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mardi 10 septembre 2019

"Décisions ultimes" et "Obstination juridique déraisonnable"



À propos de "l'affaire Vincent Lambert"... mais pas que...

"...la "souveraineté de la personne sur elle-même" :
Dans toute circonstance, lorsque les conséquences des décisions d'une personne n'ont de conséquences directes que sur elle-même et qu'elle a elle-même décidé de prendre en responsabilité de telles conséquences en connaissance de cause, c'est à dire de ne pas imputer par la suite à autrui  ou à la "collectivité" une responsabilité qu'elle a librement choisi d'assumer, alors aucune autre personne, ni aucune autre collectivité ( ni souveraineté nationale, internationale ou "populaire" , ni "communautaire" ) ne peut l'empêcher de prendre une telle décision qui ne concerne directement que sa propre "personne". Le "juge ultime" est alors la personne concernée elle-même.
[...]
"Si vous-mêmes, en tant que personne, considérez que c'est à vous-même et à personne d'autre ( ni autre personne ou groupe, association, parti,  ou "communauté" ou "famille", ni autre collectivité politique juridique, nationale, européenne, ou internationale ) qu'incombe la liberté et la responsabilité des décisions "ultimes"  qui vous concernent en premier en tant que personne, rien ne vous empêche de le "déclarer" publiquement vous mêmes, "en personne", par les moyens de votre choix."

Ultime Liberté, commentaire  éditorial.

dimanche 14 juillet 2019

Est-on en France voué à mourir seul

Journal

Juin

Récapitulatif.
Semaines remplies de rendez-vous médicaux, divers spécialistes : urgentiste, généraliste, dentiste, kinésithérapistepeute.
Les journées sans rendez-vous : migraine. 
Les journées avec et sans rendez-vous : douleurs. Assommée d'antalgiques. 
Une oreille bouchée avec hyperacousie, allez comprendre, l'autre oreille baisse brutale d'audition.
Le golf, oublié !

Juillet

Rendez-vous urgent avec l'ORL, l'associé de mon ORL adoré, ce dernier décédé en décembre, à 63 ans (sale crabe), pas pu en parler, trop touchée. Associé, épatant aussi.
Migraines migraines.
Dentiste, ophtalmologiste (il s'est écrié : MAGNIFIQUE, quand il a vu que ma pression oculaire était passée en trois mois de 27 à 16 avec son traitement), kiné.
Chirurgien orthopédiste, radiologues... (je fais aussi une cure des Radioscopies de Jacques Chancel et ça, c'est un régal).
C'est pas une vie de passer son temps dans les salles d'attente. J'en ai assez. Plus envie de me faire soigner. Je veux pouvoir marcher sans douleurs. Hyperacousie : le bruit me fait mal, peux plus aller au cinéma, son trop fort.

Lors de ma dernière visite, récente évidemment (tsss !), chez ma généraliste, en fin de consultation elle me demande si j'ai lu le Journal d'Irlande de Benoîte Groult qu'elle était en train de lire. - Oui, formidable, quelle femme ! lui dis-je. Et comme elle connaît mon sujet de prédilection, je lui en parle souvent, sans tabou, je lui demande si elle a lu La touche étoile. - Non me dit-elle. Mais elle connaissait le sujet et je lui dis : elle a attendu trop tard, mais moi, je n'attendrai pas.
En rentrant chez moi, je l'ai sorti de ma bibliothèque, pour le relire. Il n'a pas pris une ride - si j'ose dire, ce n'est pas comme moi - en douze ans, et malheureusement rien n'a changé concernant cette ultime liberté.

"Je veux m'en aller, ma hotte lourde de souvenirs et les yeux pleins de la fierté d'avoir vécu vivante jusqu'au bout. M'en aller à mon heure à moi, qui ne sera pas forcément celle des médecins, ni celle autorisée par le pape, encore moins la mort au ralenti proposée par Marie de Henezel, avec son plateau de soins palliatifs en devanture et son sourire crémeux.
[...]
[...]
Ne pouvant me satisfaire des baisers des autres et des trop rares couvreurs qui se donnent en spectacle, ayant perdu presque tous mes plaisirs et presque tous les amis de mon âge, ayant écrit mon dernier livre, je ne vois pas pourquoi j'attendrais passivement le dernier coup du sort. Mais comment abréger mes jours, au cas où j'aurais la chance d'entendre grincer à temps la charrette de l'Ankou [qui annonce la mort chez les Bretons, N.D.L.R], conduite par son charretier funèbre qui a toujours pour moi le visage de Jouvet ?
En Suisse, en Belgique, en Hollande, on admet "l'aide à mourir". J'avais vu Exit à la télévision et suivi la mort douce et choisie d'un homme malade, dans les bras de sa femme. Et l'admirable Mar adentro, un film sur la joie de vivre et le courage de mourir.
La France n'est plus le pays des libertés. Nos députés viennent d'inventer l'hypocrite "laisser-mourir", formule affreuse bien dans la lignée du "laissez-les vivre", les deux slogans ayant en commun le même mépris de la volonté des intéressés.
[...]
Comment accéder à l'euthanasie, ce beau mot grec qui signifie tout simplement ce que tout le monde souhaite : "une belle mort" ?
Quand un philosophe est contraint de se défenestrer pour échapper à sa maladie incurable [Gilles Deleuze, N.D.L.R.], quand une femme âgée en est réduite à s'avancer dans l'eau glacée d'un étang jusqu'à s'y engloutir, afin d'échapper à ses poursuivants qui l'avaient déjà réanimée de force à deux reprises, qu'est-ce d'autre qu'un refus d'assistance? que le non-respect d'une personne ? Qu'est-ce d'autre qu'une mort dans la cruauté, sans l'aide d'une main secourable ? Pour ne pas laisser condamner le médecin qui vous aide, ou le proche qui vous tend la main, est-on voué en France à mourir seul ?
[...]
J'ai besoin de conseils éclairés et j'ai cru devoir consulter les spécialistes de la vie, donc de la mort. [...] Tous ont fait resurgir du fond de ma mémoire des impressions enfouies depuis plus de cinquante ans ! L'humiliation, l'impression d'être coupable, le ton paternaliste masquant mal une totale indifférence, le même blindage idéologique que pour l'avortement avant la Loi Veil. Et pour couronner le tout, l'alibi de la foi chrétienne chez des gens qui ne vont même pas à la messe.
Or quand un être n'a plus d'Espérance, c'est de Charité qu'il a besoin, non de Foi.
Réclamant le droit de choisir ma mort comme j'avais réclamé autrefois celui de donner ou non la vie, voilà que je me retrouvais dans la même position de quémandeuse devant la même nomenklatura ! Voilà qu'on me parlait comme à une petite fille alors que j'avais le double de l'âge de tous ces médecins et n'étais coupable que d'avoir trop vieilli à mon goût ! Ma vie n'était donc plus à moi ?

Pages  276 - 278 - 279 - 280 - 281

Benoîte Groult, in La touche étoile, éditions Grasset & Fasquelle, 2006.

dimanche 19 mai 2019

NON, MERCI !

  [...] se changer en bouffon
Dans l'espoir vil de voir, aux lèvres d'un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci !

[...]

Mais. . .chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre...

[...]

NE PAS MONTER BIEN HAUT, PEUT-ÊTRE,
MAIS TOUT SEUL.




Deux minutes dix-sept secondes jubilatoires. 


J'essayais ce matin de trouver quelque chose qui m'apaiserait (merci Cyrano) après avoir entendu à la radio cette information, révoltante, quand on sait que Vincent Lambert, patient tétraplégique, est en état végétatif depuis plus de dix ans :

"Les parents de Vincent Lambert, eux-même catholiques pratiquants, bénéficient en outre du soutien de la Conférence des évêques de France (CEF). Celle-ci s’est dite étonnée ce samedi de la «précipitation» à conduire «vers la mort» Vincent Lambert. «Pourquoi cette précipitation pour le conduire vers la mort?» écrit dans un communiqué le groupe bioéthique de la CEF, déplorant que le gouvernement veuille passer outre l’avis du Comité international des droits des personnes handicapées de l’ONU."
Finir sa vie comme Vincent Lambert, NON, MERCI !
Les parents de Vincent Lambert sont des fanatiques, des fanatiques du catholicisme. Nous vivons au XXIe siècle en France  sans aucune évolution sur les problèmes de la fin de vie, de l'euthanasie, de la mort volontaire assistée. 
Finir dans un Ehpad, NON, MERCI !
Rideau, retournons écouter Cyrano.

mercredi 31 janvier 2018

Faire semblant de mourir avant de mourir. Tsss !

Hier, journée de manifestations du personnel soignant-aidant dans les Ehpad (et autres mouroirs résidences médicales pour vieillard(e)s en fin de vie).


"On a l'impression d'être dans la maltraitance parce qu'on doit aller vite. On ne couche pas les résidents, on les jette au lit. On ne leur donne pas à manger, on les gave" témoigne Sylvie, aide-soignante dans l'Ehpad Saint-François à Rennes."


 Hum !  Chut(e)


Joseph Ducreux, Le Discret, 1790


Au secours ! Fuyons la terre et songeons à passer dans l'autre monde à temps pour échapper à cette étape. Non mais !

Quant à celle proposée ci-dessous, je la laisse aux marchands de soupe qui vendent le parfum de leurs chers disparus aux familles éplorées... L'argent n'a pas d'odeur...




Organiser des obsèques simulées : comment en profiter pour mieux préparer ses proches à son départ prochain ?

Simuler ses obsèques et observer leur déroulement de son vivant est un bon moyen pour combler les failles et éviter les erreurs d’organisation quand l’inéluctable survient ; c’est aussi l’occasion de préparer son entourage afin de mieux accepter un décès. En quelque sorte, une personne commence à travailler le deuil et aide les autres à gérer sa disparition.
Ce genre d’obsèques simulées à l’avance est bénéfique quand la famille compte des personnes psychologiquement fragiles ou de jeunes enfants. Ces derniers peuvent ainsi assimiler le sens d’un décès et le vivre sans éprouver de malaise persistant.
Les coûts d’une simulation d’obsèques sont raisonnables, il suffit de payer :
  • La location d’un cercueil vide
  • L’achat de quelques bouquets de fleurs
  • Les services d’un maître de cérémonie.
Il est aussi inutile de réserver un funérarium vu la possibilité de tout organiser à domicile ou au jardin et d’inviter les personnes les plus intimes. Au final, les funérailles simulées se terminent généralement dans la bonne humeur et l’organisateur est sûr dès son vivant du bon déroulement de sa cérémonie d’adieu.

Organiser des obsèques factices : comment observer les réactions de ses proches et réagir en conséquence ?

La mode d’organiser des enterrements factices vient de la Corée du Sud et elle sert surtout pour redonner goût à la vie ou prendre de nouvelles résolutions. Il est aussi possible de s’en inspirer pour découvrir les pensées et les réactions des membres de la famille et de l’entourage pour réagir en conséquence de son vivant ou leur préparer des surprises après son décès ; pour cela, il est nécessaire de :
  • Demander les services d’une véritable entreprise de pompes funèbres :
Le recours à une agence spécialisée permet de donner un aspect réaliste aux obsèques factices. De plus, il est plus facile de convaincre les gens d’un décès quand il est annoncé par des professionnels.
Les moindres détails sont revus pour qu’une cérémonie d’adieu soit organisée et qu’un cercueil scellé soit présenté à la vue de tous.
  • Choisir scrupuleusement ses complices et les mettre au secret :
Deux ou trois personnes de confiance sont à choisir pour permettre une meilleure organisation du faux enterrement et convaincre les autres personnes qu’un décès a bien eu lieu. Elles sont menées à bien coordonner leur scénario pour éviter de se contre dire en cas de questionnement.
  • Recourir aux nouvelles technologies pour espionner les personnes présentes à distance :
L’installation de mini-caméras et de micros dissimulés est nécessaire pour observer et entendre ce qui se passe. Les déclarations des présents révèlent parfois des surprises intéressantes. De plus, l’absence de certains sans raison est le signe d’indifférence.
  • Savoir apparaître au bon moment avec de bonnes explications après le simulacre :
Les complices ont à préparer les personnes en deuil pour la résurrection du « pseudo-défunt » ; ils leur déclarent qu’il s’agit d’une cérémonie funéraire factice. Par la suite, le « faux-décédé » présente ses remerciements et des explications convaincantes sans annoncer ses résolutions et ses impressions envers qui que ce soit.
Il est aussi possible de prévoir une réception et de sabrer le champagne pour fêter l’évènement et faire oublier l’amertume d’un décès.
L’organisation de fausses funérailles du genre permet à une personne vivante de savoir à qui faire confiance ou les personnes les plus méritantes pour leur léguer son héritage. Néanmoins, une question est à se poser : « Est-il bon de découvrir ce que pensent les autres de moi, au risque de découvrir leurs sentiments les moins affectueux ? »
(Source : Blog Zen-Obsèques)


mardi 22 novembre 2016

Tous les jours, le bonheur

 

Photo de couverture, joueur de cesta punta.
Photographe Gjon Mili

 "Ce furent des années merveilleuses. Quatre années prodigieuses durant lesquelles je fus soumis à un apprentissage fulgurant et une pratique intense du bonheur. Il m'avait fallu attendre vingt-huit ans pour éprouver chaque jour cette joie d'être en vie au petit matin, de courir pour polir mon souffle, de respirer librement, de nager sans peur, et de ne rien espérer d'autre d'une journée sinon qu'elle m'accompagne comme l'on promène une ombre et que le soir venu elle me laisse en l'état, simplement satisfait, abruti de quiétude et de paix loin de ce territoire désarticulé que j'avais abandonné [...]."

Première page.
[...]
Depuis que le monde était monde , il y avait toujours eu deux façons de le considérer. La première consistait à le voir comme un espace-temps de lumière rare, précieuse et bénie, rayonnant dans un univers enténébré, la seconde,  à le tenir pour la porte d'entrée d'un bordel mal éclairé, un trou noir vertigineux qui depuis sa création avait avalé 108 milliards d'humains espérants et vaniteux au point de se croire pourvus d'une âme. La médecine ne traitait pas ce genre de question. Pour elle, l'ongle incarné primait toujours sur l'herméneutique.  Comme disait l'un de mes professeurs pour casser les reins de quelques internes pressés d'en découdre : "Nous ne sommes là que pour assurer une zone de moindre inconfort entre les griffes du forceps et celles de la broyeuse."
Page 224.
Jean-Paul Dubois, in La succession, éditions de l'Olivier, 2016.
 Citation en exergue de l'ouvrage :
C'est un plaisir de me tenir devant vous.
C'est surtout un plaisir de me tenir debout.
George Best
4e de couverture.
"Jean-Paul Dubois a l'oeil et le verbe acérés, un sens aigu du dérisoire de l'existence. Et l'on s'attache à ce personnage fondamentalement intranquille qui tente désespérément de jouir de la beauté du monde et de l'instant — la lumière d'un petit matin sur la mer ou le regard énamouré d'un chien — dont Dubois sait si bien faire vibrer la grâce et la fragilité. « Je prenais chaque jour comme un bonheur simplifié », écrit le narrateur.[...]
On rit et on pleure de tout cela, une fois encore, sans savoir si l'auteur invente ou s'inspire de la fantaisie du réel et l'on apprécie hautement l'exercice de funambule entre légèreté, cocasserie et gravité."
Michel Abescat, Télérama.

Rien à ajouter : beaucoup aimé ce livre en clair-obscur, où l'on passe de la lumière à l'ombre. Les pages avec le chien Watson sont magnifiques. Une douce mélancolie qui me touche, évidemment!

Interview de l'auteur ici. E-pa-tant.(Avec une belle photo!).

dimanche 8 mars 2015

Journal

Mardi 3 mars.

J'avais une heure de route à faire. Ma minerve autour du cou m'obligeait à tenir ma tête bien droite et mes rétroviseurs extérieurs suffisaient pour voir les voitures arriver et pour doubler, si nécessaire. Mais pas question de vitesse aujourd'hui, état toujours vertigineux.
J'avais pris de l'avance au cas où je perdrais du temps à trouver une place pour me garer et veine de... pas cocue - et pour cause, tsss! - une voiture quittait le stationnement juste devant l'immeuble où j'avais rendez-vous. Pour le coup j'avais 45 minutes d'avance. Je vais au parcmètre, je prends le ticket, le pose sur le tableau de bord. Tonnerre de Brest, le petit zef était glacial. Un thé allait me réchauffer.
J'étais devant l'hôtel quatre étoiles où je venais réveillonner avec mon amie lorsque nous étions jeunes filles et nous terminions la nuit dans la discothèque qui se trouvait en dessous de l'hôtel. Que de souvenirs... L'hôtel avait été rénové et l'entrée faisait très palace. Je jetais un coup d’œil à travers la vitre et, sans complexes, poussais la lourde porte en verre et me dirigeais vers le bar, ignorant la réception. Deux jeunes hommes élégants prenaient un café, perchés sur les hauts tabourets du bar et me saluèrent d'un bonjour madame souriant et respectueux. Je commandais un thé et m'enfonçais dans un fauteuil que je trouvais trop profond.  J'essayais celui qui était en face, il était plus confortable. Les deux jeunes hommes quittèrent le bar et l'un donna des instructions au barman. C'était peut-être le directeur de l'hôtel. J'étais évidemment la seule cliente dans cet immense salon, j'empruntais Le Figaro, seul journal à disposition, passais directement aux pages saumon et le refermais aussitôt, la sensation vertigineuse ne m'avait pas quittée, je ne pouvais pas lire.
Je quittais l'hôtel pour aller à mon rendez-vous. 
Pas d'attente, l'ORL vient me chercher dès mon arrivée.
Pendant qu'il passait l'aspirateur dans mes oreilles j'observais son bureau, sa bibliothèque remplie d'ouvrages médicaux et, je remarquais alors une étagère où étaient disposées de nombreuses figurines des Aventures de Tintin!
Mon ORL est tintinophile! me suis-je dit.
Je n'osais cependant lui demander s'il l'était vraiment ou si c'étaient des cadeaux. A mon avis, il l'était!
Je pensais alors à l'album L'oreille cassée et au fétiche Arumbaya qu'il devrait rajouter à sa collection, la plupart de ses patients ayant une voire deux oreilles cassées ou bien abimées.


 
 
http://a402.idata.over-blog.com/0/31/92/83/images-4-pour-articles/oc-t-1.jpg 


https://www.tintinboutique.com/media/catalog/product/big/product_123_1.jpg

Cette statuette ne dénoterait pas dans son Cabinet.

L'examen se poursuit dans un autre cabinet pour la manipulation libératoire de Sémont avec le masque. Ça tourne lui dis-je. - "Oui, votre vertige est splendide. " Et je restais tête pendante dans une position inconfortable mais accrochée à ses bras.
Avant de repartir il m'indique les consignes à suivre pendant une semaine. Etc.

Samedi 7 mars.




Je m'étais promise d'y aller à cette manifestation. Pour une fois qu'il y en avait une dans ma ville, je devais y être! L'air était doux et printanier ce samedi matin. Nous aurions dû être nombreux à cette manifestation;  en matière d'euthanasie et de suicide assisté, la Suisse reste la seule possibilité pour ceux qui ne veulent pas d'acharnement thérapeutique. La seule possibilité : le suicide assisté en Suisse car, se suicider (en fin de vie) ne reste qu'une possibilité... de se rater et de souffrir. Une mort indigne dans la solitude.

A Quimper




"Grâce aux moyens de procédure mis à sa disposition par le Parlement, je crains qu’aucun des amendements présentés par des députés favorables à l’euthanasie et au suicide assisté ne soit adopté.
Si tel devait être le cas, la triste loi de 2005 sera-t-elle légèrement modifiée par celle de 2015 : une aide passive à mourir au moyen d’une sédation accompagnée d’une dénutrition et d’une déshydratation, des directives anticipées opposables et contraignantes (voir ces termes page 17) mais sous conditions : qu’elles ne soient pas déclarées par les médecins comme « manifestement inappropriées » et dès lors qu’il n’y aura pas d’ « urgence vitale »…
Assurément, la volonté du patient ne sera respectée, comme aujourd’hui, que si elle convient au chef de service. [...]

encore une loi qui protègera le médecin et infantilisera le patient."

(Jean-Luc Romero, Président de l'ADMD)






vendredi 12 septembre 2014

***

Ce soir dans le miroir je voyais ton visage maman.
Et je pensais tout haut : je te ressemble, je vieillis comme toi, mais je ne mourrai pas comme toi; je prendrai les devants.

vendredi 27 juin 2014

ÇA SUFFIT !




Le Conseil d'Etat se réunit pour décider si la poursuite des soins de cet homme, dans un état végétatif chronique depuis cinq ans, constitue ou non une obstination déraisonnable.

  (Crédit photo : Millet pour Le Monde)
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mercredi 12 février 2014

"On va Exiter... mais la vie ça rend accro..."

Je pense à elle ce soir je ne sais pas pourquoi. 
Peut-être parce que j'en parlais hier?

En 2002 interview biographie lors de la sortie du film de 
Pedro Almodovar Parle avec elle.





Et voilà, il fallait que je tombe sur cette autre interview; il n'y a pas de hasard! Encore une raison de plus pour me sentir proche d'elle.
En 2012, quand Chaplin rime avec Berlin. 

"La Gazette de Berlin a rencontré Geraldine Chaplin, pour un entretien aussi court qu'intense. La fille du cinéaste mythique, au regard aigu et au rire explosif, nous livre avec une clairvoyance désabusée sa vision du grand âge et de la fin de vie."
La Gazette : Pour revenir sur le film*, est-ce que ça vous fait peur le grand âge? Est-ce une chose à laquelle vous pensez ?
Géraldine Chaplin : J'en ai une peur bleue. Je déteste l'idée d'être encore plus vieille que ce que je suis, mais bon, l'alternative c'est la mort... De toute façon, on est nombreux à être de Exit.

La Gazette : Exit ?

Géraldine Chaplin : En fait il y a un programme en Suisse qui s'appelle comme ça : Exit. Mais il y en a peut-être deux qui le font chaque année, alors que tout le monde est de Exit. La vie c'est hyper addictif ! Alors je suis de Exit, avec mon mari on va Exiter, mais je doute qu'on le fasse, parce que la vie ça rend accro... Peut-être si on a une maladie vraiment terrible qui fait beaucoup souffrir. Mais en tout cas, je ne veux pas être un fardeau pour les enfants.
C'est marrant ce film, parce que j'ai une copine depuis 50 ans, on a toujours pensé qu'on allait vivre ensemble quand nous serions vieilles. On est déjà vieilles et on vit pas ensemble. On n'en a pas eu le besoin. C'est un peu les aveugles qui soignent les aveugles. Mais c'est une idée sympa d'être des copains et de vivre ensemble. Mais c'est peut-être un désastre. On ne sait jamais. Mais c'est mieux que de vivre avec les enfants. Quelle horreur ! Les pauvres enfants. C'est horrible !
Je n'ai pas eu de grand mère, c'est un manque. C'est peut-être pour ça que je déteste autant la vieillesse ?"
Propos recueillis par Marion Muracciole et Régis Présent-Griot pour La Gazette de Berlin. (Extraits).

* "Et si on vivait tous ensemble aborde de manière fine et émouvantes des questions plus que jamais d'actualité. De la sexualité chez les personnes âgées à la relativité de la vieillesse, du cancer à la maladie d'Alzheimer.
Que cinq amis décident d'emménager ensemble, cela s'est déjà vu. Mais que ces cinq là soient tous septuagénaires et abritent un jeune thésard allemand, qui prend leur communauté comme sujet d'étude, est déjà plus intrigant."


Est-ce plus rassurant d'être deux - de le faire à deux - que seul(e) pour Exiter? Je pense que oui. Rien n'est plus angoissant - pour n'importe quel motif - que d'affronter la vie ET la mort dans la solitude. "Exiter" c'est être assisté, aidé, c'est vraiment mieux que de se retrouver sur un brancard aux urgences à 97 ans pendant 24 heures!!! dans le couloir, comme dans un terrible reportage que j'ai vu hier! Ne pas attendre que la mort vienne...


Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne

Aragon

samedi 2 novembre 2013

Journée des morts ou journée de révolte?

TOUSSAINT

Ecouté ce matin cette émission. Il n'y a vraiment qu'en Suisse qu'on parle de la fin de vie, de la mort, sans tabou.

Entendu nulle part à la télévision, à la radio, parler de ces manifestations pour la Journée mondiale de l'ADMD!
Souhaitant en savoir plus, il y a quelques jours j'ai pris contact avec la correspondante de ma région et j'ai reçu cette réponse (extrait) :
"Pour le 2 novembre, les membres des équipes du Finistère sont réticents pour organiser quelque chose (parce que le 2 novembre est la journée des morts, et qu'il y a encore chez nous beaucoup de catholiques qui pourraient être choqués) et je m'arrange toute seule pour passer à la radio, pour rencontrer des journalistes du Télégramme et d'Ouest-France."
Justement!  C'est précisément parce que le 2 novembre c'est le jour des défunts, "pour rappeler le souvenir de ceux que nous aimons qui sont morts dans des conditions qu’ils n’ont pas choisies et contraires à leur propre sens de la dignité."

Bon, de toute façon, dans le Finistère aujourd'hui, les manifestations ont d'autres objectifs et font la manne des médias! A cette heure, la Place de la Résistance doit être bien remplie pour un premier tour de chauffe... si j'en crois les sons qui parviennent jusque dans mon quartier. (Attention, baissez le volume)! Pour les photos, il suffira de lire la presse ou de regarder la télévision, je n'ai pas l'intention de rejoindre les manifestants, je tiens à rester "complète", extérieurement, pour finir mes jours, l'intérieur étant déjà pas mal entamé!




Pour le moment, grand calme à Locmaria (avec des bouchons d'oreilles).  Pas de Révoltés de Fouesnant  ni de Bonnets Rouges! Le ciel est gris, les pigeons et la mouette - telle une sentinelle sur son mirador - veillent!





Je me suis amusée à prendre ces photos ce matin en allant faire mes courses, pour voir si la Place avait beaucoup changée depuis Les Révoltés de Fouesnant à Quimper (Locmaria) en 1792! Eh bien non! A part que cette place est maintenant envahie par les voitures, l'abbatiale et le Prieuré sont toujours aussi beaux, même sous le crachin.


 



Les Révoltés de Fouesnant ramenés à Quimper par la garde nationale,
huile sur toile de Jules Girardet, vers 1886.
Musée des beaux-arts de Quimper.

(Pour la suite des manifs, écouter la radio ou regarder la télévision. J'espère que la belle ville de Quimper ne subira pas trop de dégâts).

En fin d'après-midi, je n'entendais plus de ramdam et je suis allée prendre l'air. Le Corentin était toujours en place, derrière le pont Max Jacob on apercevait encore quelques bonnets rouges, l'Odet coulait paisiblement...


 

mardi 17 septembre 2013

"L'homme de demain sera hors norme" (Alain Bashung)




De toute façon, on va bientôt tous mourir, de fatigue, de vieillesse, crever de maladies puisque les traitements seront déremboursés, trop chers et réservés à l’élite !
Quand on va aller se faire opérer faudra qu'on (rraahhh! mortelle cette phrase, je me relis, je la laisse) rentre le jour même, sans ambulance, à quatre pattes. Tsss!

Il est plus que temps que chacun ait le droit de vivre décemment ou de mourir avant qu’on le laisse crever !

Les cures thermales sont toujours prises en charge. Ah ah !

« L’intérêt premier d’une cure thermale réside dans la rupture avec le quotidien ; rien de tel que de casser la routine pour prendre soin de soi. Buller sur un transat, lire au calme, écouter une musique douce, faire la sieste… Faites le vide, ne pensez qu’à l’instant présent et laissez-vous dorloter ! »

Non mais ! Et puis quoi encore sur le compte de la Sécu ! Bien sûr les cures ont leur raison d’être pour certaines maladies, douleurs chroniques, mais quel pourcentage de curistes bien portants en profite pour passer des vacances à moindre frais en faisant leur cure ? Et ce ne sont pas les plus démunis !

C’était mon coup de gueule de la journée. Ça suffit ! En empathie avec ceux qui se battent et pour eux-mêmes et… pour de bonnes causes.

Et ça, pour le plaisir, hors sujet :

mercredi 11 septembre 2013

samedi 15 juin 2013

Dialogues de sourds

Hier soir, tard, échange de textos :

Elle - Je ne suis pas déprimée, parce que je ne pleure pas! C'est juste que j'en ai marre de tous mes maux. Et toi, tu pleures?

Moi - Oui, je pleure, mais je ne suis pas déprimée. Je pleure sur ma vie, pas sur mes maux. Toi, tu ne pleures pas facilement, moi si. On dit que ça soulage. Je ne sais pas.

Je n'allais pas lui dire la vérité. J'ai envie de la protéger, ma petite soeur. En ce moment, je n'ai plus d'énergie, je n'allume plus mon ordinateur, sauf là, j'écris, pour dire que j'ai écouté deux émissions sur France Culture, qui valent vraiment le coup d'être réécoutées :

- L'homophobie : Généalogie d'une haine, sujet de l'émission Le Gai savoir de Raphaël Enthoven.

"De tous les racismes, l’homophobie est avec la misogynie celui qui s’exprime le plus volontiers, car il s’abrite derrière des considérations érudites. Les délires de Gobineau sur l’inégalité des races n’ont pas résisté à l’arrivée du XX siècle et le constat qu’il n’y a pas de race, mais les considérations oiseuses sur l’homosexualité comme un vice sont plus difficiles à abattre, à quoi tient cette résistance de la connerie ?
Il faut prendre au sérieux les arguments des homophobes. Il faut entendre et écouter les sophismes d’une haine qui se donne tantôt la science, tantôt le bon sens, pour alibi. Il faut plonger dans le marais de ces discours pestilentiels et parfumés pour en extraire la substantifique boue. Car combattre les choses n’est pas les comprendre, mais comprendre les choses, c’est les combattre. "

et, celle-ci :

- Penser la fin de vie, sujet du jour de Répliques, l'émission de Alain Finkielkraut qui a posé des questions essentielles. 

J'ai cependant toujours le même sentiment, bien qu'on nous fasse croire le contraire, que le sujet n'avance pas. On en revient à cette Loi Léonetti, insuffisante.. et le rapport Sicard où est-il?

Ah oui! Cette émission aussi, écoutée jeudi, toujours sur France Culture (que serais-je sans toi...) dans les NCC sur les éventuels sujets du Bac Philo :

J'ai pris plein de notes mais je n'ai pas la force (en ce moment) de les retranscrire).
"Quand je me regarde dans la glace je ne vois que la moitié de l'humanité. Il me manque l'homme ou la femme..." ou disons, l'autre moitié. "Bien qu'unique nous ne faisons pas un."
"C'est parce que nous savons qu'il nous manque quelque chose, que nous désirons. La solitude est le moteur du désir."
"Il faut parvenir à penser la solitude sans l'esquiver."
Solitude voulue, solitude subie etc.

Vraiment, à réécouter, seul, pour se sentir moins seul car "la solitude prend toute sa puissance quand on est entouré".

Je ne relis pas ce que je viens d'écrire... la tête me tourne.


mercredi 15 mai 2013

J'ai toujours assez de force pour t'envoyer au paradis

Vu hier soir :

PROMESSE (DVD) de Kijû Yoshida, 1986.

Yoshio Morimoto vit dans les nouveaux quartiers  de Tamashi, dans la banlieue de Tokyo, avec ses parents, sa femme et ses deux enfants. Un matin, le corps de sa mère, Tatsu, est retrouvé sans vie. Lorsque l'inspecteur en charge de l'enquête en vient à se demander s'il ne s'agit pas d'un meurtre, Ryôsaku, le mari de Tatsu, se désigne comme coupable...





"En faisant ce film sur l'euthanasie des personnes âgées dans une société vieillissante, je n'avais pas pour objectif d'en questionner le bien-fondé. L'image récurrente de l'eau, cette eau sans cesse changeante, entendait ainsi refléter la petite existence ignorante des hommes, incapables de connaître même leur propre mort."
Kijû Yoshida













 Captures d'écran

Ce film date de 1986. Le thème de l'euthanasie était alors un sujet bien plus tabou qu'aujourd'hui et Kijû Yoshida l'aborde de façon très crue(lle) du moins dans son geste final. L'euthanasie aujourd'hui peut être abordée de manière plus "douce" si j'ose dire. Oui, j'ose le dire, de plus c'est la définition même du mot euthanasie : mort douce. Or ici, le geste est violent. D'où pour moi, l'importance de légaliser l'euthanasie pour ne pas laisser la personne se suicider, avec des moyens barbares.  Un film beau et fort... pour âme forte et, aguerrie.

"Lorsque le plus bergmanien des cinéastes japonais aborde le thème de la vieillesse et de la disparition, il le fait avec un tel aplomb qu’il offre l’un des portraits les plus saisissants de la "mort au travail". Crument. Sans artifice. La découverte de la mort de Tatsu Morimoto par la police, soupçonnant son mari Ryosaku d’avoir mis fin à ses jours, nous conduit quelques années en arrière dans la vie d’un vieux couple que le temps a rongé lentement et que la sénilité atteint progressivement. Certes, Yoshida n’a jamais brillé par un optimisme béat, mais, à l’opposé de Kurosawa qui dans ses dernières œuvres abordait la mort avec sérénité, sa vision reflète la peur et le désespoir, l’horreur de la fin de vie. Troublante coïncidence, ce sera cette même Sachiko Murase, la Tatsu de Promesse qui incarnera la magnifique vieille dame de Rhapsodie en Août cinq ans après. Ici, pas de recueillement, pas d’acceptation stoïque, mais un sentiment de panique croissant, de l'appréhension individuelle au cauchemar des chambres d’hôpital hantées par des séniles se chamaillant, ou répétant en riant à l’envi des « je veux mourir ». Le couple Morimoto vit ses dernières années d’amour fou dans une douleur intense, faite d’escarres, d’incontinence et de maladie d’Alzheimer. Ils retournent tous deux en enfance, perdent la mémoire, mais conservent intacts jusqu’au bout leurs sentiments sublimes et déchirants. Toute certitude s’évanouit dans l’angoisse de la dislocation. 

Le moi disparaît dans un brouillard ou la conscience de l’autre et de soi menace de s’éteindre d’un instant à l’autre, s’efface du monde, non pas dans une forme de sérénité, mais dans l’horrible conscience de sa dislocation. Tout n’est que souvenir pour les Morimoto. La vie est derrière eux. « Laisse moi mourir, je t’en prie » supplie Tatsu à son mari. Promesse aborde frontalement la dégradation des corps, le sentiment de dégénérescence inéluctable. Yoshida rend ouvertement hommage aux horloges sans aiguilles des Fraises Sauvages - autre grande œuvre sur le vieillissement, mais c’est plus encore de Cris et Chuchotements qu’on pourrait rapprocher Promesse. Il s’attache pareillement à observer la lenteur d’une agonie contaminant progressivement tout l’entourage, bouleversant son fonctionnement quotidien et mettant en évidence toutes les failles morales, les non-dits, le dysfonctionnement familial."

Olivier Rossignot, Culturopoing.com

Lire la suite ici (une belle et complète analyse)