Affichage des articles dont le libellé est Autoportrait. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Autoportrait. Afficher tous les articles

mercredi 19 juin 2019

Le risque d'infatuation : écrire sur soi




La question qui je suis, moi je ne peux pas la poser; ne croyez pas que ce soit une dérobade. Je ne peux pas la poser; c'est aux autres, c'est à l'autre à dire qui je suis, c'est lui qui a la parole sur moi, ça n'est pas vraiment moi.  La parole que je peux tenir sur moi sera toujours, quel qu'effort que je fasse, une parole factice, en quelque sorte. 

J. Chancel - Alors, lorsque vous écrivez Roland Barthes par Roland Barthes (aux éditions du Seuil), vous posez quand même une question et vous attendez que le lecteur réponde.

Oui, exactement, je lui offre un certain nombre de propositions, d'apparence, de fiction, d'analyse, mais c'est évidemment à lui, à compléter par sa lecture, à entraîner par ces propositions dans sa lecture. [...]
Par conséquent, je ne pense pas qu'en écrivant sur moi j'ai pris la place d'aucun critique en réalité.
[...]

J. Chancel - Je sais l'importance que vous accordez aux idées; écrire sur soi est-ce une idée prétentieuse ?

Vous savez, c'est une question qui m'a tout de même embarrassé. Il faut tout de même croire que j'ai fait ce livre d'une façon, si je puis dire, naïvement joyeuse. Pas au début, j'étais terrorisé par le risque de ce  que j'appelle le risque d'infatuation, chose que je déteste chez les autres et je crois pouvoir le dire chez moi aussi, et par conséquent, je craignais beaucoup que cela passe pour un acte d'infatuation que d'écrire sur soi. Et puis ensuite, j'ai considéré que - cela je l'ai découvert en faisant le travail lui-même - , j'ai considéré qu'au fond actuellement, nous avons une approche générale du sujet humain qui est infiniment plus complexe, plus subtile, moins dogmatique qu'autrefois. Autrefois on avait simplement une sorte de psychologie assez banale pour parler de soi.
Il y a par exemple la psychanalyse, qui dit bien que lorsque nous croyons parler de nous, ou lorsque je crois parler de moi, en réalité c'est un moi très inconnu, auquel j'accède et que je n'arrive pas à véritablement connaître en parlant de lui. [...]
Parler de soi est une entreprise qui, sous certaines conditions que j'ai essayé d'observer, n'est pas une entreprise d'infatuation.
J. Chancel - Vous dites : Écrire sur soi, c'est simple comme une idée de suicide.
Oui, l'idée de suicide est une idée extrêmement simple. Elle peut vous venir à tout instant, pour un rien, un petit échec, on peut avoir une idée de suicide.
L'acte de suicide c'est autre chose.
Écrire sur soi, oui, c'est un peu comme une idée de suicide, parce qu'on est terrorisé par le risque que ça comporte : le risque d'image, le risque d'infatuation, le risque de narcissisme, le risque d'égotisme que ça peut comporter.
J. Chancel - La course entre le je, le il, le moi c'est un véritable parcours du combattant ?

Oui.

J. Chancel - Le nous

Le nous serait vraiment très infatué. C'est très royal.

Roland Barthes, Radioscopie de Jacques Chancel, 1975 (extraits)

samedi 11 juin 2016

"Ah, le portrait, le portrait avec la pensée, l'âme du modèle, cela me paraît tellement devoir venir." *

* Vincent à Théo, Arles, septembre 1888.



Portrait de l'artiste par lui-même.
Paris, été 1887, huile sur carton, 19 x 14 cm.
Amsterdam, Rijksmuseum Vincent Van Gogh


 L'homme à la pipe : Autoportrait, Vincent Van Gogh.
Arles, janvier 1889, huile sur toile, 51 x 45 cm.
Londres, collection particulière

Les portraits que Vincent peignit de lui-même il y a un siècle sont sa gloire. Scruter leur regard, chercher à en déchiffrer le silence et le mystère, c'est devoir violer la mémoire de Vincent.

En Janvier 1890 paraît dans le Mercure de France un article d'Albert Aurier, "Les Isolés". Éloge émerveillé de la peinture de Vincent  dont six toiles sont accrochées à la VIIIe Exposition des Vingt à Bruxelles. (Parmi ces toiles - Un paysage au soleil couchant, La Vigne rouge, Une vue d'Arles, Un coin du parc à l'asile Saint-Paul.)
Le 29 avril 1890 Vincent demande : "Veuillez prier M. Aurier de ne plus écrire d'articles sur ma peinture, dis-le-lui avec instance, que d'abord il se trompe sur mon compte puis que réellement je me sens trop abîmé de chagrin pour pouvoir faire face à de la publicité" et, dans le post-scriptum d'une lettre qu'il envoie alors à sa mère et à sa sœur, il précise : "Quand j'ai appris que mes œuvres avaient un peu de succès et que j'ai lu l'article en question, j'ai craint immédiatement que cela me décourage. Il en va presque toujours ainsi, dans la vie du peintre; le succès est ce qu'il y a de pire."
"... en général, mais plus spécialement lorsqu'il s'agit des artistes, je prête autant attention à l'homme qui produit l’œuvre qu'à l’œuvre elle-même."
"Il m'a toujours semblé qu'un artiste qui montre son œuvre en public, a le droit de garder pour lui les tourments de sa vie privée. Ceux-ci découlent directement, fatalement, des difficultés propres à la création d'une œuvre d'art."
Le "mode d'emploi" que donnent ces phrases pour déchiffrer une œuvre indique l'essentiel. Les péripéties de la vie d'un homme n'expliquent en rien son œuvre. Contresens sans issue. A l'inverse l’œuvre même, son enjeu, son exigence et ses défis décident d'une vie. La vie de Vincent n'est que la quête de la peinture. Et cette quête est une lutte.
"J'ai trente ans, mon front est labouré de rides, les traits de mon visage en accusent quarante, mes mains sont crevassées."
Vincent à Théo, La Haye, 1er juin 1882.

"Je voue une foi totale à l'art, il s'ensuit que je sais ce que je veux exprimer dans mes œuvres, et que je tâcherai de l'exprimer, dussé-je y laisser ma peau."
Vincent à Théo, Nuenen, août-septembre 1885.

"Le peintre de l'avenir, je ne puis me le figurer vivant dans de petits restaurants, travaillant avec plusieurs fausses dents et allant dans les bordels de zouaves comme moi."
Vincent à Théo, 5 mai 1888.

"Un tableau est aussi difficile à faire qu'un diamant gros ou petit à trouver. Maintenant, si tout le monde reconnaît la valeur d'un louis d'or ou d'une perle fine, malheureusement, ceux qui font cas des tableaux et qui y croient sont rares. Mais ils existent, cependant."
Vincent à Emile Bernard, Arles, septembre 1888.

(Textes et images tirés de l'ouvrage de Pascal Bonafoux, VAN GOGH PAR VINCENT)



("Publicité" trouvée dans un quotidien...)

Prochainement au Musée des Beaux-Arts à Quimper,
Autoportraits du Musée d'Orsay, du 17 juin au 2 octobre 2016.


 

dimanche 13 décembre 2015

Le pouvoir de l'amour

Vais-je finir ce billet que je commence? Ce serait/sera un exploit. J'accumule dans mes "brouillons" une dizaine de billets commencés, sur des sujets qui me passionnent, trop sans doute, car je n'arrive pas à les terminer, cherchant toujours à rajouter des détails qui, en fait, n'intéressent que moi. Alors, je les laisse mûrir dans la case "brouillons" avec le sentiment qu'ils y resteront encore longtemps.
Je me rends compte que je n'y arrive plus et que j'adopte la facilité en remplaçant l'écriture par les images.

Dimanche 13 décembre.

L'état vertigineux perdure mais je me booste et me drogue aussi un peu. Envie d'aller au cinéma voir Mia Madre mais ma tête est trop lourde (comme l'est cette expression, je ne sais plus écrire. Ouin!), j'irai le voir plus tard. J'opte pour un passage à la médiathèque ouverte le dimanche après-midi (bonne idée) pour, déjà, récupérer le DVD que j'avais réservé et qui est disponible : La vie d'Adèle. Je crois que j'ai bien fait avant que le DVD de ce film ne soit aussi censuré!
Chemin faisant, je rencontre ma sœur et mon beau-frère dans une petite rue du centre ville qui font leur shopping et m'apprennent que les magasins sont ouverts aujourd'hui. Ah! fais-je étonnée (je l'étais), vous êtes sûrs? A vrai dire, je m'en fiche, et je me dis même : vite, fuyons! Elle me propose de les accompagner, quelle horreur, traîner dans les boutiques. Non merci, je vais à la médiathèque, lui dis-je. Hop! Un bisou, et bonne après-midi.
Plaisir, que dis-je, volupté de me retrouver à la médiathèque; après avoir emprunté La vie d'Adèle, je monte au deuxième étage et je cherche, à consulter sur place, ce superbe livre  : L'Autoportrait au XXe siècle, dont j'avais parlé ici. (Amusant de voir la date de mon billet, pratiquement même jour à la médiathèque, cinq ans plus tôt). Je ne le trouve pas. Tant pis. Du coup, j'en prends un autre L'Art de l'Autoportrait de Omar Calabrese. Oui je sais, c'est une obsession chez moi l'autoportrait, le journal intime, le je, le moi.


Je le feuillette et m'attarde sur ces autoportraits de Otto Dix, un peintre qui me fascine.
Photographies calamiteuses mais bon, on doit pouvoir les trouver sur la "Toile".



Otto Dix, Autoportrait en soldat, 1914
Huile sur papier
Stuttgard, Galerie der Stadt




Otto Dix, Autoportrait en soldat, 1915
Huile sur papier
Vaduz, Fondation Otto Dix.



Celui ci-dessous retient également mon attention. Je suis surprise de voir un autoportrait de Rembrandt des pieds à la tête, l'ouvrage que j'ai dans ma bibliothèque dont j'ai maintes fois parlé ne présente que des autoportraits de son visage. Je l'observe et Rembrandt me paraît de petite taille. Est-ce la perspective avec le chien, imposant, au premier plan qui donne cette impression ou, Rembrandt était-il vraiment petit?
Ma photographie est encore pire que celles de Otto Dix. Hum!


Rembrandt, Autoportrait au chien, 1646
Huile sur bois
Paris, Petit Palais

J'ai trouvé celle-ci, du tableau que l'on peut voir au Petit Palais. Je l'ai supprimée car il semble que toutes reproductions de ce tableau soient interdites. On peut le voir ici. La date n'est pas la même : 1631 et le titre non plus : Portrait de l'artiste en costume oriental. Impossible d'accéder au site du Petit Palais, je note cette phrase : "Des radiographies ont révélé que ce chien a été ajouté postérieurement par ...".
Peut-être pour cacher les pieds? Hi! Pour moi, c'est ce chien qui donne cette impression de petite taille de Rembrandt.
Bon, élaguons, élaguons comme me disait un ami...
J'aime le calme, le silence de la médiathèque.
Je consulte ensuite un autre ouvrage d'art sur le peintre Schneider, Gérard Schneider. (Tu aimais cet artiste, tu m'en parlais souvent). Il fait partie des "abstraits lyriques" (comme toi. Peut-être qu'un jour j'oserai parler de ta peinture. Je ne suis pas sûre d'y arriver et je m'en veux).




 L'exposition Schneider à la Kootz Gallery, début 1957
A droite l'Opus 15 C, 1956

Dans cet ouvrage il y avait de nombreuses reproductions en couleurs, je ne les ai pas photographiées, elles auraient été de mauvaise qualité comme les précédentes. J'ai ensuite lu cet article sur les Maîtres de l'Abstraction Lyrique Européenne puis, j'ai refermé le livre, de Michel Ragon que je ne connaissais pas : 

"Michel Ragon, né le 24 juin 1924 à Marseille, est un écrivain français, critique d'art et d’architecture, historien de l'art, historien de la littérature prolétarienne, historien de l'anarchisme et autodidacte libertaire."

 (Cliquer sur l'image puis clic droit "afficher l'image")

Je sortais de la médiathèque une heure et demie plus tard, les magasins étaient ouverts, 'ils" avaient raison, je photographiais ce graffiti (tag) sur le mur de l'esplanade et je rentrais à pied tranquillement. Quels seront les résultats des votes ce soir? Je vote pour "le pouvoir de l'amour".


 Ben voilà! Je l'ai fini ce billet... Un exploit!





mercredi 25 novembre 2015

A travers le miroir

Ben voilà, je l'ai faite cette photo en sortant de ma douche!


J'ai quand même attendu quatre ans. Mais non, pas pour prendre ma douche. Tsss! Pour faire la photo.
Mais bon, pas terrible, surtout si on veut rester incognito... et pudique.
A refaire! pour un rendu plus net... de la buée sur le miroir car sur celle-ci on ne voit même pas les gouttelettes. J'ai voulu aller vite par crainte de voir la buée disparaître rapidement. Or, pour voir des gouttelettes, il faut justement attendre que la buée commence à s'évaporer.
Et puis, pas assez d'éclairage sur le miroir d'autant plus que je n'ai pas utilisé de flash.
Oui, à refaire... la semaine des quatre jeudis!

Celle-ci est plus intéressante


Il est bizarre mon doigt (0_0)
On dirait celui de E.T. 
Hi!

http://img4.wikia.nocookie.net/__cb20111225175126/mugen/images/8/87/Et.jpg
 

samedi 23 mai 2015

Les mains, miroir de l'âge



Avec mes vieilles mains...

Avec mes vieilles mains de ton front rapprochées
J'écarte tes cheveux et je baise, ce soir,
Pendant ton bref sommeil au bord de l'âtre noir
La ferveur de tes yeux, sous tes longs cils cachée.

Oh ! la bonne tendresse en cette fin de jour !
Mes yeux suivent les ans dont l'existence est faite
Et tout à coup ta vie y parait si parfaite
Qu'un émouvant respect attendrit mon amour.

Et comme au temps où tu m'étais la fiancée
L'ardeur me vient encor de tomber à genoux
Et de toucher la place où bat ton cœur si doux
Avec des doigts aussi chastes que mes pensées.
 

Émile Verhaeren, Les heures du soir.

mercredi 9 janvier 2013

Jeu de miroirs...

Norman Rockwell (1894-1978) : triple autoportrait 1960 huile sur toile 113 x 88 cm


Je ne peux plus insérer de vidéos depuis mon ordinateur. Blogger n'accepte plus que des vidéos enregistrées sur You Tube ou Dailymotion ou Wat ou Picasa etc. c'est-à-dire tout ce qui ce qui peut être vu par n'importe qui. Or, je veux croire que mes lecteurs ne sont pas n'importe qui, non mais quel orgueil! J'aimais dans ce blog de temps en temps insérer des vidéos personnelles, intimistes, confidentiellles et celles-là je n'ai aucune envie de les enregistrer sur des chaînes publiques. Voilà ce qu'on me propose maintenant :

Je les ai un peu floutées, voire transformées  avec photoshop et je trouvais amusant d'en faire une petite vidéo avec un fond musical. Je vais donc m'en tenir à quelques photos, sans montage, sans musique.

"Se représenter soi-même n'est nullement un acte naturel".
Omar Calabrese, in L'Art de l'Autoportrait

"Connais-toi toi-même. Faut-il en faire le devoir de chacun ?
Sans doute que non.
Ce n'est que dans la mesure où je ne me connais pas moi-même que je peux me réaliser et faire quelque chose.
Seul celui qui se trompe sur soi, qui ignore les motifs de ses actes, peut oeuvrer. Un créateur, qui est transparent à lui-même, ne crée plus"
 (Cioran, cité par Pascal Bonafoux)

Bon, n'allez pas croire que je me prenne pour une artiste. Ah ah! Ce serait à pouffer de rire! (Et toi ne ris pas dans ta barbe). Les artistes dont je parle  et que j'admire dans l'autoportrait n'avaient pas de photoshop, même Francis Bacon :


 












QU'EST-CE QU'UN AUTOPORTRAIT ?

"L'autoportrait est un sous-genre – mineur - du portrait. Curieusement, ce n'est qu'en 1950 que le mot est officiellement admis dans la langue française.

Faire un autoportrait, c'est se représenter soi-même : de face ou de trois-quarts, le corps entier ou fragmenté, avec ou sans mise en scène, seul ou avec d'autres personnages.

Sans corps du tout, à la limite : la photographie du contenu de vos poches est une forme d'autoportrait, et vous pouvez également "arranger" votre chambre de telle façon qu'elle en dira beaucoup plus sur vous que la plus ressemblante des photographies. Un autoportrait réussi ne montre pas que l'apparence, mais aussi les sentiments, la personnalité, "l'âme" du sujet.

C'est aussi un genre littéraire...

L'autoportrait n'est pas réservé aux arts plastiques, c'est aussi un genre littéraire.

L'autoportrait littéraire est une catégorie qui ne doit pas être confondue avec l'autobiographie (ou "mémoires), mais qui s’en rapproche ; c'est un genre qui a ses lettres de noblesse : Montaigne, Stendhal, Leiris, Rousseau, Flaubert ("madame Bovary, c'est moi !"), Sartre, Gide, Sarraute…

Curieusement, l’écrivain fait souvent appel au langage pictural, comme dans ce texte fameux de Montaigne :

« Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moi que je peins. Mes défauts s'y liront au vif, et ma forme naïve, autant que la révérence publique me l'a permis. Que si j'eusse été entre ces nations qu'on dit vivre encore sous la douce liberté des premières lois de nature, je t'assure que je m'y fusse très volontiers peint tout entier, et tout nu. »

Et bien sûr le miroir est souvent invoqué (ici par Leiris) :

« J'ai horreur de me voir à l'improviste dans une glace car, faute de m'y être préparé, je me trouve à chaque fois d'une laideur humiliante »"

(Source ici avec de superbes autoportraits d'artistes).

Je ne sais pas ce qui se passe avec Blogger ou est-ce mon blog qui est mal paramétré mais ce fut une vraie galère pour insérer même mes photos et faire la mise en page. Quel temps perdu... au lieu de lire, un livre... ou d'aller taper dans la balle... dans la gadoue!

mardi 21 août 2012

... et je venais peut-être pour me chercher moi-même



Rembrandt, derniers Autoportraits 1669.

"Les cheveux blancs, la graisse et les rides. Un regard las et navré. [...]
Rembrandt va mourir.
Une fois encore Rembrandt va au miroir..."

"... et je venais peut-être
Pour me chercher moi-même et pour me reconnaître.
Qu'ai-je trouvé? Je vois la mort peinte..."
(Jean Racine, Bérénice, Acte V Scène VI)

Rembrandt est mort le 4 octobre 1669.

"Je regardai le dernier autoportrait de Rembrandt : laid et brisé, affreux et désespéré; et si merveilleusement peint. Et soudain je compris : être capable de se regarder soi-même disparaître dans le miroir - ne plus rien voir - et se peindre comme le "néant", la négation de l'homme. Quel miracle et quel symbole."
(Oskar Kokoschka, entretien télévisé, RFA)

Textes tirés de l'ouvrage de Pascal Bonafoux,
Rembrandt, Autoportrait, éd. Skira

J'époussetais mes étagères de bibliothèque cet après-midi, entre quelques mails où je conversais avec un ami d'une "Fenêtre sur mer" et, une fois encore, ce visage, ce regard si intense m'ont donné envie d'entrer dans l'ouvrage,  de m'attarder sur l'artiste dans son atelier et sur ses derniers autoportraits (ci-dessus). Émotion.


dimanche 10 juin 2012

***

A peine une semaine que je suis rentrée et déjà mes vertiges qui reprennent.
Impossible de mettre le pied par terre hier, cela avait commencé la veille. Je pris aussitôt mon médicament. Dans la nuit ça empira.
J'appelais mon médecin le matin pour lui demander si je pouvais augmenter la dose de Bétaserc. Elle me dit impérativement : non. Je suis restée allongée toute la journée.
Aujourd'hui ça va mieux.
Je peux ce matin écouter de la musique et ce morceau qui me ramène à lui. Je pensais ne plus me poser cette question : pourquoi ne m'a-t-il pas répondu, pourquoi ne m'écrit-il plus? Questions qui resteront sans réponse et je le regrette. J'avais décidé de ne plus y penser mais peut-on décider de ce qui vous poursuit, malgré vous?
Une chose est sûre, j'y pense avec détachement et un certain sourire, comme celui que j'aie sur cette photo et qu'on ne voie pas (je l'ai recadrée). Et ce jeune homme, je n'avais même pas remarqué qu'il était dans mon champ en me prenant dans la vitre! Il a de belles mains, la première chose que je remarque chez un homme. Peut-être a-t-il cru que c'est lui que je photographiais? Mais non, c'était un autoportrait.


Retour de Lausanne (29/05/12)

Que c'est dur de retouver la grisaille et la pluie... heureusement que Les Papous sont là le dimanche pour la bonne humeur!

samedi 1 octobre 2011

A travers la vitre

Je trouve cette photo magnifique, découverte ici ce matin.

Christine DE GRANCY Volga Worlds, 1995-1999
Bus terminal in Kstovo near Nizhniy Novgorod,
winter 1996

Elle me donne une idée d'autoportrait à réaliser dans ma salle-de-bains, comme celle-ci.


Il faudra que j'attende l'hiver, pour avoir de la buée sur mon miroir.
Pour patienter, celle-ci... sans buée.
(Merci photoshop)

Autoportrait de dos

dimanche 20 mars 2011

Guy de Cointet


 Guy de Cointet et Mary Ann Duganne, actrice "performeuse"

"Guy de Cointet [1934-1983] (il a vécu le même nombre d’années que toi) quitte la France pour New York en 1965 où il fréquente la Factory d'Andy Warhol puis devient l’assistant du sculpteur minimaliste Larry Bell à Los Angeles. Influencé par Raymond Roussel, il écrit plus d’une vingtaine de pièces performatives figurant des accessoires scéniques qui transforment la relation entre les mots, les formes et les couleurs.
Des années 70 jusqu’à son décès en 1983, Guy de Cointet réalise des dessins étranges, parfois dépouillés et très souvent biscornus, où la main joue des tours singuliers à des déclarations triviales ou à des aphorismes cabalistiques. Si les textes de Cointet trouvent un point d’accomplissement dans leurs performances théâtrales, il n’est point de dessin sans texte ou presque. Et c’est peut-être dans ses dessins que le texte, débarrassé de tout enjeu théâtral, apparaît le plus nettement dans la multiplicité de ses sources. Ici un poème de Rimbaud, un slogan publicitaire ou une note de journal intime, là un message personnel, une bribe de conversation, une illumination ou un fragment de roman de consommation… l’enveloppant au contraire d’une gangue le rendant illisible, les dessins de Cointet sont loin d’être de simples exercices calligraphiques.
Le travail de Guy de Cointet est réapparu en Europe en 1996 au Centre National d’Art Contemporain Le Magasin, à Grenoble, grâce à une invitation faite à l’artiste Paul McCarthy, témoin et ami de Los Angeles. Une rétrospective lui a ensuite été consacrée en 2004 au Mamco (Musée d’Art Moderne et Contemporain) de Genève."


Je me suis donc promenée dans l’exposition, m’attardant sur des dessins, des chiffres, des lettres de l’alphabet, des signes calligraphiques, m’appuyant sur le petit livret que j’avais en main pour tenter d’en comprendre le sens et, surtout, avec le désir d’en savoir plus sur cet artiste au charisme indéniable quand on voit ses photos. Et, cette semaine, j’ai donc picoré ça et là, des renseignements, des textes, qui m’éclaireraient sur son travail.





Voilà ce que je ne dois plus faire : amasser des informations, des documents, des photos, des vidéos pendant une semaine sur un sujet en vue d’en parler ! Quelle folie !
Ce n’est pas un billet qu’il faut faire sur Guy de Cointet (photo ci-dessus), c’est un livre ou un film, ce qui a déjà été fait.
Alors tant pis, je ne me sens pas le courage de parler d’un artiste que je viens de découvrir sans avoir l’impression de ne pas savoir faire ressortir l’essentiel. Son travail est si multiple, si riche, d’où la difficulté d’être concise.

Bon, je commence depuis le début !
Dimanche dernier je suis allée voir une exposition de quelques œuvres de Guy de Cointet au Centre d’Art Contemporain. J’insiste sur : Art Contemporain. Exposition réalisée grâce au concours de la Succession de Cointet et de la galerie Air de Paris ; elle réunit un ensemble de cinquante œuvres sur papier, encres pour la plupart exécutées entre 1971 et 1983, et prêtées par le Musée National d’Art Moderne/Centre Pompidou ainsi que par des collectionneurs privés. Présentation de l’exposition sur France Culture (5 minutes) ici.

Now, I'll go and smoke a cigarette


Sans titre (signature de Mahomet), c.1971
encre sur papier



Ethiopia, Los Angeles, 1976
La richesse de son œuvre permettra un parcours varié : des livres de poésie visuelle, des dessins à l’encre, des carnets et les décors de quatre pièces : Ethiopia (1976), Tell Me (1978), A new Life (1981), IGLU (1977)."

Marie de Brugerolle, in Premières critiques, éd. Les presses du réel & JRP/Ringier.

Guy de Cointet est un artiste performeur ! C’est en assistant à une "performance" mercredi, que j’ai appris ce qu’était un « performeur ».
"L'art performance est une forme d'art dans laquelle les actions d'un individu ou d'un groupe, dans un espace et à un moment particulier constituent l'oeuvre d'art. Ces performances peuvent arriver n'importe où et à tout moment. Le corps, le temps et l'espace constituent généralement les matériaux de base d'une "performance".
L’expérience artistique se fait par l’interaction avec un objet ou un film… C’est le corps de l’artiste qui transforme l’ensemble action plus objets en sculpture. Le temps de l’œuvre est le temps de la co-présence de l’artiste, de choses et des spectateurs."
(Wikipédia)

Mercredi soir j’ai donc assisté à une performance de Dominique Gilliot. Elle a investi le Centre d’Art Contemporain avec une performance sonorisée, déambulatoire, incluant des chansons décalées, des actions millimétrées, des poésies miniatures, en relation avec l’exposition Guy de Cointet. Humour et dérision, j’ai trouvé la "performeuse" intéressante. Je mettrai ce soir deux petites vidéos et les photos, Blogger bloque, débloque pour le moment.

Jeudi soir, j’ai suivi la télé-conférence (merci skype) de l’historienne d’art Marie de Brugerolle, en direct de Lyon, passionnante, suivie d’une projection de documents filmés inédits (le film est en cours de réalisation, c'était donc une avant-première, il aura des sous-titres français, parce-que là tout était en anglais, accent américain, mauvais son, je n'ai pas capté la quart de ce qui était dit mais l'historienne nous avait bien résumé ce que nous allions voir)) sur le travail de Guy de Cointet avec le témoignage de Paul McCarthy et Jeffrey Perkins, cinéaste ami de Guy de Cointet.


 Paul MacCarthy

Jeffrey Perkins

J’ai pendant très longtemps été complètement hermétique à l’art contemporain et depuis que je m’oblige à aller voir ces expositions au CAC de ma ville, peu à peu un cheminement, des recherches, me font découvrir des artistes passionnants et leur démarche m’apparaît moins obscure même si, je m’intéresse depuis toujours à l’expressionnisme abstrait avec des artistes comme Jackson Pollock, Cy Twombly, Sam Francis, Motherwell, Jasper Johns, Malevitch etc. Oui, toutes ces expos du CAC me procure un certain plaisir : celui de me dire que j'ai encore en moi une jeunesse; je n’ai pas perdu ma capacité à m’enthousiasmer pour des formes d’art qui me paraissaient jusqu’à présent incompréhensibles. La différence, pour moi, de cet art contemporain avec la peinture dite moderne, c’est que pour celle-ci, je n’ai pas besoin d’aller chercher des explications pour la comprendre, rentrer dedans, j’ai l’impression de faire corps avec elle. Et, je ne parle pas de Nicolas de Staël, plus figuratif, que j’aime particulièrement.

Encore un mot sur cette actrice Mary Ann Duganne où on la voit dans deux vidéos à l'exposition; elle est superbe et m'a fait penser à la merveilleuse Gena Rowlands (ci-dessous).


Il est entendu que je n'ai pas dit le quart, le dixième, le centième de ce que représente le travail de Guy Cointet. "Il est mort prématurément, après le bref succès de De toutes les couleurs (1982) jouée en français à Paris au théâtre du Rond Point, alors qu'il élaborait ce qui restera sa dernière pièce, The Bride Groom (1983), inachevée." (Source : Marie de Brugerolle.)




Autoportraits

"Chez Guy de Cointet, les objets fonctionnent comme des phonèmes. Les glissements de la lettre à l’image, entre lisibilité et visibilité sont caractéristiques de son travail. Il joue sans cesse entre abstraction et réalisme en construisant des décors dont les éléments ont à la fois des formes géométriques simples et des fonctions très prosaïques. L’usage des objets comme mots et des mots comme objets est au cœur du travail de Guy de Cointet.
Le passage s’est opéré chez lui du livre à la performance, pour former des dispositifs scéniques dans lesquels la voix, le geste, le mouvement sont complémentaire et indissociables.. Le changement d’échelle sera un des facteurs essentiels : "Je les utilise (les livres) dans mes performances mais sous des formes agrandies que j’ai créées, ainsi le public peut voir exactement ce qui est écrit ou dessiné". […]





La variation de la taille des choses permet d’exacerber la réception du public, les objets deviennent des simulacres : ils ne sont pas la chose qu’ils représentent, ils en ont l’aspect, mais leur taille diverge. Leur artificialité est évidente. Un livre en carton peint n’est pas le substitut d’un livre de papier : il devient un portrait de livre, un personnage-livre, un support de discours.
Pour comprendre les problématiques de l’exposition, il faut situer l’importance de la théâtralité dans l’œuvre de Guy de Cointet.




Mary Ann Duganne