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vendredi 24 février 2017

Allez, courez, courez en liberté!

Retour sur image. Souvenez-vous... le 11 février *** les ânes

Vérification faite hier  : Ils étaient toujours là.
Je ne m'étais pas complètement trompée!
Je me suis renseignée auprès du "propriétaire", en fait, il y en a un de chaque espèce : un âne et un poney.


Toujours aussi triste de les voir plantés là. J'aurais bien fait comme la merveilleuse Gena Rowlands dans le merveilleux film que je viens de voir de, et avec le merveilleux John Cassavetes : Love Streams (1984). Oui oui, trois fois merveilleux, dix fois cent fois merveilleux. Gena Rowlands me bouleverse dans tous les films de Cassavetes. Quand elle emmène les poneys chez elle, c'est moi qui les emmène. Je suis une femme sous influence, je suis aussi toquée qu'elle. Ô ce sourire, cet instant de bonheur éphémère, quand elle les voit galoper dans la nature, vers la liberté. J'ai capturé ces scènes parce qu'elles ont à voir avec la bienveillance que je porte aux animaux et à leur liberté mais, évidemment, ce n'est pas le sujet principal du film.















 (Captures d'écran)


Je ne savais pas que ce film était ressorti en salles (sans doute à Paris), je l'ai vu en DVD. Love streams, en français traduit par Torrents d'amour. Dans le film, Gena Rowlands (Sarah) parle plutôt d'un flux qui ne s'arrête jamais, incontrôlable, de l'amour. Et le bel, le fol amour de ce film c'est celui de ces deux êtres : Robert et Sarah. Elle, fragile et toquée, paraît folle aux yeux des autres, mais cette folie n'en est pas, elle n'est que ce torrent d'amour qui ne tient qu'à un fil (comme celui du funambule) pour ne pas tomber dans l'abîme le plus profond. C'est beau, c'est tendre, c'est violent, c'est cruel, c'est doux. Ce sont tous ces sentiments, renversants, qui bouleversent dans Love Streams. 

"Cinq ans avant de mourir d’un cancer, John Cassavetes signait son ultime film. Ours d’or à Berlin, jamais repris en France depuis sa sortie, Love Streams est la quintessence de l’art cassavetien : beaucoup de passion et de travail.
LOVE STREAMS
avec lui-même, Gena Rowlands, Seymour Cassel, Diahnne Abbott
En 1984, Love Streams remporte l’Ours d’or au Festival de Berlin. Pour tous les cinéphiles, la cause est entendue : depuis vingt-cinq ans et son premier film (Shadows), John Cassavetes, avec sa belle gueule et son enthousiasme communicatif, incarne presque à lui tout seul le cinéma indépendant américain."

[...] Pourquoi les gens que vous aimez ne vous aiment-ils pas forcément ? Elle ne monnaie rien, Sarah, l’amour qu’elle éprouve pour les autres est un torrent pérenne. De l’autre côté, il y a Robert (John Cassavetes), un très riche écrivain accro à la débauche, qui héberge des prostituées dans sa grande maison (celle de Cassavetes, souvent vue dans ses films).[...] Que sont-ils l’un pour l’autre ? On l’apprendra bientôt. A vrai dire, c’est important et, en même temps, ça ne l’est pas tellement. L’important, c’est que Sarah et Robert sont deux âmes égarées qui se régénèrent l’une auprès de l’autre, parce que l’amour qu’ils se donnent est gratuit, n’attend rien en retour. Soudain, le film prend une autre tournure, devient troublant, presque gênant. Cet homme et cette femme, ces personnages, forment un couple qui se confond avec le couple que formaient Cassavetes et Rowlands dans la vie. Il y a entre eux un flot continu d’on ne sait trop quoi, qui dépasse le sexe et l’amour, et qui ne s’éteindra jamais, même s’ils se séparent physiquement."
(Source Les Inrocks, 1984)

"Comme toujours chez lui [Cassavetes], les êtres se déchirent dès lors qu'ils se caressent, la douceur se mue en violence, et l'effroi est de tous les plans. Peur de vieillir. Peur de mourir. Peur de se retrouver seul aussi : un soir d'orage, coiffé d'un chapeau de paille ridicule, Robert contemple, éperdu, sa maison envahie par les animaux que lui a achetés sa sœur, sa cinglée de sœur qui s'en va, elle, telle une héroïne de Tennessee Williams, vers une autre vie, vers un nouvel espoir qui sera forcément déçu." (Télérama).
 


lundi 30 janvier 2017

"Tu me vois en couleur ou en noir et blanc?"



Cette folle histoire de mouche(s) m'a fait sourire, rire ce matin.
La folie, l'absurde, la rêverie... les mouches.
C'est tout de suite après les dernières minutes (Raphaël Enthoven) des NCC Chemins de la Philosophie - dont le sujet du jour traitait du populisme - à écouter ci-dessous :


(Cliquer sur le lien ci-dessus. Deux minutes de folie douce ! ).

Cet après-midi, malgré l'humidité, j'ai pris l'air en foulant des greens comme des éponges remplies d'eau, sur le petit parcours. Je toussais, je [me] mouchais, entre chaque trou voire entre chaque coup, bien plus que Céleste chez son psy, et mon nez qui avait déjà des allures de nez de clown tant il était irrité, n'allait peut-être pas tarder à rester au fond de mon mouchoir, comme celui de Flaubert :

A sa nièce Caroline.
Croisset, jeudi, 2 heures [juillet 1868?]

Mon Loulou,
Ta bonne maman me charge de t'écrire, ce dont je m'acquitte avec empressement.
Elle a eu hier la visite de ton bel oncle Achille Dupont, qui est resté trois heures; puis, à dîner, Mme de Maupassant.
La voiture de sa "fameuse fille" va la remmener à Rouen, dîner chez Mme Lebret. Quelle partie de plaisir !
Le seul événement de mon existence a été, mardi, l'apparition du sieur Raoul Duval, qui s'est pris pour moi de passion, (ou de curiosité?), et puis j'ai un rhume inimaginable ! Je tousse et je mouche, dans le silence du cabinet, d'une façon incessante. Mon pauvre nez va rester au fond d'un de mes mouchoirs, et j'ai peur de lancer mes poumons sur les cendres.
Amuse-toi bien dans la nouvelle Athènes.
Ton vieux Ganachard.

lundi 12 décembre 2016

Foin de la sagesse, soyons fous !

Ce matin dans les NCC : Érasme, Éloge de la Folie 

Première émission de la semaine sur le thème :

Sommes-nous tous fous?



Jacob Cornelisz Van Oostsanen (?)
 Fou qui regarde à travers ses doigts, vers 1500. 

Davis Museum and Cultural Center, Wellesley (Massachusetts). 
L’Éloge de la Folie d’Érasme illustré par les peintres de la Renaissance du Nord, Editions Diane de Selliers.

"Tout le monde dit du mal de la Folie. Cependant, moi seule parviens à amuser tant les dieux que les hommes. Il me suffit d’apparaître pour que votre visage s’éclaire. Je me montre et aussitôt je chasse l’ennui de votre âme."

Le vieillard et l’enfant

« Qui supporterait le voisinage d’un vieillard riche d’expériences et doté d’un parfait jugement ? Personne. Mes vieillards à moi ne sont pas dégoûtés par l’existence et n’empoisonnent pas les autres. Ils ont en outre un avantage sur la petite enfance : le plaisir de bavarder. De plus, les vieillards et les enfants s’adorent car tout les rapprochent et jusqu’à leur physique : cheveux clairsemés, bouches édentées, balbutiements, manque de mémoire, insouciance. Cette ressemblance s’accroît au rythme de la vieillesse jusqu’à l’heure du trépas, où le vieillard – comme le petit enfant – ne sait plus regretter la vie ni sentir la mort.
A côté de mes métamorphoses, que valent celles des autres dieux. Ils transforment leur protégé en arbre, en cigale, en serpent ; moi, je ramène l’individu au meilleur moment de sa vie. Si les hommes essayaient de me suivre plutôt que de chercher la sagesse, ils seraient toujours jeunes au lieu de décrépir.
Les philosophes et les gens occupés aux affaires sont vieillis avant l’âge et continuellement moroses, parce que la tension et les soucis les ont aigris.
Mais fous au contraire, gras et bien-portants s’épargneraient tous les inconvénients de l’âge s’ils ne fréquentaient jamais les sages. »
Érasme, Éloge de la Folie.

 "Qui veut retrouver sa jeunesse n'a qu'à reprendre ses folies."
Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray.

(Que j'aime la folie... et les fous!).

dimanche 4 mars 2012

Derrière le rideau du photomaton

Quand mes dimanches sont mortels je glane ici ou là des informations sur la Toile entre quelques instants de lecture du livre en cours.
Je découvre qu'en ce moment se tient à Lausanne une exposition consacrée au "Photomaton" dans un musée dédié à la photographie : Derrière le rideau - L'esthétique photomaton.


"Lorsque les premières cabines de photomaton furent installées à Paris en 1928, les surréalistes en firent un usage intensif et compulsif. En quelques minutes, et pour une somme modique, la machine leur offrait, dans le domaine du portrait, une expérience similaire à celle de l’écriture automatique. Depuis, des générations d’artistes ont été fascinées par le principe du photomaton. De Andy Warhol à Arnulf Rainer, en passant par Thomas Ruff, Cindy Sherman, ou Gillian Wearing, ils sont nombreux à s’être emparés du photomaton pour jouer avec leur identité, raconter des histoires, ou faire des mondes."

Et voilà que mon projet de refaire une escapade au bord du Léman commence à me chatouiller en voyant ce  bâtiment avec ses jardins donnant sur le lac.


Crédit photo, Yves André

Vue sur le lac depuis les jardins du Musée de l'Elysée.
Crédit photo Jacques Lauber 

Parmi les nombreux surréalistes exposés, Yves Tanguy me fait mourir de rire, voir ici.



J'avais d'ailleurs acheté lors d'une exposition il y a quelques années au Musée des beaux-Arts, un petit livret qui regroupait ses photomatons. En faisant défiler les pages rapidement on voit les grimaces en action. Qui n'a jamais fait le clown, le fou, derrière le rideau d'un photomaton?  Je me souviens de nous deux, toi tirant la langue, moi riant comme une bienheureuse, nos deux visages rapprochés, au photomaton du métro Boucicaut, cela faisait deux mois que nous nous étions rencontrés. Je les ai toujours quelque part ces photos rigolotes. Si je les retrouve, je les "photoshoperais" et les publierais...
Je les ai retrouvées. Mais ce qui ressurgit 35 ans plus tard est si vivace que je les garde pour moi**.






Exposition à Lausanne jusqu'au 20 mai 2012.

** Ajout du 9.10.2012

Photomaton 21.03.1977

vendredi 19 février 2010

Folie ou déraison

Antonin Artaud


En écoutant ce matin pour le dernier jour de la semaine l'émission consacrée à Michel Foucault et dont le sujet était : Foucault et la folie, j'ai eu ensuite envie de replonger dans quelques pages d'Antonin Artaud. Il n'existe pas pour moi de meilleur écrivain ayant pu et su analyser sa folie avec autant de lucidité, à part Nietzsche peut-être et Céline?

Et si c'était être fou que de se croire non fou?
"Là où il y a oeuvre il n'y a pas folie". Michel Foucault

Dépression, mélancolie, folie, mort, on me prend pour une folle quand je dis que ces sujets-là me passionnent.

"La paralysie me gagne et m'empêche de plus en plus de me retourner sur moi-même. Je n'ai plus de point d'appui, plus de base... je me cherche je ne sais où. Ma pensée ne peut plus aller où mon émotion et les images qui se lèvent en moi la poussent. Je me sens châtré jusque dans mes impulsions. Je finis par voir le jour à travers moi-même, à force de renonciations dans tous les sens de mon intelligence et de ma sensibilité.
[...]
Il me parle de Narcissisme, je lui rétorque qu'il s'agit de ma vie. J'ai le culte non pas du moi mais de la chair, dans le sens sensible du mot chair. [...] Rien ne me touche, ne m'intéresse que ce qui s'adresse directement à ma chair. Et à ce moment il me parle du Soi. Je lui rétorque que le Moi et le Soi sont deux termes distincts et à ne pas confondre, et sont très exactement les deux termes qui se balancent de l'équilibre de la chair.
[...]
Quand je me pense, ma pensée se cherche dans l'éther d'un nouvel espace. Je suis dans la lune comme d'autres sont à leur balcon. Je participe à la gravitation planétaire dans les failles de mon esprit".

Antonin Artaud, Fragments d'un journal d'enfer.

Il a une très belle correspondance avec Jacques Rivière qui refusera de publier son premier recueil en 1923 puis qui éditera leur correspondance dans la NRF.

"Une chose me frappe : le contraste entre l'extraordinaire précision de votre diagnostic sur vous-même et le vague, ou, tout au moins, l'informité des réalisations que vous tentez. J'ai eu tort sans doute, dans ma lettre de l'an dernier, de vouloir vous rassurer à tout prix : j'ai fait comme ces médecins qui prétendent guérir leurs patients en refusant de les croire, en niant l'étrangeté de leur cas, en les replaçant de force dans la normale. C'est une mauvaise méthode, je m'en repens.
[...]
Je ne suis pas optimiste par système; mais je refuse de désespérer de vous. Ma sympathie pour vous est très grande; j'ai eu tort de vous laisser si longtemps sans nouvelles.
Je garde votre poème. Envoyez-moi tout ce que vous ferez."
Jacques Rivière à Antonin Artaud, Paris, le 25 mars 1924.

Il entretient aussi une correspondance avec son médecin, dans laquelle Artaud analyse son état mental avec une lucidité impitoyable.

"Cher Docteur,
J'ai été surpris et émerveillé de la façon dont vous deviniez mon état, dont vous repériez avec précision et une folle justesse les troubles profonds, désarmants, démoralisants dont je suis depuis si longtemps affligé et je vous enviais en même temps la façon synthétique que vous aviez de les présenter, sous leur angle vrai, les ayant SENTIS tels qu'ils se présentent et à leur place, faculté dont je suis éminemment privé.
Si donc je vous écris, c'est simplement dans l'anxiété d'avoir oublié tout de même un fait caractéristique et qui vous permettrait de voir encore plus profond et plus clair dans mon abominable état..."
Antonin Artaud au Docteur George Soulié de Morant, le 17 février 1932.
"Cher Monsieur,
Il y a amélioration depuis votre dernière séance de piqûres; mais seulement dans le domaine physique, du côté douleurs leur intensité a diminué.
Mais j'ai toujours dans l'esprit cette sensation de chose bouchée, de pensée ralentie, gelée, en prison quelque part.
[...]
Seul je m'ennuie mortellement, mais en général je me trouve dans un état pire que l'ennui, extérieur à toute pensée possible. Je ne suis nulle part, et tout ce qui me représente s'évanouit, et ce qui me représente est un état d'ébullition imagée, où je touche avec effervescence les aspects concrets de toute question possible. Entendant parler des gens, j'en arrive à être étonné de la multiplicité des aspects qui demeurent vivants en eux, des aperçus qu'ils sont capables d'émettre sur les idées et sur la vie.
C'est vous dire si par moments je tombe bas. le néant et le vide, voilà ce qui me représente, et tout de même après quelques séances de piqûres mon scaphandre personnel est remonté au jour des idées."...
A.A. au Docteur George Soulié de Morant, Paris, 7 novembre 1932.

(et Antonin Artaud poursuit cette correspondance en décrivant son état sans aucune complaisance; c'est tout simplement extraordinaire et passionnant).

"La vérité de la vie est dans l'impulsivité de la matière. L'esprit de l'homme est malade au mileu des concepts. Ne lui demandez pas de se satisfaire, demandez-lui seulement d'être calme, de croire qu'il a bien trouvé sa place. Mais seul le Fou est bien calme".
A. A. à Roger Vitrac, Manifeste en langage clair, extrait.

Antonin Artaud.
En 1947 (un an avant sa mort) il écrit un poème beau et violent, extrait:
"Je ne crois plus aux mots des poèmes
car ils ne soulèvent rien
et ne font rien."