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dimanche 19 mai 2019

NON, MERCI !

  [...] se changer en bouffon
Dans l'espoir vil de voir, aux lèvres d'un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci !

[...]

Mais. . .chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre...

[...]

NE PAS MONTER BIEN HAUT, PEUT-ÊTRE,
MAIS TOUT SEUL.




Deux minutes dix-sept secondes jubilatoires. 


J'essayais ce matin de trouver quelque chose qui m'apaiserait (merci Cyrano) après avoir entendu à la radio cette information, révoltante, quand on sait que Vincent Lambert, patient tétraplégique, est en état végétatif depuis plus de dix ans :

"Les parents de Vincent Lambert, eux-même catholiques pratiquants, bénéficient en outre du soutien de la Conférence des évêques de France (CEF). Celle-ci s’est dite étonnée ce samedi de la «précipitation» à conduire «vers la mort» Vincent Lambert. «Pourquoi cette précipitation pour le conduire vers la mort?» écrit dans un communiqué le groupe bioéthique de la CEF, déplorant que le gouvernement veuille passer outre l’avis du Comité international des droits des personnes handicapées de l’ONU."
Finir sa vie comme Vincent Lambert, NON, MERCI !
Les parents de Vincent Lambert sont des fanatiques, des fanatiques du catholicisme. Nous vivons au XXIe siècle en France  sans aucune évolution sur les problèmes de la fin de vie, de l'euthanasie, de la mort volontaire assistée. 
Finir dans un Ehpad, NON, MERCI !
Rideau, retournons écouter Cyrano.

samedi 9 juillet 2016

Le spleen comme une grâce


Entretien avec Olivier Py par Alexandre Demidoff (extraits).

A quoi sert le théâtre?
A changer les hommes. Quand on ne peut pas changer le monde, on change les hommes. Et peut-être qu’ils changeront le monde. J’ai été changé par le théâtre. Je travaille avec des détenus. L’un d’entre eux, qui s’en est sorti, s’est inscrit au conservatoire. Le théâtre lave les âmes.
 
Dire comme vous le faites que c’est l’art du XXIe siècle, n’est-ce pas un vœu pieux?
C’est l’art du XXIe siècle à cause de la présence réelle des acteurs, celle que n’offrent pas les jeux vidéo, les réalités virtuelles. Vous remarquerez que les arts plastiques ont tendance à se théâtraliser. Même s’ils s’en défendent. Le théâtre a toujours été vilipendé, c’est pour ça qu’il est magnifique. C’est l’art du XXIe siècle aussi parce qu’il n’est pas rentable. 
 
Vous avez souvent travaillé à Genève, au Grand Théâtre notamment. Vous y monterez en septembre Manon de Jules Massenet avec la chanteuse Patricia Petibon. Qu’est-ce que cette ville vous inspire?
C’est l’Europe rêvée. Tout le monde y parle toutes les langues. Les Français disent parfois que les Suisses sont lents : or ce qu’ils appellent lenteur est de la considération, le souci de l’autre. Quand je retourne en France, j’ai l’impression de rentrer chez les barbares.
[...] 

Votre chasse-spleen préféré? 
J’accueille le spleen comme une grâce. Le mot est tellement doux. Je me retrouve dans la tristesse qui me lave de beaucoup de vanités.

vendredi 3 juin 2016

"Une intellectuelle provocatrice, une amoureuse, une démente. Une femme tragique"





Une pièce de théâtre de Jean-Luc Seigle 
au  Lucernaire jusqu'au 25 juin 2016. 

J'écoutais ce matin dans La Fabrique de l'Histoire, Histoire et Fiction, parler de Dorothy Parker, cette femme que j'avais rapidement évoqué ici et, décidément, je la trouvais follement fascinante... Elle était extrêmement lucide. Il fallait qu'on l'aime, avec tous ses défauts. Sa fin ne pouvait être que tragique.

"Elle meurt seule dans une chambre d'hôtel avec son chien et une bouteille d'alcool à l'âge de soixante-treize ans." ... et un sac plastique sur la tête (précision dans l'émission de ce matin).
"Elle légua ses biens au mouvement de Martin Luther King, la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People).

Prince (mort récemment d'une overdose d'antalgiques caféinés) lui avait rendu un hommage en 1987 en écrivant The Ballad of Dorothy Parker (Pour ceux qui comprennent l'anglais, à partir de la minute 7:45). 

dimanche 24 mai 2015

L'acteur habite un personnage, le comédien est habité par lui



Je me suis souvent demandé si tel ou tel était acteur ou comédien. J'ai toujours cru qu'un acteur faisait du cinéma et un comédien du théâtre. Mais il semble que l'on puisse être acteur de théâtre et comédien de cinéma. J'ai toujours pensé qu'il était plus difficile d'être comédien de théâtre qu'acteur de cinéma, que si l'on était capable de faire du théâtre il allait de soi qu'on était capable de faire du cinéma alors que l'inverse était moins évident : l'acteur de cinéma - à part quelques exceptions - n'est pas capable de faire du théâtre. La nuance est plus subtile...
Jean-Laurent Cochet  dans un entretien avec Charles Sigel nous donne ses définitions :

Charles Sigel.- Vous avez fait le distinguo acteur/comédien Jean-Laurent Cochet. La différence traditionnelle c’est que le comédien sait s’effacer, l’acteur reste lui-même c’est ça ?

Jean-Laurent Cochet. - Exactement. En gros c’est ça, l’acteur c’est celui qui montre ce qu’il fait, il démontre, il a une façon de jouer qui dépasse très souvent la nécessité du caractère ou de la situation ; il vous dit : regardez comme je le fais bien. Quand il a des qualités de base, c’est déjà pas mal ; mais ça peut sombrer aussi très vite dans des choses de mauvais aloi.
Parce que le comédien, ben oui, c’est celui dont on ne voit plus comment c’est fait. Il joue tellement bien la comédie qu’on ne sait plus comment c’est fait. Je cite souvent – ne serait-ce que pour prendre les choses au plus haut niveau – et je pense que je suis compris dans ces cas-là et que les deux personnes que je cite, on comprend que je les aime différemment, pour moi dans un même emploi : l’acteur, celui qui fait très bien les choses et qui montre un peu comment il aimerait qu’on réagisse, qui en rajoute souvent un peu, qui est quelquefois plus qu’abondant, qui souligne les choses, c’est Raimu. Et puis, le très grand comédien, qui peut jouer d’autre part tous les emplois  - et chaque fois on se dit il est celui-là! c’est lui! - c’est Harry Baur.
Et des parallèles comme ça on peut en faire à peu près dans tous les emplois. [...] acteur n’est pas forcément complètement péjoratif, loin de là mais, ça reste un petit peu démonstratif, ça reste un petit peu explicatif.

C. Sigel. - Tous les deux apportent, que ce soit Raimu et Harry Baur, un poids d’humanité. C’est ça aussi.

J-L Cochet.- Bien sûr.

Les discussions sur ce sujet restent tout de même assez floues.

Louis Jouvet écrivait pour sa part « L’acteur ne peut jouer que certains rôles ; il déforme les autres selon sa personnalité. Le comédien, lui, peut jouer tous les rôles. L’acteur habite un personnage, le comédien est habité par lui. » (Réflexions du comédien, 1938).
Cette définition me paraît claire.

jeudi 18 décembre 2014

"Je ferme les yeux. La nuit tombe."... j'entends Oum Kalsoum


Lu ce texte sur le site La Revue des Ressources.


Le Nil coule à Bruxelles par Mohamed Kacimi

Je viens de débarquer à Bruxelles. J’aime Bruxelles car la ville à mes yeux a la beauté d’un Paris qu’on aurait vidé des Parisiens. Aujourd’hui sortant à la Gare du Midi j’ai pris le métro et là j’ai été frappé par l’ambiance extraordinairement exotique qui y régnait, un mélange de Casamance et de Rif, partout des jeunes filles voilées et des femmes drapées, des grands mères tchadorisées, des enfants, par grappes, pleurant, tétant, riant ou rotant. Il y régnait, selon l’expression des touristes français, une ambiance de souk, avec les parfums, les épices, les odeurs. Ah l’Orient en rut entre le Parvis de Saint Gilles et les Etangs noirs. Absorbé, fasciné par ce spectacle, je me suis cru au Caire et je n’ai pas de place ici pour dire l’amour que j’ai pour le Caire. Arrivé à Sainte Catherine, j’étais tellement convaincu d’être au Caire pour de vrai que j’ai arrêté un taxi et en prenant place j’ai dit au chauffeur dans un arabe classique parfait :

– La mosquée Al Hussein face au Khan Khalili s’il vous plait et que Dieu illumine votre visage.
Et le chauffeur, un flamand natif de Kloosterzande me répond dans un égyptien irréprochable :
Alla rassi, ya Bacha, alla ayni. Bas toumour (ce qui veut dire : « Je vous porterai sur ma tête, sur mes yeux, Ô Pacha, il vous suffit de me commander. ») — Je ferme les yeux. La nuit tombe. Les enceintes diffusent la voix de la diva Oum Kalsoum qui me susurre :
« Ne me quitte pas, il faut oublier, oublier le temps des malentendus et le temps perdu à savoir comment oublier ces heures qui tuaient parfois à coups de pourquoi le cœur du bonheur. »


M. K.


Envie de souk
de promenade en felouque.
Envie d’odeurs piquantes
d’épices enivrantes.
Envie de couleurs chatoyantes
de terre ocre, de soleil brûlant.
Envie d’un thé à la menthe sirupeux
au café El-Fishawi...

Envie de revoir le Nil... Un petit tour à Bruxelles?

  (Photo supprimée par l'auteur. Tsss!)

(Photo remise le 19.12. 2017. Tsss!)

 Le Caire : toi et moi en felouque, mars 1980.

mardi 22 avril 2014

S'enrichir gratuitement : une valeur inestimable


 
Mathieu Amalric et Antoine Jaccoud au Centre culturel suisse de Paris 
en novembre 2013. [DR]

"C'est sur la scène du Centre Culturel Suisse de Paris, en novembre 2013, que Mathieu Amalric a lu en public des textes de l'écrivain lausannois Antoine Jaccoud.

Mathieu Amalric et Antoine Jaccoud se sont rencontrés sur le plateau de "L'amour est un crime parfait", de Jean-Marie et Arnaud Larrieu.

L'acteur [...] a découvert que le scénariste des films d'Ursula Meier, "Home" ou "L'enfant d'en Haut", était aussi l'auteur d'une œuvre littéraire et théâtrale intime, touchante, drôle, merveilleusement écrite pour être dite.

Au Centre Culturel Suisse de Paris, Mathieu Amalric a choisi de lire quelques textes ou extraits de textes d'Antoine Jaccoud, écrits pour le théâtre ou la radio. Parmi ceux-ci, "Je suis le mari de Lolo", hommage ému, troublant et troublé, d'un petit homme solitaire à une star du porno."

A écouter ici (pour ceux qui ont encore l'envie de voler une heure de leur temps à des textes lus et sublimés par un acteur remarquable). Ce ne sera pas une heure perdue et c'est gratuit!

lundi 3 février 2014

Les Bretons de l'est

 

Fictions/ La Vie moderne

Episode 1

"- Ça va vous ?
- Trop aimable, merci.
- Je suis votre voisin du dessus, vous me remettez ?
- Comment donc, allons...
- Vous avez une seconde ?
- Absolument.
- Ce ne sera pas long.
- Je vous en prie.
- Vous êtes juif ?
- Pardon ?
- J'ai vu ça sur Internet.
- Ah, si c'est sur Internet, alors, oui, oui.
- J'aimerais savoir ce que c'est.
- Ce que c'est ?
- Oui, c'est quoi au juste ?
- Quoi donc ?
- Juif. (...) J'entends partout "juif, juif, juif", et je ne sais toujours pas ce que c'est, et comme il se trouve que nous sommes voisins... (...) Je me suis dit comme ça, entre voisins...
- Oui ?
- Vous pourriez peut-être me mettre au parfum ?
[...]
[...]
[...]
- Ma femme est de Quimper et mon grand-père maternel est né à Brest. Brest-Litovsk. Je suis, nous sommes, des bretons de l'est.
[...]
- Est juif celui qui ne nie pas qu'il l'est quand il l'est." (0_0) 

Pour la suite de la conversation, écouter... (ça ne dure que 7 minutes et c'est bien mieux avec le son!).
"Version brève et radiophonique de "Pour en finir avec la question juive" de Jean-Claude Grumberg, publié aux éditions Actes Sud, 2013."

(Dans quelle rubrique vais-je mettre ce billet! Racisme? Humour?)

vendredi 16 août 2013

Il faut avec les mots de tout le monde écrire comme personne (Colette)



Ma chère aimée. Il est minuit et demi. Je suis lavée, et ma malle est défaite. L'hôtel est affreux; antique, des alcôves. Mais on a enlevé les portes d'alcôves et mis des radiateurs, et les gens ont l'air charmants. C'est patriarcal, démodé, tranquille, six francs; il est donc probable que j'y resterai. Je t'écris tout de suite, pour me rapprocher un peu de toi, je viens de donner une dépêche qui partira le matin de bonne heure. La répétition est à 10 heures du matin, on arrête à midi et on reprend à 2 heures. Ça promet! je m'en fiche. J'aime mieux être fatiguée, le temps paraît moins long. Ma chérie!!! Je ne veux plus m'en aller comme ça! Ton faux enfant puni se lamente en dedans. Et je vais acheter une lampe à pétrole demain pour écrire, l'électricité est trop haute.
Dis à Willy, mon amour, deux choses :
1° Que Maurice Boutry m'a payé à dîner à Dijon.
2° Que je suis arrivée au Globe en même temps qu’Émilienne de Serres, la sœur de Louis. Ça lui peindra tout de suite le genre de l'hôtel. 
J'ajoute pour toi, mon chéri, que Maurice Boutry est un cousin éloigné de Willy.
Je me couche. Je t'embrasse. Je pense avec une amertume insupportable à notre joli chez-nous, à ta chambre bleu et argent, à ma chambre rose, à la lumière blanche et grise, à ta chère figure, et alors... mais je me retiens.
Je t’aime. Je te suis, jusqu'au fond de moi, profondément reconnaissante de tout ce que tu es pour moi, de tout ce que tu fais pour moi, je t'embrasse de tout mon cœur, mon amour chéri.

Ta Colette.

Je me suis arrêtée pour saigner du nez. Ça ne peut pas me faire de mal.

Colette à Mathilde de Morny, dite Missy.
Décembre 1908.

En décembre 1908, Colette a trente-cinq ans; elle joue Claudine à Paris à la Scala de Lyon. 

Extrait de Lettres intimes, éditions Textuel.

lundi 20 mai 2013

"Déraisonner en conscience, voilà la grande affaire de la vie" *

Plaisir du samedi : écouter Charles Sigel... dans L'humeur vagabonde.

*Alfred de Musset (1810-1857)


"Mélange étrange de féminité secrète et de virilité arrogante"

"Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !
Ce vers, le plus célèbre peut-être d’Alfred de Musset, pourrait résumer l’histoire de sa vie, une existence brillante et terne à la fois où ivresse rime constamment avec jeunesse, comme jouissance avec déchéance.

L’Enfant du siècle fut un enfant terrible, vivant ses passions jusqu’aux limites de la folie, jusqu’à les vider de sens. Sa célèbre (trop célèbre !) liaison avec George Sand, ses amours contrariées avec d’autres femmes, en qui il ne voyait que des mamans ou des putains, révèlent la fragilité de son être : c’est lui l’ambigu Lorenzaccio, déchiré entre corruption et pureté.
Génie adolescent comme Rimbaud, Musset ne croit pas que "je est un autre" : pour lui, au contraire, la littérature ne vaut que si elle est le prolongement de la vie, dans l’alliance instable du pathétique et du futile.
Par cette fragilité extrême, Musset reste aujourd’hui vivant, grâce surtout à son théâtre. Fantasio, Marianne, Rosette, Perdican, Camille, Cœlio forment une ronde où le texte s’incarne, le temps d’une ronde éphémère."

Charles Sigel, je l'ai déjà dit est un conteur formidable, aucune lassitude à l'écouter sur les sujets qui pourraient sembler ennuyeux. Il alimente ses textes de références, d'anecdotes exaltantes. Et les amours, la vie d'Alfred de Musset n'en manquent pas.

Il nous parle aussi de Rachel qu'il rencontre, le 29 mai 1839, à la sortie du Théâtre-Français, Rachel,  et avec laquelle il a une brève liaison en juin.
Un soir après une représentation du Tancrède de Voltaire, ils se retrouvent chez elle; ils se mettent à lire Phèdre, à deux voix, puis s'arrêtant, Musset s'interroge et confesse :

"Je ne vaux plus rien. Je ne suis plus fou en amour et si on ne l'est plus, qu'est-ce qui reste? Déraisonner en conscience, voilà la grande affaire de la vie".

"Je ne vis que quand un coeur bat sur le mien".

Que lui reste-t-il alors après sa rupture avec Rachel ? L'absinthe, le jeu, les filles; il sort, tout plutôt que rester face à lui-même.  

"Être bien tranquille chez soi, est le plus atroce de tous les supplices. Comment Dante n'a-t-il pas pensé à nous montrer un homme en robe de chambre, au quatrième ou cinquième cercle de son Enfer, assis au coin du feu dans son fauteuil, les pieds dans ses pantoufles? C'eût été le dernier degré de l'horreur." 

Flaubert dira de lui à Louise Colet qui lui racontait les progrès de Musset (elle s'intéresse alors à Musset; elle s'était fait une spécialité des hommes de lettres et, après Vigny, elle hésitait entre Flaubert et Musset) :

"En somme c'est un malheureux garçon, on ne vit pas sans religion (religion de l'art chère à Flaubert). [...] Musset n'a jamais séparé la poésie des sensations qu'elle complète; quand on veut mettre ainsi le soleil dans sa culotte, on brûle sa culotte."

Et Flaubert terminera par ce théorème archi-flaubertien (dixit Charles Sigel):

"Moins on sent une chose et plus on est apte à l'exprimer comme elle est, comme elle est toujours."

Deux heures de récit passionnant, difficile à résumer.

A propos de Rolla (oeuvre que je découvre) :

"Rolla, long poème de 784 vers, obtint un succès considérable. Musset y conte l'histoire de Jacques Rolla, le plus grand débauché de Paris, ville du monde «où le libertinage est à meilleur marché».[...] 
À travers Rolla, Musset tente, non sans une certaine grandiloquence, le portrait d'une génération empêtrée dans ses contradictions et qui finit par croire que, le bonheur devenu impossible, il ne reste que l'ivresse ou le suicide."



Aquarelle d'Eugène Lami pour Rolla, poème d'Alfred de Musset. (Musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau, Rueil-Malmaison.)
Ph. Jeanbor © Archives Larbor

Extrait de Rolla :

Marie en souriant regarda son miroir.
Mais elle y vit Rolla si pâle derrière elle,
Qu’elle en resta muette et plus pâle que lui.
« Ah ! dit-elle, en tremblant, qu’avez-vous aujourd’hui ?"
- Ce que j’ai ? dit Rolla, tu ne sais pas, ma belle,
Que je suis ruiné depuis hier au soir ?
C’est pour te dire adieu que je venais te voir.
Tout le monde le sait, il faut que je me tue.
- Vous avez donc joué ? - Non, je suis ruiné.
- Ruiné ? » dit Marie. Et, comme une statue,
Elle fixait à terre un grand oeil étonné.
« Ruiné ? ruiné ? vous n’avez pas de mère ?
Pas d’amis ? de parents ? personne sur la terre ?
Vous voulez vous tuer ? pourquoi vous tuez-vous ? »
Elle se retourna sur le bord de sa couche.
Jamais son doux regard n’avait été si doux.
Deux ou trois questions flottèrent sur sa bouche ;
Mais, n’osant pas les faire, elle s’en vint poser
Sa tête sur la sienne et lui prit un baiser.
« Je voudrais pourtant bien te faire une demande,
Murmura-t-elle enfin : moi je n’ai pas d’argent,
Et, sitôt que j’en ai, ma mère me le prend.
Mais j’ai mon collier d’or, veux-tu que je le vende ?
Tu prendras ce qu’il vaut, et tu l’iras jouer. »

Rolla lui répondit par un léger sourire.

Il prit un flacon noir qu’il vida sans rien dire ;
Puis, se penchant sur elle, il baisa son collier.
Quand elle souleva sa tête appesantie,
Ce n’était déjà plus qu’un être inanimé.
Dans ce chaste baiser son âme était partie,
Et, pendant un moment, tous deux avaient aimé.



Gervex Henri, Rolla, 1878, présenté au salon de 1878, retiré sous prétexte d'immoralité.
Portail des Collections des Musées de France.

Le poète est inhumé à Paris, au cimetière du Père Lachaise, où son monument funéraire se dresse avenue principale.



Sur la pierre sont gravés les six octosyllabes de son élégie " Lucie ":

Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière.
J’aime son feuillage éploré ;
La pâleur m’en est douce et chère,
Et son ombre sera légère
À la terre où je dormirai.

et sur la face arrière, le poème " Rappelle-toi ":

Rappelle-toi, quand sous la froide terre
Mon coeur brisé pour toujours dormira ;
Rappelle-toi, quand la fleur solitaire
Sur mon tombeau doucement s'ouvrira.
Je ne te verrai plus ; mais mon âme immortelle
Reviendra près de toi comme une soeur fidèle.
Écoute, dans la nuit,
Une voix qui gémit :
Rappelle-toi.



vendredi 22 février 2013

Pierre Rigal un régal

Hier soir au théâtre, elle était assise devant moi après avoir vérifié le numéro de son fauteuil. J'ai eu le temps d'apercevoir son visage, naturel, sans maquillage, ses cheveux retenus par une grosse pince lui donnait l'air sérieux. La salle se remplissait rapidement, en dix minutes elle fut comble. La lumière a commencé à décliner, le spectacle allait commencer. Alors elle a ouvert la pince de ses cheveux, a secoué légèrement la tête, l'a penchée sur le côté et la longue chevelure soyeuse s'est déployée. Ensuite elle a glissé ses doigts sur le dessus du crâne pour dégager son front. Quelques secondes ont transformé ce chignon sérieux en une masse de sensualité.

Place au spectacle!

"Etres étranges et futuristes, venus d’une planète hors du temps et de l’espace, ils vont se livrer - sous nos yeux et ceux des scientifiques à l’origine d’une mystérieuse expérience- à un ballet des relations humaines. S’aimer, se détester, se rapprocher, se détruire, se relever et reconstruire l’harmonie du groupe. Quelle est donc cette logique intrinsèque qui pousse les hommes à se faire la guerre pour ensuite se relever? Vaste sujet, question qui reste en suspens, sans autre réponse que les corps des danseurs engagés sur le plateau dans cette mécanique implacable, ce cycle absurde du vivre ensemble et de la haine."
(Claire Hazan)

Une pièce pour 9 danseurs coréens.
Crédit Photos : Sungjin Jun


Cliquer pour agrandir





C'était grandiose : mise en scène, chorégraphie et musique (j'en ai oublié mes acouphènes!). Les danseur(se)s coréens : grâce et énergie.


Je savais que je ne serai pas déçue, ma jubilation fut aussi vive que lors de mon premier spectacle de Pierre Rigal (presque trois ans déjà).


"Depuis plusieurs années, mon travail chorégraphique se situe à l'intersection de différentes formes comme le théâtre de mouvement, la danse, l'acrobatie, les arts plastiques et audiovisuels ainsi que la musique synthétique ou acoustique. Cette recherche d'intersection m'a conduit à mettre en scène des acteurs-danseurs au profil différent. [...] Mon passage à Séoul en Corée du Sud en 2010 et mon travail pédagogique au sein de la Korea National Contemporary Dance Company m'ont permis de découvrir la richesse technique et la créativité de nombreux danseurs coréens. L'énergie et la vitalité de ces personnes ont aiguisé mes désirs."
(Pierre Rigal).


En visionnant cette vidéo je me dis que l'écran ici est très réducteur de ce qu'on peut ressentir en voyant réellement les artistes sur scène, en chair et en sueur!

vendredi 11 janvier 2013

C'est bien............... ça...



Vu hier soir le film de Jacques Doillon  : Pour un oui ou pour un non.
Un grand moment.
Filmé en 1988 sur un sujet intemporel.
Extraordinaire pouvoir des mots - pour notre bonheur ou notre malheur - dans une mise en scène sobre du huis-clos de Nathalie Sarraute où Jean-Louis Trintignant et André Dussolier excellent et nous emmènent jusqu'aux portes de l'enfer.

Deux amis d'enfance qui ne se sont pas vus depuis longtemps décident de se revoir. Ils parlent et cherchent ce qui a pu causer leur éloignement : des mots prononcés d'une certaine façon, une intonation etc. Très vite, une dispute commence et tourne au règlement de comptes. Passionnant, vertigineux!

"L'un veut faire dire à l'autre la raison de sa distance, de son éloignement dans l'amitié. Il lui faudra insister longuement pour qu'enfin le mobile soit nommé : "Ce n'est rien, juste des mots. Oui c'est à cause de ce rien que je me suis éloigné. Tu m'as dit quand je me suis vanté de je ne sais plus quelle réussite, "c'est bien... ça..." avec un petit ton, avec cet étirement entre le bien et le ça." S'ensuit une joute oratoire où chacun peu à peu découvre en même temps qu'il le formule qu'il vit cette amitié comme un piège et que l'autre représente tout ce qu'il déteste.
Quelle honte pourrait-on penser, de rompre une amitié si parfaite pour un oui ou pour un non! Un "oui"? Ou un "non"? Ce n'est pas la même chose."



dimanche 25 novembre 2012

"Bien résolue à extraire tout le jus de mon orange" et de mon citron

Le citron est pressé, je n'ai plus rien à dire. Pourtant l'envie d'écrire est toujours là. Écrire quoi? "Il me faut aller fureter çà et là".

Ils sont venus tous les deux hier soir me souhaiter mon anniversaire avec quelques jours d'avance et illuminer mon salon de leur présence. Ce n'était pas une dizaine que nous fêtions et ce beau bouquet était inattendu. Aussi inattendue que cette carte postale arrivée la veille, elle aussi avec quelques jours d'avance et qui a fait boum (auraient-ils tous peur que je n'arrivasse pas jusqu'à la date? Tsss!). Leur impatience me réchauffe le coeur. Reçu aussi une lettre, non un courriel mais qui pour moi avait la saveur d'une lettre, d'un jeune et cher ami. Et pourtant, pourtant... je m'interroge chaque jour davantage sur... ce désir de vivre qui m'abandonne parfois. Chaque jour, se motiver, chaque jour occulter ses douleurs, chaque jour défier le miroir, chaque jour se raccrocher à quelque chose de beau et cela ne manque pas (en faisant un effort). Alors pourquoi tant de questions?

Qu'est-ce qui a marqué cette semaine passée?
. La pluie et le vent : lundi, mardi, mercredi.
. Mercredi soir au théâtre : Le Banquet ou l'éloge de l'amour d'après Platon.

C'est le récit d'une célèbre soirée qui a lieu chez le bel Agathon. Pris par le délire de la philosophie, l'hôte et ses invités décident de rendre hommage à Éros : chacun prononce un éloge de l'amour. Ils s'allongent sur des lits, boivent et parlent avec la plus grande liberté de l'amour et de la beauté. C'est alors qu'Alcibiade, ivre et épris de Socrate, vient troubler la soirée...

Je savais le penchant de Socrate pour la beauté des jeunes garçons mais je ne m'attendais pas à voir Agathon dans son entière nudité sur scène. J'avais bien fait de venir [rires], le jeune homme était fort beau! l'interprétation du texte (respecté) excellente. Bonne soirée donc. J'ai entendu en sortant deux messieurs en parler et l'un dire à l'autre : "j'ai été déçu" et l'autre de répondre : "ouais, à voir au second degré".
Pour ma part j'ai seulement envie d'occulter les quatre premières minutes et les quatre dernières où la mise en scène pour le coup était assez risible : les  deux adonis (Agathon et Alcibiade) enlacés torse nu dansant un slow, Phèdre et Pausanias de l'autre côté s'envoyant en l'air; le comique Aristophane esseulé, le tout sur une musique de discothèque! Laissant Socrate à sa réflexion contemplative. Ce sont les seules minutes étranges avec cette musique incongrue.  Le spectacle dure deux heures, donc oublions ces minutes-là. 

. Jeudi : golf parce qu'il faut bouger. Et là c'était plutôt : comment tenir sur mes jambes pendant le swing avec un vent déco...rnant! Épuisant.

. Vendredi : épreuve de l'attente d'un bus trente minutes quand on sort de chez l'ophtalmo - où on a passé son après-midi -, qu'on ne voit plus clair, qu'il pleut des cordes et qu'à 17 heures trente impossible de trouver un taxi!

. Samedi, hier (voir au début).

Après la soirée où je ne sentais pas vraiment le poids d'une année supplémentaire - je n'ai plus besoin d'attendre les dates pour me sentir des semelles de plomb -, après les bulles de champagne,  Virginia Woolf ne pouvait pas me faire de mal :

Dimanche 29 décembre 1940

Il y a des moments où les voiles tombent. Alors, étant grand amateur d’art de vivre et bien résolue à extraire tout le jus de mon orange, hop ! je m’envole, telle une guêpe, si la fleur sur laquelle je suis posée se fane ; ce qui s’est produit hier. Je suis allée à vélo à travers les collines jusqu’aux falaises. Des rouleaux de fils barbelés courent tout le long. Après cette bonne friction, mon esprit a retrouvé sa vigueur sur la route de Newhaven. De vieilles demoiselles chichement vêtues faisaient leurs achats d’épicerie sur cette route déserte bordée de petites maisons, sous la pluie. Newhaven est mutilé. Mais fatiguez le corps, et aussitôt l’esprit se met en sommeil. Tout mon désir d’écrire ce journal est retombé. Quel est le bon antidote ? Il me faut aller fureter çà et là. Je songe à Mme de Sévigné. Faire en sorte qu’écrire soit un plaisir quotidien. Chesterton reste muet. Leslie fait entendre sa voix. Avons eu les Anrep à déjeuner. Je déteste l’âpreté de la vieillesse ; que je sens en moi. Je grince. Je suis aigre.

Le pied moins prompt à fouler la rosée du matin,
Le cœur moins sensible aux émotions nouvelles,
Et l’espoir, un soir piétiné, moins vite ne renaît.

Je viens en fait, d’ouvrir Matthew Arnold d’où j’ai recopié ces vers [tirés de « Thyrsis »]. Ce faisant, il m'est apparu que si j'aime ou si je déteste tant de choses aujourd'hui d'une façon fantaisiste, cela tient au fait que je me sens de plus en plus détachée de la hiérarchie, du patriarcat. Lorsque Desmond fait l'éloge d'East Coker et que je suis jalouse, je vais me promener dans le marais en me disant : moi, c'est moi, et je dois suivre ce sillon sans en copier un autre. Voilà quelle est l'unique justification de mon travail et de ma vie.
Comme nous apprécierons tout ce que nous mangeons maintenant! Je compose dans ma tête des menus imaginaires.

Virginia Woolf, in Journal intégral 1915-1941.

Ben voilà! J'ai écrit; il reste encore du jus dans le citron. Hum!

vendredi 18 novembre 2011

Jacques Gamblin

Pour les parisiens qui n'auraient pas vu ce "Clown aérien" dans :
Tout est normal mon coeur scintille, courez-y!
Jusqu'au 3 décembre au Théâtre du Rond-Point.

Chanceux ces parisiens! Cerise sur le gâteau :
Jacques Gamblin fera une lecture de La nuit sera calme de Romain Gary au
CentQuatre du 9 au 17 décembre!

dimanche 6 novembre 2011

De Marilou à Alice au pays des merveilles

Vendredi soir, théâtre.

L’Homme à (la) tête de chou.
Chorégraphie de Jean-Claude Gallotta.

"Dans la lumière d'une nuit de lune narquoise, forcément bleu pétrole, l'Homme à la tête de chou ne raconte pas seulement la vie tumultueuse de la petite garce Marilou, insaisissable shampouineuse qu'un homme "aveuglé par sa beauté païenne" fera disparaître sous la mousse".
Sur la musique, les paroles de Serge Gainsbourg, la voix de Alain Bashung, les danseurs occupent l’espace dans des courses frénétiques, bougeant leur corps au rythme sensuel – sexuel - des mots et de la musique.
Un très beau spectacle qui a dû réveiller les spectateurs qui étaient derrière moi. En s’installant dans leur fauteuil, j’entendais une femme dire à son ami : « je serais bien restée à la maison ce soir, j’étais douillettement installée… , aucune envie de ressortir. » Et l’ami de renchérir : « moi, pareil. ». J’aurai pu rajouter : moi itou !
J’avais craint d’être un peu déçue, les protagonistes étant absents, mais pas du tout. Leur présence était réelle. Certains tableaux sont violents, d'autres érotiques, j'ai trouvé ce spectacle à la hauteur des deux poètes.

Alain Bashung avait assisté aux répétitions; il devait être sur scène lorsque le projet s'est concrétisé.

"Il est 15 heures. Dans le beau studio qui ouvre sur les montagnes du Vercors, Mathilde Altaraz, la femme et l'assistante de Jean-Claude Gallotta, opère les dernières mises au point : rebonds, chaloupés et lancers des bras. Des "duos bien lents, bien doux, bien suaves", du "ciselé", du "balancé", du "pulsé", demande-t-elle, un papier à la main telle une liste de courses. Problème : comment faire valser les hommes à la façon de cette petite garce de Marilou ? En les tenant par la braguette*, bien sûr ! L'exercice provoque quelques fous rires. Après tout, L'Homme à tête de chou n'est pas une histoire d'enfants de choeur. Juste une histoire d'amour, de jalousie et de mort."
La suite ici.
* Sans aucune pudibonderie, ce n'est pas ce que j'ai préféré de la mise en scène; ça manquait de volupté, mais bon, on était dans du hard. Je le préfère ici.

Je me souviens de ce disque vinyl que tu écoutais si souvent avec une espèce de dévotion, celle que tu avais pour Gainsbourg et que tu m’avais transmise.

Samedi.

Une semaine sans taper dans la balle ! J’étais en manque et ce sont des fairways bien mouillés que j’ai parcourus hier midi. Ma balle a eu la bonne idée d’atterrir au pied d’un arbre et de me faire découvrir ces petites merveilles. Très étrange le petit champignon qui ressemblait  à une balle de golf, à côté de la mienne ! Quel bonheur d’être là à l’heure du déjeuner. Pas un joueur, le silence, l’air, les odeurs (les avant-greens ont été tondus), le soleil, le vent, tout, tout cela me procurait un bien-être proche… du bonheur ?




Il semblerait que ce soient des Amanita muscaria.
Dieu merci, je n'ai pas rencontré de Phallus impudicus dit Satyre puant (0_0)

Quand le terme détritus est utilisé dans les Règles de golf, il peut désigner :
A) le givre
B) un ver
C) une feuille morte
D) la neige
E) du sable sur l'avant green
F) un brin d’herbe adhérant à la balle
G) une crotte de chien
H) une feuille de papier abandonnée sur le sol
I) un brin d’herbe coupé
J) du sable sur le green
K) un mégot de cigarette
L) un champignon qui pousse sur le green
M) un arbre venant de tomber naturellement, totalement déraciné, en travers du fairway
Réponse : B, C, D, G, I, J, M

En compétition, j'aurai donc dû jouer ma balle sans la déplacer. Mais là, j'ai laissé le drôle de champignon pousser tranquillement et j'ai déplacé ma balle. Je n'ai d'ailleurs pas trouvé le nom de celui-ci.

Dimanche.

Rebelote, sur les greens à la même heure. Moins de vent, plus de soleil. Toujours pas de joueurs sauf le pro avec des bambins qui s’initient au swing. Avec une souplesse inouïe, ces enfants tapent dans la balle d’un geste tonique et gracieux. Pivot, backswing, finish, tout est déjà presque parfait. Bon c’est pas tout ça mais j’aimerais que le pro me laisse le passage là ! Ça y est, il m’a vue et me fait signe de jouer. Garez-vous les mômes, il m’arrive aussi de ne pas viser droit. Youpi ! Joli coup (on ne m'appelle pas Modeste), ouf, c’eût été vexant de rater ce départ. Quelques trous plus loin je passe devant les champignons d’hier. Tiens, quelques transformations en une nuit. Celui-ci  s'est fendu, aplati, le chapeau est moins bombé...


… et ceux-là ont sorti la tête des feuilles. Je remarque qu’ils ont  encore une peau de bébé, les excroissances viendront plus tard ; on dirait des tomates.



Clic clac, je remballe mon appareil et j’attaque les deux derniers trous. Il est temps, mon sac commence à me peser sur l’épaule, j’ai faim, il est deux heures. J'ai très mal joué mais les enfants ne m'ont pas vu jouer comme un pied... de champignon, heureusement! J'ai pris l'air et fait une belle balade. Je repensais à Marilou, à Lewis Carroll, à Alice au pays des merveilles... Dans ma voiture j'ai allumé la radio, j'avais raté mon émission du dimanche : Des Papous dans la tête...

Les années se suivent et

mardi 18 octobre 2011

Journal

Notre âge se manifeste avec lourdeur par la disparition de nos amis, des êtres chers, dont le nombre augmente avec nos années. Cette idée me vient à l’approche de la Toussaint.
Je suis assise dans mon canapé à siroter mon petit café de dix heures, une oreille attentive à l’écoute des NCC – thème de la semaine : la solitude, le solitaire –, le regard tourné vers la fenêtre d’où j’aperçois sur la terrasse le dipladénia en fin de floraison.

(Photographié en juillet lors du rempotage)

Le ciel est gris, l’air est doux, le crachin pose ses fines gouttelettes sur les toiles d’araignées – si fragiles et si tenaces - entre les plantes, entre les pieds des chaises.
Je suis là, après un réveil habituel fait de cette angoisse qui m’étreint dès que j'ouvre les yeux; c'est comme un étau dans ma poitrine et la question chaque matin soulevée, lancinante, oppressante : que sera mon avenir ?
Je suis là, quelques heures plus tard, à peine apaisée.
Tout est gris ce matin, dehors, dedans. J’allume une lampe pour tenter de mettre un peu de lumière dans mes idées noires.

"Sentir sa vie c'est sentir en nous ce qu'il y a de plus profondément solitaire."
F.P.G. Maine de Biran.

Ce soir, je l’espère - j’en suis sûre - toutes ces sombres pensées seront colorées par les costumes de L’Opéra de Pékin, le spectacle que je vais voir au théâtre. Je n’aurai pas besoin d’allumer les lampes. La scène sera lumière.

samedi 8 octobre 2011

Opéra-bouffe

J'ai eu la bonne idée de regarder l'autre soir à la télévision, Jean-Michel Ribes faisant répéter sa troupe dans l'Opéra-bouffe : René L'énervé.

Si j'ai bien ri pendant une heure (c'est déjà une réussite), les répétitions étant souvent truffées de gags, je ne pense pas que je serais tentée par trois heures au théâtre de cette bouffonnerie qui pastiche cinq années de sarkozisme.

Extraits avec des images de mauvaise qualité (le miennes), mais qui donnent un aperçu du sujet et quelques séquences drôlissimes. Il faut dire que je suis "bon public"!


"Il est petit, n'arrête pas de courir et n'a que "le bon sens" à la bouche. Cet amusant personnage qui traverse le plateau du Théâtre du Rond-Point, à Paris, comme le lapin mécanique d'un célèbre spot publicitaire, c'est René, épicier de son état, appelé à devenir le "chef du pays" au nom d'un parti majoritaire facile à reconnaître... Son ascension et sa chute constituent la trame de René l'énervé, le nouveau spectacle de Jean-Michel Ribes conçu comme une charge contre l'actuel président de la République, mais aussi contre le monde politique en général.
Dans cette caricature très appuyée, le physique compte moins que les expressions, gestuelles ou oratoires. Lors de sa première apparition, René ressemble d'ailleurs davantage à Diego Maradona en fin de carrière qu'à Nicolas Sarkozy lors d'une séance de footing. Mais, avant même d'exhiber des épaulettes dorées sur son survêtement à paillettes, celui qui part en campagne sous la houlette du publiciste Jessantout reproduit des tics (dont le fameux index pointé) dépourvus d'ambiguïté. Ses paroles sonnent comme du déjà-entendu dans un registre simpliste qu'un slogan ("Courir et laisser dire") ou un mot d'ordre ("Je suis en forme, je réforme !") illustrent de manière répétitive."

Pierre Gervasoni, Le Monde.

samedi 9 avril 2011

Un crayon dans la tête

Avant que commence le spectacle je regardais la scène, dans l’ombre, et j’ai tout de suite pensé que j’allais regretter d’être venue. Deux cordes pendaient du plafond, de grandes flaques d’eau au sol, une chaise sur le plateau, une autre accrochée à une corde, des murs noirs percés d’ouvertures. Je connaissais pourtant le sujet de la pièce. Mais quelle idée de venir voir quelque chose qui allait me perturber un peu plus, sur la vieillesse, la mort, le suicide alors que ces sujets sont une obsession ?



Dominique Reymond (La Vieille) et Micha Lescot (Le Vieux)  interprètent  ' Les Chaises ' de Eugène Ionesco , mise en scène de Luc Bondy, décors et lumières Karl-Ernst Herrmann , costumes Eva Dessecker , son et musique André Serré , maquillage et coiffure Cécile Kretschmar , collaborateur artistique Geoffrey Layton , assistant à la mise en scène Roch Leibovici

Dans la salle, comble, les lumières s’éteignent, des spots éclairent faiblement le plateau et le vieux couple, deux vieillards, entrent en scène, bringuebalants, deux silhouettes décharnées, tremblantes, grimaçantes. Mon appréhension se confirme. Je vais être confrontée à ma propre finitude. Car, le metteur en scène, Luc Bondy, ne nous épargne rien de la déchéance physique : tremblements, dentier que le vieux crache, et même la couche-culotte du vieil homme ; il fallait oser... ce cruel retour à l'enfance?

Mais c'est autre chose qu’il faut retenir de cette pièce, Les Chaises de Eugène Ionesco, c’est toute la folie de ces deux êtres qui parviennent encore à 90 ans à esquisser des pas de danse en écoutant à la radio Marinella, à se moquer du monde en faisant des pirouettes et elle, divine, à jouer de sa féminité lorsqu’elle oublie ses douleurs, elle bouge alors avec la grâce d’une danseuse.


J’ai beaucoup ri durant ce spectacle (j’avais le sentiment de rire plus que les autres) parce qu’il me prenait de plein fouet et j’aime l’idée que l’on puisse rire de soi, rire du pire, de ce que nous deviendrons, peut-être, si par (mal)chance ?!? nous parvenions à atteindre un grand âge. Cela remet beaucoup de choses en place de nos valeurs.


Cinq minutes d’inquiétude ont vite été remplacées par une heure quarante de bonheur : dérision, absurdité, acceptation de la mort, sénilité, solitude et des moments d’une tendresse infinie et bouleversante.
La fin ? Il faut aller voir la pièce !

Le THEATRE et sa MAGIE, avec deux comédiens prodigieux : Dominique Reymond et Micha Lescot.
Mais tout est dit ici comme je l’ai ressenti.
Je craignais de m’ennuyer, de fermer les yeux pour ne pas voir… Ben non, même pas peur de vi…… vre ! J'inventerai, comme ces vieillards, des invités imaginaires le jour de ma mort pour faire la nique à la solitude.
"Quoi de plus normal que d'imaginer une fête? La dernière fête avant de se suicider?" dixit Luc Bondy.


Cette scène a quelque chose de celle de Pina (ci-dessous) que l’on peut voir dans le film de Wim Wenders (que je n’ai pas encore vu). Il dit ceci de Pina Bausch :
« Ce qui l’intéressait, ce n’était pas la façon dont ses interprètes bougeaient mais ce qui les faisaient bouger. […] En sortant de ses spectacles, je marchais autrement, mon corps était en train de danser ».


Je dansais aussi hier soir après avoir vu Les Chaises, j’aurais pu avoir des semelles de plomb c'étaient des ballerines que j'avais aux pieds ! Et puis, j'avais un crayon dans la tête!

Dernière minute : Luc Bondy.