Affichage des articles dont le libellé est Liberté. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Liberté. Afficher tous les articles

mercredi 28 août 2019

Liberté


Pierre Davy
La vende 2017


LIBERTÉ

Je veux, pour une fois, avoir mon libre arbitre;
Disposer de moi-même ainsi que je l'entends.
Ce qui, jusqu'à ce jour, m'a été contesté.
Lorsque l'on m'a conçu, moi, je n'étais pas là.
Un spermatozoïde, un peu aventureux,
S'est permis d'agresser un ovule accueillant.
Je plaide non coupable;
Ma carte génétique ne dépend pas de moi.
Depuis, s'est écoulé le ruisseau de ma vie.
Ne croyez surtout pas les dires bucoliques.
Un ruisseau est stupide, il s'adapte à la pente.
Il se heurte aux rochers, il stagne dans les mares.
Quand il trace des boucles, c'est qu'il y est contraint,
Et dans les droites lignes, il est canalisé.
Ainsi va de ma vie. J'ai cru en disposer,
Elle m'a été dictée, et je l'ai acceptée.
Je suis né, j'ai vécu, un peu à mon insu.
C'est pourquoi j'aimerais, esclave libéré,
Décider de ma mort, plutôt que de l'attendre.
Pouvoir dire, un beau soir, à l'issue d'un festin,
Merci, messieurs, mesdames, c'était vraiment très bien,
Pourtant il se fait tard, il faut que je m'en aille.
L'idée me séduit bien, mais deux questions se posent:
Celle de l'échéance et celle des moyens.
Quand donc sera-t-il temps? Là, j'ai mon opinion.
Si je ne peux plus voir un coucher de soleil,
Ou bien ne plus entendre les pleurs d'un adagio,
Si je n'ai plus la force de ma propre survie,
Irrémédiablement...
Alors, je veux mourir, en toute indépendance,
Et de ma propre main.
Si ma conscience fuit, si ma tête s'égare,
Si j'oublie qui je suis et qui sont ceux que j'aime,
Je veux qu'ils aient le droit de décider ma mort,
Et d'être mes bourreaux en toute impunité.
Mais, quand on veut se tuer, reste à savoir comment.
Les moyens sont multiples, souvent inélégants,
Douloureux, lamentables, parfois aléatoires.
Je rêve de chimie qui guérit de la vie.
Petit médicament, sous un dernier whisky;
Comme un modeste outil fait juste à ma mesure,
Que je conserverais tel un bijou précieux.
Marqué de la mention: servir à qui de droit;
Et qui m'évitera l'agonie des mouroirs.
J'espère une justice, voire une religion,
Et une société qui enfin le proclament:
Ta mort t'appartient, ta liberté est là!




Date de création : 31/05/2019 @ 17:29
Dernière modification : 31/05/2019 @ 17:29

jeudi 15 novembre 2018

Une journée idéale

Henry Miller et Hoki Tokuda, sa dernière épouse. Il la rencontre en 1966 (elle avait 29 ans et lui 75 ans), l'épouse en 1967, divorce en 1970. Henry Miller meurt en 1980. Hoki Tokuda est toujours en vie, elle a 81 ans.


Roland Jaccard: «Une journée idéale selon Henry Miller»

Sexe, ping-pong et euthanasie

Évidemment, le sexe mène parfois à l’amour, qui nous entraîne, malgré nous, à nous mettre au service de l’espèce en procréant. Terrible déchéance qui fait de nous des épaves de l’amour. Il est toujours bon de se vacciner contre cette pente fatale en observant le dimanche après-midi sur les grands boulevards ces épaves de l’amour traînant derrière elles leur progéniture comme autant de boîtes de conserve. Henry Miller, tout comme moi, préférait jouer au tennis de table au soleil sous le regard attendri d’une jeune Asiatique. Il était très favorable à l’euthanasie, la seule cause qui lui tenait à cœur* – encore un point commun – ne comprenant pas pourquoi on piquait son chien quand il souffrait, alors que l’homme dégoûté par l’existence est réduit à mendier un «suicide assisté»
[...]
Mais revenons à sa journée idéale : elle commence, et c’est plus important à ses yeux que tout le reste, par se mettre au soleil et nager dans sa piscine de Big Sur. Et, en fin d’après-midi, à jouer pendant une heure ou deux au ping-pong. Une forme d’hédonisme que je partage. Ensuite, après un dîner léger, voir un bon film, de préférence japonais (ils sont moins décevants). Baiser? Pourquoi pas? Mais est-ce bien indispensable à mon âge? se demande-t-il. Ce qui est vrai, c’est qu’une présence féminine, surtout si elle a le charme de l’extrême jeunesse – et Miller n’y était pas insensible –, rend la vie plus intéressante. Souvent exténuante, d’ailleurs. Miller ajoute: «Tout ce mystère sur le sexe… et puis tu découvres qu’il n’y a rien… c’est le vide, une illusion… tu t’enflammes pour [...] Lire l'article ici.
* (Point commun avec moi également. Monsieur Macron, on n'avance pas sur le sujet !)
Je me suis un peu perdue dans les multiples recherches que j'ai faites sur Henry Miller (qui m'a toujours passionnée) et Hoki Tokuda. Ce fut une brève relation, sans sexe, sans amour, on s'en douterait, de la part de Hoki pour Henry. Pour Henry Miller, il y eut plus de tristesse que de bonheur avec Hoki.

Résumées ici, les étapes de sa vie, en Français.

Quelques lettres - en Anglais - de Henry Miller à Hoki Tokuda, qui ne les ouvrait pas; il y mettait pourtant, en plus, son talent de peintre. Elle était sans doute trop jeune pour un vieil homme et, surtout, trop jeune pour avoir l'étoffe d'une femme d'artiste, et quel artiste !
Je ne connaissais pas cette étape de sa vie avec Hoki Tokuda. Je la découvre aujourd'hui.
Chaque étape d'une vie a son importance, celle-ci ne me paraît pas essentielle, au regard du reste, de ce qu'il a vécu. Ce qu'elle a d'essentiel, ce sont les mots qu'elle lui a inspirés.




L'extrait ci-dessous, à lire dans son contexte, que je trouve bouleversant (parce que je vieillis sérieusement) et, d'autant plus, que Miller ne cherche pas à bouleverser :

 "But now let me try to explain myself to you, if I can. The older I get the more I struggle not to make plans in advance, not to think of tomorrow, or yesterday, either, for that matter. I try my best to live day to day, as we say in English. This is a result of my philosophical strain rather than of my innate temperament. I have been all my life a most active man, perhaps too much so. All I ever wanted of life was the freedom to write what I had to express and to do so with perfect freedom. It has been a long hard struggle, and I suppose one might say that I won out. But at what a price! As a result of a my achievement, my fame or success, whatever you wish to call it, the word tries to involve me in things which no longer concern me. Every day of my life, for the last ten years or more, I have to struggle to win a couple of hours which I my truly call my own. The consequence of all this is that I do less and less creative work. I am at the mercy of the world. And since my time on Earth is running short you can well understand how desperate I sometimes feel. I have thought of running off to some remote corner of the Earth, where I might live in peace and do only what I wish to do, but where is that place? Years ago, I thought of going to Tibet or to Nepal or some remote corner of India, but today I haven't the heart to pick myself up and go to such outlandish places. I need some comforts and also some medical attention. And I don't want to leave my son here alone should he be drafted into the military service."

Ici, ce que dit Hoki Tokuda, très brièvement, de sa relation avec Miller :

"If Henry had been my grandfather, it would have been perfect. He was funny — I laughed all the time, and he liked my sense of humor."

"All I ever wanted of life was the freedom to write what I had to express and to do so with perfect freedom." Henry Miller

mercredi 23 mars 2016

Be... Lonely...

CD écouté en boucle cette après-midi, après le golf,
Jonathan Livingston le Goéland
"Ce Jonathan qui sommeille en nous [...] en quête d'absolu."

"La passion du vol entraîne le jeune Jonathan à transgresser tous les interdits, et surtout les lois du Clan. Cela va le conduire à mener une existence littéralement extraordinaire où les périodes sombres alternent avec les matins où « l’or d'un soleil tout neuf tremblait sur les rides d'une mer paisible »."  

Mes deux morceaux préférés : Be (ci-dessous) et Lonely looking sky.
Je découvre cette vidéo, magistrale!
(Merci au "youtubeur" qui l'a mise en ligne).




LONELY LOOKING SKY 

Lonely looking sky 
Lonely sky, lonely looking sky 
And bein' lonely 
Makes you wonder why 
Makes you wonder why 
Lonely looking sky 
Lonely looking sky
Lonely looking sky 
Lonely looking night 
Lonely night, lonely looking night
And bein' lonely 
Never made it right 
Never made it right 
Lonely looking night 
Lonely looking night 
Lonely looking night 

Sleep we sleep 
For we may dream 
While we may 
Dream we dream 
for we may wake 
One more day
One more day

Glory looking day 
Glory day, glory looking day
And all it's glory 
Told a simple way 
Behold it if you may 
Glory looking day 
Glory looking day 
Lonely looking night 

"Exigez la liberté comme un droit, soyez ce que vous voulez être..."
"Pour voler à la vitesse de la pensée vers tout lieu existant, il te faut commencer par être convaincu que tu es déjà arrivé à destination."
Ce conte philosophique me donne envie de revoir le film que j'avais vu à sa sortie dans les années 70. Je me souviens d'images superbes. Peut-être le trouverai-je à la médiathèque.

mercredi 28 janvier 2015

Une rencontre foudroyante


 " En 1960, la journaliste perd en même temps l'homme qu'elle aime et le journal qu'elle avait créé avec lui. Dans Histoire d'une femme libre, un livre qui vient d'être retrouvé, elle parle de cette double blessure."


«Été 1960. Françoise Giroud vient de subir le plus grand échec de son existence : sa mort. De nombreux verrous bloquant la porte de sa chambre, une dose plus que létale de poison avalée, le téléphone débranché, elle avait tout prévu... sauf que deux solides gaillards iraient jusqu'à défoncer une cloison pour l'arracher à un coma déjà profond. Il lui faudra vivre.
Plaquée par Jean-Jacques Servan-Schreiber, sa passion, et virée de L'Express, ce journal de combat qu'ils avaient fondé ensemble, en brave petit soldat, elle repart pour la guerre avec la seule arme dont elle dispose : sa machine à écrire.»
Alix de Saint-André.

Après sa tentative de suicide, Françoise Giroud écrivit Histoire d'une femme libre, récit autobiographique, dont Alix de Saint-André a retrouvé le manuscrit qu'on croyait détruit. On y retrouve la voix d'une femme d'exception, complexe, lucide, et formidablement courageuse. Au milieu d'une vie tourmentée, elle dresse à la pointe sèche le portrait des mondes et des hommes qu'elle a croisés.

4e de couverture.



Françoise Giroud 1916-2003
 Crédit photo : Rue des Archives/Crédit/Rue des Archives/AGIP


"Quand on prétend vouloir naviguer sans jamais porter le poids d'un parachute, il faut accepter le risque et ne pas se plaindre lorsqu'on se trouve éjectée, les reins cassés. je ne me plains pas. J'ai toujours accepté de payer le prix de ma liberté. Et je n'avais jamais pris Jean-Jacques Servan-Schreiber pour un sentimental. Sinon, je n'aurais pas fait confiance à son génie politique.
En le regardant partir, je me dis que je l'avais toujours bien jugé : loyal, généreux, constant dans ses objectifs, mais implacable pour qui risquait de le déranger. [...] Il avait aussi, à un rare degré, l'intelligence et la délicatesse du coeur à l'égard de ceux qu'il aimait. Mais il aimait peu, très peu. En tout cas, ce matin-là, il ne m'aimait pas."

(Page 220)

 


Françoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber 
(Photo : DR)


 Entourant François Mauriac à « L’Express »,
Madeleine Chapsal, (à g.), épouse de JJSS, 
et Françoise Giroud, sa maîtresse.
(Photo DR)



"Pourquoi suis-je passée un soir de 1951, chez l’éditeur René Julliard alors que, attendue ailleurs, j’avais décliné son invitation ? La vérité m’oblige à répondre : parce que ma voiture était rangée dans une rue à sens unique. Engagée dans cette rue, je m’éloignais de mon domicile mais je passais tout près de la maison des Julliard.
Ils m’avaient avertie qu’un visiteur intéressant serait chez eux. Je m’arrêtai. Celui que j’espérais voir  était déjà parti. Mais il y avait encore trois personnes, Maurice Schumann, Jean-Jacques Servan-Schreiber et sa jeune femme.
Provocants l’un et l’autre, ils ne formaient pas un couple indifférent.
Madeleine Servan-Schreiber*, tout en angles aigus, élégance naturelle, ennui distingué, avait ce qu’il y a de plus rare chez les jeunes femmes : du style.
Jean-Jacques Servan-Schreiber, s’il avait été plus grand de dix centimètres, aurait eu alors le physique d’un play-boy américain. Sourire charmant, désinvolture alliée à la bonne façon de regarder et d’écouter les femmes comme s’il leur attachait de l’importance. […]
Je le connais trop pour savoir l’impression qu’il produit aujourd’hui. Il a beaucoup changé. En bien, en mal ? Le temps n’est plus où il faisait gravement des grimaces et où il triomphait chaque fois qu’un fil d’argent apparaissait dans le tapis-brosse de ses tempes, parce qu’il craignait que sa jeunesse apparente interdise de le prendre au sérieux. Maintenant, c’est le contraire. Les jeunes, il a peur de ne plus en être. Il est à l’âge où l’on commence à s’énerver de trouver toujours plus jeune que soi. Et puis, un directeur de journal armé de secrétaires qui se chargent d’envoyer les roses rouges sans lésiner sur le nombre, d’un ou deux chauffeurs qui vont chercher Madame, qui raccompagnent Mademoiselle, et de célébrités en tout genre dans chaque poche, ce n’est plus un homme, c’est un mythe.
[…] Mais il était mieux que l’écorce plaisante d’un mythe : un homme de lumière, lui aussi**.
Curieusement, nous ne nous étions jamais vus alors que nous passions depuis deux ans la journée dans le même immeuble. […]
L’heure avançait. Nous prîmes, ensemble, congé de nos hôtes.
Devant la porte, Jean-Jacques et Madeleine Servan-Schreiber me proposèrent de me raccompagner. Ma voiture était garée devant la leur, de même marque, mais moins puissante. Je partis seule en avant.
A la hauteur du boulevard Saint-Germain, où la circulation était encore assez forte, une traction me doubla à folle allure, escaladant un refuge pour se faufiler, circulant en slalom et brûlant le feu rouge de la Concorde. Je n’eus que le temps de reconnaître le conducteur. Le diagnostic fut immédiat : pas encore adulte, prenant des risques inutiles, et au mépris des autres, supportant mal que l’on se montre plus puissant que lui. J’étais plus adulte, mais pas encore tout à fait sans doute, puisque ce comportement m’irrita. Je devais, ce soir-là, ma puissance supérieure aux chevaux-moteur de M. Citroën. Je l’employais, lorsque le chemin fut dégagé, à rejoindre la voiture des Servan-Schreiber qui filait sur les quais et à la doubler de telle sorte que l’envie passe à ce monsieur de rejouer à ce jeu-là avec moi.
Le lendemain, il me faisait prier, par René Julliard, d’assister le soir même au dîner qu’il donnait chez lui.
Smokings et grandes robes, ambassadeurs et généraux, colonels et prix Goncourt, hauts fonctionnaires et ministres… Exerçant un autre métier, cette assemblée réunie par un jeune homme sans lustre et sans fonction m’eût sans doute impressionnée, bien ou mal. Plutôt mal que bien, comme une dame qui porte ensemble tous ses brillants, y glissant de surcroît quelques strass.  Mais, outre que les journalistes cessent très tôt d’être impressionnables, les relations, les « contacts » font partie de la profession. Ils faisaient partie de la sienne.
Je me dis seulement en arrivant que, comme dans tout grand dîner, ma soirée serait perdue ou gagnée selon les voisins de table que l’on m’attribuerait.
Elle fut gagnée : j’étais assise à côté d’un homme dont le nom ne provoquait alors aucune secousse dans la colonne vertébrale de ceux qui l’entendaient. Il était d’ailleurs inconnu hors des milieux politiques. Il s’appelait Pierre Mendès France.
J’avais eu l’occasion de voir de près nombre de ses collègues. Il était d’un tout autre format.
Déconcertant, comme le sont tous les gens naturels, c’est-à-dire presque personne, sans comédie, ni dans la voix, très belle, ni dans les gestes, rares, ni dans le silence, toujours ouvert. Je crus voir à ses mains qu’il était musicien, à son regard qu’il était bon.
[…]
[…]
Ce soir-là, une phrase de Stendhal – toujours le stock de M. Lacroix – me trottait dans la tête, que je n’arrivais pas à reconstituer. Je l’ai retrouvée par hasard en relisant Lamiel : « La moindre différence sociale engendre une masse d’affectation considérable. » Pierre Mendès France était hors différence, hors classe, hors classement.
A la fin de la soirée, Servan-Schreiber s’enquit :
- Comment le trouvez-vous ?
Je ne sus que dire. L’intelligence et l’humanité réunies à ce degré en un seul homme, cela ne se définissait pas d’un mot. Et je n’ai jamais disposé d’une bonne faculté d’expression par la parole.
Aux commentaires de Servan-Schreiber, je compris qu’il était amoureux. Amoureux de Mendès France."


Pages 149 à 154.

* Madeleine Chapsal, de son nom de jeune fille qui restera son nom de plume, fut la première épouse de J.J. Servan-Schreiber.

** Françoise qualifiera ensuite cette rencontre de coup de foudre : « Par là, j’entends ce choc immédiat d’où jaillit une lumière intense, un éclair, sous laquelle vous voyez l’autre tout entier d’un seul coup d’œil ; vous voyez tout ce que les autres ne voient pas, car l’amour, loin d’être aveugle, comme on le dit bêtement, l’amour est extralucide. »

Françoise Giroud, in Histoired’une femme libre, Gallimard, 2013. Edition établie par Alix de Saint-André.

Lire ici cette rencontre, ce soir de 1951, relatée par Madeleine Chapsal :

"J’ai 26 ans et je suis folle de mon mari, Jean-Jacques Servan-Schreiber. Folle mais pas aveugle. Ce soir de novembre 1951, à un dîner chez l’éditeur René Julliard, se noue sous mes yeux une passion adultère qui va durer neuf ans. [...]"

Histoire d'une femme libre est un livre émouvant voire bouleversant. Françoise Giroud nous livre ses sentiments intimes, sans concession, avec rigueur, avec passion. Passion du journalisme. Elle ne prétend pas faire "de la littérature" (dit-elle) et pourtant, c'est de la littérature. Une autobiographie plus vraie que nature. Je l'ai dévoré, on découvre une femme drôle, grave, rebelle, entière qui garde la tête haute même dans le drame. Journaliste et femme, exceptionnelles; admiration.

mardi 13 janvier 2015

Dimanche, 11 janvier 2015



 Liberté, Martin Argyrogolo
11 janvier 2015 Place de la Nation


 Liberté "Le crayon guidant le peuple", Stéphane MAHE/REUTERS
11 janvier 2015 Place de la Nation

 

Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple, 1830

dimanche 5 mai 2013

"Un geste qui en dit long"

C'était le 3 mai... petit rappel

 

"Les affiches du métro parisien revisitées par Reporter sans frontières à l’occasion de la 20e journée internationale de la liberté de la presse." 
(Benoît Tessier/Reuters)



Manifestation en Chine le 7 janvier 2013

Les manifestants ont déposé des chrysanthèmes devant le siège du groupe Nanfang, à Canton, pour protester contre la censure qui a visé l'hebdomadaire Nanfang Zhoumo - Courrier international

mardi 25 septembre 2012

***

Optimisme.
Chaque matin me dire : je vais mieux; jusqu'au matin où je pourrais dire, je vais bien.

Cette semaine dans les NCC : Liberté chérie.

Se libérer n'est rien c'est savoir être libre qui est difficile. André Gide dit que la liberté peut plonger dans une sorte de détresse, il en a peur voire il en a horreur. Pour lui ce qu'il faut, ce n'est pas d'être libre mais chercher sans arrêt à le devenir en sachant que de toute façon on ne le sera jamais vraiment.

J'ai bien aimé cette référence au cerf-volant.
André Gide se compare à cette image du cerf-volant qui croit que, sans sa corde il pourrait voler encore plus haut. Alors que justement, c'est parce qu'il est tenu par une ficelle - une contrainte - que, il peut s'élever.

"Il faut suivre sa pente pourvu que ce soit en remontant".

mardi 1 février 2011

***

Exquise sensation ce matin d'une liberté retrouvée.
Ne plus être dans l'attente.
Me suffire.
Savoir que cela ne durera pas mais en profiter pleinement, de ce renouveau.

"Prendre conscience, c'est transformer le voile qui recouvre la lumière en miroir."
Lao-Tseu, Tao Te King 道德经

mercredi 17 novembre 2010

Ecrire la liberté

Ce fut une journée ordinaire, mais épatante.
Messe quotidienne, les NCC et cette semaine passionnante sur le snobisme, le dandysme et donc ce matin avec Proust, A la recherche… Je reviendrai sur le sujet.
Puis je reçois trois mots : je presse ces trois mots contre mon cœur.
Après cela, comment dire, je fus sur un nuage toute la journée, animée d’une folle énergie. Qu’en ai-je fait ? J’ai dégivré mon congélateur en écoutant Callas ; le moment était tout à fait adapté, je crois que le feu qui était en moi a fait fondre l’épaisse couche de givre en deux temps trois mouvements.

Après-midi à la médiathèque. En rendant mon Gros-Câlin j’apprends que quelqu’un l’a réservé. Le chanceux ou la chanceuse ! Il n’y avait rien d’autre de disponible de cet auteur donc je suis revenue avec d’autres ouvrages, dont celui-ci que je viens de m’empresser de commander. Oui, il m’arrive d’acheter des livres que j’emprunte. Celui-ci donc, dès que je l’ai feuilleté j’ai eu envie de l’avoir dans ma bibliothèque :


Simone de Beauvoir, Ecrire la liberté de Jacques Deguy et Sylvie Le Bon de Beauvoir, Découvertes Gallimard, Littérature, 2008. Il y a plein de photos superbes. Comme celles-ci.


Qui a dit que les femmes féministes sont des laiderons ? Je la trouve vraiment belle. Ce petit livre est très complet avec un condensé de ce que fut sa vie, sa lutte, son écriture, son compagnonnage avec Sartre et en fin d’ouvrage des témoignages : Le Castor au miroir des autres, des documents et quelques extraits de sa correspondance amoureuse avec Nelson Algren (que j’ai lue lors de sa parution et qui d’ailleurs m’avait un peu déçue. Pourquoi ? Parce que je découvrais une femme comme les autres quand elle est amoureuse et que j’avais espéré lire des lettres plus intenses. Je pense par exemple à celles d’Anaïs Nin avec Henry Miller, bien plus foudroyantes). Extrait, Simone de Beauvoir rentre de New York où elle avait rejoint son amant. Cette passion réciproque se heurte cependant à la distance qui les sépare et à la différence de leurs vies d’écrivains :

Vendredi 26 septembre 1947.
Nelson, mon amour. Ça commence : vous me manquez, je vous attends, j’attends le jour béni où vous me serrerez à nouveau dans vos bras aimants et forts. Ça fait grand mal, Nelson ; mais tant mieux cette dure souffrance est de l’amour et vous m’aimez aussi, je le sais. Vous êtes si proche et si lointain, si lointain et si proche, mon bien-aimé […] Je veux communiquer aux gens la manière de penser qui est la mienne et que je crois vraie. Je pourrais renoncer aux voyages, à toutes les distractions, je pourrais laisser tomber mes amis et quitter les douceurs de Paris pour rester à jamais avec vous ; mais je ne pourrais pas vivre uniquement de bonheur et d’amour, je ne pourrais renoncer à écrire et à travailler dans le seul lieu du monde où mes livres et mon travail ont un sens. Mon amour, cela ne doit créer aucun conflit entre nous ; au contraire, je me sens très proche de vous dans cette lutte pour ce que je crois vrai et juste, vous aussi vous luttez. Mais tout en sachant que c’est bien ainsi, je ne peux m’empêcher de sangloter comme une folle ce soir ; j’ai été si heureuse avec vous, je vous aimais tant, vous êtes si loin.


Et voici ce qu’elle écrivait sept ans plus tôt à Sartre, son véritable amour, l’homme de sa vie. En mai 1940 Sartre est fait prisonnier.

Mercredi [fin juillet] 1940.
Mon amour,
Je suis un peu bien (sic) découragée – voici la fin de mois qui approche et il n’y a aucun signe de vous. Je me demande si mes lettres vous arrivent, j’ai tellement idée que non que ça m’en dégoûte d’écrire. Comme j’ai envie de vous voir – je rêve de vous chaque nuit, et toujours dans une atmosphère de cauchemar – et les réveils sont si pénibles – je me demande vaguement dans le sommeil pourquoi il y a une telle impression de tristesse liée à votre personne – et puis c’est parce que vous êtes hors de toute atteinte, mon amour. Je vous aime, il me vient des tas et des tas de souvenirs à fendre l’âme et je m’étonne de toutes les vertus qui vous parent dans ma mémoire et je sais que quand je vous verrai je serai encore plus étonnée de vous retrouver plus délectable que tous mes souvenirs. Mon doux petit, je ne peux pas m’empêcher de pleurer ce matin en vous écrivant tant j’ai envie de vous voir sourire, de toucher votre petit bras, d’être enfermée dans vos bras mon amour – cher petit être, cher visage ; comme vous étiez gentil avec moi, comme vous étiez précieux. Ah ! je m’ennuie de vous, je me languis de vous, le monde est vide (…) comme les jours sont plats. Je me sens d’une solitude profonde, sauf avec moi-même je ne peux échanger aucuns mots que je pense vraiment. Je ne fais rien que vous attendre du matin au soir tous les jours.
[…]
Il paraît qu’on va pouvoir envoyer des colis – j’y mettrai tous les livres que je pourrai et des victuailles.
[…]
Au revoir. Mon amour. Si seulement je croyais que ces lettres arrivent. Je suis toujours gaillarde quant au fond, mais j’ai une envie vraiment déchirante de vous voir – rien ne compte que cela. Vous m’êtes tellement présent, presque physiquement, petit être, tout cher petit être. Je suis toute effondrée de tendresse pour vous. Mon amour.
Votre charmant Castor.


Ci-après des notes relevées dans Télérama qui ne parlent évidemment pas de ces lettres (qui pourraient être de n'importe quelle inconnue aimante) mais de son écriture dans un sens plus général. "Certains ont moqué la langue de Simone de Beauvoir, jugée trop automatique, utilitaire, voire bâclée. A la relecture, ses textes frappent au contraire par leur souffle, leur lyrisme, leur puissance. On y sent un premier jet très vif, lucide et acide. "Elle invente un style, entre parole et écriture, analyse Danièle Sallenave. C'est une langue que j'appellerais "parole vive", une adresse impérieuse en forme de prise de pouvoir ; elle vise un objet, interpelle le lecteur. A la fin des années 60, elle se situe aux antipodes des thèses dominantes, qui prônent la mort de l'auteur, l'intransitivité." Simone de Beauvoir n'a jamais prétendu détrôner les grands de la littérature. A la fin de Tout compte fait, elle s'incline même : "Je n'ai pas été une virtuose de l'écriture. Je n'ai pas, comme Virginia Woolf, Proust, Joyce, ressuscité le chatoiement des sensations et capté dans des mots le monde extérieur. Mais tel n'était pas mon dessein. Je voulais me faire exister pour les autres en leur communiquant, de la manière la plus directe, le goût de ma vie. ""
Télérama, janvier 2008.

A part Simone de Beauvoir, j’ai emprunté un livre de Joë Bousquet, Le pays des armes rouillées, Mémoires, éditions Rougerie et Julien Gracq, La littérature à l’estomac (déjà lu). En fait ce sont trois livres peu épais, j’aime les "petits" livres des grands auteurs. En cours, toujours, Romain Gary, La nuit sera calme.

J’ai terminé mon passage à la médiathèque par une visite de l’exposition Années 20 - Années 30, Les esthétiques du livre :
L'entre-deux-guerres est une période éditoriale foisonnante, où les progrès techniques de l'édition le disputent à la création graphique. L'exposition dresse un panorama de la production éditoriale bretonne, mais aussi française, des « années folles » au Front populaire.

Me revient le souvenir du tournage du téléfilm de Daniel Vigne en 1996 avec Stéphane Freiss, Anthony Delon, Mathilde Seigner et deux jours de figuration en plein hiver, des heures d'attente à nous geler (les figurants) à Locronan et Pont Croix.





Après cette belle journée je pouvais rentrer le coeur léger, j'avais de quoi passer quelques heures en bonne compagnie. Je pensais à ces trois mots qui m'étaient destinés, je riais de bonheur.

lundi 1 novembre 2010

La liberté retrouvée

Ce qu'il y a de merveilleux dans le climat breton c'est sa diversité : hier nous avions une matinée avec des éléments déchaînés sous un ciel gris et humide, aujourd'hui il fallait se pincer pour se croire à la Toussaint! Belle lumière, ciel clair, soleil chaud. Ne pas rester enfermée par un temps pareil, aller faire un parcours sans oublier de regarder le ciel, la couleur des arbres qui ne sont pas encore complètement dégarnis, ramasser quelques châtaignes et, plaisir des yeux avec ces champignons que je ne m'aventurerais pas à ramasser, non seulement parce que je n'y connais rien mais parce qu'ils sont vraiment trop jolis dans leur environnement.




J'étais pratiquement seule sur les greens à l'heure où la plupart déjeunent. Il m'arrive de jouir de ma solitude avec... sérénité? Je te revoyais tirant mon chariot, rouler tes clopes ou fumer un havane quand il y avait une embellie dans nos finances; pas question de taper dans la balle pour toi. Tu avais ta vision du golf : une balade pour m'accompagner, des couleurs qui "n'existaient" que dans ton regard, des mouvements vifs. Un jour tu as fait un tableau qui, m'avais-tu dit, t'avait été inspiré par le golf et que tu avais titré : La liberté retrouvée.



Cardinaux, Huile sur toile, 1980


Il y avait souvent le mot Liberté dans tes titres. J'étais étonnée de voir ces couleurs, qui n'avaient pour moi rien à voir avec le vert des greens; j'y voyais plutôt des mouettes tournoyant au soleil couchant au dessus de l'océan. Ce que j'aime dans tes toiles, c'est que ce que j'y voie change selon mes états d'âme.

Ma solitude... j'en jouissais aussi cette après-midi avec... sensualité? Mes pensées emplies d'odeurs d'herbe mouillée, de feuilles mortes, de champignons. Je n'étais pas vraiment concentrée sur mon jeu puisque je m'arrêtais pour prendre des photos.


J'étais loin des cimetières et de mes chers disparus qui, j'en suis sûre, devaient être heureux, là où ils étaient (?), de me voir aimer ainsi la vie. Oui, aujourd'hui. Mais demain... vraiment, je dis la vérité au moment où je dis : j'aime la vie - je n'ai pas peur de mourir - je veux vivre - je veux mourir. Chaque instant est changeant, chaque instant est vérité. Je suis aussi variable que le climat breton. Je voudrais être légère, je fais semblant d'être légère. Je ne suis pas légère. Je suis d'un insoutenable manque de légèreté. C'est pour cela que je ris souvent, pour faire croire que je suis légère, et insouciante. J'aime être ce que je suis : j'ose dire la vérité.


J'écoutais tout à l'heure l'émission L'humeur vagabonde et je relevais que George Sand pouvait se vanter d'être bourgeoise et communiste. Et pourquoi pas! Surtout quand il s'agit d'une bourgeoise , propriétaire d'une belle maison certes, mais sans le sou. Je suis souvent agacée par les gens qui n'acceptent pas l'idée que l'on puisse être bourgeois et fauché ou riche et de gauche!

"De ses amours tumultueuses et largement commentées dans les gazettes de l’époque, ce sont évidemment les noms de Musset, Chopin, Mérimée ou Jules Sandeau que l’on aura retenus. Mais l’homme qui a partagé quinze années de sa vie et lui a apporté stabilité et bonheur reste encore largement ignoré. Alexandre Manceau, de treize ans son cadet, entre dans sa vie à Nohant, à la Noël 1849."

vendredi 6 novembre 2009

***

J'ai commencé ce blog/journal en pensant écrire pour LUI mais aujourd'hui c'est pour moi seule que j'écris et pas pour être lue, de personne. Nonobstant aucun blocage, je laisse au hasard le fait que quelqu'un pourra me lire. Si j'écris pour moi, pourquoi ne pas le faire sur Word et garder intimes mes réflexions? Parce que ici, sur le Net, JE est une anonyme. Si je disparais, mes proches ne trouveront jamais ce blog. Cela me laisse une impression de liberté. J'ai planqué mes cahiers intimes, du moins ceux que je n'ai pas brûlés. J'ai encore des bribes de Journal intime dans Word ou gravés sur CD. A chaque fois que je pars en voyage ou que je m'absente quelques jours, j'hésite à brûler ce qui me reste de mon Journal papier, de mettre à la poubelle les CD. Je ne le fais toujours pas et pourtant jamais je ne quitte l'endroit où je vis sans me dire : s'il t'arrive un accident, si tu meurs, "ils" liront ton Journal. "Ils" te découvriront et tomberont des nues.

jeudi 22 octobre 2009

Doris Lessing

Chez elle à Londres le 11 octobre 2007
La rebelle du Nobel! Elle reçut le prix Nobel de littérature en 2007. En l'apprenant, elle était accablée, "je m'en contrefiche" et plus tard elle dira que ce fut un "bloody disaster", un vrai désastre". La vieille dame indigne ne mâchait pas ses mots.
90 ans aujourd'hui!
Je rends hommage à cette femme militante éprise de liberté. Elle fut associée au combat des féministes sans l'avoir jamais revendiqué ni désiré.

"L’Académie suédoise qui vient de lui donner le Nobel a d’ailleurs bien résumé le personnage, expliquant d’abord qu’elle veut récompenser «la conteuse épique de l’expérience féminine» – pour avoir écrit le livre-culte des femmes révoltées de l’après-guerre, The Golden Notebook. Paru en 1962 (en français Le Carnet d’or, Albin Michel, 1976, prix Médicis) ce faux journal intime dresse les portraits croisés de femmes engagées dans la lutte politique, en quête d’indépendance, d’amour, et de liberté – sans happy end à la fin. Le Golden Notebook a inspiré plusieurs générations de femmes dans le monde, devenant la bible du nouveau féminisme du vingtième siècle."
(Libération).