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dimanche 5 février 2017

Clair-obscur énième

Dimanche 5 février 2017.

Matin.

Ecouté cette émission (deux heures) hier et aujourd'hui. Me suis régalée. Quelle liberté cette femme. Il y a des moments à se tordre de rire quand elle parle du corps des hommes. Il faut dire que la situation de ce qu'elle raconte (avec Paul Guimard, qui n'était pas encore son mari) est vraiment cocasse. Rarement entendu des mots aussi directs, aussi crus. Elle l'a fait dans ses livres - notamment Les vaisseaux du cœur - mais les entendre ainsi dans une émission de Charles Sigel (pas du tout déstabilisé par ses propos, un homme délicieux, d'une grande élégance), j'ai vraiment éclaté de rire. Peut-être faut-il attendre d'avoir 86 ans pour être aussi libre?
 
Après-midi.

En sortant de la médiathèque le ciel était sombre. 
C'était la première fois, je crois (je ne suis plus sûre de rien), que je venais à la médiathèque un dimanche après-midi. Beaucoup de parents, avec des enfants sur les consoles de jeux vidéos, ou courant dans les allées. Ambiance agitée, on dira vivante mais un peu soûlante. J'ai vite fait mes recherches, cette agitation me fatiguait. De plus, les ouvrages que je recherchais étaient tous, malheureusement, sur des étagères au ras du sol. Après une tentative pour attraper un livre, j'ai senti un vertige en baissant la tête. Laissé tombé. Je venais déjà d'attraper à l'étage au-dessus un DVD, également sur l'étagère au ras du sol, un Cassavetes : Love Streams, avec Gena Rowlands; et un Kiarostami (à bonne hauteur) : Le Goût de la Cerise.  J'étais dans les rayonnages des Correspondances et Journaux intimes. Je me suis dépêchée de prendre, un peu au hasard, un ouvrage à hauteur de mes yeux pour vite me remettre d'aplomb : Journal particulier de Paul Léautaud. Je ris, en pensant à mes choix...
Je rentrais à pieds, au pas de course, avant que le ciel me tombe sur la tête. Le vent était glacial. Arrivée à 50? 100? mètres de chez moi, de grosses gouttes commençaient à tomber; je n'avais pas pris de parapluie. Alors je me mis à courir, dans la rue pavée, - attention à ne pas te casser la binette me dis-je -, une averse de grêle se pointait. J'eus le temps d'ouvrir ma porte d'entrée et d'être à l'abri. Ouf! Un mur oblique de grêlons s'abattait sur le toit de zinc.
Je montais rapidement l'escalier, me fit un thé pour me réchauffer. J'avais une petite faim, je grignotais un financier. L'averse de grêle fut brève. Le soleil se leva aussitôt et éclaira un morceau de ma bibliothèque. Il était 17 h 20. J'adorai voir ce clair-obscur, une fois encore.


Ce fut un dimanche plein de rêveries, de pensées sans matière, disons qu'il n'y avait rien qui pouvait me donner à penser, particulièrement. Pourtant, je pensais un peu aux quelques mots échangés hier, rapidement, avec un ami. Que signifie d'ailleurs cette expression : il y a matière à penser. Et voilà, ce n'est pas un hasard si je tombe là-dessus.

mardi 23 février 2016

"Le bonheur est un ange au visage grave" (Modigliani)


Amedeo Modigliani photograhié à La Ruche (photographe inconnu)

Un ami me parlait hier d'une exposition Modigliani au LaM à Lille, qui démarre le 27 février jusqu'au 5 juin 2016.

Je me souviens de l'émission de Charles Sigel (L'humeur vagabonde, RTS) sur cet artiste tourmenté dont j'avais rapidement parlé ici. Je découvre ce matin sur ce site la poétesse russe Anna Akhmatova qui rencontra Amedeo Modigliani à Paris en 1910; fascinés l'un par l'autre, ce sera le début d'une brève histoire d'amour (que l'on suppose) passionnée.


Anna Akhmatova (1889-1966)



Modigliani dessin au crayon de Anna Akhmatova, 1911 (Getty)



Modigliani, dessin de Anna Akhmatova, 1911

"C'est l'histoire de deux êtres que tout semble séparer. Elle est russe, poétesse et vient juste de se marier. Il est juif italien et hésite entre la peinture et la sculpture. Nous sommes en 1910 à Paris. Elle, c'est Anna Akhmatova "beauté singulière, beauté travaillée, beauté gagnée sur d'éclatants, d'insupportables défauts -nez cassé, cou à n'en plus finir- beauté arrogante". Lui, c'est Modigliani, Modi pour les intimes, un mètre soixante cinq, un magnétisme à tout casser. Deux astres qui ne vivent que pour leur art, traquant la beauté dans ses moindres recoins. Mus l'un et l'autre par le même idéal tyrannique. De leur rencontre, on ne sait rien ou presque. Quelques documents, journaux intimes, témoignages lacunaires."


tete Modigliani 
En 2010 à Paris est mise aux enchères chez Christie's une "tête de femme en pierre calcaire, 64 cm, exécutée en 1910-1912 signée, en son dos, Modigliani". Au même moment au Musée Akhmatova de Saint-Pétersbourg, la romancière Elisabeth Barillé tombe en arrêt devant un portrait de la poétesse russe dans lequel elle reconnaît sans hésiter le trait de Modigliani. On ne pouvait rêver hasard plus heureux ni sujet plus romanesque. La tête de femme vendue à prix d'or n'aurait elle pas été inspirée par Anna Akhmatova? Quel lien unissait ces deux êtres?"
A lire aussi l'article de Bernard Pivot : La poétesse russe de Modigliani. 


Et j'ai appris l'affaissement des visages,
la crainte qui sous les paupières danse,
les signes cunéiformes des pages
que dans les joues burine la souffrance ;
les boucles brunes, les boucles dorées
soudain devenir boucles d'argent grises,
faner le sourire aux lèvres soumises,
et dans le rire sec la peur trembler.
Et ma prière n'est pas pour moi seule,
Mais pour tous ceux qui attendaient comme moi
dans la nuit froide et dans la chaleur
sous le mur rouge, sous le mur d'effroi.

1940
Anna Akhmatova, Épilogue (extrait) de son tragique recueil Requiem
 
"[...] Sa personnalité faite de domination et de reconnaissance la fit devenir la figure de proue de ce mouvement [mouvement des acméistes]. Elle sera célébrée, imitée, vénérée par la jeunesse russe. Elle devait être la louve alpha de sa vie et de ses proches.

Là se tient une des clés de la psychologie d'Anna : le besoin de déification par le verbe, le vertige de la domination, le besoin d'être la grande prêtresse des choses, amour ou douleur. Elle se voulait chef de meute d'une troupe d'hommes valeureux et aucun lien ne pouvait l'en dissuader, surtout pas ceux du mariage. De divorces en remariages nombreux et vains, elle put expérimenter cela.
À ces problèmes d'amour et de liberté, de tension et de séduction, il suffit d'ajouter l'atroce impact de la première guerre mondiale et de sa boucherie insensée, pour comprendre l'évolution d'Anna à qui se révèle sa nature tragique. [...]".

(Source Esprits Nomades)
(Demain, détente, au golf, sous la pluie. Pas tous les jours, la tourmente des artistes).

samedi 30 janvier 2016

Quand le tu tue...


Dionys Mascolo et Marguerite Duras



Au moment de sa rupture avec Dionys en 1956, celui-ci lui demande :

- Mais qu’avez-vous contre moi ?

Marguerite répond sèchement :
- Tout à l’heure vous m’avez tutoyé.

(Témoignage de Maurice Nadeau qui assistait à la scène et raconté par Charles Sigel dans son émission L'humeur Vagabonde)

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Jacques Rivette (1928-2016) est mort hier. 


(Photo, Le Figaro) 

mardi 12 janvier 2016

Je suis Charlot !

J'écoutais ce matin L'humeur vagabonde de Charles Sigel consacrée à Charlie Chaplin : le rire au bord des larmes, (un régal de deux heures) et je me demandais ensuite où en étaient les travaux du Musée qui devait s'ouvrir en Suisse, dédié à son œuvre.

Printemps 2016... On y est! Le musée va ouvrir bientôt.





dimanche 24 mai 2015

L'acteur habite un personnage, le comédien est habité par lui



Je me suis souvent demandé si tel ou tel était acteur ou comédien. J'ai toujours cru qu'un acteur faisait du cinéma et un comédien du théâtre. Mais il semble que l'on puisse être acteur de théâtre et comédien de cinéma. J'ai toujours pensé qu'il était plus difficile d'être comédien de théâtre qu'acteur de cinéma, que si l'on était capable de faire du théâtre il allait de soi qu'on était capable de faire du cinéma alors que l'inverse était moins évident : l'acteur de cinéma - à part quelques exceptions - n'est pas capable de faire du théâtre. La nuance est plus subtile...
Jean-Laurent Cochet  dans un entretien avec Charles Sigel nous donne ses définitions :

Charles Sigel.- Vous avez fait le distinguo acteur/comédien Jean-Laurent Cochet. La différence traditionnelle c’est que le comédien sait s’effacer, l’acteur reste lui-même c’est ça ?

Jean-Laurent Cochet. - Exactement. En gros c’est ça, l’acteur c’est celui qui montre ce qu’il fait, il démontre, il a une façon de jouer qui dépasse très souvent la nécessité du caractère ou de la situation ; il vous dit : regardez comme je le fais bien. Quand il a des qualités de base, c’est déjà pas mal ; mais ça peut sombrer aussi très vite dans des choses de mauvais aloi.
Parce que le comédien, ben oui, c’est celui dont on ne voit plus comment c’est fait. Il joue tellement bien la comédie qu’on ne sait plus comment c’est fait. Je cite souvent – ne serait-ce que pour prendre les choses au plus haut niveau – et je pense que je suis compris dans ces cas-là et que les deux personnes que je cite, on comprend que je les aime différemment, pour moi dans un même emploi : l’acteur, celui qui fait très bien les choses et qui montre un peu comment il aimerait qu’on réagisse, qui en rajoute souvent un peu, qui est quelquefois plus qu’abondant, qui souligne les choses, c’est Raimu. Et puis, le très grand comédien, qui peut jouer d’autre part tous les emplois  - et chaque fois on se dit il est celui-là! c’est lui! - c’est Harry Baur.
Et des parallèles comme ça on peut en faire à peu près dans tous les emplois. [...] acteur n’est pas forcément complètement péjoratif, loin de là mais, ça reste un petit peu démonstratif, ça reste un petit peu explicatif.

C. Sigel. - Tous les deux apportent, que ce soit Raimu et Harry Baur, un poids d’humanité. C’est ça aussi.

J-L Cochet.- Bien sûr.

Les discussions sur ce sujet restent tout de même assez floues.

Louis Jouvet écrivait pour sa part « L’acteur ne peut jouer que certains rôles ; il déforme les autres selon sa personnalité. Le comédien, lui, peut jouer tous les rôles. L’acteur habite un personnage, le comédien est habité par lui. » (Réflexions du comédien, 1938).
Cette définition me paraît claire.

jeudi 12 mars 2015

Journal : il n'y a pas de passion sans tourment

En immersion avec la famille Mann depuis quatre jours, trois films passionnants où s'entremêlent les personnages de la fiction et les documents réels sur Thomas Mann et les siens. Une des filles de Thomas Mann, Elisabeth Mann-Borgese, accompagne tout le film et témoigne avec beaucoup de pudeur de leur vie, intense et souvent tourmentée  :


A voir, dans l'ordre évidemment.

"Habile mélange de genres, entre fiction et documentaire, ce téléfilm alterne scènes jouées, documents d’archives et entretiens. Élisabeth Borgese-Mann, la benjamine des filles Mann, née en 1918, fait fonction de narratrice principale et sert de guide aux trois épisodes. Pour ancrer sa trilogie dans un cadre historique authentique, Heinrich Breloer a passé deux ans à interviewer quelque soixante personnes dont le destin a croisé, à un moment ou à un autre, celui de la famille Mann. Les scènes reconstituées ont été filmées à Almeria, Zurich, Lübeck et Munich, dans le sud de la France et dans les studios de la WDR à Cologne."
Le hasard (enfin non pas le hasard) m'a dirigé ensuite vers la RTS et une émission de Charles Sigel : Klaus Mann.

Mercredi 11 mars.

Je n'ai plus de courage, de force, d'énergie pour écrire mon journal. 
Vu la semaine dernière : Le dernier loup de J.J. Annaud. Regrets de ne pas l'avoir vu en version chinoise. Entendre des Chinois parler français me décevait, c'était incongru; je regarde beaucoup de films asiatiques en V.O. sous-titrés français, c'est incomparable. Un très beau film.
Terminé Soumission de Michel Houellebecq. Moins aimé que les précédents même si, toujours, qualité de l'écriture. Un thème qui ne me passionne pas ou plutôt je fais systématiquement un rejet quand les médias nous submergent de débats sur un sujet, un événement d'actualité. Il est probable que j'aurais été plus intéressée si ce livre était sorti avant les événements du 7 janvier. Je me demande ce qui peut me passionner aujourd'hui.
Découvert un écrivain : Georges Borgeaud; lecture en cours de cet auteur : Le Voyage à l'étranger (prix Renaudot en 1974). Me plaît beaucoup, plus que beaucoup. L'ai fait remonter du sous-sol de la médiathèque! Pour le centenaire de sa naissance viennent d'être publiées ses Lettres à ma mère.
Je parviens encore entre les journées vertigineuses ou migraineuses à sortir de la torpeur, à bousculer la fatigue. Efforts énormes, chaque jour, pour vivre la journée. Comme samedi dernier, pour me rendre à cette manifestation.
Tout me pèse. J'ai perdu ma joie de vivre. 
Ai passé mon temps à annuler et reporter des rendez-vous.
Ai tout de même pu jouer au golf hier et aujourd'hui en évitant de bouger la tête. Résultat? Excellent pour le jeu.
Le golf, mon bien-être. J'y oublie tout, même et surtout mon envie de mourir et puis, je te vois dans le ciel quand il y a un nuage ou dans une traînée blanche d'avion, tu me souris, tu m'encourages... à vivre (non c'est pas vrai, je mens).



mardi 17 février 2015

"La danse est la langue cachée de l'âme" (Martha Graham*)

Un beau visage, un regard emplit de lumière.


 La danseuse et chorégraphe Noemi Lapzeson, en 2008. 
[Charles Sigel - RTS]

"Un corps qui a dansé sans relâche, une vie durant, un côté félin, et des yeux tout à la fois bleus, gris et verts qui vous traversent. Telle est Noemi Lapzeson."   

 

Écouté ce matin un entretien de Laurence Froidevaux avec la chorégraphe. Noemi Lapzeson a la voix de son visage : douce, posée, sereine et sûrement un corps qui pense, titre d'un ouvrage que lui consacre la danseuse Marcella San Pedro.

 

* Noemi Lapzeson a travaillé de nombreuses années aux côtés de "Martha Graham, considérée comme l'une des chorégraphes fondatrices de la danse contemporaine."

 

Noemi Lapzeson évoque Martha Graham : C'était une dame avec une réputation énorme, elle n'était pas du tout ouverte à la parole, ni à se connaître. J'avais 16 ans, elle avait l'âge que j'aie maintenant [74 ans], donc il n'y avait pas relation entre nous. Après une année de son enseignement M. Graham me demande de rentrer dans la Compagnie; j'ai hésité puis accepté. C'était quelqu'un de terriblement brutal; il y avait en elle une forme de cruauté, de cynisme...

 

Dans cette vidéo où l'on voit Martha Graham, très âgée, lors d'un cours de danse, il est évident que son visage n'a rien de la douceur de celui de Noemi Lapzeson.


dimanche 21 septembre 2014

Elle était jeune et belle

 
Louise de Vilmorin (1902-1969)

J'écoutais ce matin l'émission de Charles Sigel : Louise de Vilmorin. Deux heures de gaîté, de drôlerie, de frivolités mais aussi de mélancolie. Un régal. A réécouter ici.

"Francis Poulenc disait joliment d'elle :
"Peu d'êtres m'émeuvent autant que Louise de Vilmorin : parce qu'elle est belle, parce qu'elle boîte, parce qu'elle écrit un français d'une pureté innée, parce que son nom évoque des fruits et des légumes, parce qu'elle aime d'amour ses frères et fraternellement ses amants. Son beau visage fait penser au XVIIème siècle, comme le bruit de son nom. Je l'imagine amie de "Madame" ou peinte par Philippe de Champaigne, en abbesse, un chapelet dans ses longues mains. Louise échappe toujours à l'enfantillage en dépit de sa maison de campagne où l'on joue autour des pelouses. L'amour, le désir, le plaisir, la maladie, l'exil, la gêne sont à la source de son authenticité.""

Et pour ceux qui ne prendront pas le temps de l'écoute et qui n'ont pas deux heures à "gagner", cette vidéo qui donne une idée de la personnalité de Louise de Vilmorin : une femme simple, pétillante, lucide et mélancolique, l'auteur du délicieux roman Madame de et qui parle de "l'âge" sans se voiler la face!





Je ne suis plus là pour personne,
Ô solitude ! Ô mon destin !
Sois ma chaleur quand je frissonne,
Tous mes flambeaux se sont éteints.

Tous mes flambeaux se sont éteints,
Je ne suis plus là pour personne
Et j’ai déchiré ce matin
Les cartes du jeu de maldonne.

Solitude, ô mon éléphant,
De ton pas de vague marine
Berce-moi, je suis ton enfant,
Solitude, ô mon éléphant.

Couleur de cendres sarrasines,
Le chagrin me cerne de près,
Emmène-moi dans la forêt
Dont les larmes sont de résine.

Si j’évite la mort, c’est que je veux pleurer
Tout ce qui me fut proche et ce qui m’a leurré.
Allons dans la forêt sous la sombre mantille
Que trame de tout temps la vertu des aiguilles.

Je ne veux plus revoir dans l’océan du ciel
La lune voyager en sa blondeur de miel,
Ni sa barque en croissant me priver d’une idylle
Qu’elle emporte à son bord parmi d’autres cent mille !

(Louise de Vilmorin, Solitude, ô mon éléphant, 1972)
Poème posthume.

Elle termina sa vie avec son amour de jeunesse, André Malraux.

Un entretien sur la RTS à voir et écouter...


lundi 26 mai 2014

L'ange dévasté

(née le à Zurich – morte le à Sils en Engadine)


Annemarie Schwarzenbach, en Engadine, 1936.
Photographe : inconnu.

Celle que Thomas Mann décrivait comme "un ange dévasté" et dont Roger Martin du Gard admirait "le beau visage d'ange inconsolable".

"En 1930, elle se lie d’amitié avec Klaus Mann et Erika Mann, les enfants de Thomas Mann, et elle les soutient dans leur lutte contre le nazisme."

Je la découvre :

 
"Elle est le troisième grand écrivain-voyageur suisse au vingtième siècle (avec Ella Maillart et Nicolas Bouvier), mais c’est avant tout une vie qu’on serait tenté de dire tragique, incroyablement remplie et brève, trente-quatre ans, une beauté, un charme fous et, à l’intérieur, un champ de ruines. Un parcours pathétique : la morphine, les confins de la folie, la camisole de force, plusieurs tentatives de suicide, d’innombrables cures de désintoxication.

Une vie qui s’interrompt tragiquement, juste au moment où, semble-t-il, la perspective de la libération, du détachement, d’une sorte de sérénité se faisait apercevoir."

"A Claude Clarac, qui fut son mari (étrange mariage, moitié amitié, moitié amour, lui préférait les garçons, elle savait ne pouvoir ressentir de la passion que pour les femmes), à Claude Clarac elle offre un jour l’une de ses photos, de celles où elle a ce regard étrange qui s’en va ailleurs; elle écrit au dos : "Peut-être toi, mon chéri, tu supporteras ce regard, c’est en fixant die dunkle Seite. Le côté obscur..""

"C’est une chose pathétique de la voir si tôt lucide sur le drame à venir de l’Europe, de la voir parcourir l’Asie, les États-Unis, l’Afrique, de la voir ouvrir les yeux sur la condition ouvrière en Amérique, ou dire des choses étonnamment prémonitoires sur la situation des femmes en Afghanistan, de la voir affirmer son indépendance et son dédain des préjugés, de la voir vivre et penser à rebours de la classe où elle est née et, en même temps, se perdre, se noyer, et d’ailleurs se noyer très consciemment : Je n’ai qu’une vie. Je veux la perdre, la consumer en l’espace d’un battement de cœur; mais j’ai vu des flammes, perçu des sons qui, telle une souffrance jaillissante, effaçaient tous les doutes, et des souvenirs traversent parfois comme des fleuves tout-puissants le paysage. Cent fois ma pauvre âme s’est éprise de la mort qui lui est refusée."

(Source L'humeur vagabonde, Charles Sigel)

Et, comment souvent, quand un écrivain m'intéresse, j'ai envie d'en savoir plus. Je fais quelques recherches, je découvre ce film  : Une Suisse Rebelle (extrait) mais on peut voir le film entier ici

 

Cette photo est de Marianne Breslauer
photographe que l'on voie dans le film





« Ce qui compte c’est d’accepter la condition de cette humanité sans accepter quoi que ce soit d’humiliant. Aimer, Ella, ce n’est pas un esclavage, c’est la noblesse même. L’expression délicieuse de notre désir de toucher le monde, de communiquer, et le désir finalement de trouver la mort non pas d’une manière hostile mais comme la solution très douce, la compréhension universelle, la fin de notre pénible limitation. Aimer, tout en acceptant la condition de notre solitude,  en se lançant encore et encore dans un élan amoureux vers le monde et l’être aimé. Accepter la douleur de notre condition sans nier que nous savons profondément notre amour désespéré, et rester courageux. C’est ce que je voulais dire. Je vois clairement la possibilité d’une vie plus heureuse plus juste et complète ; si elle ne m’est pas accordée, je serais reconnaissante déjà, d’en avoir connu le contact riche, doux et touchant. »

Lettre à Ella Maillart en mars 1941.


"Je pense à la rondeur brisée des cimes qui nous offraient leur luminescence bleutée.

Et je pense au ruisseau charmant qui, dans la chaleur de midi pendant la moisson, déversait des seaux de fraîcheur sur les pierres argentées,

Et à l’abreuvoir, où le soir les chevaux dorés secouaient leur crinière,

Et au désert.

Mais quand je me réveille la nuit,

Que mon regard quittant l’obscurité plane dans un air de plomb, aveugle et comme anéantie,

Et quand la vie alentour commence à bouger,

Quand ma main est sans force et que mes pieds sont loin,

Quand je ne m’appartiens plus et que, seules les pulsations de mon cœur solitaire murmurent comme les fontaines de mon enfance,

Et quand je dois dans de tels tourments toujours être à l’écoute,

Alors, l’agonie s’élève au-dessus de la lisière magique du monde plongé dans un profond sommeil.

Et je ne suis plus."

(Textes lus par Charles Sigel)
"Annemarie Schwarzenbach fut aussi photographe. "Une photographie n'est vraiment bonne que quand son message saute littéralement aux yeux de celui qui la regarde", note-t-elle alors qu'elle parcourt les Etats-Unis en compagnie d'une femme aimée, la photographe Barbara Wright. Le visage photographié d'Annemarie Schwarzenbach ravage les yeux de celui qui le regarde."
(Jean-Pierre Thibaudat, Libération).

"Le



dimanche 11 mai 2014

"... l"autre jour, je suis devenu vieux d'une seconde à l'autre..."

Journal. 

Vendredi 9 mai 2014. 

Nouvelle généraliste. Difficile en trois quart d'heure (tout de même) de résumer un parcours de patient - d'un certain âge - avec ses moult maux. Parlé des problèmes du moment (vertiges), les autres viendront lors de consultations ultérieures. Abordé ce qui me tient à cœur : la fin de vie, la vieillesse, l'euthanasie, les directives anticipées. 
Elle m'a écoutée, très attentivement, très sérieusement, je sentais là un peu d'empathie. Je lui ai dit :
- J'ai peur de vieillir, je refuse d'être maintenue en vie si je deviens un légume. Le ton était donné, d'emblée.
- Vous avez peur de vieillir ou vous avez peur de mal vieillir?
- J'ai peur de mal vieillir lui ai-je répondu. (Je lui ai menti. J'ai peur de vieillir un point c'est tout).
- Vous vieillirez bien me dit-elle, vous faites dix ans de moins que votre âge. Votre regard sur vous n'est pas le bon.
C'est ce qu'elle croit, ce qu'elle voit, parce que je suis légèrement maquillée, habillée "jeune", mais le matin, quand je me lève, c'est dix ans de plus que mon âge que je vois dans le miroir. 
Et je ne lui ai pas encore parlé des douleurs physiques... Pas tout le même jour.
Puis elle m'a auscultée, palpée, longuement.  Ça faisait des années qu'un médecin ne m'avait pas "palpée" ainsi. Je croyais que ça ne se faisait plus. C'est rassurant.
Le contact fut bon, encourageant.

Samedi 10 mai 2014.

Petit déjeuner puis shampoing en écoutant Flaubert par Charles Sigel. 
Fin de matinée :
Je fais un tour sur le blog de Dominique Chaussois. J'y vais souvent, pour sourire mais aussi pour sa mélancolie, qui ne m'a jamais échappée, proche de la mienne. Je lis ce billet que je me permets de reproduire ici. Je lui rends hommage :

Mercredi 28 mars 2012

  Il y a peu encore je croyais les bancs publics réservés exclusivement aux vieillards et aux désœuvrés. S’asseoir là pour attendre Dieu sait quoi avait pour moi quelque chose de socialement dégradant. Sauf à tenter de se donner une contenance en faisant semblant de lire ou de dessiner, le message adressé me paraissait clair : Voyez, je suis là pour voir passer le temps car je n’ai rien de mieux à faire, je suis seul et inutile, encore heureux que la société me permette de me poser là quasiment gratuitement, je n’ai qu’à bien me tenir.
  Voilà très exactement ce que je pensais. Avoir si mauvais esprit est l’une de mes rares qualités car, la paresse aidant, je sais d’expérience que posséder un esprit étriqué permet de réfléchir plus vite, vu l’étroitesse de l’espace, et qu’ainsi les conclusions, toutes sujettes à caution mais qu’importe, arrivent d’autant plus rapidement, quel gain de temps avouez.
  Tout ceci, c’était avant. Du temps de ma jeunesse. Mais voilà que l’autre jour, je suis devenu vieux d’une seconde à l’autre : le temps de poser mes fesses sur l’un de ces bancs et ce avec un naturel et une aisance qui m'autorisent à penser que je devais être vieux bien avant cet acte fondateur. D’autant que contrairement à ce que je redoutais le choc psychologique n’a pas été si rude. A dire vrai, je me suis senti immédiatement à ma place. Il n’y a pas de mots, et je dois avouer que cela m’arrange, pour décrire l’état de béatitude, d’hébétude plutôt, qui s’empare de vous dès lors que vous vous posez sur un banc. Il ne se passe rien, c’est heureux, car l’on a vite fait de se désintéresser de tout, des pigeons, des passants, des enfants qui s’emploient à soulever la poussière, et c’est à peine si vous jetez un œil sur un collègue assis à quelques mètres de là, tout aussi abruti que vous qui débutez pourtant.

Et ces deux autres billets, ne l'étaient pas moins, mélancoliques  : ironie, dérision.




"La mélancolie c'est le bonheur d'être triste."
Victor Hugo.

A méditer... et aussi :

" Donc voyez, j'écris pour rien. J'écris comme il faut écrire il me semble. J'écris pour rien. Je n'écris même pas pour les femmes. J'écris sur les femmes pour écrire sur moi, sur moi seule à travers les siècles."
Marguerite Duras. 

Fin d'après-midi :
Médiathèque pour déposer mes emprunts : L'Amour du prochain et un DVD, Sur la route; je n'avais pas vu le film à sa sortie, une adaptation du livre culte de Jack Kerouac que, je l'avoue honteusement, je n'ai pas lu. J'ai bien aimé. Sam Riley, l'acteur qui tient le rôle de l'écrivain m'a donné envie de lire le livre. C'est un long film, 2 h 30; pas vu le temps passer.
Ensuite, lèche-vitrines dans le centre-ville. Ma vitrine préférée... comme d'habitude. Je me demande pourquoi je préfère regarder les magasins pour hommes. Peut-être pour rêver de... Mais celui-ci c'est pour l'esthétique, l'originalité, le luxe. Un peu de futilité pour alléger la mélancolie.


(Cliquer pour voir les détails)


Messieurs, sortez de vos tiroirs vos mouchoirs de grand-père. 
Le dernier chic, les nouer autour du cou... propres, bien repassés, amidonnés.  Hum!