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samedi 30 janvier 2016

Quand le tu tue...


Dionys Mascolo et Marguerite Duras



Au moment de sa rupture avec Dionys en 1956, celui-ci lui demande :

- Mais qu’avez-vous contre moi ?

Marguerite répond sèchement :
- Tout à l’heure vous m’avez tutoyé.

(Témoignage de Maurice Nadeau qui assistait à la scène et raconté par Charles Sigel dans son émission L'humeur Vagabonde)

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Jacques Rivette (1928-2016) est mort hier. 


(Photo, Le Figaro) 

lundi 25 août 2014

De, l'écriture

 http://lalucarnedesecrivains.files.wordpress.com/2013/02/marguerite-duras-1969-45-ans-2.jpg
 Marguerite Duras, 1955 © Lipnitzki—Roger Viollet / Getty Images

"La solitude de l'écriture c'est une solitude sans quoi l'écrit ne se produit pas, ou il s'émiette exsangue de chercher quoi écrire encore. Perd son sang, il n'est plus reconnu par l'auteur. Et avant tout il faut que jamais il ne soit dicté à une secrétaire, si habile soit-elle, et jamais à ce stade-là donné à lire à un éditeur.

Il faut toujours une séparation d'avec les autres gens autour de la personne qui écrit des livres. C'est une solitude. C'est la solitude de l'auteur, celle de l'écrit. Pour débuter la chose, on se demande ce que c'était ce silence autour de soi. Et pratiquement à chaque pas que l'on fait dans une maison et à toutes les heures de la journée, dans toutes les lumières, qu'elles soient du dehors ou des lampes allumées dans le jour. Cette solitude réelle du corps devient celle, inviolable, de l'écrit. Je ne parlais de ça à personne. Dans cette période-là de ma première solitude j'avais déjà découvert que c'était écrire qu'il fallait que je fasse. J'en avais déjà été confirmée par Raymond Queneau. le seul jugement de Raymond Queneau, cette phrase-là : " Ne faites rien d'autre que ça, écrivez."

Écrire, c'était ça la seule chose qui peuplait ma vie et qui l'enchantait. Je l'ai fait. L'écriture ne m'a jamais quittée."

Marguerite Duras, Écrire, Gallimard 1993.

dimanche 16 mars 2014

De, l'écriture durassienne


 
Marguerite Duras (1914-1996), en 1955.
Photo : Roger Viollet



« Je cherche une phrase, ivre un peu oui, à ma table. Je cherche une phrase qui ne vient pas. La phrase planait hier, fragmentée en moi, elle ne se reconstruit plus. Elle était longue, animée d’un balancement de chanson, de rengaine, elle ressemblait à une plainte scandée, régulière, des mots dont je me souviens y étaient pris : vase, mort, ventilateur, oiseau effarouché, voleur ; je cherche la phrase. Quelle douleur adorable de ne pas la trouver ce soir. Elle me reviendra demain, comme une chienne vers son maître après la chasse, inavouable, de la nuit. »

Extrait de : Marguerite Duras, les silences et les ombres. L’humeur vagabonde, de Charles Sigel.



« Quand on écrit on est souvent dans un état difficile à décrire, pas clair. C'est pratiquement impossible à expliquer. Je crois qu'on écrit vraiment que lorsqu'on croit ne plus écrire, ne plus être tout à fait maître de ce qu'on fait. En général tout le début est jeté. C'est quand je me laisse aller qu'il se passe quelque chose. Il y a à ce moment-là une sorte de désespoir de l'écrivain, d'abdication même : l'écrit arrive seul, dirait-on, fait. »


jeudi 20 juin 2013

Le démon de midi... est un ange

ELLE, est carrément sublime dans Les Beaux Jours

"Une femme à la retraite rencontre un homme qui a l’âge d’être son fils. Une histoire de cougar ? Heureusement, non. Dans « Les Beaux Jours », Marion Vernoux dynamite les poncifs et dirige Fanny Ardant dans l’un de ses plus beaux rôles." Suite ici...




Ici avec Laurent Lafitte...



... et là avec Patrick Chesnais, craquant.

 « Le sujet du film n’est pas l’avidité sexuelle, et Caroline n’est en aucun cas en mal de mâle. Ses préoccupations sont bien plus essentielles. Caroline se refuse à penser “ Jamais plus ”. Et elle accueille à bras ouverts quelques évidences : la vie a plus d’imagination que nous, tous les âges sont ceux du possible et le destin d’une vie est ce que l’on en fait. » 
"Pour moi, gagner en âge, c’est aussi et surtout la possibilité de gagner en insolence et en liberté. On a beaucoup moins à perdre en inaugurant un casier judiciaire à 65 ans qu’à 20. Profitons-en ! »
 (dixit Fanny Ardant)
Source Rue 89.

 "D'une voix grave, douce et inimitable, la comédienne reconnaît s'être toujours laissé guider dans ses choix "par le désir et le plaisir" : "Je ne pourrais pas jouer un rôle que je n'aime pas avec un grand metteur en scène. Je n'ai qu'une vie. Je ne vais pas en plus me barber. Je n'ai pas le sens du pedigree, de la carrière, de la stratégie. C'est ça que je paie. Mais je crois qu'il faut savoir se débarrasser de toutes ces contingences pour rester libre. Cela a aussi un prix."
Fanny Ardant aura toujours eu l'audace de ses coups de cœur et ne cultive aucun regret. Elle évoque une fable de La Fontaine apprise à l'école, Le Loup et le Chien : "Je préfère être comme le loup. Maigre et sans collier. Le grand ennemi de la vie, c'est la peur", ajoute celle qui a toujours su braver les siennes. Et a fait de la liberté la philosophie de sa vie."
Source, le JDD.


Laurent Lafitte est le séducteur (séduisant). Pensionnaire de la Comédie française! Décidément, cette institution est une niche d'excellents comédiens. Je me souviens de l'époustouflant Pierre Niney dans un rôle similaire, non à vrai dire très différent (âges, contexte) dans le délicieux 20 ans d'écart.

Fanny Ardant est sublime Fanny Ardant est sublime Fanny Ardant est sublime Fanny Ardant est sublime Fanny Ardant est sublime Fanny Ardant est sublime.

J'ai une amie qui ne supporte pas sa voix. Quand je l'entends, je succombe. Je l'écoutais tout à l'heure dire des textes de Marguerite Duras dans l'émission Une maison, un écrivain. Et son sourire... Pourtant c'est peut-être dans l'émotion que son visage est le plus beau et que ses yeux brillent de mille feux. Je ne l'ai jamais trouvé aussi belle que dans ce film.  

lundi 26 décembre 2011

Week-end de Noël

Vendredi 23 décembre.
Il ne faut pas se laisser aller à la tristesse.
Regardé le DVD emprunté à la médiathèque, Meurtre dans un jardin anglais, sur mon ordinateur; mon lecteur de DVD était en panne. Ce fut un excellent moment dans ma soirée. Cette photo capturée sur mon écran... pour le fun! Un homme se transforme en statue tout au long du film dans des séquences complètement saugrenues et d'autant plus désopilantes. Rien à voir avec le sujet mais il ne déparait pas à l'esthétisme du cadrage et de la mise en scène, superbe. Le viseur du peintre devenu caméra nous propulse dans le songe d’une « comédie érotique d’un jour d’été ». Ce film est un chef d'oeuvre; il m'avait échappé.



Image de fin, l'art réduit en cendres...

Je vais peut-être le regarder une seconde fois.

Samedi 24 décembre.
Maquillage waterproof ce matin. Coeur gros. Ciel dégagé. Il fait doux.
Ne pas rester à la maison. Dehors je vais peut-être penser à autre chose qu'à...
Un potage vite fait pour le déjeuner puis au golf.
Plusieurs semaines que je n'ai pas joué avec toutes ces pluies incessantes. Le parcours est gras, très imbibé, le ciel s'est couvert. Je fais neuf trous et je repars pour un deuxième tour; je ne pense à presque rien, même pas à bien jouer. Juste ne pas penser, ne pas avoir d'idées noires. Une pluie fine commence à tomber.  Je ne vais pas pouvoir refaire neuf trous, je coupe pour refaire seulement le huit et le neuf et je rentre.
Tea-time à la maison pour me réchauffer, j'ai un petit livre de QiGong, je vais m'initier, pour trouver en moi des énergies positives.
Dîner on ne peut plus ordinaire : un mélange d'ingrédients surgelés cuits au micro-ondes. Envie de rien.
Soirée : DVD, un autre film de Peter Greenaway; je pensais me "régaler" après avoir vu Meurtre dans un jardin anglais, avec celui-là : Le cuisinier, le voleur, sa femme et son amant. Pas pu regarder plus d'une demi heure. Bien loin de la beauté du premier film : laid et grotesque, m'aurait donné la nausée si j'avais poursuivi.
Repris ma lecture en cours de Robert Walser, un recueil de nouvelles : La rose. Exquis comme tout ce que j'ai pu lire de l'auteur.
...
(***)

Dimanche 25 décembre.
Comment faire pour "ravaler" ce visage défait ce matin? Avoir la main légère pour le maquillage. Ne plus pleurer, il ne faut plus pleurer. C'est pas gagné et ma belle-soeur qui m'envoie un texto cette nuit, lu ce matin : il me manque, je me rends compte que je l'aimais follement. Oui, on reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait quand il s'en va. C'est son premier Noël sans lui. Elle est bien entourée et est allée chez ses enfants et petits enfants. Il me manque aussi.
"Le bonheur c'est d'avoir quelqu'un à perdre" (Philippe Delerm).
Après-midi en famille, échange de petits cadeaux. Ma nièce nous a fait un thé étrange  ramené de Shanghai : une boule séchée cousue dans des fils comme une pelote, que l'on met dans l'eau; lorsqu'elle est imbibée elle s'ouvre comme une fleur avec un coeur rouge. C'est magique. Le thé n'avait pas beaucoup de goût mais l'effet était saisissant.




Je trouvais qu'elle ressemblait à une fleur de chrysanthème comme celles ci-dessous peintes à l'encre de Chine.


Cherchant la signification du chrysanthème en Chine, je découvre que cette fleur,  (ju hua) - 菊花,
vénérée, sert entre autres à faire des tisanes.


Retour à la maison en fin d'après-midi. En voiture, j'entends une chanson de "midinette" et je pense à Marguerite Duras cette fois (après Simone de Beauvoir...  je leur fais leur fête! mais ça me rassure) qui disait que Capri c'est fini... était la plus belle chanson d'amour. Elle y fait référence en 1992 dans son roman Yann Andréa Steiner :
« Oui. Un jour cela arrivera, un jour il vous viendra le regret abominable de cela que vous qualifiez « d'invivable », c'est-à-dire de ce qui a été tenté par vous et moi pendant cet été 80 de pluie et de vent.
Quelquefois c'est au bord de la mer. Quand la plage se vide, à la tombée de la nuit. Après le départ des colonies d'enfants. Sur toute l'étendue des sables tout à coup, ça hurle que Capri c'est fini. Que C'ÉTAIT LA VILLE DE NOTRE PREMIER AMOUR mais que maintenant c'est fini. FINI.
Que c'est terrible tout à coup. Terrible. Chaque fois à pleurer, à fuir, à mourir parce que Capri a tourné avec la terre, vers l'oubli de l'amour. »

Le week-end de Noël est enfin FINI. Demain, je vais espérer, sans espoir...

vendredi 1 avril 2011

***

Ce commentaire dans un blog m’interpelle : "on ne parle pas dans un blog". Je cherche à en savoir un peu plus, j’interroge sur cette phrase et voici la réponse : on ne peut dire "parler", c'est inadéquat quand il s’agit d’écriture.

Exact, c’est inadéquat, "on ne parle pas dans un blog", on écrit ; j’avais pensé que cette phrase voulait dire : on ne parle pas de soi dans un blog, mais non, il s’agissait seulement d’une question de verbe. J'aurai dû y penser, obsédée que je suis par l'intime, le Moi, le Je!

Cela me fait penser à cette phrase de Marguerite Duras :
"Ecrire c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit."

Ecrire c’est aussi se parler à soi-même pour ne pas suffoquer, écrire remplace la parole, la conversation que l’on n’a pas, écrire c’est la bulle d’oxygène qui remplace l’irremplaçable : une présence.
Mais je l’ai maintes fois écrit dans ce journal.

dimanche 6 juin 2010

L'AMANT

Un jour, j'étais âgée déjà, dans le hall d'un lieu public, un homme est venu vers moi. Il s'est fait connaître et il m'a dit : "Je vous connais depuis toujours. Tout le monde dit que étiez belle lorsque vous étiez jeune, je suis venu pour vous dire que pour moi je vous trouve plus belle maintenant que lorsque vous étiez jeune, j'aimais moins votre visage de jeune femme que celui que vous avez maintenant, dévasté."

[...]

Des années après la guerre, après les mariages, les enfants, les divorces, les livres, il était venu à Paris avec sa femme. Il lui avait téléphoné. C'est moi. Elle l'avait reconnu dès la voix. Il avait dit : je voulais seulement entendre votre voix. Elle avait dit : c'est moi, bonjour. Il était intimidé, il avait peur comme avant. Sa voix tremblait tout à coup. Et avec le tremblement, tout à coup, elle avait retrouvé l'accent de la Chine. Il savait qu'elle avait commencé à écrire des livres, il l'avait su par la mère qu'il avait revue à Saigon. Et aussi pour le petit frère, qu'il avait été triste pour elle. Et puis il n'avait plus su quoi lui dire. Et puis il le lui avait dit. Il lui avait dit que c'était comme avant, qu'il l'aimait encore, qu'il ne pourrait jamais cesser de l'aimer, qu'il l'aimerait jusqu'à sa mort.

Marguerite Duras, L'AMANT. (Premier et dernier paragraphes du livre).


vendredi 14 mai 2010

Du rien au tout

Jeudi 13 mai. C'est l'Ascension. Pour moi c'est un de ces jours bâtard, férié sans l'être, les magasins sont ouverts, un de ces jours de ce mois de mai rempli de dates d'anniversaire de... ou de fêtes.

Enveloppée de silence, d'incertitudes : dois-je me taire? Parler? Ecrire?

Ecrire, c'est tenter de savoir ce qu'on écrirait si on écrivait.
Ecrire c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit.

Marguerite Duras

Levée tard et réveillée par les klaxons d'une voiture "balai" accompagnant les cyclistes. J'ouvre la fenêtre et je vois une flopée de bambins, casqués, maillots bariolés, leurs petites jambes pédalant de toute leur force pour suivre les "grands" devant! Je vois aussi ma belle église sans voitures garées devant, enfin, stationnement interdit, dommage que ce ne soit pas toujours comme çà! J'en profite pour la prendre en photo.


Ptit déj. Encore une journée à occuper.
11 h. Boîte mails, ouf, je m'inquiétais de...
Midi. Vais faire mes vitres tiens.

Après-midi, j'ai fait j'ai fait j'ai fait j'ai fait.................... rien, juste une heure de lecture!
Journée remplie de................................................. vide, de silence!
Ah je pourrai inventer des choses, des occupations, parfois je vais même voir des expos pour me dire : tu as fait quelque chose. Pas envie de tricher. Aujourd'hui, envie de rien m'imposer, rester dans "la langueur d'un jour monotone", assumer ce silence, ne pas parler, me taire, hurler sans bruit.

22 h 30. Regardé film sur Arte, bof.
23 h. J'écoute du Bach, Gould. Je reçois des photos hilarantes, çà tombe bien! Je ris, enfin. Demain sera un autre jour.
23 h 20. Je reçois une photo : une balle de golf assez monstrueuse... euh! peux plus voir le golf en peinture là!
23 h 40. Oh oh oh! encore une photo... et voilà que le rien, le vide, se remplit de... rires, de sourires, de douceur.

samedi 13 février 2010

Capri, c'est fini

"Tout Français âgé de plus de trente ans débarquant à Capri, si vulgaire et débile juge-t-il cette chanson, se surprendra à fredonner Capri, c’est fini. On trouverait sans peine mille autres exemples de ces malédictions qui nous font ressembler en tout lieu et à tout moment à des rats de laboratoire éduqués à la gégène dans les couloirs d’un labyrinthe absurde."
Eric Chevillard, L'autofictif.

Oui mais tout de même, c'était la chanson préférée de Marguerite Duras.
Je ne me sens plus débile quand je la chante à tue-tête dans ma voiture.