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dimanche 20 octobre 2019

Angoisses



Gaby Morlay, La Peur (Vertige d'un soir), de Viktor Tourjansky, 1936



 Ingrid Bergman, Je ne crois plus à l'amour, de Roberto Rossellini, 1954
(Photo Wikipédia)


"En redescendant l'escalier depuis l'appartement de son amant, la belle Mme Irène fut à nouveau saisie de cette peur absurde. [...] Ce n'était pas la première fois qu'elle se risquait à cette dangereuse visite, ce brusque frisson ne lui était nullement inconnu, chaque fois qu'elle repartait elle subissait, si fort qu'elle s'en défendît intérieurement, de tels accès d'une peur insensée et ridicule. L'arrivée au rendez-vous était, sans hésiter, plus facile. Elle faisait arrêter la voiture au coin de la rue, en quelques pas rapides, sans lever les yeux, elle était à la porte de l'immeuble, puis gravissait bien vite l'escalier, sachant qu'il l'attendait déjà derrière la porte et l'ouvrirait prestement, et cette première peur, à vrai dire mêlée d'impatience, fondait à la chaleur de l'étreinte qui l'accueillait. [...]
[...]
[...]
Elle avait fait la connaissance de ce jeune homme - pianiste connu, bien que dans un cercle encore étroit - à l'occasion d'une soirée, et bientôt, sans vraiment le vouloir et quasi sans comprendre pourquoi, elle était devenue sa maîtresse. Rien dans son sang n'avait convoité celui de cet homme, rien de sensuel ne l'avait attachée à son corps, et presque rien d'intellectuel : elle s'était donnée à lui sans avoir besoin de lui ni même le désirer fortement, mais par une certaine indolence à résister à la volonté qu'il manifestait et par une sorte de curiosité inquiète. Rien en elle, ni son sang pleinement satisfait par le bonheur conjugal, ni le sentiment si fréquent chez les femmes de végéter dans leurs intérêts intellectuels, n'avait fait qu'elle eût besoin d'un amant; elle était parfaitement heureuse au côté d'un époux prospère qui lui était intellectuellement supérieur, et de deux enfants; elle était paresseusement et plaisamment lovée dans le confort et le calme de son existence de grande bourgeoise. Mais il est une mollesse de l'atmosphère qui rend tout aussi sensuel que la touffeur ou la tempête, il est un bonheur bien tempéré qui est plus excitant que le malheur et qui, pour beaucoup de femmes, du fait qu'elle ne manquent de rien, est tout aussi fatal qu'une perpétuelle insatisfaction tenant à la désespérance. La satiété n'agace pas moins que la faim, et le côté sûr et sans risque de son existence la rendait curieuse d'aventures. Nulle part dans sa vie il n'y avait de résistance. Tout ce qu'elle touchait était moelleux, partout s'étalaient prévenance, tendresse, tiède amour et déférence douillette; et sans soupçonner qu'une telle existence mesurée ne résulte jamais de choses extérieures, mais est toujours le contrecoup d'une intime absence de rapports avec autrui, elle se sentait en quelque manière frustrée de la vraie vie par le confort de la sienne."

Stefan Zweig, in  Angoisses. 

La suite de cette nouvelle - parue pour la première fois en 1913 - est succulente. 
"Elle crée de bout en bout un "suspense" si efficace, une telle attente du dénouement, que le lecteur est comme gagné par l'affect qui domine tout le récit et dont le titre prononce d'emblée le nom comme un coup de gong angoissant, à la manière des titres des films d'Alfred Hitchcock : Vertigo, Soupçons, Psychose, etc."
Elle fut d'ailleurs adaptée au cinéma à quatre reprises, les deux dernières adaptations :
"En 1936 par Viktor Tourjansky, sous le titre La Peur (ou Vertige d'un soir), avec Gaby Morlay dans le rôle d'Irène,
En 1954 par Roberto Rossellini, sous le titre, français, Je ne crois plus à l'amour, avec Ingrid Bergman dans le rôle de la femme adultère." (Cf. Notice dans l'édition de La Pléiade, 2013).


lundi 12 août 2019

"L'état de grâce poétique assure seul la prise sur le réel" *

* Gustave Roud (lire ici)

"Le dilemme sans issue : ma raison de vivre est précisément ce qui me fait mourir."



Gustave Roud poète, écrivain était aussi photographe 

Les athlètes des champs en pleine action



"La production photographique de Gustave Roud ne se limite pas aux clichés de corps masculins. Le poète a été inspiré par les paysages, par les natures mortes et par les fleurs; il a tiré des portraits, et photographié des tableaux de ses amis peintres, des animaux (surtout des chats), ainsi que d’innombrables scènes de vie paysanne. Mais c’est dans ces images de corps semi-dénudés, toujours masculins, que se réalise la vraie intersection entre sa poésie et les images qu’il capte. «Le lien et la comparaison entre l’écrivain et le photographe se font surtout par ce biais-là», confirme Antonio Rodriguez. «Dans les écrits de Roud, il est déjà question de corps d’hommes, que l’on voit se baigner ou se reposer nus, mais ce n’est pas si explicite, simplement évoqué. Dans sa photographie, le corps masculin, jeune, musclé, glabre, est mis en scène en tant que force.» Et de poursuivre encore: «Il y a des composantes érotiques dans l’œuvre littéraire, mais la figure d’Aimé, cet être adoré comme la promesse d’une fusion entre l’homme et la terre, est toujours associée à celle d’un ange. Une plume se pose sur son épaule ou des cloches résonnent au loin, avec un arrière-plan spirituel. Dans la photo, cela est différent. Quand Roud photographie le corps de ses jeunes amis paysans, il les magnifie en les prenant en contre-plongée. Il n’en fait pas des paysans naturalistes en train de peiner au travail, mais plutôt des figures d’athlètes des champs en pleine action, proches de statues grecques.» Et le professeur associé de faire le lien avec l’esthétique des sportifs dans les années 30, représentée notamment par une Riefenstahl lorsqu’elle filme les Jeux olympiques de Berlin."
Source 

jeudi 1 août 2019

"La polémique fait partie intégrante de l'art..." (Kathleen Bülher)


" Ce qui est écrit dans cette petite prose paraît très simple, mais il est des époques où tout ce qui est simple et facile à comprendre s'éloigne totalement de l'esprit des hommes et pour cela ne peut être compris qu'à grand peine."
Robert Walser, Institut Benjamenta.



Un hommage hors norme pour un immense écrivain


Les passants de la gare de Bienne se mêlent consciemment et inconsciemment à la 
Robert Walser-Sculpture.
(Enrique Muñoz García)


A Bienne, la «Robert Walser-Sculpture» de Thomas Hirschhorn est une micro-cité en matières pauvres, fourmillement de discussions où il fait bon s’attarder.

«Alors, vous restez toute la journée?» Chemise blanche à manches retroussées, coup de soleil sur le nez, Thomas Hirschhorn rédige le programme du jour de sa «Robert Walser-Sculpture», devant la gare de Bienne. Il est 10h et des poussières, en ce vendredi de début juillet, suite ici...

La «Robert Walser-Sculpture»
L’installation artistiqueLien externe de Thomas HirschhornLien externe rend hommage à l’écrivain Robert WalserLien externe. Elle est érigée devant la gare de Bienne et ouverte gratuitement au public jusqu’au 8 septembre, tous les jours de 10h à 22h. La sculpture couvre une surface de 1300 m2 et se présente comme une imposante construction en bois qui repose essentiellement sur des palettes. Elle a pour objectif d’inviter la population à échanger sur l’œuvre et la vie de Robert Walser, né à Bienne en 1878. Plus d’une trentaine d’événements culturels s’y dérouleront chaque jour.

dimanche 14 juillet 2019

Est-on en France voué à mourir seul

Journal

Juin

Récapitulatif.
Semaines remplies de rendez-vous médicaux, divers spécialistes : urgentiste, généraliste, dentiste, kinésithérapistepeute.
Les journées sans rendez-vous : migraine. 
Les journées avec et sans rendez-vous : douleurs. Assommée d'antalgiques. 
Une oreille bouchée avec hyperacousie, allez comprendre, l'autre oreille baisse brutale d'audition.
Le golf, oublié !

Juillet

Rendez-vous urgent avec l'ORL, l'associé de mon ORL adoré, ce dernier décédé en décembre, à 63 ans (sale crabe), pas pu en parler, trop touchée. Associé, épatant aussi.
Migraines migraines.
Dentiste, ophtalmologiste (il s'est écrié : MAGNIFIQUE, quand il a vu que ma pression oculaire était passée en trois mois de 27 à 16 avec son traitement), kiné.
Chirurgien orthopédiste, radiologues... (je fais aussi une cure des Radioscopies de Jacques Chancel et ça, c'est un régal).
C'est pas une vie de passer son temps dans les salles d'attente. J'en ai assez. Plus envie de me faire soigner. Je veux pouvoir marcher sans douleurs. Hyperacousie : le bruit me fait mal, peux plus aller au cinéma, son trop fort.

Lors de ma dernière visite, récente évidemment (tsss !), chez ma généraliste, en fin de consultation elle me demande si j'ai lu le Journal d'Irlande de Benoîte Groult qu'elle était en train de lire. - Oui, formidable, quelle femme ! lui dis-je. Et comme elle connaît mon sujet de prédilection, je lui en parle souvent, sans tabou, je lui demande si elle a lu La touche étoile. - Non me dit-elle. Mais elle connaissait le sujet et je lui dis : elle a attendu trop tard, mais moi, je n'attendrai pas.
En rentrant chez moi, je l'ai sorti de ma bibliothèque, pour le relire. Il n'a pas pris une ride - si j'ose dire, ce n'est pas comme moi - en douze ans, et malheureusement rien n'a changé concernant cette ultime liberté.

"Je veux m'en aller, ma hotte lourde de souvenirs et les yeux pleins de la fierté d'avoir vécu vivante jusqu'au bout. M'en aller à mon heure à moi, qui ne sera pas forcément celle des médecins, ni celle autorisée par le pape, encore moins la mort au ralenti proposée par Marie de Henezel, avec son plateau de soins palliatifs en devanture et son sourire crémeux.
[...]
[...]
Ne pouvant me satisfaire des baisers des autres et des trop rares couvreurs qui se donnent en spectacle, ayant perdu presque tous mes plaisirs et presque tous les amis de mon âge, ayant écrit mon dernier livre, je ne vois pas pourquoi j'attendrais passivement le dernier coup du sort. Mais comment abréger mes jours, au cas où j'aurais la chance d'entendre grincer à temps la charrette de l'Ankou [qui annonce la mort chez les Bretons, N.D.L.R], conduite par son charretier funèbre qui a toujours pour moi le visage de Jouvet ?
En Suisse, en Belgique, en Hollande, on admet "l'aide à mourir". J'avais vu Exit à la télévision et suivi la mort douce et choisie d'un homme malade, dans les bras de sa femme. Et l'admirable Mar adentro, un film sur la joie de vivre et le courage de mourir.
La France n'est plus le pays des libertés. Nos députés viennent d'inventer l'hypocrite "laisser-mourir", formule affreuse bien dans la lignée du "laissez-les vivre", les deux slogans ayant en commun le même mépris de la volonté des intéressés.
[...]
Comment accéder à l'euthanasie, ce beau mot grec qui signifie tout simplement ce que tout le monde souhaite : "une belle mort" ?
Quand un philosophe est contraint de se défenestrer pour échapper à sa maladie incurable [Gilles Deleuze, N.D.L.R.], quand une femme âgée en est réduite à s'avancer dans l'eau glacée d'un étang jusqu'à s'y engloutir, afin d'échapper à ses poursuivants qui l'avaient déjà réanimée de force à deux reprises, qu'est-ce d'autre qu'un refus d'assistance? que le non-respect d'une personne ? Qu'est-ce d'autre qu'une mort dans la cruauté, sans l'aide d'une main secourable ? Pour ne pas laisser condamner le médecin qui vous aide, ou le proche qui vous tend la main, est-on voué en France à mourir seul ?
[...]
J'ai besoin de conseils éclairés et j'ai cru devoir consulter les spécialistes de la vie, donc de la mort. [...] Tous ont fait resurgir du fond de ma mémoire des impressions enfouies depuis plus de cinquante ans ! L'humiliation, l'impression d'être coupable, le ton paternaliste masquant mal une totale indifférence, le même blindage idéologique que pour l'avortement avant la Loi Veil. Et pour couronner le tout, l'alibi de la foi chrétienne chez des gens qui ne vont même pas à la messe.
Or quand un être n'a plus d'Espérance, c'est de Charité qu'il a besoin, non de Foi.
Réclamant le droit de choisir ma mort comme j'avais réclamé autrefois celui de donner ou non la vie, voilà que je me retrouvais dans la même position de quémandeuse devant la même nomenklatura ! Voilà qu'on me parlait comme à une petite fille alors que j'avais le double de l'âge de tous ces médecins et n'étais coupable que d'avoir trop vieilli à mon goût ! Ma vie n'était donc plus à moi ?

Pages  276 - 278 - 279 - 280 - 281

Benoîte Groult, in La touche étoile, éditions Grasset & Fasquelle, 2006.

lundi 1 juillet 2019

L'absence de fraternité dans le couple



Radioscopie : Jacques Chancel, Romain Gary, 1975. (Extrait)


J.C. Lorsque vous avez quitté Jean Seberg, ç’a été un déchirement ou ç’a été une décision logique ?


R. G. Bien sûr, ç’a été les deux. Ç’a été un déchirement pour tous les deux, je crois, ç’a été certainement un déchirement pour moi ; nous avons eu – et elle l’a dit de son côté – neuf ans de bonheur, et vous savez, un homme marié avec une vedette de cinéma, un homme par-dessus le marché de 24 ans plus âgé qu’elle, neuf ans de bonheur c’était parfait, mais nous avons constaté tous les deux que ça tendait à se déglinguer, qu’il y avait des compromis, des facilités. Nous avons divorcés, ç'a été néanmoins pour moi un grand déchirement.


J.C. C’est toujours pour vous l’écueil, cette différence qu’il peut y avoir entre un homme et une femme, sur le plan de l’âge ?


R.G. Je ne crois pas, voyez-vous c’est une question dont on pourrait parler pendant des heures. La grande différence sur le plan de l’âge entre un homme et une femme n’est, la plupart du temps, pas de l’ordre sexuel – sauf peut-être des cas que je ne connais pas spécifiquement. Mais ce qu’il y a, c’est que là où le drame est profond – là je mets sérieusement en garde les personnes jeunes qui veulent épouser des hommes plus âgés – c’est que, il y a une certaine lassitude en ce qu’on connaît déjà et qu’on a beaucoup de peine à vivre une deuxième… on s’est déjà tapé le monde. Vous avez 50 ans, vous vivez avec une jeune femme de 22 ans 23 ans. Vous, vous vous êtes déjà tapé le monde plusieurs fois. De tous les côtés. Vous vous êtes fait, vous avez vécu beaucoup beaucoup. Vous vous trouvez accompagné d’un être jeune, qui commence, qui a envie de commencer ce rapport avec le monde,  et là c’est extrêmement difficile. Parce que vous voyez cette jeune femme – ou ce jeune homme, mais c’est surtout en général une jeune femme car ce sont plutôt les hommes plus âgés qui épousent une femme plus jeune – vous la voyez faire les mêmes erreurs, vouloir faire les mêmes erreurs que vous avez faites. Elle n’écoutera pas vos conseils. Et plus vous lui donnerez de conseils et plus vous prendrez l’air de papa sage qui est très mauvais pour les rapports. Plus vous la mettez en garde et plus vous commencez à transformer vos rapports homme/femme en rapport fille/père.

Et tout cela fait, qu’au bout d’un certain temps, bon on s’est trouvé entre, un mari et une femme et on finit par se trouver entre, un père et une fille et ce n’est pas la situation idéale, la plupart du temps, pour un couple.


J.C. Je crois qu’on peut parler de toutes ces choses simplement. Parfois les hommes et les femmes évitent ce genre de discussion, ils ne veulent pas parler de ce qui touche leur cœur.


R.G. Ah ! Écoutez Jacques Chancel, pour moi c’est un des thèmes du roman Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, que j’ai publié. Le point que vous soulevez est un drame de communication des couples, mais pour quelle raison ?

Parce que, même au plus profond de l’amour, l’homme et la femme n’ont pas de fraternité. Le drame des hommes et  des femmes, en dehors des situations d’amour, en dehors des situations d’attachement profond, est une sorte d’absence de fraternité, qui fait que, parler sur ce qu’il y a de profond, de dangereux, de menaçant leur est totalement impossible, et vous avez des couples qui finissent une vie sans avoir parlé de ce qui les sépare, de ce qui aurait pu leur être épargné par des conversations.

Là, la psychanalyse peut jouer un rôle pour les individus mais c’est absurde. C’est absurde parce que, très souvent, ces problèmes ne sont même pas d’ordre psychanalytique profond, ils sont simplement dus à  des siècles et des siècles de préjugés, qui font que l’homme doit conserver son image virile et supérieure, la femme doit conserver son image féminine, douce  et soumise, et que finalement cette égalité, cette égalité dans l’explication franche, ouverte, libre – y compris de problèmes sexuels – leur est un tabou.

Et, cette absence de communication est peut-être ce que j’appelle en réalité : l’absence de fraternité entre les hommes et les femmes, est un des grands drames du couple.
"Si je t'aime comme femme c'est aussi parce que je t'aime comme homme." 
A relire cette lettre de Romain Gary à Chrystel Kriland en 1938.

mardi 16 avril 2019

L'âme de la cathédrale... un Ange avec quelque brûlure (Sainte-Beuve)






Notre-Dame de Paris s'enflamme, 
le drame 15 avril 2019
(Photos issues du web)

Lettre de Charles-Augustin Sainte-Beuve à Victor Hugo (les liens rompus entre eux sont renoués), il lui parle enfin de son roman* Notre-dame de Paris. Extrait.

Bruxelles,  ce 14 avril 1831

Mon cher ami, j'ai beaucoup pensé à vous depuis mon départ de Paris; [...]
[...]

Oh ! mon ami, je vous le dis d’ici en toute quiétude de cœur, en toute timidité d’âme, en toute plénitude d’effusion, et en étant moi-même, autant que je le puis être, il ne s’est rien brisé d’essentiel entre nous ; l’aigreur qui est venue de moi n’a été qu’à la surface et comme un dépit de maîtresse. Je suis à vous autant que jamais, à vous, homme loyal et fort, à vous, caractère constant et inébranlable, à vous, dont les opinions, même quand je ne les adopte pas, me passent sur la tête et me réduisent à admirer.
Il y a une chose dont j’ai à vous parler ; je ne l’ai pas fait là-bas ; c’est de votre roman*. Mon avis sincère est ceci : j’y distingue 1° l’expression fondamentale, générale, s’appliquant à tout, le style ; 2° la couleur locale, le sentiment historique, la forme architecturale se détachant en saillie et encadrant le reste ; 3° les caractères et personnages qui sont en jeu ; les groupes ou l’action résultant du jeu de ces personnages (pardon de cette sèche analyse, mais c’est pour plus de brièveté). Eh bien, quant au style, je le trouve unique, merveilleux, inventé en tout et pour tout, fin, fort, souple, colossal, opulent. S’il pèche, c’est par excès de qualité en tout sens, et parce qu’il est à trop haute dose tout ce qu’il est. 2° Quant à la couleur historique, merveilleuse encore ! Science, imagination, reconstruction vivante et au point de vue de l’art d’un passé déjà inconnu. – Je n’y trouverais à redire que la saillie excessive de toutes les parties du cadre, et l’absence des intervalles ordinaires et plus prosaïques qui tempèrent l’admiration dans la réalité. L’interprétation fantastique, si chère à l’antiquaire artiste, me paraît aussi l’emporter un peu trop souvent sur l’interprétation pieuse du croyant ou du moins de l’homme qui regrette la croyance – pour préciser, je n’aime pas que vous disiez de Quasimodo qu’il est l’âme de la cathédrale ; l’âme de la cathédrale, même avec sa fantaisie, ses grotesques et son portail hermétique, cette âme, c’eût été, selon moi, un Ange, avec quelque tache peut-être aux pieds ou aux ailes, avec quelque brûlure que lui aurait faite au doigt une étincelle échappée du fourneau de Nicolas Flamel ; mais c’eût été en somme un Ange chrétien, beau, fort, triste et grave dans sa prière éternelle. – 3° Les caractères sont créés et ineffaçables ; le prêtre est sublime de vérité et de profondeur, la petite Esmeralda est une merveille, la mère a des accents à faire pleurer les voix les plus viriles qui les voudraient prononcer. Le seul défaut ici, selon moi, c’est que quelques-uns de ces caractères, tout en tenant toujours par une observation vraie à la nature humaine, tout en se rattachant au tissu de cette nature, en traversent trop fréquemment la trame dans un sens ou dans un autre, dessus et dessous, en féerie ou en grotesque, vers le ciel ou vers l’enfer. Alors vous êtes plus volontiers vertical qu’horizontal par rapport à la trame humaine. – 4° Enfin vient l’action ; tout ce qu’elle a de fort, de dramatique, d’artistement édifié et architecturé, vous pouvez croire que je le sens et que je l’admire. Je ne vous ferai donc que ma critique. Vous rappelez-vous ce soir où je vous priais de nous dire si l’âme de la Esmeralda était sauvée ? Voici ce que j’entendais par là à une époque encore catholique (quoique Luther fût déjà né), avec le dogme de l’enfer et les foudres de l’excommunication à une époque encore féodale (quoique Louis XI y portât déjà la cognée), avec la guerre, la violence, et Montfaucon vous nous avez peint surtout le côté violent, sombre, déchirant, la face lugubre du catholicisme et par laquelle il touchait à la société brutale du dehors : le bûcher, la haine de l’hérétique et du maudit, vis-à-vis du gibet et de la guerre à mort de Louis XI contre les seigneurs ; ceci est bien ; mais n’aurait-il pas fallu pour compléter le tableau, pour illuminer d’en haut l’action, y faire luire le flambeau de foi qui n’était pas éteint alors, l’idée de cette vie éternelle à laquelle tous croyaient ; nous montrer cette espérance consolante du paradis et de la cité de Dieu, non pas en votre propre nom, mais dans les bouches et dans les vœux d’agonie de vos personnages ? En ce sens, je comprends que M. de Lamennais vous ait reproché de n’avoir pas été assez catholique. – Voilà tout ce que j’avais à vous dire en fait de critique ; quant aux éloges, ils ne tariraient pas. Mais comme je ne vous avais pas parlé là-bas de votre livre et que vous saviez combien j’avais dû y penser, je me serais reproché de ne pas vous ouvrir toute ma pensée, comme j’ai fait pour Cromwell, pour Hernani ; d’ailleurs croyez bien que vous ne m’avez jamais paru plus grand, plus fort, plus maître de votre puissance et plus libre de l’appliquer désormais à toutes choses. Mais, je vous supplie, pesez bien dans mes critiques, moins ce qui est particulier à Notre-Dame, que ce qui est général et ce qui touche par quelque point votre système complet d’art ; voyez s’il n’y aurait pas moyen, sans perdre aucune de vos qualités, de réduire à néant toutes nos discussions qui, bien ou mal soutenues, de notre part, doivent porter sur quelque chose de vrai, partant d’admirateurs aussi entiers de votre génie, que nous le sommes, Leroux et moi.
Vous me demanderez ce que je fais ici : rien encore. Je ne suis pas saint-simonien classé, ni ne le serai, soyez tranquille, bien que les aimant beaucoup, et logé dans leur maison. Je ne sais pour combien de temps je suis ici ; il y a des jours où il me prend idée qu’on y pourrait vivre et travailler comme ailleurs. Allez, mon ami, je suis bien vieux déjà ; ma sève ne bouillonne plus ; j’aspire à me reposer et à oublier ; mes cheveux s’éclaircissent par devant ; je ne désire plus grand’chose, j’ai perdu l’habitude d’espérer, et j’ai besoin que ceux à qui j’ai fait mal m’aiment et me pardonnent.
Vous m’écrirez un jour à votre aise et aussi brièvement que vous le voudrez. Je vous aurai peut-être écrit déjà une seconde fois auparavant. Dites-moi comment se porte madame Hugo, assurez-la de mon respectueux et inaltérable souvenir. Tâchez qu’elle aille aux eaux ou à la campagne, son mal n’est qu’un mal d’estomac, une gastrite nerveuse, et il céderait vite au grand air, à la promenade, à la distraction.
Mes amitiés à Leroux, c’est le bon côté de moi-même, qu’il me représente auprès de vous et que son amitié pour vous plaide pour moi. 
Adieu, mon cher ami, travaillez, mais sans trop vous fatiguer. Pressez votre rôle ; il est grand et peut l’être davantage encore, sinon dans les lettres, du moins en politique. À quoi en est l’affaire de la censure ?
Tout et toujours à vous.
Sainte-Beuve
Mes baisers à vos beaux enfants et à ma filleule en particulier.

Mais les liens renoués vont se dénouer et s'ensuit de superbes échanges épistolaires  qu'on peut lire ici.

mardi 26 mars 2019

Dandy ou Excentrique






Salvador Dali avec son ocelot en 1965




"Denis Grozdanovitch opère une distinction entre les deux. D’un côté, il y a les dandys, narcissiques dédaigneux libertaires prêts à tout pour rompre le corset de l’uniformisation et se faire remarquer. De l’autre, les excentriques, qui [...] la suite sur Le Temps.ch

"Les plus grands excentriques ne cherchent pas à apparaître, comme les dandys, mais plutôt à disparaître, cultivant les vertus de l’effacement. C’est la classe infinie d’un Pierre Bonnard. Lorsque Malraux, alors ministre de la Culture, dressait son éloge à l’occasion d’une exposition, le peintre préféra regarder par la fenêtre. «Ce qu’il y a de plus beau dans les musées, ce sont les fenêtres»commenta l’artiste. Une phrase doucement ironique, qui démonte à elle seule tous les discours."

"Trop souvent, au moment même où nous pensons afficher notre originalité, nous cédons à l’uniforme. Et Grozdanovitch de rappeler le mot de l’intellectuel Christopher Lasch: «L’ère actuelle, dite de «l’individualisme», ne marque pas le triomphe, mais l’effondrement de l’individu.»"

*  j'entrais dans la Salle Julia et regardais par les fenêtres (j'aime beaucoup regarder par les fenêtres dans les musées, les châteaux, les bâtiments historiques); en fait, dès lors que je suis enfermée quelque part, je m'évade par la fenêtre. J'ai sans cesse le regard tourné vers l'extérieur; c'est étrange - ou pas - pour une solitaire. Parfois, ce que j'aperçois dehors est en accord avec le lieu où je suis; on pourrait dire : il n'y a pas de fausse note!


Essai

Denis Grozdanovitch, Dandys et excentriques. Les vertiges de la singularité.
Grasset, 383 p.

vendredi 15 mars 2019

Ce n'est pas demain que je vais avoir une antenne implantée dans le crâne et...

... que je vais pouvoir jouer au golf; même sans fracture ! Hein tonton ?



Grip overlapping
(C'est mon grip pour tenir mon club.
Pas étonnant que mon auriculaire soit complètement déformé)

Maintenant, quand vous allez faire une radio, on vous remet le compte-rendu mais pas question de voir le radiologue. On se demande d'ailleurs si c'est bien lui qui a fait ce compte-rendu quand, en bas de celui-ci est indiqué sous le nom du radiologue :"Document signé électroniquement". Pfff ! Donc, vous n'avez pas de fracture (tant mieux, pas de plâtre) mais vous restez avec votre douleur, qui vous handicape pas mal. Il faudrait revoir le toubib pour savoir pourquoi la douleur perdure. Plus je vieillis et moins j'ai envie d'aller voir les médecins. Une invitation, avec cette nouvelle médecine, à l'automédication. Prendre des antalgiques pour soulager la douleur, passer chez le pharmacien qui m'a proposé des emplâtres imbibés d'antiinflammatoire (j'ai acheté),  jeter un coup d’œil sur Internet pour se renseigner.  Marre. Marre de tout. Marre aussi du ciel gris, du vent, du crachin.

Et mes mains, tu les aimes mes mains ? Sans chair ni vieille peau, elles font leur petit effet non? Tsss!




Et là, je me marre ! Autre sujet :  ma toubib me prescrit une IRM de contrôle pour "bilan de vertiges et migraines" (migraines quotidiennes dès le réveil). Pas de rendez-vous possible avant le mois d'août. Je dis : merci à la secrétaire en précisant que je rappellerai plus tard. Non mais ! J'ai le temps de mourir d'ici-là d'un AVC ou d'autre chose de cérébral, ou de devenir un légume et, si rien ne se passe d'ici le mois d'août, c'est que ça va bien, alors pourquoi aller subir en août (nous sommes en mars) ces marteaux-piqueurs dans mes oreilles déjà lésées. Basta ! Marre de la médecine. Je ne suis plus patiente

.../...
Il est temps que je me remette à lire. A lire des choses que j'aime : Journaux intimes, Correspondances. En ce moment, lecture de textes sur Beyrouth de Richard Millet, un petit livre acheté d'occasion. Un joli tirage sur du beau papier aux Éditions du Champ Vallon, collection "des villes", 1987.

"C'est à peine si je reconnais la ville. j'ai sous les yeux deux photographies nocturnes de Beyrouth. [...]  
Je ne la retrouve qu'en songe, ou dans les paroles des Beyrouthins exilés - dans le grain de voix qui savent mêler la douceur à une extrême décence, façon de signifier le désespoir."
Pourquoi ce livre a retenu mon attention? Par son auteur (souvent mal aimé), dont j'aime l'écriture et par son titre, Beyrouth. L'été dernier, j'ai vu une exposition d'un artiste-peintre, Paul Bloas dont quelques œuvres m'ont intéressée, et particulièrement celle représentant un homme, géant (titan), un vautour au-dessus de la tête, elle figura sur un mur du centre ville à Beyrouth en 1992. J'aimais le mouvement de l'homme et la vision du vautour, une figuration à la limite de l’abstraction, dans des couleurs ocres rouges. Elle ressemblait à celles ci-dessous mais c'en était une autre :


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Et voilà comment, par association d'idées, des livres entrent dans ma bibliothèque.

.../...

Autre sujet : aujourd'hui, j'ai bien aimé les slogans de la jeunesse qui se mobilise pour le climat et la planète ! Vu dans le quotidien suisse Le Temps  :



(J'ai balancé mon Nutella cet été. Hop ! à la poubelle, après qu'un ami m'a dit : laisse-le fondre au soleil et tu verras le liquide gras au-dessus de la pâte à tartiner. Je l'ai fait, je l'ai vu, ça m'a suffi).

(Cliquer puis afficher pour agrandir)

Cet après-midi, dans Quimper, de nombreux lycéens, étudiants manifestaient et, je fus très surprise de voir des groupes munis de grands sacs plastiques ramasser les mégots et autres détritus sur les trottoirs. Bigre ! Que voilà une belle manifestation, pacifique, qui joint le geste aux idées. Bravo les jeunes !


Photo Ouest-France


Hier, vu un reportage incroyable, une "truc de ouf". Un homme, jeune, s'est fait implanté une antenne dans le crâne, Neil Harbisson. Ça ne lui pose pas de problème, sauf pour passer la douane quand il voyage.  Lire l'article, ça sera plus clair. Là, il me faudrait une antenne quelque part pour tenir le coup, je suis dépassée mais fascinée. Dis papa, tu n'en reviendrais pas de tout ce qui se passe en 2019, toi qui nous disais déjà dans les années 60 en voyant à la télévision le premier homme sur la lune (Amstrong en 1966) : vous, vous verrez des chose EXTRAORDINAIRES EN L'AN 2000. Tu n'en reviendrais pas. Et ce n'est que le début. Heureusement que je vais mourir bientôt, je n'arrive plus à suivre.

mercredi 30 janvier 2019

L'autodérision du mélancolique



Il revient souvent dans mes pensées, bientôt 6 ans qu'il est mort a mis fin à ses jours. Parfois je retourne lire quelques-uns de ses billets dans son blog

C'était un admirateur, lecteur, de Robert Pinget. C'est grâce à lui que j'ai découvert Pinget. C'est lui qui m'a donné l'envie de le lire. En lisant les ouvrages de Pinget, je comprends pourquoi il aimait tant cet écrivain. Robert Pinget, c'était lui, enfin presque, car lui, c'était Dominique Chaussois, Depluloin ou Jamais de la vie pour son blog. Aujourd'hui, quand je relis le blog de Dominique Chaussois, et simultanément un Monsieur Songe de Robert Pinget,  je ressens pour Dominique Chaussois cette admiration que lui-même ressentait pour Pinget. Je le considère comme un écrivain, de talent, de l'absurde, comme Pinget, comme Beckett. Des écrivains qui me font jubiler.
En écoutant en podcast, il y a longtemps, Clément Rosset (que je pourrais écouter des heures sans m'ennuyer) dans une émission de Laure Adler,  ce dernier recommandait chaudement la lecture de QUELQU'UN de Robert Pinget.
Le lendemain, je faisais remonter du sous-sol de la médiathèque Monsieur Songe et je réservais Quelqu'un qui n'était pas disponible (il y a donc des lecteurs de Robert Pinget). Mon exemplaire (emprunté) de Monsieur Songe n'était pas dans les rayons de la médiathèque, c'est bien dommage, peut-être n'est-il plus assez présentable (édition 1992) ? Une Édition de Minuit qui a bien jaunie, des lettres floues comme dans un rêve songe. Quel plaisir de le lire dans son jus.



« Il me semble que lorsqu'on est attiré par un écrivain, ce n'est pas sa biographie qui intéresse. Je m'étonne toujours qu'on aborde un écrivain avec des questions qui n'ont rien à voir, ou peu à voir, avec son œuvre. Je n'ai pas de vie autre que celle d'écrire. Mon existence est dans mes livres… »
Robert Pinget
Entretien avec Louis-Albert Zbinden, Gazette de Lausanne, 4 décembre 1965

"Debout au petit matin ce jour-là, j'étais jeune alors, dans un état, et dehors, ma mère pendue à la fenêtre en chemise de nuit pleurant et gesticulant. Beau matin frais, clair trop tôt comme si souvent, mais alors dans un état, très violent."
 
Samuel Beckett. Têtes-Mortes. Éditions de Minuit

"J’ai soixante ans passés. Je n’ai pas d’œuvre. Malgré tout je suis satisfait car peu auront eu ce rêve, ni l’auront vécu encore moins."
Depluloin (Dominique Chaussois), le 11 juillet 2012.

 "Ecrire.
  (A porter au crédit d’une de ces décisions hâtives tombées des rêveries de l’enfance, de celles qui toutes l’ont laissé pieds et poings liés dans le fossé.
  Et voilà qu’à présent il s’en mord les doigts, ceux de sa main gauche puisque la droite est toute occupée à rater.)
  Ecrire encore."

Dominique Chaussois, 24 juillet 2012

"Le mélancolique vit dans un monde peuplé d'ombres. Il est lui-même l'enfant de l'ombre, même s'il l'illumine de ses réactions créatives. La lumière de la lune l'éclaire. Il est à la fois spectateur et protagoniste du film de sa vie quotidienne. Il pratique l'autoconcentration et l'autodissolution, l'autosarcasme et l'autodérision." (Source)

dimanche 13 janvier 2019

Un beau dimanche (enième)

Dimanche 13 janvier 2019.

Après un réveil difficile (je m'étais décidée hier soir à prendre ce somnifère que l'on trouve en vente libre à la pharmacie, après deux nuits d'insomnie, d'angoisse et d'idées noires) avec la tête lourde, je prenais un petit dèj. salvateur, en alternant les masques gel réfrigérés sur mon front pour atténuer le mal de tête, quotidien. 
Le ciel était gris. Qu'allais-je faire de cette journée ? Je n'avais pas envie d'aller au cinéma. 
En tartinant mes toasts, je repensais à cette émission que j'avais regardée à la télévision la veille : Le French Bashing je l'avais trouvée excellente et elle m'avait souvent fait sourire, rire (j'en avais besoin). On peut revoir l'émission en cliquant sur le lien et voir également les prochaines rediffusions :

"Lâches, fainéants, efféminés, infidèles et grévistes de père en fils : les clichés sur les Français ont la vie douce. Les Anglo-Saxons, qui affectionnent tout particulièrement ces idées préconçues, se font un plaisir de les faire circuler de par le monde. [...]"
Perdue dans mes pensées, je tapais dans Google : Vieillesse !  Ben oui, quand tout va mal dans ma tête, j'enfonce le clou. Quelle bonne idée ! Je tombais sur un site de France-Culture (ma radio adorée) et mon choix était vite fait : écouter l'émission sur Simone de Beauvoir. En voyant la première émission proposée dans cette série sur la vieillesse et la tête de Jeanne Calment, j'ai vite zappé, faut pas exagérer. J'avais  déjà écouté il y a quelques semaines les émissions : La vieillesse ce joyeux naufrage (éclat de rire), je pouvais passer mon chemin.
Je finissais mon petit dèj rapidement, avalais un Doliprane pour mes genoux qui se déglinguent (quelle misère de vieillir) et j'emmenais ma tablette (quel pied ces tablettes) dans ma salle de bains pour commencer à écouter cette émission.



Simone de Beauvoir en 1967 Crédits : Ozkok chez SIPA - Sipa

Et là, en voyant ce beau visage, en écoutant mon Castor, j'oubliais tout le reste - ma vie, le futur angoissant - en me disant tout de même que l'Internet c'était merveilleux, que je ne pourrais plus m'en passer et que nous avions une chance inouïe de pouvoir ainsi, entendre, voir, des reportages, des documentaires que nous choisissons. Cette émission des Nuits Magiques Magnétiques (Tsss! me suis trompée, mais sont magiques aussi) date de 1979. J'étais exaltée et ça, c'est épatant : être exaltée à ... ans. On n'y parle pas que de vieillesse dans ce documentaire. A un moment Simone de Beauvoir dit, à peu près ceci : je me suis rebellée bien sûr sur cette vieillesse à laquelle je n'échappais pas, mais j'ai compris qu'il ne fallait pas en faire une obsession, sinon la vie devenait insupportable (c'est pas du tout comme ça qu'elle l'a dit, tant pis, écoutez-la). Et là, je me suis dit : moi je n'y arrive pas. C'est une obsession ! Je n’accepte pas de ne plus me reconnaître et de vivre avec ces douleurs, ces acouphènes et j'en passe et, je sais que je n'y arriverai jamais, à l'accepter. Cela ne m'empêche pas de vivre des moments que je trouve intenses et parfois délicieux. Ce qu'elle dit sur sa propre vieillesse :
"Il n'y a plus comme avant la pleine lumière ou l’obscurité. Ça serait un peu plus dans les gris, dans des gris teintés de rose, mais ce n'est plus cette chose tranchée entre, précisément, le bonheur et le désespoir [...] inquiet. On pourrait dire que je suis un peu éteinte. Je suis vivante certainement dans la mesure où j'ai encore des projets auxquels je tiens assez fort. J'ai des grandes joies et des grands plaisirs et je déteste toujours l'ennui [...] Mais il n'y a plus vraiment cette espèce de dédoublement de ma vie en des espoirs quasi-fous et des joies débordantes et puis les angoisses.




Je remettais à demain l'écoute de la seconde partie. Mais je continuais mes recherches; j'espérais trouver à la médiathèque le film-documentaire qu'avait réalisé Josée Dayan, mais non, ils ne l'ont pas, je me contenterai des vidéos extraites de ce film.




13h30.




Le ciel était de plus en plus gris, il crachinait. J'avais fait mon programme :
- médiathèque pour rendre mes emprunts, La Jalousie et Un été brûlant, deux films de Philippe Garrel, avec Louis Garrel. Je fais une cure de Louis Garrel ! J'ai sous le coude, à voir en DVD Le Redoutable.
J'ai emprunté deux films : un de Claire Denis, Beau travail et un coffret de 8 films (0_0) de Jean-Paul Civeyrac, pioché au hasard, je ne connais pas ce cinéaste, suis pas sûre d'en comprendre le fonctionnement : Réalisation multimédia.
- acheter (les magasins sont ouverts aujourd'hui, premier dimanche de soldes) une bougie parfumée pour ma sœur qui n'arrête pas de me dire que celle que je lui ai offerte à Noël "sentait trop bon et elle a duré longtemps" en rajoutant "tu crois qu'il y en a toujours des comme ça" ? Traduction : j'ai compris, tu voudrais que je t'en offre une autre. (La Bigoudène a la flemme de venir jusqu'à Quimper).
- aller voir l'exposition Doisneau au Musée des Beaux-Arts (c'est gratuit le dimanche après-midi) pour voir si elle est aussi intéressante que celle vue à Dinard en juin.

Je vais pas mal piétiner, je prends ma voiture et j'y vais. Des places pour se garer sans problèmes.

Alignement de mouettes près du Pont Pissette !



 A suivre demain...