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mardi 5 novembre 2013

Je t'en prie n'attends pas la fin de la vie... Débranche!

Parfois je n'en peux plus d'écouter France Culture, surtout quand j'oublie que je l'écoute et que brusquement je me dis : mais ça, ça ne t'intéresse pas. Éteins! Alors j'ai envie de TOUT débrancher et surtout, tout ce qui est culturel. Overdose! Me reposer, rêver, ne penser à rien (ça c'est impossible), ne rien écouter, même pas de la musique. Alors j'éteins la radio.  A ce moment-là, j'ai envie de choses futiles, que l'on décide pour moi, de devenir idiote, passive et j'allume la télévision. Mon compte est bon! En cinq minutes mes (faux) désirs sont devenus réalités! J'éteins. Rideau!

Et puis le lendemain, quand la journée redémarre, c'est plus fort que moi, j'allume la radio, j'écoute France Culture et, comment dire, le moment est heureux, très heureux, comme hier en écoutant (en découvrant) Albert Cossery et, ce matin, la correspondance entre Albert Camus et René Char; matinées lumineuses.

Juste ça, seulement ça, je n'ai retenu que ça ce matin et ça me suffit.

"Ne te courbe que pour aimer".
René Char, Feuillets d'Hypnos.

"[...] l’obstination de la douceur".
Albert Camus, La postérité du soleil.

lundi 23 septembre 2013

"Je me révolte, donc nous sommes." *

 
En écoutant hier Raphaël Enthoven dans son émission Le Gai savoir, cette phrase* de Albert Camus dans L'Homme révolté, m'a interpellée. Passer du je singulier au nous collectif. J'ai dû interrompre l'écoute de l'émission... pour observer un vol inouï de mouettes rieuses très bruyantes. (Je farnientais sur ma terrasse, oui c'est l'été indien). 
Ce matin j'ai donc cherché l'explication de cette étrangeté que même les "apprentis" philosophes doivent connaître (sauf moi) :

La révolte [3]

Voici le premier progrès que l'esprit de révolte fait faire à une réflexion d'abord pénétrée de l'absurdité et de l'apparente stérilité du monde. Dans l'expérience absurde, la souffrance est individuelle. À partir d'un mouvement de révolte, elle a conscience d'être collective, elle est l'aventure de tous. Le premier progrès d'un esprit saisi d'étrangeté est donc de reconnaître qu'il partage cette étrangeté avec tous les hommes et que la réalité humaine, dans sa totalité, souffre de cette distance par rapport à soi et au monde. Le mal qui éprouvait un seul homme devient peste collective. Dans l'épreuve quotidienne qui est la nôtre, la révolte joue le même rôle que le cogito dans l'ordre de la pensée : elle est la première évidence. Mais cette évidence tire l'individu de sa solitude. Elle est un lieu commun qui fonde sur tous les hommes la première valeur. Je me révolte, donc nous sommes.
(Source : Philo5) 
"Après avoir lu – et relu – votre Homme révolté j’ai cherché qui et quelle oeuvre de cet ordre – le plus essentiel – avait pouvoir d’approcher de vous et d’elle en ce temps ? Personne et aucune oeuvre. C’est avec un enthousiasme réfléchi que je vous dis cela. Ce n’est certes pas dans le carré blanc d’une lettre que le volume, les lignes et l’extraordinaire profonde surface de votre livre peuvent être résumés et proposés à autrui. D’abord j’ai admiré à quelle hauteur familière (qui ne vous met pas hors d’atteinte, et en vous faisant solidaire, vous expose à tous les coups) vous vous êtes placé pour dévider votre fil de foudre et de bon sens. Quel généreux courage ! quelle puissante et irréfutable intelligence tout au long ! (Ah ! cher Albert, cette lecture m’a rajeuni, rafraîchi, raffermi, étendu. Merci.) Votre livre marque l’entrée dans le combat, dans le grand combat intérieur et externe aussi des vrais, des seuls arguments – actions valables pour le bienfait de l’homme, de sa conservation en risque et en mouvement. Vous n’êtes jamais naïf, vous pesez avec un scrupule. Cette montagne que vous élevez, édifiez tout à coup, refuge et arsenal à la fois,support et tremplin d’action et de pensée, nous serons nombreux, croyez-le, sans possessif exagéré, à en faire notre montagne. Nous ne dirons plus « Il faut bien vivre puisque... » mais « cela vaut la peine de vivre parce que... » Vous avez gagné la bataille principale, celle que les guerriers ne gagnent jamais. Comme c’est magnifique de s’enfoncer dans la vérité. 
Je vous embrasse." 
(René Char)

(Lettre empruntée ici)