec Ajar je me détends, je m'évade, je suis dans le roman, la fiction et avec Gary je suis dans le je, l'autobiographie, l'autofiction. Je suis moi. Enfin, un tout petit peu moi, je veux dire qu'il me touche profondément. Je jubile avec L'angoisse du roi Salomon, je retrouve l'humour mélancolique de Gros-Câlin. C'est le dernier Emile Ajar.


vendredi 28 août 2015

La belle promeneuse solitaire

Définition du mot Désespérance :
État d'une âme qui a perdu l'espérance. "Dans cet état de désespérance il ne tenait plus à la vie".

J'étais dans cet état mercredi en sortant de ma consultation ORL. L'autre oreille était maintenant, aussi, atteinte. J'apprenais qu'il y avait 3 canaux dans chaque oreille qui pouvaient perturber l'équilibre en se bouchant lorsque les cristaux se déplacent. Je sentais qu'il ne savait plus comment tenter de me rassurer, seulement me faire comprendre que je devais ACCEPTER de vivre avec ça : moments de rémission puis crises de vertiges.
Pendant qu'il "curait" et aspirait mes oreilles je regardais son étagère de tintinophile. Je lui avais apporté un petit cadeau, à cet instant, je n'étais pas sûre d'oser le lui remettre. L’apprécierait-il? Le trouverait-il incongru? Puéril? 
Puis nous sommes passés dans la pièce aux tests (je commence à radoter avec ça, c'est toujours le même protocole) : masque et manœuvre libératoire de Sémont, la sienne. Plus efficace, pour mon cas, que celle d'Eplay que la kiné m'avait faite 8 jours plus tôt et qui s'était avérée insuffisante, même si amélioration. Il est perplexe car il n'y a plus de vertige à gauche (ce qui était habituel) mais à droite, léger. Le vertige ne passe pas, il reste des séquelles. 
Nous repassons dans son bureau, explications scientifiques, trop pointues pour moi. Les cristaux ont changé de canal. Il va falloir changer le processus. Faire pendant une semaine, toute seule chez moi, le "barbecue" deux fois par jour. Je connais, je l'ai fait, souvent sans résultat. Mais allons-zi allons-zo! Il me propose un rendez-vous dans huit jours et si tout va bien de l'appeler pour l'annuler. Ben oui, faire une heure de route pour le voir, toute de même, si je peux m'abstenir hein...
Je l'écoute, religieusement, je voudrais le croire, je voudrais même qu'il me mente mais il ne ment pas et insiste au contraire pour me dire que ça ne guérira plus. Après les cristaux qui se déplacent il y a aussi les osselets qui, comme le reste, vieillissent et se pulvérisent (0_0), et il me montre une photo de gros cailloux, des lisses comme des galets et d'autres bien cabossés; pas besoin d'explications supplémentaires. Pfff! Tout devient fragile chez moi. Je ne lui dis pas ma désespérance. Au contraire, avec un sourire je luis dis en regardant son étagère :
-  une question indiscrète; vous êtes tintinophile? 
- Et il éclate d'un rire presque coupable et me répond : oui! 
- J'ose alors en riant à mon tour : je vous ai apporté un cadeau et je lui tends la pochette.
- (silence) il sort l'objet et me dit : Oh merci! c'est vraiment trop gentil. Là je vois qu'il est content, vraiment.
Il sort l'objet de sa boîte et va le placer tout de suite sur son étagère, avec les autres figurines de Tintin.
- C'est une scène de l'album L'Oreille cassée. C'est parfait dans votre bureau. Je n'ai pas trouvé le fétiche Arumbaya avec l'oreille cassée lui dis-je. (Je mentais, j'aurai pu l'acheter sur Internet mais je n'allais tout de même pas lui faire un cadeau de 165 euros!). Et puis cette figurine de Tintin dans son fauteuil avec Milou dormant à ses pieds est reposante. 


Je sortais de son cabinet à 15 heures. J'avais faim, je n'avais rien dans le ventre depuis mon petit déjeuner à 8 heures. J'avais prévu d'aller manger des crêpes dans un petit port que je ne connaissais pas et qui était sur ma route du retour; j'avais regardé sur Internet, il faisait le service continu.
Je passais aussi devant la maison de mon enfance, c'était plus fort moi, puis du coup j'étais à deux pas du cimetière; je n'avais pas prévu de m'y arrêter mais c'était une évidence, je devais le faire. Le tombe n'était pas trop sale; je mis à la poubelle un plant mort. Je n'avais rien acheté pour le remplacer. Tant pis, je savais qu'ils s'en fichaient ceux qui étaient dans la tombe, qu'ils auraient été contents de me voir... s'ils avaient été en vie. Tsss! J'allais chercher deux arrosoirs que je remplissais d'eau et les déversais sur la tombe, pour pousser les feuilles mortes. La dalle en ciment au pied de la tombe était encombrées de feuilles et de mauvaises herbes qui poussaient entre les interstices. Je n'avais rien pour les arracher. Et puis, je devais faire attention à ne pas baisser la tête, j'étais secouée après la manœuvre de l'ORL, je devais être prudente. Je prévoirais de quoi nettoyer cette dalle une prochaine fois.
Je commençais à avoir mal à l'estomac, il fallait que je mange.
Dans ma voiture je branche mon GPS pour me guider vers ce petit port à Plougastel. Une trouvaille tout de même le GPS. J'étais partie à midi et demie de Quimper sous des trombes d'eau et j'arrivais sous le soleil. Merveille! Vite une table, la carte, la crêpe. 
Sujet de bac philo : la désespérance empêche-t-elle de vivre? 
Je n'ai plus envie de vivre mais je suis toujours capable de savourer quelques moments de vie... comme celui-là.


(Cliquer pour lire et agrandir)

"Les passions sont les vents qui enflent les voiles du navire; 
elles le submergent quelquefois, 
mais sans elles il ne pourrait voguer."
Voltaire




En attendant ma crêpe andouille de Guéméné-œuf miroir, verre de cidre


Mon Dieu qu'elle est bonne cette crêpe. On ne devrait manger que quand on a faim, c'est tellement plus jouissif. Je n'ai pas pris de crêpe dessert au froment mais une deuxième crêpe de blé noir andouille-oeuf miroir (trop bonne). Une femme, très belle, est venue s'asseoir près de ma table pour manger une glace; c'est vrai qu'à cette heure-là se bâfrer de crêpes, c'est bizarre. Je la regardais discrètement et lui trouvais grand charme. Son visage était beau, son allure, ses geste étaient élégants. Elle avait des chaussures de marche; c"était le genre de femme que rien ne pouvait enlaidir. Quand elle a passé sa commande de glace, elle avait du mal à comprendre; à son accent elle était allemande. Nous nous sommes souris, j'enviais sa grâce. Sûr, ELLE N’ÉTAIT PAS TRANSPARENTE, elle. Elle ne s'est pas attardée, je me régalais autant des crêpes que de ce que j'avais sous les yeux.
Puis, je réglais ma note. Comment se fait-il que mon père ne m'aie jamais emmené dans ce havre de paix à dix minutes de Brest, lui qui aimait tant venir au Pont de Plougastel et au Passage le dimanche avec moi? 
Je fis le tour du port, allai jusqu'à la digue voir les pêcheurs, la vue était belle, on apercevait les rives de Logona en face. Un baigneuse courageuse sortait de l'eau, il ne faisait pas très chaud malgré le soleil; son compagnon, moins téméraire, l'attendait sur les rochers.  Je croisais la belle allemande et la photographiais rapidement de dos. Elle magnifiait le paysage. J'exagère? Peut-être que je l'auréolais d'une beauté visible que pour moi, parce que c'était une promeneuse solitaire.




 Gréement Le Général Leclerc à gauche sur la photo


Vendredi 28 août.

Noir c'est noir.