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vendredi 3 janvier 2014

Habiter, cohabiter

Ce matin dans les NCC : 
Comment habiter le monde au 21e siècle.
L’homme ne se contente plus d’habiter, mais tente de cohabiter.


 
Publicité, 1959. 



"Ordure, désordre, promiscuité, frôlements ; ruines, cabanes, boue, immondices ; humeurs, fiente, urine, pus, sécrétions, suintements : tout ce contre quoi la vie urbaine nous paraît être la défense organisée, tout ce que nous haïssons, tout ce dont nous nous garantissons à si haut prix, tous ces sous-produits de la cohabitation, ici ne deviennent jamais sa limite. Ils forment plutôt le milieu naturel dont la ville a besoin pour prospérer."

Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques.



rdure, désordre, promiscuité, frôlements ; ruines, cabanes, boue, immondices ; humeurs, fiente, urine, pus, sécrétions, suintements : tout ce contre quoi la vie urbaine nous paraît être la défense organisée, tout ce que nous haïssons, tout ce dont nous nous garantissons à si haut prix, tous ces sous-produits de la cohabitation, ici ne deviennent jamais sa limite. Ils forment plutôt le milieu naturel dont la ville a besoin pour prospérer.
Read more at http://www.dicocitations.com/citations-mot-cohabitation.php#ZMj2aXdOotpB21rM.99

samedi 23 avril 2011

Journal

Vendredi 22 avril.

Ciel insolent depuis des jours.
Pris un thé à la terrasse ombragée du Bistro à lire, havre de paix dans le centre ville. Oublié mon appareil de photo. Les pétales rouges d'un camélia géant jonchaient le sol et ma table. C'était beau. Cela me faisait penser à mon enfance (éducation religieuse), à la Fête du Saint Sacrement où les enfant jetaient des pétales de fleurs sur le chemin de la Procession.
Ce Bistro est d'un calme presque studieux et si l'on y parle c'est à voix basse. J'ai pu terminer mon livre en cours de lecture : La Cour des grands de Jacques-Etienne Bovard. Lire ici, tout est dit. C'est jouissif, facile à lire, bien écrit.
A l'écrivain de romans de gare qui vient lui demander ce qu'il lui faudrait pour devenir - si ce n'est un grand écrivain - un véritable écrivain, le grand écrivain reconnu lui pose quelques questions :

- Est-ce que le spectacle du monde vous est insupportable?
- Jamais au point d'en perdre le sommeil ou l'appétit...
- Des idées politiques, morales, existentielles?
- Vagues...
[...]
- ... Êtes-vous hanté par l'idée de la mort? Tous les jours, toutes les nuits?
- Non.
[...]
-Tiens... Est-ce que la pratique du judo, quand vous étiez au sommet de votre forme, suffisait à donner un sens à votre vie?
- Bonne question... Je ne ne crois pas.
[...]
- Pensez-vous être capable de sentir des choses que les autres ne sentent pas?
- Je crois que oui. Mais je suppose aussi que tout le monde croit cela...
- Tout artiste le sait!... Donc pas de connaissances, pas d'expériences, pas de grandes souffrances, pas de révolte, pas de foi, pas d'engagement, pas de folie, pas de révélation d'aucune sorte, pas de... Mais enfin, jeune homme, ne comprenez-vous pas que vous êtes le contraire d'un écrivain? Il n'y a rien en vous, je ne dis pas qui vous prédispose à écrire, mais qui vous rende cette dimension accessible!...
[...]
Sans ménagement, il a posé sur le bureau les deux volumes gris, l'un et l'autre usagés.
- Au pied droit, Le Petit Robert, dictionnaire de la langue... Vous y vérifierez tous les noms, adjectifs et adverbes que vous emploierez. Tous, je dis bien, et plutôt deux fois qu'une ceux que vous pensiez connaître. Ainsi enrichirez-vous peu à peu votre vocabulaire, qui est misérable... Au pied gauche, vous aurez le Grevisse, tabernacle du bon usage, pour développer votre grammaire, elle aussi d'une pauvreté affligeante. Ici vous chercherez chaque conjonction, chaque locution, chaque particule en vous servant de l'index, et vous lirez religieusement toutes les citations d'écrivains qui s'y rapportent. Toutes.. A force de vous imprégnez, vous acquerrez un peu de tournure, et quelque sens de la nuance. Peut-être finirez-vous par arriver au style. Ce ne sera sûrement pas assez pour devenir Proust, du moins aurez-vous appris à marcher droit. Pour moi, je n'ai pas eu d'autre école, au départ, et vous voyez que ces ouvrages m'accompagnent partout... Voilà, ce sera votre Go-kyo d'écrivain potentiel. C'est tout ce que je peux faire pour vous... Bon courage... Et lisez, impertinent ignare, lisez!
Extraits de pages 298 à 302.
Jacques-Etienne Bovard, in La Cour des grands, éditions Bernard Campiche, 2010.

C'est le troisième roman que je lis de cet auteur, et toujours le même plaisir. Dans La Cour des grands Jacques-Etienne Bovard nous fait également sentir cette moquerie que subissent les Suisses, et pas seulement les écrivains, de la part des Français et plus particulièrement des parisiens; ce parisianisme est absolument insupportable, le Français serait-il supérieur à tout le monde? Et puis, la littérature est universelle (et la co...rie aussi); quelque soit l'origine d'un écrivain seul compte son talent et la Suisse a depuis longtemps des auteurs, des artistes, qui n'ont rien à envier aux autres et reconnus dans le monde entier. Il n'y a pas d'écrivain typiquement Suisse, Français, Américains, Bretons!!! (Je pense à Xavier Grall que l'on a enfermé dans sa bulle bretonne et qui est un grand écrivain). Il y a de bons et de mauvais écrivains dans tous les pays. Certains écrivains ne sont reconnus que dans leur pays, voire dans leur région.
Quelques Suisses dans le désordre, comme ils me viennent à l'esprit : Blaise Cendrars, Jacques Chessex, Paul Nizon, Robert Walser, Albert Cohen,  Herman Hesse, Philippe Jaccottet, Henri-Frédéric Amiel, Jacques-Etienne Bovard, etc.
Liste non exhaustive, plus complète ici.

22 h 30.
Je viens de regarder Empreintes : Christian de Portzamparc, passionnant architecte, prix Pritzker en 1994.
Une de ses réalisations : La Salle Philharmonique du Luxembourg.
Dans une émission d'Arte il disait en citant (de mémoire) Goethe écrivant à Schiller :
"Le décorateur de théâtre doit nous enchanter, alors que l'on demande à l'architecture de servir la morale et la présence grave de l'autorité". Cette ville de l'ordre est devenue autoritaire et si aujourd'hui l'architecture a pris quelques distances avec cette volonté de contrôle, c'est seulement, selon Portzamparc, que la politique n'a plus besoin d'installer l'ordre dans l'espace "puisque l'ordre est tenu dans le chiffre. D’ailleurs en tout nous perdons le contact structurant avec l’espace, la matière". "A nous de trouver l'équilibre, d'introduire le désordre qui permet la surprise. On peut penser l'enchantement puisqu'on reste des animaux entiers, que l'on éprouve des goûts, des voix", dit-il.

Samedi 23 avril.
10 h.

J'ai raté mon blog/journal si ce qui s'en dégage le plus "souvent" est "un sentiment de grande tristesse". Un lecteur m'écrit ces mots hier soir... (le mots entre guillemets).
"Votre soleil paraît souvent morose, mais c'est un soleil qui réchauffe."  Même sentiment d'un autre lecteur il y a quelques semaines.
Est-ce parce que je parle de ma solitude? Que j'ose parfois dire mon spleen? Mais il m'arrive aussi BIEN SOUVENT de rire et même aux éclats sans que vous entendiez le son. D'ailleurs, tout vient de là : vous n'avez pas le son mais pire encore, le ton de ce que j'écris! Il va falloir que je m'enregistre à nouveau:)
Si vous saviez comme j'aime la vie!

"Le seul bien qui me reste au monde est d'avoir quelquefois pleuré."
Alfred de Musset
"Souvenons-nous que la tristesse seule est féconde en grandes choses."
Ernest Renan

11 h 30.
Je viens d'aller chercher mon courrier, je serre le petit carton contre mon coeur. Joie! Adieu tristesse, bonjour sourire, des étoiles dans les yeux, ce ne sont plus des graines c'est un bonsaï à ma fenêtre ... Un ange passe. Musique maestro!


lundi 23 août 2010

AIRES DE JEUX


Il y avait longtemps...
que je n'avais pas fait un tour au QUARTIER (CAC) un dimanche. Cet été en passant devant, l'affiche de l'exposition en cours ne m'inspirait pas. Je pensais que cela s'adressait aux enfants : AIRES DE JEUX
La police ou les corsaires.
Mais je dois reconnaître après m'être attardée dans chaque salle que c'est une exposition attractive et que j'en suis ressortie avec plein de couleurs dans la tête et de dynamisme. Le regard des artistes sur les aires de jeux nous aide à nous rendre compte qu'il s'agit d'objets risqués.

"L'exposition explore le tiraillement des aires de jeux entre un idéal de réalisation optimale des enfants et une forme de discipline. L'aire de jeux est, à l'image de toute structure éducative, sociale ou de vie en commun, vecteur d'une idéologie qui échappe bien souvent à ses utilisateurs comme à ses concepteurs. A travers une sélection d'oeuvres qui s'articulent les unes aux autres, l'exposition mêle des pratiques liées à la sculpture, au design et à la performance depuis les années 60 mais ne montre pas d'aires de jeux à proprement parler. [...] La police (comprise dans les sens d'une norme imposée de l'extérieur, d'un règlement sans explication) ou les corsaires (la possibilité d'un geste libre et fondateur), telle est bien l'alternative qu'il faut comprendre ici, et qui se pose déjà à même les aires de jeux."

Je n'ai pas envie de m'attarder sur le charabia explicatif de cette exposition, j'aime pour ma part pénétrer dans ce que je vois, toucher si je peux, écouter aussi car le son est très présent avec des écrans géants et des enfants, parfois violents et rebelles, dans des aires de jeux.

Le sous-titre de l'exposition : La police et les corsaires, reprend les termes de Michel Foucault dans son texte Des espaces autres : "Dans les civilations sans bateaux les rêves se tarissent, l'espionnage y remplace l'aventure, et la police, les corsaires".

Anne Frémy
Née en 1955 à Paris où elle vit et travaille. Elle est auteur, artiste et iconographe. Elle travaille avec l'image dont elle exploite les possibles sens par leurs associations. Ell a particulièrement utilisé l'image auprès d'architectes avec qui elle a collaboré (Paul Chemetov, Jean Nouvel, Patrick Bouchain...)



Homo Ludens 2010 - impressions numériques sur plexiglass


Florence Doléac
Née en 1968 à Toulouse vit et travaille à Paris. J'ai particulièrement aimé Le salon de lecture gonflable (Ballooon) de Florence Doléac dans lequel je me suis attardée, assise sur un ballon, puis plus confortablement encore, par terre sur le tapis le dos bien enveloppé dans les ballons qui prennent la forme du corps. Je me disais que ce serait très chouette d'en avoir quelques-uns dans mon salon!
"Florence Doléac explore l'espace dans lequel le design dialogue avec l'art. Ballooon devient un salon de consultation d'ouvrages, proposés par les artistes et les commissaires, permettant de prolonger les réflexions initiées par l'exposition : la question du contrôle social, de l'idée de l'enfance, des pré-conceptions qu'elle véhicule".




Pour le coup, les livres mis à disposition sont des livres pour adultes ou alors enfants surdoués. Hum! Il s'agit d'une sélection de livres qui aident à penser la difficile question de l'efficacité de la pédagogie par les formes.


Surveiller et punir de Michel Foucault, Les mots et les choses, Le pouvoir psychiatrique, Démocratie et éducation... Shakespeare... Le Capital de Karl Marx...

Corin Sworn
Née en 1977 à Londres vit et travaille à Glasgow en Ecosse.
Pour l'exposition, elle a réalisé avec Nicolas Parti et Ciara Philips des posters reprenant des indications et recommandations pour les jeux sûrs (play safe posters), quand le conseil devient consigne et tue toute impulsion de jeu.




Eamon O'Kane
Né en 1974 à Belfast vit et travaille à Odense au Danemark. Il effectue une relecture de l'héritage des formes du modernisme : Mondrian, Charles & Ray Eames, Le Corbusier, Frank Lloyd Wright. Ici il insiste sur la dimension pédagogique des formes du modernisme et leur historicité, et qu'il convenait selon lui, de donner aux enfants dans un ordre précis.






Bref, quand l'art contemporain est ludique il me plaît.
L'art contemporain est une ouverture sur le monde.

Rajout du 9 août 2016 : je découvre ce site Artsy Education (en anglais) dont le rôle est justement d'initier de manière ludique à l'art contemporain.