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lundi 19 septembre 2016

Sans amour... chaque jour, on meurt

Citations lues puis notées sur mon carnet pendant mon séjour.
"Quelle dose de vérité  un esprit sait-il supporter, sait-il risquer? Voilà qui, de plus en plus, devient pour moi le critère de valeurs." (Friedrich Nietzsche, Ecce Homo)
"[...] soit on a été assez aimé dans le passé pour tenir; soit on se retrouve suffisamment aimé pour bâtir. Sinon, chaque jour, on meurt. (Marie-Laure Delorme dans le JDD, à propos du livre de Eric Faye, Éclipses japonaises).
Au retour, je m'arrêtais sur des aires d'autoroute pour une pause. En sortant des toilettes j'imbibais mes mains du gel désinfectant de mon mini-flacon de voyage; il n'était pas question que mes oreilles subissent l'agression de l'appareil à sécher les mains que je détestais. Je pensais alors à l'article que je venais de lire la veille dans le cosy salon de thé La Villa Ouest (ex Art's Hôtel) à Saint-Palais. J'apprenais que c'était la dernière chronique (dommage!) de Raphaël Enthoven dans Philosophie Magazine, intitulée : Sèche-mains
Extrait :
Dans sa version automatisée, c'est  comme si les lieux d'aisance étaient équipés d'un moteur d'avion. Mais brasser de l'air est-il si inoffensif?

D'abord, il y a le bruit. Alors que la chasse d'eau n'a pas fini de se remplir à nouveau et que les parois exiguës des toilettes tremblent encore de la digue temporairement rompue, alors que le sifflement du robinet s'ajoute aux vibrations persistantes de la cascade, à peine les mains humides croisent-elles le faisceau lumineux de l'appareil que le sèche-mains électrique se met, sans crescendo ni mise en garde, à beugler comme le passage à pleine vitesse d'un train de marchandise dans une gare de province... C'est le tonnerre après le déluge, la tornade après le torrent. (La suite à lire dans le Philomag).
Bien aimé le dossier de ce mois-ci dans le magazine :  
A quel point sommes-nous prévisibles?

L'empire des données 
Surfez, 
vous êtes traqués!


Je le constate chaque jour avec ma tablette sous Androïd. C'est effrayant!

dimanche 17 juillet 2016

Du golf à la philosophie il n'y a qu'un pas

A propos de "Cafés philo". Ayant eu l'occasion d'y participer, cette séquence - bien vue - m'a fait sourire.



Capture d'écran extraite de la conférence : Raphaël Enthoven aux Mardis de l'ESSEC.
C'était hier, ma Saturday night fever. Hum!
Tout de même, plus j'écoute R. Enthoven, plus je comprends qu'il agace. J'occulte mes propres agacements et continue de boire son débit verbal - tout de même brillant et passionnant - comme du petit lait. (Je ferais mieux de tenter de lire Spinoza, mais bon...)

Ce dimanche je  découvre  le "Timbre-poste mal léché"!


Le terrible trou numéro 8 du Royal Troon : Postage Stamp (D.R)

"C'est un tout petit par 3 du parcours de Royal Troon, où se dispute jusqu'à dimanche le British Open, mais si costaud qu'il cause des misères insolubles aux meilleurs joueurs du monde.

C'était mardi dernier, lors d'une belle journée estivale à l'écossaise où les averses jouaient gentiment avec les bourrasques de vent. Rory McIlroy s'ébrouait sur le trou numéro 8 du Royal Troon: 111 mètres, une distance ridiculement accessible pour les meilleurs joueurs du monde. Les images ont depuis fait le tour du monde, avec le numéro 4 mondial scotché dans un bunker, à taper six coups pour en sortir pour un score de «8 ou 9, je ne sais plus vraiment». Une rature sur sa carte qui aurait été rédhibitoire en pleine compétition.
Très court, donc, et surtout cerné par cinq bunkers aux lèvres de baleine, tous équipés d'une caméra pour mieux filmer les désastres en gros plan.L'un d'entre eux est surnommé le cercueil*, à raison: à peine deux mètres de large, tout en longueur, on pourrait effectivement y allonger tous ceux qui y ont abandonné leurs illusions au fil du temps. Humiliation suprême: il oblige régulièrement à jouer vers l'arrière pour s'en sortir,..."
* (Nous avons aussi notre bunker d'enfer. J'ai même rêvé d'y être ensevelie


jeudi 14 juillet 2016

La vie ne vaut rien, rien ne vaut la vie

14 Juillet 2016.

Ce sera une journée à rayer de ma mémoire.
Mais ce soir, tout va bien, j'ai passé quelques heures à écouter Raphaël Enthoven (*_*) sur You Tube. 
Celle ci-dessous est "amusante" :  Souchon/Malraux. Mmm!
  

"Parler de la mort, c'est la vocation même du travail du philosophe. La philosophie ne fait que poser les questions que tout le monde se pose. Quiconque s'est demandé pourquoi vivre alors qu'il va mourir a là, une porte d'entrée en philosophie et se donne les moyens de découvrir que la philosophie s'est déjà posé cette question avant lui. Est-ce snob ou pas, je n'en sais rien, peut-être, sûrement d'ailleurs, mais nécessaire également. "




15 juillet. 
J'apprends ce matin que, à l'heure où je publiais ce billet, un homme - avec un camion - venait de tuer 84 personnes sur la Promenade des Anglais à Nice ce soir du 14 juillet 2016 à l'heure où le feu d'artifice s'achevait.
Parler d'une "philosophie de la mort" me semble pour le coup, bien snob. Et pourtant...

mardi 5 mai 2015

Le snob est tragique

"Un snob est un artiste de soi-même qui a manqué son œuvre." (Patrick Dandrey)

Ce matin dans les NCC : entretien en alexandrins avec Raphaël Enthoven et Patrick Dandrey.


snob2

"Un fan de slam n'est pas moins snob qu'un fan d'art lyrique". (Raphaël Enthoven).

Le philosophe Raphaël Enthoven a étudié le snobisme, cette façon qu'ont certains d'adopter des comportements qu'ils tiennent pour distingués.

Qu'a la philosophie à dire sur le snobisme ? 

Il me semblait intéressant d'aller sur les traces du maître à penser sur la question, Proust. Et sur son idée que les domestiques ne sont pas moins snobs que les duchesses.

Je rejoins cette pensée que le snobisme n'est pas tant une affaire de classe sociale que de désarroi individuel.

Une parade pour combler une faille ?

Être snob est une façon de regarder ailleurs plutôt que de regarder en soi. L'attachement aux réalités dérisoires témoigne d'une tentative désespérée de recouvrir l'abîme en soi. Plus cet abîme est profond, plus le snob est tragique, à la façon d'un clown triste.

Pourquoi agace-t-il s'il souffre ?

Peut-être est-il le plus honnête des hommes. Il sait, comme chacun de nous, qu'il est né par hasard et qu'il a peur de mourir.
Sa façon de surmonter la vanité de l'existence est de s'attacher à ce qui semble vain. Il agace car il a l'élégance et l'indécence de chérir des choses futiles, de ne pas se prendre au sérieux. Et il sait s'en moquer.

Pourquoi le snob est-il expert dans l'art d'exprimer ses goûts ?

L'expression artistique est le terrain de jeu favori du snob, car dire j'aime ou pas telle ou telle œuvre n'oblige pas à l'argumentation. Ce n'est pas la nature de ses opinions qui fait le snob, mais l'importance qu'il leur accorde.
Exemple, un fan de slam n'est pas moins snob qu'un fan d'art lyrique. Sa tenue, quoique moins formelle, est aussi codifiée que le nœud papillon du mélomane.

Le snob n'est donc pas que l'intello, le bobo, l'aristo… ?

Ils sont partout ! Ma palme revient à une Savoyarde qui tenait un refuge. Je lui demande un Coca. Que n'avais-je pas osé ! Dans son seul regard, je me suis senti comme un animal, un barbare, un citadin frelaté.

Tout le monde peut donc être snob ?

De nombreux préjugés le casent dans une classe sociale. Or, même le collectif peut se montrer snob. Un exemple récent : statistiquement, le CV d'un candidat portant le prénom de « Kevin » a 30 % de chances en moins de retenir l'attention d'un employeur qu'un « Arthur ». N'est-ce pas d'un snobisme incroyable de déduire le niveau socioculturel d'un salarié sur la base de son prénom ?

Ce que vous appelez la tyrannie de la majorité ?

La tyrannie de la majorité désigne, chez Tocqueville, la façon dont la foule produit des normes pas moins contraignantes que la loi, mais qui relèvent de la morale. Comment penser autrement les comportements collectifs d'exclusion, d'anathème et de création d'un bouc émissaire ?

Le snobisme, d'Adèle Van Reeth et Raphaël Enthoven, Plon.

(Source Valérie Parlan, Ouest-France)

jeudi 24 avril 2014

L'instant suprême


 

"L’œuvre aborde la question essentielle de toute réflexion sur l'homme : cet événement à la fois banal et scandaleux par lequel toute existence s'abîme dans le mystère. La vie, «parenthèse de rêverie dans la rhapsodie universelle», n'est peut-être qu'une «mélodie éphémère» découpée dans l'infini de la mort. Ce qui ne veut pas dire qu'elle soit insignifiante ou vaine, car le fait d'avoir vécu cette vie éphémère reste un fait éternel, que ni la mort ni le désespoir ne peuvent réduire à néant."

Extrait lu par Georges Claisse dans l'émission les NCC, Le mystère de la mort :   

« L’homme finit par mourir à force de vieillir. Et pourtant, la mort, si elle est le terminus de la décrépitude sénile n’en est pas, à la lettre, la conclusion, puisqu’on peut rester décrépi très longtemps sans mourir et, mourir bien avant d’être décrépi. Le cœur cesse de battre parce qu’il est délabré et il cesse aussi de battre en dehors de tout délabrement ; en sorte que personne ne meurt à proprement parler de vieillesse. Et de la même manière, la goutte d’eau qui fait déborder le vase est une goutte comme toutes les gouttes, et en même temps, ce n’est pas une goutte comme les autres gouttes puisqu’elle détermine un élément nouveau. Elle est, la goutte critique et décisive sans laquelle le débordement ne se serait peut-être jamais produit ; cette dernière goutte qui s’ajoute aux autres et même se confond avec elles, n’est pas simplement le degré maximal d’une action homogène et continue. La dernière goutte a donc toute l’importance et toute la solennité du dernier instant. Le dernier instant en effet est un instant comme les autres, et ce n’est pas un instant comme les autres ; c’est un instant indiscernable des autres et aucune horloge ne le signale particulièrement à notre attention. Mais, d’autre part, cette minute finale - que rien ne distingue des précédentes – est une minute tout à fait à part et, si l’on peut dire, une minute privilégiée, et il faut bien que cet instant ait quelque chose de particulier puisque nous l’appelons : l’instant suprême. Il n’est rien de plus que les autres et il est infiniment plus. » 
 
C'est le paradoxe de l’instant mortel qui est à la fois continuité et discontinuité...

Ce qui donne un sens à notre vie c'est qu'elle est "bornée" par la mort. Le livre de Jankélévitch est un livre sur la vie. La vie prend un sens à partir de la mort et la présence de la mort donne son rythme passionnel. "La tonicité de la vie, disait-il, prend ses racines dans le non-être. En dehors de la foi religieuse, le mystère serait parfaitement obscur."


Vladimir Jankélévitch (1903-1985) est le philosophe de la vie.





Et, à écouter : Jankélévitch  la mort ou l'expérience de l'impensable.

Extrait lu par Raphaël Enthoven :

« Dès qu’un homme est né il est assez vieux pour mourir. La mort dit Jankélévitch, c’est la maladie des malades, et des bien-portants. Quand on n’est pas malade on est encore quelqu’un qui peut, et doit mourir. Mais si une chose est de savoir : je suis comme tout le monde un mort en sursis, toute autre est d’en prendre conscience. Pas un seul, des quelques cent milliards d’humains qui ont traversé l’existence, n’a échappé à une loi qui pourtant demeure à jamais une expérience inédite, surprenante, singulière. Certes, tout le monde doit mourir mais moi, moi je ne suis pas tout le monde, l’individu que je suis n’est pas soluble, dans cette arithmétique abstraite. En vérité, moi qui vis, je suis de part en part compris par la mort mais je ne la comprends pas. La mort est un secret de polichinelle qui nous surprend sans être surprenant. D’ailleurs, devant un cercueil, les hommes se conduisent souvent comme si le mort n’avait pas eu de chance, comme si ce qui lui arrive était un malheur, nullement applicable à eux-mêmes. Bref, la mort a beau être l’affaire de tous, c’est d’abord le problème de chacun. Et ce n’est pas parce que tous les hommes en général sont mortels que je ne le suis pas moi-même. Ce n’est pas parce que je sais dans l’absolu que je vais mourir, que je suis dispensé ici et maintenant de le croire, de le comprendre et enfin de le vivre. La mortalité impersonnelle du genre humain est un pagne, un paravent paradoxal derrière lequel se cache la mort propre, intime, de chaque individu. Tout le monde est le premier à mourir rappelle Ionesco. Autrement dit ce qu’on sait déjà, on le découvre toujours, mais à l’heure d’y passer, ce qu’on connaissait du bout de la pensée voici qu’on le comprend avec l’âme toute entière. Comme l’amour, la mort est toujours jeune. Mais l’amour est ineffable et la mort est indicible. On ne peut pas parler de la mort mais on peut parler autour d’elle. »


samedi 8 mars 2014

Le bonheur est dans l'ignorance

Journal.
Vendredi 28 février 2014.

La tempête Andrea balaie les rues ne laissant pas le moindre mégot de cigarette entre les pavés. Le centre ville était une fois de plus déserté; j'y étais, j'aime prendre des risques. Un temps pourri à ne pas pouvoir ouvrir un parapluie. C'était bizarre de voir des vitrines déjà printanières dans les boutiques de mode. 

J'entrais dans un magasin de chaussures. J'essayais une paire de derbies collection printemps-été. Hé oui, il faut chasser l'hiver, le vent démoniaque, les pluies diluviennes, les vagues scélérates. J'hésitais, comme toujours, à faire l'achat du premier coup, sans me dire : je vais réfléchir. Elles m'allaient bien, étaient très souples, impeccables pour faire mes allers-retours en ville à pied, plus élégantes que les Converse que je porte en été et qui attirent les regards désapprobateurs des bourgeoises de mon âge mais je m'en fiche, Micheline Presle en porte aussi avec élégance!
La vendeuse - sans doute la patronne - était sympathique, me laissait réfléchir sans insister avec des compliments, des conseils qui m'auraient agacée et fait fuir rapidement. OK, je les prends, au printemps il n'y aura plus ma pointure. "Allons-y Allons-o" comme dirait mon chouchou!
Puis, étant la seule cliente, nous échangeons quelques mots dans le genre : conversation féminine et, plus précisément sur les outrages de l'âge. Je la trouvais avenante, la belle soixantaine, si si vraiment, grande, un beau visage avec quelques uniques rides au coin des yeux qui rendaient son regard joyeux, lumineux; le reste était charnu, généreux, tout ce que je n'avais pas (mais que j'étais? Mmm!). Elle portait une robe Mondrian, celle que Yves Saint Laurent a créée, en hommage à l'artiste. Était-ce une copie ou portait-elle la marque du couturier? Les couleurs étaient moins vives. Qu'importe elle la portait avec élégance et un gilet décontracté par dessus. En insérant ma carte bancaire dans le boîtier je ne pus m'empêcher de lui dire :
- Votre robe Mondrian vous va très bien.
- Mandrian c'est quoi cette marque? me répond-elle avec un sourire...
(Ouille) et elle poursuit :
- ... c'est une Saint-Laurent.
(C'est sûr, c'est la patronne)
- Mais oui, Yves Saint Laurent s'est inspiré de Mondrian pour dessiner cette robe lui dis-je. On la voit d'ailleurs dans le film YSL.
- Ah bon? Je ne l'ai pas encore vu me dit-elle. Vous dites Mandrian? Comment l'écrivez-vous?
(J'étais stupéfaite)
- Mondrian pas mandrian M O N D R I A N. C'est un grand artiste-peintre connu du grand public (je l'espérais) pour ses lignes géométriques et ses carrés colorés, comme votre robe.
(Je n'allais pas lui faire un cours). Une cliente rentrait dans le magasin.
- Merci, à bientôt me dit-elle.
...



La fameuse robe Mondrian, présentée lors du défilé automne-hiver 1965-1966 
 et reportée lors du défilé d'adieu du créateur en 2002.

Un clin d'oeil ici à Piet Mondrian (Jessica craig-Martin)



via le site Artsy 

En sortant du magasin j'étais époustouflée par cette histoire de robe, et rapidement décoiffée... par une bourrasque de vent, ce qui ne changeait guère de mon ordinaire... Je me suis posée une question hautement philosophique : la connaissance peut-elle être un obstacle au bonheur ou permet-elle d'y accéder? Cette femme avait l'air heureuse: elle restait dans le futile sans essayer de l'approfondir. Mais peut-être, de nous deux, était-elle la plus profonde, selon la philosophie de Raphaël Enthoven à propos de Lady Gaga :

" C'est un "apparaître" Lady Gaga, un "pur à part ÊTRE". Elle n'a pas de moi profond Lady Gaga, c'est une apparence qui se donne comme telle, c'est un personnage "rossetien". On ne se demande pas quel est son prénom, sa vie, ses amants, on s'en fout, on se contente de ses coiffures de ses robes. Lady Gaga c'est un produit qui plaide coupable. A cet égard, je la trouve - si j'ose dire - plus profonde que toutes ces stars qui, de Marylin à Madonna, revendiquent, elles, le moi profond."  CQFD!

A réécouter, avec jubilation, l'émission Le Gai savoir : analyse du Loin de moi de Clément Rosset : "Moins on se connaît mieux on se porte". 




lundi 17 février 2014

Beg-Meil et Balbec : ces deux noms sonnent persans, comme un voyage en Orient (cf. Marcel proust)

 Les affiches de Chemins de Fer m'enchantent et me font rêver.


Affiche publicitaire vantant Beg Meil (1896)

Après des jours de pluie, de vent, de tempête, la clémence du ciel ce dimanche matin invitait à la promenade. Je me décidais pour le pays fouesnantais et Beg Meil où je n'étais pas allée depuis des lustres; j'en gardais le souvenir d'une station balnéaire assez chic. Ce n'était sans doute pas la meilleure saison pour y retourner mais l'air de la mer et la lumière me feraient du bien après ces jours sombres. Un petit coup d’œil sur mon écran avant de partir : qu'en dit-on sur la Toile?

"L'écrivain Marcel Proust y séjourna en 1895 et s'en inspira partiellement pour créer Balbec, la célèbre station balnéaire de la Recherche du temps perdu. Yves Guédon écrit en 1910 :

« De notre séjour au Grand Hôtel de Beg Meil nous avions rapporté le plus délicieux souvenir. Toute une colonie d'artistes illustres, à commencer par Sarah Bernhardt, François Coppée, Huguenet, l'homme volant qu'on appelle Latham, le poète Théodore Botrel, nos hommes d'état Briand et Viviani, d'autres encore, nous y avaient précédé. La plage de Beg Meil n'est pas étendue, mais elle est délicieusement assise, presque dissimulée, dans la Baie de Concarneau, abritée de tous les côtés par de grands arbres qui rendent les routes fraîches, à l'abri de la poussière. Après le bain, on peut s'y promener à l'aise et les amateurs de sport que l'été ne désarme pas, trouvent au Grand Hôtel, qui est un modèle du genre, le moyen de s'exercer au tennis, au football ; les enfants ont le trapèze et les pratiquants du canotage peuvent se livrer à leur exercice favori, sans crainte du vent et de la grosse mer. Reste encore la pêche, qui est fructueuse et sans danger.»"

"Proust rédige ici les premières pages de Jean Santeuil. On retrouve dans ce roman inachevé des description de Beg-Meil et des environs." (Source)

L'entrée dans la station est très cossue avec une allée centrale de palmiers majestueux, un seul remplirait ma terrasse! Je me dirige vers le centre : quelques restaurants, bars, crêperies sont ouverts, sans doute grâce aux vacances scolaires des parisiens. Je vais directement vers les plages et la pointe rocheuse. Le parking est plein, et quelques immatriculations annoncent des touristes. Ça souffle encore pas mal. Dans le sentier côtier on longe une forêt de pins dont quelques-uns fraîchement déracinés, probablement par la tempête Ulla. La plus terrible fut celle de 1987 (un ouragan) qui dévasta les dunes et aucuns des pins maritimes n'y résista.








De belles images plus ensoleillées, de Beg Meil ici.

De retour au parking, je repris ma balade sur le sentier côtier dans l'autre sens. Je m'arrêtai devant cette propriété dans un parc immense avec vue sur la grande plage. Le portail était ouvert, une fugitive pensée me traversa : certains "naissent avec une cuillère en argent dans la bouche"!





Ma promenade se termina sur ces gambettes colorées...


... j'aurais pu dire alors, comme R. Enthoven parlant de Socrate et de Théétète : "il n'est pas beau, ça arrive à des tas de gens très bien Paola."

J'avais envie d'aller prendre un thé pour me réchauffer, ça caillait tout de même, mais les cafés ouverts étaient dans le bourg. Je repris ma voiture et fis une halte à Sainte-marine où il est toujours agréable de siroter sur le port, la vue est admirable par n'importe quel temps! J'optai pour la crêperie, le Café de la Cale était fermé. Je testai la crêpe toute simple au beurre Bordier à la vanille de Madagascar, avec une bolée de cidre; tant pis pour le thé. Je m'attendais à un beurre fondu dans la crêpe. Que nenni, morceau de beurre dur comme du béton impossible à étaler sur la crêpe, je me demandai si ce morceau de beurre se mangeait tel quel (0_0), j'en coupai un morceau, le goûtai, du gras dans la bouche, même au-goût-de-vanille-de-Madagascar, écœurant :



Je mangeai ma crêpe en écartant le beurre-beurk! Pas du tout apprécié.



En allant régler l'addition, elle me demanda si j'avais aimé le beurre Bordier, je ne lui mens pas et je lui dis : pas du tout, il y en avait trop et je pensais qu'il serait fondu. Elle me répond : il nous est fourni dans cette dose individuelle. 
Pfff! Ce n'est pas une raison pour le servir dur et impossible à faire fondre. Manger du beurre à la petite cuillère (en argent ou pas) non merci. Ah mais! Cela dit, le beurre Bordier est très bon, nature, sur du pain, avec les fruits de mer mais l'excellence restera pour moi l'Echiré.

Au retour de ma balade, en reprenant la route j'écoutais la fin de l'émission Le Gai savoir et je riais encore en entendant cette autre phrase de Raphaël Enthoven, sur un ton désespéré :
"Le métier de professeur est très difficile Paola, car rares sont les bons élèves."
Émission passionnante que j'ai écoutée ce matin n'ayant entendu que des bribes hier : Socrate par lui-même.

mercredi 18 décembre 2013

Jubilation du lecteur qui sent palpiter en lui le texte de l'auteur

Débranchez tout, accordez-vous cette petite heure d'un plaisir (pas) solitaire en écoutant le Gai savoir en compagnie de Maria Rainer Rilke.

Pour conclure l'émission, ces belles réflexions de Raphaël Enthoven :

"Rilke compare le fait de créer au fait de comprendre : le jugement de goût, comme le jugement de l’artiste ; c’est en somme, la même chose. L’espèce de jubilation que ressent le poète quand il donne le jour à quelques vers est en tout point comparable et de même nature que la jubilation ressentie par un lecteur qui, n’écrit pas ce qu’il est en train de lire, mais qui sent se dérouler en lui, qui sent vivre en lui, palpiter en lui la logique ou l’illogique du poète dont il est en train de lire le texte. Et au fond, c’est là voyez-vous qu’il ne s’agit pas d’un plaisir solitaire ; c’est là que se forme la seule communauté possible, c’est-à-dire la communauté des gens, qui savent éprouver la même chose ; de ceux qui savent à la lecture éprouver la même chose que ce que le poète a éprouvé dans l’écriture*. Et c’est enfin, c’est vraiment la raison pour laquelle il faut passer par les Lettres à un jeune poète pour en venir à la poésie de Rilke et découvrir les merveilles ineffables, indicibles, qu’il a pourtant couchées sur le papier." 
* (N'est-ce pas aussi ce que voulait dire Charles Juliet?).

Et pour les paresseux qui n'auront pas le courage (car le temps on le trouve toujours) d'écouter le Gai savoir, quelques séquences qui m'ont fait éprouver la même chose que ce que le poète a éprouvé dans l’écriture :

De l'impuissance du langage et de l'éloge de l'indicible :

"Ici m'entoure un immense pays sur lequel passent les vents venus des mers.
Ici je sens qu'à ces questions et à ces sentiments, qui ont dans leur profondeur une vie propre, personne nulle part ne saurait apporter de réponse. Car, même les meilleurs se fourvoient dans les mots lorsqu'ils ont à faire entendre du très subtil, du presque indicible."

Du vertige du silence et de la solitude :

"Nous sommes solitaires. On peut s'illusionner et faire comme s'il n'était pas ainsi, c'est tout. Mais, il vaut bien mieux comprendre que nous sommes seuls; il vaut mieux tout simplement partir de là. Alors il arrivera assurément que nous ayons le vertige, car tous les points sur lesquels notre oeil avait l'habitude de se reposer nous seront soustraits; il n'y a rien de plus proche, et tout lointain est infiniment loin. Qui serait transporté sans presque aucune préparation ni transition de sa chambre sur la cime d'une haute montagne devrait ressentir quelque chose de semblable. Dans une incertitude sans pareil, à la merci de ce qui n'a pas de nom, il serait quasi anéanti, il aurait l'impression de tomber ou bien, se croirait expulsé dans l'espace ou brisé, dispersé en mille morceaux. Quel énorme mensonge son cerveau ne devrait-il pas inventer pour rejoindre ses sens dans cet état et pour l'éclaircir. C'est ainsi que changent pour qui devient solitaire toutes les distances, toutes les mesures. Beaucoup de ces changements s'accomplissent subitement et, comme comme chez cet homme au sommet de la montagne il se forme des imaginations inhabituelles, des sensations bizarres qui semblent croître au-delà de tout supportable. Mais, il est nécessaire que cela aussi nous le vivions."

Rainer Maria Rilke.

Un solitude sans nom : c'est la condition du poète, mais aussi de tout humain.

(N'ayant pas les textes sous les yeux, la ponctuation est de mon fait).


dimanche 20 octobre 2013

Quoi de mieux pour un dimanche!

Dimanche 20 octobre.

Dur réveil après nuit agitée (orage, tonnerre, éclairs, douleurs insupportables...).
Programme prévu : nettoyer vitres. Prendre antalgique.
Pluie et vent. Grosse fatigue.
Midi : je regarde les baies fouettées par la pluie. Satisfaction de flemmarde : chouette je ne vais pas pouvoir les faire. Puis : et si je faisais l'intérieur, ce serait ça de moins? Corvée d'automne. Je m'y mets, j'écoute les Papous. 14 heures j'ai fini l'intérieur des deux portes-fenêtres et d'une fenêtre. Je fais une pause et grignote : tartine grillée/saumon fumé d'Irlande (le meilleur, à mon goût), un demi verre de Gewurzt (avec modération); un yaourt, un kiwi. Café avec carré de chocolat.
14 h 30. Pluie terminée et soleil depuis une demi-heure. Terrasse sèche. Je peux faire les vitres à l'extérieur. J'en ai marre mais je me lance. J'écoute Secret Professionnel en astiquant mes vitres, juchée sur mon escabeau! Sujet du jour : l'onanisme!

 
 Hi!

Effets de la masturbation sur un jeune homme de 16 ans 
comparés à un jeune homme chaste de 21 ans, 
gravure américaine de 1875 © D.R.

Le thème de France Culture ce week-end est Mauvais Genre.
 
"Aujourd'hui, 1er volet du secret professionnel de la masturbation : d'Onan à Jean-Jacques Rousseau."

Je n'ai plus de force dans les bras, je tire sur ma raclette à deux mains. J'avoue avoir écouté l'émission d'une oreille distraite, je n'entendais pas très bien. N'allez pas croire... Non mais! C'étaient les mouettes qui faisaient un raffut du tonnerre. 15 heures j'éteins la radio.
Sur ma lancée, je fais la fenêtre de ma chambre. Pas envie de ressortir tout ce matériel demain. Pourtant il me restera encore une fenêtre à faire... 
15 h 30. Stop. Vitres propres, pas trop de marques, je me vois dedans, j'ai l'air d'une vieille folle, cheveux dans tous les sens avec le vent. Je remballe le tout. Mal au dos, à la hanche, aux poignets, à l'épaule, ô vieillesse ennemie. Bien fait! Je n'ai qu'à prendre une femme de ménage. Je vais le payer cette nuit.
Repos mérité, de mon canapé je regarde mes vitres, j'aperçois des traces, soleil pervers. Je m'en fiche! je ferme les yeux un petit quart d'heure.
16 heures : Le Gai savoir . Enfin je me détends en écoutant des poèmes de Baudelaire dits par Georges Claisse et les analyses de R. Enthoven. Une heure exquise. En  fin d'émission R. Enthoven résume parfaitement mon dimanche :

"On est au théâtre du Rond-point qui accueille France Culture dans le cadre de ce week-end Mauvais Genre, où l’on vous parle de paresse, de saphisme, d’alcool, d’envie, d’onanisme et de nudité, quoi de mieux pour un dimanche !"

LA FIN DE LA JOURNEE

Sous une lumière blafarde
Court, danse et se tord sans raison
La Vie, impudente et criarde.
Aussi, sitôt qu'à l'horizon

La nuit voluptueuse monte,
Apaisant tout, même la faim,
Effaçant tout, même la honte,
Le Poète se dit : "Enfin!

Mon esprit, comme mes vertèbres,
Invoque ardemment le repos;
Le coeur plein de songes funèbres,

Je vais me coucher sur le dos
Et me rouler dans vos rideaux,
O rafraîchissantes ténèbres!"

Baudelaire, Les Fleurs du Mal, La Mort.

lundi 23 septembre 2013

"Je me révolte, donc nous sommes." *

 
En écoutant hier Raphaël Enthoven dans son émission Le Gai savoir, cette phrase* de Albert Camus dans L'Homme révolté, m'a interpellée. Passer du je singulier au nous collectif. J'ai dû interrompre l'écoute de l'émission... pour observer un vol inouï de mouettes rieuses très bruyantes. (Je farnientais sur ma terrasse, oui c'est l'été indien). 
Ce matin j'ai donc cherché l'explication de cette étrangeté que même les "apprentis" philosophes doivent connaître (sauf moi) :

La révolte [3]

Voici le premier progrès que l'esprit de révolte fait faire à une réflexion d'abord pénétrée de l'absurdité et de l'apparente stérilité du monde. Dans l'expérience absurde, la souffrance est individuelle. À partir d'un mouvement de révolte, elle a conscience d'être collective, elle est l'aventure de tous. Le premier progrès d'un esprit saisi d'étrangeté est donc de reconnaître qu'il partage cette étrangeté avec tous les hommes et que la réalité humaine, dans sa totalité, souffre de cette distance par rapport à soi et au monde. Le mal qui éprouvait un seul homme devient peste collective. Dans l'épreuve quotidienne qui est la nôtre, la révolte joue le même rôle que le cogito dans l'ordre de la pensée : elle est la première évidence. Mais cette évidence tire l'individu de sa solitude. Elle est un lieu commun qui fonde sur tous les hommes la première valeur. Je me révolte, donc nous sommes.
(Source : Philo5
"Après avoir lu – et relu – votre Homme révolté j’ai cherché qui et quelle oeuvre de cet ordre – le plus essentiel – avait pouvoir d’approcher de vous et d’elle en ce temps ? Personne et aucune oeuvre. C’est avec un enthousiasme réfléchi que je vous dis cela. Ce n’est certes pas dans le carré blanc d’une lettre que le volume, les lignes et l’extraordinaire profonde surface de votre livre peuvent être résumés et proposés à autrui. D’abord j’ai admiré à quelle hauteur familière (qui ne vous met pas hors d’atteinte, et en vous faisant solidaire, vous expose à tous les coups) vous vous êtes placé pour dévider votre fil de foudre et de bon sens. Quel généreux courage ! quelle puissante et irréfutable intelligence tout au long ! (Ah ! cher Albert, cette lecture m’a rajeuni, rafraîchi, raffermi, étendu. Merci.) Votre livre marque l’entrée dans le combat, dans le grand combat intérieur et externe aussi des vrais, des seuls arguments – actions valables pour le bienfait de l’homme, de sa conservation en risque et en mouvement. Vous n’êtes jamais naïf, vous pesez avec un scrupule. Cette montagne que vous élevez, édifiez tout à coup, refuge et arsenal à la fois,support et tremplin d’action et de pensée, nous serons nombreux, croyez-le, sans possessif exagéré, à en faire notre montagne. Nous ne dirons plus « Il faut bien vivre puisque... » mais « cela vaut la peine de vivre parce que... » Vous avez gagné la bataille principale, celle que les guerriers ne gagnent jamais. Comme c’est magnifique de s’enfoncer dans la vérité. 
Je vous embrasse." 
(René Char)

(Lettre empruntée ici)

jeudi 11 juillet 2013

Chaque je est une outrecuidance (Robert Walser)

Résumons ce pauvre Journal qui se délite au fil du temps... et qui va finir par sentir le merlan pourri.
... J'achète tout de suite du poisson comme celui-là.

Moi donc, Je, devais partir le 1er juin à Evian. Contretemps - le mot est faible - escapade annulée et qui - je le pense - ne sera jamais reportée. Vertiges...
Nouvelle option, dernière semaine de juin, cette fois satisfaite mais sans grande satisfaction, à Saint-Palais-sur-Mer.
Un retour sans nostalgie, bien au contraire, au sweet home en écoutant sur la route une de mes émissions favorites du dimanche : Le Gai savoir il était question de philosophie bien sûr et, en cet instant,  de la différence (et de la similitude) entre le « bonheur et la joie ». Ça tombait bien et c’était jouissif. Et là je me suis dit qu’être seule chez moi était bien plus supportable qu’être seule parmi les autres. Je sentais que j'allais retrouver mon rythme, mon quotidien, mes lectures, mes émissions, ma lenteur, que c'était là ma vie et que j'étais bien mieux dans ce quotidien qu'à arpenter des trottoirs à touristes, en essayant de les éviter et en y parvenant, malgré tout.

Début juillet : mes vertiges semblent n'être plus qu'un mauvais souvenir, attendons les prochains tests pour savoir ce qu'il en est exactement.
J'ai terminé mes lectures en cours de Christian Oster : Sur la dune et Trois hommes seuls, éditions de Minuit. Je ne saurai dire à quel point  je me sens proche de ses "vagabondages" romanesques.
Repris le golf, tout doucement, à l'heure où le parcours est désert.

L'été tant attendu est donc là. Je reste à l'ombre, merci le carcinome. Pfff!

Hier matin, médiathèque. Après avoir entendu Linda Lê, passionnante - une inconnue pour moi - dans l'émission de Laure Adler Hors-Champs, j'ai eu très envie de lire Lame de fond.  Il était emprunté et je l'ai réservé. En attendant j'ai trouvé du même auteur deux essais : Le complexe de Caliban et Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau (un titre qui m'enthousiasme! et qui semble inspiré par Baudelaire), aux éditions Christian Bourgois,

"En entremêlant des confidences sur la lecture et des extraits de livres – ceux de Stevenson, d’Hugo, de Walser, de Salinger, pour ne citer qu’eux -, Linda Lê invite à une exploration de ces étranges contrées où l’on s’avance à la rencontre des fantômes, des doubles, pour tirer de ces flâneries sur les rives de l’imaginaire matière à rêverie et à méditation. Livres de chevet, livres dans lesquels on cherche sa raison d’être, livres qui posent l’énigme de la présence au monde : par leur truchement, la lectrice tente de dire l’importance vitale que revêt la littérature et la foi en la possibilité de trouver un texte qui sèmerait le doute et laisserait l’esprit intranquille."
Source France Culture, Le complexe de Caliban.

"Lire c’est être lu par ce que nous lisons. La lecture est le temps dérobé à la mort. Le livre peut être le compagnon le plus secret, celui qui a des pouvoirs démiurgiques. Des lectures d’enfance aux œuvres qui ont fait de l’auteur de cet essai celle qu’elle est, Le Complexe de Caliban retrace un parcours où le Je me souviens nostalgique est une manière d’être au monde. Interrogation sur la langue, sur l’identité et sur la place qu’occupe aujourd’hui la littérature, ce livre est aussi un hommage, des exercices d’admiration dédiés aux chers disparus." 
4e de couverture, Le complexe de Caliban.

Je suis impatiente de les lire.

« Écrire, c'est aussi reconnaître sa dette d'amour envers ceux que René Char appelle les alliés substantiels, c'est lire des épitaphes cryptées, aborder des îlots de solitude, déserter l'ici et maintenant en glissant sur des luges de nuit pour gagner les frontières de l'invisible avec comme guides des émissaires de l'autre côté. Ces pages, roman d'une lectrice, sont des hommages aux maquisards qui ont fait oeuvre délictueuse, s'assignant le but de renverser les normes, de lancer des brûlots au flanc de l'académisme, d'exorciser les peurs et de proposer au lecteur un voyage où il se débarrassera de sa pusillanimité, de ses préjugés, et se laissera emporter par une bourrasque vers des territoires inconnus. »
4e de couverture, Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau .

Hier soir, la chaleur étouffante de mon appartement m'a fait prendre le large et dîner sur la côte. C'était délicieux de sentir le vent, chaud et pourtant rafraîchissant. Près de ma table, une vieille dame, disons plus âgée que moi, mmm! assez classe, s'est installée seule, avec son caniche. Lorsque le serveur est venu prendre sa commande elle lui a dit qu'elle attendrait son invité pour passer la commande. Quelques minutes plus tard, l'invité est arrivé, un jeune homme très bronzé, cheveux longs remplis de sel, l'allure sportive. J'ai cru comprendre qu'elle était la grand-mère de ce jeune garçon. Elle lui a demandé des nouvelles de la famille, de ses études, lui a montré des photos puis elle lui a parlé des spectacles qu'elle avait vus et, notamment d'opéra. Puis il a pris la parole à son tour. Ce n'était pas une conversation banale... A ce moment-là, une pensée - très fugace - me fit regretter de ne pas être grand-mère...



Aujourd'hui, cet après-midi, pendant qu'un courageux (que je payais tout de même) nettoyait ma terrasse sous un soleil de plomb, je commençais la lecture de Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau, première page, premier paragraphe, en exergue à l'ouvrage :

"Michel Leiris, dans Biffures, parle de l'indéniable plaisir qu'il avait à posséder des livres, satisfaction à laquelle s'ajoutait toujours une part de gêne devant les choses non lues qui tapissaient ses cloisons. Les laissés-pour-compte de nos bibliothèques gémissent, les livres de chevet sont des raretés encore à décrypter. N'empêche, nous continuons à écumer les librairies, passons le plus de temps possible à nous pénétrer des aperçus d'autrui, espérant beaucoup de ceux que René Char appelle les alliés substantiels, et tenant pour assuré que l'art est ce qu'il y a de plus réel, dès lors que nous mettons entre parenthèses notre non-croyance pour entrer de plain-pied dans un monde qui s'impose avec force. Ce sont ces alliés substantiels, dont l'absence ferait souffrir, qui viennent ici toquer à la vitre de l'homo lisens afin de l'accompagner le long d'un chemin hérissé d'obstacles, s'il sait, dirait Baudelaire, plonger au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau."

Puis commence le premier chapitre :

"Chaque je est une outrecuidance 

J'étais à Zurich pour une soirée de lecture. J'errais dans la vieille ville en me remémorant ce texte de Robert Walser où un organisateur de conférences conseille au poète invité d'apprendre d'abord l'allemand avant de se mêler de faire des vers. Dans quelques heures, pensais-je, on allait m'enjoindre, moi aussi, d'étudier le français avant de me poser en scribouilleuse. J'en étais là de mes ruminations quand mes pas me menèrent à une rue si petite qu'elle ressemblait à un couloir d'immeuble. Je levai les yeux vers la plaque : c'était la rue Robert-Walser. Elle correspondait à l'idée qu'on se fait du pensionnaire d'Herisau. Humble, dissimulée, elle semblait suggérer au curieux de ne lui prêter aucune attention. [...] Lui-même ne se serait jamais réjoui qu'une rue portât son nom - la notoriété n'aurait été qu'un désagrément pour ce taiseux peu liant, qui aurait pu dire, comme le photographe Saul Leiter, qu'être ignoré est un grand privilège."

Je crois avoir fait un bon choix!

"Dans une langue très recherchée, aussi ­cérébrale qu'enivrante, Linda Lê parvient à restituer le plaisir physique que procure toute incursion livresque. La lire offre une exaltation aussi joyeuse que celle qu'elle décrit. Elle excelle à saisir ce basculement intime, cet instant de métamorphose que connaît tout lecteur assidu. L'exact contraire d'un mouvement de fuite : juste l'acceptation de soi."
Marine Landrot, Télérama.

Allez, vite au lit pour lire la suite...



samedi 15 juin 2013

Dialogues de sourds

Hier soir, tard, échange de textos :

Elle - Je ne suis pas déprimée, parce que je ne pleure pas! C'est juste que j'en ai marre de tous mes maux. Et toi, tu pleures?

Moi - Oui, je pleure, mais je ne suis pas déprimée. Je pleure sur ma vie, pas sur mes maux. Toi, tu ne pleures pas facilement, moi si. On dit que ça soulage. Je ne sais pas.

Je n'allais pas lui dire la vérité. J'ai envie de la protéger, ma petite soeur. En ce moment, je n'ai plus d'énergie, je n'allume plus mon ordinateur, sauf là, j'écris, pour dire que j'ai écouté deux émissions sur France Culture, qui valent vraiment le coup d'être réécoutées :

- L'homophobie : Généalogie d'une haine, sujet de l'émission Le Gai savoir de Raphaël Enthoven.

"De tous les racismes, l’homophobie est avec la misogynie celui qui s’exprime le plus volontiers, car il s’abrite derrière des considérations érudites. Les délires de Gobineau sur l’inégalité des races n’ont pas résisté à l’arrivée du XX siècle et le constat qu’il n’y a pas de race, mais les considérations oiseuses sur l’homosexualité comme un vice sont plus difficiles à abattre, à quoi tient cette résistance de la connerie ?
Il faut prendre au sérieux les arguments des homophobes. Il faut entendre et écouter les sophismes d’une haine qui se donne tantôt la science, tantôt le bon sens, pour alibi. Il faut plonger dans le marais de ces discours pestilentiels et parfumés pour en extraire la substantifique boue. Car combattre les choses n’est pas les comprendre, mais comprendre les choses, c’est les combattre. "

et, celle-ci :

- Penser la fin de vie, sujet du jour de Répliques, l'émission de Alain Finkielkraut qui a posé des questions essentielles. 

J'ai cependant toujours le même sentiment, bien qu'on nous fasse croire le contraire, que le sujet n'avance pas. On en revient à cette Loi Léonetti, insuffisante.. et le rapport Sicard où est-il?

Ah oui! Cette émission aussi, écoutée jeudi, toujours sur France Culture (que serais-je sans toi...) dans les NCC sur les éventuels sujets du Bac Philo :

J'ai pris plein de notes mais je n'ai pas la force (en ce moment) de les retranscrire).
"Quand je me regarde dans la glace je ne vois que la moitié de l'humanité. Il me manque l'homme ou la femme..." ou disons, l'autre moitié. "Bien qu'unique nous ne faisons pas un."
"C'est parce que nous savons qu'il nous manque quelque chose, que nous désirons. La solitude est le moteur du désir."
"Il faut parvenir à penser la solitude sans l'esquiver."
Solitude voulue, solitude subie etc.

Vraiment, à réécouter, seul, pour se sentir moins seul car "la solitude prend toute sa puissance quand on est entouré".

Je ne relis pas ce que je viens d'écrire... la tête me tourne.