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mercredi 22 juin 2016
samedi 18 juin 2016
Chasser la lassitude et poursuivre l'effort
Regardé un film de Carlos Saura : Tango. Régal! Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1998. Un film pour grand écran.
Puis lecture de quelques nouvelles de Dorothy Parker qui m'enthousiasment moins que la vie de l'auteur qui fut l'amie des Fitzgerald, de Hemingway.
Dans cet ouvrage La vie à deux, Dorothy Parker est impitoyable dans l'observation, même si elle s'attache toujours au pire. Elle peut se dispenser de commentaires, sur la solitude, l'incommunicabilité, le désir de mort : la description et les dialogues ont tout dit.
Des nouvelles à ne pas lire d'une seule traite pour reprendre sa respiration tant les "petits ratés" de la vie de couple deviennent irrespirables. Ces "petits ratés" existent aussi dans la vie de solitaire. On rit tout de même souvent en lisant cette Vie à deux de Dorothy Parker (éditions Denoël, collection 10/18 domaine étranger).
Je lis de moins en moins de livres, peut-être parce que j'emprunte des ouvrages qui ne correspondent pas à la littérature que j'aime (les correspondances, les autobiographies, les essais, les journaux intimes), peut-être aussi parce mon cerveau - comme le reste - s'affaiblit et que lire - comme écrire ici - me demande de plus en plus d'efforts. Chasser la lassitude et poursuivre l'effort.
Réservé à la médiathèque Football de Jean-Philippe Toussaint. Je ne m'intéresse pas du tout au football mais cet écrivain (mon chouchou;-)) parvient à me captiver sur n'importe quel thème. Comme ce "coup de tête de Zidane"...
J'écoute le soir sur France Culture une lecture de cinq minutes (19 h 55) par Denis Podalydès. Cette lecture de Football de J.P. Toussaint a commencé, le vendredi 20 mai et se poursuit, chaque soir depuis cette date. Pour les amateurs de belle littérature ou de football!
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jeudi 23 avril 2015
"Je ne peux dissocier des rêves et de l'enfance, le football" (Jean-Philippe Toussaint)
La naissance du football
"Le football est né en 1863, l'année de la mort de Delacroix
(ça ne s'invente pas)."
Images Jean-Philippe Toussaint
Une brève histoire du foot (en 4 épisodes)
"Vous n'avez rien vu à Séville, rien.
J'ai tout vu à Séville, tout.
L'arbitre en tout cas, lui n'a rien vu"
(épisode 4)
"Vous n'avez rien vu à Séville, rien.
J'ai tout vu à Séville, tout.
L'arbitre en tout cas, lui n'a rien vu"
(épisode 4)
Il y a longtemps que je n'avais pas rendu visite à mon "chouchou". J'y découvre toujours quelque chose qui m'avait échappé comme ces vidéos qui intéresseront autant - et peut-être plus - les cinéphiles que les "footeux".
Jean-Philippe Toussaint aime le football, c'est sûr. Souvenez-vous :
Jean-Philippe Toussaint aime le football, c'est sûr. Souvenez-vous :
"La Mélancolie de Zidane est ma mélancolie, je la sais, je l'ai nourrie et je l'éprouve. Le monde devient opaque, les membres sont lourds, les heures paraissent appesanties, semblent plus longues, plus lentes, interminables.* Il se sent fourbu, vulnérable. Et dans une ivresse de fatigue et de tension nerveuse, Zidane ne peut qu'accomplir l'acte de violence qui délivre, ou de fuite qui soulage."
La Mélancolie de Zidane, Jean-Philippe Toussaint. Ed. de Minuit.
Et pour les cinéphiles, découverte de ce site "sensass" (coucou maman chérie) qui, comme l'écrit Isabelle Régnier dans son blog du Monde en 2010 :
"... s'appelle Blow Up , comme le film d'Antonioni. Ce n'est pas un film, mais un programme web cinéphile et ludique d'arte.tv. Proposée par Luc Lagier (ancien rédacteur de l'émission Courts-Circuits sur Arte et auteur de livres sur Carpenter et De Palma, notamment), ce mini-site régulièrement actualisé se cale --mais pas seulement-- sur la programmation de la chaîne et propose toute une série de petits modules vidéo rigolos [...].Sur les traces de l'indépassable émission Cinéma, Cinémas, mais en mode web, donc nécessairement plus modeste, plus bricolé, plus ludique et plus interactif, ça a le mérite d'être léger et plutôt inspiré."
La 100e de Blow Up a eu lieu en 2012. Isabelle Régnier en parlait ici.
Et je découvre cette pépite cinq après sa création! mais grâce tout de même à mon "chouchou" (qui me pardonnerait - j'en suis sûre - ma familiarité, s'il me connaissait).
Fan de foot moi? Jamais! Fan de Jean-Philippe Toussaint. Toujours!
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mardi 7 octobre 2014
Un manque à combler
"Sans relations humaines, il n'y a pas en moi de mensonges visibles." Kafka *
Crédit photos Jean-Philippe Toussaint
Je suis en manque de Jean-Philippe Toussaint! Un petit tour sur son site ! Et là, surprise, je découvre qu'il a fait un film en 1990 tiré de son livre Monsieur publié en 1986 dont j'avais parlé ici, mais c'est encore mieux là.
"Les aventures de Monsieur, jeune homme poli et brillant au ping-pong, qui
habite chez les parents de sa fiancée et qui, poursuivi par un voisin,
essaie d'échapper au monde et aux gens jusqu'au jour où il tombe
amoureux..."
Extrait 1 (d'autres extraits en cliquant sur "un film"). Monsieur est interprété par Dominic Gould. Il me plairait de le trouver en DVD, apparemment il n'y en a pas. Quel dommage. Ces premières images me font penser à Jacques Tati.
Autre découverte, la filmographie de Jean-Philippe Toussaint.
Je vais poursuivre mes recherches, peut-être vais-je trouver un film et combler ainsi mon "manque" de cet auteur. A défaut de DVD, je peux lire le scénario du film.
* (Citation en exergue du scénario)
* (Citation en exergue du scénario)
"1990 : prix André-Cavens de l’Union de la critique de cinéma (UCC) pour le meilleur film belge pour Monsieur."
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jeudi 9 janvier 2014
"Dire d'elle ce qui jamais ne fut dit d'aucune" (Dante)
"Marie atteignait d’instinct la dimension cosmique de l’existence, même si elle semblait parfois dédaigner complètement sa dimension sociale, et elle se comportait avec la même simplicité naturelle avec toutes les personnes avec qui elle était en relation, ignorant l’âge et le protocole, la préséance et l’étiquette, et déployant avec chacun, les mêmes gentillesses attentionnées, les mêmes grâces de finesse et de bienveillance, les charmes de son sourire et de sa silhouette, que ce soit un ambassadeur qui la recevait à dîner dans sa résidence en marge d’une exposition, la femme de ménage avec qui elle était devenue copine ou le dernier stagiaire engagé dans la maison de couture Allons-y Allons-o, ne voyant en chacun d’eux que l’être humain qu’ils étaient sans s’intéresser le moins du monde à leur rang, comme si, sous les atours de l’adulte qu’elle était devenue, et sa prestance d’artiste mondialement reconnue, c’était l’enfant qu’elle avait été qui subsistait, avec son fond inaltérable de bonté innocente. Il y avait pour elle comme une abstraction radicale, une abrasion, un décapage de la réalité sociale des choses [...]"
Page 39.
"Je n’avais relevé la tête qu’un instant, mais lorsque je me
penchai de nouveau au-dessus du hublot, la salle d’exposition, que j’avais
perçue jusqu’à maintenant comme un spectacle abstrait hanté par une foule
irréelle, m’apparut plus familier et je reconnus en dessous de moi une foule
habituelle de vernissage, avec plusieurs dizaines de personnes vivantes qui se
pressaient autour des œuvres dans un brouhaha permanent de rires et de
conversations. Et, si la scène m’apparut avec autant de netteté, si elle
s’imposa alors à moi avec un effet de
réel aussi saisissant, c’est que Marie était là. Marie était là, je l’avais
sous les yeux maintenant, je l’apercevais dans la foule, et il émanait d’elle
quelque chose de lumineux, une grâce, une élégance, une évidence. Elle portait
un chemisier blanc à col lavallière, et elle ne disait rien, mais sans rien
dire, sans rien faire, sans bouger, sans un mot, sans un battement de cil, elle
saturait l’espace de sa présence immobile, pas précisément froide, mais
distante, lointaine, non concernée, comme égarée dans cette exposition qui ne
semblait pas être la sienne, et qui paraissait supporter, avec quelque chose de
résigné et de foncièrement mélancolique, les frivolités de ces soirées de
vernissage, la superficialité des conversations, toute cette écume frissonnante
qui ne l’éclaboussait même pas, qui ne l’atteignait pas, comme si sa peau était
blindée, son enveloppe cuirassée, et que son âme était simplement étrangère à
la médiocrité, étanche à toute forme de vulgarité.
[…]
[…] Je retenais ma respiration dans la nuit sur le toit du musée et je continuais de la regarder à travers le hublot. Accroupi dans
l’ombre, je ne pouvais détacher mes yeux de sa bouche. Avec une appréhension
croissante, le cœur serré, je fixais le mouvement de ses lèvres et je craignais,
en l’observant ainsi à son insu, de surprendre soudain quelque révélation
bouleversante, un secret, une information privée qui se fût rapportée à notre
amour ou aux circonstances douloureuse de notre rupture, mais la seule phrase
que je pus lire ce soir-là sur ses lèvres, la seule phrase complète et
intelligible que je surpris durant les
deux ou trois heures pendant lesquelles j’étais resté sur le toit à l’observer ainsi à
travers le hublot (avant de quitter les lieux, de descendre du toit et de
rentrer à l’hôtel), l’unique phrase en somme, que Marie avait dite ce soir-là
en ma présence, avec la franchise enjouée et souveraine qui la caractérise,
dans une sorte d’élan spontané qui me fit retrouver, d’un coup, comme par
magie, l’essence même de sa personnalité, ce fut : « Moi, quand je
suis déprimée, je me fais un œuf à la coque »."
Pages 79 – 80 – 82
Pages 79 – 80 – 82
Jean-Philippe Toussaint, in Nue, éditions de Minuit, 2013.
Shinagawa-ku Tokyo Japan, designed by Jin Watanabe in 1938.
(Il y a plusieurs musées d'Art Contemporain à Tokyo mais il semblerait que celui du roman soit ce dernier)
(Il y a plusieurs musées d'Art Contemporain à Tokyo mais il semblerait que celui du roman soit ce dernier)
A propos du lieu, Jean-Philippe Toussaint dans une interview pour Le Figaro :
"Le vernissage de son exposition au Contemporary Art Space de Shinagawa.
J’ai projeté sur elle (Marie) un goût personnel. J’ai une passion pour l’art
contemporain et une certaine pratique : j’ai fait des expositions à
Toulouse, Canton, Bruxelles et surtout au Louvre (en 2012), où il
s’agissait d’évoquer le livre sans passer par l’écrit, avec des
photographies, des films, des installations… Un hommage purement visuel
qui a son pendant littéraire – l’ouvrage L’Urgence et la Patience – et qui trouve son origine dans une scène de Fuir où Marie erre dans le musée."
"Nue est le
quatrième et dernier volet de l’ensemble romanesque Marie Madeleine Marguerite
de Montalte, qui retrace quatre saisons de la vie de Marie, créatrice de haute
couture et compagne du narrateur : Faire
l’amour, hiver (2002) ; Fuir,
été (2005) ; La Vérité sur Marie,
printemps-été (2009) ; Nue,
automne-hiver (2013)."
Si l’écriture m’a – comme toujours – enthousiasmée, j’étais
pour une fois contente que ce quatrième volet fût le dernier. J’ai eu le sentiment parfois
(je voulais l’occulter) qu’il revenait trop souvent sur le passé mais sans doute était-ce moi qui m'essoufflais avec Marie. Je n'avais rien oublié de ces différentes "saisons" et, l'’automne-hiver
2013 de Marie me donne sacrément envie d’un retour sur l’hiver 2002.
Conclusion : j'attendrai patiemment, avec impatience, un prochain livre de Jean-Philippe Toussaint, débarrassé de Marie, pour une plongée en apnée dans son écriture qui ne laisse de me griser.
"Dans l’idéal, Nue devrait autant donner envie de lire que de relire ses prédécesseurs. Et vice versa."(Dixit l'auteur).
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samedi 14 décembre 2013
Objectif : beauté, futilité, volupté
En feuilletant le VOGUE de novembre, que j'avais acheté, mais oui!!! (un peu de luxe ne fait pas de mal quand l'esthétisme est de mise), je m'arrête devant une photo de Helmut Newton et j'apprends qu'elle fut mise en vente chez Sotheby's Paris le 15 novembre. Estimation : 60 000 - 80 000 euros.
Helmut Newton, Arielle after Haircut, Paris 1982.
(Partie supérieure de la photo originale)
Je n'ai pas réussi à trouver le résultat de la vente, les sites disponibles sont réservés aux abonnés.
"Arielle after Haircut, est-ce un portrait, un nu, une image "de" beauté illustrant un article sur la coiffure (coupe carrée à la Louise Brooks)? Tout cela à la fois, sans doute, en fonction des usages qui en ont été faits, mais avant tout une photographie. Une extraordinaire photographie, de celles dont l'impact visuel immédiat ne dépend en rien de ce qui est représenté - ce que nous croyons voir et comprendre au premier coup d'oeil - mais des choix de celui qui l'a prise et mise en forme, par son choix de la distance, du cadre, des vibrations de la lumière."
Christian Caujolle pour VOGUE.
Come back :
?!?! Ces points d’interrogation et d'exclamation -
« Enlevez-moi tous ces points d'exclamation. Un point d'exclamation est comme rire de vos propres plaisanteries. » F. Scott Fitzgerald.
- qui ponctuaient mon avant dernier billet auraient-ils occasionnés ma nouvelle crise de vertiges dans la nuit du 29 novembre ou est-ce la date de mon anniversaire, la veille, qui m'aurait stressée au point de perdre l'équilibre et de me sentir dans un état d'ébriété permanent, sans avoir rien bu?
Ce blog/journal m'est essentiel. C'est un constat, c'est ridicule, tant pis. C'est mon Université du temps libre (moins passive que celle que l'on propose aux retraités qui assistent à des conférences où ils s'endorment, si si je l'ai vu); il m'oblige à avancer, il amplifie mon plaisir de lire, pour en parler, il capte mon attention quand je m'arrête sur un sujet et me fait faire des recherches qui m'enrichissent. Le point négatif c'est que l'écran me fatigue de plus en plus et mon squelette manifeste son mécontentement; les douleurs cervicales, dorsales m'obligent à dire stop.
L'épisode vertigineux fut plus violent et plus long que d'habitude et j'avoue que pendant ces heures d'alitement (sans aliments), de déséquilibre, de nausées, de solitude, j'aurais voulu qu'on m'achève n'ayant pas la force ni le courage de le faire moi-même.
La semaine d'hébétude passée, ma première sortie était tanguante, on pouvait croire que j'étais un peu soûle mais j'avais mis ma minerve espérant tromper cette impression que je devinais dans les regards que je croisais, du moins je voulais faire croire avec ce "collier de chien" que mon état d'ébriété n'était pas ce qu'on croyait! La crise passée, j'avais envie de futilité, de papier glacé, de mode, de luxe (je venais de terminer Nue de mon chouchou, Jean-Philippe Toussaint, j'en reparlerai) et j'achetais donc VOGUE, en ayant le sentiment de m'offrir le luxe suprême. Je le cachais rapidement dans mon cabas comme si je venais de cambrioler une bijouterie place Vendôme ou dévaliser des crèmes de beauté chez Guerlain ou chiper un smoking chez Yves Saint-Laurent. Ce n'était pourtant qu'un magazine mais il m'offrait du luxe, de la volupté et aussi, un instant, un retour dans une autre vie - la publicité - où le futile est d'usage au détriment de l'utile.
Cependant ce magazine reste, avec L'OFFICIEL, une référence en matière de photographes tout autant que de mode.
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dimanche 13 octobre 2013
La littérature, mes agneaux.
"Lorsque j'écris un livre, je me voudrais aérien, l'esprit au vent et la main désinvolte. Mon cul. En fait, je suis très organisé. Je m'entraîne, je me prépare, je me dispose. Il y a un côté monacal dans mon attitude, spartiate, navigateur solitaire. Tout importe, la condition physique, l'alimentation, les lectures. [...]
[...]
Il y a toujours en jeu, je crois, dans l'écriture, ces deux notions apparemment inconciliables : l'urgence et la patience.
L'urgence, qui appelle l'impulsion, la fougue, la vitesse - et la patience, qui requiert la lenteur, la constance et l'effort. [...]
[...]
La patience
Tout commence et tout finit toujours par la patience dans l'écriture d'un livre. [...]
[...]
J'aime ce moment, à l'aube, où on ouvre prudemment le manuscrit du livre en cours dans la maison encore endormie. Il y a de multiples stratégies pour découvrir le travail d'un œil neuf, de le piéger, de le surprendre, à l'improviste, comme si on le découvrait pour la première fois pour le juger d'un regard impartial. Une sieste peut faire l'affaire, une longue nuit, encore mieux. J'ai même l'intuition qu'une partie de la relecture d'un livre peut se faire durant le sommeil. A l'état de veille, le livre s'est inscrit dans le cerveau avec la précision d'une position d'échecs, et, la nuit, quand on dort, l'étude des variantes se poursuit, comme un ordinateur qu'on laisserait tourner en permanence pour étudier l'immensité des calculs en jeu dans l'opération ( si bien qu'il m'arrive parfois d'avoir la solution au réveil sans autre effet conscient particulier). Mais inutile de s'acharner à raturer sans fin, seul le temps lave vraiment le regard.
L'urgence
L'urgence est fugitive, fragile, intermittente.
L'urgence, telle que je la conçois, n'est pas l'inspiration. Ce qui en diffère, c'est que l'inspiration se reçoit, et que l'urgence s'acquiert. [...]
[...]
L'urgence est un état d'écriture qui ne s'obtient qu'au terme d'une infinie patience. Elle en est la récompense, le dénouement miraculeux. Tous les efforts que nous avons consentis au préalable pour le livre ne tendaient en réalité que vers cet instant unique où l'urgence va surgir, le moment où ça bascule, où ça vient tout seul, où le fil de la pelote se dévide sans fin.[...]"
Jean-Philippe Toussaint, in L'Urgence et la Patience, éditions de Minuit, 2012.
J'ai retrouvé le ton de ses romans dans cet essai avec de très belles pages sur Jérôme Lindon et sur Samuel Beckett, mais ne gâchons pas le plaisir des lecteurs qui découvriront peut-être cet ouvrage. Tout de même je note cette phrase (J.Ph. Toussaint parle de ce qu'il ressent en lisant Beckett) :
"[...] l'image qui commençait doucement à naître dans les brumes ouateuses de mon esprit restait purement abstraite, pur vertige de rythme et de sonorité, de cliquetis mental de couleurs et de consonnes - la littérature, mes agneaux."
Et je n'ai pas encore acheté Nue! Je ne suis pas pressée, je suis sûre que lorsque je l'aurai lu, terminé, en le refermant, je regretterai de ne plus avoir à le lire.
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dimanche 22 septembre 2013
Divine complicité
Visionné hier soir :
INTERLOCUTION
90 minutes.
Quand la musique s'écoute... à deux : quelques instants hors du commun...
Ecouté ce matin :
Alain Veinstein et Jean-Philippe Toussaint. Pas encore acheté Nue. Je suis dans James Salter pour le moment et j'y reste.
Malgré tous ces moments de petit bonheur, grande lassitude... de vivre.
Nonobstant, l'été indien.
Nonobstant, l'été indien.
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mercredi 21 août 2013
Rentrée littéraire, les oiseaux s'affolent...
J'écoutais tranquillement parler de la rentrée littéraire quand je vis ce tourbillon d'oiseaux fous.
Du calme! Pas de séisme pour le moment!
"Toutefois, les animaux ont parfois, tout
comme les humains, un comportement insensé suite à la perception d'une
catastrophe. Il se manifeste par exemple par le fait que des anguilles
s’échouent volontairement sur la plage devant la menace d’un tsunami,
des poissons sautent sur les berges de la rivière pour échapper à un
tremblement de terre, des rats se cachent dans les maisons avant un
séisme au risque d'être écrasés lorsqu’elles s’effondreront.
Par ailleurs, le fait que les animaux
perçoivent quelque chose plus ou moins longtemps avant que la
catastrophe n’ait lieu reste une énigme. Certes, un séisme est précédé
par de nombreuses petites secousses imperceptibles à l’être humain et
que les animaux captent, mais, d’après les scientifiques, ces petites
secousses sont permanentes. Elles sont la conséquence de l’activité de
la croûte terrestre et pour cette raison n’annoncent que rarement un
vrai séisme.
Pour finir, des scientifiques
entreprennent d'analyser le comportement d’animaux pour anticiper ces
catastrophes. En Chine, un professeur utilise avec succès des perruches
pour confirmer les secousses sismiques que perçoivent ses instruments.
D’après certains chercheurs, l’affolement des oiseaux serait dû à leur
capacité de percevoir les diffusions de gaz radioactifs. Ces
derniers ont lieu lorsque les couches de roches souterraines qui
retiennent les gaz en profondeur, se fissurent et se déplacent peu avant
que la Terre ne tremble. Il est d’observation courante que les poules,
les oies et les pigeons, manifestent une très grande agitation avant les
tremblements de terre."
(Source)
Pour revenir à la rentrée littéraire : moins de romans français que l'année précédente - paraît-il. Mon "chouchou" est dans la liste. Pas question d'attendre que la bibliothèque l'achète pour lire Nue, le 5 septembre, je me précipite chez le libraire! Mais il y aura, j'en suis sûre, d'autres auteurs moins connus à découvrir et à lire, cette rentrée réserve - encore paraît-il - des surprises.
Pour revenir à la rentrée littéraire : moins de romans français que l'année précédente - paraît-il. Mon "chouchou" est dans la liste. Pas question d'attendre que la bibliothèque l'achète pour lire Nue, le 5 septembre, je me précipite chez le libraire! Mais il y aura, j'en suis sûre, d'autres auteurs moins connus à découvrir et à lire, cette rentrée réserve - encore paraît-il - des surprises.
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mercredi 27 mars 2013
Je n'avais plus besoin de moi
J'ai pour habitude quand un livre d'un écrivain que je ne connais pas est publié et que ce que j'en lis ici ou là m'intéresse, de foncer à la médiathèque pour voir si je trouve quelque ouvrage de l'auteur, même s'il n'est pas récent.
C'est ce que je fis avec Jean-Philippe Toussaint. Mon enthousiasme fut si grand que j'ai ensuite dévoré tous ses livres, quelques-uns empruntés à la bibliothèque et ceux que je ne trouvais pas je les ai achetés.
Je pense que je vais avoir la même démarche pour Christian Oster qui vient de publier En ville aux éditions de l'Olivier et qui m'a enchantée avec celui que j'ai trouvé à la bibliothèque : Mon grand appartement, couronné du Prix Médicis l'année de sa publication, en 1999.
Ce sont ce que j'appelle mes lectures détente.
Ce sont ce que j'appelle mes lectures détente.
J'ai souri en apprenant que En ville - son meilleur cru dit-on - a été récompensé par le Prix Landerneau Roman 2013! Je ne savais pas qu'il existait un prix Landerneau.
Mon grand appartement est son 7e roman. Comment dire : il m'est difficile d'en parler, ça ne raconte pas vraiment une histoire, c'est aussi pour cela qu'il m'a plu. Ça parle de la difficulté d'un homme à exister tout simplement. Son Grand appartement on n'y pénètre jamais. D'ailleurs la 4e de couverture des éditions de Minuit résume bien la non-histoire :
"Je ne retrouvais plus mes clés. Et Anne n'était pas rentrée. J'ai donc dormi à l'hôtel. pas de message sur mon répondeur, hormis celui de Marge qui me donnait rendez-vous à la piscine. c'est là que j'ai rencontré Flore. Elle attendait un enfant. Ça tombait bien : moi aussi."
Tout est dit, non c'est pas une blague.
Au fil des pages je comprenais pourquoi les éditions de Minuit avait pris sous sa coupe cet écrivain; il y a du Beckett dans cette écriture du presque rien, on sent aussi un certain désespoir de vivre qui ne demande qu'à se dédire. Le quotidien côtoie l'absurde mais lorsque le personnage (Luc nommément Gavarine) se met à parler de ses sentiments c'est d'une folle tendresse. Tout n'est qu'une affaire de mots, de maux, de dire, de ne pas savoir dire, d'oser, d'être soi quand on se sent proche du n'être rien.
Oster sait écrire sur ces petits détails qui nous font sourire (moi j'éclatais de rire, c'était du vécu), c'est si réaliste, comme ici, dans les vestiaires de la piscine :
"[...] je me dirigeais d'abord vers une cabine, muni d'un de ces valets de nuit malpratiques, en plastique rouge, dont la base en cuvette accueille à peine une chaussure et où il n'est guère possible, sur le cintre, dans cet espace trop étroit qui délimite la barre, d'engager un pantalon sans le tordre. Dans la cabine, étroite, je tournai autour d'une flaque pour me dévêtir, m'appuyant à l'occasion contre la cloison grumeleuse, humide, dont la couleur, un ocre aux résonances fécales, me fit convoquer mon enfance, qu'aussitôt je congédiai. Je me retrouvai en slip, un slip un peu étroit, jugeai-je, dont la coupe, trop osée à mon goût, eût sans doute mérité que la missent mieux en valeur des abdominaux tangibles, et d'une façon générale une alimentation plus saine. [...] cette légère imperfection [...] me fit sentir plus nu que je ne l'étais, sensation que j'avais perdu l'habitude, en raison de mon isolement, d'éprouver en public.
Je quittai ma cabine, néanmoins, coiffé du bonnet de bain blanc dont j'hésitai à me couvrir les oreilles et qui, je le savais, cloquait de ce fait sur le haut de mon crâne, portant d'une main le valet auquel j'avais accroché mon sac de sport et de l'autre ma serviette, et enfournai le tout, tant bien que mal, dans l'étroite case en forme de meurtrière qui m'était allouée. Pour le code, je composais ma date de naissance sans rencontrer de problème majeur : en effet, ma date de naissance ne me rappela pas ma naissance, et c'était toujours ça de gagné."
Pages 58 - 59.
"Je m'élançais donc, adoptant tout de suite une brasse pénétrante, dite coulée, où, de conserve avec quelque habitué, je fendis périodiquement de mon crâne l'eau limpide, que bleuissait son lit, usant de longs et vifs mouvements et d'une prise de souffle calculée au quart de poil, et j'atteignis le bord opposé pratiquement dans l'écume de mon partenaire de hasard, qui repartait aussitôt d'un effervescent coup de reins.
[...]
[...]
[...] C'est là que je la vis.
Elle n'était pas belle, sans doute, mais, je prends ici un risque, celui de n'être pas cru, je n'ai jamais, moi, Gavarine, aimé les femmes belles. J'entends par belle, s'agissant de femmes, donc, celles chez qui, en raison de leur beauté, toute particularité secondaire s'éclipse dans les lointains de la personne, le plus souvent de façon irréversible, de sorte qu'en grattant cette beauté c'est soi-même qu'on écorche sans rien mettre au jour qui, posé devant cette beauté, en fait saillir la marque.
[...]
Bref, elle n'était pas belle, heureusement, elle n'avait pas un beau visage. En revanche il y avait, dans son visage, une infinité d'arrière-plans immédiatement décelables, [...]
[...] elle avait le front et le menton sages, et les joues, aussi, rondes en dépit de cette dureté qui semblait les contenir, de sorte qu'elles rendaient l'effet paradoxal d'un creusement; mais à cette sagesse se combinait une force, celle de la bouche et du regard, qui bientôt se posait sur moi.
Comme à l'accoutumée, je n'y croyais pas trop, bien sûr, mais je ne voyais pas, à part moi, qui elle eût pu fixer ainsi - et, autre aspect des choses, avec quelle sidérante douceur -, à quelque cinq mètres de distance, au sein d'un groupe, d'ailleurs épars, d'où j'émergeais distinctement, environné que j'étais au large de physionomies trop immatures pour qu'elles eussent pu, à mon sens, recueillir une telle marque d'attention.
[...] cette fois, elle m'épingla un quart de seconde.
Or c'était, ce quart de seconde, un de ces quarts de seconde qui comptent dans une vie, qui se comptent, ou se décomptent, tant il est vrai que les autres passent, mort-nés, pas même distincts de leurs confrères, à peine successifs, dans cette sensation de globalité qui emporte les jours ordinaires - presque tous, en fait.
[...]
[...]
[...]
Et donc c'est cette femme que j'atteignais, maintenant, n'attendant plus Marge, ne me posant plus la question, latente toutefois, de savoir si Marge allait paraître, ou si elle avait paru. Je n'avais d'yeux que pour cette femme qui semblait m'attendre, elle, réellement, comme je l'avais attendue, sans doute, comme j'avais attendu toutes les femmes, y compris Anne Lebedel, oui, dans mon grand appartement, d'ailleurs il me faudrait dire un mot de plus, maintenant, sur cet appartement, car voilà que tout se précipite, que tout se précipitait, allons donc à la ligne, on y verra plus clair."
Pages 63 à 73.
Je ne suis pas amateur de roman, pourtant je l'ai adoré. Je me suis enfouie dans ces pages avec un vrai bonheur. Je peux utiliser ici ce verbe que j'aime : je jubilais.
"Je m'élançais donc, adoptant tout de suite une brasse pénétrante, dite coulée, où, de conserve avec quelque habitué, je fendis périodiquement de mon crâne l'eau limpide, que bleuissait son lit, usant de longs et vifs mouvements et d'une prise de souffle calculée au quart de poil, et j'atteignis le bord opposé pratiquement dans l'écume de mon partenaire de hasard, qui repartait aussitôt d'un effervescent coup de reins.
[...]
[...]
[...] C'est là que je la vis.
Elle n'était pas belle, sans doute, mais, je prends ici un risque, celui de n'être pas cru, je n'ai jamais, moi, Gavarine, aimé les femmes belles. J'entends par belle, s'agissant de femmes, donc, celles chez qui, en raison de leur beauté, toute particularité secondaire s'éclipse dans les lointains de la personne, le plus souvent de façon irréversible, de sorte qu'en grattant cette beauté c'est soi-même qu'on écorche sans rien mettre au jour qui, posé devant cette beauté, en fait saillir la marque.
[...]
Bref, elle n'était pas belle, heureusement, elle n'avait pas un beau visage. En revanche il y avait, dans son visage, une infinité d'arrière-plans immédiatement décelables, [...]
[...] elle avait le front et le menton sages, et les joues, aussi, rondes en dépit de cette dureté qui semblait les contenir, de sorte qu'elles rendaient l'effet paradoxal d'un creusement; mais à cette sagesse se combinait une force, celle de la bouche et du regard, qui bientôt se posait sur moi.
Comme à l'accoutumée, je n'y croyais pas trop, bien sûr, mais je ne voyais pas, à part moi, qui elle eût pu fixer ainsi - et, autre aspect des choses, avec quelle sidérante douceur -, à quelque cinq mètres de distance, au sein d'un groupe, d'ailleurs épars, d'où j'émergeais distinctement, environné que j'étais au large de physionomies trop immatures pour qu'elles eussent pu, à mon sens, recueillir une telle marque d'attention.
[...] cette fois, elle m'épingla un quart de seconde.
Or c'était, ce quart de seconde, un de ces quarts de seconde qui comptent dans une vie, qui se comptent, ou se décomptent, tant il est vrai que les autres passent, mort-nés, pas même distincts de leurs confrères, à peine successifs, dans cette sensation de globalité qui emporte les jours ordinaires - presque tous, en fait.
[...]
[...]
[...]
Et donc c'est cette femme que j'atteignais, maintenant, n'attendant plus Marge, ne me posant plus la question, latente toutefois, de savoir si Marge allait paraître, ou si elle avait paru. Je n'avais d'yeux que pour cette femme qui semblait m'attendre, elle, réellement, comme je l'avais attendue, sans doute, comme j'avais attendu toutes les femmes, y compris Anne Lebedel, oui, dans mon grand appartement, d'ailleurs il me faudrait dire un mot de plus, maintenant, sur cet appartement, car voilà que tout se précipite, que tout se précipitait, allons donc à la ligne, on y verra plus clair."
Pages 63 à 73.
Je ne suis pas amateur de roman, pourtant je l'ai adoré. Je me suis enfouie dans ces pages avec un vrai bonheur. Je peux utiliser ici ce verbe que j'aime : je jubilais.
"L'histoire tient tout entière (cette histoire-là et celles de tous les autres livres de Christian Oster) dans cette petite phrase de la page 159 : “ Je n'avais plus besoin de moi. ” Avec ce septième roman aux Éditions de Minuit, Oster insiste, il creuse son sillon (non, pas du tout, ce n'est jamais le même livre, allez-y, vous, creusez-en des sillons, vous verrez bien ce qu'on trouve, des couches successives, des raisons de désespérer, de continuer à creuser, jamais les mêmes choses, du vertige, et cette fois il le creuse jusqu'au gouffre, vous verrez), le même sillon, donc, un type s'efface et raconte le presque vide, le presque rien, le peu qui reste, le peu qu'il sauve, ces quatre grammes d'humanité qui font qu'on ne disparaît pas totalement. Il s'efface, ce n'est pas un mot au hasard, il se gomme, systématiquement, il prend les mots les uns après les autres, se convainc de leur vanité, de leur vacuité, et les biffe, pour qu'il n'en reste rien, mais ce rien pèse, il est consciencieusement exhaustif, imprenable, toujours assez fiévreux pour faire de cette angoisse si légère (aérienne à force d'humour têtu) un livre magnifique."
Jean-Baptiste Harang, Libération, septembre 1999.
Jean-Baptiste Harang, Libération, septembre 1999.
"L'hésitation, le remords dans l'écriture, traduisent le trouble de l'homme, son trouble face à ce qui est nouveau, qui naît, tel le sentiment amoureux ou filial. La chute des chapitres – et le terme stylistique n'est pas fortuit – désoriente le lecteur, ou plutôt l'oriente dans une direction inattendue qui correspond à ce que ressent le héros narrateur.
Rien de gratuit ni de facile non plus dans l'art de la digression. Celle-ci suscite l'attente du lecteur, retarde le moment de savoir, mais elle dit aussi la vérité de l'expérience, qui est toute contenue dans le temps dilaté. S'égarer dans les détails, c'est aussi se trouver et Petit Poucet Oster a définitivement perdu les cailloux qui balisent son chemin.
Mon grand appartement est sans doute un aboutissement dans l'œuvre d'Oster."
Rien de gratuit ni de facile non plus dans l'art de la digression. Celle-ci suscite l'attente du lecteur, retarde le moment de savoir, mais elle dit aussi la vérité de l'expérience, qui est toute contenue dans le temps dilaté. S'égarer dans les détails, c'est aussi se trouver et Petit Poucet Oster a définitivement perdu les cailloux qui balisent son chemin.
Mon grand appartement est sans doute un aboutissement dans l'œuvre d'Oster."
Norbert Czarny, La Quinzaine Littéraire, septembre 1999.
"On rit, jusqu'au vertige, du spectacle. On y participe. On n'en revient pas."
Patrick Kechichian, Le Monde
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dimanche 11 mars 2012
Journal
Mardi 6 mars.
Elle a envie de me voir.
Je lui dis : OK je viendrai passer quatre jours chez toi.
Mercredi 7 mars.
Allez, je réserve mes billets pour un week-end prolongé. Je m'interroge tout de même; je pense à toi papa, tu disais toujours : jamais plus de deux jours chez les autres! Comme tu avais raison. Hop! J'enlève une journée pour la réservation, trois nuits et deux jours pleins suffiront amplement.
Avion : deux à trois fois moins cher que le train! 1h40 de vol au lieu de 9 heures de voyage avec les changement de trains. Y a pas photo. Mmm! Compagnie low cost : le prix annoncé gonfle au fur et à mesure des options proposées. Bientôt il va falloir réserver et payer le siège des toilettes! Je clique OK pour l'aller, sans les options, je vais sans doute le regretter, tant pis! Retour, moins compliqué avec Air France mais plus cher : OK aussi et je me retrouve avec une facture totale du tiers du prix en train. Je n'en reviens pas. Mais quel binz! Je n'ai pas d'imprimante, zut. Je vais trouver une solution, évidemment.
Jeudi 8 mars.
Je lui confirme ma venue et mes dates en précisant que je n'ai pas réussi à avoir de vol de retour le lundi et que je rentrerai donc le dimanche (c'est vilain de mentir).
Elle me répond :
Dommage, une journée en moins, mais c'est bien.
Ah ah! Dans le fond elle apprécie, youpi! J'ai déjà hâte de rentrer. Suis de plus en plus sauvage, invivable. Elle rajoute : je préviens la tribu de ton arrivée pour qu'elle ne prévoie rien ces jours-là. La tribu : le fils, la bru, le petit fils, le chien. Mmm! Je m'attendais à un week-end calme, je crains le pire. Pas de panique, wait and see et puis c'est pour deux jours, merci papa.
Après-midi : golf.
Soirée : bonsoir tristesse.
Vendredi 9 mars.
Matin : vraie tristesse, angoisse.
Après-midi : je ne sais plus. Lecture c'est sûr. Et mon billet sur le roman de Fanny.
Samedi 10 mars.
"Quand je me mets à penser à ce que je veux, il me semble que je cherche des paroles pour une mélodie, qui est en moi, et une mélodie pour des paroles, qui sont en moi; et la mélodie et les paroles, toutes deux en moi, ne vibrent pas comme si elles émanaient d'une même âme. Tel est mon partage!"
Nietzsche avait 18 ans quand il écrivit cela dans son Journal.
Dimanche 11 mars.
Aujourd'hui donc! Ce matin j'ai visité quelques blogs. J'entendais il y a quelques jours l'annonce de "la mort des blogs politiques". Il y a quelques mois on annonçait la mort des blogs en général remplacés par les réseaux sociaux : Facebook, Twitter...
"Nicolas Jegoun souligne que les blogs ne sont pas morts, mais qu'ils n'ont peut-être pas été aussi « influents » qu'on a pu le dire. Pour lui, les blogs (pas forcément politiques) ont de beaux jours devant eux."
Après-midi : mortel. Acheté deux petits pots de primevères chez Truf. Achat compulsif (0_0), besoin immédiat de printemps. Mauvaise idée : foule, familles au complet avec des enfants braillards et hyperactifs. J'ai filé à la caisse dare-dare pour fuir ce lieu. Oui, vraiment une idée stupide d'aller chercher des plantes le dimanche quand j'ai toute la semaine pour le faire. Mais dans la semaine je ne m'ennuie pas.
J'écoutais Le masque et la plume en écrivant ici. Merveilleuse nouvelle : Jean-Philippe Toussaint publie enfin deux nouveaux livres : L'Urgence et la Patience et une réédition augmentée de Autoportrait (à l'étranger). J'étais impatiente de le lire à nouveau, ça urgeait!
Elle a envie de me voir.
Je lui dis : OK je viendrai passer quatre jours chez toi.
Mercredi 7 mars.
Allez, je réserve mes billets pour un week-end prolongé. Je m'interroge tout de même; je pense à toi papa, tu disais toujours : jamais plus de deux jours chez les autres! Comme tu avais raison. Hop! J'enlève une journée pour la réservation, trois nuits et deux jours pleins suffiront amplement.
Avion : deux à trois fois moins cher que le train! 1h40 de vol au lieu de 9 heures de voyage avec les changement de trains. Y a pas photo. Mmm! Compagnie low cost : le prix annoncé gonfle au fur et à mesure des options proposées. Bientôt il va falloir réserver et payer le siège des toilettes! Je clique OK pour l'aller, sans les options, je vais sans doute le regretter, tant pis! Retour, moins compliqué avec Air France mais plus cher : OK aussi et je me retrouve avec une facture totale du tiers du prix en train. Je n'en reviens pas. Mais quel binz! Je n'ai pas d'imprimante, zut. Je vais trouver une solution, évidemment.
Jeudi 8 mars.
Je lui confirme ma venue et mes dates en précisant que je n'ai pas réussi à avoir de vol de retour le lundi et que je rentrerai donc le dimanche (c'est vilain de mentir).
Elle me répond :
Dommage, une journée en moins, mais c'est bien.
Ah ah! Dans le fond elle apprécie, youpi! J'ai déjà hâte de rentrer. Suis de plus en plus sauvage, invivable. Elle rajoute : je préviens la tribu de ton arrivée pour qu'elle ne prévoie rien ces jours-là. La tribu : le fils, la bru, le petit fils, le chien. Mmm! Je m'attendais à un week-end calme, je crains le pire. Pas de panique, wait and see et puis c'est pour deux jours, merci papa.
Après-midi : golf.
Soirée : bonsoir tristesse.
Vendredi 9 mars.
Matin : vraie tristesse, angoisse.
Après-midi : je ne sais plus. Lecture c'est sûr. Et mon billet sur le roman de Fanny.
Samedi 10 mars.
"Quand je me mets à penser à ce que je veux, il me semble que je cherche des paroles pour une mélodie, qui est en moi, et une mélodie pour des paroles, qui sont en moi; et la mélodie et les paroles, toutes deux en moi, ne vibrent pas comme si elles émanaient d'une même âme. Tel est mon partage!"
Nietzsche avait 18 ans quand il écrivit cela dans son Journal.
Dimanche 11 mars.
Aujourd'hui donc! Ce matin j'ai visité quelques blogs. J'entendais il y a quelques jours l'annonce de "la mort des blogs politiques". Il y a quelques mois on annonçait la mort des blogs en général remplacés par les réseaux sociaux : Facebook, Twitter...
"Nicolas Jegoun souligne que les blogs ne sont pas morts, mais qu'ils n'ont peut-être pas été aussi « influents » qu'on a pu le dire. Pour lui, les blogs (pas forcément politiques) ont de beaux jours devant eux."
Après-midi : mortel. Acheté deux petits pots de primevères chez Truf. Achat compulsif (0_0), besoin immédiat de printemps. Mauvaise idée : foule, familles au complet avec des enfants braillards et hyperactifs. J'ai filé à la caisse dare-dare pour fuir ce lieu. Oui, vraiment une idée stupide d'aller chercher des plantes le dimanche quand j'ai toute la semaine pour le faire. Mais dans la semaine je ne m'ennuie pas.
J'écoutais Le masque et la plume en écrivant ici. Merveilleuse nouvelle : Jean-Philippe Toussaint publie enfin deux nouveaux livres : L'Urgence et la Patience et une réédition augmentée de Autoportrait (à l'étranger). J'étais impatiente de le lire à nouveau, ça urgeait!
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lundi 27 septembre 2010
Ce soir encore, je le relis, je me relie
"Mais combien de fois avions-nous fait l'amour pour la dernière fois? Je ne sais pas, souvent. Souvent... J'avais refermé la porte derrière moi, et je regardais Marie avancer dans la chambre en titubant de fatigue, son manteau de cuir noir et son pull sur un bras, son chemisier blanc qui sortait de son pantalon - c'était là le détail troublant que je remarquerais jusqu'à ce qu'elle enlève son chemisier, et alors il n'y aurait plus que son visage serré très fort entre mes mains, ses tempes chaudes entre mes paumes recourbées -, Marie tombant de sommeil dans la chambre et pleurant au ralenti ses larmes insatiables, et je songeais que nous allions quand même finir par faire l'amour cette nuit, et que ce serait déchirant."
Jean-Philippe Toussaint, Faire l'amour.
Mais combien de fois vais-je relire ce livre, acheté, puis que l'on m'a offert sans savoir combien j'aimais cet auteur, ce qui m'a d'autant plus bouleversée.
Jean-Philippe Toussaint, Faire l'amour.
Mais combien de fois vais-je relire ce livre, acheté, puis que l'on m'a offert sans savoir combien j'aimais cet auteur, ce qui m'a d'autant plus bouleversée.
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samedi 12 décembre 2009
Jean-Philippe Toussaint, clap dernière
Cette fois c'est bien fini, je viens de fermer le dernier livre de Jean-Philippe Toussaint, qu'il me restait à lire. Joie et tristesse mêlées, de l'avoir découvert et de n'avoir plus ce plaisir si exquis, celui de m'enfoncer dans mon canapé et de me plonger dans son écriture. De rire, de sourire, d'éclater de rire mais aussi de me laisser émouvoir, comme dans ce dernier chapitre, de Autoportrait (A l'étranger). Extrait :
RETOUR A KYOTO
Les larmes ne me sont pas venues, j'ai pourtant recherché la volupté des pleurs. J'étais accoudé à la rambarde du pont de Sanjo, la poitrine fragile et les doigts immobiles qui tremblaient légèrement (j'avais trop bu la veille), et je regardais la Kamo en contrebas dont les eaux coulaient en silence. (...)(...) De ce moment de mélancolie très pur je n'ai su que faire, je me demandais comment en conserver l'essence. J'avais conscience de sa nature exceptionnelle, du concours de circonstance unique qui en avait été à l'origine (c'était la veille exactement que j'étais revenu à Kyoto, après deux d'absence). Tournant la tête vers le carrefour de Sanjo, j'aperçus au loin les collines de Kyoto qui se dessinaient dans la brume et, rassemblant mon énergie, fermant les yeux pour mieux me concentrer, j'essayai de me laisser gagner par les larmes. Je savais que je n'arriverais sans doute pas à pleurer, mais, si aucune larme ne coulait de mes yeux, mon esprit pleurait. Je regardais les eaux de la Kamo couler en contrebas, j'étais debout sur le pont de Sanjo, le regard fixe, l'esprit en pleurs. Ma poitrine, lentement, se soulevait au rythme de ma respiration, j'étais envahi par une vague de mélancolie, chaude et sensuelle, que je n'essayais pas de contraindre, laissant couler devant moi dans la Kamo ces quelques larmes intemporelles.
dimanche 6 décembre 2009
Monsieur
Un mot "(tout de même)" sur Monsieur de Jean-Philippe Toussaint que je viens de terminer.
Même humour que dans tout ce que j'ai lu de cet écrivain. Celui-ci fut écrit après La salle de bains, Toussaint avait 29 ans. C'est drôle, délicieux, et toujours ses petites expressions entre parenthèses qui jalonnent ses livres avec cet humour si particulier.
C'est l'histoire d'un homme sans nom et sans qualités, qui ne fait qu'être, tous désirs éteints, toute agitation abolie. Quelques signes distinctifs : vingt-neuf ans, directeur commercial chez Fiat-France.
Monsieur, la plupart du temps, est toujours “ en train d'être assis sur une chaise ”. “ Il ne demandait pas davantage à la vie, Monsieur, une chaise ”. Dans les moments les plus intenses, comble de l'excitation, il monte sa chaise sur son toit, “ s'éloignant de tout ”, et va voir le ciel, sans toutefois le scruter trop fort, de peur, sans doute, d'offusquer l'ordre des constellations.
"(les gens tout de même)".
Le narrateur (il s'appelle au sens transitif – “ Monsieur ”, et parle de lui à la troisième personne, mais nous savons bien qui il est) se trouve confronté à la plus invraisemblable théorie de fâcheux et d'emmerdeurs que l'on puisse trouver dans les beaux arrondissements de Paris. Tout semble absurde dans la vie de Monsieur. Je pense à Beckett.
Ici il dîne au restaurant avec Anna Bruckhardt rencontrée un mois plus tôt. Soudain toute la salle est plongée dans le noir et dehors c'est la nuit, plus une lumière aux fenêtres, les réverbères se sont éteints :
"On prend quand même un dessert? dit-il, ou je demande l'addition. Au moment où on leur porta l'addition, Monsieur demanda à Anna B. si elle désirait qu'il l'invite ou si elle préférait partager. Anna B. n'avait pas de préférence. Après quelques instants de réflexions, Monsieur lui confia qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il convenait de faire dans ces cas-là. Anna B., le rassurant, lui dit qu'il n'y avait pas de règle en la matière.
Parfait. Dans ce cas-là, c'était devenu tout à fait insoluble. Qu'est-ce qu'on fait, alors? dit Monsieur et, baissant la tête, il se plongea dans la contemplation de ses doigts dans l'obscurité. Anna B., qui commençait à sourire de sa perplexité, lui répéta que c'était vraiment comme il voulait. Finalement, proposant de couper la poire en deux, Monsieur, ne s'en sortant pas, suggéra de diviser l'addition en quatre et de payer lui-même les trois parts (c'est le plus simple, dit-il, d'une assez grande élégance mathématique en tout cas)."
J'ai cru longtemps que je ne pouvais plus lire de romans mais avec Toussaint, j'en redemande.
"À vingt-neuf ans, l’âge de ses héros, Toussaint est déjà entré dans le clan des accoucheurs de monstres littéraires, du Jouhandeau des Pincengrain au Camus de La Chute, qui soumettent tout à l'intellect."
Michèle Bernstein (Libération, 4 septembre 1986)
Je rugis, j'enrage, il ne me reste plus qu'un livre à lire et j'aurai épuisé son oeuvre. Je suis déjà en manque.
Même humour que dans tout ce que j'ai lu de cet écrivain. Celui-ci fut écrit après La salle de bains, Toussaint avait 29 ans. C'est drôle, délicieux, et toujours ses petites expressions entre parenthèses qui jalonnent ses livres avec cet humour si particulier.
C'est l'histoire d'un homme sans nom et sans qualités, qui ne fait qu'être, tous désirs éteints, toute agitation abolie. Quelques signes distinctifs : vingt-neuf ans, directeur commercial chez Fiat-France.
Monsieur, la plupart du temps, est toujours “ en train d'être assis sur une chaise ”. “ Il ne demandait pas davantage à la vie, Monsieur, une chaise ”. Dans les moments les plus intenses, comble de l'excitation, il monte sa chaise sur son toit, “ s'éloignant de tout ”, et va voir le ciel, sans toutefois le scruter trop fort, de peur, sans doute, d'offusquer l'ordre des constellations.
"(les gens tout de même)".
Le narrateur (il s'appelle au sens transitif – “ Monsieur ”, et parle de lui à la troisième personne, mais nous savons bien qui il est) se trouve confronté à la plus invraisemblable théorie de fâcheux et d'emmerdeurs que l'on puisse trouver dans les beaux arrondissements de Paris. Tout semble absurde dans la vie de Monsieur. Je pense à Beckett.
Ici il dîne au restaurant avec Anna Bruckhardt rencontrée un mois plus tôt. Soudain toute la salle est plongée dans le noir et dehors c'est la nuit, plus une lumière aux fenêtres, les réverbères se sont éteints :
"On prend quand même un dessert? dit-il, ou je demande l'addition. Au moment où on leur porta l'addition, Monsieur demanda à Anna B. si elle désirait qu'il l'invite ou si elle préférait partager. Anna B. n'avait pas de préférence. Après quelques instants de réflexions, Monsieur lui confia qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il convenait de faire dans ces cas-là. Anna B., le rassurant, lui dit qu'il n'y avait pas de règle en la matière.
Parfait. Dans ce cas-là, c'était devenu tout à fait insoluble. Qu'est-ce qu'on fait, alors? dit Monsieur et, baissant la tête, il se plongea dans la contemplation de ses doigts dans l'obscurité. Anna B., qui commençait à sourire de sa perplexité, lui répéta que c'était vraiment comme il voulait. Finalement, proposant de couper la poire en deux, Monsieur, ne s'en sortant pas, suggéra de diviser l'addition en quatre et de payer lui-même les trois parts (c'est le plus simple, dit-il, d'une assez grande élégance mathématique en tout cas)."
J'ai cru longtemps que je ne pouvais plus lire de romans mais avec Toussaint, j'en redemande.
"À vingt-neuf ans, l’âge de ses héros, Toussaint est déjà entré dans le clan des accoucheurs de monstres littéraires, du Jouhandeau des Pincengrain au Camus de La Chute, qui soumettent tout à l'intellect."
Michèle Bernstein (Libération, 4 septembre 1986)
Je rugis, j'enrage, il ne me reste plus qu'un livre à lire et j'aurai épuisé son oeuvre. Je suis déjà en manque.
mercredi 25 novembre 2009
Le goût des livres
Çà y est, je me suis décidée à m'inscrire à la bibliothèque, ce qu'on appelle maintenant médiathèque; je continuerai de dire bibliothèque qui m'évoque quelque chose de plus précieux, de plus silencieux voire ouaté, de plus merveilleux que la médiathèque. Sans doute aussi parce que je pense que la bibliothèque a beaucoup plus d'intérêt pour la consultation sur place que pour l'emprunt d'ouvrages. Je sens déjà que je vais être frustrée en empruntant de ne plus pouvoir souligner, annoter mes livres; j'avais retrouvé ce petit plaisir en les achetant à nouveau et puis, savoir qu'un livre que vous avez aimé est là, à portée de main, que vous pouvez y retrouver ce passage souligné, pour telle recherche est tout de même important. Bien sûr, rien ne m'empêchera d'acheter un livre emprunté si celui-ci me plaît vraiment.
Aujourd'hui je n'ai pas perdu de temps dans ma recherche (celui-là aussi tiens, il faudra qu'un jour je m'y attelle : A la recherche du temps perdu); j'ai une longue liste en attente, de livres que je suis impatiente de lire et là encore petite frustration en ce qui concerne les "nouveautés". La liste d'attente des lecteurs est sans fin. Je voulais lire le dernier Philip Roth, Exit le fantôme (liste d'attente...), oui je sais, ce n'est pas gai (la vieillesse et ses maux) mais j'aime m'enfoncer le couteau dans la plaie, alors j'ai pris Un homme (même sujet). Il y a si peu d'écrivains qui osent parler crûment (on ne peut en parler que crûment) de la déchéance physique.
J'ai emprunté aussi deux Jean-Philippe Toussaint (je ris), Monsieur et Autoportrait (à l'étranger). Monsieur est son second roman, 1986 et Autoportrait (à l'étranger) date de 2000. Je trouve que son écriture a pris toute sa puissance à partir de 1991
Je vais commencer par le Roth, Toussaint pour moi est devenu comme une gourmandise qu'on se réserve pour la fin.
Et, entre deux romans, je poursuivrais mon étude approfondie de Virginia Woolf.
Dans une interview Philip Roth dit ne plus croire en l'avenir du roman, qui demande trop de concentration. « Le livre ne peut rivaliser ni avec un écran de télé, ni avec un écran d'ordinateur ».
En ce qui concerne le roman je n'en sais rien mais pour l'objet livre, je suis sûre qu'il ne disparaîtra pas et je pense même inversement que pas un écran ne peut rivaliser avec un livre.
Aujourd'hui je n'ai pas perdu de temps dans ma recherche (celui-là aussi tiens, il faudra qu'un jour je m'y attelle : A la recherche du temps perdu); j'ai une longue liste en attente, de livres que je suis impatiente de lire et là encore petite frustration en ce qui concerne les "nouveautés". La liste d'attente des lecteurs est sans fin. Je voulais lire le dernier Philip Roth, Exit le fantôme (liste d'attente...), oui je sais, ce n'est pas gai (la vieillesse et ses maux) mais j'aime m'enfoncer le couteau dans la plaie, alors j'ai pris Un homme (même sujet). Il y a si peu d'écrivains qui osent parler crûment (on ne peut en parler que crûment) de la déchéance physique.
J'ai emprunté aussi deux Jean-Philippe Toussaint (je ris), Monsieur et Autoportrait (à l'étranger). Monsieur est son second roman, 1986 et Autoportrait (à l'étranger) date de 2000. Je trouve que son écriture a pris toute sa puissance à partir de 1991
Je vais commencer par le Roth, Toussaint pour moi est devenu comme une gourmandise qu'on se réserve pour la fin.
Et, entre deux romans, je poursuivrais mon étude approfondie de Virginia Woolf.
Dans une interview Philip Roth dit ne plus croire en l'avenir du roman, qui demande trop de concentration. « Le livre ne peut rivaliser ni avec un écran de télé, ni avec un écran d'ordinateur ».
En ce qui concerne le roman je n'en sais rien mais pour l'objet livre, je suis sûre qu'il ne disparaîtra pas et je pense même inversement que pas un écran ne peut rivaliser avec un livre.
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jeudi 19 novembre 2009
La Télévision de Jean-Philippe Toussaint
Eh oui, encore lui!
Après l'avoir découvert par ses derniers livres dans lesquels il parle de Marie et d'amour divinement (oui je radote), je découvre son humour avec La salle de bain et surtout, La Télévision qui sont des romans plus anciens (1985 et 1997) mais complètement d'actualité.
Hier soir, dans mon lit, pas dans ma "baignoire", je riais, non je ne souriais pas, j'éclatais de rire en lisant La Télévision. Toussaint a des expressions absolument tordantes, quelques exemples glanés au fil des pages :
"J'étais en train de remplir mon arrosoir au robinet en essayant de ne pas me mouiller les pieds. Je fermai le robinet de l'évier, laissai s'écouler les dernières gouttes dans le récipient, comme après un petit pipi, le robinet des Drescher étant d'ailleurs doté d'un de ces longs prépuces flasques en caoutchouc flexible qui permet aux ménagères de diriger le jet où bon leur semble..."
(...)
"... (j'ai toujours aimé les petits déjeuners de travail informels en ma compagnie)."
(...)
" J'étais allongé sur le dos dans l'eau et je réfléchissais à mon étude, les deux mains sans force et relâchées, que je laissais flotter librement à côté de moi et que je regardais avec une curiosité bienveillante, les poignets détendus, chaque doigt, chaque phalange, délassés dans le merveilleux élément liquide dans lequel je baignais, les jambes étendues et le corps en suspension, ma boutique émergeant légèrement hors de l'eau, comme une nature morte très simplement agencée, deux prunes et une banane, qu'un très léger ressac, parfois, venait en partie recouvrir. Le travail quoi.
Je revenais à la nage vers le rivage, étendant lentement mes bras détendus dans l'eau fraîche et légèrement huileuse. Parfois, je faisais quelques mètres sur le dos, battant souplement les deux jambes devant moi et tournant légèrement la tête à l'occasion, pour éviter quelque abordage malchanceux avec un pneu qui flottait au fil du lac, ou avec un cygne (encore qu'ils ont l'oeil, les cygnes). Arrivé à proximité du rivage, j'éprouvai quelques scrupules à me relever et à me retrouver tout nu parmi les autres baigneurs, et je nageai jusqu'à la plage sans mettre pied à terre, rampai plutôt, dans moins d'un mètre d'eau, les mains dans la boue et les épaules au fil de l'onde, nez à nez, pratiquement, avec la tirelire d'une petite fille plus grande que moi qui jouait au ballon, nue avec des brassières orange. Je me redressai à genoux dans la vase, et sortis de l'eau, me hâtai d'aller rejoindre mes affaires sur la pelouse. Avant de me rallonger, je fis quelques mouvements de tai-chi dans l'herbe, art inoffensif que le tai-chi...(...) En garde, les genoux fléchis, le regard grave et respirant bien du nez... (...). Le regard fixe, concentré, les poings serrés et les bras dissymétriques, j'attaquais ainsi toutes sortes de vieux démons, que je rouais de coups au ralenti, avant de les jeter par terre et de les achever au sol, de leur mettre une pâtée."
(Je suis morte de rire en relisant ce texte). Que J.P. Toussaint me pardonne de le sortir de son contexte car il est vrai qu'il faut lire La Télévision jusqu'à la dernière ligne pour en savourer le style. Son "étude" très sérieuse étant le Titien!
Après l'avoir découvert par ses derniers livres dans lesquels il parle de Marie et d'amour divinement (oui je radote), je découvre son humour avec La salle de bain et surtout, La Télévision qui sont des romans plus anciens (1985 et 1997) mais complètement d'actualité.
Hier soir, dans mon lit, pas dans ma "baignoire", je riais, non je ne souriais pas, j'éclatais de rire en lisant La Télévision. Toussaint a des expressions absolument tordantes, quelques exemples glanés au fil des pages :
"J'étais en train de remplir mon arrosoir au robinet en essayant de ne pas me mouiller les pieds. Je fermai le robinet de l'évier, laissai s'écouler les dernières gouttes dans le récipient, comme après un petit pipi, le robinet des Drescher étant d'ailleurs doté d'un de ces longs prépuces flasques en caoutchouc flexible qui permet aux ménagères de diriger le jet où bon leur semble..."
(...)
"... (j'ai toujours aimé les petits déjeuners de travail informels en ma compagnie)."
(...)
" J'étais allongé sur le dos dans l'eau et je réfléchissais à mon étude, les deux mains sans force et relâchées, que je laissais flotter librement à côté de moi et que je regardais avec une curiosité bienveillante, les poignets détendus, chaque doigt, chaque phalange, délassés dans le merveilleux élément liquide dans lequel je baignais, les jambes étendues et le corps en suspension, ma boutique émergeant légèrement hors de l'eau, comme une nature morte très simplement agencée, deux prunes et une banane, qu'un très léger ressac, parfois, venait en partie recouvrir. Le travail quoi.
Je revenais à la nage vers le rivage, étendant lentement mes bras détendus dans l'eau fraîche et légèrement huileuse. Parfois, je faisais quelques mètres sur le dos, battant souplement les deux jambes devant moi et tournant légèrement la tête à l'occasion, pour éviter quelque abordage malchanceux avec un pneu qui flottait au fil du lac, ou avec un cygne (encore qu'ils ont l'oeil, les cygnes). Arrivé à proximité du rivage, j'éprouvai quelques scrupules à me relever et à me retrouver tout nu parmi les autres baigneurs, et je nageai jusqu'à la plage sans mettre pied à terre, rampai plutôt, dans moins d'un mètre d'eau, les mains dans la boue et les épaules au fil de l'onde, nez à nez, pratiquement, avec la tirelire d'une petite fille plus grande que moi qui jouait au ballon, nue avec des brassières orange. Je me redressai à genoux dans la vase, et sortis de l'eau, me hâtai d'aller rejoindre mes affaires sur la pelouse. Avant de me rallonger, je fis quelques mouvements de tai-chi dans l'herbe, art inoffensif que le tai-chi...(...) En garde, les genoux fléchis, le regard grave et respirant bien du nez... (...). Le regard fixe, concentré, les poings serrés et les bras dissymétriques, j'attaquais ainsi toutes sortes de vieux démons, que je rouais de coups au ralenti, avant de les jeter par terre et de les achever au sol, de leur mettre une pâtée."
(Je suis morte de rire en relisant ce texte). Que J.P. Toussaint me pardonne de le sortir de son contexte car il est vrai qu'il faut lire La Télévision jusqu'à la dernière ligne pour en savourer le style. Son "étude" très sérieuse étant le Titien!
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