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mardi 11 juillet 2017

L'affiche : un signe graphique exprimant l'idée sans le secours des mots

Quand on vit dans une ville touristique, pourquoi de ne pas jouer à la touriste ?
C'était il y a une semaine...
Je venais de voir une exposition au Musée Départemental Breton, par intérêt (j'ai toujours aimé les affiches des "chemins de fer" et les affiches publicitaires en général) mais aussi pour y trouver un peu de fraîcheur dans les salles climatisées, le temps d'échapper à la chaleur caniculaire. Il y avait peu de visiteurs lesquels, sans doute,  avaient préféré prendre de vrais bains de mer sur la côte, plutôt que de les voir sur des affiches. J'ai photographié quelques affiches mais elles sont ternes, sans flash. On peut les voir, de leurs couleurs plus éclatantes, dans le dossier de presse. Quelques-unes des miennes, tout de même :










(Cliquer sur les images pour lire les textes de André Gide et Max Jacob)

Je m'arrêtais un instant pour regarder par la fenêtre du Musée,
le Quai de l'Odet et les arcades du Café des Arts


Je prenais également les deux affiches ci-dessous car je venais de traverser la semaine précédente les Monts d'Arrée par la route de Brasparts, un jour de brume sous un ciel gris (mais c'était magique et magnifique), avant d'arriver à Saint-Pol de Léon où je passais la nuit, avant d'aller le lendemain jouer au golf de Carantec. Parenthèse finie.
« J'aimerais vous montrer les monts chauves de l'Arrée, les sentiers blancs qui conduisent à des manoirs poignardés, les chemins qui s'enroulent autour des hameaux bleus. C'est un pays de brumes et de vents en bataille, avec des toponymes aussi fluides que des ondées, aussi sonores que des gongs »
Xavier Grall, Les vents m'ont dit.


La Suisse en Bretagne? Une toute petite Suisse tout de même !

 

Saint-Pol de Léon, la cathédrale et la chapelle Notre-Dame du Kreisker dont la flèche culmine à 78 mètres.

Mes photos prises sur la route de Brasparts et à Saint-Pol... puis au golf de Carantec (pour finir la parenthèse). 


Le Mont Saint-Michel de Brasparts





Notre-Dame du Kreisker à la tombée de la nuit


Saint-Pol, La Grande Rue vers 23 heures.
Pas un pékin en vue (0_0)
Il était temps que je rentre à l'hôtel.


Charmant hôtel. J'y fis une belle découverte au petit déjeuner le lendemain matin. Sur une étagère, deux tomes du Journal de Marie Bashkirtseff.
Je demandais à l'hôtelier comment il avait déniché ces exemplaires, introuvables. Il me dit : c'est une cliente qui les me les a laissés. Je les ouvrais, les trente premières pages avaient été lues, le reste n'était pas découpé. Je le lui dis, avec ferveur et une certaine émotion. Je lui parlais de Marie Bashkirtseff, que c'était un trésor que lui avait laissé sa cliente. Je n'osais pas lui demander s'il me les vendrait. Je les reposais sur l'étagère... rêveuse.Ils avaient été achetés d'occasion pour 28 euros chacun; c'était écrit au crayon à l'intérieur.





Au putting-green, je prenais ces photos discrètement
en attendant mon départ pour... la compétition.
Vouiiiiiiiiiiii !

Ma dernière compétition remontait à... 25 ans !
Mon score ne fut guère brillant mais un de mes partenaires (partie de 4) jouait comme un Dieu et les deux autres étaient charmant(e)s. Cinq heures pour faire les 18 trous, dont une heure sous la pluie, je ne pensais plus en être capable. C'est fait. 

Revenons à nos moutons notre exposition. En sortant du Musée et sa fraîcheur climatisée, la température extérieure me fit l'effet d'une bombe sur la tête. Bizarrement, je l'occultais, une ambiance de fête régnait sur le parvis de la cathédrale, je me mêlais à la foule des touristes mais pas que, je regardais autour de moi, je levais le nez pour voir les maisons, le ciel, les terrasses pleines, et je sentais cette chaleur lourde; elle ne m'oppressait pas; il y avait dans l'air une palpable légèreté de l'être. Je saisissais ces instants, en rêvant tout de même de fraîcheur maritime. J'étais en ville, en vie, en cet instant c'était là qu'était la vie, c'était là que je devais être. J'en oubliais presque mon hyperacousie, mais pas pour longtemps.




A propos du Petit Train, je lisais dans la presse cet après-midi...






" [...] désir de grande ville, désir de monde et attente, ce trop-plein d'attente qui vous empoigne et vous imprègne.  La ville comme théâtre de la vie, qui donne à voir et à vivre tout autrement l'activité humaine et la vie dans sa diversité. En ville, on touche d'emblée du doigt la rumeur et le mystère. L'aventure. Parce qu'on y trouve cette diversité. La possibilité du choix. La surprise. "
Paul Nizon, in Le Livret de l'amour, Journal 1973-1979.

Le soir de cette chaude journée j'avais envie de voir la mer; direction la baie d'Audierne. Et je pouvais dire aussi, en ces instants, que c'était là que je devais être.





Plage de Penhors

mardi 29 octobre 2013

"Je-sens-donc-je-suis". Catherine Pozzi



Catherine Pozzi  1882 - 1934
 

 


Je découvre dans la Revue des Ressources, Catherine Pozzi, une inconnue pour moi - j'ose le dire -, amie de Rilke, amante de Paul Valéry. Les extraits de son Journal me donnent envie de m'y plonger. La fièvre, la passion, l'orgueil qui l'habitent, semblent proches des exaltations de Marie Bashkirtseff.

 Mercredi 8 décembre 1897

[...]
"Comme tous je répandrai des pleurs, comme tous je sourirai, je mentirai, je désespérerai, j’aimerai, je souffrirai, et mes pleurs, mes sourires, mes mensonges, mes désespoirs et mes souffrances seront de vieilles choses déjà dites et faites par bien des millions d’autres acteurs disparus. Mais, comme chacun d’eux, je croirai que je suis unique au monde, que personne ne pleura mes larmes, ne souffrit mes souffrances, ne désespéra mes désespoirs, et j’irai, me plaignant et m’admirant, pauvre créature incomprise, millième exemplaire de légions de créatures pareilles à moi. Ah, Dieu, que sommes-nous ?

En ce moment, je suis sortie de moi-même, et je regarde avec pitié le genre humain, et je plains, avec tant soit peu d’ironie, la pauvre créature, orgueilleuse et humble, qui, dans un épisode de l’éternelle comédie, s’appellera Catherine Pozzi." [...]


Septembre 1900

Je lis le journal de Marie Bashkirtseff. Il faut que j’écrive ; me voici reprise de la rage d’écrire. J’ai sommeil et mes yeux se ferment après cette journée d’Exposition passée à Paris, ces courses et ces piétinements dans la poussière, mais je ne peux pas me coucher avec cela dans l’esprit.
Comme je la comprends, cette femme ! C’était tellement étrange ; il me semblait être morte et me lire. Elle ne me ressemble pas ; seulement, voici mon immense orgueil, encore plus obsédant chez elle ; ces pages et ces pages, où elle se torture en se cherchant, ces désirs et ces ambitions folles qui lui semblent dépasser le monde, et ces spasmes d’enfant qui veut vivre cent vies à la fois ! Moi aussi, oh, moi aussi !
Elle était plus violente que moi, et, c’est drôle à dire, je suis plus tendre. Ensuite, je suis beaucoup plus naturelle, et tout à fait sincère. Lorsque j’ai commencé à écrire régulièrement - j’avais douze ans, je crois - la même idée poignante de "ne pas mourir tout entière" me tenait - je me rappelle même un passage où je cite ce journal comme "un document intéressant pour la postérité"(!) : je l’ai retrouvé chez elle !!! Mais ce qui faisait de mon journal l’émotion et l’enthousiasme si touchant, naïf et sincère, c’était le sentiment religieux profond de mon âme de petite fille ; Marie n’a pas connu ces heures désespérées et seules, elle n’a pas cherché Dieu comme les raisons de sa vie...
Son journal, dès le commencement, est composé ; elle essaye de bien écrire, de dire joliment.
Si vous existez, indifférent qui me lirez (bon, voilà que je reprends mon style pompier), regardez cette écriture bouleversée en traits impatients, et jugez combien je rédige mes œuvres !
J’écrirais très bien, si je voulais, et ce cahier aurait pu être une chose d’art - mais, au fond, je sais bien, très bien, qu’il ne sera jamais lu, et l’art m’est devenu si égal !
Oui, ma fille. Cinq lignes au-dessus, tu as mis le mot "bien" - et le voilà de nouveau deux fois de suite, tout près - Ah ! et puis zut !
J’ai beaucoup - totalement changé depuis mon opération. La gloire ne m’est plus de rien. Mon âme m’est plus chère que mon esprit. J’essaie d’être meilleure. Je suis très paresseuse et prends mon pari d’ignorer les sciences. J’écrivais pour "vous", j’écris pour moi. J’étais une petite Marie Bashkirtseff - qui s’est joliment calmée. Il y a plus de doux, plus d’indulgent, plus de femme. Je suis devenue très coquette.
Il y a une grande différence entre nous deux : je vois la vie triste. Depuis que j’ai pris l’habitude d’être malade, l’avidité de s’amuser qui me tenait s’est effacée ; je ne suis, ne peux plus être, joyeusement, follement, pleinement gaie, comme à douze ans !
Oh la gaieté saine d’alors ! Et la vie triomphante et rose...
Je le vois - quel changement s’est produit en moi !
Pourquoi est-ce que j’écris ces réflexions inutiles, à onze heures du soir ? Ma chemise de nuit est froide ; j’ai des frissons dans les jambes et mes bas ont glissé dans mes souliers. Je ferais bien mieux de me coucher. Les draps vont être froids, oui, mais après ! J’écris parce que je viens de lire un journal qui ressemblait au mien - j’aime mieux le mien, il est plus candide - et que cela m’a donné la fièvre de la plume.
Je suis bien plus intelligente quand je tiens une plume.
Ah, et puis je vais me coucher.

Catherine Pozzi, Journal de jeunesse, 1893-1906, éditions Claire Paulhan.

(RdR, article à lire ici avec d'autres extraits).

Et pour en savoir plus sur Catherine Pozzi... 


"A côté de ces pages brûlantes, où le chant d'amour s'accorde admirablement à celui de l'esprit, Catherine Pozzi dresse un tableau des mœurs et de la société. Quelques sacrifices involontaires à l'air du temps, ou à celui de la bourgeoisie, n'altèrent en rien ce superbe journal. L'observation est toujours acérée, la flèche est tirée avec une sûreté absolue quant aux êtres : ainsi, parlant d'André Gide, " bête comme les intelligents de métier ", ou de Jean Paulhan, " attentif, discret, un peu trop " vie intérieure " par l'extérieur "...

Il faut souhaiter que la publication de ce Journal fasse justice à Catherine Pozzi, au-delà des aspects anecdotiques, au-delà même de la personne de Paul Valéry. Qu'un peu de gloire posthume, ou de considération, revienne à l'auteur de ces pages dont les années n'ont en rien apaisé la vibration, tout à la fois nerveuse et spirituelle."


KECHICHIAN PATRICK, Le Monde, édition du 27 novembre 1987.


dimanche 6 octobre 2013

L'apothéose du moi



File:Marie Bashkirtseff 02.jpg
Depuis le temps que je voulais le lire. Il est introuvable,  acheté d'occasion, mon exemplaire ne contient qu'une partie du Journal de Marie Bashkirtseff. J'apprends en faisant mes recherches qu'il est réédité aux éditions L'Age d'Homme, au prix de 78 euros. Je vais me contenter (pour le moment...) des extraits, éditions Mercure de France, 2000,  collection Le petit Mercure,  acheté 5 euros! Mais je n'ai pas attendu de lire son journal pour parler d'elle.

"Marie parlait cinq langues, jouait de plusieurs instruments et étudiait le chant avec passion. A douze ans cette adolescente précoce commença à tenir en français un journal intime qui devait devenir un mythe et rendre célèbre son auteur. Simone de Beauvoir voit dans ce texte un modèle du genre. A dix-sept ans la jeune Russe perdit sa voix lors d'un refroidissement, ceci mit un terme à ses ambitions de cantatrice et la poussa à se consacrer à sa peinture [...]".
Préface de Verena von der  Heyden-Rynsch.

En commençant la lecture de son journal, ma première réaction fut de me dire : quel narcissisme, quel égotisme démesurés mais, je réalisais alors qu'elle n'avait que treize ans quand elle écrivit :

"Nous passons la journée à m'admirer, maman m'admire, la princesse G. m'admire; elle dit  continuellement que je ressemble à maman ou à sa fille; or, c'est le plus grand compliment qu'on puisse faire. On ne pense jamais mieux que de soi. C'est que, vraiment, je suis jolie. A Venise, dans la grande salle du Palazzo Ducal, la peinture du plafond par Paul Véronèse représente Venise sous les traits d'une femme grande, blonde, fraîche; je me rappelle cette peinture. Mes portraits photographiques ne pourront jamais bien me représenter, la couleur manque, et ma fraîcheur, ma blancheur sans pareilles sont ma principale beauté. Mais qu'on me mette de mauvaise humeur, qu'on me mécontente en quelque chose, que je me fatigue, adieu ma beauté! rien de plus fragile que moi. Quand je suis heureuse, tranquille, alors seulement je suis adorable.
Quand je suis fatiguée ou fâchée, je ne suis pas belle, je suis plutôt laide. Je m'épanouis au bonheur comme les fleurs au soleil. On me verra, on a le temps, Dieu merci! Je ne fais que commencer à devenir ce que je serai à vingt ans.
Je suis comme Agar dans le désert, j'attends et je désire une âme vivante."

Je riais en lisant les pages de ces années adolescentes. Dans la Préface, Verena von der  Heyden-Rynsch écrit :

"[...] l'un des témoignages intimes les plus remarquables de ce siècle. L'apothéose du moi et les contradictions de la grandeur se sont rarement  exprimées avec autant de force, à la fois éblouissante et rebutante. Ses nombreuse redites, son narcissisme morbide et ses interminables séances d'introspection ne parviennent pas à rompre le charme de ce Journal."

Oui, le charme persiste grâce justement à ses contradictions, à ses entêtements!


Mercredi 19 avril 1876

"[...]
Quoi que je devienne, je lègue mon journal au public.
Tous les livres qu'on lit sont des inventions, les situations y sont forcées, les caractères faux, tandis que ceci, c'est la photographie de toute une vie. Ah! direz-vous, cette photographie est ennuyeuse, tandis que les inventions sont amusantes. Si vous dites cela, vous me donnez une bien petite idée de votre intelligence.
Je vous offre ici ce qu'on n'a encore jamais vu. Tous les mémoires, tous les journaux, toutes les lettres qu'on publie ne sont que des inventions fardées et destinées à tromper le monde.
Je n'ai aucun intérêt à tromper. [...] Personne ne s'inquiète si  j'aime ou je n'aime pas, si je pleure ou si je ris. Mon plus grand soin est de m'exprimer aussi exactement que possible. Je ne me fais pas illusion sur mon style et mon orthographe. J'écris des lettres sans fautes, mais au milieu de cet océan de mots, j'en laisse échapper sans doute beaucoup. Je fais en outre des fautes de français. Je suis étrangère. Mais demandez-moi d'écrire dans ma langue, je le ferais peut-être plus mal encore.
Mais ce n'est pas pour dire tout cela que j'ai ouvert le cahier. C'est pour dire qu'il n'est pas encore midi, que je suis livrée plus que jamais à mes tourmentantes pensées, que ma poitrine est oppressée et que je hurlerais volontiers. D'ailleurs c'est mon état naturel.
Le ciel est gris, la Chiaja n'est traversée que par des fiacres et de sales piétons, les stupides arbres plantés de chaque côté empêchent de  voir la mer. A Nice, à la promenade des Anglais, on a les villas d'un côté, et de l'autre la mer qui vient se briser sur les galets sans aucun empêchement. [...]"

N'est-elle pas exquise cette chipie?
  
Vendredi 10 janvier 1879 (elle a vingt ans)

"[...]
Si la peinture ne me donne pas de gloire assez tôt, je me tuerai et voilà tout. C'est résolu depuis quelques mois déjà... En Russie encore, je voulais me tuer, mais j'ai eu peur de l'enfer. Je me tuerai à l'âge de trente ans, car jusqu'à trente ans, on est encore jeune et on peut espérer la chance, ou le bonheur, ou la gloire, ou n'importe quoi. Ainsi donc, voilà qui est réglé et si je suis raisonnable, je ne me tourmenterai plus, non pas seulement ce soir, mais toujours.
Je parle très sérieusement et je suis vraiment contente de me faire une raison."

Jeudi 30 octobre1879

"La France est un pays charmant et amusant : les émeutes, les révolutions, les modes, l'esprit, la grâce, l'élégance; tout ce qui donne enfin à la vie du charme, de l'imprévu. Mais n'y cherchez ni gouvernement sérieux, ni homme vertueux (au sens antique du mot), ni mariage d'amour... ni même véritable art. Ils sont très forts, les peintres français; mais, à part Géricault et actuellement Bastien-Lepage, le souffle divin manque. Et jamais, jamais, jamais la France ne produira ce qu'ont produit l’Italie et la Hollande dans un genre spécial.
Beau pays pour la galanterie et le plaisir, mais le reste?... Enfin, c'est toujours cela, et les autres pays, avec leurs qualités solides et respectables, sont ennuyeux quelquefois."

Puis le Journal de la jeune fille à partir de 1882 se fait plus intense, moins naïf et le coeur se serre en la lisant. Ses rêves se brisent. Verena von der  Heyden-Rynsch écrit dans la Préface :

"Il y en a pourtant des tristesses, une douloureuse question du sens de la vie qui commence à hanter la jeune femme au même moment que les symptômes de la maladie la plonge dans le désespoir et que son assurance extérieure se fissure. Son journal compte de plus en plus pour elle, comme le seul confident à qui elle puisse tout dire. Il ne l'accompagne plus sur le chemin de la gloire, mais la soutient au long de son agonie."

Mercredi 1er octobre 1884

"Tant de dégoût et tant de tristesse.
A quoi bon écrire?
[...]
Bastien-Lepage va de mal en pis.
Et je ne peux pas travailler.
Mon tableau ne sera pas fait.
Voilà, voilà, voilà!
[...]
Tout est fini.
On m'enterrera en 1885.

Jeudi 16 octobre 1884

"J'ai des fièvres terribles qui m'épuisent. Je passe toute la journée au salon, changeant de fauteuil et de canapé.
Dina me lit des romans. Potain est venu hier. Il viendra encore demain. Cet homme n'a plus besoin d'argent, et s'il vient plusieurs fois c'est qu'il s'intéresse un peu à moi.
Je ne peux pas sortir du tout, mais ce pauvre Bastien-Lepage sort; alors il se fait porter ici, s'installe dans un fauteuil, les jambes allongées sur des coussins; moi, tout près dans un autre fauteuil et comme ça jusqu'à six heures.
Je suis habillée d'un fouillis de dentelle, de peluche, tout ça est blanc, mais de blancs divers, l'oeil de Bastien-Lepage s'en dilate de plaisir :
- Oh! si je pouvais peindre! dit-il.
Et moi!
Fini, le tableau de cette année!"

Marie meurt quelques jours plus tard, le 31 octobre 1884, à Paris, elle avait vingt-six ans.

 

Hier soir en refermant le petit livre, j'ai longtemps regardé le visage de la couverture, j'y lisais son espièglerie, sa soif de vivre, de devenir célèbre, sa force, ses ambitions, son désarroi. Je n'avais plus envie de m'en tenir à ces extraits et je me disais que je pourrais peut-être m'offrir l'édition complète qui doit valoir largement le prix d'un flacon de mon parfum préféré.
J'ai une passion pour les journaux intimes. En créant mon blog et en mettant en exergue son Autoportrait à la palette, je ne savais pas grand chose de Marie Bashkirtseff mais le peu que je découvris alors me la fit aimer d'emblée.

vendredi 4 octobre 2013

Vertigineux ce grain de folie

Je suis complètement down depuis trois jours.
Merci les antalgiques.


Trois ans déjà... et je ne vais guère mieux. A vrai dire ça empire.
Seul le physique est atteint. Alors, tant que le mental est intact, soyons gaie!
Je peux encore lire, aller au cinéma, écouter de la musique.
De quoi me plains-je (hum!)?


Il avait le derrière tout mouillé, je l'ai mis à sécher au soleil....
avant de passer à taaaaaable!

(Je me demande si mon mental est vraiment intact. Mmm!  Vu mon âge, raconter tant de bêtises...
Je suis en train de lire le Journal de Marie Bashkirtseff.  Aucun rapport, quoi que...)

lundi 13 février 2012

"JE DIS TOUT, TOUT, TOUT"

Cette phrase de Marie Bashkirtseff : "je dis TOUT, TOUT, TOUT", cela n'est possible que dans un journal intime, pas un journal extime comme celui que j'expose ici.
En fait, je ne livre dans ce blog/journal que ce qui me concerne. Je ne peux aller plus loin et parler de ceux qui sont concernés, sauf s'ils sont morts.
J'ai tenu pendant des années mon journal intime, dans des cahiers tenus secrets. J'en ai déjà parlé.

Marie Bashkirseff écrivait ceci dans son Journal, dans la Préface qu'elle a tenu à écrire elle-même :

"D'abord j'ai écrit très longtemps sans songer à être lue, et ensuite c'est justement parce que j'espère être lue que je suis absolument sincère."
Cette phrase répond peut-être à ce que j'écrivais aujourd'hui à un ami :
"Je pourrais reprendre mon journal intime sans passer par mon blog me direz-vous ? Oui, mais je ne sais pas pourquoi, j’ai besoin de faire semblant d’être lue, allez savoir pourquoi."


Marie B. avait 25 ans quand elle est morte et il y avait dans ce qu'elle écrivait la fraîcheur de l'âge :
"Non seulement je dis tout le temps ce que je pense, mais je n'ai jamais songé un seul instant à dissimuler ce qui pourrait me paraître ridicule ou désavantageux pour moi.  - Du reste, je me crois trop admirable pour me censurer. "
Cette phrase que je souligne me fait sourire, c'est en elle que je trouve cette fraîcheur, cette innocence.

"Si j'allais mourir comme cela, subitement, prise d'une maladie !... Je ne saurai peut-être pas si je suis en danger ; on me le cachera et, après ma mort, on fouillera dans mes tiroirs ; on trouvera mon journal, ma famille le détruira après l'avoir lu et il ne restera bientôt plus rien de moi, rien... rien... rien !... C'est ce qui m'a toujours épouvantée. Vivre, avoir tant d'ambition, souffrir, pleurer, combattre et, au bout, l'oubli !... l'oubli... comme si je n'avais jamais existé. Si je ne vis pas assez pour être illustre, ce journal intéressera les naturalistes ; c'est toujours curieux, la vie d'une femme, jour par jour, sans pose, comme si personne au monde ne devait jamais la lire et en même temps avec l'intention d'être lue ; car je suis bien sûre qu'on me trouvera sympathique... et je dis tout, tout, tout. Sans cela, à quoi bon ? Du reste, cela se verra bien que je dis tout..."

mardi 16 avril 1876

Quoi que je devienne, je lègue mon journal au public.


Tous les livres qu’on lit sont des inventions, les situations y sont forcées, les caractères faux, tandis que ceci, c’est la photographie de toute une vie. Ah ! direz-vous, cette photographie est ennuyeuse, tandis que les inventions sont amusantes. Si vous dites cela, vous me donnez une bien petite idée de votre intelligence.


Je vous offre ici ce qu’on n’a encore jamais vu. Tous les mémoires, tous les journaux, toutes les lettres qu’on publie ne sont que des inventions fardées et destinées à tromper le monde.


Je n’ai aucun intérêt à tromper. Je n’ai ni acte politique à voiler, ni relation criminelle à dissimuler. Personne ne s’inquiète si j’aime ou je n’aime pas, si je pleure ou si je ris. Mon plus grand soin est de m’exprimer aussi exactement que possible. Je ne me fais pas illusion sur mon style et mon orthographe. J’écris des lettres sans fautes, mais au milieu de cet océan de mots, j’en laisse échapper sans doute beaucoup. Je fais en outre des fautes de français. Je suis étrangère. Mais demandez-moi de m’expliquer dans ma langue, je le ferais peut-être plus mal encore.


Mais ce n’est pas pour dire tout cela que j’ai ouvert le cahier. C’est pour dire qu’il n’est pas midi, que je suis livrée plus que jamais à mes tourmentes pensées, que ma poitrine est oppressée et que je hurlerais volontiers. D’ailleurs, c’est mon état naturel.



Son journal manuscrit (106 cahiers et carnets, 19000 pages) est pour l'essentiel conservé aujourd'hui au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale.

Marie meurt à Paris le 31 octobre 1884, à l’âge de 25 ans des suites d’une phtisie. Son oeuvre comprend une centaine de tableaux qui sont aujourd’hui exposés à Saint Petersbourg, Moscou, Athènes, Chicago, Amsterdam en passant par la France avec Paris (Musée d’Orsay, Petit Palais…) et Nice (Musée Jules Chéret).

Quelques liens ici. 

Ce billet m'a été inspiré par mes doutes : je ne dis pas TOUT évidemment, j'ai souvent envie de TOUT DIRE, je souhaite que mon blog reste confidentiel et j'ai besoin quand j'écris de savoir que je vais être lue. Tout cela est bien contradictoire. Je suis un paradoxe. Pour être honnête et sincère, je ne fais ici que combler ("enchairir"?) ma solitude. Une chose est sûre, je ne suis pas un écrivain, j'aime seulement me retrouver parfois dans leurs mots :

" Je suis un être de langue, et non un distributeur de contenus (c'est-à-dire un embouteilleur d'histoires, un athlète de l'emballage), tel a été mon tout premier cri de guerre. Je voulais souligner par là que mon moteur était un besoin de dire, mais aussi une difficulté à dire, sans autre engagement. Je ne suis que dans la mesure où je peux le dire et me dire."
Chapitre : Donner la vie, p. 264.
Paul Nizon, in Le Ramassement de soi.

samedi 25 septembre 2010

Marie Bashkirtseff

Je crois n’avoir encore jamais parlé d’elle ici, enfin je ne sais plus... et la recherche « par mots » n’existe pas sur blogger ! Si, il y a cette phrase d’elle dans ma mise en page…
J’y pense parce que hier, je l’ai mise en fond d’écran. Il fallait que je trouve une image qui remplaçât le précédent fond d’écran, lequel commençait à trop me chambouler dès que j’allumais ou fermais les fenêtres… de mon ordinateur. Mais supprimer une image ne supprime pas nos pensées. Sûrement pas, je crois même pouvoir dire : au contraire.
Donc, en fond d’écran depuis hier : Marie Bashkirtseff.


Autoportrait à la palette


Je n'ai pas encore lu son Journal seulement de nombreux extraits - mais cela fait partie de mes projets de lecture. Mon Dieu que de projets.
Maupassant (Acte Sud 2001) il faut absolument que je la lise aussi quand ce livre sera réédité car épuisé actuellement !
Tout ce que je sais sur elle, je l’ai lu ici et là, c’est pourquoi oui, je me dois de découvrir son œuvre en profondeur, d’autant que sa vie fut si courte, elle est morte à 26 ans. Sa peinture mérite qu'on s'y attarde.

"À la date du lundi 3 juillet 1876, on peut lire : "Ce pauvre journal qui contient toutes ces aspirations vers la lumière, tous ces élans qui seraient estimés comme des élans d’un génie emprisonné, si la fin était couronnée par le succès, et qui seront regardés comme le délire vaniteux d’une créature banale, si je moisis éternellement ! Me marier et avoir des enfants ! Mais chaque blanchisseuse peut en faire autant. A moins de trouver un homme civilisé et éclairé ou faible et amoureux. Mais qu’est-ce que je veux ? Oh ! vous le savez bien. Je veux la gloire ! Ce n’est pas ce journal qui me la donnera. Ce journal ne sera publié qu’après ma mort, car j’y suis trop nue pour me montrer de mon vivant. D’ailleurs, il ne serait que le complément d’une vie illustre."

Et sa correspondance avec 

The Meeting
The Studio

En écrivant cela je suis presque sûre d’en avoir parlé, à propos de son autoportrait à la palette qui me fait penser à cet autoportrait de Elizabeth-Louise Vigée-Le Brun que j’aime aussi avoir parfois en fond d’écran.

Elizabeth-Louise Vigée-Le brun, Autoportrait au chapeau de paille



Intéressant cet article de l’Express même si je m’éloigne de mon sujet.

Voilà, c’est idiot de vouloir changer mon fond d’écran dont le sujet m’accompagne depuis des semaines, des mois déjà, c’est ce fond d’écran là que j’ai dans la tête, dans le cœur, de toute façon. Je me demande ce que signifie de vouloir le remplacer par cet Autoportrait à la palette… ce visage qui se regarde - avec mélancolie? - dans un miroir, est-ce moi… qu’elle regarde ? est-ce lui qui me regarde ?
Tout cela est bien léger pour parler de Marie Bashkirtseff et cette phrase résume bien ce que je ressens d'elle en ayant parcouru quelques notes de son journal :
 
"Il me semble que personne n'aime autant que moi : arts, musique, peinture, livres, monde, robes, luxe, bruit, calme, rire, tristesse, mélancolie, blague, amour, froid, soleil..., j'adore et j'admire tout."
"Je n'ai jamais pu dire le mot amant et voilà la première fois que je l'écris ".