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vendredi 14 août 2015

Reproduction interdite




Ayant eu hier quelques 197 visiteurs je me dois d'indiquer pourquoi aujourd'hui ai-je dû retirer mon dernier billet "Les visiteurs du soi".
J'y relatais mes soucis de vertiges et ma fatigue pour l'écriture, nonobstant ma capacité à pouvoir lire le Philosophie Magazine. Et, pour alléger mon travail d'écriture et mes méninges très attigées (malmenées) par ces vertiges de Menière, au lieu de citer quelques extraits de ma lecture,  j'avais inséré trois (médiocres) photos capturées dans mon propre magazine afin que mes lecteurs puissent lire ce qui m'avait intéressé, disons plutôt ce qui avait attiré mon attention pour l'article Pourquoi partons-nous en vacances? Je précisais alors que j'étais rousseauiste.
Quant aux deux autres photos elles concernaient la rencontre  Pierre Bayard et le divin Clément Rosset, Les visiteurs du soi (la photo dans le magazine est bien plus belle que celle que j'avais capturée) dans le dossier spécial de l'été : Comment ne pas passer à côté de sa vie? Question que le délicieux Clément Rosset trouvait "un peu absurde", la retournant comme une crêpe par : "comment les gens font-ils pour si facilement passer à côté de leur vie?" Ensuite maître Rosset prenait un exemple des Dupond et Dupont dans Tintin, d'où ma question idiote ou rigolote (c'est comme vous voudrez) : Clément Rosset serait-il tintinophile? et là, je pensais à vrai dire à mon cher ORL et à mon "oreille cassée", ORL que je dois revoir à la fin du mois et je ne vais pas manquer de lui poser la même question, cette fois je vais oser, vu son étagère remplie de Tintin, Milou, Capitaine Haddock, Dupondt et autres figurines de tintinophiles.
Revenons à nos moutons. Hier je reçois un mail (lu ce matin) de la rédaction du Philosophie Magazine me demandant, très gentiment et même avec délicatesse, "de bien vouloir remplacer les reproductions intégrales de nos contenus par des citations.", ainsi que "Vous êtes autorisée à citer un bref passage à condition d'en spécifier la source et en incluant un lien." Je signale tout de même concernant l'article Les visiteurs du soi que je n'avais pas photographié l'article intégral faisant 5 pages mais seulement une page... en guise de mise en bouche pour mes lecteurs, afin qu'ils aient envie d'en savoir plus en achetant le magazine. On m'indiquait également que je n'avais pas le droit de reproduire des articles du Philosophie Magazine "sans l'accord de l'éditeur." Quant à spécifier la source de mes photos, je pensais sincèrement que ce que j'écrivais dans ce billet suffisait à clarifier l'eau de la source :

"Six mois de répit; j'avais presque oublié cette sensation, monstrueuse, diabolique, d'être sur un manège qui tournerait à la vitesse du son (340 mètres par seconde) : vertigineux.
Pas le courage d'écrire, peux pas fixer l'écran longtemps, mais je peux lire le Philosophie Magazine.
[...]

Dans ce numéro de l'été du Philomag, j'ai particulièrement aimé un article : Les visiteurs du soi. Une rencontre Pierre Bayard et Clément Rosset. Je ne vais pas vous faire le résumé. Tsss! (Allez l'acheter lecteurs radins! Mais non, je rigole - ce sont les médicaments qui me déboussolent). Photos et idem pour les clics... qui agrandissent les images. Début de l'article. Non mais! J'ai des vertiges...
[...]
 Clément Rosset serait-il tintinophile (0_0)? 

"Nous restons des personnalités en souffrance car coïncider avec son "vrai moi" est une tâche impossible".
(Clément Rosset)


La rectification est faite, par la suppression de mon billet tel qu'il l'était, je reproduis tout de même ci-dessus ce que j'écrivais, parce que hein, c'est du boulot de faire tout ça. Non mais!
Après avoir répondu au mail de mon correspondant de guerre charmant que j'allais supprimer mon billet (par manque de courage pour le remanier; finalement ce nouveau billet est encore plus long à faire et j'ai du linge à étendre, pfff!), j'ai reçu en retour une réponse pas du tout guerrière, très bienveillante et je répète, délicate. Donc :

 http://pmcdn.priceminister.com/photo/dupont-et-dupond-tout-va-bien-herge-carte-postale-1992-935082496_ML.jpg



mardi 11 août 2015

Les visiteurs du soi

Six mois de répit; j'avais presque oublié cette sensation, monstrueuse, diabolique, d'être sur un manège qui tournerait à la vitesse du son (340 mètres par seconde) : vertigineux.
Pas le courage d'écrire, peux pas fixer l'écran longtemps, mais je peux lire le Philosophie Magazine.


(Cliquer puis clic droit pour afficher l'image... et pouvoir lire,
lecteurs fainéants. Non mais!)

Mes vacances furent donc rousseauistes! 

Dans ce numéro de l'été du Philomag, j'ai particulièrement aimé un article : Les visiteurs du soi. Une rencontre Pierre Bayard et Clément Rosset. Je ne vais pas vous faire le résumé. Tsss! (Allez l'acheter lecteurs radins! Mais non, je rigole - ce sont les médicaments qui me déboussolent). Photos et idem pour les clics... qui agrandissent les images. Début de l'article. Non mais! J'ai des vertiges...



 Clément Rosset serait-il tintinophile (0_0)? 

"Nous restons des personnalités en souffrance car coïncider avec son "vrai moi" est une tâche impossible".
(Clément Rosset)

samedi 8 mars 2014

Le bonheur est dans l'ignorance

Journal.
Vendredi 28 février 2014.

La tempête Andrea balaie les rues ne laissant pas le moindre mégot de cigarette entre les pavés. Le centre ville était une fois de plus déserté; j'y étais, j'aime prendre des risques. Un temps pourri à ne pas pouvoir ouvrir un parapluie. C'était bizarre de voir des vitrines déjà printanières dans les boutiques de mode. 

J'entrais dans un magasin de chaussures. J'essayais une paire de derbies collection printemps-été. Hé oui, il faut chasser l'hiver, le vent démoniaque, les pluies diluviennes, les vagues scélérates. J'hésitais, comme toujours, à faire l'achat du premier coup, sans me dire : je vais réfléchir. Elles m'allaient bien, étaient très souples, impeccables pour faire mes allers-retours en ville à pied, plus élégantes que les Converse que je porte en été et qui attirent les regards désapprobateurs des bourgeoises de mon âge mais je m'en fiche, Micheline Presle en porte aussi avec élégance!
La vendeuse - sans doute la patronne - était sympathique, me laissait réfléchir sans insister avec des compliments, des conseils qui m'auraient agacée et fait fuir rapidement. OK, je les prends, au printemps il n'y aura plus ma pointure. "Allons-y Allons-o" comme dirait mon chouchou!
Puis, étant la seule cliente, nous échangeons quelques mots dans le genre : conversation féminine et, plus précisément sur les outrages de l'âge. Je la trouvais avenante, la belle soixantaine, si si vraiment, grande, un beau visage avec quelques uniques rides au coin des yeux qui rendaient son regard joyeux, lumineux; le reste était charnu, généreux, tout ce que je n'avais pas (mais que j'étais? Mmm!). Elle portait une robe Mondrian, celle que Yves Saint Laurent a créée, en hommage à l'artiste. Était-ce une copie ou portait-elle la marque du couturier? Les couleurs étaient moins vives. Qu'importe elle la portait avec élégance et un gilet décontracté par dessus. En insérant ma carte bancaire dans le boîtier je ne pus m'empêcher de lui dire :
- Votre robe Mondrian vous va très bien.
- Mandrian c'est quoi cette marque? me répond-elle avec un sourire...
(Ouille) et elle poursuit :
- ... c'est une Saint-Laurent.
(C'est sûr, c'est la patronne)
- Mais oui, Yves Saint Laurent s'est inspiré de Mondrian pour dessiner cette robe lui dis-je. On la voit d'ailleurs dans le film YSL.
- Ah bon? Je ne l'ai pas encore vu me dit-elle. Vous dites Mandrian? Comment l'écrivez-vous?
(J'étais stupéfaite)
- Mondrian pas mandrian M O N D R I A N. C'est un grand artiste-peintre connu du grand public (je l'espérais) pour ses lignes géométriques et ses carrés colorés, comme votre robe.
(Je n'allais pas lui faire un cours). Une cliente rentrait dans le magasin.
- Merci, à bientôt me dit-elle.
...



La fameuse robe Mondrian, présentée lors du défilé automne-hiver 1965-1966 
 et reportée lors du défilé d'adieu du créateur en 2002.

Un clin d'oeil ici à Piet Mondrian (Jessica craig-Martin)



via le site Artsy 

En sortant du magasin j'étais époustouflée par cette histoire de robe, et rapidement décoiffée... par une bourrasque de vent, ce qui ne changeait guère de mon ordinaire... Je me suis posée une question hautement philosophique : la connaissance peut-elle être un obstacle au bonheur ou permet-elle d'y accéder? Cette femme avait l'air heureuse: elle restait dans le futile sans essayer de l'approfondir. Mais peut-être, de nous deux, était-elle la plus profonde, selon la philosophie de Raphaël Enthoven à propos de Lady Gaga :

" C'est un "apparaître" Lady Gaga, un "pur à part ÊTRE". Elle n'a pas de moi profond Lady Gaga, c'est une apparence qui se donne comme telle, c'est un personnage "rossetien". On ne se demande pas quel est son prénom, sa vie, ses amants, on s'en fout, on se contente de ses coiffures de ses robes. Lady Gaga c'est un produit qui plaide coupable. A cet égard, je la trouve - si j'ose dire - plus profonde que toutes ces stars qui, de Marylin à Madonna, revendiquent, elles, le moi profond."  CQFD!

A réécouter, avec jubilation, l'émission Le Gai savoir : analyse du Loin de moi de Clément Rosset : "Moins on se connaît mieux on se porte". 




vendredi 31 janvier 2014

Je me fous de tout... ou pas

JOURNAL

Lundi.

En consultation : nous ne plaisantons plus. Il a l'air débordé. C'est plutôt moi maintenant qui prends le sujet au sérieux. Lui ai parlé du Professeur C. Il m'a regardé avec étonnement. 
- Vous en avez entendu parler? me dit-il. 
- Oui, dans une émission qui traitait du sujet, à fond.
J'ai eu l'impression à ce moment-là qu'il m'écoutait plus sérieusement. Merci France Culture!

Mardi.

Longue coupure de courant l'après-midi. Lecture, L'Institut Benjamenta de Robert Walser :
«Nous apprenons très peu ici, on manque de personnel enseignant, et nous autres, garçons de l'Institut Benjamenta, nous n'arriverons à rien, c'est-à-dire que nous serons plus tard des gens très humbles et subalternes.»
A 17 heures courant rétabli; je décide d'aller à la médiathèque pour voir la projection prévue à 18 heures : Lettres d’amour en Somalie de F. Mitterrand. Sur place une affiche  : "fermeture exceptionnelle, coupure de courant, panne informatique." Zut!

Mercredi.

Rien ou presque-rien. Joué au golf, croisé quelques personnes à qui j'ai accordé un sourire, sans retour. Étrange et minable suffisance. Je m'en fous. Terrain gras.
Soirée : vu beau reportage sur la Savoie et Haute-Savoie. Paysages grandioses. Si j'avais eu des ailes je m'y serais transportée sur le champ.


Jeudi.

Prévisions météo : soleil et averses aujourd'hui, pluie et vent demain. Donc, golf de bonne heure. Au départ du 1, un joueur me demande s'il peut m'accompagner. Bienvenu! Nous avons pu faire 8 trous sans averses. Pluie au départ du 9. Mon partenaire perd sa balle. Je la cherche avec lui sous la pluie. Nous avons cinq minutes pour la retrouver (temps autorisé par le règlement). Il s'obstine, je l'abandonne au bout des cinq minutes, le laissant sous son parapluie (je n'en ai pas) chercher sa balle. Il comprend. A bientôt me dit-il. Je ne termine pas le trou, je suis trempée. Youpi!

Soirée télé : réjouissant le "je me fous de tout" de Clément Rosset invité de La Grande Librairie pour parler de son essai Faits divers.

http://issue21.files.wordpress.com/2011/03/clement-rosset.jpg 

"Ce qui se passe dans le monde? L'actualité ne m'intéresse pas, les médias me navrent. Je me fous de tout."
En fait, c'est François Busnel qui lance cette formule : "dit de manière plus brutale : Clément Rosset, vous vous foutez de tout!". Clément Rosset ne dément pas et explicite son indifférence à l'actualité du monde et de la société avec des arguments qui fâchent  Robert Mizrahi, également présent sur le plateau.
Un bon moment. Clément Rosset avale la moitié des mots, il faut tendre l'oreille pour ne rien perdre de ce qu'il dit, je pense qu'il vaut mieux le lire.

"Gilles Deleuze, les vampires, Emil Cioran, Samuel Beckett, le dandysme, Friedrich Nietzsche, Raymond Roussel, Casanova, Arthur Schopenhauer, Jean-Luc Godard, Goscinny & Uderzo, Jean-Paul Sartre, Hugo von Hofmannsthal. Le réel, le double, l’illusion, le tragique, la joie, la musique, la philosophie, la politique, le péché, l’enseignement. Faits divers sont les miscellanées de Clément Rosset : le répertoire désordonné et jubilatoire de ses passions et de ses dégoûts, de ses intérêts et de ses bâillements, de ses tocades et de ses coups de sang – ainsi que de la prodigieuse liberté de ton et de pensée avec laquelle il les exprime et les pense."

Au lit avec Walser. 
Je m'en veux ce soir. Je ne devrais pas répondre si vite à mes mails, surtout quand j'accorde de l'importance au destinataire. Je suis trop impulsive et pas assez indifférente aux choses, aux êtres; à l'actualité oui. Mais donc je ne me fous pas de tout.

Vendredi.

Pluie. Ne pas rester enfermée. Écouter les NCC, toute la semaine fut intéressante; des débats enregistrés le samedi 25 janvier 2014 en public depuis le grand amphithéâtre de la Sorbonne sur le thème de : L'année 2013 vue par la philosophie. Et ce matin... rrrrroulements de tambour : Suicide assisté, la loi peut-elle s'affranchir de la morale? Sujet d'actualité dont je ne me fous pas. Quoi que... je commence à trouver ces débats de plus en plus confus et je crains  qu'ils ne mettent pas plus de lumière dans nos lanternes, dans la mienne en tout cas. Mais pas besoin d'augmenter les watts chez moi, je sais ce que je souhaite et je fais partie des 2%!!! oui seulement 2% de la population française qui a écrit ses directives anticipées et nommé une personne de confiance "okazou"! alors que - paraît-il - 92% des Français sont favorables à l'euthanasie. Encore un paradoxe Français? Hum! Bon, on en parle, c'est mieux que d'occulter le sujet, on avance, à pas comptés.
Fin de l'émission.

Midi approche mais pas mon heure (l'ultime, pas tout de suite), j'ai faim. Il fait trop gris pour rester chez soi. Petit restau pour observer les travailleurs (ceux qui ne déjeunent pas dans leur bureau). Je tente le Steinway, on en parle, je n'y suis jamais allée. 12 h 45, je pousse la porte, plusieurs tables de libres, un petit moustachu vient vers moi, je lui demande en souriant si je peux déjeuner, eh bien non! Vous êtes seule? Oui mon capitaine! Pas possible j'ai des réservations. Je n'ai vu aucun carton sur les tables. Je m'en fous, je pars, je ne retournerai jamais dans cet endroit. Je voulais innover, là il pleut des hallebardes, je vais aller au Petit Gaveau, c'est à deux pas (un Gaveau c'est bien plus sympa qu'un Steinway. Tsss!). La patronne m'accueille avec le sourire, le restau est plein, chaude ambiance, elle me trouve une table bien placée au milieu de la foule. Mon plat est succulent, le pain ô le pain, d'habitude je n'en mange pas mais là j'ai fini la sauce de mes médaillons de lotte avec le pain, piqué dans ma fourchette, je sais me tenir; mon verre de vin se laisse déguster, ainsi que le macaron offert avec le café, je devrais venir plus souvent ici. A côté de moi un jeune couple avec une petite fille dans sa poussette; il n'y a pas que des travailleurs. La bambina joue à cache-cache avec moi, s'enfonçant dans sa poussette jusqu'à disparaître de ma vue et se redressant vivement en me souriant. Je ne l'ai pas laissé jouer seule; j'ai fait pareil, avec ma serviette. Non mais!

Il fait trop mauvais pour flâner en ville en sortant du restaurant. 
Je rentre. L'Odet est jaune, une boue liquide, fort coefficient, risque de débordements sur les berges ce soir.

Fin de semaine!



lundi 19 novembre 2012

Le réel, le désir


"Le réel n’a jamais intéressé personne dit Baudrillard. Ce qui est sûr c’est que, si un objet réel peut être tenu momentanément pour intéressant ou désirable, il perd tout intérêt et tout attrait dès lors qu’il a la bonne, ou plutôt la mauvaise fortune de tomber dans votre épuisette. Devenu vôtre et concret, on en a plus rien à faire. Il serait évidemment erroné de considérer cette allergie au réel, cette déception à l’égard de ce qui devient banalement réel, comme une constante nécessairement attachée à la condition humaine. Car il arrive que certains se satisfassent du fruit qu’ils mangent, lui découvrent même parfois davantage de goût auquel ils s’attendaient ; mais ce sont là dit-on des inconscients ou des malades. Il existe néanmoins – et pour tous les hommes – des désirs dont la satisfaction est impossible. Mais la satisfaction ne manque véritablement à l’appel que lorsque le désir se porte sur un objet lui-même manquant, comme dans le cas de la passion amoureuse, et d’ailleurs de toute passion."

Clément Rosset, in L’invisible, éditions de Minuit, 2012.

J'écoutais ce texte la semaine dernière, puis les quelques mots de Raphaël Enthoven à ce sujet :

"La déception n’existe, face au réel, que pour celui qui, parce qu’il prend ses désirs pour des réalités, demande à la réalité de correspondre au désir qu’il en a. Or, elle n’y parvient jamais tout à fait. C’est le grand paradoxe schopenhauerien : vouloir ne plus vouloir, désirer ne plus désirer. C’est un désir qui ne trouve la paix que dans la suppression de lui-même. C’est un désir métaphysique. Le désir se suffit à lui-même, le désir est une pulsion, le désir nous porte plus qu’il ne nous tire."

Je pensais ensuite approfondir le sujet mais je n'en ai pas eu l'envie? le désir? le courage? Écouter suffisait à mon plaisir alors pourquoi rajouter mes pensées, ma réflexion à ce que j'avais entendu. Je n'aspire moi aussi qu'à "une vie de sensation" (cf. John Keats) pour les années qui me restent à vivre et laisser ma pensée en vacance (=vacante). Je sais pourtant que je n'y arriverai pas; une vie contemplative ne me suffirait pas ou seulement quelques heures : comme cette mouette, juste regarder la mer,  sentir son odeur, le bruit des vagues sur les rochers, face à l'île de Sein sur la falaise de la Pointe du Raz, hier, éprouver une jouissance à ce spectacle.


Clap 2e : La publicité est un viol.



Quelques photos de la Pointe du Raz, plus belle sous la tempête (on peut en découvrir  sur la Toile) mais hier c'était le calme plat sous un ciel bleu. La météo annonçait - comme d'habitude pour le Finistère - un dimanche pluvieux. Ah ah! Tsss!





 Une oeuvre d'une grande beauté, en marbre de Carrare,
du sculpteur Cyprien Godebski (1835-1909), réalisée à la fin de sa vie en 1904
(à la suite de la mort de son fils au Tonkin).
La mouette a posé pour moi, évidemment!


Et au retour, le port d'Audierne au soleil déclinant.
C'est cette lumière que j'avais sous les yeux en écoutant dans ma voiture
des extraits de l'Ethique de Spinoza, à l'heure du Gai Savoir.
Oui, les "pensées" reprenaient le dessus sur les "sensations".



Pourtant plus loin, sur la route, les couleurs de l'automne sous le soleil rasant continuaient de m'éblouir, je devais rester vigilante et ne pas attarder mon regard sur un vol d'étourneaux qui traversaient le ciel. Plus de pensées, enfin, mais une sensation forte, un frisson... de bonheur? Je n'avais - à ce moment-là - aucun désir de vivre autre chose que la réalité exaltante de cette journée.

dimanche 14 octobre 2012

L'homme ivre c'est celui qui s'émerveille de ce dont on se fiche

Un ciel sans nuages serait si monotone, je contemple celui-ci, changeant au fil des heures... Ici le vent chasse les nuages rapidement, en quelques secondes le soleil pénètre dans votre maison et l'emplit de sa lumière, de sa chaleur.


Je regardais alors mes vitres crasseuses dans cette lumière. Je me décidais pour le nettoyage, je commencerai par une fenêtre. J'allumais la radio, c'était l'heure du Gai Savoir. Je retrouvais Raphaël Enthoven; en l'écoutant je comprenais pourquoi j'étais moins passionnée par les NCC; parce qu'il n'est plus là. Quel plaisir de l'entendre!  Aujourd'hui,  son "chouchou" Clément Rosset était à l'honneur, pour son ouvrage : Le réel et son double.


"À en croire Clément Rosset, les humains partagent tous le rêve d’un « double » de la réalité, un rival du réel, que les hommes s’inventent, au quotidien, pour survivre dans un monde qui se moque, à vrai dire, de ce qu’ils sont comme de ce qu’ils y font. De sorte que la condition humaine lui semble une tragi-comédie dont les protagonistes ne cessent de fuir ce qui est pour vénérer ce qui n’est pas. C’est en général au philosophe qu’on reproche de voir midi à quatorze heures, de se prendre la tête, ou de dire en plusieurs livres ce qui tient en quelques phrases ; or, ce que montre Clément Rosset, dans des ouvrages brefs, clairs et désopilants, c’est que tout le monde voit double, et qu’il est beaucoup plus facile de se compliquer la vie, que de regarder, simplement, ce qu’on a sous les yeux."

R. Enthoven a le don des exemples concrets pour expliquer les pensées les plus abstraites. Il nous explique pourquoi Rosset est le philosophe de l'ivresse.

"Rosset nous dit que la différence entre l'homme sobre et l'homme ivre c'est que l'homme ivre sait qu'il est ivre. L'homme ivre sait qu'il délire alors que l'homme sobre croit qu'il est raisonnable, croit qu'il parle sérieusement, croit qu'il ne délire pas. Donc entre celui qui sait qu'il délire et celui qui croit qu'il ne délire pas, c'est celui qui délire qui a gagné en lucidité. De sorte que l'ivresse est un gain de lucidité aux yeux de Rosset. Pourquoi? Tout simplement parce que l'homme ivre, l'ivrogne, c'est celui qui s'intéresse à des trucs dont on se fiche complètement vous et moi. L'homme ivre c'est celui qui s'émerveille de ce dont on se fiche."

Un autre moment intéressant de l'émission fut celui évoqué du "premier-dernier baiser", la primultime selon Vladimir Jankélévitch.

"« Primultime », terme peu courant, désigne ce qui est à la fois premier et dernier, autrement dit ce qui n’arrive qu’une fois. Ce mot, créé par le philosophe Vladimir Jankélévitch, caractérise selon lui le temps, la mémoire ou encore la musique, dont il a parlé dans ses cours de Prague et de Paris.

"Etait-ce Prague? écrit-t-il en se penchant sur les pièges de la mémoire. Etait-ce moi ? N'ai-je pas confondu mes souvenirs avec ceux d'un autre? Et il en est ainsi de tout ce qui est advenu une seule fois dans l'éternité, et puis jamais plus. Never more! Le premier-dernier baiser, la primultime rencontre. Un doute éternel enveloppera dans son linceul d'incertitude ce qui jamais ne fut réitéré".

V. Jankélévitch a aussi écrit un ouvrage : Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien." Mais là je déborde du sujet du Gai Savoir de ce jour... et je n'ai pas envie d'avoir la migraine!
"Le Presque-rien n'est pas rien, le Presque-rien est tout."


Mes vitres étaient propres, je n'avais pu faire qu'une fenêtre. Il s'est mis à pleuvoir. Je me suis installée dans mon fauteuil pour écouter Raphaël Enthoven. Il conclut l'émission le Gai Savoir par ces mots :

"Ne jamais oublier que ce qu'on sait n'est qu'une façon supplémentaire de douter.
Une philosophie qui se contenterait du savoir ne mériterait pas une heure de peine".

mercredi 2 septembre 2009

Quelques réflexions retenues d'une interview de Raphaël Enthoven.

. La joie c'est l'aptitude à aimer la vie malgré elle. Elle n'est ni dans le regret ni dans l'espoir mais dans le goût du présent.
"Soit l'ami du présent qui passe, le bonheur te sera donné par surcroît". (Clément Rosset)

. J'aime travailler parce que çà me repose.
. Le vrai privilégié c'est celui qui sait pourquoi il se lève le matin.

. Quand tout s'explique on ne comprend plus rien.
. On explique des choses générales et on comprend des choses singulières.
. On comprend d'une façon indicible, dans le silence - comme pour une déclaration d'amour, quand les mots nous manquent.
. Le silence n'est pas l'absence de bruit mais l'absence de paroles. Ce deuil qu'il faut faire dans ce monde bavard.

. Philosopher c'est inviter les gens à penser contre eux-mêmes donc à respecter - à aller vers - l'autre .

"Philosopher c'est apprendre à mourir". (Montaigne).

Mes réflexions :

. Dire "JE" est-ce exprimer mon individualité? L'individu est un être qui se distingue du tout et qui ne peut être comparé à personne.