Affichage des articles dont le libellé est Evian. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Evian. Afficher tous les articles

mercredi 6 novembre 2013

"Ah! Il y a tant de choses à voir entre le ciel et la terre que les poètes sont seuls à avoir rêvées." Friedrich Nietzsche

Hier soir j'ai regardé la télévision. Ben oui. J'ai regardé La Grande Evasion fiscale! Ah ah! A vrai dire je m'en fichais complètement du sujet traité. Je ne pensais qu'à la mienne, d'évasion, celle qui me fait rêver, qui m'emporte quand je longe ses rives. Je voulais voir le Léman, je l'ai vu. Je veux revoir le Léman.

J'aime les lacs, la montagne, donc j'aime la Suisse. Ses banques, je m'en balance! Du coup l'histoire de la Suisse m'intéresse et j'écoutais ce matin - presque par hasard - cette émission

Et la Suisse ce n'est pas que le lac Léman!

Un ami qui sait combien j'aime ce pays et ses lacs (et Nietzsche ne me contredira pas), m'a envoyé ces photos* hier, du lac de Neuchâtel. Il veut me faire mourir d'envie!




Bon, ce n'est pas demain non plus que je vais résider à Sils-Maria au Waldhaus!

A-9002.jpg 

"[...]  un hôtel aux allures de forteresse qui vient de fêter son centième anniversaire. Marcel Proust, Jean Cocteau ont séjourné ici, ainsi que Claude Chabrol qui y a tourné une partie des scènes de Rien Ne Va Plus, et qui, le dernier jour, s’est amusé à préparer un steak tartare pour 50 personnes ! [...]"
(Aller directement au troisième paragraphe.)

"Pour Thomas Mann, Sils-Maria, en Suisse, était le plus bel endroit du monde. C'est aussi l'adresse d'un hôtel exceptionnel, le Waldhaus, où la chambre de l'écrivain est restée inchangée. Fondé en 1908, ce château biscornu, qui domine la vallée au milieu d'une forêt de mélèzes, a reçu tous les grands de ce monde et garde sa patine du XIXe siècle. Un univers de beauté et de paix, qu'évoquent ici des habitués : l'historien Fritz Stern, le cinéaste Alexander Kluge, qui y rencontra jadis le philosophe Theodor Adorno, ou l'artiste berlinois Jonathan Meese." 
  
Assez rêvé pour aujourd'hui! Ah mais non! Je continue de rêver là. Bon d'accord, je ne joue pas dans la même cour que la journaliste.

* Publiées ici avec l'accord de l'auteur. Reproduction interdite. 

dimanche 15 septembre 2013

Journées du Patrimoine

Hier, le beau ciel de septembre incitait à la promenade.



Quelques mètres plus loin, j'aperçus la grille ouverte d'un endroit que je rêvais de visiter. 


En y pénétrant je me demandais si ce lieu vivait encore tant l'extérieur me paraissait abandonné. Je n'entendais aucun bruit, il n'y avait que moi et je me demandais si je ne violais pas un endroit interdit. Je me rassurais en constatant que le seul interdit était celui de grimper au mur, ce qui n'était évidemment pas dans mes intentions.



J'avais espéré entendre le son d'un violoncelle, d'un piano, d'une flûte, qui se serait échappé de fenêtres entrebâillées mais ce n'était que silence rempli de mystère, sans âme qui vive. Je décidais alors d'inventer des âmes errantes, de tendre l'oreille sur un quatuor d'élèves-musiciens qui m'aurait enchantée, et je m'attardais longtemps dans le corridor où de naïves et jolies peintures ornaient les murs.  

"Vous voyez, un peintre de Paris est venu pour peindre en fleurs à fresque son corridor."
Honoré de Balzac

Une sensation étrange m'enveloppait faite d'exaltation et d'oppression; j'étais Alice au pays des merveilles, un lutin-lapin allait apparaître. 

Je repensais soudain au magnifique Conservatoire de Musique de Lausanne, son Café Mozart,  et je désirais ardemment retourner à Evian.








LAUSANNE 29-05-2012 par watnews 


Mais, j'étais à Quimper. Je découvrais, affiché sur une porte, le planning des cours pour l'année 2013-2014. C'est donc que ce Conservatoire n'était pas abandonné bien qu'à l'abandon, un abandon qui avait son charme. Turlupinée tout de même par l'état des lieux, je me renseignais de retour au logis sur ce Conservatoire et j'appris alors qu'il devait être réhabilité. Ouf! Nonobstant, je ressentis une joie particulière à l'idée d'avoir peut-être immortalisé ces murs...





samedi 30 juin 2012

Le bonheur d'être soi

C'est formidable Internet!

Je peux presque me croire encore à Evian, dans ma chambre d'hôtel, contemplant le lac en écoutant Espace2, une radio suisse .


Je n'arrivais à capter aucune radio française sur mon mini transistor (j'avais mon ordinateur mais le wi-fi ne fonctionnait pas), tant mieux, cela m'a permis de découvrir celle-ci, et une semaine culturelle sur l'Art brut.

Ce matin, dans L'humeur vagabonde Charles Sigel parle de Jean-Louis Barrault, de Artaud, du théâtre, du mime; c'est passionnant.

Alors, jetant un coup d'oeil sur mon fond d'écran d'ordinateur...


... je me remémore ces matins où, après le petit déjeuner...



... je remontais dans ma chambre et j'écoutais cette radio, avant de partir faire mes balades, après avoir jeté un coup d'oeil sur la presse régionale proposée à l'hôtel : Le Dauphiné libéré, Le Figaro. J'achetais Le Temps en ville; à Evian j'étais un peu en Suisse, je l'achetais déjà à Chamonix, comme une petite mise en bouche de la semaine à venir...



Le titre à la Une me fit sourire : "Une enquête ausculte les ressorts intimes du bonheur d'être Suisse". J'aspirerais pour ma part au bonheur d'être moi, où que je sois et ce n'est pas gagné. Je crois n'avoir connu ce bonheur-là qu'avec toi. Tu m'avais donné cette confiance en moi - qui me rendait heureuse - que je n'ai jamais retrouvée depuis ta mort. Le bonheur d'être soi, pour moi, passe par celui d'être aimé(e).


lundi 18 juin 2012

***

Deux semaines que je suis rentrée et jour et nuit  j'y pense.
Je ne pense qu'à ça, y retourner et y rester plus longtemps.
Retrouver le quotidien et tout faire pour lui trouver du charme.
Me dire que là où je vis, c'est aussi beau.
De plus ça l'est, d'une beauté plus sauvage.
Tout est beau si l'on sait contempler.
C'est notre regard qui donne à notre environnement sa beauté.

vendredi 15 juin 2012

Plus je te vois et plus je t'aime, Ô bleu Léman

Vendredi 15 juin.

Météo à Quimper

15 °C
°F ven. sam. dim. lun.

Risques de pluie Risques de pluie Brouillard Brouillard
Nuageux dans l'ensemble
Vent : SO à 24 km/h
Humidité : 82% 16 ° 12 ° 16 ° 12 ° 16 ° 6 ° 18 ° 10 °



15.06.12.
 
Météo à Évian-les-Bains

25 °C
°F ven. sam. dim. lun.

Ensoleillé dans l'ensemble Temps clair Temps clair Temps clair
Couverture nuageuse partielle
Vent : S à 23 km/h
Humidité : 41% 26 ° 15 ° 28 ° 14 ° 27 ° 17 ° 25 ° 16 °


29.05.12.

J'ai envie de déménager!
J'ai ramené la carafe (cadeau de l'hôtel) mais pas le soleil!

Miroir de l'âme, berceau d'une civilisation, le Léman est le lac préféré des poètes romantiques.

«Notre Méditerranée à nous, petite mer intérieure avant la grande.» C.F. Ramuz.

«... la magnificence, la majesté de l'ensemble qui ravit les sens, émeut le coeur, élève l'âme.» J.J. Rousseau.

«Le Léman et sa nappe de cristal, miroir où les étoiles et les montagnes voient reproduire leur image tranquille dans la profondeur de cette eau limpide.» Byron.

 «Ô vieux Léman, toujours le même, Bleu miroir du bleu firmament, Plus on te voit et plus on t'aime, Ô vieux Léman.» Eugène Rambert.

«Ô bleu Léman, amours de tes rivages, Miroir du ciel où tremblent les nuages, De ma patrie ô suprême beauté.» Juste Olivier.

«Quant au Léman, c'est la mer de Naples, c'est son ciel bleu, ce sont ses eaux bleues, et plus encore ses montagnes sombres qui semblent superposées les unes aux autres, comme les marches d'un escalier du ciel.» Alexandre Dumas.

«Cette magnifique émeraude du Léman enchâssée dans des montagnes de neige comme dans une orfèvrerie d'argent.» Victor Hugo.




Mais on peut lire aussi :

"«Toujours les lacs, morceaux de ciel égarés, sur terre, exciteront l'idolâtrie dans les âmes sensibles. Il n'en est point, probablement, qui l'ait fait autant que le Léman, ni qui pût réciter, si les eaux avaient de la mémoire, autant d'hymnes, d'élégies et de romances qui se sont épanchées au bord de ses flots, dans tous les idiomes du monde», ironise Paul Budry dans un texte consacré aux peintres du Léman. L'écrivain vaudois observe que le peintre du lac balance entre deux pôles périlleux, le pittoresque et la féerie. Et estime que seul Bocion a su rendre la poésie du lieu."

(Source L'Hebdo).

Photos, collection particulière, reproduction interdite. Non mais!



François Bocion
Bocion et sa famille à la pêche, 1877
Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne (inv. 250)



mercredi 6 juin 2012

Se persuader...

Tout faire, tout voir, en arrivant à me persuader que j'y prends du plaisir, en occultant cette chienne de solitude qui me colle aux basques comme mon ombre. Et j'y arrive, enfin, je crois, je ne sais pas... et jusqu'à quand.

Mais si, j'y arrive voyons, je n'ai pas eu besoin de me pincer pour ressentir ce bonheur d'être là.


 Ce pêcheur avec son chien ne se pose pas la question de savoir s'il est heureux.
Il l'est.


A Helen Corke, 12 juillet 1911
12 Colworth
Mercredi minuit

Je n'ai pas été surpris de trouver ta lettre en rentrant de Douvres. Ne sois pas blessée - je formule seulement mes paroles à la hâte. Bien sûr, bien sûr, ma doctrine est qu'une émotion est authentique même si le lendemain un sentiment antagoniste la supplante. Ce que nous sommes l'un pour l'autre est indéniable. Il y a une partie de toi que je devrais toujours aimer. Mais en même temps, je dois me libérer. Et je ne peux pas me marier, sauf si cela ne me lie pas. Tu peux même m'attribuer ce trait honteux, l'anormalité, pourvu que tu me croies. J'aime Louie* d'un amour qui n'empiète pas sur ma liberté et je peux l'épouser tout en demeurant seul. C'est ainsi que je dois vivre, si je me marie - dans la solitude de l'âme avant tout.
[...]
J'ai été extraordinairement heureux, tout seul à Douvres. Je n'avais rien à rejeter, nulle raison d'exercer mon ironie. La lune se levait, tout contre ma poitrine. Je crois que je peux arriver à vivre seul, corps et âme, aussi longtemps qu'il le faut [...]"
* Louisa Burrows

D.H. Lawrence, in Lettres choisies, Gallimard 2001.

lundi 4 juin 2012

Avant de prendre la route

De retour, j'ai rajouté quelques photos au texte du précédent billet, photos prises il y a quelques jours.

Samedi 2 juin, réveil à 6 h 45 pour prendre le dernier petit déjeuner face au lac. En ouvrant les rideaux, je suis ssurprise de voir à cette heure-là sur le ponton de l'hôtel, le Hollandais que j'avais pris en photo avec sa femme avec leur appareil pendant le dîner, penché sur son écran, dans la lumière du petit matin. Un couple amoureux  qui faisait un périple dans la région en DS décapotable, c'est la femme qui me le précisa, je n'avais pas vu leur automobile. Elle était sous le charme du lac; comment ne pas l'être, de plus en amoureux. Je ne les enviais pas, j'avais eu ma part de bonheur et je savais à présent savourer ce que je m'offrais, en solitaire.


Je pensais que ce serait la dernière photo de mon séjour sur les bords du Léman, elle reflète cette paix qui m'a enveloppée pendant une semaine. J'ai envie de croire que c'est un écrivain et que cette vision l'inspire.
Cependant quelques minutes plus tard, à 7 heures, c'est un couple d'Allemands qui profitent d'un dernier bain avant, eux aussi, de reprendre la route. Ils sont arrivés le même jour que moi, ils ne parlaient pas un mot de français, j'ai pu échanger avec eux quelques mots d'anglais. Ils ont passé beaucoup de temps sur les matelas : farniente, lecture et bains.  Je les ai tout de même croisés à Ouchy. Cette fois c'est bien la dernière photo sur les 450 photos que j'ai prises en deux semaines. Il va falloir que je fasse le tri!

samedi 19 mai 2012

Miroir de ce que l'on souhaite voir s'y refléter : le Léman



"Je l’aime parce qu’il est indifférent aux tourments du monde, il est intemporel, je suis le contraire. Lorsque je le contemple lui ne me voit pas, il est indifférent à mon sort et vit sa vie étranger à mes humeurs ; il a les sienne. Lorsqu’il s’énerve et tente de m’effrayer par sa débauche d’écume et la fureur du fracas de ses lames, il m’amuse et son énergie stimule la mienne*. Lorsque je le fréquente je redeviens l’enfant qui aimait les contes et les tempêtes, l’adolescent qui se retrouvait dans ses révoltes, l’adulte amoureux qui trouvait là le prétexte idéal à tous les blotissements. Lorsque le lac n’est pas en tempête il est tout aussi attirant, hypnotisant, il est le liquide amniotique, océan rêvé qui donne envie de nager indéfiniment, jusqu’à retrouver l’état d’inconscience des choses et des êtres que nous sommes au début de nos vies. J’ai été amoureux à Lausanne, le lac en fut le grand témoin, le petit théâtre le romanesque décor. Sa force est d’être le miroir de ce que l’on souhaite voir s’y refléter.

Sur les bords du lac, au Musée de la Photographie, une histoire d’amour qui se terminait mal et moi-même étions sur le point de régler nos deux entrées. Le caissier crut que la personne qui était devant nous - dont je ne manquais pas de remarquer le bleu intense des yeux - était avec nous. Le caissier décida d’unir le trio et exigea qu’une seule personne s’acquitte des trois entrées. Amusée, sans hésitation, avec élégance, la personne aux yeux si bleus accepta de régler les trois billets. Lors du thé de remerciement qui suivi la visite de l’exposition, je compris que cet accident de billetterie était peut-être la naissance de quelque chose sur lequel je n’apposais pas de nom mais qui me conduisait, intimidé, à détourner – afin de ne pas être englouti – mon regard du bleu océan du sien.

Il était convenu qu’après être retourné à Paris, je reviendrai quelques jours plus tard, non pas à Lausanne mais de l’autre côté du lac, à Evian, afin d’assister à un festival de musique classique.



 Je doutais du sens que pourrait avoir la venue de l’histoire d’amour qui se terminait mal, dans le cadre d’un festival éminemment poétique. Je ne proposais pas d’être rejoint. Timidité étonnamment oubliée, pressentiment inconscient, sens de la mise en scène, légèreté inhabituelle devenue audace, une fois à Paris je décidais de laisser un message sur le répondeur de l’inconnue aux yeux d’un bleu que je ne conterai plus. Le mot laissé sur le répondeur, lâché comme une bouteille à la mer, commençait par une requête précise : surtout, ne me rappelez pas ; suivie de ma proposition : je serai à Evian dans quinze jours, le vendredi 18 mai prochain; un bateau quittera Lausanne pour arriver à l’embarcadère d’Evian à 19 heures 15; vous le prendrez, ou pas; nous irons ensuite assister à un concert donné par Rostropovitch, ou pas; nous dînerons après le concert à l’hôtel, ou pas; je serai à l’embarcadère, et vous y serez, ou pas.

J’attendis le fameux vendredi avec fébrilité, amusement, anxiété, oubliant presque que quelques jours auparavant j’étais encore dans une histoire d’amour qui se terminait mal parce qu’elle n’en était peut-être plus une.

Le 18 mai arriva, avec difficulté. Le vendredi matin, à peine installé dans la chambre d’un palace posé dans la forêt au-dessus d’Evian, je ne pus m’empêcher de regarder de mon balcon, le lac, la Suisse, ses coteaux verts brumeux et une tâche grise en face, Lausanne.




Poursuivant ma contemplation du lac j’observais un bateau avancer au milieu de celui-ci, il traçait consciencieusement sa route vers Evian, laissant un sillage blanc derrière lui, coupant provisoirement le lac en deux avant que ce dernier n’engloutisse le sillage dessiné, irrégulièrement. Nous étions encore loin de dix-neuf heures et quinze minutes.




En regardant ce bateau avancer, j’imaginais celui qui déverserait à 19 heures 15 son lot habituel de touristes, de travailleurs transfrontaliers et de Suisses venant jouer au casino, ou élégamment vêtus afin d’assister au concert. Accroché au balcon de ma chambre, entendant Rostropovitch répéter dans une autre peu éloignée de la mienne, j’observais à plusieurs reprises le rituel des allers et retours de ces bateaux effectuant les liaisons entre Lausanne et Evian ; bateaux qui griffent le lac, dessinant des lignes comme des aiguilles indiquent l’heure et dont j’avais l’impression, qu’elles ralentissaient le temps ou qu’elles étaient cassées. La journée allait être longue avant que je n’effectue la descente vers le petit port d’Evian. L’étirement de ces heures faites d’ennui, d’impatience et de gestes inutiles fut interrompu par un appel téléphonique, le lac changeait alors d’humeur ; celui-ci qui avait été si limpide et accueillant était devenu boueux et repoussant, le soleil ne s’y reflétait plus et les voiliers commençaient à rentrer à leur port. Décrochant le téléphone, j’eus peur d’une mauvaise nouvelle, peur d’être déçu par ses mots et la sonorité de sa voix ; un appel rompant les consignes précises passées ne pouvait qu’être porteur de mauvaises nouvelles. La voix que j’entendis ne me fut pas étrangère ; l’histoire d’amour qui se terminait mal m’appelait pour m’annoncer sa venue de Lausanne par le prochain bateau, celui de midi, à Evian. Avec solennité et sans violence, nous eûmes les mots qui écrivirent la fin de l’histoire qui n’était donc plus d’amour. Les nuages déposaient un voile opaque sur Lausanne, le lac devenait grisonnant. Nous le regardâmes de la chambre, l’un à côté de l’autre, à côté mais plus ensemble. Rostropovitch cessa de répéter et le silence de la chambre commença à m’être insupportable. Je me préparai alors pour le concert du soir, maladroitement, enfilant costume nouant cravate, regardant le lac immense, trop grand, avec Lausanne quasiment invisible en face, si loin, au bout, trop loin. J’aperçus, enfin, le bateau de Lausanne déchirer le voile gris, avancer si lentement. Au moment où il franchit la moitié de son pénible chemin, nous commençâmes toujours silencieux notre descente définitive vers l’embarcadère. Le lac avait à nouveau changé, les roses et bleus du ciel commençaient à être en fête pour célébrer la fin de la journée,


Lausanne se laissait voir à nouveau mais je ne le voyais pas. A 19 heures 10 nous étions sur les quais d’Evian face au bateau désormais si proche de la côte. Celui-ci déploya ses deux passerelles, celle à l’avant chargée de débarquer les passagers arrivants et celle à l’arrière chargée d’embarquer les passagers à destination de Lausanne. Mon passé emprunta gravement cette passerelle, heureusement sans se retourner ; il ne put donc voir que je n’étais pas triste mais dans l’espérance gourmande, de voir débarquer par la passerelle avant, ce qui ne pouvait être qu’un futur, léger. Le passé disparut dans le bateau.



Celui-ci libérait alors les passagers la plupart pressés, passagers des sans saveurs sans couleurs, passagers habitués, touristes groupés, mais pas de silhouette isolée, pas d’inconnue avançant avec grâce sur la passerelle, pas de regard d’enfant perdu ni de sourire ému. Ma déception fut immense. Mais pouvait-on réellement imaginer la venue d’une personne entr'aperçue dans un musée, puis dans un salon de thé à Lausanne une quinzaine de jours plus tôt ? Le rêve était joli, la proposition romantique, audacieuse, évidemment effrayante. Le bateau quasiment vidé de son contingent de passagers ne délivrait plus qu’au goutte-à-goutte, quelques personnes âgées et lentes, d’autres particulièrement chargées et enfin quelques membres du personnel de bord. Je me mis à commencer à marcher sur la route qui allait me conduire seul au concert lorsque, élégante et fine, une silhouette longue et gracieuse sortit du bateau, le sourire ému, et les yeux que vous connaissez déjà, joyeux.

Nous assistâmes au concert sans vraiment connaître le son de nos voix. Au dîner, nous nous rencontrâmes, oubliant les bateaux qui repartent pour la Suisse, ignorant qu’au-delà d’une certaine heure il n’y en a plus.



Nous eûmes plaisir à regarder ensemble, le lendemain à l’extrême fin de matinée, sous un soleil radieux, le lac léché par une lumière éblouissante et gourmande.


Sur l’autre rive les coteaux suisses et verdoyants se reflétaient dans les eaux enjouées du lac Léman, Rostropovitch répétait à nouveau dans sa chambre.

Cela fait près de la moitié de ma vie que je vais à Lausanne ; à chaque fois que je pars, reviens, repars, reviens, à chaque fois…."

Je passais donc une après-midi délicieuse dimanche dernier en écoutant cette émission sur France Culture. On peut entendre ce texte (l'auteur n'a pas été nommé) ici, le comédien qui lui donne sa voix ajoute de la "chair" à cette fiction romantique. L'émission dure deux heures; pour n'entendre que ce texte, aller à la 80e minute.
Ces deux heures m'ont offert un voyage à Lausanne, très documenté : musées, artistes qui y ont séjourné, lieux de culture.
Dans quelques jours je serai sur les rives qui lui font face...

J'écoutais ce texte ce dimanche. Non, je le vivais, je ressentais au plus près ces mots comme si je les avais vécus. Je crois bien les avoir vécus. Je leur donnais une signification très personnelle. Je les savourais comme un avant-goût de ma prochaine escapade. Je vais refaire le même périple que l'année dernière, le coeur plus léger, sans palpitations, car cette fois je n'ai rien à espérer, que du bonheur... solitaire**. Liberté, chérie? Non! Cependant, faisons semblant d'y croire.
Je me mens, je suis angoissée de partir, mais les départs m'angoissent toujours. Tout s'est toujours bien passé pourtant, jusqu'à présent...
Demain, je pars à l'aube... oui, je pars, mais personne ne m'attend.***


* Le lac Léman compte aussi des tempêtes catastrophiques.

Les principales tragédies sur le Léman

Le premier accident grave que l'on déplore sur le Léman depuis le lancement du premier bateau à vapeur, fut la tragédie de l'"HELVETIE" au large de Nyon, en août 1858, qui partagea en deux un bateau radeleur. Seize personnes se noyèrent.

Le 10 juin 1862, l"HIRONDELLE'', bateau d'une capacité de 800 personnes, avec 150 personnes à bord, coule au large de la pointe de la Becque à La Tour-de-Peilz. C'est par suite d'une manoeuvre pour éviter une barque qui lui coupe la route que l"HIRONDELLE" toucha les rochers et coula. Pas de victime. Il gît aujourd'hui entre 40 et 65 mètres de profondeur.

Le 23 novembre 1883, entre Ouchy et Evian, le "RHONE" sombrait après être entré en collision avec le "CYGNE", entraînant dix personnes dans la mort.

En 1892, au large d'Ouchy, vingt-sept personnes étaient brûlées vives à bord du "MONT-BLANC", dont les chaudières explosaient.

Le 18 août 1969, le "FRAIDIEU", bateau de location de Thonon, avec 61 personnes à bord, dont 33 enfants, coulait devant Ripaille. Bilan 24 morts dont 16 enfants.

Le 7 août 1970, renversée par un coup de joran d'une violence exceptionnelle mais prévisible - le feu clignotant de Nyon l'annonçait depuis un quart d'heure - la "SAINTE-ODILE" chavire devant Yvoire, avec vingt-six passagers. Bilan : sept morts.



** "Il faut se faire un bonheur solitaire, indépendant des autres."
Stendhal, Lettre à sa soeur Pauline, le 30 avril 1807.

***Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Victor Hugo

mardi 22 novembre 2011

Une femme libre, rebelle

Danielle Mitterrand (1924-2011) est morte.
Tout est, a été, sera dit sur sa personnalité.
Elle m'évoque ces souvenirs...


Nous nous croisions dans ce parc, en 1986.  Elle était avec sa soeur, Christine Gouze-Rénal. Je séjournais dans le même hôtel, seule, tu étais mort quelques mois plus tôt.
J'y ai fait un passage éclair cette année, fin mai, le temps d'un thé et d'une promenade : "luxe, calme et volupté"! Désormais au-dessus de mes moyens cet endroit; mais ces "vocables" je peux les ressentir ailleurs, plus modestement, avec autant d'intensité.


Mes souvenirs, avec toi, étaient vivaces.