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mardi 16 avril 2019

L'âme de la cathédrale... un Ange avec quelque brûlure (Sainte-Beuve)






Notre-Dame de Paris s'enflamme, 
le drame 15 avril 2019
(Photos issues du web)

Lettre de Charles-Augustin Sainte-Beuve à Victor Hugo (les liens rompus entre eux sont renoués), il lui parle enfin de son roman* Notre-dame de Paris. Extrait.

Bruxelles,  ce 14 avril 1831

Mon cher ami, j'ai beaucoup pensé à vous depuis mon départ de Paris; [...]
[...]

Oh ! mon ami, je vous le dis d’ici en toute quiétude de cœur, en toute timidité d’âme, en toute plénitude d’effusion, et en étant moi-même, autant que je le puis être, il ne s’est rien brisé d’essentiel entre nous ; l’aigreur qui est venue de moi n’a été qu’à la surface et comme un dépit de maîtresse. Je suis à vous autant que jamais, à vous, homme loyal et fort, à vous, caractère constant et inébranlable, à vous, dont les opinions, même quand je ne les adopte pas, me passent sur la tête et me réduisent à admirer.
Il y a une chose dont j’ai à vous parler ; je ne l’ai pas fait là-bas ; c’est de votre roman*. Mon avis sincère est ceci : j’y distingue 1° l’expression fondamentale, générale, s’appliquant à tout, le style ; 2° la couleur locale, le sentiment historique, la forme architecturale se détachant en saillie et encadrant le reste ; 3° les caractères et personnages qui sont en jeu ; les groupes ou l’action résultant du jeu de ces personnages (pardon de cette sèche analyse, mais c’est pour plus de brièveté). Eh bien, quant au style, je le trouve unique, merveilleux, inventé en tout et pour tout, fin, fort, souple, colossal, opulent. S’il pèche, c’est par excès de qualité en tout sens, et parce qu’il est à trop haute dose tout ce qu’il est. 2° Quant à la couleur historique, merveilleuse encore ! Science, imagination, reconstruction vivante et au point de vue de l’art d’un passé déjà inconnu. – Je n’y trouverais à redire que la saillie excessive de toutes les parties du cadre, et l’absence des intervalles ordinaires et plus prosaïques qui tempèrent l’admiration dans la réalité. L’interprétation fantastique, si chère à l’antiquaire artiste, me paraît aussi l’emporter un peu trop souvent sur l’interprétation pieuse du croyant ou du moins de l’homme qui regrette la croyance – pour préciser, je n’aime pas que vous disiez de Quasimodo qu’il est l’âme de la cathédrale ; l’âme de la cathédrale, même avec sa fantaisie, ses grotesques et son portail hermétique, cette âme, c’eût été, selon moi, un Ange, avec quelque tache peut-être aux pieds ou aux ailes, avec quelque brûlure que lui aurait faite au doigt une étincelle échappée du fourneau de Nicolas Flamel ; mais c’eût été en somme un Ange chrétien, beau, fort, triste et grave dans sa prière éternelle. – 3° Les caractères sont créés et ineffaçables ; le prêtre est sublime de vérité et de profondeur, la petite Esmeralda est une merveille, la mère a des accents à faire pleurer les voix les plus viriles qui les voudraient prononcer. Le seul défaut ici, selon moi, c’est que quelques-uns de ces caractères, tout en tenant toujours par une observation vraie à la nature humaine, tout en se rattachant au tissu de cette nature, en traversent trop fréquemment la trame dans un sens ou dans un autre, dessus et dessous, en féerie ou en grotesque, vers le ciel ou vers l’enfer. Alors vous êtes plus volontiers vertical qu’horizontal par rapport à la trame humaine. – 4° Enfin vient l’action ; tout ce qu’elle a de fort, de dramatique, d’artistement édifié et architecturé, vous pouvez croire que je le sens et que je l’admire. Je ne vous ferai donc que ma critique. Vous rappelez-vous ce soir où je vous priais de nous dire si l’âme de la Esmeralda était sauvée ? Voici ce que j’entendais par là à une époque encore catholique (quoique Luther fût déjà né), avec le dogme de l’enfer et les foudres de l’excommunication à une époque encore féodale (quoique Louis XI y portât déjà la cognée), avec la guerre, la violence, et Montfaucon vous nous avez peint surtout le côté violent, sombre, déchirant, la face lugubre du catholicisme et par laquelle il touchait à la société brutale du dehors : le bûcher, la haine de l’hérétique et du maudit, vis-à-vis du gibet et de la guerre à mort de Louis XI contre les seigneurs ; ceci est bien ; mais n’aurait-il pas fallu pour compléter le tableau, pour illuminer d’en haut l’action, y faire luire le flambeau de foi qui n’était pas éteint alors, l’idée de cette vie éternelle à laquelle tous croyaient ; nous montrer cette espérance consolante du paradis et de la cité de Dieu, non pas en votre propre nom, mais dans les bouches et dans les vœux d’agonie de vos personnages ? En ce sens, je comprends que M. de Lamennais vous ait reproché de n’avoir pas été assez catholique. – Voilà tout ce que j’avais à vous dire en fait de critique ; quant aux éloges, ils ne tariraient pas. Mais comme je ne vous avais pas parlé là-bas de votre livre et que vous saviez combien j’avais dû y penser, je me serais reproché de ne pas vous ouvrir toute ma pensée, comme j’ai fait pour Cromwell, pour Hernani ; d’ailleurs croyez bien que vous ne m’avez jamais paru plus grand, plus fort, plus maître de votre puissance et plus libre de l’appliquer désormais à toutes choses. Mais, je vous supplie, pesez bien dans mes critiques, moins ce qui est particulier à Notre-Dame, que ce qui est général et ce qui touche par quelque point votre système complet d’art ; voyez s’il n’y aurait pas moyen, sans perdre aucune de vos qualités, de réduire à néant toutes nos discussions qui, bien ou mal soutenues, de notre part, doivent porter sur quelque chose de vrai, partant d’admirateurs aussi entiers de votre génie, que nous le sommes, Leroux et moi.
Vous me demanderez ce que je fais ici : rien encore. Je ne suis pas saint-simonien classé, ni ne le serai, soyez tranquille, bien que les aimant beaucoup, et logé dans leur maison. Je ne sais pour combien de temps je suis ici ; il y a des jours où il me prend idée qu’on y pourrait vivre et travailler comme ailleurs. Allez, mon ami, je suis bien vieux déjà ; ma sève ne bouillonne plus ; j’aspire à me reposer et à oublier ; mes cheveux s’éclaircissent par devant ; je ne désire plus grand’chose, j’ai perdu l’habitude d’espérer, et j’ai besoin que ceux à qui j’ai fait mal m’aiment et me pardonnent.
Vous m’écrirez un jour à votre aise et aussi brièvement que vous le voudrez. Je vous aurai peut-être écrit déjà une seconde fois auparavant. Dites-moi comment se porte madame Hugo, assurez-la de mon respectueux et inaltérable souvenir. Tâchez qu’elle aille aux eaux ou à la campagne, son mal n’est qu’un mal d’estomac, une gastrite nerveuse, et il céderait vite au grand air, à la promenade, à la distraction.
Mes amitiés à Leroux, c’est le bon côté de moi-même, qu’il me représente auprès de vous et que son amitié pour vous plaide pour moi. 
Adieu, mon cher ami, travaillez, mais sans trop vous fatiguer. Pressez votre rôle ; il est grand et peut l’être davantage encore, sinon dans les lettres, du moins en politique. À quoi en est l’affaire de la censure ?
Tout et toujours à vous.
Sainte-Beuve
Mes baisers à vos beaux enfants et à ma filleule en particulier.

Mais les liens renoués vont se dénouer et s'ensuit de superbes échanges épistolaires  qu'on peut lire ici.

mercredi 19 décembre 2018

"À insensé qui croit que je ne suis pas toi" (Victor Hugo, Les Contemplations)

C'est vrai, je confirme, j'écris de moins en moins ici. Je ne peux plus TOUT faire. Je dois faire des choix.
Écrire, peut-être demain? Pour dire quoi? Ce que j'ai fait aujourd'hui? 
Je peux le dire maintenant !

Ce matin.
10h. J'écoutais la troisième émission de la semaine dans Les Chemins de la Philosophie. Sujet de la semaine : L'attente. Quel programme. Attendre c'est un peu espérer, espérer que quelque chose va se passer (sauf que là c'est un Condamné à mort qui attend, il attend la mort). Moi Je, n'attends plus rien, tout est joué. Même la mort je ne l'attends pas. Surtout elle. Tsss! Elle ne me prendra pas, c'est moi qui l'inviterai, quand je déciderai (sauf accident). L'amour? Je ne l'ai jamais attendu, il s'est toujours présenté quand je ne l'attendais pas. C'était chouette... chez Laurette;-)). A propos de moi je, revenons à l'émission de ce matin, avec Victor Hugo. Ces mots avaient un sens (même sans être un Condamné à mort) :
"[...] est-ce que je puis avoir quelque chose à dire, moi qui n'ai plus rien à faire dans ce monde, et que trouverais-je dans ce cerveau flétri et vide qui vaille la peine d'être écrit?"
Je vous laisse plancher là-dessus, mon cerveau est flétri, comme ma peau. Mmm !

11h30.  La pluie s'est arrêtée, un rayon de soleil, vite courons - à pied - à la pharmacie chercher les médicaments prescrits, que je laisse dans un tiroir pour plus tard. Médiathèque, ma réservation est disponible, un film de Sara Forestier M, j'emprunte aussi Dersou Ouzala de Kurosawa que j'ai envie de revoir (2h20, épatant pour le 24 décembre).  (Hier j'ai vu au cinéma le film bouleversant de Hirokazu Kore-Eda, Une affaire de famille. Magnifique).
Il pleut. J'entre à Monoprix, je prends dans le rayon : crème de nuit anti-rides (c'est du pipeau), crème de jour et BB crème teintée; je vais à la caisse, il est midi queue pas possible; je vais remettre les crèmes en place. Je hais L'ATTENTE.
Je pars sans mes crèmes sous la pluie, un bus arrive, je le prends pour seulement deux stations, tant pis.

13h. Je mange un potage, un yaourt au muesli, un kiwi. Café - un carré de chocolat. J'écoute les infos sur France Inter? Référendum, pas référendum?  Etc. etc. Comme Clément Rosset JMFDT.

Cet après-midi.
14h. Je traîne. Je n'ai pas encore fait mon lit ni la vaisselle. La la lère. Je regarde le ciel, il se dégage un peu. Je décide d'aller à la déchetterie, j'en ai assez de voir mon couloir encombré d'un grand support en bois pour plante, pourri; un pot de peinture vide mais avec des restachou (mot breton qui signifie  les restes d'un repas), un appareil  à jet dentaire qui ne fonctionne plus, des bouteilles vides.  J'en profiterai pour aller quelques kilomètres plus loin prendre un bol d'air près de l'océan.

Et voilà : L'océan, mon amour.




Ce soir.
Une charmante lectrice m'écrit. Elle s'étonne que je n'écrive pas (plus). Alors, voilà, ce soir j'ai fait ce billet pour elle. Je crains qu'il ne soit pas "inspirant".
Avant de le commencer, j'étais en train de lire ces lignes :

"A relire la plupart de ces notations éparses, il a perdu la raison que peut-être il n'eut jamais de les mettre noir sur blanc. Qu'il les y ait mises toutefois et maintenues laisse conjecturer qu'elles répondirent en leur temps à quelque nécessité réelle, pour obscure qu'elle lui paraisse aujourd'hui, ne plus comprendre ce qu'on a voulu dire pouvant être le signe qu'on a dit l'essentiel, comme aussi bien la preuve d'une inaptitude à le formuler en termes intelligibles."

Louis-René des Forêts, in Ostinato, éditions Mercure de France, 1977.

mardi 27 décembre 2016

Vous chantiez aujourd'hui, et pourtant c'est l'hiver

Lundi 26 décembre.

Repos des gambettes.
Cinéma :  Manchester by the sea de Kenneth Lonergan. L'acteur (Casey Affleck), magistral! 

En sortant de la salle obscure, les lumières de la ville




Quimper by the river (*_*)

Mardi 27 décembre.

Balade.

L'arbre refuge




Ciel bleu
Vent glacial
Joie
Les oiseaux chantent, piaillent, 
ou se chamaillent.

Oh! les charmants oiseaux joyeux

Oh ! les charmants oiseaux joyeux !
Comme ils maraudent ! comme ils pillent !
Où va ce tas de petits gueux
Que tous les souffles éparpillent ?

Ils s'en vont au clair firmament ;
Leur voix raille, leur bec lutine ;
Ils font rire éternellement
La grande nature enfantine.


[...]

Victor Hugo (Extrait)

vendredi 1 avril 2016

Se souvient-on d'un nuage?


Gustav Klimt, Le Baiser
Huile sur toile recouverte de feuilles d'or, 1908-1909

"Le baiser frappe comme la foudre, l’amour passe comme un orage, puis la vie, de nouveau, se calme comme le ciel, et recommence ainsi qu’avant. Se souvient-on d’un nuage ?."

Guy de Maupassant, Pierre et Jean


Reçu cette semaine une invitation. Elle m'a fait sourire; il faut dire qu'en ce moment - disons depuis quelques semaines - mon regard sur les choses, les êtres est carrément obsédé : je transforme tout en amour, baiser et autres voluptés. Cette obsession ne m'est pas du tout bénéfique mais au contraire, me plombe dans ma réalité : vieillesse et solitude! Deux concepts, miens, qui sont désormais définitifs de ma finitude si j'ose le dire (mal) ainsi. Néanmoins, en recevant cette invitation, j'ai franchement ri et je me suis dit : décidément, ça me poursuit. Mon sort est aujourd'hui celui de la théorie plus que de la pratique. J'en ai pris conscience (et l'ai - difficilement - accepté) depuis quelques années : en vieillissant, théorise puisque tu ne pratiqueras plus. Pfff!




(Cliquer pour agrandir)

Le titre de l'exposition : La théorie des baisers. Foin de théorie, restons malgré tout dans la pratique... imaginaire. *Sourire*. Et cette 23e marche au 1er étage doit être vertigineuse;-).
Sur la photo de l'invitation : Dan Negoescu (?) sculptant une réplique du Baiser* de Rodin.

* "Son "grand bibelot" comme l'appelait Rodin, en réplique à l'audacieux Balzac." (Je l'ai dans ma salle de bain (oups!) et, pour le coup, c'est vraiment un bibelot, une reproduction de pacotille achetée en sortant du musée Rodin).

Dommage que Auvers-sur-Oise soit si loin... Olivier Verley fait de magnifiques photos... comme celle-ci, au cimetière d'Auvers-sur-Oise : Les 2 frères (Théo et Vincent Van Gogh).

"Tout ce qu'il y avait dans ton regard, dans tes paroles, dans le son de ta voix, dans tes baisers, dans tes caresses, les anges seuls pourraient le redire. Quand tu m'as quitté, j'étais enivré ; je t'ai suivie des yeux, sans sortir de la chambre, à travers les rues et les murailles ; il me semblait que je te voyais comme une forme lumineuse et heureuse. Il me restait quelque chose, en effet, de l'éblouissement de ta présence. Peu à peu cependant, ce beau soleil de joie s'est éteint dans mon cœur, j'ai regardé autour de moi, et je suis redevenu triste ; – tu n'étais plus là."

Victor Hugo, Lettre à Léonie d'Aunet.

 

dimanche 13 mars 2016

"L’Art, c’est le reflet que renvoie l’âme humaine éblouie par la splendeur du beau." (Victor Hugo)

Photos d'hier!


(Cliquer pour agrandir)

 Que de noms célèbres sur cette affiche!
Georges Perros, André Malraux, Louis Pasteur, Christian Voltz (?)
Place de l'Enfer... (Dante, Rodin, Delacroix)
Mais aussi Victor Hugo :
"L'enfer est tout entier dans ce mot : solitude".

 




L'ambiance était printanière dans le centre ville et les terrasses ensoleillées étaient prises d'assaut. Ces jeunes filles avaient trouvé la solution : s'asseoir par terre. Celle de gauche avait une peluche tête d'éléphant avec une énorme trompe, sur la tête. Trop tard, pas pu la photographier.
Je rentrais tranquillement le long des quais... je ne m'étais pas reposée, le temps d'un thé; j'en avais mal aux gambettes.  Ce n'était pas un temps pour les jambes cassées (0_0).


Le ciel de ce dimanche annonce encore une belle journée. 
Écouté ce matin une intéressante analyse par Jean de Loisy, en compagnie de Alain Fleisher, des œuvres érotiques et des personnalités de deux artistes : Victor Hugo et Auguste Rodin, à propos de l'exposition  (terminée) qui s'est tenue à la Maison Victor Hugo à Paris : Eros Hugo, entre pudeur et excès.
Passionnant.
Émission  Les Regardeurs sur France Culture.


Pour conclure l'émission :

J. de Loisy. - L’un des derniers livres – dont vous allez me rappeler le titre - que j’ai lu de vous, était le récit d’un jeune homme à Sils Maria, qui tout d’un coup devient l'héritier d’une collection tout à fait gigantesque.

A. Fleisher.- En effet, ça s’appelle Effondrement. C’est le premier livre dont je traite d’un sujet contemporain, parce que mes livres ont souvent été marqués par une sorte de mélancolie, de l’Europe disparue. Mais il est question d’Art Contemporain parce qu’en effet, ce jeune homme qui est pianiste, qui s’est éloigné de son père, sous l’influence de sa mère, hérite de la plus grande collection d’art contemporain qui soit, qu’il juge comme une accumulation de cochonneries, et qu’il décide de mettre en vente. Ce qui provoque un soulèvement du marché de l’art. Attention, je ne parle pas du milieu de l'art mais du marché de l'art.

J’ai la plus grande admiration pour des artistes contemporains, par contre je suis très critique par rapport au marché de l’art, c’est-à-dire, à l’art devenu marchandise.

J. de Loisy. - On peut dire que, ce dont on a parlé aujourd’hui, cette Odalisque de Victor Hugo, ces dessins de Rodin, on en est bien loin ; ce sont les parties les plus intimes du travail, celles qui n’ont été révélées que bien plus tard en fait.

A. Fleisher. – Et qui sont essentielles. Elles sont au cœur de la création artistique, elles sont des moteurs. Et je pense que, un des moteurs de tout artiste c’est le désir, qui peut prendre des formes différentes, mais le désir est essentiel. Sans désir  il n’y a pas d’art.

 

dimanche 6 mars 2016

Dans le trou, en un clin d'oeil

Plus champêtre que ce Pitch &Putt, ça n'existe pas!
Ce dimanche, en fin de matinée...




... et...

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,

[...]
[...]
 
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.


Victor Hugo, Les Contemplations.

dimanche 1 septembre 2013

Ce soir je regardais le ciel...

 

 ... à 19 heures (en contrejour) au bord de la mer,



... à 21 heures, en ville, de ma terrasse.

 


Un soir que je regardais le ciel

 

Elle me dit, un soir, en souriant :
- Ami, pourquoi contemplez-vous sans cesse
Le jour qui fuit, ou l'ombre qui s'abaisse,
Ou l'astre d'or qui monte à l'orient ?
Que font vos yeux là-haut ? je les réclame.
Quittez le ciel; regardez dans mon âme !

Dans ce ciel vaste, ombre où vous vous plaisez,
Où vos regards démesurés vont lire,
Qu'apprendrez-vous qui vaille mon sourire ?
Qu'apprendras-tu qui vaille nos baisers ?
Oh! de mon coeur lève les chastes voiles.
Si tu savais comme il est plein d'étoiles !

Que de soleils ! vois-tu, quand nous aimons,
Tout est en nous un radieux spectacle.
Le dévouement, rayonnant sur l'obstacle,
Vaut bien Vénus qui brille sur les monts.
Le vaste azur n'est rien, je te l'atteste ;
Le ciel que j'ai dans l'âme est plus céleste !

C'est beau de voir un astre s'allumer.
Le monde est plein de merveilleuses choses.
Douce est l'aurore et douces sont les roses.
Rien n'est si doux que le charme d'aimer !
La clarté vraie et la meilleure flamme,
C'est le rayon qui va de l'âme à l'âme !

L'amour vaut mieux, au fond des antres frais,
Que ces soleils qu'on ignore et qu'on nomme.
Dieu mit, sachant ce qui convient à l'homme,
Le ciel bien loin et la femme tout près.
Il dit à ceux qui scrutent l'azur sombre :
"Vivez ! aimez ! le reste, c'est mon ombre !"

Aimons ! c'est tout. Et Dieu le veut ainsi.
Laisse ton ciel que de froids rayons dorent !
Tu trouveras, dans deux yeux qui t'adorent,
Plus de beauté, plus de lumière aussi !
Aimer, c'est voir, sentir, rêver, comprendre.
L'esprit plus grand s'ajoute au coeur plus tendre.

Viens, bien-aimé ! n'entends-tu pas toujours
Dans nos transports une harmonie étrange ?
Autour de nous la nature se change
En une lyre et chante nos amours.
Viens ! aimons-nous ! errons sur la pelouse
Ne songe plus au ciel ! j'en suis jalouse

[...]

Victor Hugo

lundi 17 juin 2013

Contemplation, communion...

Hier sur le chemin de halage... La "boule blanche" était posée sur l'épaule du compagnon. Au moment où j'ai sorti mon appareil de photo de ma poche, la femme s'est redressée. J'ai raté le doux instant d'abandon. Tant mieux, il leur appartient. Photo volée, rapidement...


Vieillir à deux
 
Quand deux coeurs en s'aimant ont doucement vieilli
Oh ! quel bonheur profond, intime, recueilli !

Amour, hymen d'en haut ! O pur bien des âmes !
Il garde ses rayons même en perdant ses flammes.

Ces deux coeurs qu'il a pris jadis n'en font plus qu'un
Il fait des souvenirs de leur passé commun.

L'impossibilité de vivre l'un sans l'autre
Chérie, n'est-ce-pas, cette vie est la nôtre !

Il a la paix du soir avec l'éclat du jour,
Et devient l'amitié tout en restant l'amour
 
Victor Hugo 

mardi 15 février 2011

Une promenade ordinaire



Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo(03 septembre 1847), extrait des Contemplations