On trouve tant de renseignements, de riches documents, biographies, sur Nicolas de Staël, (1914-1955), que je ne me lance pas dans une chronique fouillée qui serait ardue et incomplète. Envie simplement de poser quelques images - après l'écoute de Charles Sigel qui raconte la vie de ce "prince foudroyé" en truffant ses recherches de quelques pépites -, et de "croquer" quelques "morceaux" de sa vie et de ses muses. C'est bien sûr aborder trop superficiellement la vie intense et tourmentée d'un immense artiste.
Nicolas de Staël, Marine, 1954, huile
sur toile, 60 x 81 cm.
Bernard Dorival conservateur en chef du Musée National
d’Art Moderne de Paris : Nicolas de Staël est abstrait. Mais de tous les abstraits
c’est sans doute celui qui évite le mieux le danger du décoratif et atteint le
plus à l’humanité.
Nicolas de Staël écrit pour le remercier : Merci de m’avoir écarté du gang de l’Abstraction Avant*.
Abstrait donc oui, mais pour exprimer quelque chose : des masses colorées,
les mille et mille vibrations par lesquelles nous percevons le réel et la vie.
* C’était une allusion aux faits divers sanglants du gang des
Tractions Avant Citroën qui défrayait la chronique depuis l’occupation.
Même idée dans une autre lettre, de Staël à Roger van Gindertael : On ne peint jamais ce qu’on voit ou croit voir. On peint à
mille vibrations le coup reçu, à recevoir, semblable, différent.
"Jeannine Guillou (1909-1946) fut la première compagne de Nicolas de
Staël. Elle était peintre elle aussi. Si quelques unes de ses œuvres
sont
visibles aujourd’hui au Musée de Dijon et au Musée Picasso d’Antibes, la
plupart sont jalousement, intimement gardées dans des collections
privées,
comme un secret. La personnalité de cette femme hors du commun éclaire
ses
tableaux d’une lumière qui a mystérieusement gardé toute sa fraîcheur.
Jeannine
naît le 17 mai 1909 à Concarneau. Elle commence à peindre vers l’âge de
quatorze ans et lorsqu’elle rencontre Nicolas de Staël au Maroc en 1937,
elle a
déjà atteint une grande maturité dans ses recherches picturales alors
que le
peintre âgé de 23 ans est encore dans le doute. [...] Jeannine qui a étudié aux Arts décoratifs de Nice est déjà un peintre affirmé. À Fès,
en 1935, un critique d'art a couvert d'éloges son travail et son talent
« viril et nerveux ». [...] Nicolas, lui, cherche encore son style. Un dialogue s’est
ouvert sous la lumière éblouissante du Maroc et ne
s’éteindra jamais. L’histoire de cette rencontre tient dans ces quelques
mots
que Jeannine écrit sur son lit d’hôpital «J’ai confié ma vérité à un
menteur
né/ qui jamais ne pourra la dire/il la vivra/ son génial mensonge au
monde la
rendra palpable»…"
Tombe de Nicolas de Staël et Jeannine Guillou à Montrouge
"Quelques mois après la mort de Jeannine, Nicolas épouse Françoise Chapouton (1925-2012) que le couple avait engagée à l'âge de dix-neuf ans pour s'occuper des
deux enfants, Anne et Antek. Staël aura encore deux enfants, Laurence et
Jérôme, de sa nouvelle femme. Et par la suite, un troisième, Gustave.... dont le peintre dit que c'est « son portrait en miniature, un objet très vivant . »
[...]
En 1954, Staël s'éprend d'une autre femme : Jeanne Mathieu qui deviendra sa muse et sa maîtresse. Pour être
près de celle qu'il aime, et qui réside près de Nice, le peintre loue un
appartement à Antibes où il vit seul, sans sa famille et où il installe son atelier. « Pour la première fois de sa vie, Staël aime plus qu'il n'est aimé. Sa passion pour Jeanne le submerge. » C'est elle qu'il campe de mémoire dans : Jeanne (nu debout) (146×97 cm), 1953, tableau postdaté et intitulé en 1954 Nu Jeanne, une silhouette vaporeuse, émergeant d'une brume de couleurs tendres. C'est également Jeanne Mathieu qui a servi de modèle au Nu couché, tableau qui a été vendu en décembre 2011 pour la somme de 7.03 millions d'euros (estimé à 2 700 000 euros).
Nicolas de Staël, Nu couché 1954
Nicolas de Staël, Nu debout 1953
[...]
Le 5 mars 1955, il se rend à Paris où il retrouve finalement l'inspiration. Il assiste à deux concerts au Théâtre Marigny,
il suit une conférence de Pierre Boulez, il rencontre des amis avec
lesquels il forme des projets et, de retour à Antibes, il peint ses
impressions musicales. Sur un châssis de 6 mètres de haut il entreprend Le Concert
et il trouve chez des amis violonistes des matériaux pour exécuter des
esquisses. La peinture provoque chez lui une extrême tension. Le malaise
de Nicolas est d'autant plus grand que Jeanne Mathieu se montre très
distante, et ne vient pas à leur dernier rendez-vous.
Le 16 mars, Staël se jette par la fenêtre de son atelier, après avoir tenté la veille d'ingurgiter des barbituriques."
PARIS — Une huile sur toile de Nicolas de Staël (1914-1955), "Nu couché", a été vendue aux enchères 7.033.400 euros (avec frais), mardi soir 6 décembre à Paris, établissant un nouveau record du monde pour ce peintre français d'origine russe, a annoncé la maison de ventes Artcurial. Le précédent record mondial pour une oeuvre de Nicolas de Staël, était de 2,4 millions d'euros pour "Agrigente" (1954), lors d'une vente à Paris en mai dernier. Pulvérisant l'estimation la plus favorable de 3,5 millions d'euros, ce tableau, l'un des derniers de Nicolas de Staël, a été peint en 1954. Il a été adjugé à un collectionneur américain qui a requis l'anonymat, au terme d'enchères très disputées entre six enchérisseurs, dont deux Français et un Britannique.
Selon la maison de ventes, il s'agit de l'oeuvre d'art la plus chère vendue à Paris en 2011. Le Nu couché a été exécuté à Ménerbes en Provence, où Nicolas de Staël s’était établi à l’époque. Il montre une figure féminine, la chevelure noire, nue, couchée, les bras posés sur la poitrine, la jambe droite repliée, qui est vue en plongée. Le tableau, de format horizontal, est de grandes dimensions (97 cm de haut pour 1,46 m de large). Il est parfaitement caractéristique des œuvres de cette période, celle des deux dernières années de la vie du peintre, par sa composition, sa structure, son espace, ses couleurs, sa facture et naturellement son recours au sujet, où réside en fait toute l’originalité de Nicolas de Staël et toute sa force. "Ce Nu couché est un tableau merveilleux, un des trophées de l'histoire de la peinture. Les nus sont très rares dans l'oeuvre de Nicolas de Staël qui était à ce moment-là dans la force de son art", a souligné à l'AFP Maître Francis Briest, co-président d'Artcurial. Cette toile qui mériterait un catalogue à elle seule, est à la conjonction de l'abstraction et de la figuration. Les enchérisseurs se sont surpassés pour l'obtenir. Elle ne reviendra sans doute pas sur le marché avant une trentaine d'années", a ajouté le commissaire-priseur estimant, qu'avec ce record extraordinaire et inattendu, Paris défend ses couleurs pour les grandes ventes internationales".
Qu'en est-il du marché de l'art aujourd'hui? Entre 2000 et 2007 : "Selon les chiffres plus récents d'Artprice (2004), les États-Unis représentent 46,3 % du marché total, le Royaume-Uni 26,9 %, la France 7,2 %, l'Italie 3,7 %, l'Allemagne 2,9 % et Hong Kong 1,9 %. Cette même année, les records de vente aux enchères ont été atteints par Pablo Picasso avec le Garçon à la pipe, vendu le 5 mai 2004 pour 93 millions de dollars, Paul Gauguin pour Maternité vendu le 4 novembre 2004 pour 35 millions de dollars et Amedeo Modigliani pour Jeanne Hébuterne devant une porte vendu le 4 novembre 2004 pour 28 millions de dollars. En 2006, les dix artistes dont la vente des œuvres avaient atteint les plus fortes valeurs étaient en chiffre d'affaires : Pablo Picasso, 399 M$ Andy Warhol, 199 M$ Gustav Klimt, 175 M$ Willem de Kooning, 107 M$ Amedeo Modigliani, 91 M$ Marc Chagall, 89 M$ Egon Schiele 79 M$ Paul Gauguin, 62 M$ Henri Matisse, 60 M$ Roy Lichtenstein 60 M$ Fin 2007, le marché de l'art a connu quelques turbulences, qu'Artprice a liées à la crise des subprimes. Les ventes suivantes ont cependant confirmé les prix élevés observés depuis plusieurs années sur le marché de l'art contemporain. En 2007, la peinture la plus chère du monde serait N°5, 1948 de Jackson Pollock, vendue 140 M$, battant le précédent record de 135 M$ pour Portrait d'Adele Bloch-Bauer de Gustav Klimt. Depuis 2010 : En 2010, selon Artprice, la Chine (avec Hong-Kong) représente 33 % du marché des ventes aux enchères, les Etats-Unis 30 %, le Royaume-Uni 19 % et la France 5 %. L'artiste ayant réalisé le chiffre d'affaires le plus important en vente public étant Qi Baishi, devant Zhang Daqian, Xu Beihong et Fu Baoshi. Dans le classement du top 10 des artistes contemporains ayant eu les enchères les plus importantes, 6 sont pour des artistes chinois : Zeng Fanzhi, Chen Yifei, Wang Yidong, Zhang Xiaogang, Liu Xiaodong et Liu Ye contre trois américains : Basquiat, Koons, et Prince. Toujours en 2010, les artistes ayant atteint les 10 enchères les plus importantes sont : Pablo Picasso - 95 M$ Alberto Giacometti - 92,5 M$ Amedeo Modigliani - 61,5 M$ Andy Warhol - 56,5 M$ Wen Zong - 44,8 M$ Henri Matisse - 43,5 M$ Joseph M.William Turner - 40,2 M$ Gustav Klimt - 38,2 M$ Roy Lichtenstein - 38 M$ Lawrence Alma-Tadema - 32 MS