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mardi 26 juillet 2016

Je... Je vous embrasse





Camille Claudel, La petite châtelaine, marbre (1895), musée Rodin, Paris.

Monsieur Rodin,


Comme je n’ai rien à faire je vous écris encore. Vous ne pouvez vous figurer comme il fait bon à l’Islette.


J’ai mangé aujourd’hui dans la salle du milieu (qui sert de serre) où l’on voit le jardin des deux côtés. Mme Courcelles m’a proposé (sans que j’en parle le moins du monde) que si cela vous était agréable vous pourriez y manger de temps en temps et même toujours (je crois qu’elle en a une fameuse envie) et c’est si joli là !

Je me suis promenée dans le parc, tout est tondu, foin, blé, avoine, on peut faire le tour partout c’est charmant.


Si vous êtes gentil, à tenir votre promesse nous connaîtrons le paradis. Vous aurez la chambre que vous voulez pour travailler. La vieille sera à nos genoux, je crois.

Elle m’a dit que je [mot manquant: pouvais ?] prendre des bains dans la rivière, où sa fille et la bonne en prennent, sans aucun danger.


Avec votre permission, j’en ferai autant car c’est un grand plaisir et cela m’évitera d’aller aux bains chauds à Azay. Que vous seriez gentil de m’acheter un petit costume de bain, bleu foncé avec galons blancs, en deux morceaux, blouse et pantalon (taille moyenne), au Louvre ou au Bon Marché (en serge) ou à Tours.


Je couche toute nue pour me faire croire que vous êtes là mais quand je me réveille ce n’est plus la même chose.


Je vous embrasse


Camille


Surtout ne me trompez plus.

(Pour "voir" la lettre originale manuscrite de Camille Claudel à Auguste Rodin, c'est ici)

vendredi 1 avril 2016

Se souvient-on d'un nuage?


Gustav Klimt, Le Baiser
Huile sur toile recouverte de feuilles d'or, 1908-1909

"Le baiser frappe comme la foudre, l’amour passe comme un orage, puis la vie, de nouveau, se calme comme le ciel, et recommence ainsi qu’avant. Se souvient-on d’un nuage ?."

Guy de Maupassant, Pierre et Jean


Reçu cette semaine une invitation. Elle m'a fait sourire; il faut dire qu'en ce moment - disons depuis quelques semaines - mon regard sur les choses, les êtres est carrément obsédé : je transforme tout en amour, baiser et autres voluptés. Cette obsession ne m'est pas du tout bénéfique mais au contraire, me plombe dans ma réalité : vieillesse et solitude! Deux concepts, miens, qui sont désormais définitifs de ma finitude si j'ose le dire (mal) ainsi. Néanmoins, en recevant cette invitation, j'ai franchement ri et je me suis dit : décidément, ça me poursuit. Mon sort est aujourd'hui celui de la théorie plus que de la pratique. J'en ai pris conscience (et l'ai - difficilement - accepté) depuis quelques années : en vieillissant, théorise puisque tu ne pratiqueras plus. Pfff!




(Cliquer pour agrandir)

Le titre de l'exposition : La théorie des baisers. Foin de théorie, restons malgré tout dans la pratique... imaginaire. *Sourire*. Et cette 23e marche au 1er étage doit être vertigineuse;-).
Sur la photo de l'invitation : Dan Negoescu (?) sculptant une réplique du Baiser* de Rodin.

* "Son "grand bibelot" comme l'appelait Rodin, en réplique à l'audacieux Balzac." (Je l'ai dans ma salle de bain (oups!) et, pour le coup, c'est vraiment un bibelot, une reproduction de pacotille achetée en sortant du musée Rodin).

Dommage que Auvers-sur-Oise soit si loin... Olivier Verley fait de magnifiques photos... comme celle-ci, au cimetière d'Auvers-sur-Oise : Les 2 frères (Théo et Vincent Van Gogh).

"Tout ce qu'il y avait dans ton regard, dans tes paroles, dans le son de ta voix, dans tes baisers, dans tes caresses, les anges seuls pourraient le redire. Quand tu m'as quitté, j'étais enivré ; je t'ai suivie des yeux, sans sortir de la chambre, à travers les rues et les murailles ; il me semblait que je te voyais comme une forme lumineuse et heureuse. Il me restait quelque chose, en effet, de l'éblouissement de ta présence. Peu à peu cependant, ce beau soleil de joie s'est éteint dans mon cœur, j'ai regardé autour de moi, et je suis redevenu triste ; – tu n'étais plus là."

Victor Hugo, Lettre à Léonie d'Aunet.

 

dimanche 13 mars 2016

"L’Art, c’est le reflet que renvoie l’âme humaine éblouie par la splendeur du beau." (Victor Hugo)

Photos d'hier!


(Cliquer pour agrandir)

 Que de noms célèbres sur cette affiche!
Georges Perros, André Malraux, Louis Pasteur, Christian Voltz (?)
Place de l'Enfer... (Dante, Rodin, Delacroix)
Mais aussi Victor Hugo :
"L'enfer est tout entier dans ce mot : solitude".

 




L'ambiance était printanière dans le centre ville et les terrasses ensoleillées étaient prises d'assaut. Ces jeunes filles avaient trouvé la solution : s'asseoir par terre. Celle de gauche avait une peluche tête d'éléphant avec une énorme trompe, sur la tête. Trop tard, pas pu la photographier.
Je rentrais tranquillement le long des quais... je ne m'étais pas reposée, le temps d'un thé; j'en avais mal aux gambettes.  Ce n'était pas un temps pour les jambes cassées (0_0).


Le ciel de ce dimanche annonce encore une belle journée. 
Écouté ce matin une intéressante analyse par Jean de Loisy, en compagnie de Alain Fleisher, des œuvres érotiques et des personnalités de deux artistes : Victor Hugo et Auguste Rodin, à propos de l'exposition  (terminée) qui s'est tenue à la Maison Victor Hugo à Paris : Eros Hugo, entre pudeur et excès.
Passionnant.
Émission  Les Regardeurs sur France Culture.


Pour conclure l'émission :

J. de Loisy. - L’un des derniers livres – dont vous allez me rappeler le titre - que j’ai lu de vous, était le récit d’un jeune homme à Sils Maria, qui tout d’un coup devient l'héritier d’une collection tout à fait gigantesque.

A. Fleisher.- En effet, ça s’appelle Effondrement. C’est le premier livre dont je traite d’un sujet contemporain, parce que mes livres ont souvent été marqués par une sorte de mélancolie, de l’Europe disparue. Mais il est question d’Art Contemporain parce qu’en effet, ce jeune homme qui est pianiste, qui s’est éloigné de son père, sous l’influence de sa mère, hérite de la plus grande collection d’art contemporain qui soit, qu’il juge comme une accumulation de cochonneries, et qu’il décide de mettre en vente. Ce qui provoque un soulèvement du marché de l’art. Attention, je ne parle pas du milieu de l'art mais du marché de l'art.

J’ai la plus grande admiration pour des artistes contemporains, par contre je suis très critique par rapport au marché de l’art, c’est-à-dire, à l’art devenu marchandise.

J. de Loisy. - On peut dire que, ce dont on a parlé aujourd’hui, cette Odalisque de Victor Hugo, ces dessins de Rodin, on en est bien loin ; ce sont les parties les plus intimes du travail, celles qui n’ont été révélées que bien plus tard en fait.

A. Fleisher. – Et qui sont essentielles. Elles sont au cœur de la création artistique, elles sont des moteurs. Et je pense que, un des moteurs de tout artiste c’est le désir, qui peut prendre des formes différentes, mais le désir est essentiel. Sans désir  il n’y a pas d’art.

 

mardi 25 février 2014

Une descente en enfer



Auguste Rodin, La Porte de l'Enfer (détail)

Passé deux nuits et deux jours d'enfer en enfer.
On parle souvent des vertiges sous une forme plaisante même s'ils sont là aussi douloureux, mais il y a des vertiges qui sont comme une petite mort ou du moins qui vous engloutissent vous anéantissent au point de ne plus rien contrôler de ce corps qui devient un corps de chiffon. Je voudrais crever quand je vis ces heures-là.
Oui, c'est bien l'enfer ces vertiges quand je ne tiens plus debout, que le plafond tourbillonne et que je m'accroche pour aller vomir (je sais c'est répugnant ce que j'écris). Je ne brûle pas dans cet enfer; ce sont mes larmes qui me brûlent quand la nausée me saisit. Les idées les plus noires se font claires, et vives. Une crise par mois depuis novembre, c'est trop pour avoir envie de vivre.
Je veux bien croire que mes vertiges - en dehors du fait du dérèglement de mon oreille interne - soient augmentés par mon angoisse de vivre. 

"Kierkegaard cerne l’angoisse sous son double registre à la fois psychologique et ontologique en révélant ainsi son point névralgique. Sur le plan psychologique, l’angoisse est liée au sentiment de culpabilité, ce que Kierkegaard illustre à travers son analyse du récit de la chute dans la Genèse. C’est précisément l’observation clinique d’un tel sentiment de culpabilité lié à la sexualité qui permettra à Freud d’engendrer tout l’édifice de la psychanalyse. Sur le plan ontologique, l’angoisse est liée à cet étrange mélange d’effroi et de fascination que suscitent en l’homme le néant et la mort, intuition fulgurante que Sartre et Heidegger développeront avec talent sans oublier leur « dette » intellectuelle pour le philosophe danois. Pour Kierkegaard, le point de jonction entre ces deux dimensions de l’angoisse se trouve dans la liberté. Dans le jardin d’Éden, Adam est angoissé par sa liberté du possible, car il peut violer l’interdit divin à tout instant. Le paradoxe insoutenable soulevé par Kierkegaard est celui d’une loi morale qui incite  l’être libre à la faute et qui pourtant est nécessaire pour extraire l’homme de l’animalité. Dans l’expérience de l’angoisse du néant l’être humain éprouve un sentiment de vertige ontologique face à l’infini des possibilités qu’engendre sa liberté. Dans le vertige physique, on est attiré par le vide qui pourtant nous effraye, tandis que dans le vertige métaphysique, on est fasciné par le néant qui est en même temps source d’effroi. Mais cette épreuve de l’angoisse est précisément pour Kierkegaard ce qui forme l’être humain à l’authenticité de la liberté…. "  
Sören Kierkegaard, Le concept de l'angoisse. 

"J’écrivais des silences, des nuits, je notais l’inexprimable. Je fixais des vertiges."
Arthur Rimbaud, Une saison en enfer, Délires II.



samedi 9 novembre 2013

Dans l'enfer de mes nuits


Cauchemar la nuit dernière: promenade avec mon amie au bord de la mer pour un pique-nique dans les rochers. Elle m'indique un endroit qui lui semble parfait, mais il fallait escalader des rochers pentus, escarpés avec peu d'endroits plats pour poser les pieds. Je lui donne le panier du pique-nique pour avoir les mains libres (elle est plus jeune que moi), elle le prend et je commence à grimper. Le stress me gagne, j'avance, je dérape et à ce moment-là je me retourne, elle n'était plus là. Je l'aperçois beaucoup plus loin, sur la gauche, elle était revenue sur ses pas; elle était installée sur des rochers plats, à hauteur du sable, tranquillement, le pique-nique sorti du panier. Je tentais de lui faire signe, elle ne me regardait pas, j'étais déjà très haut, je ne pouvais pas redescendre, je glissais, aucun son ne pouvait sortir de ma gorge, j'eus un vertige; je me suis réveillée dans un cri, avec des crampes dans les pieds et le mollet, je n'étais pas morte, dommage! Il était 4 h 37.


 http://carthoris.free.fr/Images/Bomarzo%20-%20La%20Mort.jpg

 La gueule de l’enfer dans le Bois sacré de Bomarzo 1550-1580

"Lasciate ogni penserio a voi ch’intrate"

 "La tête d'un ogre sur la lèvre supérieure duquel est inscrit « Toute pensée s'envole» (Ogni pensiero vola) aussi appelé la Porte des enfers (faisant clairement référence à l'Enfer de Dante) avec sa bouche ouverte monumentale qui permet aux visiteurs d'entrer se reposer - paradoxalement - au frais."

Samedi 9 novembre

10 h 30.

De l'Enfer de Dante à celui de Rodin...

J'écoute ce cher Charles Sigel parler de Rodin. En début d'émission il relate brièvement sa récente visite du musée Rodin à Paris, sa déception de voir - selon lui - un musée à l'abandon. Il semble que certaines parties soient actuellement en cours de rénovation.




J'aime ce musée.

"Il est tout, à perte de vue".
"Il s'avance comme un astre"
Rainer Maria Rilke (qui fut son secrétaire) à propos de Rodin. 

13 h 30. 

Il y a des lumières qui me donnent envie de boire du champagne... quand je suis triste et que mes yeux pétillent de bulles.



Hier à Tréboul



Ce jour à 13 h. 

15 h. 

Après-midi à la médiathèque. Emprunté deux livres de Georges Perec : Je suis né et L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation; ainsi qu'un DVD : Bonjour Tristesse de Otto Preminger.
Ai bu un chocolat au XXI. C'était bruyant et gai, je parcourais dans le Mag l'agenda des choses à faire, à voir en novembre dans ma ville, je manquais d'enthousiasme, je n'avais aucune envie d'assister à des lectures publiques durant L'Odyssée des mots; nonobstant j'oubliais durant une heure mon spleen mais ne cessais de me demander : jusqu'à quand vais-je ainsi... 

20 h. 

Le vie continue avec nos petites misères, nos plaintes indécentes (les miennes) alors qu'un super typhon vient de balayer le centre des Philippines.


mardi 5 mars 2013

Balzac et son monde : Si je vis, c'est par elle...

Suite donc pour comprendre cette phrase : Balzac raconté par Charles Sigel.


Balzac en 1842 sur un daguerréotype de Louis-Auguste Bisson.



Portrait de Balzac vers 1825, Sépia attribué à Achille Devéria
Chantilly, Coll. Lovenjoul
Balzac jeune, à l'âge où naît sa passion pour Laure de Berny

Balzac à 20 ans.

"Jules de Pétigny, châtelain de Clénor, près de Blois, qui fut membre libre de l'Académie des Inscriptions, nous a laissé de Balzac à vingt ans, un portrait piquant.
" Balzac avait dès lors une spécialité de laideur remarquable, malgré ses petits yeux étincelants d'esprit. Une taille grosse et courte, d'épais cheveux noirs en désordre, une figure osseuse, une grande bouche, des dents ébréchées et sa mise ne l'éloignait pas moins que sa figure de l'homme de bonne fortune ". "

"Henry Monnier et Balzac se rencontrent pour la première fois au café de la Minerve, en présence de Raisson et de Pierre-Joseph Rousseau.
" Je vis entrer, raconte Monnier, un homme jeune encore, mais d'un embonpoint déjà très apparent, l'œil vif, la figure ronde et souriante, les mains dans les poches, la démarche nonchalante, l'air d'un moine ou d'un paysan. " "

Venons-en maintenant à l'évocation de la passion de Balzac racontée par Charles Sigel.

"Je n'ai que deux passions : l'amour et la gloire, et rien n'est encore satisfait mais, toutefois côté amour, quelque chose est en train de se dessiner."

Il y avait à Villeparisis une dame qui s'appelait Laure de Berny, qui avait 45 ans, 9 enfants, un vieux mari grognon qui paraissait un vieillard. Elle était née à Versailles, d'un père allemand harpiste et d'une mère femme de chambre de Marie-Antoinette d'Autriche. Elle était caustique, spirituelle, moqueuse, avec des grâces d'ancien régime et Honoré donna des leçons aux enfants de Madame de Berny.
Elle sera son premier amour (il avait 23 ans). Un jour il lui envoie un lettre ; il en a gardé le brouillon, l'original fut brûlé après la mort de Laure de Berny.


Laure de Berny (1777-1836)
Mars 1822.

"Songez madame que loin de vous il existe un être dont l'âme par un admirable privilège franchit les distances, suit dans les airs un chemin idéal.
[...] La première fois que je vous vis mes sens furent émus. Vos quarante cinq ans n'existent pas pour moi ou, si je les regarde, je les aperçois comme une preuve de ma passion. Ainsi votre âge, qui vous rendrait ridicule à mes yeux si vraiment je ne vous aimais pas, est au contraire un lien, une chose piquante qui par sa bizarrerie et son contraste avec les idées ordinaires, attache. C'est moi qui suis le seul juge de votre beauté."

Laure de Berny tentera de résister mais un soir, début mai 1822, elle finira par céder à cette passion. Il lui écrira encore :

" Ô Laure,

C'est au milieu d'une nuit pleine de toi, au sein de son silence, et poursuivi par le souvenir de tes baisers délirants que je t'écris. Et quelle idée puis-je avoir, tu les as tout emportées, oui mon âme toute entière s'est attachée à la tienne et tu ne marcheras désormais qu'avec moi.
Ô, je suis environné d'un prestige tendrement enchanteur et magique; je ne vois que le banc je ne sens que ta douce pression, et les fleurs qui sont devant moi toutes desséchées qu'elles soient, conservent une odeur enivrante.
Tu témoignes des craintes et tu les exprimes d'un ton déchirant pour mon coeur. Hélas, je suis sûr maintenant de ce que je jurai car tes baisers n'ont rien changé.
Je suis changé.
Je t'aime à la folie."

À la mort de Madame de Berny, Balzac désemparé écrivait :

« La personne que j’ai perdue était plus qu’une mère, plus qu’une amie, plus que toute créature peut être pour une autre (…). Elle m’avait soutenu de parole, d’action, de dévouement pendant les grands orages. Si je vis, c’est par elle. Elle était tout pour moi. »


Honoré de Balzac (1799-1850)
Maxime DASTUGUE
(Cette reproduction est médiocre)
Pour une meilleure qualité voir ci-dessous :

"Rodin eut-il connaissance de ce portrait quand il commença à concevoir la statue de Balzac, qui allait l’amener à de longues recherches et qui, bien qu’inachevée, fut cependant fondue en bronze et orne aujourd’hui le boulevard Raspail à Paris ?"
Balzac écrivait la nuit, emmitouflé dans sa robe de chambre, buvant café sur café pour soutenir son inspiration.


Le Balzac de Rodin

mercredi 28 avril 2010

Quelques réflexions à bâtons rompus


En faisant une recherche sur Rodin, j'ai découvert ce livre de Philippe Sollers sur les Dessins érotiques de Rodin.

Qu'y a-t-il sur vos murs?
"Presque rien. Un dessin de Rodin, un petit nu ; un magnifique rouleau que j’ai trouvé dans un coin à Pékin - de la calligraphie. Elle représente mon idéal, le paysage avec l’écriture, le tableau en même temps que le poème. C’est magnifique de ne pas accepter la dislocation entre d’un côté ce qu’il y a à voir et de l’autre ce qu’il y a à dire. C’est la même chose."

Je redécouvrais également lors de cette recherche les dessins de Matisse et leur correspondance chez Rodin, que ce soit dans les sculptures ou les dessins, la comparaison ne laisse de surprendre. Les artistes ont souvent été inspirés par des maîtres; je retrouve aussi le dessin ci-dessous de François Matton, un contemporain, qui, par le mouvement, autorise également la comparaison, le rapprochement.
Rodin, Femme nue aux longs cheveux renversée en arrière, vers 1900


Matisse, Grand Acrobate, pinceau et encre de chine. 1952.




François Matton, fusain, dessin.

J'aime quand dans l'érotisme d'un tableau, d'une photo, la lecture vient s'insérer; cela donne une spiritualité sensuelle à laquelle je suis très sensible.

 Antoine Wiertz, La liseuse de romans, huile sur toile. 1853.




Willy Ronis, Estelle, Paris. 1999

dimanche 22 novembre 2009

Musée gratis le dimanche

Torse n°I, pointe sèche, François Béalu

Je suis belle, Auguste Rodin


François Béalu est exposé au Musée des Beaux-Arts. Il est né dans le Loiret en 1932, ouvre à Paris une librairie spécialisée dans la littérature fantastique en 1960, La Mandragore. A partir de 1971, il vit et travaille en Bretagne, dans les Côtes d'Armor.

"Ses recherches multiples sur la ligne et les matières l'amènent à exploiter plusieurs techniques de dessin au crayon et à l'aquarelle. Pour la gravure, il utilise la pointe sèche à l'aide d'une écriture vive et légère qui s'oppose aux masses sombres souvent traitées à l'aquatinte."

Je n'ai pas été vraiment séduite. Je me suis arrêtée devant un triptyque de trois Torses et me suis attardée sur le premier. Il me semblait avoir déjà vu quelque part ce dessin. Mais oui, il s'est inspiré d'un Maître! Auguste Rodin : Je suis belle.

J'ai poursuivi ma visite pour revoir la salle réservée à la peinture du XXè siècle (exposition permanente). Quelle tristesse! Pas de mise en valeur des toiles, pas d'affichage
Quatre ou cinq peintres représentés par une oeuvre et pas la meilleure : deux Bazaine, deux Tal Coat (que pourtant j'aime beaucoup), le beau petit Fautrier n'y était plus. Mais quand est-ce que le conservateur de ce Musée va décider ses financiers à investir dans des achats d'artistes du XXè siècle? Il faut dire que les visiteurs dans cette province ne sont séduits que par le figuratif, quand ce n'est pas seulement par l'école de Pont Aven! et ce n'est pas l'accrochage actuel qui va les amener à regarder attentivement la peinture contemporaine.

samedi 26 septembre 2009

La porte de L'enfer

Auguste Rodin se reflète devant la porte de L'Enfer

Détails


La voix intérieure



La porte de L'Enfer est inspirée de la Divine Comédie de Dante dont Auguste Rodin était un grand admirateur. Il a écarté les deux tiers du poème de Dante pour ne s'intéresser qu'à la partie la plus sombre, L'Enfer.

Ayant redécouvert récemment cette oeuvre au Musée Rodin, sans bien la comprendre, je m'attarde aujourd'hui en recherches sur sa signification.

On y retrouve Le Penseur qui n'est autre que Dante lui-même, La Douleur, Je suis belle.
Ugolin et le nouveau Paolo et Francesca, plus conformes au texte de Dante, ont désormais remplacé Le Baiser.
Il avait pris l'habitude de supprimer de ses oeuvres tout ce qui paraissait superflu, et ainsi qu'il venait de le faire pour La Voix intérieure, sans bras, il avait pris le parti de retirer de sa Porte tout ce qui la rendait trop immédiatement compréhensible.

Je ne peux aller à Paris sans aller au Musée Rodin et au Jardin du Luxembourg. Ce sont mes promenades favorites et pourtant je ne me suis jamais penchée vraiment sur leur histoire. Leur beauté suffit à me combler. Pourtant, une connaissance plus appronfondie aide à mieux comprendre ce que les artistes ont mis de leur fureur dans leurs oeuvres.

Aujourd'hui j'aimerai voir La porte du Paradis de Lorenzo Ghiberti à Florence, pour éclabousser d'or mes pensées si sombres. Le soleil n'y suffit plus et j'ai perdu la clef de mon paradis.