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jeudi 20 juin 2019
vendredi 3 avril 2015
mercredi 14 mai 2014
Homme d'absolu et de contraste, Léon Bloy
Hier j'écoutais Pas la peine de crier. L'invité était Didier da Silva pour son livre L'ironie du sort, que j'ai lu, mais je ne savais comment en parler ici, tant cet ouvrage, court mais dense, ne peut entrer dans aucune catégorie (fiction, autofiction, essai, roman...). Enfin si, dans celle de la (belle) Littérature.
J'ai relevé un jour dans le blog de cet écrivain cette phrase de Paul Léautaud :
"Ce qui fait le mérite d’un livre, ce ne sont pas ses qualités ou ses défauts. Il tient tout entier en ceci : qu’un autre que son auteur n’aurait pas pu l’écrire. Tout livre qu’un autre que son auteur aurait pu écrire est bon à mettre au panier."
J'ai relevé un jour dans le blog de cet écrivain cette phrase de Paul Léautaud :
"Ce qui fait le mérite d’un livre, ce ne sont pas ses qualités ou ses défauts. Il tient tout entier en ceci : qu’un autre que son auteur n’aurait pas pu l’écrire. Tout livre qu’un autre que son auteur aurait pu écrire est bon à mettre au panier."
Dans cet entretien avec Marie Richeux le nom de Léon Bloy est revenu à deux ou trois reprises ce qui, ce matin - alors que je me tâtais encore de savoir si j'allais avoir le courage d'attaquer ma peinture ou pas - m'a fait ressortir de ma bibliothèque ce livre (acheté il y a longtemps dans un vide grenier de campagne, pour une bouchée de pain) : Un Héraut de Dieu, Léon Bloy du Dr. Paul Carton, édition Docteur Paul Carton, 1936.
Ma connaissance de Léon Bloy est je l'avoue très superficielle (même s'il m'arrive de le découvrir ici ou plus récemment là) et je devrais y remédier, ne serait-ce que par la lecture de ce livre. Les livres à lire, empruntés, achetés, sortis de mes étagères, commencent à s'accumuler sur ma table de salon; mais ils sont là, bien en vue, ce qui me permet déjà de les ouvrir, de les parcourir et même de m'attarder sur quelques chapitres comme celui de L'étude graphologique dans ce Héraut de Dieu, concrétisé par de superbes reproductions de lettres manuscrites de Léon Bloy.
Ma connaissance de Léon Bloy est je l'avoue très superficielle (même s'il m'arrive de le découvrir ici ou plus récemment là) et je devrais y remédier, ne serait-ce que par la lecture de ce livre. Les livres à lire, empruntés, achetés, sortis de mes étagères, commencent à s'accumuler sur ma table de salon; mais ils sont là, bien en vue, ce qui me permet déjà de les ouvrir, de les parcourir et même de m'attarder sur quelques chapitres comme celui de L'étude graphologique dans ce Héraut de Dieu, concrétisé par de superbes reproductions de lettres manuscrites de Léon Bloy.
En préambule, Paul Carton écrit :
"Au moment de prendre la plume pour parler de Léon Bloy, on est tenté de reculer devant la difficulté de présenter une personnalité aussi douloureuse, aussi vibrante, aussi étrange et aussi contradictoire. Quand on a fouillé tous les replis de son caractère, étudié les richesses de son génie, découvert la puissante unité mystique de sa vie, derrière les contradictions et les instabilités qui l'émaillent, on reste en suspens, devant la complexité des documents recueillis, pour en présenter une synthèse juste et équilibrée. [...]"
Chapitre VII
Étude graphologique
En clinique médicale, il importe, pour bien connaître le caractère et le tempérament d'un sujet, de ne pas se borner à l'étude mécanique de sa pression artérielle, à l'examen radiographique de ses viscères, à l'analyse sérologique de son sang. [...]
[...]
On a pu dire que le style c'est l'homme. On peut ajouter que l'écriture, c'est l'homme, parce que le tracé des petits gestes, inscrits par la main sur le papier, varie avec le degré personnel de sensibilité, de volonté, d'intelligence et d'évolution. L'écriture constitue même une empreinte et un cachet si personnels, que pas une écriture n'est identique à une autre, pas plus que les détails de la figure ou de la main ne sont identiques d'un sujet à un autre.
Certes, la totalité des tendances vitales, mentales et spirituelles ne peut être révélée que par l'étude d'un seul des genres d'expression formelle ou gesticulaire d'un sujet ( face, mains, écriture, contraction ostéomusculaire). [...]
L'écriture, si elle ne peut pas tout fournir, contribue toujours à fixer certaines tendances du caractère avec une telle certitude et une telle précision qu'il est impossible d'être bon psychologue ou bon médecin, si l'on n'est pas instruit des signes graphologiques et si l'on ne s'en sert pas, pour dépister ces tendances si souvent masquées.
[...]
Un caractère aussi complexe et aussi exubérant que celui de Léon Bloy devait s'exprimer avec originalité et vigueur dans toutes ses manifestations. C'est ce que l'étude de son écriture révèle, en effet, en apportant à son sujet un contrôle et un complément d'information, très importants.
Cette intensité d'expression personnelle que Bloy s'était appliqué à transférer dans son graphisme n'avait pas échappé à certains de ses amis, bien qu'ils ne fussent pas graphologues.
[...] :
"Il possédait une écriture magnifique, pleine, appuyée, extrêmement forte comme sa pensée, et très lisible, une écriture d'enlumineur de missels, de moine du XIVe siècle, absolue en un mot comme lui; et il en administrait des rasades ragaillardissantes à tous ceux qui lui demandaient un conseil, aux plus déshérités que lui. Il était le pauvre qui donne, le théologien de la misère. Il faisait largesse de sa foi. Sans doute existe-t-il de lui, par le monde, de nombreuses correspondances inédites."
(Léon Daudet. Léon Bloy. La revue Universelle; 15 janvier 1930.).
[...] Barbey d'Aurevilly et Hello, avaient eu aussi l'intuition de l'importance des tracés de l'écriture pour révéler l'état d'esprit personnel. Barbey d'Aurevilly dont l'écriture était sabrée de lancements extravagants écrivait à Bloy :
"Mon cher monsieur Bloy, je vous lance ceci, après avoir lancé mon article à la poste. Je suis le Sagittaire toujours." (Lettres à Léon Bloy.)
Quelquefois, l'écriture de Barbey d'Aurevilly manquait de sa fermeté habituelle. Il s'en explique :
"Si mon écriture n'a pas sa fermeté ordinaire, monsieur le Docteur ès écritures, la faute en est à ma chatte, Griffette-Tigrinette, qui est assise entre mes deux épaules, pendant que je vous écris, et qui pile du poivre avec ses deux pattes, dans mon dos. Elle se soucie peu, la drôlesse, de la beauté des écritures, et même de tout, excepté de déjeuner. Elle a tous les vices, et je l'aime pour cela, comme Talleyrand aimait Montrond." (Barbey d'Aurevilly, Lettres à Léon Bloy. p. 170)"
Chapitre VII
Étude graphologique
En clinique médicale, il importe, pour bien connaître le caractère et le tempérament d'un sujet, de ne pas se borner à l'étude mécanique de sa pression artérielle, à l'examen radiographique de ses viscères, à l'analyse sérologique de son sang. [...]
[...]
On a pu dire que le style c'est l'homme. On peut ajouter que l'écriture, c'est l'homme, parce que le tracé des petits gestes, inscrits par la main sur le papier, varie avec le degré personnel de sensibilité, de volonté, d'intelligence et d'évolution. L'écriture constitue même une empreinte et un cachet si personnels, que pas une écriture n'est identique à une autre, pas plus que les détails de la figure ou de la main ne sont identiques d'un sujet à un autre.
Certes, la totalité des tendances vitales, mentales et spirituelles ne peut être révélée que par l'étude d'un seul des genres d'expression formelle ou gesticulaire d'un sujet ( face, mains, écriture, contraction ostéomusculaire). [...]
L'écriture, si elle ne peut pas tout fournir, contribue toujours à fixer certaines tendances du caractère avec une telle certitude et une telle précision qu'il est impossible d'être bon psychologue ou bon médecin, si l'on n'est pas instruit des signes graphologiques et si l'on ne s'en sert pas, pour dépister ces tendances si souvent masquées.
[...]
Un caractère aussi complexe et aussi exubérant que celui de Léon Bloy devait s'exprimer avec originalité et vigueur dans toutes ses manifestations. C'est ce que l'étude de son écriture révèle, en effet, en apportant à son sujet un contrôle et un complément d'information, très importants.
Cette intensité d'expression personnelle que Bloy s'était appliqué à transférer dans son graphisme n'avait pas échappé à certains de ses amis, bien qu'ils ne fussent pas graphologues.
[...] :
"Il possédait une écriture magnifique, pleine, appuyée, extrêmement forte comme sa pensée, et très lisible, une écriture d'enlumineur de missels, de moine du XIVe siècle, absolue en un mot comme lui; et il en administrait des rasades ragaillardissantes à tous ceux qui lui demandaient un conseil, aux plus déshérités que lui. Il était le pauvre qui donne, le théologien de la misère. Il faisait largesse de sa foi. Sans doute existe-t-il de lui, par le monde, de nombreuses correspondances inédites."
(Léon Daudet. Léon Bloy. La revue Universelle; 15 janvier 1930.).
[...] Barbey d'Aurevilly et Hello, avaient eu aussi l'intuition de l'importance des tracés de l'écriture pour révéler l'état d'esprit personnel. Barbey d'Aurevilly dont l'écriture était sabrée de lancements extravagants écrivait à Bloy :
"Mon cher monsieur Bloy, je vous lance ceci, après avoir lancé mon article à la poste. Je suis le Sagittaire toujours." (Lettres à Léon Bloy.)
Quelquefois, l'écriture de Barbey d'Aurevilly manquait de sa fermeté habituelle. Il s'en explique :
"Si mon écriture n'a pas sa fermeté ordinaire, monsieur le Docteur ès écritures, la faute en est à ma chatte, Griffette-Tigrinette, qui est assise entre mes deux épaules, pendant que je vous écris, et qui pile du poivre avec ses deux pattes, dans mon dos. Elle se soucie peu, la drôlesse, de la beauté des écritures, et même de tout, excepté de déjeuner. Elle a tous les vices, et je l'aime pour cela, comme Talleyrand aimait Montrond." (Barbey d'Aurevilly, Lettres à Léon Bloy. p. 170)"
Ailleurs, il dit encore :
"J'écris avec une plume trop fine et qui m'impatiente autant que ma chatte placée et remuant sur mes genoux avec le plus insupportable despotisme, pendant que je vous écris." (Barbey d'Aurevilly, Lettres à Léon Bloy. p. 199)
"J'écris avec une plume trop fine et qui m'impatiente autant que ma chatte placée et remuant sur mes genoux avec le plus insupportable despotisme, pendant que je vous écris." (Barbey d'Aurevilly, Lettres à Léon Bloy. p. 199)
[...] Le 11 septembre 1877, il recommence la même plainte : "Je vous écris dans ma main et en proie à ma chatte, qui me cravate et me pousse et dispose de moi, comme le chien de Beaumarchais disposait de lui... Écriture de chat, causée par un chat." (p. 227)
[...]
[...]
Ce qui frappe d'abord en examinant de nombreuses lettres de Léon Bloy (nous en avons sous les yeux une cinquantaine, dont nous en avons extrait les spécimens les plus différents pour en composer un recueil d'exemples, reproduit ici), c'est à la fois la richesse, la diversité et l'opposition des nombreuses espèces d'écriture que l'on peut y découvrir."
Je découvre donc ce matin en parcourant Un Héraut de Dieu, Léon Bloy (en dehors de ce chapitre sur l'étude de la graphologie) un homme d'absolu et de contrastes qui me donne envie d'en savoir plus. Ci-dessous quelques lettres de Léon Bloy que j'ai photographiées dans l'ouvrage.
"... La philosophie m'ennuie, la théologie m'assomme, les paroles sans amour me sont inintelligibles, les raisonnements de sages m'apparaissent comme un cloaque de ténèbres et l'orgueil de l'esprit humain me fait vomir." (Léon Bloy. Lettres à sa fiancée)
Journal
Ce mercredi.
Enfin une journée sans pluie! Ce matin donc, commencé peinture extérieure des fenêtres, à l'ombre. Petite pause, plein soleil, attendre qu'il se cache derrière le pignon pour poursuivre. Ai fait seulement deux fenêtres...
[...]
[...]
Ce qui frappe d'abord en examinant de nombreuses lettres de Léon Bloy (nous en avons sous les yeux une cinquantaine, dont nous en avons extrait les spécimens les plus différents pour en composer un recueil d'exemples, reproduit ici), c'est à la fois la richesse, la diversité et l'opposition des nombreuses espèces d'écriture que l'on peut y découvrir."
Je découvre donc ce matin en parcourant Un Héraut de Dieu, Léon Bloy (en dehors de ce chapitre sur l'étude de la graphologie) un homme d'absolu et de contrastes qui me donne envie d'en savoir plus. Ci-dessous quelques lettres de Léon Bloy que j'ai photographiées dans l'ouvrage.
Et quelques lettre de Barbey d'Aurevilly ci-après
"... La philosophie m'ennuie, la théologie m'assomme, les paroles sans amour me sont inintelligibles, les raisonnements de sages m'apparaissent comme un cloaque de ténèbres et l'orgueil de l'esprit humain me fait vomir." (Léon Bloy. Lettres à sa fiancée)
Journal
Ce mercredi.
Enfin une journée sans pluie! Ce matin donc, commencé peinture extérieure des fenêtres, à l'ombre. Petite pause, plein soleil, attendre qu'il se cache derrière le pignon pour poursuivre. Ai fait seulement deux fenêtres...
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mercredi 7 août 2013
C'était un beau réveil...
Je regardais mes mails en prenant mon petit déjeuner ce matin. Info, intox, addiction? Comme on voudra. Mais en lisant ceci, je me suis arrêtée de grignoter mes toasts et de siroter mon thé. Ça valait largement la lecture d'un quotidien. Voilà qui me donnait envie de cesser d'écrire ici, des inepties, des Moi Je, des J'ai lu, sans intérêt. Je trouvais ce Journal beau, intéressant, de belle facture littéraire. Hier, c'est cette vidéo, de l'auteur, qui m'a éblouie.
Puis j'ai repris ma dégustation de toasts et de thé en écoutant la lecture de cette lettre d'amour. Je recommande d'ailleurs l'écoute de ces cinq minutes matinales quotidiennes : La boîte à lettres, qui nous fait entendre des lettres de "l'histoire littéraire, politique, amoureuse..."
Oui, il est serait temps que j'arrête d'écrire ici.
(A suivre)...
mardi 16 octobre 2012
***
Il fallait que je profite d'une journée ensoleillée après ces derniers jours pluvieux. Je n'avais pas le courage de finir mes vitres et, j'avais envie de taper dans la balle pour vérifier que mon score de la semaine dernière n'était pas seulement un miracle.
The old lady était là, elle me devançait sur le parcours. Je ralentissais mon jeu pour ne pas la talonner; je sais qu'elle préfère jouer seule. Nombreux sont les golfeurs qui aiment jouer seuls plutôt que d'être accompagnés de partenaires pénibles. Heureusement, ils ne le sont pas tous.
90 ans et les gambettes alertes! La voilà dans le bunker, elle en sortira après trois coups, qu'importe. Elle prend l'air, marche, se fait plaisir, fait travailler ses articulations qui, ma foi, ont l'air bien huilées. Admiration!
The old lady était là, elle me devançait sur le parcours. Je ralentissais mon jeu pour ne pas la talonner; je sais qu'elle préfère jouer seule. Nombreux sont les golfeurs qui aiment jouer seuls plutôt que d'être accompagnés de partenaires pénibles. Heureusement, ils ne le sont pas tous.
90 ans et les gambettes alertes! La voilà dans le bunker, elle en sortira après trois coups, qu'importe. Elle prend l'air, marche, se fait plaisir, fait travailler ses articulations qui, ma foi, ont l'air bien huilées. Admiration!
The old lady me laisse passer au trou suivant. Tant mieux, ainsi elle marchera selon son rythme qui est tout de même exceptionnel pour son âge. Je sentais qu'elle se pressait pour ne pas me faire attendre. Arrivée à sa hauteur, je lui serre la main et lui demande - par politesse - si elle préfère continuer seule. Je connaissais la réponse. Nous nous souhaitons une bonne partie...
J'ai retrouvé mes sensations pour le petit jeu après des semaines de galère. Le miracle s'est reproduit, tout va bien!
De retour à la maison je poursuis ma lecture : Flaubert, Lettres à Louise Colet. Quel régal! Je remercie Didier da Silva dont l'extrait dans son blog m'a procuré "une joie profonde et large" et donné l'envie de lire cette correspondance. Je ne suis d'ailleurs pas la seule à avoir été enthousiasmée, François Matton y est allé de sa plume experte et jubilatoire.
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samedi 30 avril 2011
Nota Bene : "Walseriana"
Pour poursuivre avec l’œuvre de Robert Walser, quelques très beaux extraits dans le blog Les idées heureuses, renommé Danses de travers. Ne pas omettre de cliquer aussi sur la deuxième page...
Comment ne pas avoir envie de lire tout Robert Walser après la lecture de ces textes choisis par Didier da Silva.
Comment ne pas avoir envie de lire tout Robert Walser après la lecture de ces textes choisis par Didier da Silva.
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dimanche 20 février 2011
Une petite forme et une belle rencontre

J’ai lu ce "petit" livre en jubilant. Il faut l’avoir sous les yeux pour comprendre ma jubilation ; je peux transcrire ici des extraits du texte mais, ce qui fait le bonheur de cette lecture, ce sont aussi les dessins qui ponctuent le texte et vous arrachent un vrai rire - cette jubilation donc - au moment où vous commenciez à prendre très au sérieux le « je » mélancolique du narrateur, Didier da Silva. Vraiment jouissif. Les auteurs sont en grande forme.
Un extrait, mais vraiment, j’ai honte de le sortir de son contexte, sans les merveilleux dessins de François Matton que je représente par ces signes, oOoOoOo, que l’artiste me pardonne :
Je corrigeais des romans d’amour.
oOoOoOo
Des romans de trois cent cinquante pages, dits encore à l’eau de rose ou de gare – le pendant littéraire, si l’art est un homard, des bâtonnets de surimi.
oOoOoOo
Qu’il vente ou pas, tous les quinze jours, depuis toutes ces années (la fleur de ma jeunesse), j’en recevais, par retour de mail, sitôt que j’en avais retapé un, un autre (le même).
oOoOoOo
L’amour et les romans n’en sortaient que grandis.
oOoOoOo
Et c’était là, tout de même, si on voulait bien y réfléchir cinq minutes, un métier bizarre, grotesque, improbable. Car enfin une telle chose ne se trouvait possible que par l’existence préalable de la cuculterie romantique, du mariage comme horizon indépassable, du machisme, de la psychologie de bazar, de l’imprimerie, des avides imprimeurs, du pléonasme, d’un lectorat féminin et vaste sommairement alphabétisé, de la grande distribution, de l’Internet, des tourniquets dans les maisons de la presse, du lieu commun, de la grammaire et de l’orthographe.
C’était se donner beaucoup de mal pour simplement m’empoisonner la vie.
oOoOoOo
Ma mère quand je lui faisais part de mes douleurs dorsales, me vantait les mérites d’une ceinture médicale, dont j’étais d’autant plus bête de me priver quelle était, merveille des merveilles, « entièrement remboursée par la Sécurité Sociale » ; mais je rechignais un peu à l’idée de la rejoindre si benoîtement dans le troisième âge.
oOoOoOo
Allons, n’y avait-il pas encore d’autres choses à tenter, comme ces exercices simplissimes dont un ami m’avait fait la démonstration
oOoOoOo
ou ces longueurs de piscine que je m’essoufflais à additionner (plus que trois et le compte est bon !),
oOoOoOo (Je ne vous dis pas le fou-rire en voyant les dessins (0_0))
déterminé en quittant le bassin à y retourner au moins tous les jours mais détourné bien vite de cet honorable dessein par le premier prétexte venu (là aussi il n’y a qu’à se baisser, aïe) ?
oOoOoOo
Si j’ose dire, le travail avait bon dos. J’aimais être assis, même lorsque la Nécessité (avec une grande haine) n’exerçait sur moi aucune contrainte par corps.Didier de Silva, François Matton, in Une petite forme, éditions P.O.L., 2011.
Ce livre est le résultat d'une belle rencontre via Internet de deux blogueurs qui ne se connaissaient pas. Internet fait parfois des miracles, pour notre plus grand plaisir. Il me reste maintenant à lire le dernier roman de Didier da Silva, L’Automne Zéro Neuf qui vient de sortir, auteur qui m’avait déjà séduit il y a un an avec ses deux romans : Hoffmann à Tôkyô et Treize mille jours moins un.
Ma collection personnelle de ces deux auteurs. Je suis fan et...
je ne possède pas d'actions chez leurs éditeurs.
Quand on aime, on ne compte pas et
dix euros pour ce petit bijou,
c'est donné!
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mardi 2 mars 2010
Didier da Silva
Je viens de terminer Treize mille jours moins un le second roman de Didier da Silva, un jeune auteur que j'ai découvert grâce à son blog Les idées heureuses puis Halte là. Le premier, Hoffmann à Tôkyô m'avait déjà séduite. Il y a dans ces deux romans une mélancolie, une solitude, un mal de vivre dans lesquels on ne se laisse pas sombrer mais emporter par un style littéraire précieux, précis et talentueux, non dénué d'humour (noir) comme dans l'extrait que j'ai choisi pour Treize mille jours moins un. Je les ai lu avec une grande émotion, sans a priori n'ayant lu aucune critique avant de m'y plonger; parcourir son blog Les idées heureuses avait suffi à me donner l'envie de lire ses romans. Alain Veinstein avait invité l'auteur en 2007 dans son émission Du jour au lendemain pour parler de son livre Hoffmann à Tôkyô, je regrette de ne pas l'avoir découvert plus tôt, malheureusement on ne peut plus "podcaster" l'émission. Mais il n'est pas trop tard pour lire ses deux romans, en attendant le prochain... pour les amoureux de la littérature.
Les désirs ardents
habitant le corps
s'éteindraient-ils
rien qu'à rencontrer
ce vent frais?
La fortune avait mis dans ses mains des poèmes de Saigyô. Il ne désira rien plus ardemment, dès lors, que d'être un moine poète en onze cent et quelques, retiré dans sa hutte de montagne pour y décrire sa solitude et les saisons, touchant la flûte à l'occasion.[...] Si son âme était noire, l'ignorer valait mieux, ou du moins la prendre à la blague. Il se complairait désormais dans le silence et la pureté, la retenue, l'élégie calme et la plus courtoise ironie. Il serait un lyrique japonais.
Par le coeur certes
on peut se rendre
dans la montagne profonde
mais sans y habiter
comment en connaître la solitude?[...]
Ses humeurs? Une loterie. Son âme? Elle aurait donné aux éponges des leçons d'hospitalité. Sans jamais vraiment savoir pourquoi tout roulait, pourquoi tout clochait, il allait au gré de ces imprévisibles riens qui font un jour, un mois, un an. Le sang-froid n'était pas son fort. Le temps dans lequel il vivait n'était qu'une série de bifurcations, l'avenir qu'une confusion de possibilités.
Il était doué pour l'oubli. Il enviait les gens qui pouvaient se reposer sur un passé, quand le sien lui semblait être une étendue de sables mouvants, dans un désert sans nord ni ouest. Sa seule marge de manoeuvre était un qui-vive-permanent.
Ses vertiges et ses tremblements l'en avaient persuadé très tôt, il n'était qu'un paquet de nerfs. Il est difficile de lutter contre un préjugé inscrit dans la chair, il entendait parler de la volonté mais n'y croyait pas sérieusement. Son âme? Un juke-box en random, une auberge espagnole, ses pulsions bivouaquaient et se tapaient la cloche.
Cet accueil enthousiaste du meilleur et du pire formait en somme un caractère, c'était bien la seule unité qu'il revendiquait. Il ne préférait pas le bonheur au malheur, les deux avaient leur intérêt. Il avait très envie de se suicider? Bah, ce n'était qu'un mauvais moment à passer. Le premier courant d'air venu le délogerait de cet abîme. Valse triste, valse drôle, il ne savait pas danser.
Hoffmann à Tôkyô, pages 38 - 39 - 40.
"Il considéra son âme. Elle avait disparu. D'aise, il soupira".
"Didier da Silva est né en 1973 à Marseille où il vit.
Quand il n'écrit pas, il joue du piano."
4ème de couverture
____________________________________________________________________
[...] Il observa un instant les poissons. Où était passé le nez rouge? Il se cachait sans doute derrière une plante...
Il le vit alors, flottant entre deux eaux. Raide mort, à n'en pas douter. Il avait bien besoin de çà mais ce coup de théâtre, cet audible ricanement du sort ne pouvait faire moins que le démoraliser. Sauf à nier l'idée même de l'augure, abriter sous son toit un cadavre en était un assez mauvais et il plongea une main dans l'aquarium, l'air dégoûté, pour saisir entre majeur et pouce le petit corps inerte, de l'autre il étendit à la hâte sur la table une serviette à portée, en manière de linceul et pour le protéger des miettes du biscuit déchiqueté, douteuse panure. Il le regarda longtemps, çà n'était guère plus gros qu'un ongle et çà prenait pourtant une place épouvantable, tout semblait mort par contamination, la chaise comme la cafetière, le pouf et le pot, il lui appartenait de défendre fièrement les couleurs de la vie (Goya* ronflait ailleurs) mais, pour l'heure, il aurait fait une médiocre pom pom girl. Quelque chose avait foiré. Une eau trop froide? une nourriture mal adaptée? un virus? la neurasthénie? Ce matin encore il pétait le feu, fusant d'une vitre à l'autre dans un émerveillement constamment renouvelé; il irradiait une douce petite lumière dans laquelle sa chair, toute de transparences irisées, se faisait oublier. Qu'il était donc terne, opaque, solide et ridicule ainsi, figé dans sa mort. Sam devait maintenant décider quoi faire du corps. Et s'il lui donnait un nom? Il était certes un peu tard. La poubelle était exclue. Goya ne le défèquerait pas.
L'enterrer au pied du ficus?
Il le glissa pour finir dans un bout de papier de soie, autour duquel il noua un bout de ficelle : transformé en paquet cadeau, il lui parut inoffensif, mignon, presque pimpant. Il ne lui restait plus qu'à le bazarder, plus tard, sans états d'âme. En attendant pour se distraire il alluma la télévision.
* Goya est son chat.
Treize mille jours moins un, pages 44 - 45.
Lire ici aussi le très beau billet de Philippe Annocque et cet autre intitulé Couperin me flanque le blues.
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