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mercredi 1 janvier 2014

Que la fête commence




Flûte! J'ai eu la flemme de recommencer, j'en reste là. D'ailleurs le but de cet exercice est seulement de vérifier si j'ai toujours une voix. Après tout, ces quelques minutes auront suffi pour le vérifier. Ça m'apprendra à ne pas nettoyer mes verres de lunettes régulièrement. Pfff!
Le texte prévu était tiré de la Correspondance passionnée, Anaïs Nin, Henry Miller, éditions Stock.

Sinon quoi d'autre?

Lundi 30 décembre.

Soirée. Regardé un DVD : Nietzsche, miracle français par Philippe Sollers.



 Capture d'écran

On n’apprend rien sur Nietzsche, et j’ai vraiment l’impression d’en savoir plus que lui (on ne m'appelle pas Modeste). C’est inconsistant, creux, et il ne cesse de ramener Nietzsche à lui-même. Pourtant j’aime bien Sollers (ça étonne quelques amis) mais là, je l’ai trouvé vraiment ennuyeux et d'une banalité; trois mots par-ci trois mots par-là. Du vent! D’ailleurs sur la pochette du DVD ce sont ses romans qui sont mentionnés, il se fait sa pub en fait et on y annonce même ainsi : Janvier 2006, sortie d’Une vie divine ! 
Et aussi : "Je n'aurais quant à moi pu écrire Paradis, Femmes, Portrait du Joueur, Le Cœur absolu, Les Folies françaises, Le Lys d'or, La Fête à Venise, Le Secret, si je n'avais senti en permanence planer près de moi la main dégagée, active, cruelle et indulgente de Nietzsche."
Mmm! Clap de pub!
Bref, je me suis fait avoir. GROSSE DÉCEPTION.

Mardi 31 décembre.

Migraine toute la journée.
Léger mieux en soirée. Pas de réveillon, pas de repas gastronomique et même pas de champagne. Snif!
Fini l'autobiographie de James Salter Un cœur (lapsus) à brûler, il s'agit de Une vie à brûler. J'ai eu du mal à le lire, surtout la première partie qui raconte ses années de jeunesse dans l'aviation. Plaisir moins vif que pour le magnifique Un Bonheur parfait. Deuxième partie passionnante cependant. Une vie riche de rencontres : artistes, écrivains.
Que je hais le 31 décembre. On a beau se dire que c'est un jour comme un autre. CE N'EST PAS VRAI!

Lundi 1er janvier.

Mon Bezo a eu 60 ans aujourd'hui. Il a plu des hallebardes et j'ai cru que ma voiture allait s'envoler sur la voie express en allant chez elle. Sur les flaques d'eau j'avais peur de faire de l'aquaplaning. A 14 heures il faisait presque nuit. What a lovely day!
Rien à ajouter.

Ah si! Ouf! C'est terminé, fini, on tire un trait sur ces fêêêêêtes!

Bonne année bonne santé.

QUE LA FÊTE COMMENCE




samedi 21 septembre 2013

***

En ce moment sur France Culture : Répliques, Alain Finkielkraut parle du "charme romanesque" de James Salter dans Un bonheur parfait!

Je l'ai devancé. Non mais!

"Chaque page est cristalline et d'une grande beauté".

mercredi 18 septembre 2013

La seule chose qui me fasse peur ce sont les mots "vie ordinaire"

 




 James Salter (88 ans), né le 10 juin 1925 à New-York



"Ils étaient couchés dans le noir comme deux victimes.. Ils n'avaient rien à se donner, ils étaient liés par un amour pur, inexplicable.
Viri dormait, elle le savait même sans le voir. Il dormait comme un enfant, silencieusement, profondément. Ses cheveux clairsemés étaient ébouriffés, il étendait une main douce et molle. S'ils avaient été un autre couple, elle aurait trouvé qu'ils étaient attirants, elle les aurait même aimés - ils étaient si malheureux.
Page 162.

"Dans six ans, elle aurait quarante ans. Elle percevait cette échéance comme un récif blanc au loin - signal du danger. La vieillesse l'effrayait, elle ne l'imaginait que trop facilement. Elle en cherchait tous les jours les signes, d'abord à la lumière crue de la fenêtre, puis tournant légèrement la tête pour atténuer un peu la dureté de cet éclairage, elle reculait de quelques pas en se disant : les gens ne s'approchent jamais autant.
Page 163

"Elle avait étalé les costumes de son père sur le lit. Ils iraient à l'Armée du Salut avec ses chemises, ses chaussures. La terre avait produit un bruit sourd en tombant sur la crypte où il reposait. [...]
[...]
C'était fini. Soudain, elle ressentit comme un présage. Elle était exposée. A présent le champ était libre pour sa propre mort.
Pages 191-192.

"Les deux amies regardaient des verres à vin. Tout ce qui était beau et élégant venait de Belgique ou de France. Retournant les objets, Nedra lut les prix. Trente-huit dollars la douzaine. Quarante-quatre.
"Ceux-ci sont magnifiques, dit Eve.
- Je préfère  ceux-là.
- Soixante dollars la douzaine. Qu'en feras-tu?
- On a toujours besoin  de verres à vin.
- Tu n'as pas peur de les casser?
- La seule chose qui me fasse peur, ce sont les mots "vie ordinaire".
Page 223.

James Salter, in Un bonheur parfait (titre original Light Years, 1975), éditions de l'Olivier, collection Points, 2008.

Je n'en suis qu'à la moitié du livre. C'est lumineux.

samedi 31 août 2013

Ce qui comptait ce n'était pas de posséder, c'était de faire partie de l'existence




"Il faut toujours connaître les limites du possible.
Pas pour s'arrêter, mais pour tenter l'impossible
dans les meilleures conditions."

Romain Gary

"Il fit la face nord du Triolet et l'éperon des Droites en solo. Il aurait pu trouver un compagnon de cordée; tout le monde aurait sauté sur l'occasion. Mais non : il quittait Chamonix seul et c'était seul qu'il grimpait.
La face nord du Triolet est une grande course glaciaire où la paroi rocheuse disparaît sur près de 800 mètres sous le glacier en cascade qui la recouvre.
Rand partit tôt ce jour-là. [...] Seul le crissement des crampons brisait le silence. Il progressait méthodiquement, un piolet à chaque main, bientôt prisonnier du rythme de ses gestes. L'idée qu'il pourrait glisser - et il aurait alors dévalé la pente lisse comme une surface de verre - ne lui vint à l'esprit qu'au sommet où il avait déjà atteint une altitude élevée. Et lui vint d'une étrange manière. Il faisait une pause, les pointes de ses crampons enfoncées d'un bon centimètre dans la glace. Un centimètre d'assurance suffisante. Quand il en prit conscience, il fut envahi d'une sorte de félicité. Jamais il ne s'était senti aussi invulnérable. Comme si la montagne l'avait ordonné et qu'il eût accepté le sacrement.
Tenu par une dérisoire pointe de métal, il se sentait heureux, maître de toutes les difficultés, de toutes les terreurs. C'est ce que l'on doit éprouver à l'instant fatal, songea-t-il avec un certain malaise. Un ultime élan de joie avant la fin. Il jeta un coup d'oeil en bas. La pente était vertigineuse.
[...]
[...] Il pensa à Bray et, l'espace d'un instant, il eut le sentiment que l'Anglais était là. Ces pics solitaires, ces courses appartenaient à Bray qui existait en eux. Mort, les os rompus, il était toujours présent. Il n'avait pas vraiment disparu, il avait seulement quitté la scène. Toute cette journée, la sensation de triompher au passage du surplomb, le panorama incomparable qui s'offre au sommet, tout appelait le souvenir de Bray.
On le voyait souvent passer, sac au dos, un rouleau de corde à l'épaule. "Je vais me balader", disait-il. Le matin, il se réveillait au milieu d'une forêt de pics d'une blancheur inouïe qui montait à l'assaut d'un ciel de silence.
Il m'est arrivé un drôle de truc, écrivit-il à Cabot. Je n'ai absolument plus peur de la mort. Ces temps-ci, je ne fais plus que des randonnées en solo. J'ai fait la face N du Triolet et le Couturier à la Verte. Fantastique. Je ne peux pas t'expliquer. Quoi de neuf aux States? Où as-tu été?
Ce n'était pas seulement la solitude qui l'avait métamorphosé : son optique avait changé. Ce qui comptait ce n'était pas de posséder, c'était de faire partie de l'existence. Il connaissait toujours l'angoisse qui accompagne les ascensions périlleuses mais elle avait pris une autre forme : celle d'une rançon qu'il payait de bon cœur. Une secrète allégresse l'habitait. Il n'était jaloux de personne; ni arrogant ni timide."

Pages 192 - 193 - 194.


Gare du Montenvers 1913 m.





"Au Montenvers, Rand, silhouette solitaire que déformait le sac à dos, descendit dans la cuvette du glacier. Des néophytes s'entraînaient à marcher sur la glace; ici et là des cordées s'éloignaient ou revenaient. Peu à peu, il les distança tous. [...] A midi, il avait commencé à gravir le glacier de Leschaux, il s'arrêtait pour prendre un peu de repos.
Plus tard, d'aucuns prétendront qu'il leur avait paru différent mais c'était un changement malaisé à définir. Il avait les cheveux un peu plus en désordre, comme s'il se souciait moins de son apparence. Son ardeur s'était émoussée. On s'attendait à le voir s'arrêter au refuge de Leschaux mais ce n'était pas là qu'il avait l'intention d'aller? Il continua l'ascension solitaire du glacier.
Il n'avait pas prêté jusque-là attention à ce qu'il y avait devant lui mais plus il avançait, plus il avait conscience d'une présence dans le ciel. Il la sentait comme on devine la mer à des kilomètres de distance. [...]
Enfin, il s'arrêta et leva la tête.
Le pilier culminant des Grandes Jorasses, tout noir entre les plaques de neige qui l'enserrent, dressait presque d'un seul tenant sa masse à l'assaut du ciel. Le soleil en illuminait le socle. Plus haut, il était presque noir.
Un visage est perpétuellement mobile mais il arrive un moment où il semble acquérir sa perfection ultime. Il a conquis sa vérité définitive, il est devenu inaltérable. Ainsi en allait-il du visage levé de Rand, ce jour-là. Il avait trente ans - trente et un pour être précis - et son courage était sans faille. Au dessus de lui, l'élan de pierre de la pointe Walker."

Pages 252 - 253. 

James Salter, in L'homme des hautes solitudes, éditions des Deux Terres, 2003.

Je ne connaissais pas l'écrivain James Salter. J'avais entendu parler d'un de ses romans : Un bonheur parfait, sur France Culture cet été et ce qu'on en disait m'a donné envie de le découvrir. A la bibliothèque, je n'ai trouvé que L'homme des hautes solitudes.  La 4e de couverture a suffit pour me décider à l'emprunter puisque ça parlait de Chamonix, de la montagne et des alpinistes que j'ai toujours admirés.

Mais ce livre parle aussi de la solitude de l'homme. Je ne pouvais qu'être conquise. Et puis, tous ces noms m'évoquaient et ravivaient tellement de souvenirs de Chamonix : La mer de glace, Le Montenvers, les Grandes Jorasses, l'Aiguille du Midi, le Mont Blanc et ces grandes figures de montagnards-alpinistes que j'avais "approchés" au Musée alpin, morts - pour la plupart - de leur passion pour l'ascension.

Je ne sais pas vraiment pourquoi j'aime autant la montagne; je m'y sens bien, je ne m'y aventure pas vraiment, je laisse cela aux passionnés, aux expérimentés, à ceux qui s'y risquent par amour, mais j'aime la sentir là, l'approcher, du haut de mon moi minuscule, de ma solitude. Elle me remet à ma place. Et quand les nuages recouvrent les sommets comme sur la photo ci-dessous, elle prend toute sa puissance, sa beauté, son mystère, son invincibilité. Comme je comprends "la secrète allégresse qui habitait" Rand.




N'ayant pas trouvé Un bonheur parfait à la bibliothèque, je viens de l'acheter (en poche, collection Points) ainsi que Une vie à brûler, son autobiographie.



 



 A droite, Emile Rey dit "Le prince des guides" 1846-1895
Courmayeur/Italie
Aiguille noire de Peuterey, 1885
Aiguille blanche, 1887
Arrête de Peuterey au Mont Blanc.



A gauche, Franz Lochmatter 
Guide
1878-1933
Suisse
Première ascension de l'arête Est du Plan,
avec son client  V.J.E. Ryan, 1906.

Au centre, Joseph Ravanel dit "Le rouge"
1869-1931
Chamonix/France
Premières dans les aiguilles de Chamonix.
De 1901 à 1906 : aiguilles Blaitière, Fou, Peigne, Ciseaux.
Traversée du Grand Charmoz, Dent du Caiman.



 Edward Whymper 1840-1911
Grande Bretagne
Première ascension du Cervin avec Michel Croz,
14 juillet 1865

A gauche, Michel-Auguste Croz dit "le Prince des Guides"
1830-1865
Le Tour - Vallée de Chamonix, France
Première ascension du Cervin avec Edward Whymper
14 juillet 1865



On voit mieux Michel Croz sur la photo ( voir plus haut, à gauche) avec Emile Rey






A gauche, Patrick Bérhault, surnommé "Bérobocop" ou "E.T."
1957-2004
Grande traversée des Alpes  (août 2000 à février 2001) 167 jours,
22 sommets et voies majeures.

1944
Tyrol/Italie
Premier homme à avoir gravi tous les 8000 de la planète.
Première ascension sans oxygène de l'Everest, 1978.
(Toujours en vie).


(Photos personnelles prises à Chamonix, au Musée alpin en mai 2012
et lors de mes balades en mai 2011).