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dimanche 10 décembre 2017

"Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir." (Sylvain Tesson)




LES FENÊTRES

Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.

Par delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.

Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.

Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.
Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?

Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, Le Spleen de Paris.


Ce poème de Baudelaire a ravivé quelques souvenirs de mes séjours parisiens dans le studio que je louais. Je m'étonnais toujours - avec bonheur - de voir ces fenêtres éclairées, sans rideaux, qui laissaient l'imagination vagabonder. J'apercevais une silhouette qui allait et venait puis de temps en temps venait s'accouder au-dessus des plantes. Les fenêtres de l'étage au-dessus, éclairées également, étaient trop hautes pour que je puisse y distinguer ses occupants; mais je les imaginais. J'adorais cette idée de laisser des fenêtres sans rideaux même quand le vis-à-vis est très proche. Que j'étais loin de la vie étriquée de province où tout le monde ferme ses rideaux quand ce ne sont pas ses volets, parce que la curiosité est malsaine. Ici, à Paris, rien de malsain, chacun vit sa vie comme il veut, sans se soucier des autres et du coup, tout cela est naturel. La fenêtre... comme une ouverture sur le monde. Mais la vision de Baudelaire est sûrement plus propice à l'imaginaire, à inventer la vie des autres : quand la fenêtre est fermée.
 "Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?"


vendredi 20 octobre 2017

Ma maison, où est ma maison...





Quand je me tourne vers mes souvenirs
je revois la maison où j'ai grandi
Il me revient des tas de choses
je vois des roses dans un jardin
Là où vivaient des arbres, maintenant
la ville est là
et la maison, les fleurs que j'aimais tant
n'existent plus
Ils savaient rire, tous mes amis
ils savaient si bien partager mes jeux
mais tout doit finir pourtant dans la vie
et j'ai dû partir, les larmes aux yeux
Mes amis me demandaient "Pourquoi pleurer?"
et "Couvrir le monde vaut mieux que rester
Tu trouveras toutes les choses qu'ici on ne voit pas
toute une ville qui s'endort la nuit dans la lumière."
Quand j'ai quitté ce coin de mon enfance
je savais déjà que j'y laissais mon cœur
Tous mes amis, oui, enviaient ma chance
mais moi, je pense encore à leur bonheur
à l'insouciance qui les faisait rire
et il me semble que je m'entends leur dire:
"Je reviendrai un jour, un beau matin
parmi vos rires,
oui, je prendrai un jour le premier train
du souvenir."
La temps a passé et me revoilà
cherchant en vain la maison que j'aimais
Où sont les pierres et où sont les roses
toutes les choses auxquelles je tenais?
D'elles et de mes amis plus une trace,
d'autres gens, d'autres maisons ont volé leurs places
Là où vivaient des arbres, maintenant
la ville est là
et la maison , où est-elle, la maison
où j'ai grandi?
Je ne sais pas où est ma maison
la maison où j'ai grandi
Où est ma maison?
Qui sait où est ma maison?
Ma maison, où est ma maison?
Qui sait où est ma maison?

samedi 26 août 2017

Une histoire de galets * (fin)

*
                 Au-delà
                                                                Du galet
                                 Que tu caresses
                                                                De la main
                                 C'est autre chose
                                                                Que tu caresses
                                 Un 
                                                                Ailleurs
                                 Qui te révèle 
                                                               A toi même

  
 

                                          Vous provoquez
                                                                                  La caresse
                                           Vous appelez
                                                                                   La main
                                            Vous savez jouer
                                                                                   De ses besoins



                                   Quand le regard
                                                                           N'a plus de prise sur vous
                                   Vous êtes toujours là
                                                                            A portée d'un intérieur
                                    Qui s'offre
                                                                            A nous




                                          Le regard
                                                                        S'épuise de vos courbes
                                          Il porte en lui
                                                                        L'ABSENCE



Jean-Pierre Salaün
GALETS
Avec des photographies d'Emmanuelle Mathieu 
Éditions, Cahiers Blanc Silex, 1996

(Poèmes extraits de l'ouvrage. Cliquer sur les images et clic droit pour agrandir.
Non, je n'ai pas volé le galet en forme de cœur sur une tombe, c'est un cadeau, d'un cher ami). 

lundi 29 mai 2017

Ô douleur ! Ô douleur ! Le Temps mange la vie

Dimanche 28 mai.

A 18 heures, accablée par la chaleur et mon oisiveté, je décidais d'aller faire une promenade sur le chemin de halage. A cette heure, les promeneurs du dimanche se faisaient moins nombreux. Le temps était lourd, quelques coups de tonnerre annonçaient un orage.  J'espérais finir ma balade avant la pluie. Je n'étais là que pour me dégourdir les jambes, changer d'air, néanmoins j'éprouvais, sous ce ciel gris, plombé, une douce langueur et un calme salvateur.
Vous m'accompagniez dans ce vagabondage mes chers disparus : maman, chérie, c'est ta fête aujourd'hui; toi, mon aimé, c'était le 31e anniversaire de ta mort il y a trois jours; papa, c'est ton sourire que j'avais dans les yeux (tu aurais aimé cet arbre...); quant à toi mon cher frangin, ce qui me vient à l'esprit quand je pense à toi, c'était ton amour de la vie... jusqu'au bout du bout et, ta peur de mourir.

A l'aller je prenais le chemin par la rive gauche, champêtre...





... Au retour, après le calme, je traversais le pont assourdissant, mais je n'avais pas d'autre solution pour passer sur la rive droite.



Chemin de bavardage


"Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher."


Je préférais l'atmosphère de la rive gauche, que je photographiais pour la énième fois (vue de la rive droite).


L'ennemi


Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

- Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

samedi 11 février 2017

***

Samedi 11 février.






Quimper, rue Saint François, Les Ânes *

A ne pas confondre avec Place Saint-François, Lausanne (*_*)


Église (réformée) Saint-François, (temple protestant) Lausanne

(Photo 29 mai 2012, et souvenir non loin de là
et d'un déjeuner sur la terrasse
du Café Mozart, sous une chaleur torride. 
Mais que n'aurai-je payé pour être là. Merveilleux Conservatoire)



* Ces animaux sur les pavés du centre-ville me font de la peine.
(En fait, je ne suis pas sûre que ce soient des ânes, mais plutôt des poneys.
Mmm! A vérifier...)
Quoi qu'ils fussent, je préfèrerais les voir dans la nature.


(Photo prise en décembre 2005
lors d'une promenade dans ma campagne). 

samedi 18 juin 2016

Round-baller et womanpower



A l'heure du déjeuner. Joué trois balles sur le petit parcours. Mon bras s'en souvient, quelle idiote, une balle eut été plus raisonnable.
Je regardais les ballots de foin dans un champ et je me souvenais des miens, quand je vivais à la campagne - quand l'herbe était devenue trop haute pour les moutons, un agriculteur venait faire des round-ballers -, je me souvenais de cette photo les bras en croix devant un round-baller, pour en mesurer la grandeur. Je devais être un peu ballot en Homme de Vitruve! The (Wo)manpower (*_*)
.



A l'époque (photos 2003) j'avais dû abandonner le golf (dès 1995); 
remplacé par le vélo (moins cher et bien plus difficile).
Autoportraits. Hum!


Revenons au golf!
Sur le dernier trou... une coccinelle.


J'étais contente, j'avais bien joué, j'avais de bonnes sensations.
Je m'attardais ensuite quelques minutes dans ce jardin zen.
Un décor pour photos de mariage (*_*).





Sur le parking, en remontant dans ma voiture, 
j'aperçus dans la verdure un objet rond.

  
Je m'approchais, l'objet respirait...


Il m'a regardé, je l'avais dérangé dans son sommeil. 
Il s'est rapidement remis en boule pour replonger... dans ses rêves de chat.



dimanche 12 juin 2016

Mon trouble était puéril et insensé



"Ce que je fis alors, comment pouvait-il en être autrement, fut tout aussi absurde, c'était idiot, stupide même, j'éprouve presque de la honte à vous le raconter - mais je me suis promis, je vous ai promis, de ne rien passer sous silence : eh bien, alors, j'ai... j'ai voulu le retrouver... comprenez par là que j'ai voulu retrouver ces instants que j'avais passés avec lui... je ressentais le violent désir de revoir tous les lieux où nous avions été ensemble la veille, [...], rien que pour revivre une fois encore, encore, ce qui s'était passé. [...] pour que chaque parole, chaque geste se renouvelle en moi une fois de plus - voyez comme mon trouble était puéril et insensé. Mais songez aussi avec quelle fulgurance ces événements-là m'avaient assaillie - je n'avais guère ressenti autre chose qu'un grand coup qui m'avait étourdie. [...], je voulais savourer encore trait pour trait, en me les rappelant, ces instants trop vite enfuis, à la faveur de cet aveuglement magique que nous appelons souvenir - au vrai : ce sont des choses qu'on saisit ou qu'on ne saisit pas. Peut-être faut-il un cœur brûlant pour les comprendre."

Stefan Zweig, in Vingt-quatre heures de la vie d'une femme.

lundi 4 avril 2016

Rouge viscontien

Dimanche 3 avril.

Une journée de rien, à rêvasser. Impossible de lire en ce moment.

Repos bien mérité. Le soir, je me repassais le film de Luchino Visconti : L'Innocent

"Ce dernier film, crépusculaire malgré la jeunesse des personnages et la lumière de Rome et de la campagne romaine, L'Innocent (L'Innocente), (1976), est librement inspiré du roman de Gabriele D'Annunzio, L'Innocent, titre de la version littéraire italienne (1892), (L'Intrus dans sa traduction française). À sa sortie, la presse n'en fit pas grand cas, trompée peut-être par la société bourgeoise décrite dans le film, par les décors et les costumes de la fin du XIXe siècle. Se trompant sur le sens du film, elle n'y vit pas ce qu'il contenait, l'analyse profonde du seul sentiment amoureux, sentiment universel, et de la dépendance qu'il implique, compliquée, douloureuse, voire destructrice."
(Source Wikipédia).

Je peux voir et revoir les films de Visconti, je découvre et ressens toujours quelque chose de nouveau. Et cette permanence : beauté des images, richesse de la décoration. Il y a un rouge viscontien (comme il y a un rouge Hermès,  un rouge de Chine, un rouge Cardinaux). Le rouge est ma couleur favorite.








(Captures d'écran)

Visconti par lui-même

Le metteur en scène milanais « a consciemment rattaché ses propres films à ses souvenirs autobiographiques », nous dit René de Ceccaty, traducteur en français du Roman d'Angelo, œuvre littéraire inachevée de Luchino Visconti. Situations, scènes et personnages des films réalisés par Visconti constituent presque invariablement un florilège de réminiscences intimes et personnelles. Voici comment Visconti se décrit lui-même : « Je suis venu au monde le jour des Morts par une coïncidence qui restera toujours scandaleuse, en retard de vingt-quatre heures peut-être sur la fête de la Toussaint... Cette date m'est restée attachée pour la vie comme un mauvais signe. Je viens d'une famille riche. Mon père, bien qu'aristocrate, n'était ni stupide ni inculte. Nous étions sept enfants, mais la famille s'en est bien sortie. Mon père nous a élevés sévèrement, durement, en nous aidant à apprécier les choses qui comptaient : la musique, le théâtre, l'art... J'ai grandi dans une odeur de pharmacie : nous, les enfants, entrions dans les couloirs de l'établissement Erba, qui sentaient l'acide phénique, et c'était une telle excitation, une telle aventure ! Le sens du concret que je crois toujours avoir possédé me vient de ma mère... Elle aimait beaucoup la vie mondaine, les grands bals, les fêtes fastueuses, mais elle aimait aussi ses enfants, la musique, le théâtre. C'est elle qui s'occupait chaque jour de notre éducation, qui m'a fait apprendre le violoncelle. » (Settimo giorno, 28 mai 1963) Cette mère tant aimée, les critiques n'ont pas manqué d'en souligner la ressemblance avec la mère « proustienne » de Tadzio, l’éphèbe de Mort à Venise. « Il n'y a pas un instant de notre vie d'alors qui ne s'illumine dans le souvenir de la présence attentive de ma mère... Mon souvenir le plus heureux se situe à la première heure, avant le petit déjeuner... Je vois encore le reflet de la lumière incertaine sur mon violoncelle, je sens le poids léger de la main de ma mère sur mon épaule », nous confie encore Luchino Visconti. René de Ceccaty rappelle également que Visconti précisait que le Prélude, choral et fugue de César Franck, que joue la mère dans Sandra, incarnée par Marie Bell, était souvent interprété par sa propre mère.

(Source Wikipédia)

Lundi 4 avril.

Perdu deux balles. Mais non, pas au bandit manchot (0_0)!
Deux balles de golf perdues sur le même trou! Même pas dans l'eau, dans des herbes sauvages et toujours détrempées; pourtant les fairways sont impeccables. Je ne les ai pas cherchées, pas envie de glisser. Mon adorable partenaire n'était pas là pour me les ramener; il prenait d'ailleurs trop de risques et me faisait penser un peu, dans cette intrépidité, à toi quand tu t'approchais trop près  de la mer sur les côtes sauvages de Quiberon et de la Pointe du Raz. Tu te retournais vers moi en riant et je te faisais la tête. Le reverrais-je un jour, lui?
Mais oui, il suffit d'y croire et j'y crois, fermement. Quand je le reverrai, je ne l'écrirai pas. Il n'y aura plus rien à dire. Ce sera... ce sera, un point c'est tout. On ne perd jamais un ami. 
"Personne ne sait jamais ce qu'on gagne avec une naissance. On n'y gagne que des espérances, des illusions et des rêves. Il faut attendre la mort pour savoir enfin ce qu'on perd."

Jean d'Ormesson,  Le vagabond qui passe sous une ombrelle trouée.


mercredi 11 novembre 2015

Mémoire vive des objets a(n)imés

Chaque objet que j'époussette me ramène à ceux qui me les ont offerts, à ceux que j'aime, à ceux que j'ai aimés.
Pas un seul de ces objets n'est insignifiant, que sa valeur soit infime ou rondelette, chacun est aussi cher à mon cœur.
Il est aussi des objets que je n'époussette pas, comme ce saladier en inox, qu'une amie nous avait offert (à moi et trois autres collègues de l'agence) rempli de douceurs, quelques semaines... avant de mourir. Ce saladier je m'en sers pratiquement tous les jours, et tous les jours je pense à elle, qui repose au cimetière de Barbizon... depuis... depuis... trop longtemps. Je ne l'époussette pas, je le caresse quand je fais la vaisselle.
Et ce matin, c'est le grand époussetage, ce matin c'est un doux mélange de spleen, d'amour, d'amitié, de chaleur humaine.

vendredi 13 février 2015

"La mode c'est ce qui se démode" (Jean Cocteau)

 De face...

 De dos.

En passant devant le miroir, je me suis dit : c'est quand même incroyable que ce foulard ne soit pas usé et que ses couleurs soient restées aussi vives. Je ne sais pas si aujourd'hui en Grèce les tissus offrent toujours cette qualité aux touristes. 100% coton, motifs peints à la main, n'ont pas bougé au lavage. Il n'est pas démodé.
Ce foulard a quarante ans!!! et je le porte toujours. Je l'ai acheté à Athènes lors d'une escale, en 1975. Ces années-là, les années 60/70, mouvement hippie, les foulards se portaient en bandeau ou sur toute la chevelure dans des tons hauts en couleurs. Aujourd'hui je ne le porte qu'autour du cou, j'ai vieilli mais il me donne bonne mine! Et puis, j'adore porter mes vieux vêtements, qui restent intemporels.


http://i2.cdscdn.com/pdt2/5/6/5/1/700x700/auc3700263159565/rw/perruque-hippie-bandana-range.jpg

Il semblerait que les starlettes actuelles (celle ci-dessous)
 relancent cette mode hippie : 
foulard, bracelets, il ne manque plus que le sac en tissu
et les jeans "pattes d'eph". Hum!

 http://static1.puretrend.com/articles/3/60/53/3/@/634663-a-ses-debuts-dans-le-monde-prise-des-637x0-3.jpg

Quand j'ai rencontré mon aimé en 1977 je portais ce foulard grec, le jour où nous avons immortalisé ce coup de foudre complètement fou, dans un délire proche de l'ivresse! Photo en noir et blanc mais on reconnaît bien les petites fleurs blanches, si on clique pour agrandir.

Cinéma : hier, vu Papa ou Maman. J'ai tenu quarante minutes et suis sortie. Désolée pour les critiques enthousiastes, genre Télérama, Le Monde et même les Inrocks... Je suis complètement d'accord avec La Croix, critique que j'aurais dû lire avant d'y aller. Mais j'ai décidé de ne plus lire les critiques avant d'aller voir un film; là je me suis laissé avoir avec la promo faite par les acteurs à la télévision. Bien fait pour moi. J'avais envie de me détendre avec un film drôle, ce fut raté, les quarante minutes m'ont horripilée. J'avais pourtant bien aimé - dans le genre "détente et légèreté" - Laurent Lafitte dans Les beaux jours... mais, ce n'était pas le même sujet!
Consolation le lendemain avec un film en DVD : AVANT LA NUIT... (à suivre).

jeudi 29 mai 2014

J'irai là-bas... où vous n'êtes pas

Dimanche 25 mai.

Cette année la Fête des mères coïncide avec la date de la mort de mon bien-aimé.
J'aurais dû aller sur votre tombe aujourd'hui, y déposer quelques fleurs.
Mais hier il faisait encore froid et les averses se succédaient au rythme des nuages noirs qui traversaient le ciel.
Et, aller sur votre tombe, c'est un peu une expédition : plus d'une heure de route, éventuellement sous la pluie, prendre seau, éponge, balai-brosse et chiffons pour la nettoyer; acheter les plantes.
Qu'importe le jour pour faire tout cela n'est-ce pas? 
Je pense à vous... tout le temps.
S'il fait beau cette semaine, j'irai là-bas... où vous n'êtes pas, mais aussi sur les vôtres (ma tata-titi parisienne et celle de la petite Claire, douce colombe, morte tragiquement en 2007, à 15 ans).
Mais pour moi c'est partout ailleurs - là où je suis, là où je regarde - que vous êtes.


Mercredi 28 mai.

J'y suis allée... là-bas et j'ai fait de ce pèlerinage éprouvant une journée magnifique.
"Il ne pleuvait pas sur Brest ce jour-là"... et chaque année, lorsque je m'y rends, je trouve la Rade et le Pont de Plougastel (cette fois vu du bon côté) toujours aussi beaux. Et ne parlons pas des "merveilleux nuages"...


Pour Claire, qui n'aura pas eu le temps de faire Le Tour du Monde.
 Je la voyais dans ces images.
(Ciel! Une vidéo de 9 minutes, mais pour un Tour du Monde, c'est vite vu).





Jeudi 29 mai.

Ça y est, je me suis décidée. Je vais repeindre les murs de ma terrasse. Je n'augure pas du résultat, je vais peindre par-dessus la vieille peinture, sans rien reboucher. Commencé à gratter ce qui s'écaille, ce sera la seule préparation, faite à-la-va-comme-je -te-pousse.
Mardi, emprunté nuancier de couleurs chez Casto; peux pas faire n'importe quoi, quartier historique! Rendu ce matin. Couleur préparée sur le champ. Y a plus qu'à... Ah ah! C'est pas gagné, tendinite assurée. Tant pis. L'idée d'avoir un professionnel pour le faire : faudra décaper, faudra karchériser, faudra reboucher les trous, faudra consolider cette partie là et gnagnagna, faudra faudra faudra que je vienne à 8 heures le matin... Ah non merci! Je dors le matin!
Et puis, de toute façon, les escargots viendront boulotter la peinture après; alors pourquoi s'appliquer!
"Donque" je vais le faire.

dimanche 2 mars 2014

Vertiges* (du souvenir)

Est-ce toi la lumière derrière ces nuages?


C'est toi que je respire sur mon poignet ce matin...


Mes vertiges perdurent, me laissent dans un état d'ébriété plus long que d'habitude. Bien entendu, ils n'ont rien à voir avec ceux de Sebald.

* Vertiges de W.G. Sebald 

"Dans Vertiges, la passion littéraire de Sebald pour Stendhal le mène, sans l’avoir sciemment recherché, de la rue Danielle-Casanova (anciennement rue Neuve-des-Petits-Champs) à Paris où Henri Beyle mourut en 1843, à la maison corse de Danielle Casanova, résistante morte à Auschwitz exactement un siècle plus tard. Sans l’avoir sciemment recherché ?… Sebald est né le 18 mai 1944 à Wertach, « un tout petit village, très haut perché dans les Alpes », dans le sud de la Bavière. De la Guerre, il se souvient de la vision de Munich dévastée lorsqu’il avait 3 ans et d’un film sur les camps de concentration vu à l’école. A part cela, autour de lui, dans sa famille, dans le milieu scolaire, puis universitaire, c’est le silence. « J’ai grandi en me disant qu’il fallait combler ce vide avec des récits de témoins fiables. » A 21 ans, il quitte le continent. Il fera tout son parcours académique en Angleterre, d’abord à Manchester (« noire de suie et en complète décrépitude »), puis à Norwich dans le comté de Norfolk, là même « d’où est partie », comme il l’apprendra, « la campagne de dévastation de l’Allemagne » (De la destruction).
De cet exil complexe qu’il portait en lui, Sebald a tiré la matière d’une œuvre qui vit aujourd’hui comme une terre commune à tous les déracinés (passés, présents et à venir). Je crois que le succès posthume et grandissant de ses livres (dans une mesure raisonnable, loin de la propagande) tient à ce qu’ils font entendre la souffrance silencieuse d’un monde où le cynisme a chassé l’empathie."


mardi 26 novembre 2013

***

Je me souviens quand je n'avais peur de rien.

vendredi 1 novembre 2013

"La nostalgie c'est le désir d'on ne sait quoi..." Saint-Exupéry

Mardi le ciel était encore clément. Soudaine envie de revoir le lieu où j'avais passé de nombreux étés dans les années 60/70! Je n'y étais jamais retournée et je m'attendais à des changements, voire à ne plus rien reconnaître au Cabellou, près de Concarneau.


vueaerienne.jpg 

Que nenni! Pas de grands changements, la plage de La Belle Etoile est toujours là - évidemment! La Belle Etoile! Je voulais revoir cet hôtel, j'avais appris qu'il était fermé depuis de nombreuses années et s'était transformé en résidence. A l'époque dont je parle, je passais mes vacances au terrain de camping. Eh oui! J'étais très jeune et fauchée. Ce n'est que des années plus tard, en 1977 je crois, que j'y suis allée avec toi mon aimé, prendre un apéritif sur la terrasse. J'en avais ramené un souvenir palpable!!! Chut! Ma cuillère à confiture aujourd'hui.


J'allais donc illico me garer devant La Belle Etoile et, bien sûr, là je ne retrouvais pas vraiment le charme dont mon souvenir était empreint. Tout était clos, ce n'était plus un hôtel, ce n'était plus l'été non plus! Cependant je me souvenais de cette architecture, de cette avancée qui faisait penser à un paquebot avec une grosse cheminée.




Mon souvenir c'était déjà plutôt ça, enfin pour l'hôtel. Pour les automobiles, celles de ma jeunesse, étaient tout de même moins "anciennes"; mon père devait avoir alors une Peugeot 404 :


"Pendant la guerre 39-45 les Allemands avaient choisi de se loger au Cabellou dans les belles propriétés (La Belle Etoile, Kermingham et la Bonne Auberge,..) et dans les fermes. Il est possible de voir encore la prison des Allemands chez Monsieur et Madame Le Bihan à la Bonne Auberge.
Mme MOREAU : son nom est lié à La Belle Etoile, achetée à Monsieur Leboucq en 1946, avec la chapelle, le calvaire et l’enclos : elle en fera un hôtel réputé, fréquenté par une clientèle chic et célèbre comme Pierre Fresnais, Yvonne Printemps et Michèle Morgan Tino Rossi qui aimait se promener dans les landes du Cabellou, Edith Piaf,..... Après 90 et la disparition de sa propriétaire, La Belle Etoile sera transformée en résidence."

(Photos du Cabellou d'antan ici)

Donc, je me suis garée là, exactement et je suis allée me balader sur la plage de La Belle Etoile qui n'a pas changé de nom. Je me souvenais des nombreux rochers de la pointe, des pins qui longeaient le rivage et l'hôtel côté plage. Là je fus un peu déçue de voir ce qui était devenue une résidence. Une résidence de quoi, pour qui d'ailleurs? Pour des vacances d'été de comités d'entreprises?


Plus de traces des terrasses de l'hôtel qui donnaient sur la plage (où nous avions pris un apéritif)



Positivons. Le reste est intact et le temps agréable. Je fais quelques photos. 









J'aperçois trois petites filles. J'envie leur légèreté, leur assurance pour gambader courir sauter sur les rochers tandis que j'avance prudemment.






L'une d'entre elles, rieuse, me demande pourquoi je prends des photos. Je lui réponds : pour avoir des souvenirs. Elle me dit : prends-moi, tu auras un souvenir de moi. (C'est la plus grande ci-dessous, cheveux au vent). Clic-clac! Je les prends rapidement, la troisième se cache derrière elle.





Je lui demande si elle est en vacances et j'apprends que ce sont des petites parisiennes. Elle me montre sa maison! 



Puis elles s'en vont en sautillant. Celle qui voulait que je la prenne en photo m'a dit : promenez-vous bien et faites de belles photos. Trois minutes avant, elle me tutoyait! Elle était vive, pétillante, un visage ouvert aux autres. Épatante. 

J'étais arrivée à la pointe; je voulais aller de l'autre côté lequel, dans mon souvenir, était plus sauvage; il me fallait reprendre ma voiture. Je fis demi tour et revins par la plage, cette plage pour laquelle aussi j'étais venue ce mardi...

 

... cette plage où nous avions été photographiées par le journaliste du coin, l'été 1970! Il ne manque que Bernard Lavilliers sur la photo; il venait souvent nous rejoindre. Le soir nous allions l'écouter chanter en solo avec sa guitare, dans le petit bistrot du Cabellou. Il n'était pas encore célèbre et nous l'aimions déjà. Il chantait pour nous, pour notre petite bande, gratuitement, je ne l'ai jamais vu faire la manche!

"Son premier album sort en 1968, avec en titre son prénom et un énigmatique « Lavilliers » qui deviendra son nom de scène. Pendant les événements de mai 1968, il chante dans les usines occupées de la région lyonnaise. Sillonnant alors la France et éprouvant des difficultés à percer dans la musique, il joue quelques mois dans des cabarets de province ; au mois de juin, il fait la manche en Bretagne." 
(Source Wikipédia).



Je suis toujours la même. Non mais! Bon, aujourd'hui j'ai des rides et des cheveux gris. Tsss!

L'heure tourne, je reprends ma voiture, je passe devant la chapelle, je prends l'avenue des Dunes (il y avait là une discothèque où nous passions une grande partie de la nuit; le lendemain nous dormions sur la plage, nous jouions au volley, nous nous baignions, ça nous remettait d'aplomb pour la folle nuit suivante).
Au bout de l'avenue ce paysage, plus sauvage :





C'est là que j'aimais venir en début de soirée, solitaire, voir le coucher de soleil, méditer, parfois le cœur battant d'un amour de jeunesse que j'allais retrouver le soir... à la discothèque.

Il était temps que je reprenne la route, j'avais envie d'aller prendre un thé mais le seul bistrot ouvert ne m'attirait pas.

Une autre personnalité (à part moi - [Rires]) qui venait en villégiature au Cabellou : Sir William Golding, prix Nobel de Littérature en 1983.

Au retour je m'arrêtais à Sainte Marine pour prendre un thé. La lumière était divine.



Je pensais à cette journée. Je me sentais nostalgique. Je ne savais pourquoi.