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vendredi 9 novembre 2018

Le Président qui aimait les livres




Portrait de François Mitterrand, ministre d'Etat dans le cabinet de Joseph Laniel, lisant dans son bureau en juillet 1953. / © AFP
"Tout livre en vitrine excite mon appétit, un formidable appétit de lettres, de signes, de titres, de typographie plutôt que de lecture, avec une préférence provisoire pour la jaquette rouge et blanche de Julliard, et le pincement au coeur que me vaut immanquablement le double filet rouge à l'intérieur du filet noir de ma chère NRF."

Nous sommes le 30 septembre 1963. Le député de la Nièvre François Mitterrand, 46 ans, fixe son premier rendez-vous à une jeune provinciale tout juste montée à Paris, une certaine Anne Pingeot, 20 ans. Mais où se retrouver ? "Je vous attendrai à la librairie Le Divan, place Saint-Germain-des-Prés, à 19 heures", lui écrit le futur Président (1). Pour ce couple secret, c'est la première d'une longue série de rencontres dans des librairies. 
Seul ou en compagnie de sa chère amie, des décennies durant, le leader socialiste aura écumé les échoppes du quartier Saint-Sulpice à la recherche d'éditions rares. Si l'on y ajoute les ouvrages que lui ont dédicacés les grands auteurs de son temps -Camus, Duras, etc-, tout cela a fini par constituer une bibliothèque de grande valeur. "
Source 
"La vente d’une partie des ouvrages de l’ancien président de la République, organisée les 29 et 30 octobre 2018, chez Piasa, à Paris, a rapporté 1,5 million d’euros, soit trois fois plus que les estimations les plus hautes. "Visite guidée 

jeudi 9 août 2018

"Agnostique tendance mystique"...

Ce n'est pas  la seule formule qui me rapproche de cet homme. 
Une heure avec lui, c'est trop court.
Ce midi, j'ai déjeuné avec lui. (Avec eux).
Jubilation.



samedi 28 octobre 2017

C'est trop facile... de faire semblant

Mercredi 25 octobre.

Petit tour à la médiathèque. Visite rapide (j'y retournerais... peut-être) de l'exposition en cours.


Je prends quelques photos. Les ouvrages précieux sont présentés sous verre. J'aurais aimé respirer leur odeur. Certains devaient sentir la poussière, le renfermé, une odeur indéfinissable. Quand je lis un livre, souvent je le respire.





"Durant la Révolution, les livres sont exposés à leur plus grand prédateur : l'homme. Ils subissent également des dégradations provoquées par l'humidité, le feu mais aussi les rongeurs et les insectes qui s'en nourrissent."


  Max Jacob
Photographié par Rogi André, 1936


"Dès 1939, face aux menaces du siècle, le poète souhaite voir ses ouvrages rassemblés à la bibliothèque de sa ville natale (Quimper)."

.../... Puis, j'allais déjeuner Chez Max, pour prolonger ma visite.


Après le déjeuner, rapide mais bon, dans cette salle où flotte une âme, je traînais en ville en faisant du lèche-vitrines.



NAIDEE CHANGMOH (Vidéo sur l'artiste)


 



Plus loin, encore une image insolite, sur le parvis de la cathédrale, ces prêtres en soutane (mais ils ne faisaient pas de trottinette !).


En les voyant, je pense à une chanson de Jacques Brel qui pourtant n'a rien à voir avec ces prêtres. Je la connais par cœur, je la chantais souvent (quand j'étais jeune; elle me plaisait, je l'aime toujours). En faisant ma recherche de Brel l'interprétant, je découvre, par hasard, ce merveilleux entretien avec François Mitterrand, à propos de Jacques Brel.


  


"La solitude, la vie, la mort. [...] 
L'homme tout seul devant la force des éléments."

(Jacques Brel  Pourquoi ont-ils tué Jaurès)

vendredi 21 octobre 2016

"Pardonne-moi mon Anne"

C'était toute cette semaine dans A voix nue, une demi heure chaque soir avec Anne Pingeot. 
Pour le poème d'amour (avec la voix nue de "l'aimée"), "pour les petits déjeuners de nulle part", "pour la passion de chaque étreinte" c'est à partir de la minute 15:51. Mais ce serait vraiment dommage de se passer du reste... et des autres émissions (en commençant par la première), ponctuées du rire si charmant - à la fois spontané et retenu - de Anne Pingeot.




"Anne Pingeot a choisi de réserver à France Culture et à un historien, Jean-Noël Jeanneney sa seule et unique prise de parole alors que viennent de paraître en librairie le volume de la correspondance que François Mitterrand a entretenu avec elle, Lettres à Anne (1962-1995) ainsi que le Journal pour Anne (1964-1970) , tous deux publiés aux éditions Gallimard. Une conversation libre, confiante, passionnante, tantôt joyeuse et tantôt grave, où Anne Pingeot et Jean-Noël Jeanneney parcourent un demi-siècle d’une grande histoire d’amour de la première rencontre jusqu’à la disparition de François Mitterrand."

mercredi 23 novembre 2011

De quoi nourrir une certaine faim

Hier soir j'ai relu quelques pages des "Chroniques" de François Mitterrand dans La paille et le grain.
Au début de l'ouvrage il y a un Avertissement :

"Je n'ai pas l'intention d'écrire des "Mémoires" et je ne tiens pas un journal des événements que je vis ou approche. Mais je griffonne assez souvent des notes sous le coup d'une émotion ou par souci de fixer à leur date et dans leur contexte une impression, un fait, auxquels j'accorde une importance pour des raisons variables et qui restent subjectives. Ces notes attendent en vrac un sort incertain. Nombre d'entre elles demeureront inutilisées.[...]
Ce livre n'a d'autre plan que celui du hasard, et d'autre obligation que d'en traduire la nécessité. J'y pratique un genre hybride, ni exactement un journal ni précisément une chronique, bien que ces deux mots soient déjà venus sous ma plume [...].
J'ai choisi le titre "la paille et le grain" parce-qu'il résume assez bien ce que je pense de mon ouvrage. Je ne classe pas la paille parmi les matières viles tandis que le grain serait noble. A chacun son usage. Tout de même si au gré des pages le lecteur découvre, isole de quoi nourrir une certaine faim, qui est la mienne, d'aller plus loin que l'apparence, je me réjouirai de l'y avoir aidé."

C'est un livre que j'aime relire en piochant au hasard quelques pages. Celles-ci, lues hier soir :

Dimanche 17 octobre (1971)

Au spectacle de la nature il m'arrive souvent de vivre ces moments de bonheur où l'on s'arrête et dit : c'est le plus bel endroit du monde. La terre, notre amie, prodigue ses merveilles. Je la contemple depuis l'enfance sans épuiser jamais cette faculté d'étonnement qui naît de la beauté et qui donne l'obscure envie de remercier quelqu'un. C'est ce que je viens d'éprouver à Trébeurden, village breton, face à la mer. En vérité, il s'est passé bien peu de choses à raconter. Des hauteurs de Bihit j'ai regardé la courbe des rivages, le jeu des îles et des eaux, la suite des heures dans le ciel. Au soleil couchant j'ai marché jusqu'au petit détroit qui sépare le continent de l'île Milhaud. Chaque pas changeait l'horizon. Tantôt apparaissait le port pêcheur, ses voiles droites et ses barques à sec, tantôt le chemin s'ouvrait sur la pointe, qui offrait à ma vue son insolite architecture de granit éclaté, avec, tout autour, l'océan. Je me suis assis en attendant la nuit, respirant comme on boit l'odeur d'iode et de varech, écoutant la marée revenir au trot. Une lumière d'équinoxe comme seule la Bretagne sait l'inventer, dans la foulée des ses tempêtes, éclairait le paysage de Beg An Fry à Ploumanach. Elle était d'une telle netteté que je distinguais à une lieue la faille des estuaires. J'abandonnais aux éléments le mouvement de mes pensée. Près de moi un cormoran dormait sur le rocher rose. Le vent lui levait l'aile.

C'est magnifique. Je voudrais en prendre de "la graine"...



samedi 1 janvier 2011

2011, mes contemplations

1er janvier 2011.
Les golfs sont fermés ce jour-là mais… … je ne pouvais pas commencer l’année sans faillir à la tradition de tout golfeur passionné - pour ne pas dire givré - sans aller faire quelques trous. Si, dans le club que je fréquentais en région parisienne la tradition était tenace, les mordus faisaient leurs 18 trous par n’importe quel temps (pluie, neige ou vent) puis trinquaient au 19è trou, le vestiaire, le club house étant fermé ce jour-là, ici, en province, point de givrés passionnés pour cette tradition. Je me retrouvais donc seule (pour mon plus grand bonheur) sur le parcours, givrée donc, me satisfaisant de neuf trous, mes menottes un peu gelées me demandaient grâce.

Je décidais ensuite d’aller poursuivre ma balade dans le domaine, jusqu’au château. On peut voir ici quelques photos (plus touristiques que les miennes de ce jour) de cet endroit magnifique sur la rivière de l’Odet, pour ainsi dire, en pleine ville.





Petit moment de bonheur – j’allais dire de félicité – dans le silence du vent, de la rivière, des oiseaux et de la solitude. Parfois je me dis que j’aimerais partager ces moments-là, sans certitude. Les apprécierais-je autant ? Il faudrait pour cela que celui (pas question de celle) qui m’accompagnerait, désirât s’arrêter en même temps que moi devant ce qui me touche, pour dire plus simple, qu’il eût la même sensibilité aux choses de la nature que moi. Ce qui me paraît impossible. Je pense soudain à François Mitterrand qui savait si bien parler du silence et de la solitude, comme de vrais privilèges. Du coup, je viens de lire ce qu’il écrivît un premier janvier :

Mardi 1er janvier 1974

Les bourgeons du camélia blanc se sont ouverts pendant la nuit. J’ai cueilli ma première fleur de l’année. Elle est là, sur ma table, parfaitement dessinée, pure de rouille. J’aime cette fleur sans complaisance, roide, rigoureuse entre ses feuilles vernissées et qui laisse à d’autres les langueurs, les odeurs. Le brouillard, qui colle au sol depuis trois jours, ne s’est pas dissipé. On devine le soleil au-dessus. J’ai pu suivre sa courbe à la fin du jour, hier soir, disque rouge pour paysage japonais. Une longue marche avec les chiens nous a réchauffés. Titus, le basset artésien, a flairé d’innombrables pistes, pour lui seul perceptibles, et déboulé, queue levée à la façon d’un périscope, en jappant comme il ne le fait qu’en ces occasions-là, c’est-à-dire dans l’exercice de son métier de chien courant. Pénétré parfois par le doute, à la croisée de plusieurs traces, lapin, cerf ou chevreuil, il revenait me consulter, l’oreille de travers. Titus ignore la dissimulation, épanche ses humeur et partage ses perplexités. Amolli par les habitudes du confort parisien, il évitait d’abord les buissons épineux. Mais comment résister à la passion de vivre ? Le bonheur, tant qu’il dure, est oubli de soi-même. Quand, au retour, il dormira devant la cheminée, Titus offrira à la chaleur du feu un ventre rose d’égratignures et rêvera tout haut d’épopées. Dick, l’autre chien, setter laveraque de belle taille, bondissait parmi les fougères du sous-bois. Quelle allonge ! Il a tenu dix kilomètres à l’allure d’un cent mètre sur la cendrée, grimpé en quelques sauts les grandes dunes au taillis serré d’ajoncs et d’arbousiers et quand il reparaissait, alors qu’on le croyait à une lieue, c’était pour repartir, le souffle net. Nous nous sommes égarés par plaisir. Un chemin raide nous a conduit à l’une des palombières qui jalonnent les tucs. La nuit tombait. Si nous ne voulions pas nous perdre tout à fait il était temps de chercher des repères. Un château d’eau qui sortait de la brume, au loin, nous a servi d’étoile polaire. Nous sommes rentrés sans un mot, compagnons d’amitié et pourtant séparés, comme on l’est quand l’esprit chevauche au rythme de la marche avant de partir au galop.


François Mitterrand, in La paille et le grain, chronique, éditions La rose au poing Flammarion, 1975.