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jeudi 13 juin 2019

***

Ce qui m’importe, c’est l’éternelle vivacité et non pas la vie éternelle. 
Friedrich Nietzsche

jeudi 26 juillet 2018

***

"Il faut avoir des ailes quand on aime les abîmes." (Nietzsche)

mardi 24 juillet 2018

Le Tigre est de retour but the winner is...

... Francesco Molinari !
 Vainqueur du British Open 2018 à Carnoustie

"Ce qui lui arrive est mérité" 

Avec 17 birdies en quatre tours, 
personne n'a fait mieux que Francesco Molinari, 
qui n'a également pris qu'un double-bogey cette semaine.



 

Les mérites du «boring golf»

«Boring golf», ou le golf au bout de l’ennui, est une expression américaine pour décrire la meilleure façon d’y jouer, et aussi la moins excitante: mettre la balle en jeu, puis sur le green, puis prendre un ou deux putts et on passe au trou suivant. Rien de bouleversant pour le spectateur, mais une assurance tous risques que Francesco Molinari a su contracter depuis ses débuts professionnels en 2004. Ses surnoms sont multiples: «la machine», «le laser» et d’autres sobriquets tous piochés dans le domaine de la précision. Il n’a pas concédé un bogey du week-end, et il a effectivement joué comme une machine dimanche: 16 pars, deux birdies, dont un sur le dernier trou pour empêcher quiconque de le rejoindre à -8.

Il possède probablement le visage le moins expressif du circuit et une résistance au stress inégalable. Pour preuve, son attitude alors qu’il jouait avec Woods, cerné par la foule et les cris de joie qui saluaient la chevauchée du Tigre : pas un battement de cils, rien ne semblait pouvoir le toucher. Ça semble presque facile le golf, dit comme ça, mais Jordan Spieth a, lui, bien remarqué l’éthique du joueur italien: «Il travaille comme personne ici. Dès que je passe devant la salle de gym, il est déjà là. Il est super appliqué au practice, il sait ce qui est bon pour lui. Ce qui lui arrive est mérité.»

(Source Philippe Chassepot, Le Temps.ch)




Tiger Woods termine 6e 
[à seulement 3 coups du vainqueur], 
sa meilleure place en Grand Chelem depuis 2013.





"Tiger Woods aura mis le feu à Carnoustie et même pris la tête du tournoi à mi-parcours. Si l'Américain ne terminera que 6e, à trois coups du vainqueur, cette semaine marque un vrai progrès dans son jeu. L'espoir de le revoir gagner n'a jamais été aussi concret.
[...]
Si quelqu'un doute encore de la solidité de ses vertèbres, ce swing accéléré en mode 4G illuminera tout le comté d'Angus, ainsi que tous les salons dotés d'une TV branchée sur l'Open.
Brandel Chamblee, consultant TV spécialiste du phénomène de 42 ans : « Pour moi, Tiger essaie de swinguer comme dans les années 2000. Et je pense qu'il est tout prêt d'y arriver. Le reste de ses progrès n'est plus technique, il doit désormais réussir à croire en lui comme avant. »

Comme l'a dit Spieth samedi, Woods retrouvera par moment ce regard plein de morgue et ce menton haut. Mais par ses mots, il démontrera encore que le tueur du passé appartient justement au passé : « Prendre la tête du tournoi m'a fait quelque chose, c'était comme avant ! J'essaie de garder ça en perspective car rien qu'en début d'année, rien que jouer cet Open aurait été une chance énorme pour moi. À l'image du retour au jeu de Serena (Williams), qui va sûrement m'appeler ce soir, je pense qu'il faut garder de la hauteur sur tout ça. »

(Source L’Équipe)

L'eagle de Jordan Spieth au 1 de Carnoustie

"Jordan Spieth n'a pas l'intention de laisser sa couronne du British Open. Au départ du 1 ce samedi, le Texan a envoyé un avion sur le premier fairway de Carnoustie. Sa balle a pris toutes les pentes possibles, avant de se hisser sur le green et de s'arrêter à 3 mètres du mât. Putt enquillé en suivant, bien sûr." 

"En cinq participations à The Open, Jordan Spieth compte déjà deux top 5. Quatrième en 2015 à St Andrews et vainqueur l'an dernier à Birkdale. De plus seuls deux joueurs de -25 ans ont réussi à gagner 4 Majeurs (T.Woods et Young Tom Morris)."

Bon, parti favori, il pouvait le faire mais il ne l'a pas fait...


Jordan Spieth, 9e


Il a tout de même fallu sortir les parapluies de temps en temps, ce qui n'a pas dû faire de mal aux fairways brûlés par le soleil et le vent.

Les parapluies servent aussi parfois de parasol, 

et en ce moment c'est bien utile. 


  British Open 2018 : Classement


La suite (lisible) ici. 



Justin Rose, 2e

Kevin Kisner, 2e

 Xander Schauffele, 2e


Rory MacIlroy, 2e


Eddy Pepperell, 6e



 Kevin Chappell, 6e

"Quel est le médicament le plus fort ?
La victoire."
Nietzsche, Maximes et Pensées


mardi 15 mai 2018

***

" Dans la solitude, le solitaire se ronge le cœur; dans la multitude, c'est la foule qui le lui ronge.
Choisis donc ! "

Friedrich Nietzsche, Humain trop humain.

mardi 1 mai 2018

... corps et âmes

Déjà sur la blancheur des mers s'épand en silence 
la pourpre de ton amour, 
suprême adieu de ta félicité qui s'attarde encore.

Nietzsche, Dithyrambes de Dionysos.




Extrait du film L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux (revu ce jour).

Vertige des regards aimants.

lundi 1 janvier 2018

"L'année qui vient risque fort de ressembler à celle qui s'achève" *

Bonne année 2018 !
Bloavez mat !
Happy new year !
Bhliain nua sásta  
gutes neues Jahr !
 С Новым годом !
 Buona fine e miglior principio !
¡feliz año nuevo!
 新年好!
  해피 뉴 이어
كل عام وأنتم بخير
 (J'en oublie sûrement...)
 
Ouf ! C'est finiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii...


* Lire ici : Les vœux de Nietzsche
 par Michaël Foessel

(Je retiendrais : "privilégier le beau, dans un quotidien dont il pressent déjà la morosité.")

et le récent ouvrage de Stéphane Floccari
Nietzsche et le nouvel an

lundi 19 septembre 2016

Sans amour... chaque jour, on meurt

Citations lues puis notées sur mon carnet pendant mon séjour.
"Quelle dose de vérité  un esprit sait-il supporter, sait-il risquer? Voilà qui, de plus en plus, devient pour moi le critère de valeurs." (Friedrich Nietzsche, Ecce Homo)
"[...] soit on a été assez aimé dans le passé pour tenir; soit on se retrouve suffisamment aimé pour bâtir. Sinon, chaque jour, on meurt. (Marie-Laure Delorme dans le JDD, à propos du livre de Eric Faye, Éclipses japonaises).
Au retour, je m'arrêtais sur des aires d'autoroute pour une pause. En sortant des toilettes j'imbibais mes mains du gel désinfectant de mon mini-flacon de voyage; il n'était pas question que mes oreilles subissent l'agression de l'appareil à sécher les mains que je détestais. Je pensais alors à l'article que je venais de lire la veille dans le cosy salon de thé La Villa Ouest (ex Art's Hôtel) à Saint-Palais. J'apprenais que c'était la dernière chronique (dommage!) de Raphaël Enthoven dans Philosophie Magazine, intitulée : Sèche-mains. 
Extrait :
Dans sa version automatisée, c'est  comme si les lieux d'aisance étaient équipés d'un moteur d'avion. Mais brasser de l'air est-il si inoffensif?

D'abord, il y a le bruit. Alors que la chasse d'eau n'a pas fini de se remplir à nouveau et que les parois exiguës des toilettes tremblent encore de la digue temporairement rompue, alors que le sifflement du robinet s'ajoute aux vibrations persistantes de la cascade, à peine les mains humides croisent-elles le faisceau lumineux de l'appareil que le sèche-mains électrique se met, sans crescendo ni mise en garde, à beugler comme le passage à pleine vitesse d'un train de marchandise dans une gare de province... C'est le tonnerre après le déluge, la tornade après le torrent. (La suite à lire dans le Philomag).
Bien aimé le dossier de ce mois-ci dans le magazine :  
A quel point sommes-nous prévisibles?

L'empire des données 
Surfez, 
vous êtes traqués!


Je le constate chaque jour avec ma tablette sous Androïd. C'est effrayant!

lundi 15 août 2016

Tout ce qui tremble et palpite...Pouvoir encore regarder, pouvoir encore écouter




De la Borie de Provence, en pierre sèche
 au Nid d'hirondelles de Bretagne, en... fiente sèche...
ce n'est qu'une question de volume! 

 

Les dégâts ont été nettoyés il y a quelques jours. Mais pas pour longtemps. Le nid est toujours là, photographié cette fois de l'extérieur. Un nid en béton pour ces poids-plumes! Pas le courage de le détruire, il est beau, me fait penser aux Bories de Gordes en Provence. A chacun son imagination et, ses souvenirs...

Donc, ce nid dans les voliges de notre toit est une espèce de mini borie à l'envers! Bon, quand les nouvelles fientes formeront une vraie borie sur le toit, on avisera. Mmm!



Cliquer sur l'image, puis clic droit pour "afficher l'image"  et + pour agrandir

Petit rappel des dégâts




J'écrivais tout ceci il y a quelques jours...

Et vlatypa que, vendredi dernier, 12 août, je fais une découverte.
Je démarrais mon parcours de golf à 13 heures sous un ardent soleil et ne tardais pas à mettre ma casquette.




Au trou n° 3, je faisais déjà une pause sous les arbres près de la rivière "enchanteresse", (souvenir parisien), rapidement, car deux joueurs me suivaient. 



En revenant vers le green, je sentais le soleil de plomb qui me liquéfiait autant qu'il me rôtissait. Je buvais un peu d'eau. Au trou suivant, j'enlevais ma casquette trouvant qu'elle empêchait l'air de passer sur mon crâne et je m'aspergeais le visage et les cheveux avec mon brumisateur; arrivée au green, cheveux secs. Je remis la casquette. Je devais être écarlate. Il faisait trop chaud et pourtant les températures n'étaient pas encore caniculaires, j'avais le souvenir d'une insolation au golf il y a quelques années. Je décidais alors de terminer mon parcours en passant du 6 au 9 et j'allais m'abriter un peu du soleil dans les ruines pour, une nouvelle brumisation rafraîchissante. Et là, que vois-je sur le sol de plus en plus cra-cra, ça :


Évidemment, ça me rappelait quelque chose. Je levais alors la tête et découvrais ce nid-mini-borie sur la poutre. Décidément, quelle coïncidence (il faut rappeler que mon bien-aimé m'appelait Sherlock). Je posais mon brumisateur et prenais ces photos.





Je m'étais bien rafraîchie, je devais avoir la mèche rebelle, la coiffure décoiffante, le visage ensoleillé décomposé mais je m'en fichais complètement, ça allait avec le reste. Je passais comme une flèche devant la terrasse du club-house.

[...]

Dans ma voiture... flottait un air de liberté. Je me sentais à nouveau disponible pour ma bien (mal) aimée, solitude. Je revenais à mes amours, fidèles, celles qui me donnaient autant de moments de joie que de grande mélancolie et d'angoisse. Je venais de faire un grand pas.

Je décidais au retour d'aller déposer quelques vêtements et accessoires chez Emmaüs; les "déposants" étaient très nombreux, j'étais étonnée, par cette chaleur.

In my sweet home je m'installais sur la terrasse, à l'ombre of course. Je regardais le ciel d'un bleu magnifique, deux oiseaux planaient au loin : deux points minuscules  avec des ailes, dans le ciel, un noir et un blanc. Je les enviais. Mes fleurs aussi avaient pris un coup de Penn Bazh.

   
Installée sur mon banc en sirotant un thé, je pensais à mille choses, mille souvenirs, jamais mon cerveau ne s'arrête de penser et, je regardais ces galets, de loin j'y voyais une paire de fesses. Ma foi, pourquoi pas... Des fesses en forme de poires, il y en a plein les rues, on passe de la pomme à la poire. Hi! On peut aussi être une pauvre pomme et une vraie poire. (o_0)


Le long week-end du 15 août commençait, je pensais (et oui encore) à toi maman... et j'ai peur j'ai peur... de mourir comme toi.
Je passe du rire au drame! Respirez, soufflez!

Ce soir je dînais sur la terrasse en compagnie des oiseaux qui avaient l'air de danser au son du piano que j'écoutais à la radio : La Bagatelle op 126 de Beethoven.



Il était 21 heures. Soudain une corneille (ou un choucas) fit son apparition sur le bord du toit et sautilla jusqu'à l'endroit exact où se trouve le nid d'hirondelles, au-dessus de ma fenêtre. Alors là tout s'éclaircit : les deux oisillons morts tombés du nid avaient été dénichés par l'un de ces oiseaux noirs! Conclusion peut-être hâtive de Miss Holmes...



J'ai enclenché la vidéo trop tard...



La lumière était belle au soleil déclinant. 




La vie pouvait-elle encore l'être aussi?






Dimanche 14 août  : promenade en fin d'après-midi après être restée enfermée dans une pièce à 22° quand il faisait dehors dans les 30° sous abri! Je n'avais que trois pas à faire pour une balade rafraîchissante le long de la rivière. Je rasais tout de même les murs et les arbres pour avoir un semblant d'ombre. 




Ils font déjà demi tour!
C'est sûr ils vont plus vite que moi et pour avoir de l'air
c'est mieux qu'un ventilateur!


  
Mais ils font plus de bruit que celui-ci avec son canoë!



J'ai moi-même fait demi tour après une demi heure de marche, il faisait encore très chaud. J'avais mis un vieux bob sur la tête et mes lunettes de soleil, mais j'étais loin de ressembler à Meryl Streep dans Out of Africa et j'aurais bien aimé être shampouinée par Robert Redford pour me rafraîchir la tête! 

Lundi 15 août : bonne fête ma petite maman chérie. 
Lecture du dernier livre emprunté à la médiathèque : Béton de Thomas Bernhard. Jamais déçue par cet écrivain.  J'ai l'impression quand je le lis qu'il n'a écrit que pour moi (prétentieuse)!

.../... Samedi et dimanche, écouté Michel Onfray, toujours aussi drôle, oui oui!
A propos des  Nématodes (vers parasites), imagé par M. Onfray :
"Barboter dans une piscine ça vous tue un nématode en deux secondes (le chlore, les poils humains, les crottes de nez etc.)"
A vous dégoûter d'aller dans les piscines.
Autres citations :
"Pas de paradis pour les blaireaux. Je parle des animaux..."
"Si vous avez mal au dos, c'est que vous en avez plein le dos" (Théorie de Groddeck). Je vous dis pas si vous avez mal au rectum..." Eh oui! c'est imagé je vous le dis!
"Le mulot a du toupet!" "Vous pouvez le twitter" dit-il en riant.
"J'ai connu des arrières-trains solaires" dit-il en contrepoint d'une citation où l'on parlait d'arrières-trains lunaires. Mmm!
Tout cela sorti du contexte de sa conférence n'est pas sérieux (shame on me), mais ça l'est (sérieux). A réécouter, on ne s'ennuie pas une seconde. Un intervenant en fin d'émission sur La théorie du fumier, n'a pas démonté Onfray.
Puis il revient sur Schopenhauer, le pessimiste positif, avec Le monde comme volonté et comme représentation. M. Onfray nous rappelle qu'il influença Nietzsche qui fut un disciple de Schopenhauer :

"Nietzsche, le plus grand des disciples de Schopenhauer, célébrera toute sa vie le génie de  son éducateur qui lui a ôté des yeux « le voile de l'optimisme ». Dans ses Considérations inactuelles, il écrit au sujet de son maître : 
« Je suis, dit Nietzsche, un de ces lecteurs de Schopenhauer qui, après avoir lu la première page de lui savent avec certitude qu'ils iront jusqu'à la dernière, et qu'ils écouteront chaque parole sortie de sa bouche. Ma confiance lui a été acquise dès l'abord, et après neuf ans écoulés elle est encore la même. Pour tout dire en un mot et avec un sentiment peut-être outrecuidant, je le compris comme s'il avait écrit pour moi."
(Source)
   C'est sûr, il devait y avoir plus de monde sur les plages à "barboter" - dans des eaux moins parasitées espérons-le que dans les piscines -, qu'à l'écoute de France Culture.

Fin de ce long week-end. Chaleur étouffante, les 22° à l'intérieur sont passés à 26. A l'extérieur il fait encore 32°, pas un souffle de vent pour faire courant d'air. Mal de gorge, sans doute à cause des douches et du ventilateur. Faut faire des choix : crever de chaud ou attraper une angine... Allons prendre une énième douche de toute façon le mal est fait. Il est 23 heures...

dimanche 1 mai 2016

Comme un instant d'intense bonheur...

... Non, il ne s'agit pas d'un brin de muguet.




J'ai filmé cet extrait du film de Yann Kassile avec mon appareil photo.

Comme d'habitude, rien ne m'intéresse à la télévision le samedi soir (et pas que le samedi soir). J'ai alors hier soir  revisionné ce film-documentaire (extrait ci-dessus) de Yann Kassile dont j'ai déjà parlé : L'Expérience de Nietzsche. Le début de ce film ici.

En relisant mon billet  "Le trio platonique" je constate que ma vidéo de la scène finale du film Au-delà du Bien et de Mal a évidemment disparue, la faute à Wat! Mais, miracle, j'ai retrouvé dans mon ordinateur quelques-une des vidéos que je croyais perdues dont celle de la scène finale du film dont je parlais. Je l'ai republiée dans le billet. Je vais donc pouvoir en réhabiliter d'autres après téléchargement mais quel travail et quelle perte de temps!



samedi 9 avril 2016

Je voudrais être jeune jeune... longtemps longtemps

Scène nocturne du 22 avril 1915

Gui chante pour Lou

Mon p’tit Lou adoré Je voudrais mourir un jour que tu m’aimes
Je voudrais être beau pour que tu m’aimes
Je voudrais être fort pour que tu m’aimes
Je voudrais être jeune jeune pour que tu m’aimes
Je voudrais que la guerre recommençât pour que tu m’aimes
Je voudrais te prendre pour que tu m’aimes
Je voudrais te fesser pour que tu m’aimes
Je voudrais te faire mal pour que tu m’aimes
Je voudrais que nous soyons seuls dans une chambre d’hôtel à Grasse pour que tu m’aimes
Je voudrais que nous soyons seuls dans mon petit bureau près de la terrasse couchés sur le lit de fumerie pour que tu m’aimes
Je voudrais que tu sois ma sœur pour t’aimer incestueusement
Je voudrais que tu eusses été ma cousine pour qu’on se soit aimés très jeunes
Je voudrais que tu sois mon cheval pour te chevaucher longtemps longtemps*
Je voudrais que tu sois mon cœur pour te sentir toujours en moi
Je voudrais que tu sois le paradis ou l’enfer selon le lieu où j’aille
Je voudrais que tu sois un petit garçon pour être ton précepteur
Je voudrais que tu sois la nuit pour nous aimer dans les ténèbres
Je voudrais que tu sois ma vie pour être par toi seule
Je voudrais que tu sois un obus boche pour me tuer d’un soudain amour


Guillaume Apollinaire 

* Je ne sais pourquoi je pense  à la scène finale du film de Liliana Cavani, Au-delà du Bien et du Mal, dont j'avais parlé ici et à cette sublime "chevauchée fantastique" de Lou Andreas-Salomé (Dominique Sanda, diaboliquement divine dans le rôle de Lou) avec Friedrich Nietzsche.


lundi 29 décembre 2014

"C'est une lourde peine de vivre ainsi en animal"


Femelle panthere des neiges et son bébé

Panthère des neiges et son petit



En cette période de fêtes mortelles je me délecte avec les documentaires animaliers à la télévision. La vie des animaux dans leur milieu naturel me fascine. Cruauté des scènes de capture, nécessaire à la survie des espèces qui doivent trouver leur nourriture, pour eux et leurs petits, et parfois les proies se font rares. Pour qui prendre parti dans la lutte sanglante? Le fort ou le faible? J'accepte qu'un animal en tue un autre pour le dévorer mais je refuse qu'un humain (chasseur) fasse de même. Ce qui est douloureux tout de même à regarder et à entendre, c'est la souffrance de l'animal capturé qui ne meurt pas d'un coup de croc mais lentement, dans des gémissements insupportables (scène d'une panthère avec une biche) pendant que l'animal déchiquette sa proie. 
Cruauté mais aussi beauté de la nature, des animaux, des couleurs incroyables de certaines espèces (les oiseaux, les poissons en particulier. Revu également le film de Jacques Perrin : Océans).

Samedi dans Répliques l'émission d'Alain Finkelkraut il était question de La forme animale.  Je relevais une citation, - à propos du (non)langage chez l'animal - faisant référence à Horkheimer et Adorno, que j'ai retrouvée dans La dialectique de la raison :

"L'animal répond à son nom et n'a pas de moi, il est refermé sur lui-même et cependant exposé à l'extériorité, une contrainte succède à l'autre, aucune idée ne la transcende. Privé de réconfort, il ne connaît pas pour autant une angoisse moins grande, la conscience du bonheur qui lui fait défaut ne le libère pas pour autant de la tristesse et de la douleur. Pour que le bonheur se matérialise, qu'il concède la mort à l'existence, il faut une mémoire susceptible d'identification, une connaissance apaisante, l'idée religieuse ou philosophique, bref le concept. Il y a des animaux heureux, mais que ce bonheur est bref! Pour l'animal, la durée que ne vient pas interrompre la pensée libératrice, est triste et dépressive. Pour échapper au vide lancinant de l’existence, il faut une capacité de résistance à laquelle le langage est indispensable. Même l’animal le plus fort est infiniment faible. La thèse de Schopenhauer selon laquelle la vie oscille entre la douleur et l’ennui, entre de brefs instants où l’instinct est satisfait et un désir ardent qui ne connaît pas de fin, s’applique bien à l’animal, auquel aucune connaissance ne permet d’arrêter le destin. L'âme de l'animal recèle les différents sentiments et besoins propres à l'homme, voire les rudiments de l'esprit sans qu'il ait le soutien que seule la raison organisatrice peut apporter. "



 (Jean Marais dans La Belle et la Bête)

"Où cesse l'animal, où commence l'homme?"

Friedrich Nietzsche dans  Considérations inactuelles (1876) écrit :
 
"De tout temps, les hommes profonds ont toujours eu pitié des animaux, de cela justement qu'ils souffraient de la vie et n'avaient pourtant pas la force de tourner contre eux-mêmes l'aiguillon de la souffrance et de comprendre leur existence de manière métaphysique; la souffrance dépourvue de sens a au plus profond quelque chose de révoltant. Aussi sur divers points de la terre est née la supposition que les âmes des hommes coupables sont reléguées dans ces corps d'animaux et que cette souffrance au premier regard révoltante et dépourvue de sens se résolvait en pure intelligibilité selon la justice éternelle, en tant que peine et expiation. En vérité, c'est une lourde peine de vivre ainsi en animal, soumis à la faim et au désir et de ne pas même parvenir à la moindre conscience sur cette vie. Comment imaginer destin plus lourd que celui de la bête de proie, pourchassée dans le désert par le plus rongeur des tourments, rarement satisfaite et ne l'étant jamais qu'avec une satisfaction qui se fait douleur, soit dans la lutte sanglante avec d'autres animaux, soit dans la voracité répugnante et le trop-plein de la satiété ? Tenir à la vie avec cet aveuglement, cette folie, y tenir sans autre ambition, loin de savoir que l'on est ainsi puni et pourquoi on l'est, mais au contraire dans la stupidité d'un effroyable désir, aspirer à ce châtiment comme à un bonheur, c'est cela être animal; et si la nature entière s'empresse vers l'homme, elle donne aussi à entendre qu'il lui est nécessaire pour la délivrer de la malédiction de la vie animale et qu'enfin en lui l'existence se présente à elle-même un miroir sur le fond duquel la vie n'apparaît plus insensée mais au contraire dans sa signification métaphysique. Pourtant, que l'on y réfléchisse bien : où cesse l'animal et où commence l'homme ? Cet homme qui importe seul à la nature ! Aussi longtemps que quelqu'un réclame la vie comme un bonheur, il n'a pas encore élevé son regard au-dessus de l'horizon de l'animal, si ce n'est qu'il veut avec davantage de conscience ce que l'animal cherche dans une pulsion aveugle. Mais c'est ainsi qu'il en va pour nous tous durant la plus grande partie de notre vie : nous ne sortons pas d'ordinaire de l'animalité, nous sommes nous-mêmes ces animaux qui semblent souffrir sans raison.
  Mais il est des moments où nous comprenons cela : alors les nuages se déchirent, et nous voyons comment nous-mêmes avec la nature tout entière nous nous empressons vers l'homme comme vers quelque chose d'élevé au-dessus de nous. Frissonnant dans cette clarté soudaine, nous jetons nos regards alentour et en arrière : là s'agitent les bêtes de proie affamées et nous sommes au milieu d'elles. La monstrueuse mobilité des hommes sur le grand désert terrestre, les villes et les États qu'ils fondent, leurs guerres, leur activité incessante d'accumulation et de dépense, leur cohue, leur façon d'apprendre les uns des autres, de se tromper et de se piétiner mutuellement, leurs cris dans la détresse, leurs clameurs dans la victoire - tout cela est le prolongement de l'animalité; comme si l'homme devait être à dessein rétrogradé dans son éducation et frustré par tromperie de sa disposition métaphysique, et, pour tout dire, comme si la nature après avoir si longtemps désiré l'homme et travaillé à lui, tremblait maintenant devant lui et préférait retourner à l'inconscience de l'instinct.
  Tout cela, je l'ai dit, nous le comprenons de temps à autre et nous nous étonnons beaucoup de ce vertige d'angoisse et de précipitation et de tout ce qu'il y a de rêve dans notre vie qui semble redouter le réveil et rêve avec d'autant plus de vivacité‚ et d'inquiétude qu'elle approche de celui-ci. Mais nous sentons en même temps que nous sommes trop faibles pour supporter longtemps ces instants de repliement au plus profond et que nous ne sommes pas les hommes vers lesquels la nature aspire pour sa délivrance : ce nous est déjà beaucoup de pouvoir, un instant, dégager notre tête et remarquer dans quel fleuve nous sommes plongés. Et même à cette émergence, à cet éveil d'un instant vite évanoui, nous n'y parvenons pas de notre propre force, il faut que nous soyons soulevés - et quels sont ceux qui nous soulèvent ? Ce sont ces hommes véritables, ceux qui ne sont plus des animaux, les philosophes, les artistes et les saints ; dès qu'ils paraissent - et avec cette apparition - la nature qui ne bondit jamais fait son unique bond, et c'est un bond de joie, car pour la première fois elle se sent arrivée au but, là où elle comprend qu'elle doit désapprendre à se chercher des fins et qu'elle a misé trop haut dans le jeu de la vie et du devenir."
 (Source)

(Les caractères en gras sont de mon fait).