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lundi 25 décembre 2017

"Des flèches à toucher les étoiles"


 La cathédrale Saint-Corentin, Quimper 
(illuminations de Noël)



"Je préfère peindre des yeux humains plutôt que des cathédrales, si majestueuses et si imposantes soient-elles - l'âme d'une être humain, même les yeux d'un pitoyable gueux ou d'une fille des trottoirs sont plus intéressants selon moi."
Vincent Van Gogh, Lettre de Vincent à son frère Théo.

"Une âme se mesure à la dimension de son désir, comme l'on juge d'avance des cathédrales à la hauteur de leurs clochers."
Gustave Flaubert, Correspondance à Louise Collet.


lundi 30 janvier 2017

"Tu me vois en couleur ou en noir et blanc?"



Cette folle histoire de mouche(s) m'a fait sourire, rire ce matin.
La folie, l'absurde, la rêverie... les mouches.
C'est tout de suite après les dernières minutes (Raphaël Enthoven) des NCC Chemins de la Philosophie - dont le sujet du jour traitait du populisme - à écouter ci-dessous :


(Cliquer sur le lien ci-dessus. Deux minutes de folie douce ! ).

Cet après-midi, malgré l'humidité, j'ai pris l'air en foulant des greens comme des éponges remplies d'eau, sur le petit parcours. Je toussais, je [me] mouchais, entre chaque trou voire entre chaque coup, bien plus que Céleste chez son psy, et mon nez qui avait déjà des allures de nez de clown tant il était irrité, n'allait peut-être pas tarder à rester au fond de mon mouchoir, comme celui de Flaubert :

A sa nièce Caroline.
Croisset, jeudi, 2 heures [juillet 1868?]

Mon Loulou,
Ta bonne maman me charge de t'écrire, ce dont je m'acquitte avec empressement.
Elle a eu hier la visite de ton bel oncle Achille Dupont, qui est resté trois heures; puis, à dîner, Mme de Maupassant.
La voiture de sa "fameuse fille" va la remmener à Rouen, dîner chez Mme Lebret. Quelle partie de plaisir !
Le seul événement de mon existence a été, mardi, l'apparition du sieur Raoul Duval, qui s'est pris pour moi de passion, (ou de curiosité?), et puis j'ai un rhume inimaginable ! Je tousse et je mouche, dans le silence du cabinet, d'une façon incessante. Mon pauvre nez va rester au fond d'un de mes mouchoirs, et j'ai peur de lancer mes poumons sur les cendres.
Amuse-toi bien dans la nouvelle Athènes.
Ton vieux Ganachard.

dimanche 29 janvier 2017

N... de D... !

"L'infinie stupidité des masses me rend indulgent pour les individualités, si odieuses qu’elles puissent être. Je viens d’avaler les six premiers volumes de Buchez et Roux. Ce que j'en ai tiré de plus clair, c’est un immense dégoût à l’encontre des Français. N... de D... ! a-t-on été inepte de tout temps dans notre belle patrie! Pas une idée libérale qui n’ait été impopulaire, pas une chose juste qui n’ait scandalisé, pas un grand homme qui n’ait reçu des pommes cuites ou des coups de couteau !! « Histoire de l’esprit humain, histoire de la sottise humaine! », comme dit M. de Voltaire."

Gustave Flaubert, dans une lettre à George Sand.

samedi 17 octobre 2015

Des tocs artistiques




Où trouvent-ils l'inspiration? Au lit, en promenade, sous la douche? Quels sont les rituels des génies créatifs?

A chacun ses habitudes, ses "tocs", sa routine et, sa solitude.

"Gustave Flaubert, par exemple, annonçait tous les matins son réveil à 10 heures précises en faisant sonner une cloche. Ses domestiques lui apportaient alors le journal, un verre d’eau, sa pipe et son courrier. Après avoir parcouru la presse, il toquait au plafond, signe qu’il était temps pour sa mère de le rejoindre dans sa chambre pour causer. En véritable forçat de l’écriture, l’auteur de Madame Bovary travaillait par ailleurs 12 heures par jour selon une routine bien réglée : après avoir tracé une phrase sur un manuscrit placé en hauteur sur un pupitre de musique, l’écrivain allumait sa pipe, se renversait sur son siège et contemplait les mots dans une atmosphère enfumée. Au bout d’un quart d’heure, il supprimait une virgule inutile. Au second quart d’heure, il remplaçait un mot inadapté. Après 45 minutes, il effaçait le tout et recommençait à zéro."
[...]
"Gustave Flaubert déclarait ainsi : «Bédouin, tant qu’il vous plaira; citoyen, jamais.» Pour Pablo Picasso, aucun travail sérieux n’est possible sans grande solitude. Goethe quant à lui était d’avis que l’on pouvait être instruit par la société, mais que seule la solitude était à l’origine de l’inspiration."

Pour connaître les rituels quotidiens d'autres génies, lire l'article complet 
(Source Le Temps.ch, Amanda Castillo).

D'après l'ouvrage de Mason Currey, Dailys rituals.



Je suis une bédouine... 




Dans le désert brûlant de ma solitude
Ont poussé
Des milliers d’arbres solitaires

*

Résultat de mes errances :
Quelques petits sentiers
Pour les marcheurs


*

J’hésite
Debout entre deux chemins
La seule route que je connaisse
Est celle du retour




Abbas Kiarostami, Un loup aux aguets




dimanche 11 mai 2014

"... l"autre jour, je suis devenu vieux d'une seconde à l'autre..."

Journal. 

Vendredi 9 mai 2014. 

Nouvelle généraliste. Difficile en trois quart d'heure (tout de même) de résumer un parcours de patient - d'un certain âge - avec ses moult maux. Parlé des problèmes du moment (vertiges), les autres viendront lors de consultations ultérieures. Abordé ce qui me tient à cœur : la fin de vie, la vieillesse, l'euthanasie, les directives anticipées. 
Elle m'a écoutée, très attentivement, très sérieusement, je sentais là un peu d'empathie. Je lui ai dit :
- J'ai peur de vieillir, je refuse d'être maintenue en vie si je deviens un légume. Le ton était donné, d'emblée.
- Vous avez peur de vieillir ou vous avez peur de mal vieillir?
- J'ai peur de mal vieillir lui ai-je répondu. (Je lui ai menti. J'ai peur de vieillir un point c'est tout).
- Vous vieillirez bien me dit-elle, vous faites dix ans de moins que votre âge. Votre regard sur vous n'est pas le bon.
C'est ce qu'elle croit, ce qu'elle voit, parce que je suis légèrement maquillée, habillée "jeune", mais le matin, quand je me lève, c'est dix ans de plus que mon âge que je vois dans le miroir. 
Et je ne lui ai pas encore parlé des douleurs physiques... Pas tout le même jour.
Puis elle m'a auscultée, palpée, longuement.  Ça faisait des années qu'un médecin ne m'avait pas "palpée" ainsi. Je croyais que ça ne se faisait plus. C'est rassurant.
Le contact fut bon, encourageant.

Samedi 10 mai 2014.

Petit déjeuner puis shampoing en écoutant Flaubert par Charles Sigel. 
Fin de matinée :
Je fais un tour sur le blog de Dominique Chaussois. J'y vais souvent, pour sourire mais aussi pour sa mélancolie, qui ne m'a jamais échappée, proche de la mienne. Je lis ce billet que je me permets de reproduire ici. Je lui rends hommage :

Mercredi 28 mars 2012

  Il y a peu encore je croyais les bancs publics réservés exclusivement aux vieillards et aux désœuvrés. S’asseoir là pour attendre Dieu sait quoi avait pour moi quelque chose de socialement dégradant. Sauf à tenter de se donner une contenance en faisant semblant de lire ou de dessiner, le message adressé me paraissait clair : Voyez, je suis là pour voir passer le temps car je n’ai rien de mieux à faire, je suis seul et inutile, encore heureux que la société me permette de me poser là quasiment gratuitement, je n’ai qu’à bien me tenir.
  Voilà très exactement ce que je pensais. Avoir si mauvais esprit est l’une de mes rares qualités car, la paresse aidant, je sais d’expérience que posséder un esprit étriqué permet de réfléchir plus vite, vu l’étroitesse de l’espace, et qu’ainsi les conclusions, toutes sujettes à caution mais qu’importe, arrivent d’autant plus rapidement, quel gain de temps avouez.
  Tout ceci, c’était avant. Du temps de ma jeunesse. Mais voilà que l’autre jour, je suis devenu vieux d’une seconde à l’autre : le temps de poser mes fesses sur l’un de ces bancs et ce avec un naturel et une aisance qui m'autorisent à penser que je devais être vieux bien avant cet acte fondateur. D’autant que contrairement à ce que je redoutais le choc psychologique n’a pas été si rude. A dire vrai, je me suis senti immédiatement à ma place. Il n’y a pas de mots, et je dois avouer que cela m’arrange, pour décrire l’état de béatitude, d’hébétude plutôt, qui s’empare de vous dès lors que vous vous posez sur un banc. Il ne se passe rien, c’est heureux, car l’on a vite fait de se désintéresser de tout, des pigeons, des passants, des enfants qui s’emploient à soulever la poussière, et c’est à peine si vous jetez un œil sur un collègue assis à quelques mètres de là, tout aussi abruti que vous qui débutez pourtant.

Et ces deux autres billets, ne l'étaient pas moins, mélancoliques  : ironie, dérision.




"La mélancolie c'est le bonheur d'être triste."
Victor Hugo.

A méditer... et aussi :

" Donc voyez, j'écris pour rien. J'écris comme il faut écrire il me semble. J'écris pour rien. Je n'écris même pas pour les femmes. J'écris sur les femmes pour écrire sur moi, sur moi seule à travers les siècles."
Marguerite Duras. 

Fin d'après-midi :
Médiathèque pour déposer mes emprunts : L'Amour du prochain et un DVD, Sur la route; je n'avais pas vu le film à sa sortie, une adaptation du livre culte de Jack Kerouac que, je l'avoue honteusement, je n'ai pas lu. J'ai bien aimé. Sam Riley, l'acteur qui tient le rôle de l'écrivain m'a donné envie de lire le livre. C'est un long film, 2 h 30; pas vu le temps passer.
Ensuite, lèche-vitrines dans le centre-ville. Ma vitrine préférée... comme d'habitude. Je me demande pourquoi je préfère regarder les magasins pour hommes. Peut-être pour rêver de... Mais celui-ci c'est pour l'esthétique, l'originalité, le luxe. Un peu de futilité pour alléger la mélancolie.


(Cliquer pour voir les détails)


Messieurs, sortez de vos tiroirs vos mouchoirs de grand-père. 
Le dernier chic, les nouer autour du cou... propres, bien repassés, amidonnés.  Hum!

dimanche 29 septembre 2013

Ô cher Gustave

Lettre de Gustave Flaubert à George Sand (le 12 juin 1867) : Les Bohémiens excitent la haine des bourgeois





 

 

 

 

 

Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen.

Voilà la troisième fois que j’en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir.

L’admirable, c’est qu’ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons.

Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols. Et j’ai entendu de jolis mots à la Prudhomme.

Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre. C’est la haine qu’on porte au Bédouin, à l’hérétique, au philosophe, au solitaire, au poète.

Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère.

Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton.

Gustave Flaubert, Lettre à George Sand,
Correspondance de Gustave Flaubert, Lettre à George Sand, 12 juin 1867, éd. de la Pléiade, tome 5, pp. 653-654.

P.-S. Source : Les Nouvelles Chroniques de Gabriel Matzneff, Chronique du 16/08/2010

Source : RdR

samedi 14 septembre 2013

"Qu'est-ce qui vous surprend le plus dans l'humanité?"

C'était le 3 septembre dernier, il faisait ce jour-là 27° sur la Presqu'île de Crozon. 
J'avais réussi à la décider de m'accompagner pour une belle balade. Elle était trop fatiguée pour faire de longues marches, aussi avons-nous surtout contemplé les sites où nous nous sommes arrêtées. Il nous a fallu une bonne heure de route pour arriver à la première étape, le Ménez-Hom, cette petite montagne d'où l'on domine la rade de Brest, la baie de Douarnenez et le nouveau Pont de Térénez. Il était midi et demie et il commençait à faire très chaud. En sortant de la voiture je la regarde prendre son blouson en laine polaire; elle avait déjà une écharpe autour du cou. De mon côté, j'étais déjà en nage mais j'avais eu la bonne idée de mettre une tunique légère et ample, un pantalon large en lin où le petit vent s'engouffrait pour me rafraîchir. Nous n'avions pas vraiment le look des randonneurs qui faisaient une étape dans ce lieu, en short, sac à dos, chaussures de marche. Désormais, le moindre souffle d'air la fait frissonner. Je la prends rapidement en photo tandis qu'elle grimpait vers l'endroit où la vue est infinie. Son visage était anxieux, je devinais derrière ses lunettes de soleil que son regard l'était tout autant; elle fronçait les yeux qui laissaient apparaître deux rides d'expression entre les sourcils. Je la laissais seule - entourée de touristes - quelques minutes, pour faire des photos. Je les ai prises à-la-va-vite. Quand je revins vers elle, je remarquai qu'elle s'était emmitouflée dans son blouson marine, ravissant au demeurant avec sa capuche et ses poignets rayés bleu-marine et blanc, elle avait mis sa casquette et sa capuche par-dessus. Je lui dis en riant - j'avais pourtant envie de pleurer - : tu as froid mon Bézo? Et je lui donne un baiser sur la joue. - C'est beau hein! Elle ne dit mot mais opine du bonnet.



Nous reprenons la route et nous nous arrêtons à Crozon au Thé à l'Ouest (pour les photos, voir ici). J'avais relevé cette adresse en me disant qu'un jour j'irai y manger des scones, ayant lu quelques appréciations sur l'endroit qui m'avaient mis l'eau à la bouche. Dans la voiture elle me dit qu'elle n'a pas vraiment faim. Je lui dis : j'ai faim! et une petite salade avant les scones nous redonnera de l'énergie pour la balade au Cap de la Chèvre. Elle me dit  en arrivant au Thé à l'Ouest : je vais mettre mon bermuda, j'ai trop chaud. Chouette, elle ressent la température!
L'endroit est charmant et l'accueil aussi. Mon Bézo va aux toilettes et me dit en revenant : vas-y et prends en photo la porte! Nous commandons une "salade fraîcheur" puis des scones pour le dessert. Et, je vais aux toilettes avec mon appareil de photo. Hum! Petit espace, je dois me coller dans l'angle pour réussir à avoir la porte entièrement.


Ah! mon petit Bézo, c'est ta première émotion de la journée. Cette phrase te parle bien sûr et, en ce moment, bien plus que la couleur du ciel, de la mer et des merveilleux paysages. Cela me donne une idée : je dois absolument trouver un livre qui te "parlera", comme cette intéressante réflexion. Ça pourrait être celui-ci? Il faut d'abord que je l'achète pour moi et si je sens qu'il pourra te "parler" je t'en offrirais un exemplaire. Le mien je le garderai puisqu'il est illustré par F. Matton (extrait ci-dessous). Hé hé!




Nous déjeunons donc, à l'heure espagnole. Petite déception tout de même : la salade "fraîcheur"  sentait un peu la fin de saison pour ce qui concerne les feuilles de frisée et la truite fumée, le fromage de chèvre cependant, servi avec du miel de cidre était bon et, les scones - mais ça je m'en doutais - n'avaient rien à voir avec ceux-ci ni les appréciation dithyrambiques que j'avais lues. Snif! Tant pis, je le dis, même si je pense que l'endroit vaut vraiment le détour, on y vend de très bons thés, des épices, de la jolie vaisselle et le côté british est very nice!



Et hop! direction le Cap de la Chèvre. Dans la voiture je lui dis : j'y suis allée avec papa et maman quand j'étais jeune, jamais depuis! Elle me dit : moi aussi! Elle rajoute : tu m'enverras la photo de la porte? - Oui, j'ai réussi à la prendre en entier, c'est une belle phrase, on s'attache trop aux choses matérielles, on devrait vivre chaque journée comme si on allait mourir le lendemain. Elle me répond : encore faut-il en avoir la force! Je lui demande alors si elle n'est pas trop fatiguée? - Ça va. Si tu avais été toute seule tu aurais fait plus de choses sûrement. - Mais non, je préfère être avec toi.
Un car de touristes traîne devant nous, nous passons devant l'immense plage de sable de Morgat. Les souvenirs d'enfance reviennent. Le car va aussi au Cap de la Chèvre. Le parking est bien rempli pour un début septembre. Nous prenons nos casquettes, une petite bouteille d'eau et nous acheminons vers la pointe. C'est superbe, rude, sauvage c'est vrai que si j'avais été seule je serais allée à pied jusqu'à la plage de la Palud mais ça ne lui disait rien. J'ai demandé à une touriste de nous prendre en photo avec mon appareil : elle est très réussie, je la tiens par l'épaule, je la regarde en souriant, elle, regarde l'objectif, sans sourire et toujours en fronçant les sourcils. Derrière ses lunettes de soleil,  il fait encore sombre. Nous sommes prises devant ce paysage. Au retour, j'aperçois les Tas de Pois et la Baie des Trépassés :

« Rien ne saurait rendre l'impression d'infinie solitude, de veuvage, de néant, que donne, l'hiver, cette "baie des Âmes", boé an anaon, comme l'appellent les Bretons, en leur langue, d'un mot sourd et plaintif, emprunté, dirait-on, au vocabulaire de l'au-delà. La puissante lamentation de la mer, tantôt éclatait en sanglots, tantôt se traînait en longs gémissements... » 
Anatole Le Braz (1859-1926), in Impressions de Bretagne, le pays funèbre, 1896.




(nous les apercevions que de très loin et zoom à fond mauvaise photo)



En revanche celle-ci vue du ciel est magnifique

Je sens qu'il est temps de rentrer, nous rejoignons le parking, elle me tient le bras.  Je lui dis : courage, plus qu'un arrêt, à Morgat, j'ai envie de faire une photo. En cinq minutes nous y sommes. Il fait de plus en plus chaud, elle reste à l'ombre pendant que je traverse la chaussée pour m'approcher de la plage; le soleil plombe vraiment trop, je ne m'attarde pas non plus. Nous retournons à la voiture, dans une ruelle nous nous tenons par la taille, je suis heureuse, je lui dis : on va nous prendre pour des lesbiennes. Elle rit, j'éclate de rire. Nous repassons en voiture devant la plage et les grottes. - Je les ai visitées avec papa et maman quand j'étais petite me dit-elle, je lui dis : je devais être avec vous mais je ne m'en souviens pas très bien.


 Morgat, la plage
  
"Morgat est réputée pour ses grottes, dont la couleur rouge et rosée sont dues aux oxydes de fer. La renommées de ces grottes est due aux carnets de voyages des nombreux visiteurs de la Presqu’île de Crozon qui comme Gustave Flaubert, en 1847, décrivait sa visite des grottes marines de Morgat : « la barque roulait à la godille, on se sentait entraîné vers un royaume nacré, étrange, comme dans un couloir magique »."

Allez, zou! on rentre. Telgruc est sur notre route, je lui propose d'aller y prendre un rafraîchissement, elle est d'accord. Je lui dis que j'en garde un beau souvenir et que j'y suis allée avec toi mon aimé. Arrivées à Telgruc, je cherche le port, dans mon souvenir c'était un petit port charmant, encaissé. Que nenni! Rien de tout ça, mais de belles plages et des falaises découpées recouvertes de landes. Elle me dit : tu dois confondre.  On fait demi tour. Tant pis, on rentre, on boira du cidre frais chez moi. Je me demande si je n'ai pas confondu avec Port Manech où je suis allée avec lui, lui dis-je. Le soir chez moi, je cherche sur le web Port Manech et je vois Port Manech-Kerdruc!!! Eh oui! j'ai confondu Telgruc avec Kerdruc; c'était donc à Kerdruc que nous avions passé une nuit mon aimé. Nous avions croisé Xavier Grall la veille à Port Manech. Tout cela est si loin et pourtant je nous revois... je te revois toi surtout, avec ta chemise col Mao, ton éternelle veste chinoise bleu indigo et ta cigarette roulée, scotchée à tes lèvres.

... Le lendemain mon Bézo m'a dit qu'elle avait passé une belle journée avec moi.

File:Iroise sea map-fr.svg

mardi 12 mars 2013

Ces grandes solitudes si divinement belles



« Nous terminons (hélas !), Max et moi, un voyage qui a été une fort jolie excursion. Sac au dos et souliers ferrés aux pieds nous avons fait sur les côtes environ 160 lieues à pied, couchant quelquefois tout habillés faute de draps et de lit et ne mangeant guère que des oeufs et du pain faute de viande.
Tu vois, vieux, qu’il y a aussi du sauvage sur le continent. La mer ! la mer ! le grand air, les champs, la liberté, j’entends la vraie liberté, celle qui consiste à dire ce qu’on veut, à penser tout haut à deux, et à marcher à l’aventure en laissant derrière vous le temps passer sans plus s’en soucier que de la fumée de votre pipe qui s’envole. »
Par les champs et par les grèves se présente ainsi comme une virée buissonnière. Un beau matin de mai 1847, comme des gamins échappés de l’école, deux écrivains rêvant d’une existence hors des sentiers battus prennent discrètement la tangente et partent sillonner les routes de l’ouest de la France dans le but avoué de se la couler douce… De cette balade amicale, ils rapportent un livre à deux voix, Flaubert se chargeant des chapitres impairs et Du Camp des autres.
Cette oeuvre de « pure fantaisie et digressions » reste la plus belle évocation des régions racées de l’Anjou, de la Touraine et de la Bretagne."
4e de couverture.


[...] avant de nous engager sur la pointe du Raz, nous jetâmes les yeux autour de nous. A gauche, nous apercevions l'étendue des côtes jusqu'à Kérity, toutes bleues et profondes, cette baie terrible qui a roulé tant de morts qu'on appelle la baie des Trépassés; puis rongées par les couleurs du soleil couchant, coupées de grandes ombres violettes, les falaises qui allaient s'affaiblissant par degrés jusqu'à s'abaisser dans la mer, perdant peu à peu leur forme et leur couleur et n'ayant plus qu'une pâle nuance grise semblable à celle de ce duvet de cendre qui recouvre les charbons éteints; derrière nous, la lande désolée avec la tour blanche du phare qui s'illumine chaque soir.


Quand nous eûmes bien vu tout cela, quand nous eûmes longuement aspiré la poésie de ces grandes solitudes si divinement belles que la vue d'un homme y semble un contresens inharmonique, et choque, comme une fausse note dans une symphonie, nous suivîmes l'enfant qui nous appelait du regard.
[...]
Nous ne marchions plus, nous ramions, cramponnés des pieds et des mains, montant à genoux sur les rocs éboulés et glissant à plat ventre dans les fentes des pierres. [...] A nos côtés s'ouvrait l'abîme, droit, à pic, immense, épouvantable, où la mer hurlait à cinq cents pieds au-dessous de nous. Quand l'un de nous voulait y regarder, il se couchait dans sa longueur sur le sol, l'autre lui saisissait les jambes et le retenait de toute la force de son bras et il faisait bien, car il n'y avait pas d'espoir pour celui qui serait tombé, chaque aspérité lui aurait brisé un membre, puis un lambeau dans sa chute, et il ne serait arrivé en bas que comme une fange ensanglantée.
[...]
Nous arrivâmes ainsi à l'extrémité de la pointe, au Finistère même. Là s'arrondit un petit plateau assez large pour qu'on puisse y reposer ses deux pieds d'aplomb. Au-dessous les rochers se déchirent, s'écartent, se rejoignent, se confondent dans toutes les formes, dans toutes les postures, dans tous les aspects et paraissent les cristallisations immenses des mondes antédiluviens.
[...] En face, à deux lieues environ, l'île de Sein, l'île des druidesses et de Velléda, dormait sur ses flots, ceinte d'écueils, aplatie, sinistre et noire et comme en deuil de tous les cadavres que les naufrages ont roulés sur ses bords. Derrière, bien loin, tout au fond, le soleil se couchait et ses derniers rayons se déployaient sur l'horizon comme une écharpe d'or.



Quand notre effrayant voyage fut terminé, nous allâmes nous asseoir à l'ombre d'un talus qui domine la baie des Trépassés.


[...] Une barque parut, montée par quatre hommes qui maniaient des avirons. Elle passa précisément au-dessous de nous et elle nous sembla une coquille de noisette manoeuvrée par des fourmis.
Nous restions sans parler à côté l'un de l'autre, épuisés, rêveurs et presque consternés, nous nous sentions la tête vide, nos pensées flottaient vaguement dans nos cervelles; nos yeux regardaient sans voir; nous avions une sorte de vertige intellectuel qui nous brisait; nous étions sous l'impression d'un fantastique réel que nous avions bu à trop amples gorgées; nous savions bien que nous venions de voir des choses terrifiantes, mais nous ne pouvions pas nous les expliquer; nous avions perdu le souvenir, mais gardé l'émotion, semblables à ceux qui se réveillent frémissants, tout mouillés de sueur d'un cauchemar et qui déjà ont oublié leur rêve.
C'est que l'homme n'est pas fait pour vivre là : la nature y est trop forte pour sa faiblesse. Tant qu'il voit, il va ; dès que le spectacle cesse, il tombe. Quand il marche au milieu de ces splendeurs que Dieu a rendues rares pour que sa raison ne succombât pas, tout son être s'absorbe dans le regard et ne vit plus que par les yeux. Parfois, cependant, il s'émeut, il s'attendrit et il maudit l'imperfection de sa nature qui ne lui permet pas les sensations multiples, il regrette de n'être qu'un homme [...], il voudrait aussi garder son intelligence, sa force et son amour, admirer l'éclatante harmonie de ces contrastes pour marier dans la grande synthèse de son panthéisme la voix de l'océan avec les couleurs du rivage, la forme avec l'apparence [...], le flot qui s'en va avec le flot qui revient, le nuage qui passe avec le rocher qui reste.

Pages 256 à 260.

Maxime Du Camp.

Gustave Flaubert et Maxime Du Camp, in Par les champs et par les grèves. Voyage en Bretagne, éditions François Bourin, collection Le voyage littéraire, 2011.

mardi 30 octobre 2012

"Loin de ma table je suis stupide, l'encre est mon élément naturel"




Croisset, mardi, minuit
18 avril 1854.

[...]
J'ai lu, relu (et je les ai là sous les yeux) tes deux dernières pièces de vers, sur lesquelles il y a beaucoup à dire. - Les bons vers abondent. Mais, encore une fois, je ne t'en sais pas gré. Les bons vers ne font pas les bonnes pièces. - Ce qui fait l'excellence d'une oeuvre, c'est sa conception, son intensité. - Et, en vers surtout, qui est l'instrument précis par excellence, il faut que la pensée soit tassée sur elle-même. Or, je trouve la pièce A ma fille lâche de sentiment. C'est là ce que que toutes les mères eussent dit, et à peu près de la même manière, poésie à part, bien entendu. Commençons :
La 1re strophe, sauf le 1er vers, me semble très bonne, surtout le dernier vers qui est excellent. Mais remarque : que de répétitions dans les cinq strophes qui suivent. C'est toujours sur ou sous. La pensée est divisée en petites phrases pareilles. Et c'est sans cesse la même tournure de style.
La 2e strophe, du reste, me plaît assez, quoique moins bonne que l'autre.

Tes cheveux dorés caressent ton front

caressent, expression consacrée.

Sur ta joue il luit

désagréable à l'oreille.
Les deux vers qui suivent, charmants, mais il eût fallu les mieux amener par quelque chose de plus large, à propos des cils, et qui aurait fait un pendant plus exact à "un pli de la nuit" :

Sur ta bouche rose...

Voilà trois strophes qui commencent de même :

Sur ton oreiller...
Sur tes longs cils...
Sur ta bouche...

Ils sont du reste très bons ces deux vers :

Sur ta bouche...
Ton souffle...

Mais, dans les deux qui suivent, l'inversion est trop forte. Sois sûre que la pensée ne gagne rien à ces tournures poétiques.
Quant à la strophe "De ton joli...", je la trouve ATROCE! de toute façon.

De ton joli corps sous ta couverture

est obscène, et hors du sentiment de la pièce. "Couverture" est ignoble de réalité, outre que le mot est laid en soi. Le sentiment était :

Ton visage rit sur la toile blanche,

mais cela est tout bonnement cochon, surtout avec la suite :

Plus souple apparaît le contour charmant;

Et puis, qu'est-ce que vient faire là le Parthénon, l'Antiquité et la "frise pure" si près de la "couverture"? - Et d'abord un enfant n'a pas les formes si saillantes qu'on les voie ainsi sous une couverture, et comme les filles du Parthénon dont les seins font bosse. - Cela est complètement faux de sentiment et d'expression. Il y a ici une chair qui n'est pas du tout à sa place.

Et, pour les rouvrir tu baises mes yeux,

Superbe!

Nous mêlons nos soins, tendre tu m'habilles,

que signifie "mêler des soins"? et cette tournure archi-prétentieuse "tendre, tu m'habilles"? et quelle vulgarité dans ce "tu m'habilles"! Notez que nous avons plus bas "ta tête d'ange".

Et des frais tissus chers aux jeunes filles,

école de Delille. Au reste, il y a beaucoup de rococo dans cette pièce :

Tu t'assieds parfois rêveuse au piano...
Je pose une fleur sur ta tête d'ange.

Nous allons au bal, un ange qui va au bal et qui a un port virginal ("port" comporte par lui-même une idée de maturité). Je trouve toute cette seconde page fort plate :

Auprès du foyer tu brodes, je couds...
Tu danses, tu ris,

est-ce de la poésie cela? à quoi bon faire des vers pour de pareilles trivialités? Les morts qui reviennent sont fort embêtants. Cela n'est pas ému, parce que ça tient trop peu de place dans l'économie de la pièce. Il ne faut pas ménager la sensibilité du lecteur quand on la touche. - Et puis voilà encore des détails de beauté qui reviennent :

Avec ton front poli comme un marbre...
Une jeune fille est comme un arbre...

c'est trop. Si elle a le front comme un marbre, elle ne peut être, elle, "comme un arbre".

[...]

L'orage, pour dire le malheur, a été dit par tout le monde, et puis, le pire de tout cela et ce qui m'irrite, ce qui fait que je ne suis peut-être pas impartial, c'est le sujet. Je hais les pièces de vers à ma fille, à mon père, à ma mère, à ma soeur. Ce sont des prostitutions qui me scandalisent (voir Le Livre posthume). Laissez donc votre coeur et votre famille de côté et ne les détaillez pas au public! - Qu'est-ce que cela dit tout cela? qu'est-ce que ça a de beau, de bon, d'utile et, je dirai même, de vrai? Il faut couper court avec la queue lamartinienne, et faire de l'art impersonnel. Ou bien, quand on fait du lyrisme individuel, il faut qu'il soit étrange, désordonné, tellement intense enfin que cela devienne une création. Mais quant à dire faiblement ce que le monde sent faiblement, non.
Pourquoi donc reviens-tu toujours à toi? Tu te portes malheur. Tu as fait dans ta vie une oeuvre de génie (une oeuvre qui fait pleurer, note-le) parce que tu t'es oubliée, que tu t'es souciée des passions des autres et non des tiennes.
Il faut s'inspirer de l'âme de l'humanité et non de la sienne. C'est comme le sonnet A la gloire. Cela n'est pas lisible et le lecteur s'indignera toujours de la supériorité que l'auteur se reconnaît.

[...]

Si tu as ton prix, travaille ta Servante tranquillement. - Et mets-toi de suite, sans t'inquiéter de rien, à tes autres contes et publie tout en masse. Il faut toujours employer les grosses artilleries. - Il ne faut pas donner ainsi son sang goutte à goutte. Songe à ce que serait la publication de six bons contes en vers, bien différents de forme et de fond, et reliés par une pensée et un titre commun. Cela serait imposant d'aspect, à part la valeur du contenu.
[...]
A toi, je t'embrasse.

Ton G.

Gustave Flaubert, in Lettres à Louise Colet.

mardi 16 octobre 2012

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Il fallait que je profite d'une journée ensoleillée après ces derniers jours pluvieux. Je n'avais pas le courage de finir mes vitres et, j'avais envie de taper dans la balle pour vérifier que mon score de la semaine dernière n'était pas seulement un miracle.
The old lady était là, elle me devançait sur le parcours. Je ralentissais mon jeu pour ne pas la talonner; je sais qu'elle préfère jouer seule. Nombreux sont les golfeurs qui aiment jouer seuls plutôt que d'être accompagnés de partenaires pénibles. Heureusement, ils ne le sont pas tous.
90 ans et les gambettes alertes! La voilà dans le bunker, elle en sortira après trois coups, qu'importe. Elle prend l'air, marche, se fait plaisir, fait travailler ses articulations qui, ma foi, ont l'air bien huilées. Admiration!



The old lady me laisse passer au trou suivant. Tant mieux, ainsi elle marchera selon son rythme qui est tout de même exceptionnel pour son âge. Je sentais qu'elle se pressait pour ne pas me faire attendre. Arrivée à sa hauteur, je lui serre la main et lui demande - par politesse - si elle préfère continuer seule. Je connaissais la réponse. Nous nous souhaitons une bonne partie...
J'ai retrouvé mes sensations pour le petit jeu après des semaines de galère. Le miracle s'est reproduit, tout va bien! 

De retour à la maison je poursuis ma lecture : Flaubert, Lettres à Louise Colet. Quel régal! Je remercie Didier da Silva dont l'extrait dans son blog m'a procuré "une joie profonde et large" et donné l'envie de lire cette correspondance. Je ne suis d'ailleurs pas la seule à avoir été enthousiasmée, François Matton y est allé de sa plume experte et jubilatoire.