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vendredi 3 février 2017

Il aurait pu dire : parce que c'était lui, parce que c'était moi





Je reviens donc sur ce Caravaggio (1986) de Derek Jarman que j'ai trouvé superbe d'un point de vue pictural, une suite de tableaux extraordinaires sur l'écran, la peinture en clair-obscur et "la vie passionnée du peintre lombard Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit "Caravage" ou "Le Caravage" (1569-1609), protégé du Cardinal del Monte.
Jarman s'intéresse au triangle amoureux entre Caravage, Lena et Ranuccio.
Le film a reçu un Ours d'argent pour sa conception visuelle lors de la Berlinale en 1986.

Dans le coffret DVD (qui contient également un autre film de Derek Jarman, Wittgenstein et, c'est d'ailleurs ce titre qui avait attiré mon attention, étant depuis longtemps intéressée par ce philosophe (Ludwig) que j'avais eu envie de découvrir après avoir lu Le Neveu de Wittgenstein de Thomas Bernhard (ce "neveu" étant en fait Paul, le frère de Ludwig))....
(Sur ces deux films, lire critikat, un condensé bien mieux résumé que le bla-bla-bla que je pourrais en dire... et que je vais dire. Tsss!)
 ... dans ce coffret donc,  il y a un petit livret avec une interview exclusive de Derek Jarman. Quelques extraits :

"Tout a commencé en 1978, au cours d'une projection privée, lorsqu'on m'a demandé si tourner un film sur Caravage m'intéresserait. Je n'avais pas de notions très étendues sur ce sujet si bien que Nicolas Ward-Jackson, le marchand d'art, producteur du film, m'a envoyé quelques livres le jour suivant et passé commande du scénario. Je suis allé deux mois à Rome [...] et j'ai écrit le tout premier scénario de Caravaggio. A compter de ce moment-là, les versions se sont succédées [17 au total], envisageant toutes les directions possibles."
[...]
"Lorsque j'ai eu l'idée de ce film, très peu de gens savaient qui était Caravage. Pour ma part, je connaissais son nom, je pouvais aussi lui associer quelques œuvres, mais je ne savais rien de sa vie lorsque je me suis lancé dans cette entreprise. [...]
Aujourd'hui [en 1985], tout le monde connaît Caravage, en a entendu parler et songe (du moins je l'espère) à aller faire un pèlerinage esthétique à Rome pour contempler sa peinture. Je l'espère, dis-je, car son œuvre picturale est tout à fait extraordinaire et admirable, ce dont on ne se rend pas vraiment compte lorsqu'on n'a sous ses yeux que des photographies de ses peintures. (...) Il ne s'agissait pas pour moi de filmer une biographie fidèle de Caravage, de faire un documentaire. Il s'agissait de mettre en valeur, de reproduire des éléments reflétant sa/ma vie et ses/mes propres expériences, et de les mettre au premier plan. (...) J'ai montré Caravage comme faisant partie de la haute société. Il s'exprime dans la vie privée d'une manière toujours très polie. Je n'ai pas voulu en faire un rebelle. Mon Caravage doute de lui-même et de son œuvre. Et je l'ai fait en connaissance de cause, car cela reflète probablement ma propre situation. (...) La vie tourmentée du Caravage aurait pu être un bon prétexte pour réaliser un film plein de fureur. Le Caravage a été honni par la presse à scandale de l'époque parce qu'on le considérait comme un meurtrier, comme un homme monstrueux. [...] Dans ce contexte, ses peintures ne sont pas aussi violentes qu'on a bien pu le dire. Elles sont même paisibles. Ce mythe d'un Caravage voyou et impétueux dont les peintures seraient sanglantes trouve écho dans la façon arbitraire dont les censeurs voient mon œuvre. Caravaggio a été interdit aux moins de 18 ans parce-qu'il-est-réalisé-par-Derek-Jarman."

"La sexualité de Caravage, bien sûr, est affaire de supposition, mais je pense qu'il ressort de toute évidence de ses œuvres qu'il était homosexuel. Il se peut que les licences que notre récit prend avec l'histoire du personnage de Tomasoni relèvent du mythe. Pourtant, je pense qu'il est possible de tirer de ce mythe une leçon, même si c'est une leçon fragile issue de mon propre travail.
Caravage a signé sa Décapitation [Décollation] de Saint Jean, sa seule toile signée connue, à l'endroit précis du tableau où coule du sang. Sur le plan émotionnel, c'est un choix d'une incroyable puissance. Cette signature n'a d'ailleurs été découverte qu'à l'occasion de la restauration du tableau."






Derek Jarman, le cinéaste, metteur en scène, réalisateur, a choisi pour interpréter le Caravage, Nigel Terry (1945-2015) qui ressemble il est vrai au portrait de Caravage, que j'ai reproduit dans mon précédent billet




Nigel Terry, Michelangelo Merisi, dit Caravage

Nigel Terry, décédé en avril 2015 est surtout connu pour son rôle dans Excalibur : le Roi Arthur. Lors de mes recherches, je n'ai guère trouvé d'articles sur cet acteur faisant mention de sa magnifique interprétation dans celui de Caravage. Ceci pourtant, dans Le Figaro, après sa mort:
"En 1986, il joue le génial et fantasque peintre Michelangelo Merisi da Caravaggio dit Le Caravage dans le film Caravaggio de Jerek Jarman. En 1991, toujours sous la direction du même réalisateur, il campe Le baron Mortimer, l'amant de la Louve de France, la reine Isabelle d'Angleterre et fille de Philippe le Bel dans Edward II. On le retrouve en 1992, au côté de Marlon Brando et Catherine Zeta-Jones dans Christophe Colomb : la Découverte de John Glen"

Le Figaro écrit Jerek Jarman au lieu de Derek Jarman et, je ne vous dis pas les erreurs de dates, de noms que j'ai pu noter sur différents sites au cours de mes recherches. Il faut vraiment vérifier ses sources. Peu d'articles également sur ce film qui n'est même pas toujours mentionné dans la filmographie des acteurs-interprètes.

A propos du choix des acteurs, ce qu'en dit Derek Jarman :

"J'ai toujours pensé que Nigel Terry ressemblait étrangement à Caravage. Mais ce n'est pas parce qu'il lui ressemblait que je l'ai d'abord choisi. C'était juste une raison de plus. J'ai choisi les autres acteurs à mesure qu'ils venaient me rendre visite. [...] J'ai choisi les gens qui me semblaient avoir une sorte d'indépendance, qui exprimaient un sentiment d'insatisfaction vis-à-vis de leur carrière théâtrale, et qui avaient des idées bien arrêtées et tranchées sur leur situation en dehors du monde du théâtre. J'ai aussi sélectionné des gens qui avaient des visages fascinants."
(Textes extraits d'un entretien réalisé au National Film Theatre en 1985 quelques jours avant la sortie du film en salles en Angleterre).



Dexter Fletcher , Caravage jeune
 




Sean Bean, Ranuccio Tomasoni

"Shaun Mark Bean, plus connu sous le nom de Sean Bean, est un acteur britannique de cinéma et de télévision, né le à Sheffield, au Royaume-Uni. Après avoir été diplômé de la Royal Academy of Dramatic Art, il fait en 1983 ses débuts professionnels au théâtre avec Roméo et Juliette."



Spencer Leigh, Jerusaleme sourd-muet qui restera 
le fidèle compagnon de son maître Caravage, qu'il vénère.

L'actrice Tida Swinton (née en 1960) est magnifique. Elle avait 23 ans lors du tournage, commencé en 1983. 


Nigel Terry et Tina Swindon, Lena

Dans le bonus du DVD,  (sorti en 2007) elle parle du film, du tournage et, du charisme de Derek Jarman. Selon Tida Swinton, les films de Derek "racontent une même histoire, la sienne".






"Tilda Swinton a étudié à la West Heath Girls' School [...]. Diplômée de l'Université de Cambridge en sciences politiques et sociales, elle intègre la Royal Shakespeare Company en 1984, qui la lance sur la scène théâtrale."
En bonus également une interview, passionnante, du décorateur Christopher Hobbs qui explique qu'il aura fallu sept ans pour mener à bien le projet de ce film, réalisé en studio, le budget étant trop limité pour le tourner en Italie. Nicholas Ward-Jackson (le marchand d'art et producteur du film) a tenté quelques contacts pour tourner dans de grands palaces italiens, sans succès, cela dépassait leur budget.. Il a fallu à Jarman une ingéniosité extraordinaire, un travail immense pour faire ce film, en studio.

Quelques captures du film Caravaggio ci-dessous
qui m'ont rappelé quelques souvenirs (*_*)




(L'abstraction dans le détail de la figuration...)



La scène finale du film représente une des œuvres majeures 
de Caravage et se trouve au Musée du Vatican :

Déposition de Croix

(Scène du film ci-dessous)


L’œuvre originale, pas de photo ici, reproduction interdite, 
à voir sur le site du Musée du Vatican.


Michelangelo Merisi, dit Le Caravage (Caravaggio), 
 (Milan 1571 - Porto Ercole 1610) Déposition de Croix, 1600-1604 environ
Huile sur toile, cm 300 x 203
Inv. 40386

Petite vidéo de quelques scènes du film capturées sur mon écran





Conclusion : 

Un coffret réunissant deux des films les plus aboutis du cinéaste anglais Derek Jarman, Caravaggio et Wittgenstein, en DVD dans la collection J’aime le cinéma! agnès b. de l’éditeur Cinemalta, qui a pour vocation de rendre visibles des films introuvables ou méconnus. À ce titre a déjà été publié un coffret renfermant deux films de Cassavetes, Love Streams et A Child Is Waiting
(Source critikat, avril 2006)
On devrait trouver ce coffret dans les bonnes médiathèques...

J'avais bien sûr entendu parler de Caravage et du  Caravagisme caractérisé par le clair-obscur. Je ne suis pas sûre d'avoir appris beaucoup de choses sur la vie de Michelangelo Merisi, dit Caravage bien que ce film soit un "Biopic". Qu'importe, il m'a donné l'envie d'en savoir plus et sur le peintre et sur Derek Jarman. C'est un beau film dont l'intérêt va au-delà de la représentation picturale avec une mise en scène magnifique et surtout, j'ai découvert Jarman,  un homme gai, gay et tourmenté (j'ai fait de nombreuses recherches sur sa vie), brillant, comme un diamant... Aujourd'hui, ce diamant est une étoile dans le ciel...

"Les étoiles sont les diamants du pauvre. Les riches cachent leurs diamants dans leurs caves, confus de les comparer aux richesses du Bon Dieu qui scintillent aux cieux." (Dixit une vieille femme dans Caravaggio. Traduction française).

Sur Derek Jarman, lire aussi dans Libération : L’Émoi bleu.
 

© Iconic IMages/Terry O’Neill

Derek Jarman photographié par Terry O'Neill

Derek Jarman (1942-1994) (aurait eu 75 ans le 31 janvier 2017).

Je réitère, avec Françoise Giroud :

 "C'est épatant, les artistes. Ils sont fous, mais pas vraiment comme tout le monde. J'ai un faible pour eux."

(Toutes mes photos sont des captures d'écran du film Caravaggio, sauf reproductions de tableaux). 

dimanche 7 août 2016

Nicolas de Crécy

Dimanche 7 août.

Le 7 août fut donc ma dernière visite au Centre d'Art Contemporain - qui fermera ses portes définitivement (par manque de subventions) le 31 août 2016 - pour voir l'exposition consacrée à Nicolas de Crécy

Comme d'habitude quand je viens au QUARTIER, je prends connaissance de la brochure pour suivre le cheminement proposé pour la visite  (et comprendre quand c'est trop hermétique, ce qui n'était pas le cas, je n'étais pas réceptive à tout par manque de connaissance mais j'ai pu apprécier quelques dessins, gravures) .

"Depuis 1990, Nicolas de Crécy a construit un univers à la fois étrange et poétique à l'humour absurde et souvent acerbe*. Dans ses livres nourris par le surréalisme et la mélancolie, il détourne les codes narratifs de la bande dessinée en explorant différents genres et techniques, tout en réalisant en parallèles des œuvres en peinture, sculpture ou gravure."
*(il n'est que de regarder l'affiche de l'exposition et l'on devine cet humour exacerbé!)

L'exposition au Quartier était conçue en deux parties. La première proposait un parcours rétrospectif présentant une sélection de travaux en lien avec ses bandes dessinées. Ses différents dessins : illustrations, couvertures, planches colorées, encres de grand format... La brochure de l'exposition est assez explicite et détaillée, je ne vais pas la recopier à lire donc sur le lien ci-dessus "affiche de l'exposition". Je ne suis pas du tout experte aux techniques de la bande dessinée. J'ai pour ma part apprécié nombre de dessins au fusain, en grand format.  

Quelques (mauvaises) photos prises lors de ma visite


Le Déjeuner sur l'herbe, 2016

"Ce dessin de grand format met en scène une situation étrange qui associe les différents éléments et techniques qui composent le style de Nicolas de Crécy. En rendant visibles ses hésitations, ses inspiration, ses modifications de perspectives et d'échelle, mais également l'emploi particulier de la couleur, cette œuvre concentre les expériences d'une pratique qui échappe aux procédés habituels d'une planche de dessin".



 (J'ai omis de noter les références à ce dessin dont j'aimais les fenêtres de la salle d'exposition se reflétant sur le verre du cadre avec cette inscription qui reflétait (si j'ose dire encore) l'état d'esprit du Quartier qui allait disparaître : LA FÊTE EST FINIE).




Léon la Came
"Cette série, écrite par Sylvain Chomet, qui fait découvrir sur plus de 300 pages, l'histoire familiale d'une entreprise ultralibéral fondée par un patron communiste, Léon, devenu adepte centenaire de marijuana, a été publié en épisodes dans la revue (A Suivre) entre 1993 et 1996." 



Là, je laisse mon imagination délirer, je vois des Pokemons (0_0)
Il y en partout - paraît-il - dans mon Quartier!



Vernissage à Trieste, 2014

Encre de Chine, aquarelle et acrylique sur papier



Les Carnets de Gordon McGuffin, 2009

William Faulkner
Encre de Chine sur papier

J'ai été particulièrement intéressée par la seconde partie de l'exposition intitulée LE MANCHOT MÉLOMANE qui s'inspirait de la vie de Paul Wittgenstein (1887-1961), pianiste virtuose que la Première Guerre mondiale a amputé de sa main droite. Fils d'un industriel viennois et frère du célèbre philosophe Ludwig Wittgenstein. (Je me souvenais d'une lecture en 2011 du Neveu de Wittgenstein de Thomas Bernard)

(Il faudra que j'en reparle, là ma tendinite m'impose l'arrêt, en attendant, quelques photos, étranges pour certaines - le piano. Toutes ces photos demandent des explications, j'y reviendrai).


Quelques explications tout de même, tirées de la brochure de l'exposition : 

Le manchot mélomane
Le manchot, ce petit animal joueur d'un étrange piano-véhicule, se trouve relié par une association d'idées, à l'histoire d'un personnage à l'existence bien réelle, celle du célèbre pianiste Paul Wittgenstein qui, amputé de la main droite pendant la première Guerre mondiale, continue pourtant la pratique de concertiste après la guerre. L'association de ces deux personnages dans un jeu de double signification a fait émerger la représentation de la main comme l'outil d'un savoir-faire, d'une dextérité et parfois d'une virtuosité. Elle constitue le fil conducteur d'une narration qui nous plonge au coeur de la pratique du dessin et de celle de la musique, tout en retraçant l'histoire de deux frères Wittgenstein : leurs doute, obstination, exigence et radicalité dans le dépassement de leurs limites - celle de la diminution physique de Paul et celles du langage décrit par Ludwig.
Le visiteur entre dans un univers imaginé par Nicolas de Crécy comme une bande dessinée mise en espace. On y trouve les objets aperçus auparavant dans les dessins, mais matérialisés cette fois-ci en volume. Des portraits et des paysages à l'huile, des fusains sur des formats et supports divers, des gravures et des aquarelles qui côtoient des exemplaires du Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein mis à la disposition du visiteur.
Ces oeuvres partagent l'espace avec les textes, dans une composition qui renvoie à la fois à l'organisation spatiale des cases d'une planche de dessin et à celle d'un musée personnel en hommage aux deux frères."


 Ludwig Wittgenstein


 

(Cliquer pour agrandir puis clic droit "afficher l'image" pour lire)



Instrument de musique avec moteur somato-sensoriel



Les Alpes Autrichiennes, Fusain
Tractatus pour piano 

 


Explosion d'obus, Fusain
(Superbe dessin) 



 En octobre 1930, Paul Wittgenstein commande une œuvre à Serge Prokofiev pour une somme particulièrement élevée (lire ci-dessus)



samedi 26 novembre 2011

De, l'ordinaire

Chaque jour les mêmes gestes, les mêmes instants, les mêmes vides, les mêmes silences, les mêmes radios, les mêmes occupations, ce quotidien fait de petites choses très ordinaires. En prenant mon petit café de onze heures, assise dans mon canapé, comme chaque matin le regard un peu vague vers la fenêtre, je me disais : si quelqu'un filmait ma vie (ce serait un film muet) que ressentirait le spectateur : Peur? Stupeur? Envie? Pitié? Tout cela sans doute... que je ressens moi-même.  J'étais là dans ces réflexions sur mon quotidien et l'ordinaire de ma vie, influencée par les émissions écoutées cette semaine dans les NCC, dont le thème était :
L'inquiétante étrangeté de l'ordinaire et plus précisément, dans la première émission, il était question du langage ordinaire.

"Comment expliquer le fait que les hommes soient d’abord séduits par ce qui sort du commun, le singulier, l’inattendu, l’extraordinaire. Ils rêvent de grandiose, de sublime, d’originalité. Ils admirent les supers héros, vénèrent les grands hommes, se cherchent un Dieu. Ce qu’ils nomment divertissement se résume bien souvent à une quête d’expériences qui les délivrent de leur condition d’ordinaire, d’être humain. Blaise Pascal voit dans le divertissement une façon de se détourner de la mort. Mais se divertir est aussi un moyen de donner un sens à l’existence, une raison de continuer jour après jour à faire quelque chose de sa vie. Or, si c’est cela qui est en jeu, si ce que cherche l’homme par-dessus tout, c’est d’accepter sa condition d’être humain, de se réconcilier avec l’existence au quotidien ; alors la meilleure voie à explorer n’est-elle pas, en lieu et place du fantasme de l’extraordinaire, la réconciliation avec l’ordinaire ?"

"L'ordinaire, ou cette partie de notre vie que nous connaissons si peu, cette dimension de nous-mêmes qui ne nous intéresse pas, or quand on s’y arrête, quand on prend le temps d’y réfléchir, on comprend que l’ordinaire est loin d’être connu et familier, précisément parce que l’on n’y pense pas, nous est inconnu, étranger, inquiétant même. »

Le texte ci-dessous, lu au cours de l'émission de lundi dernier, correspondait étrangement à mes interrogations, récurrentes :

"Il ne saurait y avoir rien de plus merveilleux que de voir un homme dans l’une quelconque de ses activités quotidiennes les plus simples lorsqu’il croit ne pas être observé.
Imaginons un théâtre : le rideau se lèverait et on verrait un homme, seul dans sa chambre, allant et venant, allumant une cigarette, s’asseyant etc. de telle sorte que nous verrions soudainement un homme, du dehors, comme nous ne pouvons jamais nous voir nous-mêmes. C’est à peu près comme si nous voyions de nos yeux un chapitre d’une biographie, cela devrait être à la fois effrayant et magnifique, plus magnifique que tout ce qu’un poète peut faire jouer ou faire dire sur la scène, c’est la vie même que nous verrions.
Mais c’est ce que nous voyons tous les jours et cela ne nous fait pas la moindre impression."


Photos du jour.