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samedi 6 octobre 2012

Résistant ou collabo

Vu un film/documentaire formidable sur Arte de Andrés Jarach : J'arrête.


"C’est décidé, Thomas B., fumeur impénitent, arrête la cigarette.
Le film suit le journal intime déjanté où il consigne ses états d'âme et ses réflexions philosophiques. Nous l'accompagnons dans les consultations tabacologiques où il cherche des conseils pratiques, et dans les labos où l'on teste la dépendance des rats.
En explorant avec un humour décapant ce qui l'attache encore au tabac, Thomas dédramatise l'arrêt et s'adresse à tous ses frères fumeurs encore dépendants..."


"Entretiens face caméra, confidences au dictaphone saisies au réveil et au coucher, confrontations avec amis et enfant, consultations médicales... : le réalisateur accompagne les doutes et les crises du héros en mal de tabac. À partir de ce fil narratif, le film organise une série d'allers-retours avec l'explication des mécanismes de l'addiction par un médecin, habilement mis en scène en laboratoire avec des souris - des séquences dont le ton décalé fait penser aux interventions du biologiste Henri Laborit dans Mon oncle d'Amérique, d'Alain Resnais. Le récit parcourt les différentes épreuves de l'arrêt du tabac dans le quotidien de Thomas ("Je suis très inquiet d'un truc, c'est de pas pouvoir travailler une fois que j'arrête. Si je peux pas travailler, d'ailleurs, j'arrête d'arrêter"), les changements dans ses relations sociales, la difficulté de maintenir un sens positif à cette décision. C'est un parcours subjectif, qui sans jamais prétendre valoir pour chaque histoire de fumeur, fait écho à toutes. Le film aborde sa thématique en conciliant sérieux et dérision, sans donner de leçon. Grâce à son personnage et à sa narration ironique, J'arrête dépasse le strict sujet du tabagisme pour dresser un portrait goguenard et tendre de Thomas. Par sa complicité avec son personnage, et le choix délibéré d'un ton de comédie - jusque dans son usage de procédés de fiction dans la mise en scène et le montage -, Andrés Jarach a réalisé un film réjouissant."

Une comédie documentaire qui montre qu’un film scientifique peut-être à la fois drôle et efficace.
Quelques notes relevées :

- Je suis un fumeur heureux, est-ce que je serai un non-fumeur heureux?

-  Il y a deux sortes de gens, et Sergio Leone l'a bien compris : il y a d'un côté les Mexicains, ceux qui parlent avec leurs mains, marchent pieds nus, font mendier leurs enfants sur des routes désertes et volent des poulets. Et de l'autre côté, il y a Clint Eastwood, un gars qui parle peu, mais quand il parle, c'est efficace. Si ce personnage-là voulait s'arrêter de fumer, il le ferait seul. Une décision à la Clint Eastwood, mais que Clint Eastwood ne prendrait jamais.

- Au restaurant la serveuse lui demande : côté fumeur ou non-fumeur? (Ça fait trois semaines qu'il n'a pas fumé, même  pas tiré une "taffe") et il répond : non-fumeur comme s'il allait passer à la guillotine. Il commente : c'est comme si on me demandait : Résistant ou collabo? Collabo!

- Un autre passage, Thomas lit un extrait de Dom Juan de Molière :

"SGANARELLE, tenant une tabatière : Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie, il n'est rien d'égal au tabac: c'est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre. Non seulement il réjouit et purge les cerveaux humains, mais encore il instruit les âmes à la vertu, et l'on apprend avec lui à devenir honnête homme. Ne voyez-vous pas bien, dès qu'on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d'en donner à droite et à gauche, partout où l'on se trouve? On n'attend pas même qu'on en demande, et l'on court au-devant du souhait des gens : tant il est vrai que le tabac inspire des sentiments d'honneur et de vertu à tous ceux qui en prennent. Mais c'est assez de cette matière. Reprenons un peu notre discours."

J'avoue que ce film m'a enchantée et que le comédien* (?) est excellent; j'aurai presque envie de me remettre à fumer. Pas question de me retrouver du côté des collabos.
Avant le film, un reportage : La fumée vous dérange?
"... où les clichés contre la cigarette volent en fumée et les dangers, prouvés médicalement, de la cigarette sont intelligemment confrontés à l'obsession grandissante d'une vie toujours plus saine dans une société de plus en plus restrictive."

Aujourd'hui je l'avoue j'ai du mal à supporter la fumée, l'odeur du tabac et pourtant, souvent j'aimerais faire partie de ces fumeurs et fumeuses que je vois sur les pas de portes  des magasins et des bistrots. Je me sens solidaire. Les interdictions, on en a marre.

Dommage, il n'est pas prévu de rediffusion.

* Après vérification, il n'y aucun comédien dans la distribution.  C'est un documentaire ce n'est pas une fiction.


mardi 12 janvier 2010

Brunes, blondes, tout était bon


Audrey Hepburn, Diamants sur canapé

Quand je me suis arrêtée de fumer, après 20 ans d'un paquet par jour (les premières années je fumais des brunes, moins chères puis des blondes quand j'ai eu des revenus) j'y suis allée par différentes étapes. Il m'a tout même fallu trois tentatives.

Pour la première j'ai voulu arrêter d'un coup, j'ai tenu un mois.

Pour la seconde, j'avais acheté ces horribles fume-cigarettes qui gardaient la nicotine dans un filtre que l'on voyait en transparence (c'était dégoûtant), les filtres au fil des semaines devaient vous déshabituer de votre accoutumance mais pour moi ce fut inefficace, tant et si bien, qu'au lieu de m'arrêter j'ai continué avec de vrais fume-cigarettes Dunhill, qui avaient le même système de filtre que je changeais quotidiennement. Le bout était en bakélite et se terminait par un bel embout comme celui-ci, en vermeil, sauf que le mien était en argent, offert par mon chéri, complètement fou, qui devait fantasmer sur Audrey Hepburn, plus que sur Alice Sapritch (qui fut pourtant une talentueuse comédienne). (Je les ai - bien - revendus sur Internet, j'en avais deux), çà me donnait "un genre" mais je m'en fichais, je n'avais plus de bronchites! Dommage peut-être car cela m'avait enlevé toute envie d'arrêter. D'ailleurs il valait mieux pas, je n'aurais plus supporté la fumée des gitanes maïs, du tabac à rouler, des havanes, de mon aimé, si je m'étais arrêtée sans que lui n'en fasse autant.

Quand il est mort, j'ai continué, je me disais que ce n'était pas le moment d'arrêter, que çà m'aiderait à ne pas augmenter les doses de lexomil, pourtant je commençais à être saturée de fumée, surtout à l'agence, où çà clopait dans tous les bureaux, en commençant par celui de mon boss (l'interdiction n'était pas encore de rigueur).
Trois ans plus tard...

La troisième fut la bonne : après une nuit blanche (mon voisin du dessus, Marc Edouard Nabe - sans commentaire - emménageait en pleine nuit, un boucan du tonnerre, me suis levée à 2 h pour lui dire que ce n'était pas une heure pour emménager - ce qui m'a valu quelques jours plus tard une missive format poster, inénarrable -) après une nuit blanche donc, ma filleule près de moi, tentant de fermer l'oeil, nous nous sommes levées à 4 h 30 pour aller prendre un avion qui allait nous emmener à Venise (j'avais gagné les billets... mais sans l'hôtel), je me sentais nauséeuse. Aéroport, attente, on se trompe de file, du coup on nous refile des places au dernier rang alors que je voulais être à l'avant. Embarquement. La cigarette n'était pas interdite, seuls les premiers rangs étaient non fumeurs! Nous étions enveloppées de fumée, j'étais verte et ce fut la première fois que je fus malade en avion. La fumée après la nuit blanche m'avait achevée. Je voulais rester digne pour ma filleule. Enfin, Venise. Le mal de mer était tangible pendant la traversée du Canal en vaporetto et ne m'a pas permis d'apprécier cette arrivée (mais c'était mon deuxième voyage à Venise), il était temps que je mette pied à terre.

En arrivant dans la chambre de l'hôtel, je me sentais revivre, elle était jolie et le carrelage vénitien superbe, et je me sentais heureuse d'être là - les souvenirs de nous deux affluaient -nous nous sommes allongées sur le lit, elle était aussi très fatiguée, et elle m'a dit : tu ne fumeras pas dans la chambre, hein? Et je lui ai promis, non seulement dans la chambre mais pendant les 4 jours avec elle à Venise, qui furent, merveilleux. Nous étions les "bellissimas" des vénitiens ce qui nous amusait beaucoup. Depuis, nos coups de fil se terminent toujours par un complice : Ciao ciao ma bellissima;o).

A notre retour à Paris, je l'ai raccompagnée au train à Montparnasse, en me disant : vivement que j'en allume une. Arrivée à l'atelier, j'ai pris mon fume-cigarette et... je n'ai pas mis de cigarette dedans. Je n'ai plus jamais refumé, ni eu besoin de lexomil, je m'étais sevrée bien avant. J'ai sucé la bakélite pendant quelques mois, puis je l'ai rangé dans un tiroir.

La nausée avait été plus forte que mon envie de fumer.