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vendredi 12 février 2016

"Après une journée de vent"

Par la fenêtre, je scrute sans arrêt le ciel, priant pour une éclaircie.
 Hier matin, un peu de bleu dans le gris anthracite.




Dans la journée, la pluie fut de la partie. 
Le soir venu, au loin, durant quelques minutes, 
j'aperçus le Mont-Blanc, puis il a disparu.
C'était magnifique, bien plus beau que sur cette photo.
J'y associais mes souvenirs



Après une journée de vent

Après une journée de vent,
dans une paix infinie,
le soir se réconcilie
comme un docile amant.

Tout devient calme, clarté...
Mais à l'horizon s'étage,
éclairé et doré,
un beau bas-relief de nuages.

Rainer Maria Rilke

mardi 13 octobre 2015

Passion, montagne

J'écris le mot Journal.
Je ne sais que dire.
Trop ou pas assez.
Et puis, toujours la même chose : balades, lectures, ménage, golf, expos, cinéma, écoute radio.
Je pensais mettre le clap de fin sur mon précédent billet et voilà que j'écris à nouveau. Du rien.
De plus en plus énervée par la publicité, France Inter s'y met, pénible et leur propre pub qui passe à la télévision devient aussi agaçante que celles qui passent sur leurs ondes. Je zappe France Inter.

Samedi 10 octobre.
Commencé à nettoyer mes vitres, ai fait l'extérieur des deux porte-fenêtres et de la chambre.
Écouté cette émission. Évasion. Le livre : Cervin absolu de Benoît Aymon. 

Dimanche 11 octobre.
Vitres : fait extérieur et intérieur de deux fenêtres.
Cinéma : vu EVEREST. Pour les amateurs et admirateurs des sommets qui semblent inatteignables.
"Le scénario s'inspire du livre autobiographique Tragédie à l'Everest (Into Thin Air: A Personal Account of the Mt. Everest Disaster) écrit par l'écrivain, journaliste et alpiniste Jon Krakauer et publié en 1997. Il revient sur une catastrophe survenue en mai 1996 sur le mont Everest. Jon Krakauer avait été envoyé par le magazine Outside pour participer à cette expédition."

Lundi 12 octobre.
Vitres : fait intérieur des deux porte-fenêtres et de la chambre. Terminé.
Golf : 9 trous. Pour finir de m'achever physiquement.
Commandé : Escalades dans les Alpes de Edward Whymper.

Je suis une fille de la mer fascinée par la montagne et surtout par les alpinistes. Pourquoi? Je n'ai jamais "fait" de montagne, sauf quelques balades - c'est le mot qui convient - quand je séjournais à Chamonix Puis à Evian. L'Aiguille du Midi, j'y suis allée en téléphérique, solitaire mais je n'étais pas seule, un couple de touristes m'a pris en photo, équipée comme une bourgeoise, avec un foulard H. C'est à pleurer de rire, plus nulle tu meurs. Totale inconscience. Ce qui est étonnant c'est que je n'ai ressenti aucun vertige en montagne mais j'y étais avant que Menière ne se manifeste. Si j'y retournais aujourd'hui, je ne sais pas si j'aurais des vertiges. Peut-être un vertige du bonheur d'y être à nouveau. Je serai mieux équipée, c'est sûr. Depuis, j'ai lu tant d'ouvrages sur la montagne, j'ai appris qu'elle pouvait être très dangereuse.




Mardi 13 octobre.
Corvée annuelle, après celle des vitres (bisannuelle), lessivage des sols (ma vie est passionnante). Ouf! Terminées les corvées. Et dire "qu'il y en a des"... qui font ça tous les mois voire toutes les semaines. Bouh! Pour mon prochaine anniversaire, je prends une femme de ménage. Je ne devrais donc plus en avoir pour longtemps à trimer comme ça.
Puis j'ai tenté - vainement - de faire "l’entretien courant" de mon lave-linge qui a déjà sept ans, qui ne me pose pas de problèmes. Cependant une petite vérification serait peut-être utile me suis-je dit. Instructions :
. Nettoyage du filtre de pompe (0_0)


Figure 13 : ok! Je retire la plinthe.
Je place un chiffon et un récipient plat comme indiqué.
Figure 14 :
J'ai un tuyau de purge (hum!). Je n'arrive pas à sortir le bouchon du tuyau, trop dur. Je laisse tomber, je crains de ne pouvoir le remettre et l'enfoncer à fond vue la difficulté pour l'enlever.
Je passe au bouchon du filtre. Je n'arrive par à le dévisser. Je mets un gant de caoutchouc idem, je n'y arrive pas. Il a dû être vissé par un robot balèze.
J'abanconne j'abandonne. Hop! Je remets la plinthe et vais déposer une plainte chez la mère Denis le fabricant. Non mais!
Pour ce qui est de "l'accès au fond de la cuve" et du "démontage de l'aube du tambour"... ça va pas la tête? Tsss! Il y a des choses que je peux faire et d'autres que je laisse aller à vau-l'eau en attendant la catastrophe qui m'obligera à appeler un pro.

Il est temps que je passe à autre chose de plus agréable. Poursuivre ma lecture en cours : L'angoisse du roi Salomon de Romain Gary (Emile Ajar). La plume d'Emile Ajar n'a rien à voir avec celle de Romain Gary, même si... 
Je suis fan des deux : avec Ajar je me détends, je m'évade, je suis dans le roman, la fiction et avec Gary je suis dans le je, l'autobiographie, l'autofiction. Je suis moi. Enfin, un tout petit peu moi, je veux dire qu'il me touche profondément. Je jubile avec L'angoisse du roi Salomon, je retrouve l'humour mélancolique de Gros-Câlin. C'est le dernier Emile Ajar.


samedi 31 août 2013

Ce qui comptait ce n'était pas de posséder, c'était de faire partie de l'existence




"Il faut toujours connaître les limites du possible.
Pas pour s'arrêter, mais pour tenter l'impossible
dans les meilleures conditions."

Romain Gary

"Il fit la face nord du Triolet et l'éperon des Droites en solo. Il aurait pu trouver un compagnon de cordée; tout le monde aurait sauté sur l'occasion. Mais non : il quittait Chamonix seul et c'était seul qu'il grimpait.
La face nord du Triolet est une grande course glaciaire où la paroi rocheuse disparaît sur près de 800 mètres sous le glacier en cascade qui la recouvre.
Rand partit tôt ce jour-là. [...] Seul le crissement des crampons brisait le silence. Il progressait méthodiquement, un piolet à chaque main, bientôt prisonnier du rythme de ses gestes. L'idée qu'il pourrait glisser - et il aurait alors dévalé la pente lisse comme une surface de verre - ne lui vint à l'esprit qu'au sommet où il avait déjà atteint une altitude élevée. Et lui vint d'une étrange manière. Il faisait une pause, les pointes de ses crampons enfoncées d'un bon centimètre dans la glace. Un centimètre d'assurance suffisante. Quand il en prit conscience, il fut envahi d'une sorte de félicité. Jamais il ne s'était senti aussi invulnérable. Comme si la montagne l'avait ordonné et qu'il eût accepté le sacrement.
Tenu par une dérisoire pointe de métal, il se sentait heureux, maître de toutes les difficultés, de toutes les terreurs. C'est ce que l'on doit éprouver à l'instant fatal, songea-t-il avec un certain malaise. Un ultime élan de joie avant la fin. Il jeta un coup d'oeil en bas. La pente était vertigineuse.
[...]
[...] Il pensa à Bray et, l'espace d'un instant, il eut le sentiment que l'Anglais était là. Ces pics solitaires, ces courses appartenaient à Bray qui existait en eux. Mort, les os rompus, il était toujours présent. Il n'avait pas vraiment disparu, il avait seulement quitté la scène. Toute cette journée, la sensation de triompher au passage du surplomb, le panorama incomparable qui s'offre au sommet, tout appelait le souvenir de Bray.
On le voyait souvent passer, sac au dos, un rouleau de corde à l'épaule. "Je vais me balader", disait-il. Le matin, il se réveillait au milieu d'une forêt de pics d'une blancheur inouïe qui montait à l'assaut d'un ciel de silence.
Il m'est arrivé un drôle de truc, écrivit-il à Cabot. Je n'ai absolument plus peur de la mort. Ces temps-ci, je ne fais plus que des randonnées en solo. J'ai fait la face N du Triolet et le Couturier à la Verte. Fantastique. Je ne peux pas t'expliquer. Quoi de neuf aux States? Où as-tu été?
Ce n'était pas seulement la solitude qui l'avait métamorphosé : son optique avait changé. Ce qui comptait ce n'était pas de posséder, c'était de faire partie de l'existence. Il connaissait toujours l'angoisse qui accompagne les ascensions périlleuses mais elle avait pris une autre forme : celle d'une rançon qu'il payait de bon cœur. Une secrète allégresse l'habitait. Il n'était jaloux de personne; ni arrogant ni timide."

Pages 192 - 193 - 194.


Gare du Montenvers 1913 m.





"Au Montenvers, Rand, silhouette solitaire que déformait le sac à dos, descendit dans la cuvette du glacier. Des néophytes s'entraînaient à marcher sur la glace; ici et là des cordées s'éloignaient ou revenaient. Peu à peu, il les distança tous. [...] A midi, il avait commencé à gravir le glacier de Leschaux, il s'arrêtait pour prendre un peu de repos.
Plus tard, d'aucuns prétendront qu'il leur avait paru différent mais c'était un changement malaisé à définir. Il avait les cheveux un peu plus en désordre, comme s'il se souciait moins de son apparence. Son ardeur s'était émoussée. On s'attendait à le voir s'arrêter au refuge de Leschaux mais ce n'était pas là qu'il avait l'intention d'aller? Il continua l'ascension solitaire du glacier.
Il n'avait pas prêté jusque-là attention à ce qu'il y avait devant lui mais plus il avançait, plus il avait conscience d'une présence dans le ciel. Il la sentait comme on devine la mer à des kilomètres de distance. [...]
Enfin, il s'arrêta et leva la tête.
Le pilier culminant des Grandes Jorasses, tout noir entre les plaques de neige qui l'enserrent, dressait presque d'un seul tenant sa masse à l'assaut du ciel. Le soleil en illuminait le socle. Plus haut, il était presque noir.
Un visage est perpétuellement mobile mais il arrive un moment où il semble acquérir sa perfection ultime. Il a conquis sa vérité définitive, il est devenu inaltérable. Ainsi en allait-il du visage levé de Rand, ce jour-là. Il avait trente ans - trente et un pour être précis - et son courage était sans faille. Au dessus de lui, l'élan de pierre de la pointe Walker."

Pages 252 - 253. 

James Salter, in L'homme des hautes solitudes, éditions des Deux Terres, 2003.

Je ne connaissais pas l'écrivain James Salter. J'avais entendu parler d'un de ses romans : Un bonheur parfait, sur France Culture cet été et ce qu'on en disait m'a donné envie de le découvrir. A la bibliothèque, je n'ai trouvé que L'homme des hautes solitudes.  La 4e de couverture a suffit pour me décider à l'emprunter puisque ça parlait de Chamonix, de la montagne et des alpinistes que j'ai toujours admirés.

Mais ce livre parle aussi de la solitude de l'homme. Je ne pouvais qu'être conquise. Et puis, tous ces noms m'évoquaient et ravivaient tellement de souvenirs de Chamonix : La mer de glace, Le Montenvers, les Grandes Jorasses, l'Aiguille du Midi, le Mont Blanc et ces grandes figures de montagnards-alpinistes que j'avais "approchés" au Musée alpin, morts - pour la plupart - de leur passion pour l'ascension.

Je ne sais pas vraiment pourquoi j'aime autant la montagne; je m'y sens bien, je ne m'y aventure pas vraiment, je laisse cela aux passionnés, aux expérimentés, à ceux qui s'y risquent par amour, mais j'aime la sentir là, l'approcher, du haut de mon moi minuscule, de ma solitude. Elle me remet à ma place. Et quand les nuages recouvrent les sommets comme sur la photo ci-dessous, elle prend toute sa puissance, sa beauté, son mystère, son invincibilité. Comme je comprends "la secrète allégresse qui habitait" Rand.




N'ayant pas trouvé Un bonheur parfait à la bibliothèque, je viens de l'acheter (en poche, collection Points) ainsi que Une vie à brûler, son autobiographie.



 



 A droite, Emile Rey dit "Le prince des guides" 1846-1895
Courmayeur/Italie
Aiguille noire de Peuterey, 1885
Aiguille blanche, 1887
Arrête de Peuterey au Mont Blanc.



A gauche, Franz Lochmatter 
Guide
1878-1933
Suisse
Première ascension de l'arête Est du Plan,
avec son client  V.J.E. Ryan, 1906.

Au centre, Joseph Ravanel dit "Le rouge"
1869-1931
Chamonix/France
Premières dans les aiguilles de Chamonix.
De 1901 à 1906 : aiguilles Blaitière, Fou, Peigne, Ciseaux.
Traversée du Grand Charmoz, Dent du Caiman.



 Edward Whymper 1840-1911
Grande Bretagne
Première ascension du Cervin avec Michel Croz,
14 juillet 1865

A gauche, Michel-Auguste Croz dit "le Prince des Guides"
1830-1865
Le Tour - Vallée de Chamonix, France
Première ascension du Cervin avec Edward Whymper
14 juillet 1865



On voit mieux Michel Croz sur la photo ( voir plus haut, à gauche) avec Emile Rey






A gauche, Patrick Bérhault, surnommé "Bérobocop" ou "E.T."
1957-2004
Grande traversée des Alpes  (août 2000 à février 2001) 167 jours,
22 sommets et voies majeures.

1944
Tyrol/Italie
Premier homme à avoir gravi tous les 8000 de la planète.
Première ascension sans oxygène de l'Everest, 1978.
(Toujours en vie).


(Photos personnelles prises à Chamonix, au Musée alpin en mai 2012
et lors de mes balades en mai 2011).




mardi 24 juillet 2012

Mont-Blanc Express

J'ai un peu occulté ma semaine passée à Chamonix avant celle d'Evian, cette dernière m'ayant laissé des souvenirs si exquis, encore vivaces.
Mais en lisant cet article après l'avalanche survenue sur le Mont-Blanc au Mont Maudit, j'ai repensé à ce séjour.


"Le téléphérique de l'Aiguille du Midi était toujours fermé samedi en raison de rafales devant soufflant à 100 km/h à son sommet (3.842 mètres), rendant ainsi inaccessible la voie d'ascension au Mont-Blanc dite des "Trois Monts".
C'est sur cette voie que les neuf alpinistes ont trouvé la mort, leurs cordées ayant été surprises tôt jeudi matin par une coulée de neige à 4.000 mètres d'altitude, sur la face nord du Mont Maudit.
Seule une poignée d'alpinistes, bloqués en raison de la fermeture du téléphérique, ont passé la nuit de vendredi à samedi au refuge des Cosmiques, passage obligé pour emprunter cette voie.
"Les conditions sont hivernales. Il a neigé, il y a du vent, il fait froid. Aujourd'hui, ça ressemble plus à un phare qu'à un refuge, vu le peu de fréquentation", a indiqué à l'AFP Laurence Cantèle, gardienne des Cosmiques depuis 19 ans.""

Et je me disais que - bien que le temps fin mai était moins hivernal mais tout de même moins estival que l'année passée - j'avais été bien imprudente de monter à l'Aiguille du Midi par le téléphérique en tenue de touriste irresponsable. Je réalise seulement aujourd'hui mon inconscience. Bien sûr, à Chamonix, la température était proche des 25° mais déjà à la première étape du téléphérique le temps était bien frisquet, environ -5°, au point que - cette année - je ne suis pas montée jusqu'en haut où la température annoncée était de -11°. Je n'avais que deux pulls et les gambettes à l'air. Que serais-je devenue si je n'avais pas pu reprendre le téléphérique pour cause de "rafales de vent" et si j'avais dû passer une nuit dans la cabane en bois du Bar, sans parka, sans doudoune, sans pantalon? J'en frémis. Et je n'étais pas la seule dans le téléphérique en tenue de touriste!

Photo de mai 2011.


Photos de mai 2012 prises au même endroit. La neige était plus abondante.



Aujourd'hui les souvenirs de mon séjour resurgissent et j'ai profité de mon pass transports en commun, bien plus que l'année dernière. De ma chambre d'hôtel à Chamonix, le panorama sur la chaîne de montagnes et le Mont-Blanc est toujours aussi extraordinaire! Parmi mes journées mémorables, il y eut celle passée à Servoz. A la réflexion, je me trouve intrépide d'oser faire toutes ces balades en solitaire; sur le moment je n'ai aucun sens d'un quelconque danger.



A travers la vitre du train, cette voiture au milieu de la route!

En arrivant à Servoz il faisait extrêmement chaud et j'entrais dans l'église surtout pour trouver un peu de fraîcheur, mécréante que je suis. Cependant je m'y recueillais en contemplant le choeur, l'autel et ce Christ dans le bleu (du ciel?) de la voûte me ramenait vers toi et cette folle soirée où un de tes amis (nous étions six pour le dîner préparé par toi) t'avait mis au défi de peindre à l'huile un Christ sur une toile vierge en une heure. Le Christ était une de tes obsessions, je n'en connaissais pas la raison. Pari réussi en quarante-cinq minutes, le visage du Christ d'un bleu sombre monochrome apparut, tourmenté, magnifique. Tu étais sûr de toi et moi j'avais le trac. Le dîner avait été assez arrosé. L'ami acheta la toile ce soir-là;  il dut revenir la chercher, attendre qu'elle soit sèche. Que n'avais-je en ce temps-là le réflexe de tout photographier... le numérique n'existait pas.

Assise au fond de l'église, je pris les deux photos ci-dessous discrètement pour ne pas déranger ces touristes-étudiants concentrés sur leur travail; ils étaient en train de croquer des détails. Ils donnaient à cet instant que je vivais une intensité étrange, lumineuse, empreint de spiritualité; c'est un hasard heureux me disais-je et je ne savais pas encore que j'allais les retouver plus tard...




Casquette vissée sur la tête je suis sortie imprégnée de ce calme, je n'aurais pas aimé entendre les cloches. Je me suis dirigée vers les Gorges de la Diosaz. Sur le chemin j'aperçus un beau cheval, je n'allais tout de même pas le prendre en photo! Je m'arrêtais sur la vitrine d'une galerie : Mille lieux du monde, un immense tableau m'incita à rentrer et je découvris de beaux objets sur l'art tribal. Je souriais en pensant à une famille résidant dans le même hôtel que moi à Chamonix, qui m'avait proposé ce même jour de visiter avec eux les Saint-Bernard. Ils étaient en voiture, j'avais préféré prendre le train et me laisser porter dans Servoz sans planning. Je ne le regrettais pas. J'arrivais aux Gorges et j'avais sifflé ma demi bouteille d'eau; la chaleur devenait étouffante et la marche un exploit. Sur un petit pont traversé par l'Arve, j'écoutais le bruit du torrent comme une bouffée d'air frais. Je fis une courte promenade, il eut fallu que je consacre une après-midi entière pour voir les Gorges... Je suis une touriste qui erre, sans but, sans m'attarder sur les sites... Sentir l'environnement, souvent majestueux à la montagne, suffit à ma contemplation, à mon bonheur.


Mais je commençais à avoir vraiment soif et je n'avais plus d'eau; pas une fontaine sur mon chemin. Je revins alors vers le centre du village, en cette fin mai de nombreuses boutiques et bars étaient encore fermés, à moins qu'ils ne le fussent qu'à l'heure de la sieste? J'aperçus - ô  joie - un chalet avec une terrasse, certainement ouvert puisqu'il y avait deux messieurs attablés! Je devais être rouge comme une tomate, je les saluais et m'apprêtais à m'asseoir à l'ombre; j'allais enfin reposer mes gambettes et me désaltérer! L'un d'eux m'interpella gentiment  et me dit : nous sommes fermés! Flûte, je n'ai pas de chance... "Mais vous pouvez vous asseoir" me dit-il. Je le remercie avec un grand sourire. Ce devait être le patron avec un ami? un employé? Je sors ma demi bouteille d'eau de mon sac, je savais pourtant qu'il n'y en avait plus une goutte mais : regarder, n'est-ce pas absorber? Hum! Je prends cette photo d'un chalet de l'autre côté de la route...


Je les regardais finir de déjeuner (à l'heure espagnole), Rosé sur la table (si mon souvenir est bon, je n'en suis pas sûre) et une bouteille d'eau, sur laquelle je me serais bien jetée. Après quelques minutes l'aubergiste se leva, vint vers moi  et me dit : "Que désirez-vous boire, je vous offre ce que vous voulez". Mazette! Il a un visage sympathique avec sa barbichette!* J'en bafouillais : mais non, je vous remercie, je ne vais pas vous déranger.... bon d'accord,  mais alors je vous règle. "Non non, dites-moi ce qui vous ferait plaisir..." et son compère me regardait comme pour me dire : allez, acceptez!  Ce que je fis en lui demandant avec un sourire jusqu'aux oreilles sûrement aussi rubicondes que mes joues : alors je prendrai un Schweppes s'il vous plaît. Ouf! J'ai de la chance tout de même! Il est revenu avec un verre, des glaçons, une rondelle de citron et une bouteille de Schweppes. Ils m'ont ensuite demandé si j'étais en vacances, d'où je venais etc. sans doute étonnés que je voyage seule. Je savourais cette boisson pétillante au goût amer avec délectation. Cependant je ne m'attardais pas, j'avais encore à découvrir ce village.
Il était temps que je poursuive ma balade. Je les ai remercié chaleureusement avant de partir et j'ai fait cette photo (d'autres plus jolies dans le lien ci-dessous), je ne voulais pas oublier le nom de cette étape! Je compris plus  tard pourquoi le bar était fermé : ils devaient avoir fini le service du déjeuner du restaurant (qui a l'air excellent - voir les photos dans le lien sur la "galerie") et se détendaient enfin en déjeunant à leur tour, tranquillement. Et voilà qu'une intruse était venue les solliciter!


Au lieu-dit Le Bouchet à Servoz.



*Hôtel-restaurant Les Gorges de Diosaz (photos en cliquant sur "galerie", il y a une belle photo (interdite de reproduction) en noir et blanc du "patron" et, apparemment c'est lui qui est au piano!). Je ne peux que recommander cette charmante Auberge l'accueil y est très chaleureux!

Je me sentais requinquée et je remontais vers Le Bouchet, ça grimpait pas mal.  A mi-chemin, je m'arrêtais sur cette villa dont je venais de longer les murs du parc bien protégé des regards. Le portail était ouvert, les volets fermés; il y avait une camionnette et un homme qui bricolait. J'entrais et lui demandais si je pouvais faire des photos; non seulement il accepta mais me fit visiter le parc, immense, avec des arbres majestueux. Je pris une photo de la maison côté rue et côté parc. Il m'expliqua qu'il était chargé de l'entretien, qu'elle appartenait à une baronne parisienne qui n'y venait jamais. Il pouvait la surveiller de près puisqu'il avait une maison qui jouxtait l'entrée. Elle s'appelait Les Fiz et il y avait le nom de l'architecte sur une plaque. Quelle belle demeure!




Photos : collection particulière interdite de reproduction.

Je m'en tins là de ma promenade, je regardais la chaîne de montagnes et j'entamais la descente vers la gare, les trains n'étaient pas si nombreux. Sur le quai je retrouvais les "étudiants" des Beaux-Arts (?), je les avais croisés sur le pont. C'étaient des anglais.


Le jeune homme aux lunettes était d'une élégance very British. Même avec son sac à dos, il avait de la classe! En attendant le train il s'est mis à danser un rock avec une des jeunes filles, sans musique, c'était chouette. Il me vint à l'idée de regarder les panneaux de direction du train et je m'aperçus qu'il fallait attendre de l'autre côté pour retourner à Chamonix. Je leur montrais la pancarte et ils comprirent qu'il fallait traverser la voie. Le petit train rouge arrivait.



J'étais ravie de ma balade à Servoz. L'aurais-je trouvé aussi exquise, me serais-je arrêtée dans ces lieux si je n'avais pas été solitaire? Non, j'en suis absolument certaine. Et puis, prendre ses vacances en mai, sans la foule, un vrai luxe!

(A suivre pour une autre journée... que je relaterai plus brièvement).

jeudi 16 juin 2011

Journal : escapade (suite)

Vendredi 27 mai 2011.

Le temps passe trop vite. Je pars au golf réserver un départ pour la fin de l'après-midi. Le parcours est paraît-il très beau et puis, j'ai pris mon matériel. Il est à 5 kms de l'hôtel.
Départ OK à 17 h 30, tarif réduit à cette heure-là.
J'irai demain à Montenvers voir la Mer de Glace de près.

Je me repose, je lis : La ballade de l'impossible de Haruki Murakami; ça me plaît beaucoup. J'avais lu un article où l'on parlait du film qui vient de sortir, tiré du roman, et j'ai eu envie de lire le livre.
Puis je vais à la piscine. Il fait très chaud, je vais me baigner, je sens la migraine latente.

Vers 14 heures les nuages recouvrent l'Aiguille du Midi. Je filme des sportifs qui font du parapente. Souvenirs... aux Arcs, il y a... cinq ou six ans. Je rêvais d'en faire et j'ai eu mon baptême de parapente avec un moniteur. Je ne pesais pas assez lourd. Rigolade au décollage, il faut courir et le moniteur m'a presque soulevée, j'étais écroulée de rire, mais ça n'a pas duré! Dès que nous prîmes de la hauteur j'eus mal au coeur; il m'indiquait ce que nous apercevions mais j'avais la nausée. Je le lui dis. Il a vite compris. Appuyez votre dos contre mes jambes me disait-il. Je n'écoutais plus rien, j'avais peur de vomir, je voulais qu'on redescende tout de suite. La balade a été écourtée et nous avons atterri à Bourg Saint-Maurice. J'étais verte mais j'avais réussi à maîtriser ma nausée. Ouf! En reprenant le téléphérique pour remonter aux Arcs, je n'étais pas la seule à avoir été malade; une jeune-fille près de moi n'en était pas non plus remise. Maintenant quand je vois du parapente et les pirouettes que font certains, je suis épatée!

Crédit photo ici.


A 16 h, le ciel est complètement couvert, les montagnes sont noires, il fait très lourd et l'orage se déclenche. Il pleut des trombes d'eau, des éclairs zèbrent le ciel et le tonnerre gronde. Pas de chance, je ne vais pas pouvoir aller au golf, trop dangereux. Je téléphone pour annuler.
Tant pis, je n'aurai pas joué à Chamonix.

A 18 h, la pluie s'est arrêtée, j'aperçois un bel arc-en-ciel. Etonnant, il n'est pas dans le ciel mais sur la montagne!



Je vais au village avant le dîner. Il fait bon, la température s'est bien rafraîchie, l'Arve a grossi!

Source: photo prise par Christophe Jacquet été 2001.
Arve à Chamonix-Mont-Blanc. Sur le pont, passe une rame « Z800 » de la ligne Saint-Gervais-Vallorcine. Au fond, on aperçoit la chaîne du Mont Blanc, et notamment le glacier des Bossons.
Source : Wikipédia.

(A suivre)