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vendredi 23 septembre 2016

En attendant Marc Chagall

Jeudi 22 septembre.

Je me décidais à aller voir l'exposition Chagall, à Landerneau et j'optais pour une visite aux heures creuses du déjeuner. J'y passais presque deux heures. Je reviendrai sur cette visite.

A 14 heures j'avais une faim de loup, le ciel était clément pour cette première journée d'automne même si le soleil disparaissait de temps en temps derrière les nuages, la température était douce. L'idéal serait de déjeuner en terrasse près de la rivière, me dis-je et à cette heure tardive j'avais une chance de trouver une table de libre. J'apercevais de loin un restaurant sur le "pont habité" je m'y dirigeais. Les tables de la terrasse côté pont, sur la rue, étaient toutes occupées, à l'intérieur c'était plein à craquer et extrêmement bruyant. Il y faisait chaud, bref : bruit et chaleur me font fuir. J'avais repéré une table de libre sur la terrasse côté rivière et je demandais à la serveuse si je pouvais m'y installer. Elle me répondit très aimablement : bien sûr, je vais vous la débarrasser; c'est pour déjeuner ou pour un café? - Pour déjeuner si c'est encore possible? - Pas de problème me dit-elle,  nous servons jusqu'à 15 heures. Terrasse petite et vite remplie : une grande tablée de huit hommes, des travailleurs, derrière ma table un couple, et près des "travailleurs" un autre couple qui ne déjeunait pas mais prenait un verre.
La serveuse revint débarrasser la table et jeta "par-dessus bord" les miettes de pain dans la rivière, d'un geste vif en me disant : elles n'attendent que ça. En effet, une flopée de mouettes se mirent à tournoyer sur la rivière (l'Elorn) et m'offrirent un spectacle divin. J'avais sous les yeux un tableau de Nicolas de Staël, toutes ces tâches blanches virevoltaient pour mon plus grand plaisir, comme des coups de pinceau sur la toile.
Tout commençait bien, après Chagall, régal des yeux et ce n'était pas fini.
Je m'étais installée sur la chaise côté ombre mais j'ai rapidement changé de place, côté soleil, les rayons de septembre étant moins brûlants et même bienvenus. Je ne voyais plus les clients, ce n'était pas plus mal.
Je passais la commande : entrée + plat. Je mourais de faim et, puisque je me sentais si bien (après cette expo) et sur cette terrasse (j'avais l'impression d'être sur le pont d'un bateau) avec le soleil, les mouettes, le bruit - pour le coup délicieux - de la rivière qui passait sous le pont en torrent, je m'accordais pour accompagner mon plat  (joues de porc à la sauce crème, moutarde de Meaux, au cidre) un petit verre de vin d'Alsace. Non mais! je ne suis pas encore morte!
En attendant mon plat (j'avais dévoré l'entrée : un rizotto d'artichaut. Mmm!) je jetais un coup d’œil sur l'interview de MEL (Michel-Edouard Leclerc) à propos de l'expo, puis je reposais aussitôt la brochure pour regarder les mouettes, les toits des vieilles maisons, le ciel... je savourais l'instant.
Quand la serveuse m'apporta mon plat, je me jetais dessus (ben oui, je mange de moins en moins, je n'ai pas le courage de faire la cuisine, je mange rarement de la viande) et, à la première bouchée de cette tendre viande dans sa sauce, je sus que j'allais finir mon plat. Il y avait des grains de poivre vert qui relevait s'il en était besoin la sauce et des morceaux de lard énormes (pas comme ces lardons fumés que j'achète sous emballage), aussi tendres que les joues de ce pauvre cochon. (Je laissais tout de même le gras dans mon assiette mais, presque avec regret (0_0)). Quant aux frites - ce n'était pas des frites, c'était bien meilleur que des frites - elles étaient fameuses. Le service et les couverts étaient des plus simples, le sel et le poivre sur la table, rustiques, mais que c'était bon. Il faut dire qu'il était déjà 14 h 15 et que j'avais pris mon léger petit-déjeuner à  8 heures. Puisque je tournais le dos aux clients - les "travailleurs" étaient occupés à discuter boulot - je pouvais donc augmenter le plaisir en mangeant mes frites avec les doigts et  les saucer dans cette crème-moutarde au cidre. Hé hé! Le roi n'était pas mon cousin et je n'étais pas au Royal... (c'était dans une autre vie, si loin... Je ne regrette rien, sauf ton absence).




Je prenais ces photos, avant d'avoir terminé mon plat; tant pis, j'aurais dû les faire avant de l'entamer, mais j'ai attendu que la terrasse se vide, c'était plus discret. Seul le couple qui prenait un verre était encore là et la jeune femme m'a regardé avec un sourire bienveillant prendre mes photos; je lui ai rendu son sourire comme si nous étions complices de quelque chose, sans savoir de quoi. Peut-être voyait-elle sa mère?
Pas question de prendre un dessert, ma faim était assouvie, je prenais un café...
Je quittais Le Goéland.  La rivière était à marée basse, dommage; on ne peut pas tout avoir.



Seul bémol, les toilettes, une seule, la même pour les hommes et les femmes; je passais mon chemin. Il me fallait donc aller boire un autre café avant de faire ma promenade digestive. Et, où allais-je? Comme l'année dernière, là, sur cette place du Marché si bruyante après le marché mais le café y est excellent. Souvenez-vous... l'année dernière (expo Alberto Giacometti époustouflante), après le marché... du "bruit dans Landerneau", vidéo ici.

Eh bien, cette année ce n'était pas jour de marché mais rénovation en cours du bâtiment face au bistrot. Je sirotais donc mon café pour satisfaire au dicton "du bruit dans Landerneau". Original non? Après le doux bruit du torrent de la rivière. Vous n'êtes pas obligé d'aller jusqu'au bout de la vidéo. Moi ça me rappelle  les bruits du film Trafic de Jacques Tati... mais, j'ai de l'imagination.



APRES L'EXPO CHAGALL du bruit dans Landerneau 2 par watnews

Passée aux toilettes - nickel/chrome - je pouvais aller faire ma balade dans les rues calmes de la ville.  Des affiches de l'exposition Marc Chagall à chaque coin de rue, sur les vitrines, et le libraire en tirait parti aussi.



Dans la vitrine, ce portrait de Rimbaud 
d'après l’œuvre de Ernest Pignon Ernest.
Je t'aime


J'essayais de trouver un intérêt à cette promenade...





... mais de ces ruelles pourtant charmantes, émanait la monotonie de la province. A part ce fameux Pont de Rohan, dit pont habité et ses restaurants où régnaient une certaine animation, vie, les rues du centre me laissaient une impression de ville fantôme. Je n'avais pas envie de m'éterniser. Un dernier arrêt sur image...


Un cœur, bleu comme une orange!

Et, je m'en allais...


Ma bohème

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

(Arthur Rimbaud)

(A suivre... l'expo, plus tard)

vendredi 6 juin 2014

"Je me définis moi-même avec mes choix". Richard Dindo




Richard Dindo (né le 5 juin 1944)
Cinéaste Documentariste Suisse

"Né en 1944 à Zurich, petit-fils d’immigré italien, Dindo se sentira longtemps un étranger en Suisse. Fils d’un père « muet » et « absent », il sera en permanence à la recherche d’une figure paternelle à même de lui transmettre l’héritage fondateur de la parole. Enfant d’ouvrier, il sera marxiste, autodidacte, et revendiquera haut et fort le droit à la parole que la société lui refuse.

Au départ donc, un problème aigu d’identité : qui suis-je ? quelle est ma patrie ? Toute l’œuvre de Dindo ne sera, au fond, que l’élaboration d’une réponse à ces deux questions. Une manière d’être au monde. Film après film, le cinéaste va se créer un vaste « roman de famille », univers peuplé de résistants, de rebelles, d’artistes et de prolétaires. Se constituant comme « fils des sujets qu’il filme », il va s’inventer et se choisir des « pères », qui vont lui permettre de découvrir, d’imaginer une autre société à travers laquelle il pourra se réconcilier avec la Suisse.

De tous ces pères, le plus important sera le grand dramaturge Max Frisch. A travers la réflexion de cet écrivain qu’il considère comme le « premier intellectuel suisse », le jeune Dindo découvre deux choses. D’une part, l’expression puissante et critique de tout ce qu’il pense, ressent et ne cessera de dénoncer dans ses films : l’étroitesse d’esprit de la société suisse, l’arrogance de la bourgeoisie, le manque d’utopie, l’oppression intériorisée du consensus. D’autre part, une première réponse à son problème d’identité. A travers son écriture, l’auteur de Homo faber va le faire renaître à la parole et lui donner une patrie : le langage." 

(Source et suite ici : très bel article) de Michel Maxime Egger dans Positif, 1991.


Richard Dindo en 1968 (?)



(Photos : captures d'écran)

Des circonstances particulières m'ont amenée à m'intéresser à ce cinéaste méconnu - ou pas assez - en France.  Pour ses 70 ans j'avais envie d'en parler, modestement, ici.
Depuis ma "rencontre" - disons plutôt ma découverte, il y a environ 6 ou 7 ans - avec cet artiste, terme qui prend tout son sens pour cet homme féru d'art, de littérature, amoureux des femmes, cinéaste engagé (?)* qui préfère dire qu'il filme des gens "engagés", depuis cette "rencontre" donc, j'ai fait pas mal de recherches sur son travail et pu ainsi prendre la mesure de son "œuvre".
* (Adèle, la jeune lycéenne qui interroge le réalisateur est assez croquignolette;-), Progrès à faire).

J'ai aimé cette interview de 2005 que l'on peut écouter ici et noté ces quelques réflexions :


« Je me définis moi-même avec mes choix ».

« J’aime les gens qui perdent, je n’aime pas les gens qui gagnent ce sont des gens dangereux, ceux qui perdent sont émouvants ».

« Je suis optimiste par volonté, pessimiste par intelligence ».

Il cite Primo Levi :  
« Un homme qui a un projet dans la vie ne désespère pas ».

« C’est après la mort que la vie se transforme en destin ».

« Le lieu chez moi est toujours un lieu de mémoire » (cf. Rimbaud).

« Peur de la mort, peur de l’avenir, de rater le temps, de n’avoir pas le temps, peur de mourir trop jeune. J’ai atteint un point de non retour où je commence à rentrer dans une espèce de maturité ».

Il regarde une photo, le visage de Kafka et dit : 
« Le langage est un objet de poésie ».




Et il termine avec la statue, le visage de cette femme sumérienne, on comprend que peut-être la dernière partie de son œuvre parlera des femmes « du continent des femmes ».
« L’art comme un objet de beauté et de mémoire ».
« C’est nous, les artistes, les cinéastes, qui créons l’identité et donc la culture et la mémoire ».


Et toujours à propos du visage de cette femme sumérienne : « En tant que biographe c’est sa vie qui m’intéresse, je voudrais connaître tout de sa vie, son enfance, ses parents…. ».

Un jour, j'ai osé lui écrire pour lui dire que j'aimais son travail, que j'aurais aimé trouver son Max Frisch en DVD sous-titré français. Il m'avait alors aimablement répondu "je n’ai pas de DVD de la version française du Frisch, seulement encore une ou deux très rares VHS.". Et, pour me remercier de mon intérêt il m'avait expédié ce documentaire qu'il avait réalisé : Aragon, le roman de Matisse. Superbe, avec la voix de Jacques Weber (extrait ici).



"Le film retrace la rencontre de ces deux géants de la culture française, à travers le magnifique texte d’Aragon et la splendeur des tableaux et des dessins de Matisse. Pour Aragon, Matisse représente pendant l’occupation et la tragédie de la guerre, « la liberté française qui n’est pareille à aucune autre. » « Quand la France était humiliée, et que Matisse peignait cette splendeur française. Le peintre du perpétuel espoir. »
Ce texte d’Aragon d’une rare beauté est admirablement servi par Jacques Weber."


J'ai poursuivi mes recherches sur ce cinéaste et fait quelques belles découvertes :


Grands Entretiens - RTS

... et cette vidéo plus récente : 2012 


Richard Dindo, quelques films-documentaires ou docu-fictions à voir
mais la liste est longue :

 Qui Était Kafka ? de Richard Dindo

« Raconter la biographie d’un homme ne m’intéresse que si elle renvoie à quelque chose d’autre. L’importance de la vie d’un être est toujours au-delà d’elle-même. (Richard Dindo) »


A propos de Rimbaud

 Film ici (2 h 20)

Actualité récente : Il vient de lui être attribué le Sersterce d'or, 
Premier Prix Maître du Réel, attribué à un cinéaste du réel de renommée mondiale


BON ANNIVERSAIRE RICHARD DINDO !

(Avec un jour de retard, mais ça m'étonnerait qu'il passe par ici!)

dimanche 5 janvier 2014

Rêvons d'"un nid de baisers fous" dans le brouillard

Photo du jour, par la fenêtre,  il est 16 heures.



Rêvé pour l'hiver

L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l’œil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu te sentiras la joue égratignée...
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou...

Et tu me diras : " Cherche ! " en inclinant la tête,
- Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
- Qui voyage beaucoup...

Arthur Rimbaud 

Je venais de voir un documentaire (DVD) sur Jean Eustache quand j'ai regardé par la fenêtre. Ce brouillard était comme la continuation de cette phrase, lue par Michael Lonsdale, à la fin du film.



On peut voir ici ce documentaire.

Allez, chassons les idées noires, en écoutant Alléluia!

vendredi 4 janvier 2013

L'amour infini me montera dans l'âme

Sensation

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.

Arthur Rimbaud