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dimanche 16 octobre 2016

Je ne me souviens de rien du tout

Livre terminé dans la soirée, hier.
Le narrateur s'adresse à son ami d'enfance, vingt ans plus tard. Extraits :

"Et exactement comme les tiens, lui dis-je, mes parents m'ont toujours traité d'hypocondriaque au sujet de ma maladie, de charlatan au sujet de mes exercices de lecture, puis, plus tard, de mes premières tentatives pour écrire, tu te souviens? Tant de choses m'apparaissent clairement désormais, qui avaient complètement disparu de ma mémoire pendant des décennies. Surtout ces choses terribles, effroyables, qu'on n'ose plus évoquer parce que ceux qui les ont causées sont morts depuis longtemps. Mais tout à coup, j'ose dire ces choses terribles et effroyables, c'est même assez facile. Et d'ailleurs, elles sont encore bien plus terribles et effroyables que ça. Ce n'était que lorsque nous revenions de haute montagne que m'attendait la véritable punition pour mon comportement en haute montagne. Pareil pour toi, lui dis-je. Je m'en souviens exactement. Ils me reprochaient alors mon comportement abject en Suisse, dans l'Engadine, ou sur l'Ortler, dans le Tyrol italien, ils faisaient le décompte complet de tous mes manquements et élaboraient des châtiments sophistiqués. Je n'avais pas regardé suffisamment loin et suffisamment longtemps les beaux paysages qui s'offraient à moi, me reprochaient-ils, je m'étais opposé à leurs injonctions, en dormant le jour et non la nuit comme il se doit, disait souvent mon père. [...] Alors ils restreignaient mes repas et supprimaient délibérément mes plats préférés des menus quotidiens. Et tu as subi exactement la même chose lorsque tu revenais de haute montagne avec tes parents, lui dis-je. Mon père étalait ses dessins et ses aquarelles partout dans sa chambre, et je devais dire au sujet de chacune de ces aquarelles et de chacun de ces dessins ce qu'ils représentaient et qu'ils étaient les meilleurs. Quand je me trompais, quand j'étais incapable, en dépit de tous mes efforts, de me rappeler quel était le motif naturel correspondant à telle ou telle œuvre, il se fâchait. [...] Lorsque mon père ratait un dessin, il rejetait la faute sur moi, il prétendait que je lui avais caché la lumière, ou que j'avais, comme il disait, ruiné son inspiration en lui adressant la parole. D'ailleurs j'étais nul autre, disait-il, que celui qui avait ruiné l'ensemble de sa carrière d'artiste. Au fond, tout fils ne vit que pour ruiner l'artiste qu'est son père, m'a-t-il dit un jour, tu te souviens? [...]
[...]
[...]
[...]
Ta mère a certainement tricoté autant de bonnets et de chaussettes que la mienne, mais tu n'as pas encore eu le courage de les chercher, ces bonnets et ces chaussettes vert pomme, pourtant il te suffirait sûrement d'ouvrir l'un ou l'autre tiroir de ta maison, tu en trouverais des centaines. [...] Tu te souviens pourtant, qu'elles ont sans cesse tricoté ces bonnets et ces chaussettes, dis-moi que t'en tu souviens? [...] Je n'ai jamais vu ta mère faire autre chose que tricoter ces bonnets et ces chaussettes vert pomme, tu te souviens, lui dis-je. Il répondit alors qu'il ne se souvenait pas. Il avait pris le train de six heures et avait raté sa correspondance, ici à Schwarzach-Sankt Veit. Il était trempé, me dit-il, je l'examinai attentivement et m'aperçus qu'il était effectivement trempé. Nous ne nous sommes pas vus depuis vingt ans, lui dis-je, pourtant je me souviens encore exactement de la façon dont tu prononçais le mot épreuves. Et je me souviens que je parlais toujours plus fort que toi, lui dis-je. [...] Je lui dis de se lever et de m'accompagner au buffet de la gare, où il faisait sûrement meilleur. Non, dit-il, il ne le souhaitait pas, il voulait attendre l'arrivée de son train assis sur ce banc. [...] Tu te souviens quand nous avons passé la nuit à Flims, dans les Grisons? lui dis-je. Il secoua la tête. Tu ne te souviens pas? lui demandais-je. Non, dit-il, avant de poursuivre d'une voix très calme et très faible : Je ne me souviens de rien du tout."

Pages 92 - 93 - 94 et 99 - 100 - 101.
Récit : Retrouvailles.

Thomas Bernhard, in Goethe se mheurt, Récits, éditions Gallimard 2013.

""J'ai écrit ce qu'il y a de plus grand, cela ne fait aucun doute, mais c'est aussi de cette façon que j'ai tétanisé la littérature allemande pour quelques siècles. J'aurais été, mon cher, avait dit Goethe à Riemer, le tétaniseur de la littérature allemande. Ils sont tous tombés dans le piège de mon Faust."

La férocité de Thomas Bernhard fait rage dans les quatre récits rassemblés ici en un volume, selon son souhait. Qu'il s'agisse de Goethe mourant, de la haine de l'Autriche ou de la détestation de la famille, l'humour et l'ironie du grand prosateur se révèlent toujours aussi percutants. Mais surtout, ces quatre miniatures contiennent tout l'univers de Bernhard et forment un condensé très maîtrisé des motifs qui traversent toute son œuvre."

4e de couverture

(J'en suis sortie "tétanisée", aussi laminée que "l'ami" du narrateur dans le récit Retrouvailles. Époustouflant! C'était ça ou regarder la télévision en prime time, le samedi soir, en m’assoupissant).

mardi 13 septembre 2016

Cartes postales 2

Nouvelle semaine, nouvelle vue, l'horizon s'agrandit, dans mon esprit aussi. Je fais le vide de tout ce qui m'a perturbée ces derniers mois et ce, d'autant plus facilement, que ce n'était que du vent. Aujourd'hui, c'est un vent de bord de mer qui m'enveloppe, une mer qui m'étreint; une réalité, tangible, qui  jamais ne me déçoit.

Plage du Platin 
(Pas de Danielle Darrieux à l'horizon?!)




 Le phare de Cordouan


 Pour faire des rencontres, promener un chien ou, des chiens!


 



Passons à autre chose.

Ma lecture en cours attendra mon retour pour être achevée. A la poursuivre ici, c’est moi qui pourrais être achevée. Et je ne souhaite pas que les divines couleurs de mon horizon s’assombrissent. Ce Naufragé, qui n’est autre en fait que l’auteur, le survivant, Thomas Bernhard, m’est une fois de plus si proche qu’il me donne envie de m’oublier et de m’abandonner à cette vacance molle et sans pensées où je trouve un certain repos, toutefois bêtifiant.



4e de couverture :

Première parution en 1986
Trad. de l'allemand (Autriche) par Bernard Kreiss
Collection Folio (n° 2445), Gallimard
Parution : 11-02-1993
Tout de même, je reviendrai vers cette lecture, avant mon retour, car cette plongée dans l'abîme est très tonique. Si, si!

vendredi 2 septembre 2016

"Le voyage ce n'est pas aller quelque part mais partir"

Jeudi 1er septembre.

Partir en voyage. Partir pour fuir quelque temps la réalité. Je tombe dans ce piège et déjà je m'angoisse. Peur d'une crise (vertiges) avant ou le jour du départ. Je suis fatiguée. Sortir la valise et les sacs de voyage de leur remise, monter sur l'escabeau pour les attraper. Les regarder au sol, se dire qu'il faut les remplir et déjà le tournis. Faire de la route dans cet état n'est pas le pire. Le pire c'est la préparation : ouvrir le placard, les tiroirs, la penderie. Que mettre dans la valise, quel temps va-t-il faire... Je referme les portes, les tiroirs et je m'assois. Je remets à plus tard. Je n'aurai pas dû réserver ces locations. J'étais si désespérée, il fallait que je me projette dans un ailleurs. Un ailleurs toujours le même en fait. Arrêter de ressasser. Comprendre Admettre l'incompréhensible.  Et puis... le reste qui se délite... 

Je disais que Thomas Bernhard avait écrit pour moi, mais plus fort encore : je suis Thomas Bernhard (ça c'est un clin d’œil à l'ami qui m'a écrit pour me dire que Thomas Bernhard avait aussi écrit pour lui). Non mais! 

Extrait de Béton (Rudolf, le narrateur, affaibli, prépare son voyage à Palma) :

"Ai-je bien emballé tous les médicaments? [...] Ai-je inspecté la maison [...]? Ai-je dit... Ai-je fait... [...] Je m'interrogeais et je me répondais. Mais le temps ne voulait pas passer. Je me suis levé et je suis descendu dans le vestibule et j'ai examiné mes valises, je voulais savoir si elles étaient assez solidement fermées et j'ai vérifié les serrures. Pourquoi est-ce que je m'inflige tout cela? me suis-je demandé. Je me suis assis dans la pièce du bas, côté est, et j'ai contemplé le portrait de mon oncle [...]. [...] J'avais déjà aux pieds mes chaussures de voyage, tout ce que j'avais sur moi était trop pour moi, tout était trop étroit et trop lourd pour moi. [...]
[...]
Déjà en moi-même, je me révoltais très violemment contre mon départ. Mais, en fait, je ne pouvais plus l'annuler. [...] Une paire de souliers noirs et une paire de souliers bruns me suis-je dit, et une paire pour le temps de chien. Pour marcher le long du môle, ce que j'ai toujours aimé faire. Mais marcher, il ne fallait pas y songer, naturellement. Tu vas descendre tout doucement jusqu'au môle et faire tes observations et voir jusqu'où tu vas. Les premiers jours d'un changement de climat aussi radical sont les plus dangereux, tu ne dois pas présumer de tes forces, me suis-je dit. Comme je l'ai constaté moi-même avec effroi, les gens arrivent à neuf heures du matin, passent sous la douche puis se ruent sur une partie de tennis et, à deux heures de l'après-midi, ils sont déjà au cimetière. Le Sud fait disparaître immédiatement les morts. Tout, lentement, se lever lentement, petit-déjeuner lentement, aller en ville lentement, mais mieux vaut ne pas aller en ville dès le premier jour, seulement descendre jusqu'au môle. Sur quoi j'ai respiré profondément et je me suis levé en me redressant le plus possible et puis je me suis laissé tomber dans le fauteuil, épuisé.

Pages 108 - 115 - 116.

Thomas Bernhard, in Béton, éditions Gallimard, collection L'Imaginaire, 1985. 
Dans ma valise j'ai déjà mis Le Naufragé et Goethe se mheurt du même auteur! Pas gai? Mais si mais si!

"Thomas Bernhard dit de ses pièces de théâtre : «Tout est drôle. Exactement comme dans ma prose où on ne doit jamais savoir précisément si, à tel ou tel endroit, il faut éclater de rire ou non. C’est de ce funambulisme que procède le plaisir.» Lui-même estime que, malgré l’aspect suicidaire qu’on lit dans son œuvre, il est quelqu’un de «gai»."

C'est ainsi que je perçois l'œuvre de Thomas Bernhard.

Revu lundi soir Conte d'été de Rohmer. Un délice avec toutes ces contradictions des personnages. Je crois avoir écrit un jour ici* (ou alors à un ami?) que je ne pourrais jamais aimer un homme qui n'aimerait pas - ou serait indifférent aux  - les films d'Eric Rohmer. C'est idiot en fait de dire cela. Mon Amour, je l'ai aimé inconditionnellement.

* Vérification : Mais oui, je l'ai dit! C'est ici.

Mes archives "rohmériennes"



lundi 15 août 2016

Tout ce qui tremble et palpite...Pouvoir encore regarder, pouvoir encore écouter




De la Borie de Provence, en pierre sèche
 au Nid d'hirondelles de Bretagne, en... fiente sèche...
ce n'est qu'une question de volume! 

 

Les dégâts ont été nettoyés il y a quelques jours. Mais pas pour longtemps. Le nid est toujours là, photographié cette fois de l'extérieur. Un nid en béton pour ces poids-plumes! Pas le courage de le détruire, il est beau, me fait penser aux Bories de Gordes en Provence. A chacun son imagination et, ses souvenirs...

Donc, ce nid dans les voliges de notre toit est une espèce de mini borie à l'envers! Bon, quand les nouvelles fientes formeront une vraie borie sur le toit, on avisera. Mmm!



Cliquer sur l'image, puis clic droit pour "afficher l'image"  et + pour agrandir

Petit rappel des dégâts




J'écrivais tout ceci il y a quelques jours...

Et vlatypa que, vendredi dernier, 12 août, je fais une découverte.
Je démarrais mon parcours de golf à 13 heures sous un ardent soleil et ne tardais pas à mettre ma casquette.




Au trou n° 3, je faisais déjà une pause sous les arbres près de la rivière "enchanteresse", (souvenir parisien), rapidement, car deux joueurs me suivaient. 



En revenant vers le green, je sentais le soleil de plomb qui me liquéfiait autant qu'il me rôtissait. Je buvais un peu d'eau. Au trou suivant, j'enlevais ma casquette trouvant qu'elle empêchait l'air de passer sur mon crâne et je m'aspergeais le visage et les cheveux avec mon brumisateur; arrivée au green, cheveux secs. Je remis la casquette. Je devais être écarlate. Il faisait trop chaud et pourtant les températures n'étaient pas encore caniculaires, j'avais le souvenir d'une insolation au golf il y a quelques années. Je décidais alors de terminer mon parcours en passant du 6 au 9 et j'allais m'abriter un peu du soleil dans les ruines pour, une nouvelle brumisation rafraîchissante. Et là, que vois-je sur le sol de plus en plus cra-cra, ça :


Évidemment, ça me rappelait quelque chose. Je levais alors la tête et découvrais ce nid-mini-borie sur la poutre. Décidément, quelle coïncidence (il faut rappeler que mon bien-aimé m'appelait Sherlock). Je posais mon brumisateur et prenais ces photos.





Je m'étais bien rafraîchie, je devais avoir la mèche rebelle, la coiffure décoiffante, le visage ensoleillé décomposé mais je m'en fichais complètement, ça allait avec le reste. Je passais comme une flèche devant la terrasse du club-house.

[...]

Dans ma voiture... flottait un air de liberté. Je me sentais à nouveau disponible pour ma bien (mal) aimée, solitude. Je revenais à mes amours, fidèles, celles qui me donnaient autant de moments de joie que de grande mélancolie et d'angoisse. Je venais de faire un grand pas.

Je décidais au retour d'aller déposer quelques vêtements et accessoires chez Emmaüs; les "déposants" étaient très nombreux, j'étais étonnée, par cette chaleur.

In my sweet home je m'installais sur la terrasse, à l'ombre of course. Je regardais le ciel d'un bleu magnifique, deux oiseaux planaient au loin : deux points minuscules  avec des ailes, dans le ciel, un noir et un blanc. Je les enviais. Mes fleurs aussi avaient pris un coup de Penn Bazh.

   
Installée sur mon banc en sirotant un thé, je pensais à mille choses, mille souvenirs, jamais mon cerveau ne s'arrête de penser et, je regardais ces galets, de loin j'y voyais une paire de fesses. Ma foi, pourquoi pas... Des fesses en forme de poires, il y en a plein les rues, on passe de la pomme à la poire. Hi! On peut aussi être une pauvre pomme et une vraie poire. (o_0)


Le long week-end du 15 août commençait, je pensais (et oui encore) à toi maman... et j'ai peur j'ai peur... de mourir comme toi.
Je passe du rire au drame! Respirez, soufflez!

Ce soir je dînais sur la terrasse en compagnie des oiseaux qui avaient l'air de danser au son du piano que j'écoutais à la radio : La Bagatelle op 126 de Beethoven.



Il était 21 heures. Soudain une corneille (ou un choucas) fit son apparition sur le bord du toit et sautilla jusqu'à l'endroit exact où se trouve le nid d'hirondelles, au-dessus de ma fenêtre. Alors là tout s'éclaircit : les deux oisillons morts tombés du nid avaient été dénichés par l'un de ces oiseaux noirs! Conclusion peut-être hâtive de Miss Holmes...



J'ai enclenché la vidéo trop tard...



La lumière était belle au soleil déclinant. 




La vie pouvait-elle encore l'être aussi?






Dimanche 14 août  : promenade en fin d'après-midi après être restée enfermée dans une pièce à 22° quand il faisait dehors dans les 30° sous abri! Je n'avais que trois pas à faire pour une balade rafraîchissante le long de la rivière. Je rasais tout de même les murs et les arbres pour avoir un semblant d'ombre. 




Ils font déjà demi tour!
C'est sûr ils vont plus vite que moi et pour avoir de l'air
c'est mieux qu'un ventilateur!


  
Mais ils font plus de bruit que celui-ci avec son canoë!



J'ai moi-même fait demi tour après une demi heure de marche, il faisait encore très chaud. J'avais mis un vieux bob sur la tête et mes lunettes de soleil, mais j'étais loin de ressembler à Meryl Streep dans Out of Africa et j'aurais bien aimé être shampouinée par Robert Redford pour me rafraîchir la tête! 

Lundi 15 août : bonne fête ma petite maman chérie
Lecture du dernier livre emprunté à la médiathèque : Béton de Thomas Bernhard. Jamais déçue par cet écrivain.  J'ai l'impression quand je le lis qu'il n'a écrit que pour moi (prétentieuse)!

.../... Samedi et dimanche, écouté Michel Onfray, toujours aussi drôle, oui oui!
A propos des  Nématodes (vers parasites), imagé par M. Onfray :
"Barboter dans une piscine ça vous tue un nématode en deux secondes (le chlore, les poils humains, les crottes de nez etc.)"
A vous dégoûter d'aller dans les piscines.
Autres citations :
"Pas de paradis pour les blaireaux. Je parle des animaux..."
"Si vous avez mal au dos, c'est que vous en avez plein le dos" (Théorie de Groddeck). Je vous dis pas si vous avez mal au rectum..." Eh oui! c'est imagé je vous le dis!
"Le mulot a du toupet!" "Vous pouvez le twitter" dit-il en riant.
"J'ai connu des arrières-trains solaires" dit-il en contrepoint d'une citation où l'on parlait d'arrières-trains lunaires. Mmm!
Tout cela sorti du contexte de sa conférence n'est pas sérieux (shame on me), mais ça l'est (sérieux). A réécouter, on ne s'ennuie pas une seconde. Un intervenant en fin d'émission sur La théorie du fumier, n'a pas démonté Onfray.
Puis il revient sur Schopenhauer, le pessimiste positif, avec Le monde comme volonté et comme représentation. M. Onfray nous rappelle qu'il influença Nietzsche qui fut un disciple de Schopenhauer :

"Nietzsche, le plus grand des disciples de Schopenhauer, célébrera toute sa vie le génie de  son éducateur qui lui a ôté des yeux « le voile de l'optimisme ». Dans ses Considérations inactuelles, il écrit au sujet de son maître : 
« Je suis, dit Nietzsche, un de ces lecteurs de Schopenhauer qui, après avoir lu la première page de lui savent avec certitude qu'ils iront jusqu'à la dernière, et qu'ils écouteront chaque parole sortie de sa bouche. Ma confiance lui a été acquise dès l'abord, et après neuf ans écoulés elle est encore la même. Pour tout dire en un mot et avec un sentiment peut-être outrecuidant, je le compris comme s'il avait écrit pour moi."
(Source)
   C'est sûr, il devait y avoir plus de monde sur les plages à "barboter" - dans des eaux moins parasitées espérons-le que dans les piscines -, qu'à l'écoute de France Culture.

Fin de ce long week-end. Chaleur étouffante, les 22° à l'intérieur sont passés à 26. A l'extérieur il fait encore 32°, pas un souffle de vent pour faire courant d'air. Mal de gorge, sans doute à cause des douches et du ventilateur. Faut faire des choix : crever de chaud ou attraper une angine... Allons prendre une énième douche de toute façon le mal est fait. Il est 23 heures...

samedi 17 janvier 2015

Appelons un chat un chat (0_0) (2)




Discours lors de la remise du prix d’État autrichien

Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs,

Il n’y a rien à célébrer, rien à condamner, rien à dénoncer, mais il y a beaucoup de choses dérisoires ; tout est dérisoire quand on songe à la mort.
On traverse l’existence, affecté, inaffecté, on entre en scène et on la quitte, tout est interchangeable, plus ou moins bien rodé au grand magasin d’accessoires qu’est l’Etat : erreur ! Ce qu’on voit : un peuple qui ne se doute de rien, un beau pays – des pères morts ou consciencieusement dénués de conscience, des gens dans la simplicité et la bassesse, la pauvreté de leurs besoins… Rien que des antécédents hautement philosophiques, et insupportables. Les époques sont insanes, le démoniaque en nous est un éternel cachot patriotique, au fond duquel la bêtise et la brutalité nous sont devenues les éléments de notre détresse quotidienne. L’État est une structure condamnée à l’échec permanent, le peuple une structure perpétuellement condamnée à l’infamie et à l’indigence d’esprit. La vie est désespérance, à laquelle s’adosse les philosophies, mais qui en fin de compte condamne tout à la folie.
Nous sommes autrichiens, nous sommes apathiques ; nous sommes la vie en tant que désintérêt généralisé pour la vie, nous sommes, dans le processus de la nature, la mégalomanie pour toute perspective d’avenir.
Nous n’avons rien à dire, si ce n’est que nous sommes pitoyables, adonnés par l’imagination à une monotonie philosophico-économico-mécanique.
Moyens à fin de déchéance, créatures d’agonie, tout s’explique à nous et nous ne comprenons rien. Nous peuplons un traumatisme, nous avons peur, car nous apercevons déjà, bien que confusément, à l’arrière-plan : les géants de l’angoisse.
Ce que nous pensons l’a déjà été pour nous, ce que nous ressentons est chaotique, ce que nous sommes reste obscur.
Nous n’avons pas à avoir honte, mais nous ne sommes rien non plus et ne méritons que le chaos.
En mon nom et au nom des personnes distinguées en même temps que moi par ce jury, je remercie très expressément tous ceux ici présents.

Thomas Bernhard, Mes prix littéraires. 

Après son regard contempteur sur la remise de ce prix, Thomas Bernhard mesure  son "Discours" mais ne laisse aucun doute sur cette rébellion qui l'habite.

Sur cet ouvrage, lire ici


jeudi 15 janvier 2015

Des "trous du cul". Appelons un chat un chat



 

Le prix d’État autrichien de littérature 

[…] c’est complètement à mon insu que mon frère, comme il me l’a avoué plus tard, était allé déposer le jour de la date de clôture des dossiers mon Gel à l’accueil du ministère des Arts et de la Culture sur le Minoritenplatz. J’étais tout sauf enthousiaste à la nouvelle d’avoir ce prix, car il avait été attribué avant moi à toute une série de jeunes gens qui l’avaient grandement dévalorisé à mes yeux.
[…]
Plusieurs journaux avaient présenté la nouvelle que je recevais le prix d’État comme s’il s’agissait du Grand Prix d’État, alors que ce n’était que le petit, qui m’humiliait. Cette pilule avait beaucoup de mal à passer, et pendant des semaines j’en restai la gorge serrée. […]
[…]  je me sentais sauvé par le fait que le petit prix d’État était aussi doté d’une somme d’argent, d’un montant de vingt-cinq mille schillings à l’époque, dont j’avais, moi qui étais alors endetté jusqu’au cou et même au-delà, un besoin urgent. […
[…] Et de fait, je l’avoue, à chaque fois que je pensais à la dotation de vingt-cinq mille schillings j’étais d’accord pour recevoir le prix, malgré tout ce qu’il impliquait d’abject et de répugnant […].
[…]
Les gens qui abordaient le sujet avec moi pensaient tous que j’avais naturellement obtenu le Grand Prix d’Etat, à chaque fois je devais affronter l’embarras de leur dire qu’il s’agissait du petit prix, celui que n’importe quel trou du cul ayant publié quelque chose avait déjà reçu. Et à chaque fois j’étais obligé d’expliciter aux gens la différence entre le petit et le Grand Prix d’État, et une fois mes explications terminées, j’avais l’impression qu’il ne comprenaient plus du tout. […] Quand les gens me demandaient qui avait déjà reçu le Grand Prix d’État, je disais à chaque fois : que des trous du cul, et quand ils me demandaient de citer ces trous du cul, je leur citais toute une série de trous du cul, qui leur étaient tous inconnus, ces trous du cul n’étaient connus que de moi. Et ce Sénat des Arts est donc exclusivement composé de trous du cul, s’enquéraient-ils, puisque tu qualifies de trous du cul tous ceux qui y siègent. Oui, répondais-je, au Sénat des arts ne siègent que des trous du cul, à savoir des trous du cul catholiques et nationaux-socialistes, flanqués de quelques Juifs-alibis. Ces séances de questions-réponses m’écœuraient. Et ces trous du cul, continuaient les gens, font tous les ans élire de nouveaux trous du cul au sein de leur assemblée en leur conférant le Grand Prix d’État. Tout à fait, répondais-je, chaque année de nouveaux trous du cul sont élus à cette assemblée, qui se nomme Sénat des Arts et qui représente un mal inexpugnable et une absurdité perverse au sein de notre État. »

Thomas Bernhard, in Mes prix littéraires, éditions Gallimard, 2010.

"Sous prétexte de parler de tous les prix littéraires qu’il a reçus, Thomas Bernhard se livre, dans ces textes inédits, à ce qu’il fait le mieux : exercer sa détestation. Jurés, organisateurs, notables allemands ou autrichiens, personne n’est épargné par l’humour vengeur d’un auteur hypersensible à la médiocrité. Irrésistiblement méchant et drôle, il excelle aussi dans l’art de la miniature. Chaque récit est un joyau, et se lit comme une courte nouvelle. Derrière une apparente désinvolture, Bernhard interroge la nature de l’industrie littéraire et la vanité des distinctions honorifiques. Tout cela dans un style acéré et ironique à la fois – du grand art. Terminé en 1980, ce petit volume, resté pour des raisons obscures inédit du vivant de l’auteur, associe neuf récits de remises de prix et les discours de réception correspondants, poétiques et violents. On comprendrait presque pourquoi un certain ministre autrichien, à l’audition d’un de ces discours assassins, s’est retenu de justesse de frapper Bernhard..."

(4e de couverture)

Thomas Bernhard n'y va pas de main morte pour exprimer son mépris et l'hypocrisie des organisateurs de prix littéraires. Un petit livre jouissif, drôle, insolent, qui n'a pas de prix.

(A suivre... son Discours...)




lundi 3 octobre 2011

Quel week-end!

Journal d’un week-end très ensoleillé.

Vendredi.

Golf pour débloquer mes cervicales : efficace !
Une journée… standard, monotone.

Samedi.

Belle promenade en ville, en touriste.


Je me suis attardée dans le Jardin de l’Evêché et du Musée départemental breton. Ce n’était pas la peine que je prenne des photos ; je découvre ce panoramique.

Le Musée départemental breton est installé dans l'ancien palais des Évêques de Cornouaille, proche de la cathédrale Saint-Corentin; le Jardin est un havre de paix.




J’aime les grilles de protection en fer forgé de l’entrée, dans ces ouvertures de style gothique,



qui abritent aussi dans l'enceinte du Jardin, des dalles funéraires.




En les observant, j’imaginais derrière ce beau grillage des femmes voilées dans leur sérail, non pas des religieuses, mais des femmes de harem.  Je suis une païenne!

Il est déjà 17 heures. Petite pause dans un café face au Théâtre Max Jacob,

Théâtre Max Jacob

Pont Firmin

avant d’aller à 18 heures à une conférence à la médiathèque, de Catherine Bensaïd, psychiatre et psychanalyste. Le sujet m’intéressait : l’amour, analyse du JE, du TU, du NOUS. Son exposé n’était pas inintéressant, l’intervenante avait un beau visage et une belle voix, mais rien de nouveau sur le sujet. J’espérais le débat plus passionnant, or tout le monde allait de son cas personnel et confondait débat public avec séance particulière chez le psy. Suis partie avant la fin… et j’avais faim !

Il était tôt pour dîner, à peine 20 heures mais pour avoir une table à l’Epée, un samedi soir sans réserver, il fallait que j’y aille de bonne heure : moules-frites, oui, encore ; quand je mange des moules, j’ai l’impression d’être en vacances, allez savoir pourquoi ! Leurs frites sont soufflées, c’est un régal ! Je me suis même offert un dessert, ce qui est rarissime et ma foi, je n’ai point regretté : une rosace de fraises et caramel au beurre salé tièdes servis avec un sorbet à la fraise ; le mélange chaud/froid était exquis. J'ai pris cette photo en deux secondes, discrètement!


Que faire quand on est seule au restaurant sinon observer les autres. Je regardais donc deux couples, attablés côte à côte mais pas ensembles. Les deux femmes devaient avoir à peu près mon âge, l'une faisait bourgeoise BCBG, accompagnée d'un vieil homme à l'air fatigué, l'autre avait une allure bohème, artiste, accompagnée d'un homme aussi décontracté qu'elle, c'étaient des anglais. La femme bourgeoise agrémentait son repas d'un verre de vin, son époux (sans doute), buvait de l'eau; ils n'étaient guère joyeux. Les "artistes", eux, se regardaient dans les yeux en souriant (même en riant) en trinquant, leur verre de bourgogne à la main. Comme je les enviais, ces deux-là.

Retour à la maison, à pied, le long de l’Odet, dans la douceur d’une soirée d’automne carrément estivale.

Lecture avec les Nocturnes de Chopin en fond sonore. J’ai commencé Le Neveu de Wittgenstein, Une amitié,  de Thomas Bernhard.

Dimanche.

Passé la matinée à penser à mon frère. Fouillé dans mes photos. Trouvé deux, belles : l’une de lui avec sa femme, l’autre de lui avec moi sur le banc de ma maison à la campagne, je venais d’y emménager, en 1995. Comme j’ai changé ; j’avais les cheveux courts et encore auburn. Les souvenirs affluaient. Je les ai commandées en tirage papier. Puis, j’ai ressorti d’un carton, deux petits cadres enveloppés dans du papier bulle depuis mon déménagement. Il me les avait offerts quand je vivais à la campagne, ils représentent deux paysages de la ville où il vi...vait. Ils étaient accrochés près de mon armoire bretonne (que j’ai vendue avant de déménager). En arrivant ici, dans mon appartement, je les ai laissé dans leur emballage dans un carton, je trouvais qu’ils n’allaient pas avec l’architecture et la décoration modernes de mon appartement. Ce matin tout cela m’est revenu à l’esprit en pensant à lui. J’étais sûre qu’il avait remarqué en me rendant visite que « ses » petits paysages n’étaient plus sur mes murs et je me suis dit qu’il avait dû en être attristé. Maintenant qu’il n’est plus là, j’ai pris deux crochets X et je les ai mis dans mon entrée. C’est idiot, je le sais, puisque lui n’est plus là. Mais c’était une bouffée de tendresse que j’accrochais au mur ce matin. Aujourd’hui, il aurait eu soixante dix ans. Puis j’ai appelé ma belle-sœur à midi, elle revenait du cimetière.

Cet après-midi, j’ai fait du farniente sur ma terrasse, à l’ombre, chaleur d’été. J’ai terminé Le Neveu de Wittgenstein, dans le silence de la ville un dimanche et je me suis sentie bien… entamée. J’aime être entamée par la littérature. Il y a des passages très cocasses, il m'est arrivé de rire.

« Dans ce Récit, sous-titré Une amitié, Thomas Bernhard évoque un ami disparu, Paul Wittgenstein (1907-1979), neveu du célèbre philosophe.
A travers l’hommage rendu au défunt neveu, Paul, personnalité fantasque, « fanatique d’opéra et de course automobile », figure de la vie mondaine viennoise, et qui, atteint de schizophrénie, avait effectué plusieurs séjours au Steinhof avant de finir seul, abandonné de tous, se dessine en creux un portrait du narrateur, qui fait froidement l’aveu de sa propre lâcheté et de son égoïsme face à la détresse d’un ami. Comme toutes les autres relations de Paulo, il a, dans un réflexe de protection, « par un bas instinct de conservation », « pris le large » et « préféré supporter sa mauvaise conscience plutôt qu’une rencontre avec lui ». Histoire de l’échec d’une relation humaine. »

Paul Wittgenstein était en réalité le frère du philosphe Ludwig Wittgenstein et non son neveu.

Il est 22 h 30 et je viens de regarder un film franco-tunisien sur Arte : Satin Rouge. : pas de harem dans ce film mais de la sensualité et du désir. Quand on parle de danse orientale, le terme de "danse du ventre" est réducteur car c'est tout le corps qui bouge. La danse orientale est un art.

Je me demande comment j’arrive à faire tout ça, seule : me promener, aller au musée, écouter des conférences, aller au restaurant, au café, au golf, à la thalasso. C’est sûr, il faut se donner des gros coups de pied au popotin. Ça peut sembler indécent de dire cela, pourtant oui, il faut une sacré dose de courage pour entrer, seule, partout. Les seules choses que je fasse sans me pousser, par plaisir : lire et écrire. C’est, sans doute, ce qui m’est vital.