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samedi 14 février 2015

"J'ai toujours trouvé lamentable de mendier la vie comme une faveur" (Reinaldo Arenas)



Javier Bardem

AVANT LA NUIT film de Julian Schnable avec Javier Bardem, magnifique, dans le rôle de l'écrivain Reinaldo Arenas, surdoué et homosexuel, en proie aux exactions de la dictature, à la répression politique, à la persécution et à l'exil. De sa naissance en 1943 à Cuba à son suicide en 1990, son existence sera guidée par un anticonformisme viscéral.
Le film est tiré de plusieurs œuvres de Reinaldo Arenas :
  • Son roman : El mundo alucinante (1969)
  • Son récit : Termina el desfile (1981)
  • Son autobiographie : Antes que anochezca (1990), parue en France sous le titre Avant la nuit

Javier Bardem a obtenu pour son rôle dans ce film,  en 2000 "la Coupe Volpi pour la meilleure interprétation masculine" à la Mostra de Venise, et en 2001, nomination à l'Oscar du meilleur acteur.
De nombreuses distinctions se retrouvent dans sa filmographie.
Une découverte pour moi - ignare que je suis - cet acteur et  ce film, emprunté par hasard, attirée par le nom du réalisateur, Julian Schnabel - dont j'avais aimé le Basquiat -, et le sujet : biographie d'un écrivain persécuté. Heureux hasard. Bouleversant.

Le film de Julian Schnabel a lui-même reçu de nombreuses récompenses

"Reinaldo Arenas eut une vie hors du commun. Une existence de personnage de roman qu'il voua à l'écriture, son combat contre tout ce qui tenta de l'anéantir – répression, bêtise, mort. Du spectre de ces humanités qui façonnent les hommes, il a sans doute revêtu chaque couleur. Une enfance pauvre mais libre avec comme premier souvenir le goût de la terre. L'espoir en la révolution castriste et la déception, les amours homosexuelles, la passion de l'écriture, la censure, les travaux forcés, l'emprisonnement. L'obligation de rester libre pour exister, de ne pas se vendre et, malgré la conscience d'une douleur à venir, cette volonté, plus forte que tout, de quitter Cuba, de se sauver et de se perdre dans l'exil. Maintenant je vois l'histoire de mon pays comme ce fleuve de mon enfance qui charriait tout sur son passage dans un fracas assourdissant ; ce fleuve aux eaux troubles nous a tous anéantis lentement, les uns après les autres. La biographie de Reinaldo Arenas débute par la fin. Sa mort qu'il sait imminente ne sera que la conclusion attendue d'une maladie qui le ronge. L'écrivain cubain qui fit de sa lucidité une arme littéraire tranchante décide alors d'écrire le roman de sa vie. Avant la nuit n'est pourtant pas l'œuvre d'un homme brisé. C'est au contraire un hymne à la vie et à l'esprit de révolte, à l'amour et à la liberté. L'espérance guide une écriture poétique, sans tabou, déchirante de tendresse, à l'émotion souvent brute. Avec Avant la nuit, Reinaldo Arenas, livre son dernier cri "contre le fracas des armes qui asphyxie le rythme de la poésie, de la vie"."
Quelques images (captures d'écran). 




















Olivier Martinez 

(En bonus avec le DVD du film, une interview de Reinaldo Arenas)



"[...] la mer était en réalité le personnage qui nous érotisait le plus; cette mer tropicale pleine d'adolescents superbes, d'hommes qui se baignaient nus parfois, ou en maillot léger. Aller au bord de la mer, regarder la mer, c'était une fête prodigieuse ou l'on savait pouvoir trouver toujours un amant anonyme nous attendant dans les vagues."




vendredi 1 janvier 2010

2010, passons à autre chose

Self Portrait



Affiche du film
Jean-Michel Basquiat fait partir des pionniers de l'art contemporain. C'est un artiste surdoué, originaire d'Haïti, qui exerce son talent sur les murs de New York. Ami d'Andy Warhol, ses peintures s'arrachent à prix d'or. Et pourtant, malgré ce succès, Basquiat souffre. Souffrance qui le mènera à la mort en 1988, il allait avoir 27ans.
J'ai passé le réveillon avec le DVD du film que Julian Schnabel a réalisé pour lui rendre hommage. Jeffrey Wright est magistral dans son interprétation de l'artiste.
"Pourquoi attachons-nous tant d'importance à l'Art? Les pauvres respectent les peintres parce qu'ils se sortent honnêtement des bas-fonds, se servant d'eux-mêmes comme moyen d'expression. L'argent gagné étant la preuve pure et simple de la valeur de l'artiste. L'oeuvre du taulard au mur, chez sa mère, prouve que le beau est possible, même chez les plus déshérités. Et c'est bien une idée différente de la théorie, très chic, que l'art est une arnaque. Allez expliquer à qui se sert du don de Dieu pour asservir, que vous vous en êtes servi pour être libre." Jean-Michel Basquiat.
Interview de l'artiste dans son atelier.
- Pourriez-vous déchiffrer ceci pour nous lui demande le journaliste en lui montrant un de ses tableaux?
- Déchiffrer? C'est des mots.
- J'entends bien. Des mots de qui? Je veux dire d'où les tenez-vous?
- Vous demanderiez à un musicien, à Miles Davis "d'où tenez-vous cette note?" D'où tenez-vous les mots que vous employez?
- Effectivement. Et ceci? Les trois cercles?
- Là? C'est une puce.
- On dirait une poule.
- Croyez moi c'est une puce.
- Et là? Dans ce cadre noir?
- Ce sont des parasites.
- Puce, parasites. Et 46, 47?
- C'est écrit dessus : des sangsues. Les numéros 46 et 47 de la liste de toutes les sangsues de la planète.
- La différence entre les trois?
- Entre puce, parasite et sangsue? Pratiquement aucune.
- Pourquoi le tracé des gens est si grossier?
- Parce que la plupart des gens sont généralement grossiers. Je connais peu de gens raffinés.
- Vous définiriez-vous comme un expressionniste primal?
(Basquiat regarde le journaliste dans les yeux avec un sourire méprisant)
- Vous voulez dire, un primate? Un singe?
(Le journaliste ne se démonte pas)
- Etes-vous un peintre ou un peintre black?
(Basquiat ironique)
- J'utilise plein d'autres couleurs. Ce serait plutôt créole et par créole j'entends un mélange d'Africain et d'Européen, comme le français qui parle un Africain en Haïti.
- Votre père est Haïtien.
- Yès.
- Que faites-vous quand on vous traite de "négrillon du monde de l'Art?"
- Qui a dit çà?
- The Time Magazine.
(Basquiat de plus en plus ironique)
- Non c'était "l'Eddie Murphy du monde de l'Art".
- Oh, je me suis trompé. Passons à autre chose...
(Et l'interview continue). 


J'ai passé un chouette réveillon. Je ne me sens bien qu'en compagnie des artistes.

Je vais devoir aussi passer à autre chose dans quelques heures : téléphoner à M. J'espère que la nuit va m'inspirer pour trouver les mots de réconfort... Je vais peut-être attendre midi et boire un peu de champagne pour me donner du courage, avant de décrocher le téléphone.